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ÉCURIES

Le cheval, il ne faut pas l’oublier, est un animal d’une organisation toute

spéciale; aussi réclame-t-il plus de soins et de ménagements que tout autre

quadrupède domestique. Le haut prix de certains chevaux, la question d’humanité mise de côté, devrait faire comprendre à leur propriétaire l’utilité de les soigner et de les mettre dans un milieu qui soit sain et approprié aux besoins et aux goûts de l’animal.

En Angleterre, le cheval est l’objet d'un soin, d’un culte, pourrions-nous dire, tout particuliers ; nous aurons d’ailleurs l’occasion d’en parler un peu plus loin.

Toute écurie doit être fraîche et spacieuse, d’une ventilation facile, car le cheval transpire beaucoup ; et, comme il consomme une grande quantité d’air, qui sort vicié de ses poumons, il lui en faut un cube considérable. Sans cela, la quantité d’air respirable de l’écurie est promptement insuffisante. Le volume nécessaire à un cheval varie de 28 à 32 mètres cubes par heure. Il faut donc lui accorder un espace variable de 8 à 9 mètres superficiels, soit lm,73 de largeur sur 3 mètres de longueur et 4 mètres de hauteur : en tout, 33 mètres cubes.

Voici du reste les deux formules à appliquer :

Maxima : 1">,7Gx3x3 = 33 mètres cubes ;

Minima : lra,75 X 1 X 1 ® mètres cubes.

Les écuries servent, comme on le sait, à plusieurs fins, soit au logement des animaux pendant les intervalles de travail (écurie d’attelage, de labour), soit à leur élevage pendant leur jeune âge, soit enfin au dressage pour les chevaux de courses. Pour les chevaux d’attelage, on adopte les écuries communes à plusieurs animaux ; pour l’élevage et le dressage, au contraire, on préfère les écuries séparées.

Dans les écuries communes, les chevaux sont attachés à côté les uns des autres, sans séparations ; ou bien encore ils ne sont séparés que par des planches nommées bat-flancs, ou des barres de bois, espèces de boulins suspendus au plafond à l’aide de cordes, ou par des cloisons ou stalles en bois ou même en brique.

Dans les écuries séparées, les chevaux ne sont pas attachés, ils sont libres de tous leurs mouvements ; enfin, dans certaines écuries communes, les chevaux ont une petite pièce à part, qu’on nomme box, et dont nous parlerons dans un paragraphe spécial.

Entre les écuries que nous venons de mentionner, c’est-à-dire celles pour les chevaux de travail et celles destinées à l’élevage et au dressage, il existe un genre mixte qu’on pourrait nommer écuries de luxe, où logent les chevaux dits grands carrossiers. Les heureux qui habitent ces écuries ne connaissent pas le travail et ne servent que rarement, pour la reproduction. Ces animaux sont la classe privilégiée ,de l’espèce chevaline ; ils partagent la fortune de leur maître (tant qu’ils sont jeunes et beaux), et, dans les temps prospères, n’ont d’autres soucis que celui de bien vivre; aussi construit-on pour eux les magnifiques écuries que nous avons désignées tout à l’heure sous la dénomination d 'écuries de luxe. L’établissement de ces écuries doit être étudié à deux points de vue différents : au point de vue de l’installation dans les conditions reconnues les meilleures pour assurer au cheval tout le bien-être et tout le confort possibles : on doit dès lors observer

LOGEMENT DES ANIMAUX DOMESTIQUES

toutes les précautions hygiéniques que recommande une bonne expérience ; le second point de vue consiste à n’adopter que les meilleures dispositions pour l’emplacement, l’aménagement et les dimensions à donner aux locaux dans lesquels sont installés les divers services qui se rapportent au cheval.

Cette deuxième partie, toute pratique, ne peut être traitée qu’à l’aide d'une longue observation des avantages et des inconvénients de telle ou telle disposition adoptée dans les établissements similaires; l’usage seul peut en faire apprécier la valeur pratique ; car en général, pour ceci comme pour beaucoup d’autres choses qui concernent le cheval, les opinions les plus divergentes sont tour à tour en faveur ou repoussées.

