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Le 2 pluviôse est marqué par une fournée de 81 prisonniers qui comprend 64 femmes.
La plupart étaient conduites peu après, en colonne escortée par les dragons, devant la commission révolutionnaire.
Notons ici^ bien que les détenus de droit commun soient étrangers à nos recherches, que sur 103 condamnés aux fers, amenés de différents points de la région à Saint-Joseph, pour y attendre le passage de la chaîne, 22 succombent en messidor et thermidor. Cette effrayante mortalité ne se remarque pas ailleurs et ne s'explique guère par une épidémie, attendu que le registre ne signale pas de décès à cette époque parmi les autres catégories.
Sont écroués successivement :
Le 1" floréal, Chevalier-Seynot, commissaire des guerres, relaxé le 9 messidor;
Le 16 floréal, Santerre, général de brigade, sans doute celui qui commandait la garde parisienne et escorta Louis XVI à Téchafaud, et Savin, « cy-devant évéque », transféré, ainsi que Santerre, à Paris;
Le 21 floréal, Jean-Louis-Denis Perrier, conseiller au parlement d'Aix, transféré aux Recluses le 3 thermidor ;
Le 8 prairial, le curé d'Ainay, « suspect » ;
Le 17, Boisset, « ex-noble », secrétaire au parlement d'Aix; et Bruys, inspecteur des rôles et patentes, passés l'un et Tautre aux Recluses ;
Le 18, le baron de Saint- Just ;
Le 22, Vidalin, « prévenu d'avoir été secrétaire général de section pendant la rébellion lyonnaise » ;
Le 2 messidor, Magninicu, « cy-devant homme de loi et secrétaire du Roy », suspect ;
Le 11, Salomon, maire de Montélimar, dirigé sur Paris ;
Le 14, Sully, « cy-devant noble », par mesure de sûreté ;
Le 22, Claude Noël, capitaine de Tarmée révolutionnaire et Jeanne Mallet-Marquis, veuve Colliat, a femme peintre », relaxée;
Le 26, Dutreuil de Reims, dit Curmieux, extracteur de mines de charbons de terre, « prévenu d'avoir été membre du Congrès départemental pendant la rébellion lyonnaise », transféré aux Recluses;
Le 27, cinq « religieuses insermentées » ;
Le 28, Pignatel, administrateur des hospices ;
Le 2 thermidor, le maire et un membre du comité de surveillance d'Heyrieux avec o autres personnages, « comme complices du traître Saillant », dirigés sur Paris par ordre du comité révolutionnaire ;
Le 8, Pierrefeu « Chevalier de Saint-Louis » ;
Le 9, Querenet, dit Robert, avocat au parlement d'Aix ;
Le 12, un ex-prôtre, « prévenu d'avoir été commissaire dans les prisons pendant la rébellion ».
La chute de Robespierre a sa répercussion dans les prisons lyonnaises où les magistrats viennent remplacer les prévenus. On incarcère le 16 thermidor : • Fontenelle, agent national du district; JuUien Michel, municipal ;
Gilbert Grimardias, administrateur du district de Commune- Affranchie (Lyon); Revol fils, accusateur public ; Jean Rulot, juge au tribunal civil de la ville ;
Les dames :
Mercier, femme du lieutenant de gendarmerie ; Achard, femme du receveur du district ; Emery et Fillon, Tune et l'autre femmes de jurés au tribunal
révolutionnaire de Paris.
Les 4 femmes furent relaxées le 18 brumaire an III et les hommes dirigés sur Paris.
Un sieur Maupetit, arrêté le 7 thermidor, est remis le 27 à un citoyen « chargé de le garder à vue dans son domicile ».
Les journées des 9, 15 et 16 fructidor sont marquées par plus de 100 mises en liberté ordonnées par le citoyen Perret, agent national.
Le 20 fructidor, Nicolas Jussieu est réincarcéré comme suspect et remis en liberté le 19 frimaire an III; un capitaine de vaisseau, Ferrary, est également écroué et mis en liberté le 24 vendémiaire.
A noter encore les actes d'écrou de Jean-René-Alexandre Gerson et de Christophe-Aimé Jussieu, dit Jullien.
Puis, le 3 frimaire an III, celui de Noël, ex-président du tribunal du district de la ville et ex-officier municipal ;
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Le 14 pluviôse, celui de Grandmaison, commandant de gendarmerie, signataire d'un grand nombre d'ordres d'écrou sous la Terreur ;
Le id floréal, celui de Tarpin, agent national, procureur syndic.
Tarpin et Grandmaison furent massacrés^ avec 11 autres prisonniers, dans les journées des 15, 16 et 17 floréal. En regard de 13 noms, le registre d'écrou porte la mention : « Tué dans la
prison le ». Les prisons de Lyon eurent donc, après celles
de Paris, leurs septembriseurs. Une femme Roulot, marchande brodeuse, emprisonnée depuis le 23 brumaire, sur Tordre du comité révolutionnaire, comme la plupart des victimes^ ne trouva pas grâce devant les meurtriers.
