COUVERTURES EN PIERRE
Toute pierre qui peut se débiter en dalles minces est susceptible d’être employée pour ce genre de couverture. Les anciens en firent un fréquent usage, mais de nos jours il est presque abandonné ; on n’emploie qu’une pierre schisteuse, l’ardoise.
Ardoise. — L’ardoise est une excellente couverture. Sa légèreté jointe à sa propreté la font préférer à toute autre matière pour les grands édifices, on peut la tailler sous diverses formes et combiner celles-ci de différentes manières dans le but d’interrompre la monotonie d’une couverture uniforme. Le poli dont les ardoises sont susceptibles permet à l’eau de s’écouler rapidement sur ce genre de toiture. Mais à côté de ces avantages, elles ont l’inconvénient d’être plus cassantes que les tuiles, et leur peu d’épaisseur permet aux changements de température de se faire sentir à l’intérieur des habitations.
L’ardoise comme la tuile s’attache sur un voligeage avec deux ou trois clous. Notre figure 14:2 montre la disposition de cette couverture : à droite on aperçoit les pannes et les chevrons, à gauche le voligeage et dans le coin
TRAITÉ DES CONSTRUCTIONS RURALES
inférieur, les ardoises posées. Les ardoises se recouvrent mutuellement des deux tiers de leur dimension, le tiers qui reste apparent est nommé pureau. Ce dernier varie de 0m,U à 0m,08 de hauteur suivant la dimension du modèle. Nous avons donné dans le chapitre premier, page 3, le nom et les dimensions des divers types. On taille aussi les ardoises de différentes formes en losanges et surtout en écailles, comme montre la figure 143.
Les gelées, les vents, les pluies contribuent beaucoup à détériorer ce
genre de couverture qui, toutefois entretenu régulièrement, peut durer quarante et cinquante années.
Dans les couvertures en ardoises, les noues, arêtiers, chéneaux, etc., se font avec du métal, soit avec du plomb, soit avec du zinc.
Le mètre superficiel de couverture en ardoises ordinaire pèse de 25 à 26 kilogrammes.
Grandes ardoises. — Depuis quelques années, on fabrique soit à Angers, soit en Angleterre, de grands modèles d’ardoises, mais ce système de couverture mérite d’être établi avec beaucoup de soin; aussi la compagnie des ardoisières a publié une instruction très-bien faite qui pourra être consultée même pour les couvertures construites avec de petits modèles, c’est pourquoi nous allons citer cette instruction, la voici :
« Le couvreur, après s’être assuré que le chevronnage est parfaitement exécuté et réglé, fixera le recouvrement ou liaison à donner à ses ardoises, suivant l’angle d'inclinaison du toit; il devra être de 0m,08 pour les toitures inclinées au-dessus et jusqu’à 20 degrés et de 0,10 à 0m, 12 pour celles qui varient de 19 à 15 degrés ; le recouvrement adopté, on déduira facilement : 1° le pureau ou surface visible de l’ardoise sur la toiture, qui devra toujours être égal à la moitié de la hauteur de l’ardoise, déduction faite du recouvrement; 2° l’écartement des voliges doit toujours être égal au pureau. Les voliges doivent être en bois de sapin du Nord, attachées à deux pointes par chevron, larges de 0m,08, mises en cbanlatte à l’épaisseur de 0m,02 à 0m,03. Si on employait des voliges sciées droites, ce qui serait d’un moins bon usage, parce que la volige serait moins aérée et, par conséquent, dans de moins bonnes conditions de conservation, on les mettrait à l’épaisseur de 0m,02.
« L’ardoise sera toujours clouée à deux clous en cuivre; ces clous peuvent être placés soit en tête de l’ardoise, soit au milieu, suivant que l’on veut plus ou moins serrer les ardoises entre elles. Toutes les ardoises ne pouvant être de même épaisseur, il est essentiel qu’avant de les poser sur
EMPLOI ET MISE EN OEUVRE DES MATÉRIAUX
•le toit le couvreur fasse un triage en trois catégories et par degré d’épaisseur : les plus fortes seront aux égouts, celles de moyenne épaisseur au milieu du toit, enfin celles un peu plus minces près le faîtage. »
Grosses ardoises. — Dans certaines contrées, dans le département de la Manche par exemple, on se sert de grosses ardoises qui ont jusqu’à 0m,02 et 0m,03 d’épaisseur. Elles sont taillées dans des schistes grossiers. On les pose comme les tuiles, mais on a soin de les jointoyer avec du mortier hydraulique ou du ciment. On perce ces ardoises dans le haut, et on les cheville avec des chevilles de bois dur. Si l’on a soin de rejointoyer tous les dix ou douze ans ces ardoises, la couverture peut durer cent ans et plus, mais elle est très lourde et nécessite de fortes charpentes, et, par suite des murs épais.
Laves. — Dans les contrées dans lesquelles il existe des volcans éteints, on utilise la lave comme couverture. On la fait comme celle en grosses ardoises.