NEUROLOGIE ET PSYCHIATRIE
E. Michel. Apoplexie traumaiique tardive [Wien. klin, \Vochenschr., 27 août 1896, n* 35, p. 789). — L'observation que publie Fauteur se rapporte à un homme de soixante-cinq ans quia reçu sur la tête une barre de fer, tombée d'une certaine hauteur. Il n'y eut pas de perte de connaissance, et le malade put continuer son travail à la fabrique où il était occupé. Les quatre jours suivants, il resta chez lui à cause des maux de télé qui s'étaient déclarés le lendemain de l'accident. Au cinquième jour, il retourna à son travail et le continua encore comme d'habitude pendant les trois jours suivants, lorsqu'il fut brusquement pris, au huitième jour après l'accident, de vomissements, de céphalalgie et de vertiges. Il cessa son travail, rentra à la maison et mourut quatre heures plus tard.
A l'autopsie judiciaire, on trouva quelques ecchymoses sous le cuir chevelu, mais les os du crâne étaient intacts. Entre la dure-mère et la face postérieure des deux hémisphères cérébraux existait une couche mince de sang coagulé. La partie postérieure de l'hémisphère cérébelleux droit était transformée en une sorte de kyste hématique rempli de sang, de caillots et de matière cérébrale ramollie et détruite ; en avant, ce foyer communiquait avec le ventricule latéral ; un foyer analogue, mais de dimensions moindres, existait dans la partie postérieure de l'hémisphère cérébelleux droit. Tous les ventricules étaient remplis de sang, la cloison était déchirée. La substance cérébrale qui limitait les foyers était farcie d'hémorrbagies punctiformes.
Ce qu'il y a donc de remarquable dans ce cas, c'est que le traumatisme, qui avait porté sur la région pariétale droite, ne fut pas suivi immédiatement de commotion cérébrale, bien que Texistence des hémorrhagies punctiformes dans la matière cérébrale qui limitait les gros foyers hémorrhagiques indiquât l'existence d'une contusion cérébrale. D'après l'auteur, les hémorrhagies punctiformes auraient été plus tard le point de départ du ramollissement cérébral et de l'hémorrhagie cérébrale considérable qui a fini par s'ouvrir dans les ventricules latéraux. Quant aux causes de la gravité de cette hémorrhagie secondaire, l'auleur pense qu'on pourrait incriminer l'artério-
sclérose du malade, qui s'expliquait aussi bien par son Age que par ses habitudes d^alcooHsnrie, dont témoignait suffisamment une cirrhose du foie trouvée à l'autopsie.
KowALEWSKT. Psyckoses primaires ; esquisses de psychiatrie médico-légale (BxilL de la Soc. de méd, ment, de Belgique y n*» 79, 80 et 81, 1896). — Dans ce long mémoire, l'auteur étudie les diverses circonstances dans lesquelles se produit le crime chez une catégorie d'aliénés atteints, selon sa classification un peu ancienne (Griesînger), de psychoses primaires, c'est-à-dire de troubles mentaux, ayant pour base essentielle un trouble de Taffectivité sans intervention primitive des processus intellectuels. Il passe en revue successivement les mélancoliques, les maniaques, les fous circulaires et les périodiques.
La mélancolie est cause fréquente de réactions dangereuses pour la société. Dans la forme passive, c'est-à-dire avec dépression, idées de culpabilité, de ruine, de mort et tentatives de suicide, certains malades qui ne réussissent pas à convaincre les gens de leur culpabilité, en viennent à commettre un crime pour se faire donner la mort qu'ils recherchent.
D'autres présentent un phénomène clinique supplémentaire : l'angoisse peut être simple, c'est-à-dire consister en un simple sentiment d'oppression précordiale, ou revêtir la forme d'anxiété complémentaire d'une idée fixe ; le crime revêt alors la forme d'une véritable impulsion irrésistible. On sait que, de nos jours, celte forme n'est plus du tout considérée comme une forme simple; ces impulsions germent, en général, dans un terrain de dégénérescence.
