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LES ARCHIVES DE LA PROPAGANDE

Elles ne contiennent, comme on sait, aucun document antérieur à l’année 1622, date de sa fondation. Par conséquent, les pièces relatives au Congo et à l’Angola ne concernent pas la première période de l’évangélisation entreprise par le Portugal. Elles se rapportent, presque exclusivement, à la mission des Capucins, depuis ses origines (1645) jusqu’à son extinction au début du xix® siècle.

1. Nous nous faisons un devoir d’adresser ici nos remerciments à M. le Ministre des Colonies qui a bien voulu nous autoriser à publier ces documents, dont il possède des répliques en photographie ou en copie dans les Archives de la Bibliothèque de son Département.

Il ne nous appartient pas, cela va sans dire, de tenter une description, même sommaire, de ces vastes archives. Afin d’orienter le lecteur, nous dirons simplement qu’elles se composent principalement des catégories de registres suivantes :

19 Lettres écrites à la Propagande (cataloguées par pays et par matières) ;

2° Brefs pontificaux et décrets portés par la Congrégation après examen des dossiers;

30 Affaires traitées en assemblée plénière (scritiure riferite ner Congressi) ;

4° Actes de la Propagande classés par années (ati generali e particolari) ;

5° Matières diverses ne rentrant dans aucune des catégories précitées

Les archives congolaises sont ici inventoriées dans l’ordre des registres et suivant les nécessités du dépouillement. Ainsi, l’Africa 250, contenant les lettres et notices envoyées à la Propagande, est décrit en premier lieu. Il est suivi de six volumes renfermant les Scritture riferite ner Congressi. Après, viendront les Actes de la Congrégation.

Les pièces sont citées d’après leur numéro d’ordre dans le manuscrit. Plusieurs ne sont pas datées. Nous avons réussi à en dater le plus grand nombre, tantôt exactement, tantôt approximativement. Chacune des pièces est analysée sommairement. Les lettres et notices les plus importantes seront publiées à la fin de l'inventaire en leur langue originale et en français.

Afin d'orienter le lecteur, nous avons intercalé entre crochets des commentaires expliquant l'importance, la portée de la notice, soulignant les idées directrices, amorçant ainsi la future synthèse qui se dégagera de ces multiples détails particuliers. Il va sans dire que ces commentaires, utiles pour l'intelligence des pièces, n'engagent que leur auteur et ne nuisent aucunement à l’objectivité de l'analyse documentaire. Ce sont des points de repère et rien de plus.

LETTERE, PERSIA, EGITTO, ETHIOPIA, INDIE, AFRICA. (Vol. 120.)

F0 197. — Lettre du P. Bonaventura d’Alessano à la Propagande.

Il rend compte de son entrevue avec le roi de Portugal, au sujet des missions à instaurer au Congo. Le roi l’a reçu très aimablement, bien qu'il fût en mauvaise santé. Il a exigé que son visiteur lui fasse lecture de l'Évangile de saint Jean, a manifesté un grand respect pour l'Ordre de Saint-François, attribuant aux prières efficaces des religieux les succès de son règne. Il a accepté leurs demandes d’ornements sacerdotaux, leur a offert un navire en partance pour le Congo. Il leur a promis

que les passeports seraient expédiés en temps utile. La reine a fait la même promesse.

Le P. d’Alessano prie, en conséquence, la Propagande d’expédier, au plus tôt, les décrets nommant les missionnaires pour le Congo. On peut les adresser, par la voie de Livourne, à Lorenzo Buon'’accorso, qui les fera parvenir à son frère Nicolo, agent des Capucins.

Lisbonne, 1e' octobre 1641.

F° 199. — Le P. d’Alessano annonce son arrivée à Lisbonne et exprime l’espoir de partir pour le Congo en septembre, sur un navire génois dont le capitaine recevrait gratuitement les missionnaires.

