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MÉDECINE LÉGALE

l'école de LYON, par le professeur dallemagne

11 semble cependant bien définitivement passé et relégué dans le domaine de la légende, ce temps, ce bon vieux temps ou florissaient les Écoles médicales. Leur nom même a déjà toute la puissance d'une évocation : il nous reporte à ces époques d'une science vague, faite

encore de formules et d'articles de foi, où la personnalité d'un maître groupait dans une sorte de communion marquée d'occultisme et de mystère des disciples respectueux; il nous rappelle ces âges héroïques de ce qu'on pourrait appeler Talchimie médicale, âges définitivement clos et que bientôt notre imagination elle-même ne parviendra plus à faire revivre. Tant vont en s'accentuant les différences, aujourd'hui que rindividualisme triomphe, que les étiquettes collectives n'ont plus rien conservé des traditions anciennes, que TÉcole, quand elle daigne encore s'affirmer, ne reconnaît plus qu'un lien doctrinal, souvent intéressé, s'insurgeant superbement à la moindre allusion à une maîtrise sollicitée, écoutée, respectée, consultée, obéie. C est pour cette raison qu il convient de saluer d'une curieuse sympathie ce qui subsiste encore d'une tradition louable, car avant tout elle procédait de vertus bien contemptées des esprits forts de notre temps : la gratitude et le respect de nos maîtres.

L'École médico-légale de Lyon est donc quasi un anachronisme, et cependant elle présente bien les caractères distinctifs du genre. C'est bien un groupement actif, laborieux, pénétré de confiance et d'ardeur, qu'a su réaliser autour de lui le professeur Lacassagne. 11 y a là, modernisés et mis au point scientifique, tous les éléments caractéristiques de l'École selon la tradition. Matériellement d'abord, l'École de Lyon est installée de manière à réaliser toute l'autonomie désirable : elle a pour elle seule sa salle de cours, ses salles dVpérations, ses laboratoires et surtout d'admirables collections, dues aux recherches patientes et laborieuses du professeur et de ses collaborateurs, continuées avec une application de tous les instants pendant près de vingt années. Elle a son état-major d'élèves se succédant, se renouvelant, mais gardant dans la dispersion, due aux nécessités professionnelles, la tradition commune, tradition renouée et ravivée en intimité chaque fois que les circonstances le permettent. Mais elle a surtout, cette École,la volontéet l'esprit du maître quifontdu professeur Lacassagne une personnalité à la fois d'une très grande sympathie et d'une très grande autorité. Le maître lyonnais est assez connu pour que nous soyons dispensé d'énumérer ses titres. Chacun sait la manière dont il a su relever l'enseignement médico-légal lyonnais ; on connaît ses nombreuses publications personnelles; personne n'ignore les Archivent d* anthropologie criminelle dont il fut le fondateur, dont il reste le directeur toujours sur la brèche ; il a su donner à ce brillant recueil le prestige d'une publication internationale ; il a, grâce à elle,contribuédans une très grande mesure à propager les doctrines de l'anthropologie criminelle ; il a protégé les premiers pas de la science naissante, il l'a défendue aux jours difficiles, et, chose plus efficace

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encore, il Ta protégée contre ses propres exagérations alorâ que, grisée par le succès, elle allait dépasser la mesure et encourir le discrédit, semer la défiance et recueillir la meurtrière indifférence.

Mais à ces mérites si connus et qu'il suffit de rappeler, il faut en ajouter un dernier que seul les spécialistes ont l'occasion d'apprécier: j'entends parler de Téraulation productive que crée autour de lui le maître lyonnais; certes, parmi les travaux des élèves de l'École de Lyon, il en est de très modestes, dus à une plume encore maladroite, à une science encore hésitante, plaquettes de quelques feuilles n'accusant qu'un labeur peu prolongé ; mais il en est aussi — et c'est le plus grand nombre — où déjà se révèlent des qualités qui deviendront brillantes), où s'accusent une pensée et une initiative qu'on pressent désireuses de s'affirmer.

Le nombre de ces travaux, où partout se sent plus ou moins Tinfluence, la main du maître, ferait presque un petit catalogue ; et cet article est provoqué par la survenue d'une demi-douzaine d'entre eux, tout frais éclos, marqués d'un intérêt à la fois général et spécial, et dont nous allons mettre en relief les principaux éléments.

