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LES INCARCÉRATIONS A SAINT-JOSBPH SOUS LA TERREUR

Quatre ans après la visite des membres du Comité du District, la prison Saint-Joseph recevait les victimes de la tourmente révolutionnaire. Les registres d'écrou de Tépoque sont aux archives de la prison ; cette période agitée s'y trouve marquée par des incarcérations politiques nombreuses.

La ville prise paries armées de la Convention, Théophile Zéis, désigné comme « chef de la rébellion lyonnaise », est incarcéré le 9 octobre 1793. Saint-Joseph reçoit 209 insurgés le 10, 170 le H et 111 le lendemain, soit 490 en trois jours. Quelques entrées de rebelles (44) se remarquent encore jusqu'au 13 novembre; puis survient une période de tranquillité pour ces révoltés jusqu'en floréal an II. En prairial et au cours des trois mois suivants, on compte 46 autres arrestations du fait de rébellion; ce sont les dernières à Saint-Joseph.

Mais l'organisation révolutionnaire de Paris a été importée à Lyon. Les Comités se sont formés, ils reçoivent les dénonciations et vont bientôt remplir les prisons. Leur action se manifeste dès le 12 octobre par Técrou de cinq suspects, de deux hommes et de deux femmes prévenus d'incivisme et de fanatisme. Ce sont les premières victimes de la Terreur.

On ne tarde pas à dater les écrous d'après le calendrier révolutionnaire. Les arrestations se multiplient et le flot des incarcérations comme « suspect », « contre-révolutionnaire », par « mesure de sûreté »ou simplement « jusqu'à nouvel ordre », sans délit indiqué, monte, monte jusqu'en pluviôse an II.

Les mandats d'écrou émanent de l'autorité militaire^ de la commission temporaire, des représentants du peuple, des comités de surveillance, des municipalités et des comités révolutionnaires. Les comités des cantons delà Raison, de TËgalilé, de la

Convention^ des Sans-Culottes, de Challier^ de Lepelletier, etc. , se distinguent par leur activité.

A noter 8 incarcérations de cy-devant nobles et 4 de prêtres réfrac taires.

Les registres n'accusent pas moins de 954 entrées d'hommes et 208 de femmes en moins de cinq mois; 185 ont lieu en pluviôse, et, dans la journée du 28, les portes de la prison se referment sur une fournée de 53 femmes.

De ventôse à floréal inclus, période de calme relatif; on relève 77 actes d'écrou seulement, dont 2 d'émigrés et celui de Viaillier, procureur.

Tous ces prisonniers cependant n'avaient pas été maintenus sous les verrous; Saint-Joseph n'aurait pu les contenir. Dès le 15 octobre 1793, c'est-à-dire quelques jours après l'arrestation, 202 d'entre eux étaient rendus à la liberté, 32 le furent en vendémiaire, 78 en brumaire, 172 de frimaire à floréal an IL

Sur 1,239 individus emprisonnés à Saint-Joseph au 30 floréal, 484 se trouvaient déjà en liberté à cette date et 40 autres furent relaxés plus tard, les derniers en germinal an III. Les 715 détenus non compris parmi ces heureux eurent une destinée que les mentions laconiques des registres d'écrou ne permettent pas de préciser. Le motif de la sortie est ainsi libellé :

Transférés à pour 70

Conduit aux Recluses. ........ — 12

A la maison commune — 73

Traduit devant la Commission révolutionnaire. — 333

Traduit devant le Tribunal de justice populaire. — 98

Traduit devant la Commission temporaire. . . — 36

Traduit devant la Commission militaire ... — 93

En prairial, après Je vote de la loi qui organise la Grande Terreur, il y a recrudescence d'incarcérations, avec llSécrous d'hommes et 19 de femmes; enmessidorll8hommeset31 femmes sont emprisonnés. Thermidor voit la chute de Robespierre et la fin du régime qu'il personnifie devant Thistoire. On relève encore 114 écrous pendant ce mois, dont 40 de femmes ; puis le chiffre des incarcérations tombe subitement.

Disons ici qu'en dehors de la population locale, la prison Saint-Joseph recevait temporairement des individus venus des

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déparlements voisins et dirigés sur différents points du terriloire, Paris, l'île de Ré,Lorienl, etc.

