‹ Archives d'Anthropologie criminelleChapitre 54 sur 134 · PAUL AUBRY · texte numérisé non relu

PAUL AUBRY

M. Bertillon me semblerait répondre k tous les besoins, si elle n'était, dans l'opinion de quelques-uns, je ne sais pourquoi, infamante.

Elle a fait ses preuves on la connaît, et je n'ai pas à la décrire, surtout ici. On sait combien elle est simple, d'une application facile.

Sa généralisation rendrait les plus grands services, je crois l'avoir démontré.

Nous passons tous par la caserne, pourquoi ne profiterait-on pas de notre passage pour prendre notre signalement scientifique sn lieu du signalement ridicule et fantaisiste qui figure sur tous les livrets ? Gela fait, copie en serait envoyée à notre commune natale pour être transcrite dans un coin de notre acte de naissance, qui ne serait plus délivré sans celte addition.

Voilà une preuve absolue dUdendité et qui restera bonne en tous temps et en tous lieu.

Dans la pratique, il est bien évident que pour me faire reconnaître je n'aurais pas à faire vérifier toutes les mesures prises sur moi. Si par exemple je veux toucher de l'argent dans une banque ou dans un bureau de poste où je suis inconnu, il suffirait, sans doute, pour éviter toute chance d'erreur, de contrôler les mesures des doigts, de la coudée, et approximativement de la taille. Gela deviendrait infaillible si l'on pouvait y joindre une marque particulière du visage — et il y en a toujours.

En attendant que MM. les journalistes, nos maîtres, se soient débarrassés et nous aient débarrassés du même coup, du"p réjugé ridicule qui consiste à voir de l'ignominie dans la mensuration, ne pourrait-on pas autoriser les personnes de bonnes volonté à faire substituer sur les passe-ports, permis de chasse, etc., au vieux signalement, pour le moins inutile, l'admirable signalement auquel le bon sens populaire a donné le nom de son inventeur : le beriiltonnage.

Paul Aubry.

à M, Labori, avocat près la Cour cTappeL Cher Monsieur,

Vous avez fait appel, — pour intéresser, pensez- vous, vos lecteurs — a mes spéculations de sociologue, à mes théories de criminaliste,à mes chiffres de statisticien. Mais voici qu*en me recueillant pour songera ce que je pourrais bien vous dire, je revois sortir peu à peu de Torabre de ma mémoire, je ne sais pourquoi, les spectres de tous les criminels grands ou petits que j'ai vus défilerdans mon ancienne vie judiciaire ; ils me parlent encore, ils me réi)ondent; je reconnais les lieux, presque toujours pittoresques, où ils ont laissé les vestiges de leurs méfaits, taches de sang, carreaux brisés, empreintes de pas; et de ce passé triste de dix-huit ans d'Instruction criminelle, l'évocation me captive si fort malgré tout, que je ne puis résister au déàirde vous en détacher quelques silhouettes, souvenirs épars d'un juge d'instruction de province, d'une province reculée, réputée retardataire, en voie de rapides transformations sociales d'ailleurs, mais où, fort heureusement, les paysages n'ont pas changé. Un paysagiste, en effet, eût trouvé son compte à être magistrat instructeur en ce coin sarladais du Périgord, où j'ai toujours admiré et déploré l'instinct spécial qui pousse les mafaiteurs à choisir les sites les plus riants ou les plus délicieusement sauvages comme théâtre de leurs exploits. Les assassins m'ont gâté mon pays natal ; il n'est presque pas d'endroit charmant dans la vallée de la Dordogne, de la Vézère, du Géou, ou sur les collines environnantes, ravinées, accentuées de rochers, incrustées de ruines féodales, il n'est pas de grottes ou de cavernes, même les cavernes préhistoriques des Eyzies, qui ne s'associe à jamais dans mon esprit à Timage de quelque homicide, guet-apens conjugal, vendetta familiale, infanticide, ou du moins de quelque vol avec effraction et escalade.

Est-ce à cause de cet attrait d'une nature accidentée qu'on a eu de tout temps, au tribunal de Sarlat, un goût prononcé pour les transports de justice, soit criminels, soit civils? Je ne le crois pas, je crains plutôt que si Ton remontait aux causes anciennes de cette habitude locale, on ne vînt à découvrir dans le passé quelque mobile moins esthétique, tiré de Texcel lente cuisine habituelle aux auberges de la 12* Annke, N*» 69. i4

région, si tant est que le désir de faire bonne justice ne suffise pas entièrement à rendre compte de ce penchant traditionnel. Quoi qu'il en soit, je dois dire tout d'abord que je l'approuve pleinement, du moins en matière criminelle. En matière civile, c'est différent. Sur une vingtaine de transports civils auxquels j'ai pris part comme juge, je ne me souviens que d'un seul dont Tutilitê fût bien démontrée. Il s'agissait le plus souvent de questions de servitude, de chemin de passage, notamment, où la valeur pécuniaire de la demande n'égalait pas, je ne dis pas la moitié, mais le quart ou même le dixième des frais du procès. Arrivés sur les lieux, l'objet de la contestation apparaissait à tous si misérable que c'était une stupéfaction générale et comme un remords d'être venus, si coûteusement, pour si peu de chose. On s'évertuait alors, un peu tard, à accorder les parties, et bien rarement on y parvenait. La loi ici n'est pas à blâmer, ni les tribunaux, ni même les hommes d'affaires, mais l'opiniâtreté démente des plaideurs, qui dépasse toutes les limites imaginables : il a été impossible à Tun de mes collègues d'empêcher le cours d'un procès roulant sur la question de savoir si une brouettée de terre enlevée sur la limite de deux champs par l'un des deux voisins lui appartenait légitimement. Coût: 1, 000 fr. de frais,quele tribunal, après avoir adjugé la brouettée de terre au demandeur, a divisés par moitié entre le défendeur et lui à raison de leurs rapports de voisinage. N'importe, le demandeur est sorti triomphant de l'audience.

En somme, neuf fois sur dix ou dix-neuf fois sur vingt, les transports civils sont des gaspillages de temps et d'argent, et Tinsiitution des juges de paix, si elle n'était pas de plus en plus détournée de sa mission conciliatoire par l'immixion de la politique, devrait avoir pour principal effet de prévenir ces actes de folie ruineuse.

Au contraire, les transports criminels sont, de tous les modes d'instruction, le plus sûr, le plus rapide, et même le plus économique, les témoins entendus sur les lieux n'ayant droit a aucune indemnité de déplacement. Sur les deux ou trois cents transports criminels que j'ai faits, je ne me souviens pas d'un seul qui n'ait servi à quelque chose, et presque toujours c'est là que j'ai puisé mes éléments décisifs d'information. Un matin, au pied d'un rocher des Eyzies, est trouvé le cadavre d'un homme qui, la veille au soir, avait eu une discussion violente dans une auberge voisine avec un de ses ennemis, homme dangereux et très mal famé. Toutes les circonstances semblaient accuser ce dernier, l'enquête lui était contraire ; la vue des lieux suffit à démontrer, sans le moindre doute possible, que la mort de la prétendue victime était le résultat d'un simple accident. En suivant la nuit, après être sorti de l'auberge, ivre, un étroit

sentier de chèvre qui côloie en haut le bord du rocher, il était tombé de plus de vingt mètres de haut. L'explication nous parut d'autant plus acceptable que Tun de mes compagnons de voyage, en voulant refaire le trajet du malheureux et voir de trop près les traces laissées par le lîlissement de sa chaussure, faillit choir de la même façon.

Même quand un transport, par hasard, n'apporte aucune lumière directe dans l'affaire, il peut encore exercer indirectement une action utile en faisant bavarder les gens et révélant de précieux témoins. Parfois, il amène ainsi le coupable lui-même à hacher d'imprudents propos. Un vieillard de quatre-vingts ans venait d'être assassiné la nuit dans les circonstances les plus mystérieuses, et notre visite sur les lieux n'avait abouti à aucune indication. Mais, quelques jours après, des ouvriers parlaient entre eux de notre transport, et se demandaient de quelle manière le crime avait pu être commis. C'est bien facile, dit tout à coup Tun d'eux, vigoureux gaillard à la physionomie de hyène, au regard terne et dur : on saisit Thomme à la gorge, on lui donne un croc-en-jambe, il tombe et on l'achève. Et, en parlant ainsi, il accompagnait ses paroles de gestes si expressifs qu'il était impossible de n'y pas voir la reproduction d'une réalité vécue, plutôt que la traduction d'une simple idée. L'assassin s'était trahi. Cet exemple m'a servi à comprendre pourquoi, en général, les malfaiteurs parlent trop : c'est que le souvenir vivant et obsédant de leur crime devient promptement en eux une idée fixe, et qu'il est presque impossible de penser toujours à une chose sans en parler jamais.

Pour apprécier avec exactitude l'utilité dos transports il faut tenir compte des transformations profondes que les progrès de la locomotion et le changement des mœurs ont fait subir dans notre siècle à cette mesure importante d'instruction. L'instruction criminelle va s'urbanisant et se civilisant comme le crime et la peine. Il y a loin d'une descente sur les lieux, telle qu'elle s'effectue encore dans l'une de nos provinces arriérées et dans nos pays de montagnes, à cheval, gendarmerie en tête, avec un appareil imposant, à une visite de même nature opérée par des magistrats parisiens que nul ne regarde passer dans la rue portés par un fiacre quelconque qui les dépose devant une porte numérotée. Et, même dans un arrondissement rural, il y a loin de ces sortes de processionnelles cavalcades de justice, qui avaient lieu il y a cinquante ans, à travers des contrées sans routes, ou des chemins de charrettes ou de périlleux « raspechs"» (1), le long d'abîmes, à nos déplacements judiciaires d'aujour-

(1)En patois du midi, raspechs signifie sentier qui suit le bord d'un rocher, le flanc d'un coteau escarpé, dominant un précipice.

d'hui en une voilure plus ou moins confortable ou dans un compartiment de chemin de fer, demain peut-être à bicyclette... Ce sont les inventions industrielles relatives à la force de la vapeur qui nous ont valu ces changements judiciaires.

Ajoutons qull y a plus loin même, si Ton y regarde de plus près, de Vhomme de Vart, médecin ou géomètre, qui chevauchait près du juge autrefois, à Thomme deTartqui raccompagne encore aujourd'hui en landau ou en wagon. A présent c'est un photographe souvent,et si c'est toujours un médecin, quelle dififéreuce entre la médecine légale d'il y a un demi-siècle et celle de nos jours, qui a utilisé à son profit toutes les découvertes de la physiologie et de la chimie contemporaines? £n somme^ il faut bien reconnaître que les transports criminels ont gagné en célérité et en utilité effective et directe ce qu'ils ont perdu en solennité, en efficacité indirecte, impressionnante. Nous ririons maintenant d'un magistrat qui, comme un certain juge de paix périgourdin du commencement de ce siècle, ferait ses transports de justice en robe et en toque et à cheval; j*ai ouï dire que, de son temps, cette chevauchée carnavalesque émouvait les populations.

Mais il est tel cas où le caractère solennel d'une descente de justice n'a rien de déplacé. Je n'oublierai jamais l'impression profonde que j'ai ressentie un malin de printemps à mon arrivée dans un petit village du canton de Villefranche-de-B... où près de trois cents personnes, foule énorme dans cette région sauvage et primitive, attendaient religieusement autour d'un cadavre. Je vois encore, sur la crête d'un mamelon isolé dans ce désert de bois, ce groupe de trois ou quatre vieilles maisons basses couvertes de pierres noires, et, sur le devant de la moins humble d'entre elles, une mare, au bord de la mare un drap blanc posé sur le corps de la victime, à l'endroit de la tète un crucifix, des cierges allumés, et derrière, parmi la population debout et chapeau bas, les parents du mort assis et groupés, formes noires de pleureuses silencieuses, en l'attitude immobile de saintes femmes dans une descente de croix. A quelque distance, le curé, le sacristain, venus pour l'enterrement des débris humains que l'autopsie devait leur laisser bientôt. Il s'agissait d'un crime qui de nos jours, est presque une survivance, et dont la nature archaïque s'accentuait bien par le spectacle que j'avais sous les yeux. La victime était un jeune laboureurde vingt-trois à vingt-quatre ans, qui, depuis plusieurs années, courtisait une de ses voisines, Marguerite X..., l'héritière de la principale maison de ce petit village, exclusivement habité d'ailleurs des membres de sa famille. Mais le père, le patriarche du lieu, par un caprice aussi inexplicable qu'opiniâtre, ne voulait pas de cette union.

Marguerite, aussi têtue que son père, et, de plus, amoureuse, avait beau se compromettre avec ce beau garçon, laborieux du reste et de bonne souche, aller à ses rendez-vous le soir en conduisant ses moutons, après un coup de sifflet entendu sur la lisière d'un bois, le vieux bonhomme résistait toujours. Enfin, on se décida à lui faire signifier un a acte de respect » et alors, à la grande surprise de tous ses voisins, il changea tout à coup de mine, se dit prêt à donner son consentement.

On prend jour pour le contrat, et, la veille au soir, le fiancé vient voir Marguerite dans la maison de son futur beau- père, qui lui fait le meilleur accueil, ainsi que son futur beau-frère, le nommé P.., viveur de village, endetté, résolu, taillé comme un brigand calabrais. A H heures, il part : mais le lendemain, ni les jours suivants, nulles nouvellesde lui. Grand émoi dans le pays : y avait-il assassinat ou simple accident ? La question ne se posa pas longtemps pour la Marguerite : dès son absence au rendez-vous pris pour le contrat, elle jura qu'il était assassiné, et que c'était P... qui avait fait le coup sur les ordres du père. Elle ne se trompait pas. Encore cette fois, Tassassin se trahit lui-même. Pendant que la gendarmerie fouillait en vain toutes les grottes, tous les ravins creux, tous les fourrés de ce sol pittoresque pour y découvrir le cadavre. P.., exalté par le souvenir de son crime, s'oublia jusqu'à dire, dans un accès véritablement singulier de lyrisme bachique, quelques phrases énigmatiques où il semblait parler du mortet dire : « 11 dort là-bas sous l'eau... » On vida la mare et on y trouva le malheureux jeune homme, couvert de blessures significatives. Avertis aussitôt, nous arrivâmes, mais, avant que nous eussions eu le temps d'arriver, l'éparse population des hameaux voisins était venue se rassembler là et manifester ses sentiments sous une forme elle-même caractéristique.