Et d'abord à tout seigneur tout honneur. Dans l'envoi en question, nous trouvons une plaquette du maître, admirable d'à propos, car elle contient une leçon du professeur Laccassagne qui synthétise pour ainsi dire l'esprit de son enseignement. Le hasard ne pouvait mieux faire les choses à Tinstant où nous aimions à affirmer l'unité de pensée et d'action qui caractérise l'enseignement médico-légal de la Faculté de Lyon. Le travail de M. Lacassagne est intitulé : Les Erreurs judiciaires et les Médecins experts. Ow voit, en outre, qu'il ne manque pas d'actualité.

L'auteur constate tout d'abord que les médecins légistes sont depuis quelque temps en assez désagréable posture devant l'opinion publique; des faits retentissants ont démontré, d'une manière irrécusable, l'incompétence ou la légèreté d'un certain nombre d'entre eux ; ces exemples se sont répétés d'une manière inquiétante; l'auteur, qui n'entend nullement en atténuer le caractère ou la signification, les passe en revue avec une grande liberté d'appréciation.

Mais de ces erreurs condamnables, que rien n'excuse, faut-il, dit Lacassagne, conclure à la faillite de la science médico-légale? Ce serait, objecte-t-il, aller bien vite en besogne et oublier — chose importante — que les erreurs des médecins légistes ont été régulièrement découvertes et relevées par d'autres médecins légistes. La faute en revient donc aux individus. C'est l'ignorance des uns, l'irréflexion, le parti pris des autres, l'inexpérience le plus souvent qu'on rencontre à l'origine de la grande majorité des méprises et des erreurs.

Quant auiL remèdes nécessaires en roccurence, ils paraissent à l'auteur devoir consister tout particulièrement en réformes à apporter tant à renseignement de la médecine légale qu'à la procédure pénale elle-même. Le futur médecin légiste n'est pas armé pour ses délicates fonctions, nos programmes ne s'inquiètent pas suffisamment des nécessités d'une pratique la plus complexe et la plus encyclopédique. 11 y a donc d'abord dos lacunes dans la préparation matérielle de Thomme de Kart. Mais il y aurait aussi à faire subir à son cerveau une sorte de discipline psychologique préalable. Les conclusions de l'expert réclament une prudence, une réserve considérables ; elles comportent des règles de logique particulières; il est une série de formules que Texpertne doit jamais perdre de vue; et Tauteur expose, en praticien sagace et avisé, ces aphorismes qui devraient constamment hanter Tespril de Thomme de Tari. Et combien sont justifiés lus préceptes que Lacassagne codifie en une sorte de décalogue à Tusage du médecin légiste I

Quant aux réformes visant le côté social, procédurier delà question, fauteur les résume dans les trois propositions suivantes :

1* Obligation, pour tout médecin pratiquant une autopsie ou rédigeant un rapport sur un cas criminel, de suivre une méthode indiquée par un règlement fixant la teneur des feuilles médico-légales;

2" Institution d'un conseil médical près de chaque cour d'appel, pour recevoir et adopter les conclusions du premier expert;

3* Au moins deux médecins, désignés par le juge d'instruction, ou l'un par Taccusation et Tautre par la défense, sont nécessaires dans les expertises criminelles, mais ne le sont que pour ces sortes d'opérations.

Ces trois propositions sont développées avec une argumentation empruntée principalement au domaine de la pratique. Nous ne pouvons cependant, particulièrement au sujet de la seconde, nous rallier aux vues de Lacassagne. Toutefois, une discussion à ce sujet nous entraînerait trop loin. Ces réformes ne constituent du reste, dans l'esprit de leur auteur, que le complément secondaire des premières. Celles-là, il convient d'y applaudir sans réserve ; et notre adhésion est d'autant plus spontanée qu'une des grosses préoccupations de notre enseignement se trouve également constituée par la mise en relief des qualités d'ordre, de méthode, de prudence, de continuel repliement sur soi-même, indispensables à l'expert ; et nous croyons avoir rempli le meilleur de notre devoir quand nous avons réussi à tirer des données scientifiques, non pas la foi, qui, en ces choses, perd plus souvent qu'elle ne sauve, mais le doute, le doute bienfaisant qui éclaire et protège.

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Mais celte forte discipline, armant la raison, affinant le jugement, n'est qu'un des côtés de l'action magistrale exercée par le maître lyonnais. Il sait faire agir comme il sait faire penser, et la démonstration en est dans les thèses qui, chaque année, marquent son enseignement d'une véritable éclosion de travaux médico-légaux. Le bilan de l'exercice écoulé nous en apporte près d'une demi-douzaine qui, toutes, sont dignes d'intérêt ; on en jugera facilement, pensons-nous, malgré la concision des notices que nous leur consacrons.