Bien souvent dans les grandes villes, dans les quartiers riches et commerçants, les terrains sont d’un prix très-élevé; aussi, pour les économiser, voici ce qu’on fait quelquefois. Comme les remises et leurs dépendances occupent à peu près le même emplacement que les écuries et leurs dépendances, on superpose celles-ci à celles-là. Par ce fait, on économise la moitié du terrain, de la couverture, de la charpente et de la fondation qu’auraient réclamés les dispositions ordinaires si l’on eût construit séparément les écuries et les remises. Dans ce cas, on a soin naturellement de donner aux murs du rez-de-chaussée une plus grande épaisseur que dans l’hypothèse d'une construction à un seul étage. On doit aussi, et cette recommandation est élémentaire, prendre de grandes précautions pour la canalisation des urines, la rigidité et la stabilité du plancher sur lequel se trouvent les chevaux. Du reste, nos lecteurs trouveront un peu plus loin les renseignements utiles relatifs à ces détails de construction.

Il existe à Londres des écuries et des remises construites comme nous venons de l'indiquer ; elles font partie des dépendances du palais Strafford. Pour résumer nos généralités sur les écuries, nous dirons qu’elles ne sont bien établies qu’autant qu’elles assurent le bien-être hygiénique et la sécurité d’un animal privé de sa liberté, qu'il aime beaucoup; il faut donc laisser au cheval le plus de latitude possible, afin de ne pas contrarier ses instincts naturels.

Quant aux divers services que nécessite sa présence, ils ont des exigences impérieuses, qui réclament une direction minutieuse : l’entretien et la conservation, entre au tres, d’un matériel souvent très-dispendieux, qui se trouve toujours à côté d’émanations délétères.

Comme on peut le voir par les réflexions qui précèdent, l’établissement des écuries n’est pas chose facile.

Les problèmes qui se présentent tout d’abord sont ceux qui ont pour objet l’étude de l’exposition, de l'emplacement et des dimensions des écuries, leurs diverses dispositions ; les écuries spéciales, la jumenterie, la pou-

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linerie ; les boxes d'élevage et d’entretien, les loges pour haras; les ouvertures (portes et fenêtres); l'éclairage de jour et de nuit. Nous examinerons ensuite la ventilation ; nous décrirons les meilleurs ventilateurs et cheminées d’aération. Nous traiterons du sol et de ses divers pavages ; des pentes, clayonnages, des rigoles d'écoulement, des fosses à purin ; des divers détails de construction se rattachant aux écuries, tels que plafonds, charpentes, auges, râteliers, mangeoires, barbotoires ; des diverses séparations des chevaux ; des sauterelles, anneaux-crochets ; des porte-selles, porte-brides, coffre à avoine, de la sellerie ; nous donnerons enfin nos conclusions.

1. Exposition. — La meilleure exposition pour une écurie est celle du midi; c’est de ce côté qu'on doit placer les principales portes et fenêtres. Si l’on est forcé de les construire au nord ou à d’autres expositions, il est nécessaire, autant que faire se pourra, de percer des fenêtres au midi. Si cependant l’emplacement choisi s’oppose matériellement à cette condition, on devra préférer à tout autre côté celui où ces ouvertures regarderont le levant.

2. Emplacement. — Dans les villes, on n’est pas toujours libre de choisir l’emplacement sur lequel on doit construire des écuries ; mais à la campagne, dans les fermes villas, bâtiments d’industrie agricole, où le terrain est moins cher que dans les villes, et où par conséquent, on a du choix, les écuries doivent être placées le plus près possible de la maison d’habitation du maître : cela est d’une nécessité absolue. En effet, le haut prix de certains chevaux oil mulets, la fréquence des accidents qui peuvent leur survenir, les soins constants qu'ils réclament, la valeur des aliments qu'ils consomment, et dont il faut quelquefois prévenir le détournement, toutes ces considérations obligent à placer les écuries le plus près possible de l'habitation du maître, afin qu'il puisse exercer une surveillance active. Plus celles-ci seront rapprochées du chef de l’exploitation, plus cette surveillance sera fréquente et efficace. C’est la satisfaction de ce besoin impérieux qui a créé ce dicton connu : L'œil du maître engraisse le cheval.