Ce n'était pas, en effet, une manifestation expressément dirigée contre le despotisme paternel et les vieux préjugés de famille, une protestation indignée telle qu'on aurait pu l'attendre, en pareille occurrence, d'une foule parisienne. Ces braves gens m'avaient tout l'air de respecter, jusque dans ses aberrations criminelles, le principe de Tautorité familiale, et ils s'abstenaient, pour ne point paraître même l'attaquer, de toute démonstration trop vive de leur sympathie, bien réelle et bien profonde cependant, pour Marguerite. En leur condoléance silencieuse je croyais lire au fond de leurs cœurs quelque chose d'analogue à ce que n'eût pas manqué de dire, devant un malheur semblable, un chœur de vieillards dans une pièce antique : « Ma fille, soumets-toi à la destinée... Toi, belle et vaillante, lui, robuste et fin laboureur, quels superbes

enfants vous auriez eus! Les dieux ne Tont pas voulu. Mais Erinnys poursuit le coupable, prends courage. Il sera vengé, Télu de ton cœur! » Ce qu'il y avait de remarquable en cette scène muette, c'était de voir, assise à côté de la mère du jeune homme, Marguerite ellemême, en grand deuil, comme il convient à une veuve qu'elle n'était pas mais qu'elle entendait être en dépit de tout. C'était un caractère abrupt, cette paysanne, et digne, par la ténacité intense de ses sentiments, de jouer le premier rôle en cette tragédie; et elle avait bien le genre de beauté qu'exigeait son rôle, une robustesse gracieuse, un solideet honnête attrait. La gendarmerie eut alors pour elle une inspiration géniale. Une fois le drap blanc soulevé, le corps du jeune homme apparaît, vigoureux, très beau ; l'un des gendarmes avant de le transporter dans la maison où devait avoir lieu l'examen médical, fouille les poches et y découvre, avec le sifflet de métal qui servait à leurs rendez-vous, deux alliances d'or... Il prend l'une des alliances et, s'approchant de Marguerite, il la passe à son doigt, au milieu d'un murmure d'attendrissement et presque de ravissement général. Il semblait que ce fût là la consécration publique de ce mystique hymen avec ce mort, le sceau mis à cet amour plus fort que le meurtre... Et le curé, présent, avait l'air d'être venu moins pour un enterrement que pour un mariage... J'étais ému, je l'avoue, comme tout le monde, et je le suis encore à ce souvenir... On ne sait pas ce qui se cache de délicatesse morale, et non pas seulement de sentiment héroïque du devoir, dans le corps admirable de notre maréchaussée...

Cette même affaire, je m'en souviens, me servit à mieux pénétrer la psychologie rurale. Parmi les témoins était une jeune bergère de dix-huit ans; elle affirmait, témoignage important, avoir, en suivant le chemin au-dessous de la mare, le lendemain de la nuit sinistre, reconnu les empreintes de pas du jeune homme jusqu'à un certain endroit où elles s'arrêtaient. Et, comme je m'étonnais qu'elle n'eût pas hésité à les reconnaître, elle me dit, de l'air le plus ingénu rt le plus assuré du monde, qu'il n'y avait pas un jeune homme de son voisinage dont elle ne discernât l'empreinte du pied avec certitude, même dans un champ labouré. C'est là un flair spécial, d'une subtilité sui generis, comme l'acuité de vue du Peau-Rouge. Et je n'ai pas en de peine, après cela, à comprendre pourquoi le plus grossier des paysans ne se trompe jamais en reconnaissant, après des années, ce qui lui a appartenu ne serait-ce qu'un jour, sa bêche, son couteau, sa poule qu'on lui a volés. Ici s'ajoute un élément nouveau, l'intensité de la notion de propriété chez le paysan; mais, avant tout, ces observations révèlent la force et la profondeur habituelles de Vatiention spontanée, pour employer l'expression de Ribot, chez des

esprits simples que ne disperse point la multiplicité d'idées changeantes.

Mais je m'aperçois que mes souvenirs de transports m'entraînent loin d'eux et qu'il est temps, pour finir, d'y revenir. J'y reviens pour déplorer la rareté actuelle de ces modes d'instruction. Les transports civils, qui sont ruineux, ai-je dit, et le plus souvent superflus, ontils diminué en nombre? Oui, mais bien moins vite : en vingt ans, de <874 à 1894, ils ont décru de 6i1 à 449; ajoutons que depuis 1891, leur chiffre se relève sensiblement; tandis que le nombre des transports criminels, qui sont la plus intelligente des économies, ne cesse de décroître rapidement : un mot de statistique le prouvera. En 1886 encore, le total des frais de transport alloués aux magistrats en matière correctionnelle s'élevait à 378,366 francs. Régulièrement, ce chiffre s'est abaissé, à tel point qu'en 1895 il est descendu h 145,761. Avant peu, si cela continue, la magistrature, de plus en plus casanière, ne connaîtra plus que par ouï-dire les émotions des déplacements judiciaires dont j'ai parlé; et il est temps, on le voit, que les juges d'ins- Iruction s'apprêtent à écrire leurs mémoires...

C'est d'autant plus urgent que, à vrai dire, le juge d'instruction ne tardera pas beaucoup — en province du moins, non à Paris, — à devenir un mythe, une légende bonne à mettre en roman, un vain titre ne répondant plus h aucune fonction réelle. Chose remarquable, à mesure que les délits deviennent plus nombreux, les affaires mises à l'instruction par le parquet se raréfient progressivement. Le Ministère public — partout, sauf à Paris — préfère instruire luimême les faits qu'on lui dénonce, au lieu de mettre en mouvement cette vieille machinecompliquée et paperassière, qui répugne toujours davantage au pas accéléré de la vie moderne. Et, qu'on y prenne garde, rien ne sera plus propre à accentuer encore cette tendance du parquet que les projets de réforme du Code de procédure criminelle en ce qui concerne Tinstruction. Cette machine, qu'il s'agirait de simplifier et d'alléger pour lui restituer son utilité ancienne ou lui prêter une utilité qu'elle n'a jamais eue, on songe à la compliquer et il l'alourdir un peu plus. Qu'^rrivera-t-il ? Que, lorsque sera achevé ce chef-d'œuvre de réglementation des fonctions du magistrat instructeur, on cessera presque entièrement d'instruire. J'exagère, soit ; mais, à coup sûr, je ne serai pas contredit si je dis que les progrès de l'information officieuse tendent à refouler, à annihiler dans la mesure du possible le rôle de l'instruction, de même que les progrès de la correctionnalisaiion tendent à l'élimination graduelle du jury. C'est au fond, une sournoise et profonde révolution qui s'opère dans notre justice pén^ile, sans qu'il y paraisse.

En ce qui concerne Tinstr action, je suis bien d'accord avec les réformateurs qu'elle est loin d'être parfaite ; mais je crois qu'il y a mieux à faire que de la ralentir encore pour l'amoindrir, et qu'il convient de tenter l'inverse.

L'avantage des transports, et voilà pourquoi je regrette leur diminution numérique, c'est qu'ils sont une phase de l'instruction à la fois libre et publique, où, sous les regards de la population, le juge, affranchi de toutes sortes de formalités illusoires qui Tem* maillottent dans l'ombre de son cabinet clos, fait des enquêtes rapides en plein air, prend des renseignements à droite et à gauche, consigne des observations, des croquis des lieux, sur un bout de papier, hâtivement, pressé d'atteindre le but par le chemin le plus court. En quelques heures alors il avance plus sa besogne qu'en quelques jours ou quelques semaines au Palais de justice.

Si l'on veut faire une réforme pratique, qu'on l'oblige à se transporter sur les lieux dans presque toutes les affaires, qu'on le pousse ainsi à déployer son maximum d'initiative sous sa responsabilité personnelle : ce sera le meilleur moyen d'abréger encore la durée de la détention préventive, et de remédier aussi à un phénomène des plus fâcheux qu'a révélé notre statistique criminelle : la progression des crimes et délits restés impunis parce qu'il a été impossible d'en découvrir les auteurs.

G. Tarde.

La femme criminelle et laprostituêe^ par C. Lombroso et G. Ferrero, traduction de l'italien, par Louise Meille, revue par M. Saint- Aubin avocat général à Grenoble. — Paris, Félix Alcan, 1896.

La publication d'un nouvel ouvrage du célèbre maître italien suscite toujours dans le inonde scientifique une vive et légitime curiosité. Rien de ce qu'écrit ce grand remueur d'idées qu'est Lombroso ne saurait passer inaperçu. Les uns critiquent ses théories auxquelles il reste attaché avec une invincible constance; les autres les exaltent bruyamment avec toute la fougue des tempéraments méridionaux. Lombroso a toujours eu celte bonne fortune d'avoir des partisans ardents et des adversaires acharnés : il n'a pas d'indifférents. Mais amis ou ennemis, lous s'inclinent devant la science, le talent, le prodigieux travail et l'inébranlable loyauté du maître.

Tous ceux — et ils sont nombreux — que passionne l'étude de l'homme criminel se souviennent avec reconnaissance que c'est le maître italien qui, il y a quelque vingt ans, sonna le premier la cloche de l'anthropologie criminelle. La vox damans in deserto du début a acquis depuis une sonorité et une puissance étonnantes. Quand le regard se reporte en arrière, il est émerveillé du chemin parcouru depuis cette date lointaine. Longue est déjà la liste des œuvres de Lombroso ; chacune d'elles a suscité des controverses et des attaques. Mais du choc des idées jaillit la lumière et c'est à ce point de vue qu'il est permis de dire que, quelle que soit l'opinion que Ton puisse avoir au sujet du maître italien, on n'en est pas moins forcé de reconnaître qu'il a rendu d'immenses et inoubliables services à la science de l'anthropologie criminelle, et qu'il a grandement contribué avec ses disciples à lui faire réaliser des progrès remarquables.

Toute son existence a été passionnément vouée à la science anthropologique; ce fut l'idée maîtresse, la préoccupation dominante de sa vie. A ce titre seul, il a droit sans réserves à notre admiration et à notre respect.

Dans une conférence faite, il y a quelques mois, au jeune barreau de Bruxelles, M. Prins, le distingué criminologue belge, disait : « Dans « une gravure célèbre, Albert Durer représente la Science, non pas « comme un génie orgueilleux et superbe, hautain et passionné, mais « comme une déesse pensive et méditât rice, qui regarde d'un œil

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« empreint d'une profonde tristesse l'avenir mystérieux qui se dresse « devant elle et qu'elle sait bien devoir rester toujours insondable. « Soyons comme elle, soyons comme la Science d'Albert Durer. « Repoussons les passions sectaires et violentes, repoussons l'intran- « sigeance et la haine. Soyons modestes, soyons tolérants et tâchons « de comprendre avec Albert Diirer tout ce qu'il y a de grand, de « noble et de sacré dans ce que j'appellerai la divine mélancolie de « la science. »

C'est pour cela qu'il faut s'incliner avec respect devant toute conviction scientifique loyale et éviter de jeter trop vite l'anathème comme le font trop souvent, hélas! ces demi-savants qui no connaissent ni les angoisses ni les joies des vrais savants, hypnotisés devant leur œuvre dans un labeur de bénédictin.

Car enfin la science n'est pas figée dans d'immuables formules ; celle de demain ne sera peut-être pas celle d'aujourd'hui; au fond, la science n'est faite que de certitudes provisoires. Qui peut se flatter de posséder la vérité scientifique absolue ?

C'est avec reconnaissance qu'il faut parler de ceux qui, comme Lombroso, quittant les sentiers battus, cherchent ailleurs, stimulés par ce besoin incessant de progrès, et nous disent loyalement ce qu'ils croient être la vérité. « Ah I la bravoure intellectuelle, disait récem- « ment Emile Zola à propos d'Edmond de Concourt I Dire ce qu'on « croit être la vérité, même au prix de la paix de son existence, ne « transiger avec aucune convention, aller quand même jusqu'au bout « de sa pensée, rien n'est plus rare, rien n'est plus beau, rien n'est « plus grand I »

Déjà en ^891, dans une étude sur la Criminalité féminine qui a paru dans la Belgique judiciaire, je disais : « Il faut étudier de près, « dans les documents, dans les faits, dans cette clinique de tous les « jours, ce phénomène troublant de la criminalité féminine, si « étrange dans ses manifestations diverses, si différent de la crimina- « lité masculine. Il faut surtout étudiera part la criminalité féminine, « il faut nettement l'isoler de la criminalité masculine avec laquelle « on la laisse confondue trop souvent dans les statistiques et dans « les ouvrages de criminologie. Ce sont comme deux maladies bien « différentes, ayant certains symptômes communs, mais exigeant cha- « cune une thérapeutique distincte. »

Dans son Homme criminel y Lombroso ne s'était occupé qu'accidentellement de la femme criminelle; il reconnaissait lui-même qu'il n'avait pu jusqu'alors qu'en ébaucher superficiellement le type. Son examen n'avait porté que sur 258 femmes, et encore avait-il été plus superficiel que pour les hommes. Cette lacune lui semblait peu grave»

car on possédait d'après lui de nombreux renseignemenls sur des femmes à peu près identiques quant au moral, les prostituées, dans l'œuvre classique de Parent-Duchâtelel.

L'œuvre nouvelle du maître italien démontre qu'il a compris Timpérieuse nécessité d'étudier isolément la criminalité féminine. Pour comprendre les deux criminalités, si étrangement dissemblables dans leurs causes et dans leurs effets, il faut les isoler systématiquement et les étudier parallèlement, sans les confondre. C'est alors seulement que Ton s'aperçoit qu'il n'y a pas une criminalité, mais qu'en réalité il y en a deux, très différentes l'une de l'autre.