L'auteur en rapproche le mal du pays, forme de mélancolie passive où les malades sont enclins au crime, souvent prémédité, dans le but de rentrer dans IcMirs foyers. Dans d'autres circonstances, les mélancoliques s'accusent d'être les auteurs de crimes retentissants, toujours pour en finir avec la vie. On en voit encore obéir à des hallucinations, à des obsessions et leurs actes révèlent un caractère logique. 11 est visible que nous ne sommes plus ici sur le terrain de la mélancolie vraie, mais sur celui du délire. De tels malades sont des persécutés que l'auteur englobe encore dans la vieille lypémanie d'Esquirol.
Le mécanisme du crime est variable ; tantôt il est la conséquence d'une hyperexcitabilié réflexe, tan tôt il est la conséquence d'une impulsion. Dans le premier cas, l'irritabilité est telle que la cause la plus futile engendre les efTets les plus désastreux ; le crime n'est que la
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transformation motrice d'une sensation exagérée : c'est le crime émotionnel.
Dans le cas d'impulsion, le contrôle de la raison est entier, mais rimpuision triomphe de la volonté.
Dans Vhypochondrie, le crime est rare, mais possible. Ils sont intermédiaires entre le crime réflexe et le crime vulgaire.
Sous le nom de mélancolie active, l'auteur comprend toutes sortes de malades chez lesquels prédominent des troubles de l'humeur, du caractère : ce sont des persécutés, des raisonnants, aussi des mélancoliques anxieux, des malades sujets surtout à de véritables paroxysmes délirants, pendant lesquels ils peuvent se porter à toutes sortes d'extrémités. Voilà pourquoi les crimes qu'ils commettent sont atroces, cruels, irréfléchis, non motivés; non seulement ils tuent, mais défigurent, mutilent leur victime. Souvent, ils perdent le souvenir de leur acte ; nous sommes ici sur le terrain de Tépilepsie.
Dans le crime commis par le maniaque^ on peut h peine distinguer l'impulsion originelle de l'acte par lequel elle s'est traduite. Tout ce que fait le maniaque a le caractère d'un réflexe, et, cependant, les centres intellectuels fonctionnent, mais leur influence est nulle; l'acte est irréfléchi et l'auteur en est irresponsable.
Quant aux périodiques et aux ch^culaires , ils peuvent commettre des crimes dans les phases de lucidité intercalaires ou dans les rémissions, ^fais il est avéré que, malgré la lucidité apparente, ces malades restent en général brutaux, querelleurs, sous le coup, par conséquent, de ces troubles de Tinnervation vaso-motrice dont l'exacerba tion coïncide avec les accès francs de manie ou de mélancolie.
L'auteur estime que les périodiques, même dans leurs phases de lucidité, échappent à toute responsabilité.
(Presse médicale,) Legrain.
M. Raymond. Paralysie arsenicale et troubles sensitivo-moteurs cojisécutifs à r empoisonnement arsenical (Nouvelle Iconographie de la Salpêtrière, novembre et décembre 1896, p. 321). — M. Raymond, à propos de l'observation d'une malade de Gomby, fait une étude approfondie des paralysies arsenicales. Voici d'abord l'observation. Il s'agit d'une fillette âgée de sept ans, qui fut atteinte de chorée, le \*' mars 1896. Neuf jours plus tard, Gomby la trouva en proie à une agitation motrice tellement désordonnée, que la station debout et la marche étaient devenues impossibles. L'enfant fut soumise au traitement arsenical. On lui fit prendre en l'espace de onze jours, 235 milligrammes d'acide arsénieux sous forme de liqueur de
Boudin. En cinq jours la malade était débarrassée de sa chorée, qui ne reparut plus dans la suite. Au dixième jour du traitement, elle présenta tous les symptômes d*un embarras gastrique qui disparut au bout de dix jours. Mais deux mois après le début de la chorée, le 5 mai, la fillette fut frappée d'une paraplégie des membres inférieurs : la marche, la station verticale étaient impossibles, les réflexes rotuliens abolis ainsi que le réflexe plantaire. La sensibilité à la douleur était conservée. L'état général ne laissait rien à désirer. Environ dix jours après, la paralysie gagna les membres supérieurs, puis les sphincters, déterminant ainsi de Tinconlinencc des urines et des matières fécales ; puis elle gagna les muscles du tronc. La malade était alors privée de mouvement, immobilisée dans le décubitus dorsal. Do temps à autre, elle était prise de troubles dé la déglutition, elle avalait de travers. Il n'y avait pas de troubles mentaux. A aucun moment la paralysie ne s'est accompagnée d'une atrophie musculaire appréciable. Peu à peu les troubles moteurs ne sont amendées et, le 30 juin, il ne restait plus que des résidus de la paralysie.
