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LES CRISTAUX DU SPERME

En remettant aux Archives mon mémoire sur le sperme en médecine légale, je m'étais réservé tout un programme d'études complémentaires de la réaction que donne avec le sperme le triiodure de potassium, car faute de matières premières, je n'avais pu, selon les préceptes baconiens, répéter les expériences suffisamment pour ne rien laisser dans l'ombre; je pouvais toutefois, sans crainte, donner ma réaction comme équivalente de celle de Van Deen pour le sang, comme un moyen de trier rapidement les taches, en attendant que l'occasion me permît de reprendre ce sujet au point de vue chimique et physiologique. Mais dès l'apparition de mon travail, il a été repris en sous-œuvre dans divers laboratoires, et je crois devoir, sans plus attendre, préciser l'état actuel de la question.

Je dois tout d'abord de vifs remerciements aux docteurs Wyatt Johnslon (\) de Montréal, et W.-F. Whitney (2) de Boston. Ils ont fait de mon travail une critique serrée extrêmement bienveillante : les résultats obtenus par le D' Whitney sont d'autant plus intéressants qu'il ne connaissait de mon mémoire qu'une seule chose, la formule de la solution de triiodure, si j'ai bien compris.

Le D' Whitney a obtenu ma réaction avec des taches sperrnatiques de tout âge, tandis que les taches des humeurs banales de l'économie (urine, lait, matières fécales, écoulements leucorrhéiques ou gonnorrhéiques, liquide d'un spermatocèle) ne lui ont rien donné. Fait curieux, qui vient à l'appui de ce que je dirai plus loin, le liquide de ce spermatocèle contenait des spermatozoïdes.

Le sperme sorti de l'épididyme d'un chien a été négatif, mais avec celui d'un lapin, Whitney a obtenu des cristaux petits et abondants. Une préparation contenant de nombreux cristaux du Charcot-Leyden fut absolument négative.

L'auteur conclut que la réaction est d'une grande valeur dans l'examen préliminaire, et qu'on ne devrait jamais l'omettre dans l'examen des taches suspectes. Comme moi, il veut que cette épreuve soit confirmée par la recherche des spermatozoïdes; il indique une technique spéciale de double coloration par Téosine d'abord, puis par le vert de méthyle. Il dessèche ensuite la préparation et la monte avec

(1) The Boiton medic. and sur^. Journal : of the iodine test for semen Florence*» reaction) vol. II. n» 7, p. 310.

(2) The identification of séminal stains, ibid., page 381.

i2* Année, N» 72. 52

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le baume au xylol. Une belle figure à deux teintes accompagne cet intéressant mémoire.

Je voudrais transcrire en entier le travail du D' Wyatt Johnston, Physician to the coroner*ê court and Lecturer on préventive medicin and medico-legal pathology Me GUI Univeraity, etc., — tant on y voit immédiatement la main d'un expert habile et prudent, rompu à toutes les difficultés des expertises médico-légales, il a saisi tout le parti qu'on peut tirer de ma réaction, et il s'est bien gardé de lui demander plus qu'elle ne peut et ne doit donner.

il a fait de nombreux essais sur diverses sécrétions de l'organisme (lait, sueur, urine, écoulements nasal ou vaginal, liquide des glandes de Cowper), et il a toujours obtenu un résultat négatif.

Avec le sperme des animaux, il a obtenu avec certaines espèces au moins une réaction qu'il appelle pseudo-réaction douteuse (a pseudoreaction of douhtful nature).

Il a soumis vingt-deux cadavres à l'examen de ma réaction, surtout au point de vue des glandes génitales, mais pressé par le temps, il ne peut encore admettre ses observations comme définitives ; il pense que la putréfaction (corps noyés ou longtemps exposés à l'air) doit contrarier la réaction, contrairement à mes affirmations, dit-il. On verra plus loin l'influence de la putréfaction, étudiée surtout par Richter.

Une observation très intéressante qui prouve la sagacité du D' Wyatt Johnston, c'est qu'il a remarqué combien on retire peu de cristaux des testicules et même des vésicules séminales, eu égard à la multitude qu'en fournit le sperme éjaeulé, et pourtant souvent la prostate est négative.

Serait-ce que cette substance se forme pendant l'orgasme vénérien, ou serait-elle le produit d'une réaction chimique due au mélange des diverses humeurs qui forment le sperme?

Cette question que j'ai soulevée déjà sera évidemment intéressante au point de vue physiologique.

Le D' Wyatt Johnston n'a pas obtenu ma réaction avec les sécrétions testiculaires des enfants plus ou moins jeunes ; M. Richter est, ainsi qu'on le verra plus loin, arrivé, dans deux ou trois cas, à des résultats inverses.

« Quant à ce qui regarde le mérite pratique de l'épreuve, dit-il, je pense que ceux qui en font usage pour essayer les taches séminales s'accorderont à lui accorder une valeur décisive comme épreuve préliminaire, et lui feront place à côté de l'épreuve du galac pour le sang, par laquelle on voit promptement s'il y a probabilité de résultat positif à un examen plus éloigné. Personnellement, si la

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réaction était obtenue de manière typique, je la regarderais comme une évidence corroborative très forte en un cas où on affirmerait la présence des spermatozoïdes. Je crois qu'on peut dire avec confiance que la réaction du sperme à Tiode, telle que Ta décrite Florence, est un pas décisif en avant, et que nous avons en elle une épreuve préliminaire et confirmative nouvelle, pleine de promesses pour le sperme normal et qui donnera relativement de bons résultats dans les cas de taches qui, par une dessiccasion prolongée, réagissent difficilement à répreuve microscopique ». Il fait ensuite de sages réserves dans les cas où la réaction n'aurait pas lieu, parce qu'il faut attendre une longue pratique pour tirer des conclusions fermes.

