Les loges pour haras
1. Ecuries d’élevage. Jumenterie. — Ce dernier terme n’a pas encore été reconnu par l’académie, mais peu importe ; comme il exprime parfaitement ce qu’il représente, la pratique l’a partout admis; la jumenterie désigne donc le lieu qu’habitent les poulinières et, par extension, leur habitation même-
La jumenterie est généralement située au milieu d’une prairie; elle se compose d’un bâtiment qui renferme 18 à 20 boxes, rarement davantage. Ces boxes sont séparés, mais ils peuvent être mis en communication à l’aide de portes à coulisses; ils mesurent 4 mètres de largeur et de longueur et 4 mètres de hauteur. La jumenterie a comme corollaire obligé la poulinerie.
Poulinerie . — Ce mot exprime le fait de l’élevage du poulain dans son ensemble; il désigne aussi les bâtiments, cours, pacages destinées au sevrage des poulains. La poulinerie les reçoit de l’âge de six mois à trois ans, c’est-à-dire de l’époque du sevrage à celle du second entraînement. Pour la construction d’écuries d’élevage, on emploie les mêmes matériaux que pour les écuries ordinaires, c’est-à-dire la pierre et la brique pour les bâtiments soignés, tandis que, pour les écuries modestes, on emploie le pisé, le pan de bois, le bois avec bauge, torchis ou plâtras.
Les couvertures de ces écuries sont en ardoises, tuiles ou autres matériaux plus ou moins économiques; mais généralement ces couvertures sont doublées à l’intérieur en paille. Ce doublis a pour but, d’empêcher les changements brusque de température.
L’aire est pavée par les moyens en usage que nous décrirons un peu plus loin, lorsque nous parlerons du sol des écuries ; seulement comme, dans les boxes, les chevaux changent de place, ce pavage n’a pas besoin d’être aussi résistant que dans l’écurie ordinaire, où le cheval, pour ainsi dire immobilisé, frappe toujours du sabot sur le même point.
LOGEMENT DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 221
2. Écurie' d'entraînement. — Pour loger convenablement le cheval de course, il faut connaître ses goûts et s’y conformer. Les écuries d’entraînement diffèrent peu des boxes pour poulains ; elles sont plus sombres, et il est nécessaire d’y maintenir une température plus élevée. Le thermomètre ne devrait jamais marquer moins de 17 degrés centigrades au-dessus de zéro et plus de 20 degrés. La fermeture hermétique des portes et fenêtres et, au besoin, un système de chauffage pendant les grands froids de l’hiver, doivent contribuer à maintenir une température à peu près égale. L’emploi du thermomètre est donc nécessaire, car lorsqu’il s’élèvera au-dessus de 0 -{-20 degrés, on devra aérer successivement afin de renouveler l’air et refroidir l’atmosphère intérieure de l’écurie.. Les fenêtres seront pourvues de stores en osier afin d’assombrir l’.écune, chaque fois qu’une trop vive lumière apporterait un obstacle à un repos complet.
Quelquefois, pour maintenir la température nécessaire à ces écuries, on conserve pendant plusieurs jours le fumier ; c’est un grand tort, car celui-ci dégage des miasmes préjudiciables à la santé des chevaux.
L’isolement ou la réunion des chevaux de traîne présente, suivant le cas, des avantages ou des inconvénients ; les poulains élevés en coAmun se plaisent dans la société de quelques autres ; -<$ux au contraire élevés dans l’isolement préfèrent le système cellulaire. Ceux qui aiment la compagnie ne mangent bien qu’avec d’autres. Il faut donc connaître tous ces détails, car il est indispensable que le cheval soumis à l’entraînement soit un grand mangeur; il faut qu’il consomme toute l’avoine qu’il peut digérer : le petit mangeur sera toujours un mauvais coureur. .
De plus, on ne doit pas donner des habitudes au cheval de course, car il faut se rappeler qu’il est essentiellement voyageur; son maître. l’envoie en tout pays pour tenter la fortune, et chacun sait qu’en voyage, on ne peut suivre ses habitudes. Le coureur devra donc en contracter le moins possible. Le poulain n’entre dans l’écurie de course que lorsqu’il a acquis assez de force pour être monté c’est-à-dire, comme nous venons de le signaler un peu plus haut, à trois ans ou trois ans et demi. La poulinerie est pour ainsi dire l’école primaire du cheval de traîne, et, lorsqu’il arrive dans l’écurie "d’entraînement, il fait des exercices gradués de l’école secondaire ; c’est là où il gagne des forces, de l’énergie, de la puissance; c’est là où il se fait du muscle.
Une petite cour ou paddock attenant au boxe est indispensable pour les chevaux de course. Elle leur permet, pendant les belles heures delà journée, de respirer l’air pur en toute liberté.
