Archives d'allemagne
Notre confrère M. E. -Daniel Grand, archiviste de la ville de Montpellier, veut bien nous communiquer, sur quelques-unes des principales archives d’Allemagne dont il a examiné Finstallation matérielle, la note suivante, destinée à former l’appendice d’un rapport annuel sur les archives municipales de Montpellier ^ en 1892 :
« Dans un récent voyage fait en Allemagne pendant un congé de vacances, j’ai fait, sur les archives et les bibliothèques de l’empire allemand, quelques observations, dont certaines pourront être intéressantes au point de vue des archivistes français et que je me permets de communiquer dans le présent rapport, en les' groupant suivant l’ordre des paragraphes qui précèdent. Les archives que j’ai visitées sont celles de Bâle (Suisse), Stuttgart (arch. du roy. de Wurtemberg), Nuremberg (arch. municip.), Dresde (arch. municip. et arch. du roy. de Saxe), Leipzig (arch. municip.), Weimar (arch. grand -ducales), Marbourg (arch. de Hesse), Francfort-sur-le-Mein (arch. municip.), Strasbourg (arch. dép. et arch. municip.), Mulhouse (arch. municip.), Lucerne (arch. cantonales), Berne (arch. fédérales de Suisse) 2.
1. Voyez Budget de 1893 de la ville de Montpellier, publication annexe du Bulletin municipal de la ville de Montpellier, où notre confrère M. E.-D, Grand a déjà fait paraître le Récolement des archives municipales (voy. Bibliothèque de l’École des chartes, t. L, p. 681 et suiv.).
2. Nous rappelons que notre recueil a déjà publié plusieurs notices sur les archives de l’étranger, et notamment : État des archives en Prusse, par M. Brièle (t. XXXVI, p. 138); les Archives du royaume de Hongrie (t. XLV, p. 699); Archives municipales de Francfort-sur-le-Mein (t. XLVII, p. 196); Congrès des archivistes allemands (t. XL, p. 658); les Archives italiennes à Rome, par M. Clédat (t. XXXVl, p. 457); les Archives de Milan, par M. G. Porro (t. XXXIV, p. 650). Rappelons aussi que notre confrère M. Giry a donné de nombreux détails sur la composition des archives d’Allemagne dans la notice
« Local des archives. Ce qui frappe tout d’abord les voyageurs, c’est la sollicitude apportée à rinstallation matérielle des archives. Les archives placées dans des locaux isolés (comme à Montpellier, Toulouse, Lyon, Dijon, Niort, Ghâteauroux, etc.) se rencontrent à Stuttgart (arch. du roy. de Wurtemberg), Dresde (édifice neuf pour les archives du royaume de Saxe), Weimar (édifice neuf pour les archives du grand-duché de Saxe-Weimar), Marbourg (archives de la province de Hesse prussienne dans l’ancien château des landgraves de Hesse), Francfort-sur-le-Mein (édifice neuf pour les archives municipales), Strasbourg (ancien bâtiment de l’École de médecine affecté aux archives et à la bibliothèque municipales). Tous ces édifices sont solidement bâtis et quelquefois presque somptueusement installés (comme à Dresde) L En installant les archives dans des locaux spéciaux, on a songé, plus qu’on ne l’a fait en France, à séparer complètement la partie ancienne de la partie moderne et courante (comme aux archives municipales de Leipzig, Francfort et Strasbourg), qui reste, depuis la date de 1815 en général, dans les bureaux des hôtels de ville. L’aménagement intérieur (parquets, tapis, badigeonnages, mobilier, etc.) est toujours soigné et propre. Le chauffage se fait généralement par les calorifères à eau chaude ou à vapeur d’eau. Quand les archives ne sont pas dans des locaux isolés, les précautions contre les dangers d’incendie sont minutieuses : tuyaux et bouches d’incendie dans les salles et les escaliers, murs doubles et portes de fer séparant le local des archives du reste du bâtiment, ouvertures en forme de puits ménagées dans l’épaisseur des murs pour précipiter les documents dans le sous-sol en cas de danger imminent (Francfort), grands paniers d’osier placés à demeure dans les salles (Nuremberg), caisses et petites armoires mobiles pour les documents les plus précieux (Nuremberg, Dresde, Strasbourg).
« Personnel. Le personnel des archives d’Allemagne est en général
consacrée aux Archives dans la Grande Encyclopédie (t. III, p. 747-762). On connaît l’ouvrage d’ensemble consacré aux archives d’Allemagne, d’Autriche et de Suisse par M. Burkhardt, archiviste du grand-duché de Saxe-Weimar {Handund Adressbuch der Deutschen Archive, Leipzig, 1887, 2® édit., 2 vol., in-8“ et in-16, dont le vol. in-8° ou Handbuch [x-230 p.J contient les notices relatives à chaque fonds d’archives, et le vol. in-16 ou Adressbuch [66 p.] les notices relatives aux conditions de travail et au personnel des diverses archives), et Y Archivalische Zeitschrift publiée par von Lôher et consacrée à l’étude de toutes les questions techniques d’installation, de classement et d’inventaire.
1. Une notice sur tous les locaux d’archives nouvellement bâtis en Allemagne se trouve dans un des derniers numéros de la Bauzeitschrift publiée par Schmitz. Sur les archives royales de Saxe, voy. Das Haupt-Staats-Archiv zu Dresden, par K. von Weber, dans Archiv filr die sachsische Geschichie, t. II (1864), et une notice sur le nouvel édifice par M. l’archiviste Ermisch, dans Archivalische Zeitschrift, t. XIII.
nombreux et bien payé. Voici les appointements des employés de quelques archives municipales, évalués en marks (1 mark = 1 franc 25 cent.) :
* Nuremberg. Archiviste, 3,720 marks; 420 m. (indemnité de logement).