Il termine en se réjouissant du succès de ma réaction, car il préfère les réactions cristallines aux réactions colorées, « et nous pouvons nous attendre à ce que de nouvelles recherches dans cette direction conduisent à la découverte de nouvelles et valables expériences microchimiques ».

Tai, dans mon travail, donné, comme il convient, une plus large place à la recherche des spermatozoïdes qui est et restera encore longtemps le seul critérium de la présence du sperme. J'ai éprouvé, je l'avoue, plus de satisfaction en rendant à peu près impossible toute erreur d'observation par la description rigoureuse des tètes colorées à lacrocéine et examinées avec un objectif à immersion que par la dérouverte de ma réaction, qui dans mon esprit, ainsi que je Tai dit et redit, ne doit servir qu'à trier les taches suspectes.

11 est certain, ainsi que le dit fort bien le D' Wyatt Johnston, que de longtemps on n'acceptera au Palais la présence des tètes seules comme preuve du sperme, et il est plus certain encore qu'il y aurait un réel danger à ériger le contraire en un dogme chez nos élèves. Mais, élevant la question, ma conscience d'expert me permettra-t-ellc de ne pas afRrmer la présence des spermatozoïdes, quand j'aurai vu et trouvé leurs têtes telles que je les ai décrites ou telles qu'on les obtient par les méthodes des doubles colorations d'Ungar et du D' Whitney ? Je laisse h ceux qui auront fait de telles préparations* qui les auront mesurées, de répondre pour moi. Comment! on admet dans tous les traités de médecine légale qu'on peut se prononcer aflirmativement et en toute sécurité, en honneur et conscience selon la formule du Palais, quand on a trouvé au microscope une image quelconque faite d'un point et d'une queue, pareille à ces figures classiques que le D' Wyatt Johnston appelle avec raison des caricatures^ et on trouve que je vais trop loin quand j'affirme qu'il n'y a pasd'élénlent figuré qui puisse se confondre avec une léte de spermatozoïde bien colorée, examinée avec un objectif à immersion et mesurée rigou-

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reiisement, dans laquelle on aperçoit sans erreur possible les détails que j*ai indiqués? Mais aussi je veux qu'on se familiarise de longue main avec ces délicates manipulations, et je n'entends pas endosser la responsabilité de ceux qui entreprennent des expertises d'emblée.

M. Etienne Martin a exposé ma réaction au Congrès de Bruxelles exactement telle que nous remployons au laboratoire de M. Lacassagne, et en faisant bien remarquer— je le lui avais d'ailleurs recommandé— qu'il s'agissait là d'une réaction façon Van Deen,etnon d'une réaction spécifique. Je remercie mon jeune et savant confrère de m 'avoir représenté au Congrès mieux que je n'aurais pu le faire moi-même.

M. le professeur Tamassia s'est aussi occupé de ma réaction : il n'a pas jeté grande lumière dans le débat. Il s'est naïvement cru obligé d'apprendre aux congressistes de Moscou que l'iodure de sodium pouvait dans mon réactif se substituer à l'iodure de potassium, ce dont ils se doutaient apparemment, et ensuite qu'il ne sait pas distinguer, au microscope ou par voie chimique, l'iode libre de ses combinaisons car il a prétendu, si j'en crois les procès-verbaux, que mes cristaux ne sont que de l'iode précipité.

J'ajoute que les spermes d'animaux frais lui ont donné la réaction difficilement, mais qu'il l'obtenait ajoré* un long contact a\ec le réactif à 4 6* Réa u m u r .

Ce ne sont pas les conditions de Texpérience, car il peut précipiter ainsi effectivement de l'iode libre, ou bien décomposer la lécîthîne et avoir la réaction de la choline.

Le D'Richter, assistant à l'Institut de médecine légale du regretté professeur Von Hofmann, a soumis, à la prière de celui-ci, mon travail a une série méthodique de recherches.il a constaté d'abord la sensibilité de la réaction et remarqué que les cristaux qui ontdisparu des préparations peuvent être régénérés, même après plusieurs semaines, si on y ajoute du réactif.

Avec la prostate, les vésicules séminales et le suc testiculaire de l'homme, il a obtenu des résultats variables dont il cherchera ultérieurement l'explication. La prostate, ainsi que presque tous las expérimentateurs l'ont constaté, ne donne pas ma réaction, mais comme il est assez difficile d'éviter la présence d'un peu de sperme, on obtient nettement des cristaux dès que quelques spermatozoïdes apparaissent dans le suc prostatique. Mattei (Crisialle del Florence, page 16), en broyant la glande, n'a pu obtenir de cristaux, non plus qu'avec la prostate du chien. Mais si la glande est putré6ée, elle peut par elle-même donner des cristaux, fait que nous savons d'après les

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