A la faveur de ces troubles, 18 prisonniers s'évadèrent et 27 furent « mis en liberté par le peuple ». Parmi les évadés, nous citerons un sieur Nerly, « cy-devant commissaire des séquestres et membre du district de Lyon ». La foule ne se montra pas trop difficile dans le choix des prisonniers qu'elle rendit à la liberté. A côté de condamnés à la détention, pour faits politiques^ comme Dona Libraty et Elias Leswis, on trouve un évadé de galères, un homme et une femme frappés d*une peine de seize années de fer pour vol. Si les portes de la prison ne s'ouvrirent pas exclusivement aux détenus politiques, le sang des révolutionnaires ne coula pas seul, car on compte au nombre des victimes de l'émeute un condamné aux fers, pour vol, un lyonnais.
Comme épilogue de ce drame, le registre porte, à la date du 27 messidor suivant, Técrou d'un sieur Gabriel Germain a auteur des massacres de Lyon — arrêté à Nismes » et un peu plus tard celui de 4 jésuites accusés de participation aux massacres.
En 1793, la population de Saint-Joseph se composait de gens de tout âge et de toute condition. Le septuagénaire y coudoyait l'adolescent, les condamnés aux fers et tous les criminels vulgaires avaient pour compagnons de captivité des prêtres, des religieux, des cy-devant nobles, des officiers, des magistrats, épaves de Tordre social qui a sombré^ des artistes, des savants, des bourgeois, des négociants ; de simples ouvriers^ ouvriers en
tJNB PRISON LYONNAISE SOUS LA RÉVOLUTION 427
soie la plupart, et jusqu'à des « filles hutiles » (aujourd'hui filles soumises), suspectées d'incivisme ayant refusé de porter la cocarde.
Les causes de l'incarcération varient à Tinfini dans leur expression. Il n'y a pas de termes fixes pour les définir. On peut cependant ramener^ par assimilation^ les situations ou les faits délictueux aux trois catégories suivantes : rébellion, suspicion, émigration.
On s'explique, dans le premier ordre de faits, Tarrestation d'un secrétaire général de section, d'un officier, d'un « chirurgien major du bataillon des Brutus », de soldats ayant servi dans Tarmée insurgée, on comprend moins celle d'un cabaretier (i coupable d'avoir été aubergiste des rebelles », et moins encore celle d'un pauvre diable prévenu, lui, d'avoir été a domestique pendant le siège ».
Les délits de contre-révolution et d'incivisme se rapprochent de celui de suspicion avec lequel on peut les confondre. Des propos contre-révolutionnaires, quelquefois contre-révolutionnaires et alarmants, des propos inciviques, fanatiques, séditieux ou aristocratiques les constituent ordinairement. C'est le délit de parole. Voici le délit d'opinion : « avoir une opinion contraire à la révolution ». Le délit constitué par des actes est traduit par : conduite incivique, refus de porter la cocarde, espionnage au profit des contre-révolutionnaires. Se trouve dans ce dernier cas, une dame Michon a soupçonnée d'avoir retiré un nommé Bellefin^ chasseur de Duprecis ». Deux femmes, Danton et Dumont, sont prévenues, le 23 pluviôse an II, « d'être chez elles le refuge des brigands ».
La qualité de prêtre insermenté, de « cy-devant noble », de « garde du corps du tyran Capet », etc. , motive seule l'écrou en nombre de cas. Lorsque cette qualité fait défaut on la remplace par cette mention beaucoup plus large et assez vague pour n'admettre aucune contestation : « appartient à la classe des gens suspects u, — Souvent l'arrestation a lieu « par mesure de sûreté » et semble s'imposer comme une nécessité sociale.
Le fait incriminé est énoncé parfois avec précision. Voici quelques cas. Un homme est amené à Saint-Joseph parce qu'il a a été déclarer au comité que ceux qui prenaient les armes
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étaient des lâches » ; une femme est emprisonnée comme « persécutrice des honnêtes gens, et même des clubistes ». Ce « et même des clubistes » est délicieux.
Les clubistes n'avaient pas, on le voit, une médiocre idée d'eux-mêmes. Pour le comité qui libella l'ordre d'écrou un clubiste était quelque chose de mieux sans doute qu'un honnête homme. Une dame et sa fille sont incarcérées « comme persécutrices des patriotes et pour avoir demandé la tête de Challier ». (îette audace leur coûta cher. Une femme encore subit un emprisonnement « pour avoir trompé la bonne foi des représentants du peuple », une autre est « prévenue d'espièglerie ». Nous regrettons le laconisme de Técrou sur cette dernière, car la faute est jolie.
Voici des crimes d'une autre gravité. Vers la fin de la Terreur on enferme à Saint-Joseph une prophétesse méconnue « coupa, ble d'avoir annoncé le retour d'un roi par de prétendus moyens de sortilèges ». Tout comme Galilée cependant elle ne se trompait pas. Beaucoup plus tard un homme et une femme auront à subir la prison étant w prévenus d'avoir voulu fanatiser le peuple en vendant un almanach de l'ère ancienne, dit almanach fanatique ».
