DES PORTES ET DES FENETRES
Un bâtiment quel qu’il soit a toujours des portes et des fenêtres, chacun connaît leur usage et leur utilité. Si les portes et les fenêtres étaient établies en nombre suffisant avec des dimensions raisonnées, elles rempliraient parfaitement le rôle qu’on leur assigne, mais dans la pratique (ce qui est regrettable) il n’en est pas toujours ainsi. On oublie insensiblement l’usage respectif de chacune d’elles et, pour satisfaire à des ordonnances d’architecture puériles, on arrive à annihiler leur utilité; et souvent là, où il faudrait de larges baies, on en construit de petites et réciproquement; il faut bien faire de la ligne.
Beaucoup de constructeurs, en effet, croient encore, à tort, que, sans la symétrie, il n’y a pas d’architecture possible. Il est juste d’ajouter que bon nombre d’architectes de grande valeur n’ont jamais partagé de pareils préjugés, et ont toujours fait des ouvertures en rapport avec les exigences de leur destination.
Au point de vue de la ventilation, nous reprochons aux portes et aux fenêtres de déterminer des courants d’air tantôt trop vifs, tantôt insignifiants (cela dépend de l’atmosphère) et toujours dans un sens horizontal. Or, cette direction est toujours dangereuse pour l’animal, à moins que le tirage ne fonctionne au-dessus de lui et ne le frappe pas directement. En un mot, l’aération n’est utile qu’autant qu’on peut en bénéficier sans en ressentir le courant ; sinon, elle est toujours nuisible. I
On ne peut facilement atteindre ce résultat qu’en dirigeant verticalement les colonnes d'air et en ne le faisant encore que d’une manière peu
sensible et graduée. Nous nous appesantirons plus longuement sur cette question capitale dans le paragraphe suivant, lorsque nous traiterons de la ventilation; pour l’instant, nous ne nous occuperons que des portes, des rouleaux qu’on y place et des fenêtres.
1, Portes. — Les portes d’écuries doivent, autant que possible, être
Fig. 296. — Porte à un vantail (lace exloi iourc). Échelle de 0™,0 2 pour mètre.
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assez larges pour donner passage à un cheval harnaché ; elles mesurent de lm,20 à 1 m , 30 de largeur et quelquefois lm,50. Leur hauteur est de 2m,25 à 2m,83. Dans ce dernier cas, la partie supérieure a une imposte vitrée. Cette élévation, qui peut paraître considérable, est souvent nécessaire ; elle
Échelle de 0m,02 pour mètre.
permet l'examen attentif des yeux, de la bouche et des naseaux du cheval. Il existe divers genres de portes : nous allons les décrire successivement. La plus simple de toutes est une porte à un seul vantail {fig. 296.) Ces
portes sont généralement pleines, mais souvent aussi, suivant la localité, elles sont à clairevoie dans la partie supérieure, comme l’indique notre figure.
D’autres portes sont aussi dites coupées (fig. 297 et 298) parce que la partie supérieure peut rester ouverte, tandis que le bas est fermé ; la figure 298 montre la face extérieure, et la figure 297 la face intérieure.
Lorsque les portes d’écuries sont plus larges que les précédentes, on les fait à deux vantaux {fig. 299); dans ce cas, ces vantaux sont de
même largeur, ou l’un deux est plus petit que Fig. 299. — Porte h deux van-,,
taux (face intérieure.) 1 autre ; il mesure alors 0m,40 de largeur et on Échelle de om,02 pour mètre. je ren(j dormant à l’aide d’un verrou qu’on ne retire que pour le passage des chevaux.
On fait enfin quelquefois des portes à coulisses, dont la partie supérieure, armée de roulettes, court sur une tringle en fer, tandis que la partie inférieure glisse sur des galets. Ces portes sont en diminutif des portes de
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granges; nous trouvons que, pour la circonstance, elles ne présentent aucun avantage ; cependant ceux de nos lecteurs qui désireraient en avoir un modèle n’ont qu'à jeter les yeux à l'article granges et poulaillers, ils y trouveront les détails utiles pour la construction de ces portes.
Les seuils des portes doivent être élevés de 0m,08 à 0m,i0 au-dessus du sol extérieur, les angles en seront arrondis et la surface cannelée pour empêcher le cheval de glisser.