Cette fois le maître s'est adjoint un collaboratenr, M. Guillaume Ferrero. C'est à ce dernier qu'il faut attribuer toute la partie psychologique et historique du livre, et ce n'est certes pas la partie la moins importante. Lombroso revendique la partie psychiatrique et anthropométrique et le plan de l'ouvrage : il a eu la main heureuse et il peut à juste titre se montrer fier de son élève.

Fidèle à la méthode qu'il a adoptée pendant toute sa vie, et qui est celle de l'observation à outrance des faits, il a interrogé ceux-ci et les a suivis avec une confiance aveugle, comme il le déclare expressément dans sa préface.

Si on lui reprochait d'avoir oublié la galanterie chevaleresque envers la femme, il répondrait, dit-il, qu'il n'a pas à respecter un mensonge conventionnel, dépourvu de toute base scientifique et qui n'acquiert une forme que pour la perdre aussitôt.

Les sciences morales sont, aujouni'hul, si étroitement liées aux sciences naturelles, qu'il lui a été impossible d'entreprendre l'étude de la femme criminelle avant d'avoir analysé la femme normale et la femelle dans Tordre zoologique.

Examinant la femelle dans le monde zoologique, Lombroso démontre que chez les animnnx inférieurs elle a une supériorité marquée. Plus on monte dans Téchelle zoologique, plus le mâle commence à se rapprocher de la femelle, puis il devient peu à peu plus fort, tellement que chez les mammifères, il joue sans conteste le premier rôle.

Dans toutes les races humaines, la femme est inférieure au mâle en poids et en taille. Cette différence s'augmente avec l'âge et avec la civilisation. Lombroso étudie longuement à ce propos Tanatomie et la biologie de la femme. Le cœur de la femme est, proportionnellement a son corps, d'un poids inférieur, ce qui est peut-être, dit-il, l'effet du moindre travail. Le nombre des globules rouges du sang, dans la femme, est inférieur à celui de l'homme tandis que pour les globules blancs il n'y a aucune différence. Le crâne et le cerveau sont aussi remarquablement inférieurs chez elle. La même

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infériorité se rencontre dans les fonctions, à la circulation, à la respiration, aux sécrétions, à la force musculaire, etc... Sa vieillesse est plus retardée que celle de l'homme; une preuve de sa sénilité plus tardive et par conséquent de sa moindre sensibilité nous est fournie par la canitie et la calvitie qui sont chez elles moins fréquentes et apparaissent beaucoup plus tard, ce qui se rattache à sa moindre activité psychique.

Dans la sensibilité il y a des différences remarquables entre rhomme et la femme. La femme sent moins, de même qu'elle pense moins. La sensibilité sexuelle est moindre chez elle: il en est de môme de la sensibilité dolorifique et générale. La sensibilité émotive est aussi inférieure ; la femme résiste mieux à la douleur, ce qui explique sa plus grande longévité. C'est une insensibilité relative, ou mieux c'est Teffet d'une sensibilité moins profonde et moins intense. Si l'on croit à la plus grande sensibilité de la femme, c'est parce qu'on confond les manifestations extérieures de la douleur avec la douleur elle-même ; au fond ce n'est que l'irritabilité qui est plus grande chez elle. Dans toutes ses formes spécifiques, générales, douloureuses et morales, sa sensibilité est toujours moindre.

La femme est cruelle chez les brutes, les sauvages et les peuples primitifs, mais sa cruauté est inférieure à la farouche cruauté du mâle. Elle adore la vengeance et c'est là surtout qu'elle se montre cruelle. Les femmes sont instinctivement et sourdement ennemies entre elles: c'est envers les faibles et les autres personnes \de leur sexe que s'exerce de préférence leur cruauté.

Souvent la cruauté affecte chez elle une forme épidémique. Dans les révolutions la femme en fureur est sans pitié ; Despine ajoute que dans les folies épidémiques elle se distingue par son extravagance exceptionnelle et son exaltation.

Cependant le sens de pitié est plus vif chez la femelle dans le monde zoologique et chez la femme. Chez elle, d'après Spencer, la pitié l'emporte sur l'équité.

Le trait d'union entre les deux sentiments contradictoires est la maternité. La fonction maternelle est toujours et surtout une fonction altruistique. La maternité, écrit Fouillée, est une école naturelle de tendresse et de désintéressement. Et puis, comme dit Bain, la colère, la pîission guerrière, sont étroitement liées à l'activité et à rénergie ; les sentiments tendres au contraire fleurissent au moment où les énergies déclinent.

La pitié et la cruauté se retrouvent en même temps chez elle. Étant faible, elle est cruelle, car la cruauté est l'unique arme de

défense et d'offense d'un être faible contre les plus forts. Ajoutez la moindre sensibilité, la plus grande impulsivité et une excessive irritabilité qui ne lui permettent pas de se maîtriser.

Mais, dans notre société civilisée, la cruauté tend à devenir de plus en plus une exception et la pitié une condition normale.

L'amour féminin n'est autre chose au fond qu'une face secondaire de la maternité. Tous les sentiments d'affection qui lient la femme à l'homme viennent non pas tant de l'influence sexuelle que des instincts de dévouement et de suggestion acquis par adaptation.

Les qualités intellectuelles, écrit Schopenhauer n'exercent sur les femmes aucune influence directe et instinctive: la sottise n'est point nuisible auprès d'elles, bien plus, c'est dangereux d'avoir une intelligence supérieure et surtout du génie... Plusieurs Socrates ont trouvé leur Xantippe.

La préférence donnée à la force dérive du fait que la femme cherche dans l'homme un défenseur et un appui.

La femme est incontestablement plus religieuse que Thomme. Les causes naturelles de cette religiosité plus intense se trouvent dans son état psychologique. La faiblesse prédispose beaucoup aux suggestions de la puissance. Ensuite leur religiosité est toujours mélangée d'amour : tandis que chez l'homme la crainte domine.

Le mensonge qui est général dans l'humanité atteint chez les femmes son maximum d'intensité. Chez elles, il est habituel, physiologique, instinctif. Une foule de causes ont contribué à développer cette habitude : la faiblesse, l'atavisme, la menstruation, la pudeur, la lutte sexuelle, le désir d'être intéressante, la suggestionnabilité, les devoirs de la maternité.

Le mensonge est souvent contagieux, il est souvent aussi pathologique chez les hystériques, il atteint des degrés inimaginables, principalement quand cela peut, de quelque façon, les mettre en évidence et attirer sur elles l'attention.

Le sens moral est inférieur chez elle, comme chez l'enfant. Le sentiment de justice est absent chez elle; son irascibilité est plus grande. Sa vanité a grandi avec la civilisation tandis que celle de l'homme a diminué.

Elles manquent de loyauté et conçoivent l'honneur d'une manière toute différente des hommes. C'est exclusivement l'honneur sexuel, la virginité avant le mariage et la fidélité après. L'honneur est un sentiment qui ne peut naître que de la force et doit être accompagné par la force ; le faible étant opprimé ne peut être ni loyal ni véridique.

306 B. DE RYCKÈRE

Les femmes entre elles s'aiment peu, dit un proverbe milanais. La jalousie et l'envie sont particulièrement évidentes dans leurs rapports entre elles. Deux femmes sont amies entre elles quand elles ont une commune inimitié pour une troisième. Cette haine latente dérive de l'état de lutte continuelle dans lequel elles vivent pour la conquête de l'homme.

Le sentiment de la vengeance est aussi plus vif chez elle. Juvénai a dit : « Personne plus que la femme ne prend plaisir à la vengeance. » a II faut être femme, dit M"* Rieux, pour savoir se venger. » Balzac, dans la Cousine Bette a décrit un merveilleux exemple de la ténacité de la rancune féminine. Elle est vindicative par atavisme, comme le criminel.

La femme normale a beaucoup de caractères qui la rapprochent du sauvage et de Tenfant (irascibilité, vengeance, jalousie, vanité) et d'autres diamétralement opposés qui neutralisent les premiers, mais l'empêchent cependant de se rapprocher dans sa conduite, autant que l'homme, de cet équilibre entre les droits et les devoirs, l'égoïsme et l'altruisme, qui est le terme suprême de l'évolution morale.

La femme n'est pas, comme l'enfant, méchante sans cause; elle ne fait pas le mal pour le mal ; la folie morale permanente chez Tenfant est étouffée et partiellement détruite en elle par la pitié et la maternité.

L'intelligence de la femme est inférieure à celle de l'homme. Cette infériorité se révèle aussitôt dans les plus hauts degrés de Tintelligence par l'absence de génies. Aucun génie ne se révéla parmi elles, alors même qu'elles recevaient la même instruction que les hommes, comme aux premiers siècles de l'Empire romain, aux xv* et XVI' siècles, en Italie, ou lors qu'elles étaient très instruites, comme dans Taristocratie française du siècle dernier. En outre les femmes illustres présentent fréquemment des caractères masculins.

La femme manque d'originalité dans les grandes créations et même dans ces petites dont la moyenne des hommes est capable. Elle manque d'inclinations spéciales pour un art, une science, une profession. Simmel remarque que le caractère le plus saillant de la psychologie féminine est une moindre puissance difTérentielle. Étant donnée une telle uniformité, on comprend que la femme ait un plus grand talent d'imitation. On comprend aussi pourquoi les femmes se ressemblent toutes entre elles et s'adaptent facilement à chaque position sociale. 11 existe donc chez elles un fond plus large d'idées communes, et par suite, une plus grande monotonie.

Le misonéisme est plus grand chez la femme que chez l'homme.

C'est un autre aspect de sa moindre originalité et par suite de la moindre puissance créatrice de son intelligence, car l'originalité donne toujours lieu à une production nouvelle. Il est rare, écrit Spencer, que les femmes critiquent ou mettent en doute ou en question quelque chose d'établi. La femme, dit Max Nordau, est presque toujours ennemie du progrès et constitue Tappui le plus ferme de toute réaction. Dans les révolutions qui représentent le plus grand effort philonéique de l'humanité, on trouve rarement des femmes, excepté dans les révolutions religieuses auxquelles elles prennent une part plus grande, bien que toujoui*s en nombre inférieur aux hommes.

La faculté assimilatrice est plus active chez elle que la faculté créatrice, car, comme dit Spencer, les deux facultés sont presque toujours en rapport inverse. Le maximum de Tintelligence féminine, à part les cas sporadiques de vrai génie, semble consister en une faculté assimilatrice tellement puissante des idées d'autrui qu'elle l'emporte sur Je misonéisme.

Les qualités plus particulières de l'intelligence féminine revêtent presque toutes une forme automatique frappante. Les femmes, dit Spencer, ont une autre qualité, celle de percevoir promptement l'état mental des personnes qui les entourent. Leur astuce est un développement ultérieur de cet instinct d'intuition psychologique.

Le critérium de la vérité est différent chez la femme et chez Thomme. Chez la première, il est moins objectif, car étant elle-même plus impressionnable, elle prend souvent pour des réalités ses propres suggestions ou celles des autres, et, par suite, éprouve un moindre besoin de voir pour croire. La femme, dit Daniel Lesueur, dans Névrosée, échappe à la logique, au raisonnement, à la démonstration géométrique, qui n'ont pas de prise sur sa petite cervelle.

L'intelligence de la femme se montre défectueuse en ce qui est la suprême forme de révolution mentale, la faculté de la synthèse et de l'abstraction ; elle excelle au contraire dans l'analyse et dans la nette perception des détails.

Son intelligence est plus précoce que celle de l'homme ; il en est de même dans le développement du corps. La parole, et surtout la parole plus primitive — le bavardage — est très développée chez elle. Elle écrit moins que l'homme, non par l'effet des circonstances, mais par suite d'un moindre développement du centre graphique. Elle surpasse l'homme dans un genre d'écriture, V épis tolo graphie y qui est une espèce de conversation écrite et comme telle convient à son caractère. Elle a plus de patience que l'homme : les travaux auxquels elle s'applique le démontrent.

308 R. DE RYCRÈRE

Ce développement inférieur de Tintelligence provient en partie de l'inertie forcée des organes à laquelle Thomme a contraint la femme. Ensuite, le mâle a pour Tintelligence une puissance native de développement supérieure à la femelle, grâce à sa moindre participation à la reproduction de Tespèce.

Il est certain qu*une plus grande participation à la vie collective de la société élèvera Tintelligence de la femme.

Dans la deuxième partie consacrée à la criminalité féminine les auteurs étudient d'abord le crime chez les femelles des animaux, les crimes passionnels, le brigandage et la rapine, le cannibalisme, la haine et la méchanceté, les aberrations sexuelles, les délits sexuels, Talcoolisme, les délits de la maternité.

Ils étudient ensuite le crime chez les femmes sauvages et primitives.

Chez les peuples sauvages, la femme est assujettie à une foule de prescriptions, quelques-unes très bizarres et apparemment déraisonnables, quelques autres basées sur Tégoïsme du mâle, dont la violation est considérée comme un délit. Beaucoup de ces prescriptions appartiennent au tabou des peuples océaniens.

La pratique de Tavortement et de l'infanticide est énormément répandue chez eux, à cause spécialement du besoin de proportionner les individus de la famille et de la société aux moyens de subsistance.

La sorcellerie et l'obsession étaient, pendant le moyen âge, les crimes les plus graves de la femme. C'étaient des phénomènes hyslériques-épileptiques. Ces épidémies hystériques qui étaient regardées comme des sortilèges jetés par malice avaient un caractère contagieux.

Un délit fréquent chez la femme antique était le vénéfice ou l'empoisonnement.

En général pourtant, exception faite de l'infanticide et de Tavorlcment, la femme sauvage de même que la femelle commet moins de crimes que l'homme, bien qu'elle soit plus méchante que bonne. Les crimes pour lesquels elle est punie sont eu général conventionnels, comme ceux contre le tabou et la sorcellerie, (^est la prostitution qui correspond pour la femme au délit du mâle.

A l'origine de l'évolution humaine, la pudeur est tout à fait inconnue. La plus grande liberté des rapports sexuels est la règle générale.

Plus tard, au lieu d'être la condition normale des rapports sexuels, la proslitution ne fut plus (|u'une survivance plus ou moins transformée.

Dans la troisième période, elle ne fut plus qu'un phénomène morbide et rétrograde d'une certaine classe.

