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CONGRÈS INTERNATIONAL DE MOSCOU

Section de médecine légale,

M. le docteur Corin, de Liège, a bien voulu nous adresser quelques renseignements sur le Congrès de Moscou. Nous sommes heureux de pouvoir les publier et les faire suivre du compte rendu rédigé par M. A. -P. Minakow, proscctcur, des principales communications faites dans la section de médecine légale.

Nous étions malheureusement fort peu nombreux à la section de médecine légale, une trentaine tout au plus si j'ai bien compté. Peu, fort peu d'étrangers ; pas un seul Français, à moins que vous ne vouliez faire Thonneur de compter comme Français le pauvre petit Belge isolé que j'étais. L'Allemagne était représentée par le professeur Strassmann, de Berlin ; l'Angleterre par le professeur Dixon Mann ; rAulriche, par MM. Kratter, de Graz ; Haberda, de Vienne ; Szigeti, de Tamesvar, Jellachich Istvan, de Pécs; la Roumanie par le professeur Minovici, de Bucarest ; l'Italie, par le professeur Tamassia de Padoue. La Russie, elle-même, avait fort peu de représentants ; j'ai retrouvé là notre ami Kossorotow, de Saint-Pétersbourg ; Popow, de Tomsk ; Ignatowsky de Dorpat. Les honneurs nous étaient faits par le professeur Neyding, de Moscou, et ses deux assistants MM. Minakow et Zaborowsky ; je ne puis, pour ma part, assez remercier ces messieurs de l'amabilité qu'ils ont déployée à l'égard de leurs hôtes. Ils sont parvenus à former de notre ensemble assez disparate au premier abord un conglomérat familial dans lequel on a sincèrement, très sincèrement, regretté l'absence de l'élément

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français. J'ai expliqué l'absence de nos maîtres, Brouardel et Lacassagne, et je me suis cru autorisé à répéter à mes collègues les termes aimables dans lesquels le professeur Brouardel avait convié tous les médecins légistes au Congrès de 1900. Vous savez d'ailleurs que le prochain Congrès de médecine légale se tiendra à Paris de sorte que la médecine légale aura deux motifs de s'y trouver, sans compter les autres.

Que vous dirai-je de l'activité scientifique de notre section ? Elle était forcément réduite par l'abstention de beaucoup d'entre ceux qui avaient annoncé leur participation. C'est ainsi qu'on n'a pas dit un mot de la création d'un corps de médecins légistes, à part un vœu ayant cette tendance émis par M. Minovici et admis d'ailleurs à l'unanimité. On n'a touché ni la question des plomaïnes, ni celle de la bactériologie, ni... mais ce sera plus court de vous dire ce qu'on a réellement fait.

Le professeur Strassmann a étudié la mort par chloroforme et conclu de ses recherches que, à part des cas biens rares et bien spéciaux, un médecin n'était jamais condamnable pour une mort survenue pendant la narcose chloroformique.

Le docteur Haberda a signalé le danger qu'il y avait à admettre comme preuve de vie l'existence de corps étrangers dans les voies aériennes. Il a placé des cadavres d'enfants mort-nés dans le grand égout de la salle des morts de Thôpital de Vienne et a trouvé des éléments solides, caractéristiques des eaux d'égouts, jusque dans les plus fines ramifications bronchiques. Pour lui c'est bien plutôt le contenu de Testomac et surtout de l'instestin grêle qu'il faut observer.

Professeur Kràtter : Sur la valeur de V examen microscopique des gonocoques, — D'après de nombreux auteurs (Haberda, Nowak, Wachholz, Lober, Rose, etc.), le diagnostic certain de la gonorrhée n'est possible que quand on a obtenu une culture pure des gonocoques, les différentes parties des organes génitaux contenant d'autres microbes ressemblant aux gonocoques par leur aspect, leurs dimensions et leur situation intra-cellulaire. Kratter estime qu'en se basant sur l'ensemble des caractères morphologiques des gonocoques on peut donner une conclusion positive ou, du moins, probable sur la nature blennorrhagique de la maladie ; et que la culture n'est nécessaire que dans les cas douteux. L'examen microscopique des vieilles taches peut être très important dans quelques cas et non inutile comme croient Wachholz et Nowak.

M. Haberda répond qu'il maintient sou opinion de la nécessité de

faire des cultures pour reconnaître avec sûreté le gonocoque ; Texamen microscopique des vieilles taches ne permet pas de conclure.

M. Szigeti estime que seul le résultat négatif de l'examen microscopique a de la valeur dans la pratique médico-légale. Lorsque Taspect clinique de Taffection laisse des doutes, Tabsence des gonocoques montre qu'il ne s'agit pas de blennorrhagie.

