MATHAREL A COLBERT
Tonlon, 16 décemb. 1670.
Le sieur Puget travaille sur vos mémoires au dessein d'un arsenal et nous concertons ensemble les
diverses pensées qui peuvent y entrer cîOiDOie j'ai iaiot d-devant avec le
MATUÀR£L À COLB£RT.
tadécMiibre 1070.
Le sieur Puget a apprit a?ec joie la permission que
vous lui donnez d'employer à quelque bel ouvrage de sculpture quelqu'un des blocs de marbre que le Roy a icy et il en vt faire le dessein pour tous Tenvoyer. Il travaille aussy à quelques plans d'un arsenalt sur ndée de vos mémoires, que vous auriez desjà sans lattente où il est de monseigneur le marquis de Sei~ gnelay auquel il sera bien aise de le monstrer. Cependant, Monseigneur, il m'a mis en main le congé ci joint qu'il eust de M. d'Infreville lorsqu'il fist le dernier voyage de Gennes; sur quoy il espère que vous trouverez bon qu'il touche le premier quartier de ses appointemens de l'année courante, qu'on n'a pas cru devoir foire payer sans vostre ordre.
MÀTHAREL A GOLBERT.
Toulon, 16 janvier 1671.
Vous recevrez aussy par ce courrier une boiste de
fer blanc dans laquelle sont quelques plans que le sieur Puget a fait pour Tarsenal. Je crois. Monseigneur, qu'il s'en peut tirer quelque chose de bon ; mais en général ils m'mi paru d'une trop grande despense.
JUATHAREL A GOLBBRT, Toulon, 3 mare f 471.
Comme j'ay veu que MM. les capitaines se plaignent que les fanaux qu'on met sur les navires ne rendent pas assez de lumière» je me suis avisé d'une invention sur laquelle le sieur Puget a fait les des-»
seins et escrit que vous trouverez dans la mesme boête où sont ceux qu'il vous envoyé pour les poupes des vaisseaux le Rubis et leJoUy...
Cette pensée des fanaux a paru iey à tous nos M**, tout a fait commode et j y trouve cet avantage que les vaisseaux de France se pourront faire remarquer encore par cette diflerance de fanaux qui leur sera particulière. Il vous plaira. Monseigneur, en cas que vous l'approuviez, nous envoyer icy des glaces de la fabrique nouvelle suivant les grandeurs marquées dans la grande feuille de papier qui est jointe à ces desseins du S' Puget et il suffit de ne nous en envoyer de chaque sorte à Tabord qu'autant qu'il est nécessaire pour un vaisseau de chaque classe aifin d'en essayer seulement et veoyr sy cette pensée pourra réussir. Tous nos M*^ en ont bonne opinion, et j'ay cru, Monseigneur, que vous seriez bien aise que j'eusse trouvé cet expédient de metUre les glaces de la nouvelle fabrique en usage.
Les poupes des vaisseaux neufs, dont le sieur Pu^^^ vous a cy-devant envoyé les desseins, commencent à s'avancer» et en vérité. Monseigneur, avec la petite
ISS
réfonne qu'on y s faite suivant ?oi ordres, elles iront bien très-asseurément, et, lorsque vous viendrez ici, vous aurez la satisfaction de voir qu'il n y a point dans rEorope de vaisseaux qui aient la grftee et la beaaté de ceux de France. Je m y estudie le plus que Je puis et je commence à rendre là-dessus Tesprit du sieur Puget aussi docilie et commode qu'on le peut sou* baitter.
MATHAEEL ▲ GOLfifiRT.
Toulon, 14 avril 1671.
Ce courrier vous porte une boiste dans laqueUe
soDt les desseins de sculpture que le sieur Puget a dessein de travailler en marbre suivant la permission
que vous luy eu ave;^ donnée.
Mmaire.du Boy êervami de repùme à eeluy du S'Matharel du 26 may 1671.
Touroay, 11 jain ISTI.
£ile (S. M.)â'estonne qu il se plaigne que les capitaines changent dans leurs vaisseaux ce que bon leur semble et que cela retarde les arinemens, veu que par son instruction et par le règlement du conseil de construction, qui luy a esté envoyé dès le 5 juillet 1670, cela est absolument défendu» et si quelqu'un des capitaines a voulu faire des chaDgemens au préjudice de ces defienses» il devoit ne point le souffrir, luy déclarer la volonté de Sa Majesté^ et, s'il eust persisté à
le vouloir faire , Sadite Majesté Tauroit ou cassé ou interdit.
Pour remédier à ce désordre à l'advenir, Sa Majesté veut que dans le premier conseil de construction il fasse, avec les officiers de port et les plus habiles ca« pitaines de navire qui seront à Toulon» un règlement contenant la forme que (^t^;) le dedans des vaisseaux sera construit» dont il sera fait des plans differens» lesquelz seront envoyés à Sa Majesté qui les confirmera et fera les deiTenses dy rien changer, et, si aucun capitaine à l'advenir y contrevient, Sa Majesté le punira de telle sorte qu'aucun autre n y retournera sauf en cas qu'il se trouve quelque incommodité essentielle dans la navigation, à y apporter les changemens nécessaires par un autre résultat dud. conseil de constructions, lequel sera envoyé à Sa Majesté pour le confirmer et en ordonner Texecution en cas qu elle Testime nécessaire.