Us sigDaleut, comme une brillante exception, le phénomène de cette prostitution esthétique qui devient un élément vital et créateur. Tel fut rhétaïrisme, en Grèce, et au xvi* siècle, en Italie.

La troisième partie est consacrée à Tanatomie pathologique et anthropométrique de la femme criminelle et de la prostituée.

Les auteurs examinent successivement le crâne, les anomalies pathologiques, le cerveau des criminelles et des prostituées, leur anthropométrie, les anomalies physionomiques et céphaliques et les autres anomalies.

La fréquence des caractères de dégénérescence analytiquement étudiés ne suffit pas à donner une idée exacte du type criminel de la femme délinquante ; celui-ci peut ressortir clairement de l'étude synthétique des divers caractères. Les auteurs appellent type complet la réunion d'au moins quatre caractères de dégénérescence, sanst}pe, leur absence ou la présence de une ou deux seules anomalies physiques.

Il résulte de leur étude :

i^La rareté du type criminel chezlafemmedélinquante relativement à Thomme criminel. D'après leur groupe homogène, ce type se présente dans 14 p. 100, et en tenant compte de toutes les autres obser. vations, on arrive à 18 p. 100, chiffre inférieur de presque la moitié a celui rencontré chez le délinquant-né, 31 p. 100 ; pendant que chez la femme normale, ce type ne se trouve qu'à 2 p. 100.

Tous les observateurs s'accordent entièrement sur cette rareté du type criminel. En effet, des observations de Marro résulte l'absence du type dans 58,7 p. 100; de celles de M"* Tarnowsky,dans5op. 100; de celles de Lombroso et Ferrero, étudiées au bagne, 55,9 p. 100 ; de celles qu'ils ont étudiées à la prison, dans o8,8 p. 100, c'est-à-dire une moyenne de 57,5 p. 100 de criminelles n'ayant pas le type criminel.

Relativement, le demi-type résulte en proportions à peu près constantes dans une moyenne de 25,20 p. 100.

2* La prostituée se différencie notablement de la criminelle par la fréquence très supérieure du type qui serait d'après les observations de Gimaldi de 31 p. 100, de M" Tarnowsky, 43 p. 100, de Lombroso et de Ferrero de 38 p. 100, avec une moyenne de 37,1 p. 100.

Cette rareté du type tient à des raisons ataviques et sociales.

Le tatouage si répandu chez les hommes n^existe chez les criminelles que dans une proportion si minime qu'elle peut passer inaperçue.

La quatrième partie traite de la biologie et de la psychologie des criminelles et des prostituées.

12» Année, N» 69. 25

3i0 R. DE RYCKÈRB

Les auteurs étudient la menstruation, cette fonction essentiellement féminine, retardée chez les criminelles (sauf les infanticides), comparativement aux femmes honnêtes, et précoce chez les prostituées.

La menstruation exerce une grande influence sur certains crimes.

La précocité caractéristique des criminelles résulte plus encore de répoque à laquelle ont commencé les rapports sexuels.

La fécondité est plus grande chez les criminelles que chez les prostituées.

La vie moyenne de la femme est supérieure à celle de Thomme, comme est supérieure sa résistance aux malheurs et aux plus grandes douleurs. Cette loi semble s'exagérer chez la femme criminelle qui vieillit fréquemment et dont la résistance aux tristesses même les plus prolongées de la prison est vraiment extraordinaire.

L'obtusité sensorielle (sauf à la main) et les anomalies du champ visuel sont plus fréquentes chez les prostituées que chez les criminelles, mais n'arrivent cependant jamais au degré du criminel-né mâle; les réflexes chez les prostituées sont cependant plus obtus que chez celui-ci, sans doute à cause de l'action directe de la syphilis sur les centres nerveux.

Les auteurs observent chez plusieurs criminelles et prostituées une sensibilité sexuelle supérieure à celle des femmes normales.

Les dépravations sont très fréquentes chez les prostituées, mais moins que chez les criminels mâles. L'unique anomalie prépondérante est le tribadisme qui est très répandu chez elles.

Après avoir étudié longuement la nature et les causes du tribadisme, les auteurs déclarent que Tinfluence de la dégénérescence tend de plus en plus à rapprocher et à confondre les deux sexes, par une tendance au retour atavique vers la période de Thermaphrodisme, et produit chez les criminels mâles Tinfantilité ou la féminilité qui les entraîne à la pédérastie et chez la femme la masculinité.

Chez les criminelles-nées, la perversité semble être en raison inverse de leur nombre. Beaucoup d'entre elles ne s'adonnent pas à un seul, mais à plusieurs genres de délits, souvent même à deux espèces qui, chez le mâle s'excluent, presque toujours, comme Tempoisonnement et l'assassinat.

Une autre terrible supériorité de la criminelle-née sur l'homme criminel est la cruauté raffinée et diabolique avec laquelle elle accomplit souvent son crime. Tuer Tennemi ne lui suffit pas, il faut qu'il souffre, il faut qu'elle en savoure bien la mort.

L'érotisme est exagéré chez elle ; il est joint souvent k des qualités viriles, à des goûts virils, à une grande impulsivité de désirs et d'actions, à une religiosité demi-mystique, à une férocité bestiale, à

une incapacité (les fonctions maternelles, à une tendance à la vie aventureuse, dissipatrice et oisive ou à la vie élégante. Cet érotisme anormal pour la femme ordinaire devient pour beaucoup le point de départ de leurs vices et de leurs crimes.

Un grand sti;^ iiate de dégénérescence est chez beaucoup de criminelles-nées Tabsence d'amour maternel.

Le mobile principal du crime de la femme est la vengeance. Parfois même, dans certains cas encore plus graves, leurs haines n'ont pas le moindre motif 6t ne proviennent que d'une méchanceté aveugle et innée. L'amour est plus rarement cause de crimes même chez ces femmes à érotisme intense. Leurs amours sont comme leurs haines, une forme spéciale du même insatiable égolsme ; aucune abnégation cl aucun altruisme ne les ennoblissent.

L'avidité et le goût de la toilette sont encore des mobiles du crime féminin.

La religiosité n'est pas rare chez elles. On remarque aussi une bonté intermittente qui contraste avec Thabituelle méchanceté des criminelles-nées: mais ce qui les domine, en l'absence des sentiments vrais et profonds, c'est un sentimentalisme fade et affecté, particulièrement dans leur correspondance.

En général, les intelligences plutôt éveillées sont assez nombreuses parmi elles. Elles sont très sobres dans l'écriture. Leur fréquente subtilité d'esprit se manifeste encore dans ce caractère d'entortillement que leurs délits présentent si souvent. Quelquefois ces combinaisons sont très ingénieuses, mais, au fond, elles sont absurdes et impossibles, parfois même folles.

La criminelle-née n'accomplit pas toujours son crime elle-même ; souvent elle instigue et excite un complice. La lascivité entre souvent comme moyen dans ses délits.

A côté de cette obstination à nier, on trouve chez les criminelles une facilité à révéler spontanément elles-mêmes leurs propres crimes, lorsqu'elles sont pressées par les demandes du juge. C'est le besoin de jaser, cette incapacité de tenir les secreLs, ce besoin de les faire connaître à autrui, qui caractérise la femme, ou bien c'est la jalousie, l'esprit de vengeance motivé par l'abandon de l'amant qui les pousse à dénoncer leur complice. Parfois aussi elles abandonnent leur complice à la justice pour s'attirer l'indulgence.

Les criminelles par occasion sont caractérisées par l'absence de tares dégénératives et physionomiques. D'après Guillot, elles sont le type le plus fréquent de la criminelle. La pudeur est vive chez elles et le sentiment maternel est ardent. Elles ont aussi d'autres sentiments délicats, par exemple cetto espèce d'affection et de confiance excessive qu'elles ont dans l'avocat.

312 R. DE RYCKÈRB

Pour beaucoup d*entre elles, Toccasion qui les entraîne involontairement au crime est la suggestion du mâle, plus souvent celle de Tamant, parfois du père ou du frère.

Une occasion de plus en plus fréquente qui entraîne au délit beaucoup de femmes honnêtes, est Tinstruction élevée que la société commence à concéder à la femme, mais qu'ensuite par une bizarre contradiction, elle ne lui permet pas d'utiliser dans les professions et dans les administrations pour gagner sa vie. Il ne reste aux femmes instruites à un certain moment que le suicide, le délit ou la prostitution : les plus pudiques se tuent, les autres volent ou se vendent. Quelquefois les délits sont l'effet de tentations très fortes ; tel est le vol dans les magasins.

Les coups et injures, particulièrement entre compagnes, sont très fréquents. La mendicité est aussi un délit d'occasion.

Il y a aussi des délits locaux caractéristiques. La vie sociale dans les divers pays offre des occasions diverses aux délits, et par suite, ceux-ci se différencient. Tel est l'infanticide en Suède, l'infanticide, l'avortement et la simulation de l'accouchement en Russie, le vol dans les grands magasins en France, Tavortement aux États-Unis.

Les criminelles par passion commettent leurs délits plutôt dans la jeunesse et en général dans la période de la pleine effervescence sexuelle. Dans des cas plus rares, le délit est commis à un âge relativement avancé, spécialement lorsqu'il s'agit de femmes dont la jeunesse et la sexualité ont eu un cycle plus court.

Ces femmes manquent des caractères de dégénérescence et des anomalies physionomiques spéciaux au criminel-né, sauf un plus grand développement de la mâchoire et un certain nombre de caractères virils. Dans le caractère moral, elles présentent quelques traits masculins.

Les bons sentiments prévalent chez elle ; ils sont même plus ardents que chez la femme normale et atteignent parfois un degré extraordinaire d'intensité. Les sentiments de famille, qui font défaut chez la criminelle-née, ne manquent jamais chez elle.

La passion la plus intense et qui souvent les entraîne au délit est l'amour. Étrangères à cette froideur sexuelle que nous trouvons chez la femme normale, elles aiment avec l'enthousiasme d'Héloïse, et éprouvent une véritable volupté à se sacrifier pour l'homme aimé, violant pour lui les préjugés, les mœurs et même les lois sociales.

L'offense aux sentiments maternels ou aux sentiments de famille est plus rarement une cause d'excitation au délit.

On rencontre aussi chez elles cette passion pour le vêtement qui caractérise la criminelle-née.

Ce n'est que chez quelques-unes que l'on voit l'explosion suivre presque aussitôt la provocation et le repentir sincère et profond se produire aussitôt après le délit.

Les précédents ne sont pas toujours sans tache chez toutes. Souvent on trouve dans leur existence des traits mauvais qui contrastent avec la bonté exagérée et constante du vrai criminel par passion.

Souvent l'explosion de la passion couve des mois et des années et alterne avec des périodes de tolérance et même parfois d'amitié pour la victime.

Le fait que ce caractère des délits passionnels est bien plutôt Teffet d'une lente fermentation de la méchanceté latente chez la femme normale, que celui d'une explosion de passion est encore plus clairement démontré dans ces délits que Lombroso et Ferrero appellent passionnels-égolstiques. Il s'agit de femmes honnêtes, bonnes, affectueuses, dont les délits n'ont d'autre raison que l'exaltation du sentiment si égoYstique de la jalousie déterminée par des disgrâces, des maladies, etc., qui, par suite, peuvent en partie être considérés comme délits passionnels, mais auxquels non seulement manque tout motif grave mais aussi toute provocation de la part de la victime, ce qui est un caractère commun aux délits des criminels-nés.

Les affinités et les analogies entre les délits, et particulièrement entre les délits passionnels et le suicide, à part le critérium législatif et juridique, sont telles qu'on peut les considérer comme deux branches partant du même tronc.

La femme paie déjà en général au suicide une contribution quatre ou cinq fois moindre que l'homme. Elle se lue moins souvent que l'homme par souffrances physiques ou par misère, plus souvent que lui par amour. Une forme de suicide dans laquelle elle a presque toujours une part prépondérante est le suicide double et multiple. Dans les suicides par folie sa proportion est supérieure à celle de l'homme.

Un certain nombre de prostituées-nées se rapprochent beaucoup des fous moraux. On constate chez elles une absence des affections les plus naturelles, telles que les affections de famille. La précoce méchanceté, la jalousie, l'esprit de vengeance sont aussi très communs chez elles. L'absence des sentiments maternels en fait les sœurs intellectuelles des criminelles-nées.

De même que la folio morale, la criminalité qui n'est qu'une variation et à la fois une dérivation de la folie morale se trouve souvent en lice avec la prostitution.

La passion pour les liqueurs fortes est aussi grande chez les prosti-

3i4 R. DE RYCKÊRE

tuées-nées que chez les criminels. La cupidité de la partie la plus intelligente d'entre elles est insatiable. Le manque de pudeur est le caractère le plus saillant de ces malheureuses.

Si des femmes deviennent prostituées malgré leur froideur sexuelle la cause déterminante n'est pas dans la luxure, mais dans la folie morale ; manquant de pudeur, insensibles à Tinfamie du vice, attirées par une fascination morbide vers tout ce qui est défendu, elles s'adonnent à ce genre de vie parce qu'elles y trouvent le meilleur moyen de vivre sans travailler.

Chez elles, comme chez les criminelles, on trouve cette bonté intermittente, qui, à certains moments, les fait paraître si éloignées de leur habituel égoïsme.

Leur intelligence présente les plus extrêmes variations, ou va d'un minimum qui touche presque à l'idiotie et à la stupidité, jusqu*à un maximum qui coudoie presque la génialité.

Les écrits des criminelles, même les graffites, sont très rares; ils sont le plus souvent religieux et d'amour pur, et tous insignifiants. Plus nombreux et plus spirituels et toujours bien plus cyniques sont ceux des prostituées-criminelles.

Les prostituées-criminelles ont entre elles une espèce d'argot. Elles affectent souvent une grande religiosité.

Un trait commun à la prostituée et au fou moral est l'amour excessif pour les animaux.

Les prostituées ont pour amants les souteneurs : cela provient de ce besoin de s'appuyer sur l'homme qui est une caractéristique de la femme et qui est d'autant plus ressenti par les prostituées parce que leur intelligence est si affaiblie et leur personnalité si effacée qu'elles sont par suite plus aptes à subir la suggestion du mâle.