Les portes des écuries doivent être faites en bois dur, en chêne dans le nord, en noyer dans le midi ; elles doivent être assemblées et réunies avec des traverses et décharges sur le parement intérieur, ce qui en augmentera encore la solidité.
En été, pour activer la ventilation, on ouvre souvent les portes ; dans cette occurrence, il est indispensable de poser des portes mobiles à claire-voie,
Fig. 300. — Rouleau cylindrique. Fig. 301. — Rouleau en fuseau.
espèce de grand châssis, pour empêcher les volailles de la basse-cour de picorer dans l’écurie et de salir les harnais, mangeoires, râteliers, etc.
Toutes les ferrures doivent être encastrées dans le bois ; les boutons de loquets, loquetaux et verrous seront remplacées par des anneaux pendants, afin que les chevaux ne puissent y accrocher leur harnais ou s’y blesser.
Pour toutes les ferrures en général, il faut éviter les saillies.
2. Rouleaux dans les portes. — Dans les villes et quelquefois à la campagne, suivant le terrain dont on dispose, on est souvent obligé d’économiser le terrain et de diminuer par suite la largeur des portes d’écuries. Lorsqu’on est réduit à cette extrémité, on emploie des rouleaux pour empêcher le cheval de se blesser à son entrée ou à sa sortie de l’écurie. Il y a deux genres de rouleaux. Ils mesurent 0m,90 de longueur, sur 0m,08 à 0,18 de diamètre.
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Ils sont cylindriques (fi g. 300) ou en fuseau ( fig . 301) ; ils sont frettés à leur extrémités et au moyen de tourillons engagés dans des tenons scellés dans le mur ; ils tournent verticalement sur eux-mêmes, si le cheval ne passe pas dans l’axe de la baie et se porte soit à droite soit à gauche. Ces rouleaux se posent à 1 mètre au-dessus du sol. •
Dans les poulineries et jumenteries, ces rouleaux peuvent rendre de grands services en les appliquant, soit aux pieds-droits des portes des boxes, soit aux angles des bâtiments contre lesquels les jeunes poulains ou les poulinières pleines pourraient se blesser en courant.
3. Fenêtres. — Les écuries doivent être suffisamment éclairées ; c’est indispensable, non-seulement pour panser et surveiller les chevaux, mais encore parce qu’on a remarqué que le brusque passage de l’obscurité à la lumière occasionnait aux chevaux des ophthalmies et parfois mêm'o la cécité. C’est pourquoi on doit établir des fenêtres dans les écuries pour les éclairer pendant le jour.
Beaucoup de personnes croient que la lumière est inutile dans une écurie ; et, en vérité, lorsque les chevaux sont devenus aveugles pour en avoir été privés, les fenêtres ne leur sont pas d’une grande utilité. Ces mêmes personnes prétendent que les chevaux engraissent rapidement dans l’obscurité; cette opinion est fort exagérée.
Les marchands de chevaux ont intérêt à cacher leurs chevaux dans l’obscurité, parce que, lorsqu’ils sortent d’une écurie sombre, ceux-ci, vivement frappés par l’air et la lumière, ne voient que confusément. Ils jettent autour d’eux des yeux effarés, portent haut la tête et relèvent le pas.
Tout ce trouble leur donne les allures des chevaux de sang ; mais une fois la vente faite, le cheval vendu est bel et bien une excellente rosse.
On peut affirmer aujourd’hui avec certitude que les écuries sombres sont non-seulement dangereuses pour les yeux si délicats du cheval, mais encore que de telles écuries sont avec raison réputées mauvaises.
Les maladies d’yeux des chevaux sont aussi occasionnées par les courants d’air qui frappent directement sur la tête des animaux; aussi doit-on éviter de placer des fenêtres au-dessus des râteliers. Si cependant on ne peut faire autrement, il faut qu’elles soient situées à 3 mètres au-dessus du sol et qu’elles ouvrent en soullet ou vasistas; de cette façon, l’air frappe le plafond de l’écurie et n’arrive sur les chevaux qu’après s’être mélangé avec l’air intérieur.
Le meilleur système de fenêtres est celui que représente notre figure 302. C’est un double châssis; celui de l’intérieur est assujetti à celui de l’extérieur par deux charnières. Il s’ouvre horizontalement par ie haut à l’aide d’une corde de tirage qui glisse dans un système de poulies
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disposées à cet effet. La partie supérieure du châssis courant est garnie de plomb, qui, par son poids, tend à l’entraîner l’intérieur. L’extrémité de la corde se fixe dans un crochet à des nœuds, de distance en distance, qui servent à régler l’ouverture du châssis suivant les besoins du service.