Professeur Arrigo Tamàssià : Sur les cristaux du sperme découverts par M, Florence, — M. Florence en traitant le sperme avec une solution iodo-iodurée de certaine concentration a obtenu des cristaux analogues aux cristaux d'hémine ; les expériences ultérieures lui ont montré que ces cristaux ne s'obtiennent qu'avec du sperme humain. En contrôlant les recherches de M. Florence, le professeur Tamassia a trouvé qu'on peut obtenir ces cristaux également avec du sperme des animaux etavec des infusions dedivers organes de l'homme et des animaux. Ils se forment non seulement sous l'influence d'une solution d'iode dans de l'iodure de potassium, mais encore sous Taction de nombreuses autres combinaisons de l'iode avec les alcalis, avec les terres alcalines et avec les métaux. Ils s'obtiennent difficilement avec le sperme frais des animaux ; mais si ce dernier est resté mélangé aux combinaisons de l'iode pendant quelque temps à la température de 15* à 16* R, ils se produisent en grande quantité. M. Tamassia estime que ces cristaux présentent une forme particulière des cristaux d'iode qui se produisent en présence de différentes substances organiques; aussi ne faut-il pas se fier à la réaction de Florence dans les expertises médico-légales.

M. Corin répond que la réaction de Florence a la môme valeur dans l'examen des taches séminales que l'épreuve de Van Dehn dans l'examen du sang, c'est-à-dire que les résultats négatifs prouvent l'absence du sperme.

M. Haberda mentionne les recherches sur le môme sujet de M Richter qui croit que la choline produite pendant la putréfaction du sperme joue le rôle principal dans la formation des cristaux. La réaction de Florence peut servir comme épreuve préalable dans l'examen des taches séminales.

Professeur Strassmann (Berlin) : Sur les ecchymoses et leur rapport avec l'asphyxie. — La valeur pratique des suffusions sanguines souspleurales et decelles des autres régions est insignifiante. Leur absence n'exclut pas la mort par asphyxie. Dans de nombreuses formes de la mort par asphyxie, elles peuvent faire défaut, même chez les enfants; dans ces cas, la mort arrive, probablement, par paralysie cardiaque réflexe. D'autre part les suffusions sanguines s'observent aussi quand

la respiration s'arrête avant la paralysie du cœur ou quand Tarrét du cœur a lieu non subitement, mais lentement et avec phénomènes (rœdème pulmonaire. Le médecin légiste peut commettre une erreur grave, si, en se basant sur ce signe seul, il concluait à la mort par asphyxie.

B' Haberda : Su7' la formation des ecchymoses après la mort, — Il a observé l'apparition des ecchymoses sur les conjonctives des cadavres des nouveau-nés suspendus par les pieds immédiatement après la mort ou pendant les premières heures qui ont suivi la mort; ces ecchymoses ne différaient en rien de celles qu'on observe dans l'asphyxie sur des cadavres d'hommes morts subitement de mort violente ou naturelle, on peut démontrer l'influence des stases dans les parties sous-jacentes sur l'aspect, le nombre, la grandeur et la distribution des ecchymoses. Dans certains cas, avec une attitude insolite du cadavre, on peut, en se basant sur la distribution particulière des stases sanguines dans la peau, les muqueuses et les organes viscéraux, conclure à V ovi^mQ post-mortem des ecchymoses, et cela particulièrement dans les cas où celles-ci sont situées dans les parties déclives, les observations invitent à restreindre la valeur diagnostique des ecchymoses qui a été exagérée par des médecins peu expérimentés.

Le D' SziGETi présente i\Q^ parties de V estomac et des intestins de personnes mortes par into^pîcation arsenicale. Sur la muqueuse de l'estomac et de l'intestin on voit nettement les grandes plaques jaunes de sulfure d'arsenic.

Professeur Tamassia : Sur Vépithélium des poumons avant et après la respiration. — D'après quelques auteurs, Tépithélium cubique des alvéoles pulmonaires des nouveau-nés se transforme en épithélium plat immédiatement après les premières inspirations; d'après d'autres, cette transformation est graduelle et se fait par dégénérescence graisseuse. Les recherches personnelles de Fauteur l'ont conduit à adopter la première manière de voir.

Dans la transformation de Tépithélium, on n'observe ni dégénérescence graisseuse, ni caryokinèse ; elle se fait par simple distension du tissu, à la suite de rentrée de l'air dans les alvéoles, avec diminution de l'épaisseur du protoplasma épithélial.