Leur gourmandise, leur voracité, leur tendance aux liqueurs sont extraordinaires. Il en est de même pour la vanité. La passion du jeu, bien que développée chez elles, ne semble pas l'être autant que chez les criminels.

Le phénomène qui, dans les classes inférieures, se révèle comme la prostitution innée, a, dans les classes élevées des manifestations diverses dans la forme, mais équivalentes en réalité. La femme des classes pauvres finit par devenir pensionnaire du lupanar; dans les hautes classes elle devient une adultère incorrigible. Telle est la M^* Marneffe, de Balzac.

L'identité psychologique, comme l'identité anatomique, entre le criminel et la prostituée- née ne pourrait être plus complète ; tous les deux étant identiques au fou moral sont, par axiome mathématique, égaux entre eux. Il est si vrai que prostitution et criminalité sont

LA FEMME CRIMINELLE ET LA PROSTITUÉE . Ht 5

deax phénomènes analogues, ou, pour ainsi dire parallèles, qu'ils se confondent à leurs extrémités. Nous voyons se répéter dans la prostitution les formes plus adoucies du délit, comme le vol, le chantage, la blessure.

Les prostituées ne sont pas toutes affectées de folie morale, et toutes par conséquent ne peuvent être considérées comme des prostituées-nées; beaucoup le sont par occasion.

Les prostituées par occasion diffèrent aussi bien du type de la femme normale que les criminelles de la même catégorie ; elles se rapprochent plus de la prostituée- née que de la femme normale ; elles n'ont qu'une moindre intensité de vice et des caractères psychologiques anormaux moins saillants, tout en restant, au fond, toujours notablement anormales, tandis que la criminaloYde, spécialement la voleuse, est presque toujours plus rapprochée de la femme normale que de la criminelle-née.

Beaucoup de prostituées par occasion aiment tendrement leurs enfants. Elles ont honte de leur métier et n'ont pas le cynisme et l'effronterie de la prostituée-née. La pudeur chez elles n'est jamais complètement éteinte ; elle survit encore dans quelques manifestations intermittentes.

L'occasion qui entraîne beaucoup de prostituées de cette catégorie dans une voie vers laquelle elles n'étaient pas poussées, mais qui ne leur inspirait pas non plus une répugnance extrême, est une première faute, telle qu'une séduction non suivie de mariage, ou même un premier malheur, comme un viol par lequel elles perdent leur virginité.

Beaucoup d'entre elles sont malheureusement, et à la honte de notre civilisation, recrutées par la violence ou l'astuce dans un genre de traite plus féroce encore que la traite des nègres.

Parfois ce sont la misère, le mauvais exemple ou même les mauvais enseignements des parents qui les entraînent au vice. On sait qu'il existe à Paris des mères infâmes qui enseignent les plus honteuses turpitudes à leurs filles encore mineures et les envoient ensuite, sous prétexte de vendre des fleurs, à la chasse des clients et même des clientes, car ces malheureuses sont déjà instruites même des mystères de Tamour saphique.

Chez la femme, la marche de la criminalité par folie suit celle de la criminalité en général. On peut en dire autant des caractères de la folie, qui ne se manifeste chez les criminelles qu'en exagérant les caractères de la criminalité. C'est en été que Ton constate le plus grand nombre de folles criminelles dans les asiles; l'hiver vient ensuite avec une proportion légèrement inférieure ; au printemps et en automne, ce nombre est réduit environ de moitié.

3^6 R. DE RYCKèRB

Les cas les plus saillants de folie morale ou de criminalité congénitale présentent, bien que moins évidents que chez les mâles, les caractères essentiels que l'on rencontre dans Pépilepsie ; l'habileté à commettre le délit et à préparer un alibi, la préméditation, la dissimulation y sont aussi grandes et même plus que chez la criminelle.

Bail, dans son livre sur la responsahilitè limitée cite l'exemple fameux d'Euphrasie Mercier, l'héroïne du mystère de Villemonblc.

Un des caractères particuliers de la folie criminelle et qui n'est toutefois qu'une exagération de Tétat normal, est la surexcitation qui se manifeste à l'époque menstruelle, dans les grossesses et les ménopauses.

Un autre caractère sailllant de la femme aliénée, et par conséquent de la criminelle folle, est l'exagération sexuelle. Le sens génésîque est toujours excité chez elles. Plus fréquente est une forme plus adoucie dans laquelle on n'observe chez la femme qu'une excessive propreté ou saleté, et une tendance a se dénuder ou à déchirer ses vêtements, à parler même de son propre mariage ou de celui des autres.

Un troisième caractère spécial des folles est la plus grande excitation et impulsivité, qui fait que, dans les statistiques italiennes, la manie avec fureur y est en proportion supérieure à celle des hommes fous, comme 669 à 524.

Kraffl-Ebing a observé que la folie chez les femmes prend généralement plus que chez l'homme un aspect turbulente! indécent.

En somme, on trouve chez les aliénées criminelles, comme chez les criminelles communes, mais plus profonde encore que chez celleslà, l'inversion des caractères plus spécifiques de la femme, tels que la décence, la docilité et l'apathie sexuelle.

D'après Marro, l'épilepsie motrice est d'un tiers moindre chez les criminelles que chez les criminels. Beaucoup plus rares sont l'épilepsie psychique et la folie épileptique.

Cette grande rareté de folles épileptiques et de folles morales explique en partie, disent Lombroso et Ferrero, celle de la criminalité féminine, et en même temps la plus grande fréquence des criminelles par occasion, chez les femmes; elle explique pourquoi même les criminelles par passion ne commettent presque jamais leur crime dans un accès de fureur qui a toujours quelque chose d'épileptotde ; elle explique enfin pourquoi chez les femmes, dans les crimes, communs, on trouve si souvent cette exagération de la préméditation, ce retour en soi-même qui est l'antithèse complète du crime commis dans l'explosion soudaine de l'irritation épileptique et pourquoi elles sont si souvent tardives dans l'exécution des crimes.

LA FEMMK CRIMINELLR ET LA PROSTITDÉE 317

D'après les slalisliques de Parenl-Duchâtelet, on trouve 0,98p. 100 d'épileptiques chez les prostituées, chiffre supérieur à celui trouvé par Lombroso et Ferrero chez les criminelles-nées communes, inférieur à celui des criminelles-nées graves.

Étant donnée l'œuvre toute passive et rétrograde de la prostituée, on comprend que le retour atavique de la Tolie morale suffit pour la faire surgir sans que toujours vienne s'y ajouter la complication de l'épilepsie psychique et de l'irritation corticale, qui intervient au contraire dans les grandes perversions sexuelles, pour pousser à déplus graves délits.

L'hystérie est spécialement la maladie des femmes. Cependant les femmes hystériques ne sont pas nombreuses dans les prisons. L'intelligence chez la plupart des hystériques est intacte, sauf leur impuissance à une attention soutenue ; mais le caractère moral est profondément modifié par un égoïsme et une préoccupation de soi-même qui les rend avides de scandale et de rumeur publique ; par une impressionnabilité excessive, qui les rend irritables, fantasques, déraisonnables,etd'une volonté toujours instable. Elles se plaisent à la médisance ; et si elles n'occupent pas le public d'elles-mèmeavec des procès provoqués sans raison et par des vengeances scandaleuses, elles se dédommagent pour le moins sur leurs familles en attristant la vie de ceux qui les entourent par de continuelles tracasseries. A un degré plus élevé de perversité, elles vont jusqu'à la dénonciation, aux faux témoignages, mettent en mouvement les avocats et les autorités contre de prétendus coupables. Ces symptômes peuvent se signaler dès Tenfance.

a) Ce qui importe le plus, c'est la facilité qu'elles ont à subir la suggestion hypnotique, avec laquelle l'hypnotiseur remplace la volonté du sujet par sa propre volonté.

h) Un autre caracUMc encore plus saillant des hystériques est la mobilité ; elles passent avec une incroyable célérité du rire aux pleurs.

c) Elles ont une écriture S])éciale, ou mieux une tendance particulière à varier leur écriture ; elles écrivent en caractères très grands |)uis très fins, suivant l'état psychique dans lequel elles se trouvent (Binet), fait qu'on observe chez les épileptiques.

dj Elles ont un véritable besoin de mentir. « La sentence de l'Écriture, Homines mendaces^ écrit Charcot, semble écrite pour elles; elles simulent le suicide, les maladies, les lettres anonymes ; elles mentent sans besoin et sans but ; c'est le culte de Tart pour l'art. »

Dans tous les cas graves, observe SchUle, l'hystérie provoque une

3\8 R. DE RTCKÈRE

perversion morale, que Ton entrevoit en germe dans l'égoïsme excessif, dans le besoin de faire le mal pour le mal .

ej Les vols et les incendies des hystériques prédominent surtout à l'époque menstruelle.

/) Un autre caractère curieux est la tranquillité qu'elles ont, malgré les apparences graves de leur maladie.

gr) Le caractère le plus saillant est Térotisme. La plupart des tribades de Krafft-Ebing étaient hystériques.

h) Bianchi a mis en évidence un caractère nouveau, celui d'écrire continuellement des lettres anonymes, adressées à autrui, quelquefois à soi-même en se persuadant souvent de leur authenticité, se rendant ainsi victimes de leur propre supercherie, et trompant encore plus facilement les autres.

Les hystériques souffrent, comme les épileptiques, très souvent du délire, tantôt mélancolique, tantôt monomàne.

Le suicide, chez elles, est plus souvent tenté ou simulé que consommé; presque toujoiirs il est automatique et sans cause ; contrairement aux autres suicides, il est essayé instantanément, toujc-ui's avec un grand apparat, et devant un grand public.

Un autre caractère qui les rapproche des épileptiques, sont les voyages étranges, en partie conscients, en partie inconscients.

Beaucoup d'hystériques font de fausses dénonciations de vol, par exemple contre des domestiques, pour le seul plaisir de les compromettre et de les faire mettre en prison. Mais la calomnie la plus fréquente est celle d'avoir été victimes de viol.

Un autre délit fréquent est le vol. Legrand du Saulle a trouvé 50 hystériques sur 104 femmes accusées de vol dans les magasins de Paris.

Les hystériques surpassent trop souvent leur sexe et deviennent alors plus terribles que les hommes car celles qui accumulent tous les crimes ne sont pas rares.

Les empoisonneuses ne font pas défaut chez les criminelles hystériques. Marie Jeanneret est un des exemples les plus typiques.

D'un autre côté se trouvent parmi les hystériques les saintes extatiques et les jeûneuses.

On a pu voir par combien d'analogies l'hystérisme se lie à l'épilepsie. Ce qui distinque les femmes hystériques de toutes les autres, même des épileptiques, c'est l'intensité de leur penchant à la calomnie et le succès qu'elles y rencontrent. Gela s'explique très bien par la moindre force et la moindre aptitude des femmes, même des femmes de mauvaise vie (chez qui les hystériques sont nombreuses),

à commettre les crimes de violence ; ce qui fait que la tendance au mal s'explique et se perfectionne davantage dans la direction de la calomnie. En second lieu il se fait chez elles, plus aisément que chez les autres, une transformation de Tidée en action. Comme les hypnotisés, les hystériques affirment les choses les plus fausses avec la même énergie que Thonnt^te homme affirme le vrai, car môme les femmes normales aussi bien ne les enfants, n'ont pas une idée nette du vrai et par suite le renient plus facilement ; sous l'impulsion de Thystérisme elles sont convaincues de leur propre mensonge, qui se présente à elles avec une évidence sans doute égale à la chose vraie : il s'y ajoute cette espèce d'exaltation que subit le suggéré dans chaque état hypnotique qui l'investit de Fidée suggérée avec une véritable puissance. Enfin comme Ta remarqué Schiile, les réalités et les fictions, les faits vrais et les désirs se confondent et s'imposent fatalement à ces malades, grâce à leur excessive imagination, comme des réalités; elles mentent souvent, par suite, de bonne foi.

Devant cette complète analogie de l'hystérique avec la criminellenée, sauf la plus grande intensité du mensonge, de la mobilité et do la préoccupation sexuelle, souvent paradoxale, Lombroso et Ferrero constatent que l'épilepsie est remplacée par l'hystérisme chez les prostituées, qui par suite sont plus rarement épileptiques.

Dans un appendice consacré à la sensibilité chez l'homme et chez la femme, Lombroso s'occupe de la théorie de Galton, le grand biologiste anglais, qui dans une récente publication a essayé de démontrer que la sensibilité tactile est plus développée chez la femme que chez l'homme. 11 conclut en disant que le tact est, à ce qu'il paraît, plus fin chez elle que chez l'homme, avant l'évolution sexuelle ; il devient ensuite moins fin que chez l'homme lorsque l'amour et sa conséquence naturelle, la maternité, sentiments si puissants chez elle, l'envahissent tellement qu'ilssuppriment toute autre influence ; c'est pour cela, peut-être, que le sens olfactif qui est aussi lié avec la sexualité se montre plus vif au contraire chez la femme adulte.

Pour ce qui est de la sensibilité dolorifique, dit-il, ici encore chez la femme adulte elle est plus obtuse que chez la jeune fille : et peutcire pour la môme cause, car, sans un certain degré d'obtusité, la femme ne pourrait supporter les douleurs de l'enfantement ; mais dans ce cas une autre source, étudiée avec beaucoup de succès par M. Ottolenghi, fait intervertir tons les rapports ; ce sont les explosions, les manifestations apparentes et bruyantes de la douleur qui se confondent dans le monde avec sa véritable intensité et donnent une autre preuve de sa plus grande obtusité, et qui sont onze fois plus fréquentes chez la femme que chez l'homme.

320 R. DE RTCKÈRE

La sensibilité générale, au contraire, est plus fine chez la femme que chez Thomme ; plus fine chez les jeunes ouvrières que chez les adultes ; elle est toutefois aussi délicate chez les dames âgées que chez les jeunes dames.