On emploie encore d’autres fenêtres qui s’ouvrent verticalement au moyen d’un loqueteau à ressort. On manœuvre ce dernier il l'aide d’une corde. Si
l’on tire doucement sur la corde, Fig. 302. — Vue d’une fenêtre entr’ouverte avec son
, , , , cordon de tirage.
ce loqueteau cede et permet le
rabattement du châssis sur le tableau intérieur de la baie.
Au contraire, par un mouvement rapide opéré avec l’aide de la corde, on ramène le châssis dans sa première position et on le ferme.
On fait aussi des fenêtres à coulisses qui fonctionnent à fleur du mur intérieur.
Un excellent système pour éclairer les écuries consiste à pratiquer de larges cheminées dans l’axe du bâtiment et prenant un jour direct sur les toits. Si, au-dessus des écuries, il existe des greniers à foin, ces cheminées traverseront les fenils. Elles seront maçonnées et couvertes d’un châssis à tabatière ; on les manœuvre à l’aide de cordes, comme pour les tabatières ordinaires situées dans les combles des maisons.
Par ce système, l’air extérieur pénètre les couches supérieure de l’air intérieur, et n’affecte les organes des animaux qu’ après s’être confondu avec la température générale de l’écurie. Ces cheminées, comme on voit, peuvent servir aussi pour la ventilation.
Dans les pays chauds, les fenêtres sont souvent mobiles; on les démonte en été et on les remplace par des châssis tendus de toile claire ou de gros canevas qu’on mouille plusieurs fois dans la journée. L'air qui passe au travers de ces toiles imbibées d’eau acquiert un degré de fraîcheur trèsappréciable.
4. Volets. — On doit mettre dans certains pays méridionaux des volets aux fenêtres ; car on peut en retirer quelques avantages.
Ils assombrissent l’écurie, et cette absence de lumière invite le cheval fatigué à se reposer. Ils empêchent, en outre, les mouches d’envahir l’écurie durant les chaudes journées de l’été, et contribuent en hiver à conserver la chaleur. On peut faire les volets en bois, en osier ; suivant même
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le but qu'on se propose, on peut n’employer que de simples paillassons.
Pour terminer ce que nous avions à dire sur l’éclairage de jour, nous ajouterons que les chevaux ne doivent recevoir la lumière que par derrière, et que les portes et les fenêtres doivent, autant que possible, être placées au sud-est.
Lorsqu’on sera obligé de les établir au nord et au midi on le fera ; mais, dans ce cas, pendant l’hiver, on aura soin d’ouvrir seulement au midi ; dans l’été au contraire, on ouvrira au nord ; de plus, en toutes saisons, on fera jouer les volets de manière à fermer les ouvertures qui présenteraient des inconvénients ; en opérant ainsi, on peut éclairer et ventiler les écuries convenablement et y entretenir une température et un air salubres.
5. Éclairage de nuit. — Nous avons démontré l’utilité de l’éelairage diurne ; pendant la nuit, il est également utile d’éclairer les écuries, car cela permet d’exercer une surveillance nécessaire.
On emploie trop souvent, dans ce but, des lampes fumeuse à l’huile ou au pétrole, qu’on introduit dans des lanternes accrochées à un poteau ou suspendues au plafond. Cet éclairage primitif doit, pour plusieurs raisons, être complètement abandonné dans les écuries bien tenues ; d’abord parce qu’il est malsain et n’éclaire qu’imparfaitement, puis il présente des dangers sérieux au point de vue de l’incendie.
On doit préférer le système que voici : on pratique dans le mur des écuries une ouvertures carrée de 0m,40 de côtés. Cette petite baie est évasée à l’intérieur de l’écurie ; elle comporte deux châssis vitrés, celui du dehors sert pour l’allumage d’une lanterne placée dans cette double fenêtre. Avec ce système, pas de danger d’incendie, pas de fumée dans l’écurie, puisqu’elle s’échappe par un trou extérieur qui fournit l’air nécessaire à la combustion. Malgré cette innovation, comme la lanterne sera encore trop longtemps en usage, nous recommandons de choisir les modèles spéciaux, qui sont les plus commodes.