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INTRODUCTION

L'embouchure du Congo fut découverte, en 1482, par le Portugais Diego Câoetle christianisme fut introduit dans le Bas-Congo et l’Angola actuels par le roi de Portugal, Jean IT, vers 1401 (expédition Ruy de Souza).

L'évangélisation du pays noir fit de tels progrès qu'en 1518 le pape Léon X créa un évêque de Saint-Thomas et du Congo avec le titre d’évêque d’Utique in partibus infidelium. Un chapitre lui fut adjoint en l’église Sainte-Croix à San-Salvador. Divers ordres religieux, parmi lesquels les Jésuites (1546), vinrent peu à peu fortifer l’action du clergé régulier, tantôt au Congo, tantôt dans l’Angola. L'ancien évêché de Saint-Thomas fut même scindé,en 1597, par Clément VIII, qui érigea le Congo en évêché spécial. Des signes de décadence dans l’évangélisation du pays ne tardèrent pas à se manifester. La mission du Congo fut partiellement abandonnée et l'évêché transféré de San-Salvador à Saint-Paul de Loanda (Angola).

La Propagande reprit, à son tour, l’œuvre d’apostolat négligée par le Portugal et confia aux Capucins la charge de reconstituer sur de nouvelles bases la mission du Congo (1645). Cette mission dura, avec des alternatives diverses de prospérité et de décadence, jusqu’au xIx® siècle.

Il nous est resté, de ces essais d’évangélisation, diverses relations bien connues.

Pour la première période (œuvre entreprise par le roi de Portugal), nous possédons, outre des renseignements donnés çà et là par divers chroniqueurs portugais (Ruy de Pina, Garcia de Resende, Damien de Goes, Joao de Barros, Osorio), la notice d’Ed. Lopez, intitulée : Kelahione del Reame di Congo e delle circonvicine contrade tralla dalli scritti e ragionamentr di Odoardo Lopez, per Filippo Pigafetta, Roma, 1591. Elle a été traduite en latin, en allemand, en flamand, en français et en anglais.

Pour la seconde période (évangélisation par les soins de la Propa-

gande), on enregistre les notices intéressantes des PP. Cavazzi, Merolla Labat, Du Jarric, Carl, Fragio, de l’abbé Proyart et de Palixer de Tovar.

Elles sont respectivement intitulées :

CAvaAZZ1, Isiorica descrizzione degli tre regniCongo, Angola e Matamba ; Bologne, 1687.

MEROLLA DE SORRENTO, Relazione del viaggio nel regno de Congo; Napoli, 1692.

LABAT, Relation historique de l'Ethiopie occidentale, contenant la description des royaumes du Congo, Angola et Matamba ; tradmite de l'italien du P. Cavazzti et augmentée de plusieurs relations portugaises des meilleurs auleurs, avec notes, carles géographiques et une ullüstrahion; Paris, 1732, 5 vol.

Du JARRIC, Histoire des choses les plus mémorables advenues tant ez Indes orientales que autres pais de la découverte des Portugais en l’estabhissement et progrez de la foy chreshenne et catholique : et principalement de ce que les religieux de la Compagnie de Jésus y ont fat... Bordeaux, 1608 et 1610, 2 vol. (partiel).

CARLI, Vraggio del P. Michel Angiolo de Guaitim e del P. D. Carh nel regno di Congo ; Reggio, 1672.

ROMANO, Breve relazione del successo delle missione de Capuccini nel regno di Congo ; Rome, 1648.

PROYART, Histoire de Loango, Cacongo et autres royaumes d'Afrique ; Paris, 1776, 2 vol.

PALIXER DE ToOvART, La Massione evangelica del regno de Congo; Madrid, 1640.

On trouve enfin des indications utiles, surtout au point de vue de l’occupation hollandaise (1642-48), dans l'ouvrage de O. DAPPER, Nauwkeurige beschrijving der Afrihaansche gewesten ; Amsterdam, 1668 (trad. allemande, Amsterdam, 1670).

Plusieurs érudits modernes ont déjà utilisé ces sources. C’est d’abord l'historien portugais LOPES DE LiMA qui insère, dans son ouvrage : Ensaios sobre a statishica dos possesôes Portugueses ; Lisbonne, 1846, 32 partie (Ensaio sobre a statistice d’ Angola e Benguella), une notice historique de grand intérêt (introduction et chap. V). Il a publié, en outre, dans les Annaes maritimo e coloniaes de 1645, deux articles intitulés : Descobrimento, posse e conquista do reino do Congo pelos Portuguezes no seculo XVI (pp. 93-108) et Successos do reino do Congo, no seculo XVII (2bd., pp. 194-099).