En terminant, il rappelle ce mot d*Edmonl de Concourt :

« Plus j'existe, plus j'acquiers la certitude que les hommes nerveux sont autrement délicats, autrement sensitifs, autrement frissonnants au contact des choses et des êtres de qualité inférieure que les femmes qui, au fond, n'ont que la pose de la délicatesse. »

Un autre appendice est consacré aux vêtements des anciens prêtres et aux femmes hypnotiques.

Le livre est orné de treize planches hors texte qui sont extrêmement curieuses et intéressantes.

J'ai essayé d'analyser fidèlement l'œuvre de Lombroso et de Ferrero en résumant aussi brièvement et aussi complètement que possible leurs conclusions. Quelles que soient les réserves que certains savants ne manqueront pas de faire sur les théories du maître italien, tous ceux qui par goût ou par métier *se passionnent pour l'étude de l'anthropologie criminelle n'en seront pas moins heureux de posséder sur cette question si attachante de la criminalité féminine un ensemble de documents précieux d'un puissant intérêt. La méthode du maître italien offre certainement de grands avantages sur les systèmes a priori ; l'observation à outrance des faits ne peut manquer de produire des résultats féconds.

C'est un livre qui fait penser et quiattire impérieusement l'attention sur un des problèmes les plus troublants de notre époque. C'est peut-être pour cela que l'on y cherche anxieusement un dernier chapitre qui malheureusement fait défaut dans cette œuvre, comme dans Y Homme criminel. Après avoir étudié longuement ces deux plaies sociales, pourquoi le maître italien ne nous dit-il pas ce qu'il faut faire pour les guérir ?

Certes, le crime et la prostitution sont vieux comme le monde ; ils existeront jusqu'à la fin du monde, comme les maladies, comme la mort. Il ne faut donc pas se bercer d'illusions vaines : il y aura toujoui's des criminelles et des prostituées, en dépit de toutes les réglementations, quelles que soient les transformation du milieu social.

Est-ce à dire qu'il n'y a rien à faire et qu'il faut se borner à se croiser les bras en regardant passer ces malheureuses « avec cette profonde pitié mêléed'horreur qu'éprouvent au dernier acte d'Œdipe roi les vieillards thébains s'écartant au passage d'Œdipe marqué par la fatalité, victime de la colère des dieux»?

Certes non, et Lombroso reconnaîtra volontiers lui-même que bien des influences peuvent utilement s'exercer dans ce domaine et avoir pour effet de diminuer le nombre de ces malheureuses et de faciliter leur retour au bien. Le crime et la prostitution sont produits par des causes multiples : si Ton parvient à supprimer en tout ou en partie ces causes ou bien à en atténuer la gravité, les effets s'en ressentiront dans la même proportion.

Mais les auteurs se sont bornés à étudier le mal sous toutes ses faces, en laissant à d'autres le soin d'indiquer les remèdes qu'il convient d'y apporter. C'était incontestablement leur droit et nul moins que moi ne songe à leur en faire un reproche.

Cependant il doit m'étre permis de regretter que le maître italien, avec la haute autorité morale que lui donnent son talent et son caractère, n'ait pas voulu répondre à cette question qui surgit fatalement dans l'esprit du lecteur, au moment où il achève de lire le dernier chapitre : Que faut-il faire ?

C'est peut-être là ce qui donne au livre cette obsédante impression de tristesse et de découragement . On ne croyait pas le mal gussi grand et aussi profondément enraciné, et puis on se désole devant le spectacle de son impuissance.

Le livre de Lombroso et de Ferrero s'impose à l'attention et se lit avec un intérêt passionné et soutenu, non seulement à cause de sa haute allure scientifique, mais peut-être aussi, comme le disait récemment Jean Aicard à propos de la Germinie Lacerteux des Concourt : « parce que le tas de fange humaine qu'on y voit remuer reflète en étincelles la lointaine étoile, celle qui n'a point de nom. •

Ràtmond de Rtckère.

Les Hors nature, par M"* Rachilde

Parmi tant de livres et tant de fragments de livres dédiés, voués aux voluptés moroses, à la méditation sensuelle, à la contemplation charnelle, au vice du voyeur, du renifleur, du prudent éhonté, le nouveau volume de M*' Rachilde, les Hors nature (\) ne doit pas être confondu ou négligé.

(1) Publié par la Société du Mercure de France, 15, rue de TÉchaudé-Sainl-GermQîn, Paris.

Son livre esl un phénomène et une leçon. La leçon justifie le phénomène. La vision unisexuelle qui alanguit le malsain Cycle patibiliaire de Georges Eckhood, qui remplit le rêveur de mille rêves énervants, i\\ée parle héros de Rachilde, lui prescrit une continence sur les confins de la chasteté. Un inceste unisexuel, la passion vraie d'un aîné ultra-viril pour un cadet ravissant et ravi, efféminé et débauché, la lente possession psychique du cadet, un commencement d'Héliogabale, par l'aîné, un apôtre manqué, la décentralisation sexuelle de deux hommes aux deux extrémités de Tunisexualité : et tout cela écrit par une femme, n'est-ce pas un phénomène ?

Rachilde a compris mieux que les journalistes, les romanciers journalisants, mieux que les sournois, mieux que les libertins, ce qu'est Turanisme, et ce qu'il peut être. Elle a mieux observé ; elle a eu moins de préoccupations, moins de préjugés. Elle a ouvert les yeux ; elle a vu. Cette acuité de vision, cette force de volonté, ont transformé le phénomène en leçon. En dépit de la nécessité d'écrire un roman, en dépit du romantique, du romanesque, Rachilde en ce qui concerne le côté psychique de Turanisme pourrait en savoir plus que bien des docteurs, bien des professeurs. Elle a voulu montrer Turanisme viril aux prises avec Teffémination, elle ne s'est pas laissée dérouler; elle a raffiné sur cette conception, elle a quintessencié, elle a poussé la situation jusqu'au bout, jusqu'à la mort, après avoir imaginé d'une façon tout à fait supérieure l'offre du cadet, le refus de l'aîné ; je ne vais naturellement pas raconter aux lecteurs des Archives le roman que jeteur désigne, mais je voudrais en détacher la fin qui résume la donnée du livre. Une petite servante hystérique incendiaire a mis le feu à la maison. Rentier, l'aîné, veut sauver ou du moins rejoindre son cadet Éric qui demeure en haut :

Paul Éric dormait, à moitié nu, dans la soierie japonaise, il dormait ayant enfin dépouillé tous ses masques virils, et sa joue se posait sur le bracelet d'or de son bras gauche comme la joue d'une jolie femme. . .

Autour de lui naissait une lumière tendre, rosée, une aube qui rougissait, bientôt du soleil. Le parfum d'ambre dont se saturait l'idole emplissait celte cellule de savant, toute bouleversée.

Les bibliothèques répandaient à fiols leurs livres ; sur le bord du fourneau d'alchimiste brillait une coupe de Champagne, encore mousseuse, une grande page de chiffres, les calculs météorologiques de Rentier, s'étalait au milieu du bureau, portant un éventail, et, en marge, de miraculeux petits dessins obscènes. L'enfant s'était amusé.

- Reutler le réveille. Éric se drape dans sa soierie japonaise en ayant soin de découvrir sa gorge...

— Ce bruit, sous nos pieds, écoule donc, mon Reutler I dit Éric.

— Chéri, dit l'aîné, le pressant contre lui éperdument, il faut être brave!

— Oh I je la connais, cria le cadet se révoltant, Rodrigue, as-tu du cœur? Non ! Pas le matin ! surtout avec une aurore pareille, une clarté crue qui vous fait le teint vert ! Non, je ne veux pas mourir à vingt ans...

— Tu m'aimes bien, Éric ?

— Décidément, ton cœur bat, Reutler ?. .. tu n'es plus en marbre ?

— Ah 1 gronda désespérément Reutler, que pourrait-on faire pour te donner du courage, le suprême courage qui procure la suprême beauté, dis, mon fils ?

— Ne m'appelle pas ton fils, d'abord, grand nigaud, ça te vieillit !

— Et si je demandais à la princesse de Byzance d'être, pour moi, son fervent adorateur, une créature surhumaine, comme il n'y en eut jamais ? Si je lui demandais de regarder la mort en face et d'en sourire ? Allonsnous donc mentir et ruser jusqu'à la dernière minute ? râla Reutler s'agenouillant devant Tidole.

Paul Éric se redressa, théâtral, merveilleux dans sa robe couleur d'azur et fleurie d'étincelantes chimères ; il arrondit ses bras blancs au-dessus de sa tête que nimbait la rouge aurore...

— Je répondrais que je suis prête et ne mentirais plus I • L'atné courut ouvrir la trappe.

— Viens voir, dit-il, c'est très curieux !

Le jeune homme se pencha sur la fournaise. Le premier palier flamblait... Le lapis, dévoré marche à marche, bouillonnait comme un vin pourpre, et une fumée rose tournait en spire le long de la rampe. Le donjon entier n'était plus qu'une cheminée colossale. Un bouquet d'étincelles s'épanouit jusqu'aux narines de Paul Éric. 11 se recula, suffoqué. Reutler laissa retomber la trappe .

— Tu comprends ? ricana l'atné.

— Parbleu 1 sourit le cadet. (Et il ajouta de sa voix chantante qui pleurait :'i ce qu'il va faire chaud I Passe-moi mon éventail 1

Il devint d'une pâleur transparente, ses lèvres frémirent, ses doigts,agilés de petits frissons séniles, froissèrent convulsivement le satin de sa robe. Pourtant, il ne baissa pas les paupières.

— Ah! Princesse, s'exclama Reutler, vous êtes vraiment digne de l'apothéose !

Et il lui tendit l'éventail.

Paul Éric chancela, s'abattit sur le divan. Reutler se prosterna et lui baisa les pieds, ses étroits pieds nus, nerveusement crispés par la frayeur.

— On ne peut plus nous sauver! Nous sommes trop haut ! La plaisanterie dépasse les bornes ! balbutiait le jeune homme s'éventant d'un mouvement machinal. Personne qui puisse grimper ni du dedans ni du dehors. Elle est jolie, ton apothéose ! Personne pour nous admirer !... (Défaillant, il se blottit dans les bras de son aîné). Quand on pense que toi, tu as traversé ça!... Tu es un dieu

— Chéri, répondit l'aîné, berçant le jeune homme sur sa poitrine, ce n'est

pas très douloureux les brûlures, promène tes ongles derrière mon épaule, je ne sentirai rien... il suffit de songer à autre chose, mon amour.

Rentier ne cessait pas de sourire, sincèrement heureux.

— Ah ! çà, tu as Tair de t'amuser beaucoup ! hurla Paul Éric, se levant affolé. Tu sais, tilche de m'amuser aussi ou j'appelle au secours I Ah ! j'ai chaud... J'étouffe... Je vais avoir peur!... Fais-moi perdre la raison. J'ai peur d'avoir peur, entends- tu ?

D'un geste violent, le jeune homme arracha la soierie qui lui couvrait le buste ; dans la blancheur de sa peau, deux points de feu, ses seins, rayonnèrent, piquant les yeux.. .

Rentier eut un regard étrange : Ce ne serait pas la peine d'être arrivés si haut I Voyons, Éric, tu n'es pas sage. La vraie beauté, ce n'est pas cela ! (Il maintint l'étoffe, glissant de ses hanches, puis, très pieusement, avec des soins paternels, remonta les plis de l'élégant linceul, fleuri de chimères, le drapa sur sa gorge, saisit enfin le col frôle qui se détournait). Oui, je t'aime. N'appelle personne, c'est inutile ! Ne pense qu'au bonheur d'être à nous deux, librement. Rapproche ta tête de la mienne. Mon agonie sera plus terrible, mais je te verrai plus longtemps et je ne sentirai pas l'autre brûlure. Souviens-toi, mon Éric, mon fils, j'ai fait de la nature le décor de ma volonté. Regarde-moi bien en face. Ouvre tes yeux plus grands, donnemoi la bouche, car je veux boire ton Ame... oui, nous sommes des dieux, nous sommes des dieux!...

Du premier effort de ses puissantes mains il l'étrangla.

Eh bien, constatons ceci : une femme a imaginé la limite extrême de la passion uranisle. Elle a été logi(|ue, elle a été vraie aussi. Elle a touché à une des causes psychologiques de Turanisme, cause que la science n'a guère le droit d'approfondir, mais que la psychologie pratique a le devoir d'envisager. Chez certains, Furanisme pourrait ne pas être une déviation, un fonctionnement de la sexualité, mais une matérialisation, une corruption de tout un côté de la vie intellectuelle, émotive, morale, vie qui devrait se traduire par des actes de croyance, de charité, de raison, et non par des actes sexuels. Chez ces hommes, le système sexuel est mis au service de passions qui ne devraient pas s'en servir, et ces hommes s'asservissent à leur sexualité s'ils ne réagissent pas, et ils s'en dégagent au fur et à mesure qu'ils entrevoient ce qu'est la volonté humaine, le but de la volonté, et les moyens de la volonté.

André Raffalovich.

D' Laupts. — Some medico- légal featui^es of the Schneider case, by Irving C. Rosse a, m. m, d. f, r. g, s, Washington d, c.

Ils*agit d'un homme condamné à mort pour meurtre de sa femme. Responsable ou non? Dément ou sain? That is the question. Les experts médicaux deFinstruction et les juges ont conclu à la responsabilité. M. Rosse, expert de la défense, conclut à la folie. De là une publication dans laquelle adversaires, médecins, juges, sont très \ivement combattus et parfois avec une pointe d'ironie assez heureuse.

Les griefs de M. Rosse sont les suivants :

1 ** L'instruction et le jugement certiGent la simulation alore qu'à aucun moment, il ne fut possible de surprendre Taccusé en flagrant délit ; 2° d'avoir négligé la valeur des antécédents héréditaires (maladies nerveuses fréquentes dans la famille); 3* d'avoir passé sous silence un certain nombre de malformations et de détails anatomiqnes importants tels que : asymétrie /aciale,ptosis de la paupière droite,et(\; 4* de s'être étendu longuement sur des faits sans importance pour le diagnostic, ainsi Fabus du tabac dont on paraît avoir beaucoup troplonguement parlé dans cette affaire et d'avoir échafaudé toute une série de raisonnements concluant à la non-insanité du prévenu, sur le vu d'un tracé sphygmo-graphique; 5* enfin d'avoir écarté ridée de paranoïa sans môme savoir ce que c'est.