M. Raymond, discutant l'origine myélitiqueou névritiquede l'aflection, se prononce en faveur de la polynévrite. 11 passe ensuite à l'étude des paralysies arsenicales : celles-ci peuvent survenir soit à la suite d'un empoisonnement arsenical aigu (dose unique et forte), soit à la suite d'une intoxication subaigue, comme c'est ici le cas, ou enfin d'une intoxication chronique. Pour M. Raymond, les accidents qu'on réunit sous le nom de paralysie arsenicale sont, le plus souvent, l'expression d'une polynévrite, mais ils peuvent dépendre aussi d'une poliomyélite, ainsi que tend à le prouver une observation d'Erlicki et Kybalkin.
Les paralysies consécutives à un empoisonnement aigu sont précédées de désordres gastro-intestinaux, et elles atteignent leur apogée en l'espace de quatre à cinq semaines. Elles s'accompagnent alors d'une abolition des réflexes tendineux, de signes de réaction, de dégé nérescence et d'une atrophie diff'use progressive, enfin de troubles sensitifsqui ont bien leur importance.
{Presse médicale.) G. Marinesco.
Société de médecine légale
Séance du 12 avril 1897
TENTATIVE d'hOMICIDB VOLONTAIRE PAR UN ALIÉNÉ PERSÉCUTÉ
M. Vallon. Rien que l'homicide soit chose relativement fréquente chez les délirants persécutés, je crois cependant devoir rapporter le fait suivant, qui par certains côtés me paraît digne d^intérèt.
J'ai été commis récemment pour examiner un homme de cinquante ans accusé de tentative d*iiomicide volontaire. Cet homme exerçait la profession de boucher, n'offrait aucune hérédité nerveuse, n'était nullement alcoolique, mais d'un caractère plutôt ombrageux, et vivait en bonne harmonie avec sa femme. Un jour, sans raison appréciable, il devint d'une jalousie extrême, accusa sa femme de le tromper, et depuis cette époque scènes de violences et menaces, tant envers sa femme qu'envers l'individu qu'il accusait d'être son amant, furent pour ainsi dire continuelles.
Ces idées de persécution semblent avoir été entretenues par plusieurs cartomanciennes que cet homme ne cessait de consulter, jusqu'au jour où, mettant ses menaces à exécution, il tira deux coups de revolver sur la personne qu'il soupçonnait d'entretenir des relations avec sa femme ; cette personne ne fut pas blessée.
L'examen que j'ai pu faire m'a permis de conclure qu'il s'agissait d'un aliéné persécuté dont les troubles mentaux étaient la seule raison de la tentative d'homicide, qu'il était par conséquent irresponsable et qu'il y avait lieu de pourvoir à son placement dans un asile»
Je crois devoir signaler à propos de cette observation le rôle joué par les cartomanciennes, qui me paraissent avoir exploité plus que de raison les idées de persécution de cet individu. D'autre part, cet homme avait adressé à plusieurs commissaires de police de nombreuses lettres de menaces à l'égard de celui qu'il considérait comme l'amant de sa femme. A aucun moment on n'a cru devoir se préoccuper de ces lettres. Il est à regretter, à mon avis, que les commissaires de police, terrorisés par la crainte d'être accusés de séquestration arbitraire, ne veuillent prendre de mesures h l'égard des aliénés ou les faire examiner que lorsque ceux-ci ont commis quelque acte délictueux ou seulement dangereux.
M. Ballet. — Je suis de l'avis de M. Vallon et je pense que, lorsque l'aliénation est de notoriété pour ainsi dire publique, en ce sens qu'elle est connue de l'entourage, l'examen médical devrait s'imposer.