Le délit d'émigration ne présente pas la môme variété que les cas de suspicion : on est prévenu d'être fils, frère ou parent d'émigré, on est coupable de correspondance avec un émigré ou avec des ennemis de la République. Une personne est accusée de correspondre avec un cy-devant noble de Tarascon et incarcérée pour ce fait.
A dater de prairial an III la compulsion des registres d'écrou n'olTre plus le môme intérêt. Les passions politiques, sans être calmées tout à fait, se sont apaisées. Les incarcérations deviennent rares et Saint- Joseph reprend son aspect accoutumé, avec sa population de criminels attendant le passage de la chaîne et de civils détenus à la requête de leurs créanciers. Un régime militaire sévère a ramené peu à peu l'ordre dans la cité si profondément troublée, par le siège d'abord, par la Terreur ensuite.
On relève encore à la fin de l'an III l'écrou de deux prêtres qui « n'ont pas fait leur soumission et ont été pris exerçant le culte », celui de trois femmes prévenues d'émigration ou d' « in-
teltigence avec les émigrés » et quelques incarcérations de « conspirateurs contre la sûreté de TEtat ».
Certaines condamnations politiques à la détention présentent cette particularité que le condamné pourra être mis en liberté immédiatement ou à une époque fixée par le jugement, « à la condition que deux personnes se porteront caution et répondront de sa conduite ».
Ces sentences, avec possibilité d'une mise en liberté sous garanties, prévoient par anticipation la libération conditionnelle, que la loi n'a introduite dans notre système pénal qu'un siècle plus tard.
On peut assimiler aux conspirateurs contre la sûreté de TËtat quelques militaires punis sévèrement pour actes séditieux. Un soldat est écroué le 13 pluviôse an IV et condamné à quatre ans de fers k pour propos contre la République ». A quelques mois de là un caporal encourt la même peine « pour propos tendant au rétablissement de la royauté ». Deux ans plus tard un fusilier de la 105* demi-brigade est frappé de la déportation par le Conseil de guerre <x pour avoir provoqué la nation française « en criant et écrivant sur les murs de la maison d'arrêt des « Recluses^ en quatre endroits différents, les mots : Vive le roy, « m. • .. pour la République, m.. . . pour les citoyens. »
Que de déportés feraient aujourd'hui ces juges sévères sHls visitaient nos prisons aux murs couverts d'inscriptions politiques, ordurières ou obscènes !
L'autorité militaire n'est pas tendre non plus pour les civils. Un musicien des Célestins est conduit à Saint-Joseph, sur Tordre du général Carteaux, le 7 ventôse an IV, « pour avoir entonné involontairement Tair homicide du Réveil du peuple ». Un jeune homme est emprisonné et mis au cachot jusqu'à nouvel ordre « pour avoir chanté le Réveil du peuple ». Un troisième qui « a chanté en pleine rue le Réveil du peuple à 7 heures 1/2 du soir » voit calmer ses élans lyriques par le même procédé.
On réprime sans pitié toute manifestation, vocale ou instrumentale, sur l'air populaire jugé séditieux. Aucune ne trouve grâce devant l'autorité : un jeune homme est conduit à Saint- Joseph « pour avoir sifflé » l'air proscrit.
Hâtons-nous d'ajouter, pour calmer toute inquiétude sur leur
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sort, que nos virtuoses furent relâchés après une captivité béni* gne de deux ou trois jours, à l'exception de Tun d*eux toutefois qui, ayant agrémenté son chant de propos incendiaires, fut traduit devant le Conseil de guerre à Grenoble.
Les délits de droit commun étaient bien plus sévèrement punis que de nos jours. Que penser, par exemple, de cette condamnation d'un individu frappé par un Tribunal correctionnel du Puy-de-Dôme d'une peine de douze années de fers, « pour avoir volé des noix sur un noyer » ? Il attend à Saint-Joseph le passage de la chaîne.
En pluviôse an IV, notons Tarrestation de quatre hommes « prévenus d'être de la compagnie de Jésus et d'avoir participé aux assassinats et massacres commis à Lyon » et, à la date du 28 messidor an Y, le séjour à Saint-Joseph des émigrés Louis- Philippe de Retz, trente ans, chevalier de Malte, et Charles de Uetz, trente-deux ans, officier au Bourbon-infanterie.
L'année suivante, en pluviôse, des condamnés aux fers sont mis en liberté sur Tordre du citoyen Paul Cuire.
De prairial an YI jusqu'à la fin de Tannée suivante plus de cent prêtres condamnés à la déportation et quelques émigrés viennent successivement des départements du sud-est^ sous escorte de la gendarmerie, attendre à Lyon le passage des convois pour Lorient et Tîle de Ré.
La prison Saint-Joseph n*a plus Tanimation des grandes journées de la Terreur, mais elle reflète encore, par ses fluctuations et par la nature de sa population de passage, les événements politiques ; ce défilé de prêtres déportés donne Timpression d'une liquidation.
Grosmolaro.
Lyon, le 25 octobre 1896.