Telles sont les plaintes les plus sérieuses de M. Rosse ; il en est encore beaucoup d'autres. Celles-ci sont les principales.

A lire l'observation de M. Rosse il semble bien qu'il se soit agi d'un dégénéré, ou si l'on préfère d'un détraqué, d'un déséquilibré, bien que ni l'examen du prévenu, ni l'examen anatomique idiiipost jnortem, avec un de ses confrères, par M. Rosse, ne donnent de signes de valeur nette. Il s*aglssait d'un jeune homme, en proie à des hallucinations auditives, et victime d'idées de persécution. Il était plongé dans une profonde stupeur, et l'idée de simulation peut d'autant plus être écartée, selon M. Rosse, que jamais le pouls n'indiqua la moindre modification émotive, même à l'annonce du châtiment suprême (I).

(i) Le cas avait fait grande sensation. Le bruit courut que le condamné ^tait devenu fou après la condamnation. Selon M. Rosse, le fait est inexact en ce qui concerne le condamné, mais il rapporte, h. ce propos, l'histoire d'un condamm* graci*' par Washington et ce à la suite de l'examen du pouls, ayant permig d'écarter toute idée de simulation, le pouls par sa régularité contrastait avec celui du camarade condamné pour le même crime et exécuté. Un fait de ce genre se serait passé en France, M. Uosse n'indique ni le lieu, ni l'année.

\t* Anske, N' 69. i(;

A Taulopsie rien de bien net, sinon adhérences de la dure-mère et tubercules au sommet du poumon droit.

Il est assez difficile de se rendre tout à fait compte, à distance, de tous les éléments d'un pareil débat et sur un document qui n'est que la contre-partie d'une série d'autres et une réponse à des argumentations souvent ignorées de nous. Cependant il n'est que juste de dire que M. Rosse entraîne la confiance et la conviction du lecteur, et il signale chez ses adversaires des points vraiment faibles. Il est impossible de ne pas sourire des termes même, impitoyablement cités par lui, du rapport sur Tétat du prévenu, anesthésie par Téther, document qui trahit une dose considérable de naïveté et d'ignorance. A ce propos M. Rosse s'élève avec force contre l'emploi de procédés semblables. « L'expert, dont le bagage scientifique est solide, peut « dédaigner pareils procèdes que toute la science réprouve avec la « même sévérité qu'elle condamnerait un juge désireux de réintro- « duire la torture ou l'oubliette. )» Voilà qui est parfaitement dit. 11 faut croire avec M. Rosse que, dans le procès dont il nous parle, les experts étaient moins bien outillés, car il ne leur épargne ni les critiques, ni les sarcasmes. Et d'ailleurs, ajoute-t-il mélancoliquement, que faire à cela, et « comment remédier à Terreur d'un docte juge, « donnant de son banc, avec leur valeur de documents judiciaires, « des opinions scientifiques tirées de la Bible et des classiques ? »

D' Laupts.

LE LIVRE DE M. RAFFALOYICH SUR l'uRANISMB ET L'uNISEXUALITÊ

Le livre très remarquable qu'a écrit M. André Rafi*alovich (I) est connu des lecteurs des Archives d'anthropologie au moins dans ses lignes dominantes. 11 a été suscité par l'enquête ouverte sur l'inversion sexuelle en janvier 1894 dans les colonnes de ce journal. A mesure que l'ouvrage prenait corps dans son cerveau M. Raffalovich en édifiait quelque façade pour les lecteurs des Archives

(1) Uranisme et l/nisexiutlité . — Étude sur différentes manifestations de l'instinct sexuel par Marc-André Raffalovich. — 1 vol. chez Slorck, Lyon, et Masson, Paris (de la Bibliothèque de Criminologie publiée sous la direction du D^ A. Lacassagne).

(année 1894, pages 216, 737 ; année 1895, pages 99, U\ , 333, 445, 748; année 1896, page 429).

Ce n'est donc pas un exposé des opinions de M. Raffalovich que je désire faire.

Je voudrais me borner d'une part à signaler Tefiort considérable, rérudition extrême qu'a nécessités cet ouvrage, d'autre part à rappeler, parfois pour la discussion, les idées fondamentales qui sont affirmées, plus souvent pour applaudir à leur profonde originalité.

I. — M. Raffalovich n'est pas médecin, condition heureuse pour mener à bien le labeur d'un livre sollicitant une documentation très riche et surtout des emprunts à des sources extrêmement variées. Combien peu de médecins savent ou peuvent ne pas borner leur horizon intellectuel au traité de pathologie et voir des fenêtres de leur cabinet l'homme complet, moral autant que physique.

M. Raffalovich connaît d'une façon étonnamment complète les littératures et les philosophieset d'autre part, comme il le dit, vivant beaucoup dans le inonde, il a observé beaucoup.

C'est pour ces raisons que son livre ne ressemble en rien à ceux qui sur ce sujet le précédèrent.

Il constitue un heureux complément aux études médicales pures faites avec des observations de malades ou des rapports de police.

Comme témoignage de ce que je viens d'énoncer il me suffira de donner un aperçu des sujets abordés dans le livre. Je suivrai chapitre par chapitre l'auteur, ou plutôt Tordre du volume car c'est là un reproche que M. Raffalovich me permettra de lui faire. Je ne trouve pas ces divisions assez logiquement ordonnées et surtout les documents me paraissent un peu placés au hasard. Heureusement que l'ouvrage commence avant toute préface par une classification des sexualités.

Raffalovich divise les uranistes en ultra-virils, virils, efféminés, passifs.

Il distingue :

A. — Inversion sexuelle congénitale ou uranisme incoercible toute la vie, sans rapports hétérosexuels ou malgré ces rapports;

B. — Inversion sexuelle congénitale ou uranisme cédant aux circonstances, au milieu, à la volonté et après la puberté s'alliant à l'hétéro-sexualité acquise ou lui cédant ;

C. — Inversion sexuelle congénitale ou uranisme (partiel) n'excluant pas des instincts hétérosexuels déjà présents avant ou dès la puberté, étouffant ces instincts, s'alliant avec eux ou leur cédant;

A, — Hétérosexualité congénilale, incoercible toule la vie, sans rapports unisexuels ou malgré ces rapports;

B, — Hétérosexualité congénitale, cédant aux circonstances, au milieu, à la volonté, et après la puberté s'alliant à Tunisexualité acquise ou lui cédant;

C, — Hétérosexualité congénitale n'excluant pas des instincts unisexuels ou uranistes déjà présents avant ou dès la puberté, étouffant ces instincts, s'alliant avec eux ou leur cédant.

Puis M. RafiTalovich établit des subdivisions qui ne sont pas en nombre moindre de huit.

Cette classiGcation est certainement ingénieuse, cependant elle me paraît à la fois incomplète et trop subdivisée.

Incomplète, car elle laisse de côté les inversions acquises et morbides (paralysie générale, démence, épilepsie).

Trop subdivisée et un peu floue puisque par exemple A. Inversion congénitale ou uranisme incoercible toute la vie comprend trois subdivisions sur cinq dans lesquelles Turanisle a eu des rapports hétérosexuels et par suite se distingue mal de G inversion congénitale, subdivision 8: Étouffant lesinstincls hétéro-sexuels (a) avant la puberté; (b) à rage de la puberté; (c) après le développement de la vie sexuelle.

Ainsi encore A hétérosexualité congénitale incoercible toute la vie, sans rapports unisexuels, comprend après: 1** ceux qui n'ont jamais eu de relations unisexuelles ou même envisagé la possibilité de désirs unisexuels dans deux divisions (bis) et trois des individus ayant commis des actes unisexuels.

Après quelques considérations générales sur l'uranisme (n* du 15 janvier 1894 des Archives) et sur sa méthode d'étude, M. Raffalovich donne deux chapitres doctrinaux très importants : Points de vue Qilnversion sexuelle sans dégénération ou déséqutlibration,sMr lesquels je reviendrai dans la deuxième partie de cette analyse.

Le chapitre suivant est consacré au Rôle historique de Cinversion. En quelques lignes il est démontré que la sodomie n'était pas le but de Tamour unisexuel chez les Grecs, mais seulement un moyen.

Quelques bonnes pages de ce chapitre sont consacrées au christianisme, accusé au début de son développement de pratiques sodomites, accusation que TÉglise plus tard reporta libéralement sur des sectes dissidentes ou même des individualités. Raffalovich pense que le christianisme a permis longtemps « aux invertis supérieurs de suivre frénétiquement et saintement le principe de Platon ». Le jeune Dieu, nu et sanglant sur sa croix, éveille bien des enthousiasmes amoureux ! Raffalovich incline même à croire que « l'Église catho-

lique a compris que souvent TinversioD éiail moins scandaleuse que la sexualité hétérosexuelle » et que, « dépositaire de bien des recettes « pour réducalion des invertis », elle doit choisir pour prêtres encore aujourd'hui les invertis supérieurs, chastes, dévoués, de préférence ».

Au moyen âge la sodomie était très répandue ; le concile de Londres de 1102 prit en vain des mesures; Jacques de Vitry (mort en 1240) dit que si un homme passait devant une maison de prostitution sans vouloir y entrer, on lui criait : « Sodomiteî » — Faut -il rappeler le procès des Templiers?

Un curieux chapitre d'érudition est consacré à Marie de France et aux femmes dans l'unisexualité masculine.

Marie de France (xii* siècle), parle dans ses lais de Tunisexualité.

A ce propos M. Ratfalovich se demande à quelle époque est née la pudeur littéraire des femmes anglaises. Il pense que ce moment a dû se produire au siècle dernier.

En France, nous savons que ce phénomène s'est manifesté au xvir siècle. Mais jamais la pudeur n'a été outrancière comme en Angleterre et la longue liste de romanciers français modernes ayant abordé ou effleuré l'unisexualité masculine que Raffalovich donne en note prouve qu'il est difficile actuellement à la femme qui lit de ne pas soupçonner le problème.

Arrivant à l'étude méthodique de VUranisme et de ses variétés d'après la classification donnée au début de l'ouvrage, M. Raffalowich étudie les différents types avec une grande sagacité, leurs manières de se comporter, leurs procédés de séduction. En quelques pages sont condensés tellement de traits psychologiques que je renonce à donner une analyse, renvoyant au volume. — Je rappelle quelques notions fondamentales.

L'uraniste est Tindividu mâle, « exclusivement, spontanément j)orté sexuellement, sentimentalement, sensuellement, amoureusement, intellectuellement vers un individu du même sexe ».

Le coït anal (actif ou passif) n'est pas le but de leur sexualité, la satisfaction de leur instinct sexuel : c'en est plutôt une déviation, de même que le coït anal est une déviation pour les hétéro-sexuel.

L'amour pour les impubères est une déviation aussi.

Je tiens à faire des réserves sur l'extension un peu grande à mon avis qui est donnée (pages 49 et suivantes) à la classe des uranistes. !1 est dit à propos de l'hétérosexualité congénitale : » Ainsi les hétérosexuels ont tous plus ou moins penché vers l'unisexualité morale, intellectuelle, sentimentale, physique, métaphysique, instinctive ou réfleclive, ignorée ou consciente. Les uranistes définitifs ont passé par des états analogues. »

Il faudrait de nombreux exemples et précis pour affirmer qu'une sympathie intellectuelle ou morale, ou métaphysique est une manifestation unisexuelle. — A propos du chapitre : Amitié — je rappelerai qu'à mon sens Tamitié réclame ces manifestations diverses.

Je ne suis pas convaincu par ce que cite M. Raffalowich — de Victor Alfieri — que cet écrivain soit un cas d'hétérosexualité étouffant des penchants uranistes avant la puberté — je lis en effet : « Leurs jeunes visages (novices des Carmes, âgés de quatorze à seize ans), peu différents des visages féminins, avaient laissé dans mon cœur tendre et sans expérience cette même impression et ce même désir de les voir que le visage de ma sœur y avait imprimé ». Alfieri avait sept ou huit ans.

Le cas de Baber, roi de Ferghâna, né en 1482, est très probant comme uranisme avec tolérance sexuelle, il est très intéressant mais celui de Jean-Jacques Rousseau et celui de Casanova ne me paraissent apporter aucune lumière, aucune preuve dans la question car l'un et l'autre étaient bien des hétérosexuels.

La cinquième observation est empruntée à Krafft-Ebing.

Le chapitre Recherche de la volupté ^ recherche de V apaisement, recherche de la chasteté, — Redressement psychologique est très remarquable et la classification des sexualités en trois groupes que propose M. Raffalovvrich me paraît très exacte, les uns aimant l'amour, les autres voulant seulement satisfaire un besoin physique, les derniers recherchant — même si la recherche est vaine — la chasteté.

Très remarquable aussi le chapitre : Enfance, éducation, puberté des uranistes virils et ultra-virils, — Je ne crois pas cependant à la fréquence du type d'enfant uraniste qui platonise avec des hommes» rêve d'aventures masculines et frAle des domestiques en livrée pour aboutir, après une cour assidue, à ce que l'homme cède « à l'audace du jeune garçon une après-midi sombre ou un soir sans lumière ».

Le chapitre Éducation morale est trop important pour n'être que signalé; je me réserve d'en parler longuement dans la deuxième partie de cette analyse.

A propos d'autobiographie, je trouve très contestable l'opinion que les invertis ne sont pas plus à plaindre que les hétérosexuels — je ne suis pas du tout d'avis non plus que pour le bonheur il est nécessaire de réunir toutes les conditions énumérées dans cette phrase: « L'individu qui n'est ni chaste, ni sobre, ni vigoureux, ni raisonnable, ni fort courageux, ni fort éclairé, ni fort pieux sera toujours à plaindre, qu'il soit inverti ou hétérosexuel. » Je pense au contraire que pour la majorité des individus la chasteté, la recherche de la

chasteté en vertu d'un principe religieux est la source principale de troubles nerveux, de Tétat d*énervement qui suscite les pleurs et les tristesses — j'ai à l'appui de cette opinion des observations nombreuses et précises que je publierai un jour.