Nous signalons d'abord une judicieuse Étude médico-légale de rexamen mental des vieillards, par le D*" Scheffler, médecin stagiaire au Val-de-Grâce . Le travail débute par un travail résumé des altérations organiques qui caractérisent la sénilité. Puis, en des chapitres très clairs et attestant une sérieuse éducation psychologique, l'auteur nous montre ce qu'on pourrait appeler les états d'âme du vieillard ; il nous fait assister à la régression des facultés émotives et psychiques, et termine par un exposé de la démence sénile. Une seconde partie est consacrée à l'analyse de la sénilité précoce, de l'inadaptation qu'elle crée à ceux qui en sont atteints, des relations de cette sénilité précoce avec les maladies infectieuses et les intoxications. La dernière partie traite des psychoses propres aux vieillards.

Quant aux correctifs apportés à la responsabilité des vieillards par les manifestations mêmes de leur sénilité, les grâces d'état si Ton veut, l'auteur s'inspire de sa propre subdivision des états régressifs de la vieillesse. Dans la première des subdivisions, caractérisée exclusivement par une tournure d'esprit particulière et des manifestations instinctives mal réprimées, le vieillard reste maître de ses facultés, demeure à peu près re:$ponsable de l'intégralité de ses actes. Dans la deuxième période, qui peut être considérée comme la préface de la démence, le vieillard perd graduellement ses facultés intellectuelles et affectives ; son état psychique se rapproche de l'instinct ; sa responsabilité devra se limiter dans la mesure même de la régression dont il est frappé. La démence forme la période ultime des étapes de la sénilité ; elle comporte évidemment l'irresponsabilité absolue.

La thèse de M. le D"" Henry Fadeuilhe est intitulée : De lasuffocalion et en particulier de la suffocation dans un espace clos. Elle débute par un exposé historique de la suffocation ainsi que par le détail des différents procédés de suffocation; la partie réellement originale de ce travail consiste dans Tétude du mécanisme de la mort survenant par suffocation dans un espace confiné. Ce point, quoique important, est un des moins explorés, par conséquentdes plus obscurs de la science médico-légale. La grande distinction de la suffocation en espace clos d'avec la suffocation à l'air libre est due à Taccumu-

latîon des déchets organiques, qui, souillant, saturant le milieu, ajoutent leur action délétère aux troubles dus à la suffocation et hâtent la mort au point que celte dernière survient avant même que rindividu ait pu épuiser tout Toxygène qui se trouvait à sa disposition. C'est donc de ces altérations de Tair qu'il faut avant tout tenir compte, et l'auteur en fait une analyse détaillée ; il examine successivement ce qui, dans eel ordre d'idées, revient à l'appareil respiratoire, aux fonctions de la peau, aux gaz du tube digestif, ainsi qu'à divers foyers de fermentations organiques et de putridité.

L'auteur expose ensuite une série d'expériences de suffocation en espace clos et destinées à examiner de près quelques symptômes et particulièrement la vitesse de la suffocation. Il résulte de ces expériences que la suffocation dans un endroit confiné peut être assimilée a une réelle intoxication. La marche de cette intoxication dépend évidemment de facteurs complexes et variables, en tête desquels se place la force de résistance individuelle ; mais le mécanisme n'en est pas moins celui d'un réel empoisonnement

La mort, dans ces circonstances, est marquée d'un certain nombre de particularités. L'agonie s'accompagne d'un dépôt très abondant d'humidité, provenant de la vapeur d'eau contenue dansTair expiré. La température de l'être soumis à la suffocation est notablement abaissée. Cet abaissement est en relation directe avec la prolongation de la vie, la température étant d'autant plus basse que la mort a mis plus de temps à se produire. Après la mort, la chaleur se conserve pondant très longtemps. La température de l'air contenu dans l'espace clos augmente progressivement pendant toute la durée de la vie de Têtre qui y est enfermé ; elle redescend ensuite un moment avant la mort.

L'auteur, après un rapprochement entre les considérations précédentes et la suffocation chez les hystériques et les nouveau-nés, termine son travail par un exposé très intéressant de l'affaire connue sous le nom d affaire de la rueTavernier. Il s'agit de la mort survenue chez un individu enfermé dans une malle par sa maîtresse; l'autopsie et les expériences instituées en vue d'éclaircir ce cas ont permis, comme on sait, d'infirmer les déclarations de l'inculpée et de prouver que la mort était le résultat d'une strangulation par les mains. Tous les détails de cette cause curieuse sont à lire dans l'original, qui constitue un travail très clair, apportant à la solution d'un problème médico-légal encore obscur un appoint considérable et précieux.