D' CoRiN : Sur la mort par le shock, — On comprend sous le nom de shock un état de dépression etd'adynamie provoqué par une excitation violente du système nerveux, qu'elle soit directe ou réflexe. Indépendaniment des troubles que cette excitation provoque dans la

nutrition des tissus, elle entraine encore des troubles de la respiralion et de la circulation qui peuvent aboutir à la mort. Le mécanisme de cette mort est variable. Tantôt Texcitalion nerveuse provoque la mort par Tarrét prolongé et ininterrompu de la respiration, tantôt par paralysie du cœur. Mais il arrive aussi que les centres bulbaires ne sont pas paralysés d'emblée, mais sont d'abord excités avec phénomènes de Tasphyxie commune ; puis survient la paralysie des centres de la respiration et vaso-moteur, tandis que le cœur continue à travailler assez longtemps. Si l'excitation n'a pas été trop forte, la mort s'ensuit quelques heures ou seulement quolques jours après le shock et est due à la paralysie du centre vaso-moteur. Dans la forme asphyxique, on peut observer des phénomènes particuliers à l'asphyxie par des gaz délétères, avec ecchymoses, bave sanghmte et sang liquide. Dans ces conditions, surtout s'il n'y a pas de lésions tégumentaires, le médecin peut se tromper dans la détermination de la cause de la mort. Si celle-ci a eu lieu quelques jours après le shock, la putréfaction du cadavre est très rapide.

La cause eu est qu'après la contraction primaire des vaisseaux, il y a une dilatation secondaire, surtout marquée au niveau de la muqueuse intestinale, d'où perméabilité des parois intestinales pour les bactéries de putréfaction qui envahissent tout l'organisme par voie sanguine. Cette pénétration des bactéries de l'intestin dans les organes est la cause de la mort des personnes qui succombent quelques jours après une brûlure.

D' BoNDAREw (Youview) : Lésions des ganglions et du muscle du cœur sous Vinfluence de l'alcool, — Expériences sur l'alcool éthylique et amylique. Dans les intoxications aiguës, d'une durée de un jour à un mois, il y a de la dilatation vasculaire, ecchymoses étendues, tuméfaction et chute de Tépithélium avec dégénérescence granuleuse; puis, accumulation de leucocytes et des cellules fixes jeunes dans les parois vasculaires et en dehors de celles-ci. La tuméfaction et les hémorragies existent aussi dans les ganglions. Dans le muscle cardiaque, il y a un léger degré de dégénérescence graisseuse avec tuméfaction.

Dans les cas chroniques, de durée de un à cinq mois, on observe du développement du tissu conjonclif avec dégénérescence graisseuse des territoires isolés du muscle cardiaque, sous forme d'îlots, de la désagrégation des fibres musculaires et de la prolifération du tissu conjonctif dans les ganglions nerveux.

M. Strassmann rappelle que ses anciennes recherches sur Talcoolisme chronique n'ont révélé qu'une difl'érence quantitative et non

qualitative entre ralcool éthylique et ralcool amylique. De même que Bondatow, M. Strassmaiin a trouvé les mêmes lésions avec l'alcool éthylique et l'alcool amylique. D'où Strassmann conclut que la purification des eaux-de-vie ne suffit pas pour combattre les mauvais effets de Palcoolisme, ainsi que le croient Dujardin-Beaumetz et Andizé.

M. MiNAKOw, fait observer que le rapporteur n'a pas établi de distinction suffisante entre l'alcoolisme aigu et l'alcoolisme chronique. Si des animaux ont survécu un mois à une ingestion réitérée d'alcool, cette intoxication n'est nullement aiguë. Les lésions cardiaques elles-mêmes décrites par le rapporteur indiquent une action lente de l'alcool.

M. SziGETi se rallie à l'opinion du précédent orateur.

M. Grégoriew fait valoir que le rapporteur n'a pas employé les procédés de Nizel et de Marchi, comme cela eût été nécessaire pour déterminer si les lésions primitives siègent dans les éléments nerveux ou non.

Le rapporteur répond qu'il a bien employé les procédés de Nizel et de Marchi, mais qu'il a seulement omis d'en parler.

Le professeur Mmovia (Bucarest) exprime le vœu que dans toutes les villes universitaires les fonctions de médecin légiste soient dévolues au personnel enseignant la médecine légale. Il préconise la création des Instituts de médecine légale et la création des diplômes de médecin légiste.

A la fin de la séance. M. le professeur J.-J. Neidine remercie les présidents d'honneur et les membres du Congrès de leurs travaux.

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