3. Écuries pour huniers. — En Angleterre, le cheval de chasse fait un rude labeur. 11 ne sort que quatre à cinq fois par mois, rarement davantage. Le reste du temps il jouit d’un repos relatif, car il ne fait que des promenades
TRAITE DES CONSTRUCTIONS RURALES
de quelques heures. 11 vit donc beaucoup chez lui; mais lorsqu’il sort, ce sont des courses effrénées par monts et par vaux. Il parcourt des terres friables et spongieuses ; c’est une fatigue excessivement pénible à supporter, môme pour les meilleurs chevaux. — Il ne faut pas moins de trois mois pour former un bon hunier. Comme on peut le voir parce qui précède le cheval de chasse a une rude besogne à accomplir ; aussi quand il rentre à l’écurie, il faut qu'il y trouve tout le confortable nécessaire pour reposer ses forces.
La figure 290 montre le plan d’une écurie anglaise de hunters. a est un large passage fermé qui sert à laver les chevaux crottés lorsqu’ils reviennent de la chasse, b le magasin à avoine, c la sellerie, d la cour couverte servant de manège, e la canalisation pour les urines, qui aboutissent en g, à la fosse
à purin , dans laquelle sont entassés les fumiers; les points indiqués autour de cette fosse ouverte sont les poteaux qu supportent la couverture du manège d. Enfin f sont les boxes pour les chevaux.
Ce plan est le type le plus répandu en Angleterre et qui passe pour le meilleur pour les écuries des hunters.
Cependant cette disposition •B n’est pas exempte de reproches,
Fig. 290. — Plan d une écurie anglaise pour huniers comme nous allons le voir.
Échelle de û-,0025 pour mètre. Le§ Ang,ais comprennent
mieux que les Français l'installation des écuries, nous le reconnaissons volontiers ; nous ne pouvons toutefois partager l’anglomanie qui règne en France et qui fait admettre comme bon ce qui qui est mauvais, par cela seul, que ccst anglais. Nous préférons raisonner. Ainsi nous trouvons le plan ci-dessus défectueux et nous en donnons ces raisons: les portes des boxes, sauf les deux latérales, sont d’un accès difficile; les fenêtres, placées au-dessus de la tête des chevaux, les incommodent; le trou à fumier pourrait se trouver en dehors de la cour centrale; enfin, la forme carrée n'est pas, tant s’en faut, la meilleure disposition à adopter pour un manège. Nous préférerions de beaucoup, pour une écurie de hunters, adopter le plan que nous avons composé et que représente notre figure 291 : a est le vestibule avec escalier conduisant au grenier à foin. Dans l’angle de ce vestibule se trouve un fourneau pour envoyer de la chaleur dans la
LOGEMENT DES ANIMAUX DOMESTIQUES
sellerie c ; il sert aussi à donner de l’eau chaude pour laver les chevaux qui reviennent de la chasse couverts de boue ; b est le magasin à avoine ; cl, le grand manège couvert par un large auvent posé sur les murs des boxes f; ee sont les canalisations pour les urines qui se rendent dans la fumière g, en dehors de la cour et des bâtiments.
Si nous comparons ces deux plans, voici les avantages que nous offre le dernier :
1° La piste est beaucoup plus grande : elle a une surface de 332 mètres carrés, tandis que la première ne mesure que 123 mètres carrés; son parcours est donc plus considérable , le rapport en est comme 18 est à 8.
2° Le dépôt de fumiers est mieux placé.
3° Malgré une plus grande surface de terrain, le développement des murs est moins considérable, défalcation faite des murs de boxes qui
Fig. 291. — Plan perfectionné d'une écurie pour huniers.
Échelle de 0m,0025 pour mètre.
n’existent pas dans le plan anglais, puisque les chevaux sont réunis par trois dans quatre écuries.
Si l’on voulait adopter la même disposition, cela ferait une économie de huit murs qui développent AO mètres.
On pourra nous objecter que notre plan occupe plus de terrain que le plan anglais ; c’est très-vrai , puisque nous avons 708 mètres carrés tandis que le plan anglais n’a que 576 mètres carrés. Mais, à la campagne, le terrain a une valeur minime, et les avantages compensent largement la plus-value de cette dépense; d’autant que ce qui coûte ce sont les surfaces de construction, et nous avons dit que, dans des conditions identiques, notre plan coûterait moins que le
Fig. 292. — Élévation d’une écurie pour liunter. Échelle de 0ra,0025 pour mètre.
plan anglais. La figure 292 montre l’élévation de cette écurie, la figure 293 une coupe transversale sur l’ensemble du bâtiment, enfin la figure 294 une coupe à plus grande échelle d’un boxe.
Fi