Dans les petites fermes, lorsque les bâtiments sont construits sur une seule ligne, l’écurie doit être à côté même de la chambre de l’exploitant, et une porte, ou tout au moins une fenêtre doit être placée de façon à permettre au cultivateur de voir et d'entendre ce qui s’y passe. On doit, par cette fenêtre, faciliter un accès h l'écurie à l’aide d'une échelle. Nous recommandons d’adopter cette disposition chaque fois que l’exploitation ne comporte pas plus de deux ou trôis chevaux, que le cultivateur soigne luimême.

Au contraire, lorsque les bâtiments d'exploitation sont plus considérables et qu'un valet d'écurie est chargé de soigner les chevaux, la surveillance

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peut s’exercer avec moins d’assiduité, car le valet d’écurie couche soit dans l’écurie soit dans le grenier à foin, situé au-dessus d’elle; mais dans ce cas encore, il faut que le cultivateur puisse toujours avoir l'œil sur son écurie.

Lorsque celle-ci n’est pas sur la même ligne que la maison d’habitation, la meilleure disposition à adopter consiste à placer l’écurie en retour d’équerre à angle droit, de façon que la porte d'entrée de l’écurie soit facilement vue du cultivateur.

Lorsque l'exploitation est considérable et qu’elle comporte plusieurs écuries-, il est utile qu’elles soient placées les unes à côté des autres. Dans ce cas, on devra construire une petite infirmerie qui sera séparée des autres constructions, afin d’y placer les chevaux malades. Enfin, dans une vaste exploitation agricole, les écuries doivent former une division spéciale des constructions; elles devront avoir leur cour séparée, un pavillon pour le directeur des écuries, qui s’occupe exclusivement des chevaux, administre le budget des écuries, et décharge le maître de tout souci.

La cour des écuries doit contenir un abreuvoir, de l’eau fraîche et abondante, des auges et tous les accessoires. Il va sans dire que cette cour et ses abords seront pavés, ou plutôt cailloutés avec des cailloux étêtés, afin qu'on n'ait à craindre pour les chevaux aucune chute ou accident par le fait d’excavations ou d’aspérités.

3. Dimensions. — Il n’y a pas de dimensions rigoureuses à fixer pour les écuries; cela dépend des formes qu’on leur donne et de l’emplacement dont on dispose. Suivant la disposition adoptée, les dimensions sont variables. Nous allons donc examiner les avis des gens compétents, pour nous fixer sur l’espace nécessaire à un cheval, ce qui nous donnera la hase pour les dimensions générales des écuries. Le génie militaire accorde lm,45 de largeur pour chaque cheval de troupe; Bourgelat (I) indique lm,60; M. de Gasparin (2) va jusqu’à lm,75. D’autres auteurs portent jusqu’à 2 mètres l’espace nécessaire pour les chevaux qui fatiguent beaucoup, parce qu’ils ont besoin de s’étendre à l’aise; néanmoins nous pensons qu’une bonne largeur est lm, 53. Nous devons dire cependant que le mode qu’on adopte pour séparer les chevaux influe nécessairement sur la largeur, et que, si l’on peut accorder plus de 1«>,35 aux chevaux, cela n’en vaudra que mieux.

Pour la longueur, le cheval ne demande que 2m,50, auxquels on ajoute I mètre pour la mangeoire et un peu d’espace pour le recul, et 1 m , 50 pour le passage derrière le cheval, ce qui donne un Total minimum de 5 mètres.

(1) Éléments de l’art vétérinaire.

(2) Cours d’agriculture.

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Ce passage doit être porté à 2 mètres lorsque la séparation des chevaux est faite à l'aide de stalles, parce que ce genre de séparation gêne les mouvements d’entrée et de sortie des animaux.

Ainsi, bien que la dimension qu'il convient de donner aux écuries dépende de la taille des chevaux, on peut üxer comme une bonne moyenne 5 mètres pour les écuries ordinaires et 6 mètres pour celles qui ont des stalles fixes. Ce sont là les dimensions que nous avons données dans les diverses écuries que nous avons construites.

Quant à la hauteur que nous avons employée, elle varie entre 3m,50 et 4 mètres. Il ne faudrait pas par trop dépasser cette dernière, car si on le faisait, l'intérieur des écuries pourrait, à certaines époques de l’année, se refroidir trop subitement; or, il faut éviter à tout prix, les variations trop brusques de température. Une bonne moyenne est'3m,75. Lorsque nous parlerons de la ventilation, nous verrons que les tuyaux d’aération permettent de réduire la hauteur des écuries.

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