Archiviste-adjoint, 2,280 m.
Le traitement annuel de début de l’archiviste était de 3,360 m. (4,200 fr.). Les augmentations sont de 360 m. tous les cinq ans (2 fois).
Dresde. Archiviste, 5,000 m.
Archiviste-adjoint, 2,000 m.
Deux garçons de bureau à 1,030 m.
Leipzig. Archiviste, 4,100 m.
Archiviste-adjoint, 3,225 m.
Autres employés, 2,280 m., 1,500 m., 1,440 m. et 1,200 m.
Francfort-sur-le-Mein. Archiviste, 4,725 m.
Deux employés à 2,100 m. et 1,900 m.
Strasbourg. Archiviste, 3,600 m.
Archiviste-adjoint, 2,000 m.
Autres employés, 1,080 m., 800 m. et 360 m.
« Dans les archives de provinces ou de cercles, le personnel est encore plus nombreux, surtout dans l’Allemagne du Nord, par exemple à Marbourg (archives de la Hesse), où il y a : un archiviste en chef (4,500 m., plus le logement), cinq archivistes-adjoints, cinq expéditionnaires et garçons de bureau L
« Matériel. Les soins apportés par les archivistes allemands à la conservation des documents ne sauraient être assez donnés en exemple aux archivistes des autres nations. Dans toutes les archives sans exception (excepté actuellement les anciennes archives départementales à Strasbourg), tous les documents sur parchemin, jusqu’à la fin du siècle dernier, et tous les documents sur papier, jusqu’en 1400 en moyenne, sont placés chacun séparément dans des couvertures, chemises ou enveloppes en papier fort ou en carton. Ce procédé de conservation des chartes, quoique assez dispendieux (chaque carton coûtant de 4 à 10 pfennigs pièce, à Marbourg), préserve les documents de la poussière et des
1. Les archives des villes hanséatiques, qui peuvent être comparées dans une certaine mesure, au point de vue de l’importance historique au moyen âge, au groupe des villes méditerranéennes de Marseille, Montpellier et Cette (Agde), sont encore mieux traitées. La ville de Brême, par exemple, dépense annuellement 21,850 marks pour les archives, dont 8,000 marks pour le traitement de l'archiviste en chef, 3,050 marks pour celui de l’archiviste-adjoint, 7,520 marks pour ceux de trois employés, 1,500 marks pour l’impression du cartulaire municipal, etc. (voy. Spezial-Budgets für 1892-93 [de la ville de Brêmej, art. 31). /
chocs, ce qui est essentiel pour la préservation des sceaux en cire. Le nombre de ces chemises de carton peut varier de 10,000 (archives grandducales de Weimar, archives municipales de Strasbourg) à 90,000 (archives de la Hesse prussienne) L Les documents, ainsi placés dans des enveloppes distinctes, sont conservés dans des armoires ou des caisses. Les armoires, sur les rayons desquelles tous ces cartons sont rangés à la suite les uns des autres, sont munies de portes percées de larges trous d’aération, fermés par des grillages de ül de fer très tin, pouvant arrêter une partie de la poussière extérieure. Les documents de trop grande dimension pour entrer dans les chemises en papier sont montés sur des feuilles de carton et placés dans les tiroirs d’armoires spéciales. Les caisses sont de petites dimensions, pour pouvoir être déplacées facilement en cas de danger, et généralement placées sur deux rangées de quatre caisses, les unes au-dessus des autres, de manière à donner l’apparence d’une seule grande caisse (arch. municip. de Nuremberg, arch. de Saxe à Dresde). Ce système de conservation des chartes dans des caisses, qui était celui du moyen âge et qui s’est conservé sans aucune modification dans le principal fonds des archives de la ville de Montpellier {cassettes et tiroirs"^ et nouvelles layettes faites par M. de la Pijardière), a été conservé jusqu’à nos jours par l’Allemagne, qui n’a fait que le perfectionner et le rendre plus pratique par le montage de plusieurs caisses ensemble, l’installation de compartiments dans les caisses et autres détails, tels que couvercles mobiles, tringles latérales, roulettes, etc. Ce système serait très difficile à appliquer dans les archives françaises, car, d’après le mode de classement en vigueur, on peut trouver côte à côte, dans le même portefeuille, une charte carolingienne et un papier du siècle dernier, si ces documents rentrent tous les deux dans telle ou telle subdivision du classement. Dans les anciennes archives départementales de Strasbourg, qui furent
1. Les cartons employés aux archives de Marbourg ont 0®37 de long sur 0'“22 de haut, et sont de quatre espèces : 1* Pour les chartes avec grands sceaux (0“02 d’épaisseur); 2* pour les chartes avec petits sceaux; 3“ pour les chartes sans sceaux (collées ou encartées) ; 4" pour les chartes endommagées (collées sur des feuilles de carton mince placées à l’intérieur du grand carton). Les deux premières espèces de cartons sont fermées sur trois côtés, les deux dernières sur un côté seulement. Le carton employé est un carton couleur jaune ocre de O^OOl d’épaisseur. — Aux archives grand-ducales de Weimar, on enveloppe les chartes dans du papier très épais, de couleur rose, avec le mode de pliure usité dans l’ancienne manière de cacheter les lettres, suivant la dimension du document. Les enveloppes ainsi pliées sont placées debout, sur deux rangées, dans des tiroirs découverts, posés eux-mêmes sur les rayons, auxquels ils sont assujettis par les deux rainures dans lesquelles ils se meuvent.