C'est au chapitre Effémination qu'est étudié le type unisexuel qui est le plus fréquemment décrit par les romanciers, les écrivains pseudo-scientifiques.

Je reviendrai sur certaines opinions très perspicaces de séduction d'un hétérosexuel par un unisexuel, séduction d'un hétérosexuel par un hétérosexuel — inversion par orgueil, ennui, idéal. Certains passages sont empruntés aux Archives iséàMciion d'un hétéro-sexuel par un inverti, autobiographie).

Puis viennent des pages empruntées à Birihi de Darien, à A Rehours de Huymans.

Le chapitre Satisfactions unisexuelles est très documenté et énumère une longue liste d'actes sexuels autres que l'acte sodomique.

Il est suivi d'une façon un peu décousue d'une étude des amours platoniques. Très justement sont séparés les sentiments, amitié et amour, mais je crois que l'amour platonique est rendu un peu trop compréhensifparM.Raffalovich, surtout lorsqu'il s'agit de jeunes gens chez lesquels la sexualité n'est pas toujours différenciée mais se différenciera normalement en tous.

Un peu discutable tout au moins est la théorie de la localisation sexuelle et décentralisation sexuelle, la tendresse arrêtant l'élan sexuel, le disséminant dans tous les sens.

Je signale rapidement dansl'ordre du livre les chapitres ilf<wocAwwe ei Sadisme y Sodomie , Coït anal pour signaler: Les Forts et les Forts s'aimant mutuellement; les exemples sont empruntés surtout à Kraffl- Kbing. Une lettre inédite d'un romancier célèbre témoigne que l'unisexualité sévit parmi les forts des halles, les hercules.

Hérédité et Horreur vis-à-vis de la femme renferment des idées qui seront discutées dans la deuxième partie de l'analyse ainsi que certains passages de Amitié.

Ce chapitre Amitié est un peu longuement documenté (Montaigne, Molière, Michelet).

Puis en raison de ce manque de plan que j'ai regretté déjà, viennent successivement une série de documents, très curieux en euxmêmes mais un peu jetés au hasard dans le livre.

Je renonce à énumérer tout le contenu du livre ; je reprendrai la discussion des importants chapitres consacrés à Point de vue de Krafft'Ehing Qi Éducation des uranistes simplement pour terminer celte analyse pas à pas qui deviendrait longue : Diderot et Tunisexua-

332 BIBLIOGRAPRIB

lité.LM moiir de la beauté et la Curiosité obscène dans leurs rapports avec runisexualitè ; Musique et Inversion, Universalité de Vuni- «ea;MaWë,^î//}oert>ie a/i(7/aî«e(LordAadley, Edgar Walpoie,Haniann, Hamilton, Oscar Wilde). Puis d'autres encore sont étudiés eu détail : Monsieur, frère de Louis XIV, Walt Whitman, Thomas Lovell Beddoes, Byron (cas très douteux), Gœlhe et Michel-Auge (bien douteux pour Gœthe);K-P. Moritz (surtout onaniste), Grillparzer.

Le livre se termine par une longue étude sur Platen ou Curaniste supérieur.

G. TOURNIBR.

(A suivre)

ContrVtition à V étude de Vœil et de la vision chez les criminels ^ par le D' Gaudibert, thèse de Montpellier, 1896.

M. le D' Gaudibert a fait sous la direction de M. le D' Truc (de Montpellier) Texamen oculaire des 362 jeunes détenus de la colonie pénitentiaire d'Aniane (Hérault). Agés de dix ii vingt ans, presque tous fils de criminels et de prostituées, récidivistes ultérieurement dans la proportion inouïe de 95 p. 100, ils constituent un groupe très favorable aux études. S'il existe vraiment des stigmates oculaires et visuels de la criminalité, c'est là que Ton doit les rencontrer.

Quels sont donc les caractères de Vœil du criminel f

M. Gaudibert nous montre que chez ces jeunes détenus, il existe une forte proportion d'acuités supérieures. Le daltonisme est relativement rare. Tandis qu'Ottolenghi parvient à découvrir dans le champ visuel des délinquants un rétrécissement assez marqué des diamètres principaux, une hémiopie partielle inférieure, droite ou gauche, Gaudibert ne trouve, chez 92 détenus, aucun amoindrissement, aucune variation dans l'étendue de leur vision périphéri(|iie qui est normale.

La proportion des cas de myopie, d'hypéropie, d'astigmatisme n'est pas plus considérable ici que dans un groupe d'enfants honnêtes. Il y a chez les détenus d'Aniane, à Texamen du fond de Tœil, des irrégularités dans la forme du disque optique, des variétés innombrables do coloration, pigmentation et disposition des vaisseaux centraux, comme il s'en rencontre partout. Les croissants externes ou inférieurs pouvaient paraître constituer par leur fréquence une anomalie congénitale constante chez ces jeunes délinquants, ces anomalies sont fréquentes aussi chez les individus normaux.

Comme lésions externes de l'œil, il n'y a pas d'affections bien carac-

téristiques ni en plus grand nombre que d'ordinaire. On a noté des inflanimations chroniques de la conjonctive, des kératites récentes ou anciennes. Sous la dépendance d*uu lymphatisme manifeste, quelques états lacrymaux d'ordre congénital, < p. ^00 à peine; enfin une variété assez rare de sécheresse de la conjonctive, du xérosis épithélial. La coïncidence de ce xérosis avec un trouble héméralopique est un fait habituel qui n'a rien de spécial au point de vue criminel.

L'auteur de cet intéressant mémoire n'a trouvé aucun cas de strabisme, malgré sa signification et sa fréquence chez les criminels étudiés par Lombroso. Quant aux asymétries crâniennes, il existe une prédominance marquée du côté droit et parfois quelques rapports entre les irrégularités des régions frontales et orbitaires et les anomalies de réfraction, surtout l'astigmatisme.

11 ne semble donc pas que Torgane de la vision des jeunes criminels présente des anomalies, des tares plus considérables ou plus fréquentes que chez les sujets ordinaires et que les troubles observés soient assez caractéristiques pour constituer de nouveaux stigmates de la criminalité.

E. ROLLBT.

De r inversion sexuelle, — Relation de trente-trois nouveaux cas par Havelock Elus, de Londres, vice-président d'honneur du Congrès de médecine légale, membre de la Société de médecine légale. Travail lu devant la Société de médecine légale en décembre 1895.

L'auteur se propose d'étudier les causes de l'inversion sexuelle. Voici le résumé de ce travail :

• Hérédité, — Dans vingt-neuf cas, il a constaté des prédispositions héréditaires: alcoolisme, maladies nerveuses.

Santé générale. — Sur 33 sujets, 23 avaient une excellente santé, chez 8 autres, l'état général est débile, neurasthénie et tendance à la tuberculose. 2 sont des malades. Ce sont toujours des nerveux.

Époque des premières manifestations de Vinversion sexuelle. — Chez trois des individus examinés, l'inversion a apparu à l'âge adulte. C'est une déception féminine qui les a poussés à cet excès.

Vingt-sept autres ont vu leur inversion se manifester dès le plus jeune âge, sans avoir eu préalablement de rapports avec Taulre sexe, dix cas à la puberté, seize autres avant. L'auteur fait remarquer quechez la majorité des individus l'inversion se montre dès l'enfance et chez des sujets d'une remarquable précocité sexuelle.

33 i BIBLIOGRAPHIE

Causes déterminantes, — Dans onze cas Tauleur a des raisons de croire qu'il y avait dans l'entourage des enfants des exemples qui les portaient à l'inversion ;

Dans trois cas, il peut imputer des chagrins d'amour;

Dans quatre cas, la séduction par des vieillards;

Dans quatre autres cas, l'influence de l'école.

L'influence de la suggestion a été montré par Schrenck-Notzing des diflerentes manifestations de Tin version.

L'auteur relève dans 3 cas des relations physiques; dans 7 cas la masturbation; dans 3 cas fellatio; dans 13 cas la pédérastie (active ou passive).

Six sujets étaient des hermaphrodites moraux.

Les organes génitaux sont normaux sauf chez deux individus, où ils étaient petits et non développés.

Aptitudes artistiques, — Chez 22 sujets (66 p. 100) l'auteur relève des aptitudes artistiques. Parmi eux, 1 musicien, 3 dramaturges. 1 mathématicien, 3 physiciens.

Galton trouve en Grande-Bretagne parmi les artistes 33 p. 100 des invertis.

État mental de ces invertis, — Que pensent les invertis en ce qui concerne leur anomalie ?

Chez trois sujets, Fauteur a trouvé un profond dégoût d'eux-mêmes joint à un désir de lutte impossible à réaliser ; six autres sont hésitants, et se considérant comme malade n'ont rien à dire pour se justifier.

La majorité (16 sujets) est très aflîmative: leurétal moral est absolument semblable à celui des hétérosexuels; un ou deux vont plus loin et considèrent leur inversion comme un amour plus noble que l'amour vulgaire. Leur principal regret est d'être obligés de mener une double vie. Etienne Martin.

Médecins; et Empoisonneurs au xvii* siècle, par le D' P. Légué (1)

I/auteur, auquel on doit entre autres études intéressantes un livre sur Urbain Grandicr et les possédées de Ijoudun, s*est proposé dans celui-là de montrer quelques dessous de la science médicale au xvu" siècle et surtout la curieuse imprégnation superstitieuse de la Cour de Louis XIV, s'adonnant aux pratiques de la Messe noire et aussi des empoisonnements.

Je signale comme lecture parallèle à faire celle d'un livre qui vient de paraître : Les Libertins en France au XVII* stéc/e, par F. -T. Perrens.

(I) Paris, Bibliothèque Charpentier, i8g6, I vol. 3fr.5o.

Ce sont ceux-là qui furent traités de Libertins, au sens principal d'incrédules, qui étaient les pondérés et les sages dans ce siècle à belle façade .

Le D' Légué a dans des chapitres successifs étudié : La Médecine au temps de Molière : Les apothicaires ; Médecins et grandes dames ; Les poisons ; La Messe noire ; La Voisin; La mort de Madame; L'autopsie de Madame,

Tous ces chapitres sont d'un grand intérêt et mériteraient d'être analysés en les rapprochant des volumes si curieux que publie M. A. Francklin sous le titre général de : La Vie privée d'autrefois {les Médecins ; les MédicamentSy etc.)

Aujourd'hui je ne signalerai pour les lecteurs des Archives que quelques particularités judiciaires.

La mort de la du Parc est d'un intérêt presque d'actualité. Très belle, ayant repoussé l'hommage de Corneille qui écrivait :

Pènsez-y, belle Marquise, Quoiqu'un grison fasse effroi Il vaut bien qu'on le courtise Quand il est fait comme moi,

ceux aussi de Molière et de La Fontaine, elle distingua Racine « que Louis XIV citait comme un des plus beaux hommes de son temps ».

M"» du Parc, dont la liaison avec Racine était publique, devint enceinte. Sa femme de chambre était une ancienne sage-femme et lui avait été procurée par la Voisin, < son intime amie », dit la femme Routier dans une déposition.

M"e Du Parc mourut des suites d'un avorteraeni, par péritonite suraiguë.

La Voisin pour se disculper accusa Racine d'empoisonnement et à la torture persista dans ses déclarations.

Louvois écri\it à M. de Rezons : « Les ordres du Roy pour l'arrêt du sieur Racine vous seront envoyés aussitôt que vous les demanderez. » Il n*en fut rien fait. J'emprunte ce récit d'un chapitre du livre de M. Légué, ainsi que le suivant.

Chez la Voisin M" de Montespan vint offrir son corps nu comme autel pour la célébration d'une messe noire.

Elle se coucha les jambes pendantes d'un côté et de l'autre, la tête appuyée sur un oreiller — « L'abbé Guibourg plaça la croix sur la poitrine de la marquise, étendit une serviette sur le ventre et y déposa le calice ; après quoi la cérémonie impie commença, Marguerite Voisin remplissant l'office de clerc...

« Quotiescumque altare osctilandum erat Presbytes osculabatur corpus hostiamque consecrabat super pudenda, quibus hostiœ portiunculam inserebat : Missa tandem peracta, Presbytes mulierem inibat et manibus suis in calice mersis pudenda sua et muliebra lavabat. »

La scène se termina par le meurtre d'un enfant et l'officiant lut à haute voix : « Je (ici Guibourg prononça à voix basse les prénoms, noms et qualités de Françoise-Athénaïs de Mortemart, marquise de Montespan demande l'amitié du roi et celle de Monseigneur le dauphin et qu'elle me soit con-

tinuée ; que la reine soit stérile ; que le roy quitte son lit et sa table pour moyet mes parents; que mes serviteurs et domestiques lui soient agréables — chérie et respectée des grands seigneurs, que je puisse être appelée aux conseils du roy et savoir ce qui s'y passe ; et que cette amitié redoublant plus que par le passé, le roy quitte et ne regarde Fontanges ; et que la reine étant répudiée, je puisse épouser le roy. » (Bibliothèque nat. Manusc. Fonds Fr. 7608).

Plus tard la Montespan demande des poisons.

Les chapitres consacrés par M. Légué à la mort de Madame et à son autopsie sont intéressants mais, à mon avis, n'ébranlent pas Topinion de Littré (Madame est-elle morte empoisonnée ?).

Littré a conclu à une mort par perforation d'ulcère — la relation d'autopsie mentionne en effet un ulcère et une péritonite, la cavité péritonéale étant « pleine d'une matière sanieuse, putride, jaunâtre, aqueuse et grasse comme de Thuile ».

M. Légué je crois se trompe en disant qu'on « ne peut pas concevoir un ulcère ayant amené la perforation s'il ne présente préalablement de lésions hypertrophiques de ses bords ».

D'autre part la description clinique des derniers moments me parait bien plus celle d'une péritonite par perforation que d'un empoisonnement par le sublimé.

Ces petites critiques — ainsi que la critique que M. Légué me permettra du style trop déclamatoire de son livre — n'enlèvent rien au grand intérêt qu'il présente et dont je n'ai donné qu'un faible aperçu.

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