Pendant la 3® décade de ventôse, on compte parmi ces hôtes de passage plus de 20 prêtres insermentés dirigés de Grenoble sur Lorient comme déportés.

Les motifs de l'arrestation au cours de cette phase aiguë ne diffèrent pas de ceux de la période antérieure.

C'est :

Rébellion pour 42 prisonniers

Suspect — 84 —

Mesure de sûreté — 115 —

Jusqu'à nouvel ordre — 31 —

Incivisme et fanatisme — 20 —

Contre-révolution — 28 —

Émigration —13 —

Cy-devant noble — 5 —

Divers motifs — 18 —

Le fait délictueux n'est pas indiqué pour 44 prisonniers.

Sur 400 personnes emprisonnées à Saint-Joseph de prairial à thermidor, i 08 avaient bénéficié d'un ordre d'élargissement avant la fin de cette période; i28 furent libérées plus tard, i08passèrentauxRecluses(aujourd'huimaison d'arrêt militaire, à cette époque prison civile) ; 56 furent conduites en d'autres villes ou d'autres établissements. La sortie d'aucun de ces prisonniers n'est motivée, comme précédemment, par la comparution devant les tribunaux et commissions militaires ou révolutionnaires.

Les ordres d'arrestation émanent cependant toujours des comités révolutionnaires et de la commission temporaire pour 238 cas, des agents nationaux pour 108.* La municipalité, la gendarmerie, voire même les juges de paix, ordonnent aussi des incarcérations. Il y a peu de mandats de l'autorité militaire et plus aucun des comités de surveillance.

Après la Terreur on ne remarque plus d'incarcérations d'émigrés, de nobles, ni de prêtres réfractaires, mais on emprisonne encore pour suspicion, jusqu'à nouvel ordre, par « mesures de sûreté », comme « contre-révolutionnaire » et pour « incivisme et fanatisme »• Du 1®' fructidor an II au 30 floréal

an III, point où nous avons arrêté nos recherches statistiques^ on compte encore aux registres d*écrou 162 entrées pour ces diverses causes, y compris Tentrée de 18 femmes.

Les commissions révolutionnaires et temporaires fonctionnent toujours et sont encore, avec les représentants, les agents nationaux et les municipalités pourvoyeuses de la prison Saint-Joseph.

Le mot « Liberté » est inscrit en regard de 1 13 actes d'écrou et la mention « transféré à » figure 49 fois. Les ordres d'élargissement sont signés des représentants.

En résumé, du 18 vendémiaire an II au 30 floréal an III, c'est-à-dire en moins de dix mois.l, 801 personnes, 1,470 hommes et 331 femmes, furent internées à Saint-Joseph, plus de 600 comme rebelles et les autres pour des causes politiques diverses.

Près de la moitié, soit exactement 873, sortirent libres de la prison après une captivité qui varie de quelques jours à dix-huit mois et dont la durée moyenne fut de quarante-cinq jours environ. Les portes de rétablissement s'ouvrirent en outre à 87 détenus venus des Recluses etque]nous avons exclus de notre statistique.

Le tableau ci-après présente les résultats de nos recherches.

Parcourons de nouveau les sinistres registres et notons au passage les prisonniers de marque et les faits intéressants.

Les 15, 18 octobre et 2 novembre 1793, trois nobles sont écroués comme « gardes du corps du tyran Capet » et Tun en outre comme « assassin de Saute-mouche ».

Le 18 novembre un sieur Lempereur est emprisonné « pour avoir fait une dénonciation contre Tex-ministre Servant» et le 26 brumaire an II, c'est-à-dire sixjours après. Servant lui-m^me, ex-ministre, ex-général, rejoint son dénonciateur à la prison sous prévention de « fédéralisme avec les rebelles lyonnais », en vertu d'un ordre de la commission temporaire. Il est conduit à Paris le 3 frimaire suivant.

Le même jour, Soligny, directeur des douanes, est incarcéré et traduit le 11 nivôse devant la commission révolutionnaire.

Nicolas Jussieu, écroué le 2 ventôse, est condamné à rester détenu jusqu'après la guerre puis transféré aux Recluses le 29 prairial suivant.

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