Vient ensuite le P. BRUCKER, qui publie en 1878 dans les études dirigées par les PP. de la Compagnie de Jésus, un article intitulé : Découvreurs et missionnaires dans l'Afrique centrale aux XVIe et XVITE siècles (Etudes, IT, 1878, pp. 775-809). Ce travail intéressant étudie toutefois l’Afrique centrale au pomt de vue spécialement géographique.

En 1894, paraît le volume du P. EUCHER, Le Congo. Essai sur l'hisloire religieuse de ce pays depuis sa découverte (1484) jusqu’à nos jours ; Huy, 1894. C’est une première tentative de synthèse qui ne manque certes pas d'intérêt. Mais l’auteur ignore les notions les plus élémentaires de la critique historique. Il accepte bénévolement et sans discuter les témoignages de ses sources, qu’il ne comprend même pas, et il traduit le tout en style de rhétoricien. Le P. Eucher fut, sans nul doute, animé des meilleures intentions en écrivant son livre, mais il n’était pas taillé pour traiter un sujet de cette envergure. Le P. Albanus Heysse s’est avisé de traduire en flamand cet ouvrage qui n’est vraiment plus de notre temps, (De Kathoheke Kerk in Congo ; Roulers, 1905).

Autrement solide est la notice du P. BAESTEN intitulée : Les Jésuites au Congo (extrait des Précis historiques, 1893-1896; Bruxelles, Vromant, 153 pp.). Le P. Baesten y retrace l’activité évangélisatrice des RKR. PP. Jésuites au Congo et dans l’Angola de 1548 à 1648. Le récit est clair, bien ordonnancé, conduit avec méthode, quoique partial en faveur de la Compagnie de Jésus. Il est vraiment regrettable qu’une mort prématurée ait empêché le savant auteur de continuer son remarquable travail.

Nous enregistrons ensuite l’étude très documentée de M. E.-G. RA- VENSTEIN, dans son édition des voyages d’Andrew Battel dans l’Angola : The strange adventures of Andrew Battell of Leigh in Angola and the adjoining Regions. Edited with notes and a Concise History of Kongo and Angola ; London, 1901. Nous n'avons pas à faire l'éloge de M. Ravenstein. Son nom suffit pour faire estimer son ouvrage à sa juste valeur. Nous nous étonnons cependant de ce que le remarquable mémoire du P. Baesten lui ait échappé, alors qu'il cite celui du P. Eucher. Au surplus, Ravenstein déclare lui-même qu’il ne donne qu’un résumé succinct de l’histoire du Congo.

En 1906, paraît un petit travail d’un historien italien sur le voyage du P. Luca da Caltanissetta : M. NATALE, Una relazione inedita sul Congo, scritta da P. Luca da Caltanissetta nel 1701; Caltanissetta, 1906.

En 1907, nous trouvons un intéressant article qui expose l'historique de la mission de Fra Brugiotti da Vetralla au Congo : G. SIMONETTI, Giacinto Brugiotti da Vetralla e la sua missione al Congo (1651-57), dans le Boll. Soc. Geogr. Ital., VIII, 4-5, 1907, pp. 305-322, 369-381. C'est l’analyse d’une relation inédite, découverte à Coreggio par l’érudit Italien. Elle est importante pour la description géographique et ethnographique du pays.

Enfin, la jeune revue Onze Kongo (II, 1912, liv. 4-6, pp. 241-259, 322- 349), vient d'insérer, sous la signature de E. P. D' B. ZUURE, un article assez long intitulé : Rome en Kongo (Over Kongo’s bekeeringsgeschiedenis voor de XVIIIe eeuw). Nous n’aurions pas à dire grand'chose de cette notice de vulgarisation, si notre attention n’avait été attirée sur la défec-

tuosité de la documentation bibliographique. L'absence de formation historique chez l’auteur se devine à sa façon de citer ses sources. Qui songera jamais à donner, comme source, BACHELET et DEZOBRY, Dictionnaire de biographie et d'histoire, ou WETZER et WELTES, Kirchenlexicon ? M. Zuure cite tout au long le titre de l’ouvrage de Cavazzi. Fort bien. Mais pourquoi omettre alors Zucchelli, Merolla et Lopez? Nous nous trompons. Lopez est cité, mais d’une si singulière manière (Odoardo Lopez porthogese. Pigafetta, Romæ, 1591) qu'on ne le reconnaît plus !