Fos 200 et suiv. — Le P. d’Alessano fait savoir qu’il a rencontré, à Lisbonne, des Capucins français qui ont traversé la Palestine, l’ Arabie, la Perse et enfin les Indes. Ils voulaient fonder une mission à Goa. Mais, par suite des obstacles suscités par les ministres royaux, ils sont revenus au Portugal. Ils s'offrent à accompagner en Afrique le P. d’Alessano et les missionnaires. Le P. Bonaventura estime que leur requête doit être acceptée et qu'ils auront l’occasion, en Afrique, de se rendre utiles.

Il espère toujours partir en septembre ou, au plus tard, en mars 1642.

Lisbonne, 29 juillet 1641.

[Ces trois pièces curieuses sont les seules que nous ayons retrouvées à la Propagande au sujet de la première mission du P. Bonaventura d’Alessano. Celui-ci avait été nommé préfet par décret du 25 juin 1640 !. IL arriva, avec ses compagnons à Lisbonne vers le mois de mai 1641 et fut reçu par l’auditeur et le vice-receveur des droits du Saint-Siège (f° 199). Le P. d’Alessano fut ensuite reçu par le roi et la reine de Portugal. Il est à remarquer que malgré les bonnes dispositions des souverains, les PP. Capucins ne purent s’embarquer et durent retourner à Rome. L’optimisme du P. d’Alessano était donc prématuré.]

LETTERE. AFRICA E CONGo.

(Vol. 247.)

Fos 119 et suiv. — Narration des succès obtenus par quatre PP. Capucins, missionnaires au Congo.

Le décret relatif à la mission, sous la direction du P. Bonaventura da Saggia, partit de Rome le 7 décembre 1633. Le supérieur de la mission, qui en avait eu le pressentiment, le 8 décembre, date de la fête de l’Immaculée Conception, le reçut, le jour de la fête de saint Thomas, apôtre. Il fit incontinent ses préparatifs de départ, sans savoir au juste par quelle voie il se rendrait à destination.

1, Cf. ParvA-MANso, Historia do Congo, pp. 183-184

Il croyait passer dans l’Angola, par la Hollande. D’autres lui conseillaient la voie de Venise et Constantinople, ou Marseille et l’Abyssinie, Le sort avait d’abord désigné Marseille, mais on apprit qu'il était impossible, par Alexandrie, l'Égypte et l’Abyssinie, d'atteindre le Congo. On décida donc de gagner Lisbonne et de chercher par la protection du roi de Portugal à rejoindre l’Angola. Les religieux s’embarquèrent sur un navire qui se rendait à Hambourg et parvinrent à Lisbonne après vingtneuf jours de navigation assez mouvementée.

A Lisbonne, les Capucins furent reçus avec bienveillance par le roi et la reine, et ils entreprirent aussitôt les négociations requises pour leur permettre le passage au Brésil et, de là, dans l’Angola. Ils espéraient réussir, au bout de quatre mois, quand un Père Franciscain, Christoval, maintenant évêque d’Angola, et Antonio Pais Viega, secrétaire du roi, obtinrent la révocation de toutes les faveurs concédées aux Capucins par Sa Majesté.

La mort inattendue d’Antonio Pais Viega vint modifier la face des choses. Après de nouveaux et interminables conciliabules, les missionnaires purent s'embarquer, le 23 juin 1635, pour Bahia de Todos Santos, au Brésil, où ils furent amicalement reçus par le gouverneur. Ils furent mêlés à la guerre entre Hollandais et Portugais. Le P. Bonaventura prédit même la victoire des Portugais, lorsqu'ils s'emparèrent de la forteresse de Hazarcol. Aussi, le peuple s’opposait-il à leur départ pour l’Angola. Ils ne purent s’embarquer que le 2 décembre.

Après trois mois de navigation, ils débarquèrent à Chiambo !, où ils furent salués par les Portugais de cette localité et par le chef indigène ou « Sobba » accompagné de douze notables. Une messe fut célébrée sur. le vaisseau et ils y assistèrent dévotement. Le P. Bonaventura leur offrit même le saint Baptême, qu'ils acceptèrent de suite. Il chargea un des interprètes, habitant Benguella, de les instruire au préalable.