Le travail suivant, dû au EK Baron, porte pour titre : Étude psychologique de Panesthéêie par réther, avec quelques considérations médico-légales.

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Après quelques pages très curieuses d'introduction, marquées d'un réel goût littéraire et d'une philosophie qui ne manque pas d'élévation, l'auteur aborde dans ses deux premiers chapitres l'historique de l'anesthésie par l'éfher ainsi que la technique de l'éthérisation. Le troisième chapitre est consacré à Tétude physiologique de l'anesthésie éthérée. Celle-ci comprend trois phases : la phase cérébrale, la phase bulbaire et la phase médullaire. L'action de l'agent va des parties supérieures de Taxe encéphalo-méduUaire vers les parties inférieures ; elle descend donc de l'écorce vers la moelle. Toutefois elle ne frappe pas au même titre tous les éléments d'un des segments de Taxe central : c'est ainsi que dans le bulbe son action se localise aux voies de transmission et respecte les noyaux centraux; ces noyaux centraux ne se prennent que plus tard, alors que l'axe entier est déjà pour ainsi dire imprégné ; ils sont frappés par une sorte d'action rétrocédante de l'anesthésique qui, sous la pression des doses exagérées, revient vers eux après les avoir une première fois épargnés.

Mais cette étude de Taction de réther sur l'ensemble du système nerveux n'est là que pour ser\'ir de prélude, d'introduction à la partie réellement personnelle et originale du travail : les manifestations psychologique de l'éthérisation. L'auteur divise ces manifestations en trois groupes, selon qu'elles intéressent les facultés intellectuelles, la volonté et la sensibilité. Les éléments de cette partie de la thèse de M. Baron sont particulièrement empruntés à des éthérisalions pour expérimentation psychologique, les éthérisations opératoires se prêtant plus difficilement à l'observation.

L'auteur résume dans les termes suivants les conclusions de cette partie :

« L'étape cérébrale est marquée par la dissociation et la disparition progressive de nos facultés intellectuelles, des plus hautes et des plus complexes aux plus instinctives. Ce sont donc les facultés qu'on peut apy)eler coordinatrices (attention, volonté) qui disparaissent les premières, puis c'est le tour des facultés imaginatives (imagination, mémoire, celle-ci persistant la dernière).

« L'éther, en agissant sur la volonté et les mouvements, va du plus complexe et du plus volontaire au simple réflexe.

« Il opère de même d'abord sur la sensibilité, forme supérieure de l'acte sensitif, que l'on pourrait définir réflexe psychique sensilif, la sensation perçue n'étant en définitive que la réaction consciente du cerveau à l'impression reçue; il agit ensuite sur la sensitivilé, réflexe sensitif médullaire] et, partant, involontaire et inconscient. »

L'ouvrage se termine par des considérations médico-légales d'une réelle importance, mettant en parallèle Téthéromanie et les autres manies toxiques; l'irresponsabilité de Téthéromane ne paraît admissible à l'auteur qu'au seul cas où le besoin de Téther se traduit avec les caractères d'impulsivité et d'inconscience propres à la dipsomanie.

De la grossesse double au point de vue médico-légal y par M. le D' Albert Dejouany. C'est une page très intéressante ajoutée au chapitre important de la grossesse en médecine légale ; une page qui manque même aux traités les plus complets; une page dont les éléments épars se trouvaient disséminés un peu partout; l'auteur a su les trouver, les coordonner, en faire une attachante et claire synthèse, et dans cette synthèse, il a non seulement fait œuvre d'érudition, mais il a su affirmer en maint endroit un grand sens critique.

Nous cueillons parmi les conclusions de l'auteur quelques indications particulièrement intéressantes.

Il y a environ en France chaque année 9,644 grossesses doubles pour 985,920 grossesses générales ; donc à peu près 1 %. En ce qui concerne la combinaison des sexes chez les jumeaux, il y a en France 65 Vo de couples unisexués ; les filles sont relativement plus nombreuses dans les grossesses doubles que dans les grossesses simples. La mortalité des jumeaux est toutefois plus cqnsidérable que celle des autres nouveau-nés ; le diagnostic médico-légal de la grossesse double est le diagnostic obstétrical ramené à ses preuves les plus certaines; parmi les conditions du développement des jumeaux analysées par l'auteur, il y a lieu de citer la remarque que les jumeaux contenus dans des œufs séparés ont une vitalité plus grande que ceux qui ont un placenta unique et des membranes communes.