L'appareil bibliographique de M. Zuure porte encore, en italique, des manuscrits. qu'il s’est empressé de ne pas consulter. Pourquoi les citer alors? M. Zuure avoue s'être servi du P. Eucher, mais il n’a connu ni E.-G. Ravenstein, ni le P. Baesten, ni G. Simonetti ! Quelle documentation insuffisante ! Tout ceci nous édifie sur la valeur intrinsèque de l’article et nous dispense d’en faire plus longuement la critique !.

En définitive, l'heure paraît venue de jeter enfin les fondements d’une synthèse scientifique sur les anciennes missions du Congo. Cette synthèse devra dégager des faits dûment établis les causes de progrès ou de décadence des missions, les moyens dont elles disposaient, leurs résultats tant au point de vue de l'extension du christianisme que de l'extension de la civilisation européenne.

C’est tout un chapitre d’histoire coloniale qui se déroulera sous nos yeux, accusant d’une part des enthousiasmes, des hésitations, des tâtonnements, mais apportant d'autre part aux peuples colonisateurs les leçons du passé et les fruits de l'expérience.

Pour atteindre ce but, nous devons disposer de bons instruments de travail. Il faut donc commencer par inventorier les archives inédites relatives aux missions du Congo et de l’Angola. Or, ces archives paraissent assez nombreuses et importantes.

Les riches archives de Lisbonne (Torre do Tombo), ont déjà livré plus d’un secret, grâce aux publications du vicomte DE PAIVA MANSo, Histovia do Congo, obra posthuma do Visconde de Paiva Manso ; Lisboa, Typ. da Acad., 1877; de LUCIANO CORDEIRO, Memorias do Uliramar. Vragens, exploraçôes e conquistas do Poriuguezes. Colleçaô de Documentos por Luciano Cordeiro ; Lisboa, Impr. nac., 1881; d'auteurs anonymes, Bolelim da Socredade de Geograpma de Lisboa, 1883 et Alguns documentos do archivo nacional da Torre do Tombo acerca das navegagçoes e conquistas Portuguezas, Lisboa, Impr. nac., 1892 et 1902.

1. On pourrait encore citer l'ouvrage de W.-N. BENTLEY, Pioneering on the Congo ; Londres, 1900, et celui de H. JOHNSTON, George Grenfell and the Congo ; Londres 1908, qui renferment d’intéressants, mais brefs détails sur les anciennes missions. Au point de vue catholique, signalons aussi les ouvrages généraux : L. DE BÉTHUNE, Les missions catholiques d'Afrique ; Paris, 1889, et PIoLET, S. J., Les missions catholiques françaises au XIX® siècle ; Paris, 1902.

ARCHIVES CONGOLAISES r À

Mais rien ne prouve que tout ait été mis à jour ni, surtout, que tout ait été inventorié. On voudra bien se rappeler que la plupart de ces documents ont été publiés à une époque où le Portugal disputait à l’Association internationale africaine la possession du bassin du Congo et où il avait intérêt à faire valoir ses droits historiques. Or, ces publications intéressées, composées en temps de polémique, pèchent souvent par quelque endroit. Il est au moins permis de le supposer et, le cas échéant, de le vérifier. Une exploration minutieuse de l’Archivo de Marinha e Ultramar s'impose donc.

Des recherches devront être faites à la Bibliothèque nationale de Paris où l’on signale, d'ores et déjà, divers manuscrits concernant l’histoire du Congo. Telle la relation inédite intitulée : Relaçoes de Angola, tiradas do Cartorio do Collegio dos Padres da Companhia, 1559 à 1586 (évangélisation des Jésuites).

La bibliothèque de Rimini renferme une relation écrite par des Carmes déchaussés missionnaires au Congo (D. IV, Miscell., n° 315). La famille Bisi de Coreggio possède, actuellement, une relation manuscrite du P. Giacinto da Vetralla, analysée par G. Simonetti. Elle mériterait les honneurs d’une publication 2n extenso.

Il importerait également de dépouiller, à notre point de vue, les archives des congrégations qui ont envoyé des missionnaires en ces régions lointaines (archives privées de la province belge des Jésuites, archives franciscaines de la province de la Piété et de la Germanie inférieure citées par les PP. Eucher et Baesten).

Enfin, les archives et la bibliothèque du Vatican renferment de nombreux documents dont nous nous proposons de publier l’inventaire en temps utile. Nous terminons, actuellement, cet inventaire pour les Archives de la Propagande 1.

Tel est, en ses grandes lignes, le programme que se trace la direction de la Revue congolaise et qu’elle espère mener à bonne fin.

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