Les PP. Capucins se rembarquèrent ensuite et se dirigèrent vers le port de Capoleto ?. Après deux jours de marche, trois frégates hollandaises donnèrent la chasse au navire portugais, qui préféra s’échouer que de se livrer à ses ennemis. Les malheureux, mourants de soif, suivirent le rivage, cherchant à atteindre le Coanza, où ils espéraient trouver le gouverneur d'Angola. Arrivés au fleuve, après avoir enduré les pires épreuves, buvant de l’eau marécageuse, même leur urine, ils ne découvrirent que des nègres barbares et féroces ! Le P. Bonaventura les fit confesser et se préparer à la mort. Soudain, apparut sur le bord du fleuve une sentinelle hollandaise. Les naufragés résolurent alors de se rendre aux Européens plutôt que de tomber entre les mains des anthro-

1, Probablement la baïe de Kikombo, 1193 lat. 1309’ long. 2. Capo ledo dans la baie de Sutu.

ARCHIVES CONGOLAISES II

pophages. Les Hollandais leur firent quartier, mais les pillèrent consciencieusement.

Le lendemain, les prisonniers reprirent leur chemin et arrivèrent, après une longue marche forcée, à Angola (Loanda), où ils furent incarcérés sous bonne garde, puis transportés comme prisonniers de guerre sur un navire en rade. L’un d’entre eux fut près de succomber et les privations réduisirent les autres à toute extrémité. Au bout de vingt-trois jours, les prisonniers furent transférés sur un petit bateau, avec quelques provisions et dirigés sur Pernambouc, au Brésil, où ils n’arrivèrent que par miracle, car la vieille barque faisait eau et les voiles étaient rapiécées.

À Pernambouc, ils furent injuriés, insultés par les hérétiques et ne durent leur salut qu’à la protection d’un marchand français, Louis Heins, catholique romain, qui se trouvait en ces parages et qui hébergea les missionnaires en sa maison.

Malheureusement, un Portugais se mit en tête de conspirer pour enlever la place aux Hollandais et chercha à se servir des PP. Capucins et de Louis Heins comme intermédiaires. La conspiration fut découverte, le Portugais fut décapité et Louis Heins vit un jour sa maison envahie, mise sous scellé, gardée. militairement, pendant que son propriétaire était jeté en prison.

Les PP. Capucins furent derechef en butte aux soupçons des gouverneurs de Pernambouc. Heureusement, Louis Heins put se disculper et sortir de prison. Les missionnaires furent alors expédiés vers la Hollande. Un marchand hollandais, secrètement catholique, nommé Alberto de Lava, recommanda les pauvres religieux au capitaine du navire, leur donna un baril de vin d’Espagne et leur confia ‘pour sa mère qui demeurait à Amsterdam, une lettre par laquelle il la priait d'accueillir les prisonniers. Pendant la traversée, le P. Salvatore de Genova mourut et son cadavre fut jeté à la mer.

A Amsterdam, les PP. Capucins furent enfin délivrés, à la suite d’explications données par le P. Bonaventura et jugées satisfaisantes. Ils traversèrent deux ou trois fois la ville, excitant sur leur passage une vive curiosité. Le P. Bonaventura disputa même des points de controverse avec un hérétique français, Guillaume Lenzon, qui l’admirait beaucoup et regretta son départ pour le Portugal.

[Cet épisode curieux de l’histoire des missions congolaises est également rapporté par CAVAZzI, Istorica Descrizzione dei tre vegni, Congo Angola e Matamba, trad. all.; Munich, 1694, pp. 386 et suiv. Ce fut le premier essai d’évangélisation entrepris dans des conditions déplorables par la Propagande. La relation est vive et pittoresque. Elle pèche cependant par un point. Son auteur anonyme recourt, à tout instant, à l’intervention des puissances surnaturelles pour expliquer les choses les plus simples et les plus logiques. Il le fait évidemment de bonne foi.]

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