L'auteur fait un examen détaillé de toutes les questions que soulève la priorité de naissimcc : l'inscription sur les actes de l'état civil, les lois militaires, les droits de transmission de titres nobiliaires, de legs, de donations, et enfin traite de la survie.

La thèse se termine par la relation de cinq cas d'infanticides commis sur des jumeaux et des observations relatives à la monstruosité double, cas particulier de la grossesse gémellaire.

De la mort par la foudre^ par le D"" Jean Pélissié. Cette thèse vaut surtout par la mise au point et les importantes considérations médicolégales auxquelles la question a donné lieu.

Nous résumons rapidement les constatations physiologiques. La perte de la vie dans la fulguration résulte certainementd'une excitation des centres nerveux produisant l'arrêt de la respiration et la

syncope. Celte explication est néanmoins insuffisante, dit Tauteur, au même titre que celle qui attribue la mort par la foudre à une commotion, à une sidération du bulbe, à un acte réflexe inhibitoire. fl faut, selon lui, pénétrer plus avant dans les choses et dire : dans la mort par la foudre, c'est la cellule nerveuse qui est atteinte, c'est son état moléculaire qui est bouleversé par l'influence de Télectricité. Selon M. Pélissié, cette altération n'est pas due à une altération du chimisme du corps cellulaire. La mort par la foudre serait le résultat d'une asphyxie intense. Les victimes ont pu être souvent ramenées à la vie quand on les a secourues à temps.

La mort par la foudre laisse très souvent peu de traces directement apparentes; aussi le médecin légiste se trouve-t-il fréquemment en face des difficultés que soulève son diagnostic.

Il doit autant que possible, dans ce diagnostic, se baser sur des considérations anatomiques ; au nombre de ces dernières, l'auteur cite les suivantes :

1<» Coagulabilité du sang régulièrement ralentie ou suspendue, congestion, apoplexie ou œdème du poumon ;

*£• Le plus souvent, déchirures des vaisseaux circonscrites ou étendues sur le passage de la décharge ;

3* Souvent contusion et brisement d'organes isolés particulièrement atteints;

4' Traces de brûlures plus ou moins apparentes, plus ou moins profondes aux places d'entrée et de sortie de la décharge ;

5* La prétendue accélération de la putréfaction dans les cas de mort par la foudre est controuvée.

Les thèses dont nous venons de faire une analyse succincte sont dues à l'inspiration du professeur Lacassagne ; chacun des auteurs le reconnaît dans des dédicaces qui honorent à la fois le maître et les élèves. Et rien n'est plus intéressant que cette communion dans la pensée et l'action qui caractérise TÉcple de Lyon. Par là surtout, elle se rattache, ainsi que nous le disions au début de ces lignes, h nos plus vénérées trîiditions; elle reste, parmi nos coutumes qui s'en vont, une dernière affirmation de Tancien esprit de notre corporation médicale.

Nous ne pouvons clore celte notice sans associer au nom de l'École de Lyon celui de son éditeur, M. Storck, de Lyon. C'est des presses de M. Storck que sont sorties les thèses que nous venons d'analyser ; elles iront rejoindre, dans le catalogue médico-légal et criminologiste de la maison Storck, plus de deux cents travaux qui, depuis une quinzaine d'années, portent dans le monde entier le renom de l'École lyonnaise, associé à celui de son vaillant éditeur.

Revue de ^Université de Bnucelles, — Mensuelle, chez Bruglant-Christophle, éditeurs, 67, rue de la Régence, Bruxelles.

Nous signalons celle excellente revue dont le Comité de rédaction compte des noms bien connus, les D*^' Dallemagne, de Boeck, Jean Demoor, pour ne citer que les médecins.

Le premier numéro, — numéro double — a paru en décembrejanvier i 895-1 896 ;, depuis la publication s'est poursuivie régulièrement.

Je signale dans les dix premiers numéros que je viens de parcourir, parmi un grand nombre d'autres articles excellents :

Les Doctrines nouvelles du droit pénal de R. Prins ; Le Socialisme dans la Grèce antique, ^ar Léon Vanderkindêre; Essais de philosophie botanique, par Léon Arrera; Le Pithecantropus erectus, par E. Houze ; Quelques feuillets de la vie privée des Athéniens, par Léon Vanderkindêre ; Législation du travail : Les règlements d'ateliers, par Louis Wodon .

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