Le S*^ d'Alméras se plaint fort des ornemens massifs et de relief et des galleries que Puget fait faire aux vaisseaux du Roy sur ses desseins, et dit qu'il vaudroit mieux que le Roy ïuy donnast dix mil eseus Unu les ans pour ne mettre jamais le pied dans ï arsenal. S. Majesté s'estonne que, depuis qu'elle a envoyé le règlement du conseil des constructions, toutes ces matières n'y ayent pas été examinées pour y prendre les résolutions conformes au bien de son service, et elle ne veut point qu'aucun ornement du dessein du
4ii Pogrt Mil eiécoté qu*aprèf aroir esté exmmé 6t
résolu dans ledit conseil, et cependant, comme elle appreod que les galieriesoDl eslé entièreoieDl eoppriroées en Angleterre et que Ton > observe à présent d*oster tous les orneroeDs de relief. Sa Majesté veut que cela soit examiné audit conseil et que Tadvis qui j sera pris lui so soi! eoToyé avec les raisons de part et d*autre pour donner ses ordres sur ce qui sera ob« serve à ladvepir à cet esgard. —Ordres du Roy. Ma-
MATHAKEL ▲ COLBfiET.
Toolon» as avril iS7l*
Nous avons commencé d'essayer de cette nouvelle forme de fanaux, dont je tous ay cy devant envoyé le dessein fait par le Puget. Et nous nous en servirons cette fois cy pour le Monarque avec espérance de succez, estant certain quils rendront beaucoup plus de lumière et seront encore moins cassans de cette sorte.
MATflAlIEL ▲ GOLBEET.
le Jnia IS7i.
Comme je médite souvent sur Farsenal que vous ayez résolu de (aire bastir en ce lieu et que je m'en entretiens aussy souvent avec les plus habilles officiers que nous avons icy, il nous vient là dessus diverses pensées^ siir lesquelie^^ je Im aussy tost travailler le
sieur Gombert pour vçoif en un pla» comme dl^s pourroicot réussir.
Sy le 5' Pesgoris a le congé qu il attend (Je vous, Hon^eigoeur» il pourra bien vous en porter encore un autre quasy semblable à celluj que je vous ^y cy devant addressé hors quelque peu de chose qui ne vous desplaira pas en ce qu elle conscrne lebystimept du S' Puget^ qui sert présentement d estuve, Je fesant entrer dans la composition d'un bastiment ou avant-^r;$enal qui pourra servir de logement aux of- Bciers sans rien oster pour cella de la cimetrie et reguUarité 4u grapd ouvrage»
IfATHAREL A GOLBERT.
âôjuiu 1671.
lies plaintes que le M. O'iVlaieras vous a (ait contre le sieur Puget viennent en partie de quelque cb^griq qu'il a contre luy et sont aussy fondées en raison sur quelques Article^, estant vray que les ornements qu*!! veut donner aux poupes des vaisseaux sont quelquefois m peu trop pesaQs et trop chargez de hois ; il est véritable aussy qu'il s'est fort corrigé de ce deffaut et que depuis^ ny mesme longtemps auparavant que vous m*ayez adressé le projet du conseil de construction» il n'est fiorty aucun dessein de sa main qui ait peu mériter aucune censure ; ceux mesmes qu'il vous avoit cy-devant envoyé et ausquelz vous ave:( donné Tostre aprobation ont été réformez et soulagez
de bois et de figures, et, sy M.D*ÂlmerasIes a trouvés deffedueux en quelque chose» la pluspart des autres capitaines n'ont pas esté de ce niesiiie sentiment, et il est certaio que ledit sieur Puget donne un tour à ses desseins qu*on ne voit point chez les autres nations. Il n'y a qu'à le retenir un peu dans le trop de saillie ou de relief qu'il donnoit cy devant à ses figures et à ses galleries» et il me semble l'avoir réduit là dessus au point qu'on le peut désirer.
Les hommes de sou talent ont ordinairement queU que chose de particulier et ne gardent pas toujours eu leurs manières Je parler et de faire toutes les mesures qu'ils doivent et à eux-mêmes et aux autres ; surtout ilz ont accoustumé de pescher du costé de i'indocilitét et c'est le deffault le plus grand qu'ait le sieur Puget et qui l'a mis mal avec ledit sieur D' Aimeras. Pour moy je m'en accommode un peu mieux» essayant de prendredeces sortes d*espritz tout ce qu'ils ont de meilleur sans regarder à leur façon de laire> et jes cay, Monseigneur, que c'est de cette sorte que vous en usez vous mesmes à i'esgai d des personnes qui excellent en quelque chose (1). Je luy ay cependant
(1) Telle élail, en effet, la maxime de Colbert. « Il est nécessaire daus le commandemeot, disaii-il tiouveol, de souffrir les débats des hommes, 'le les dissimuler, afin de se servir avanlageusemeot
de ce qu'ils oni de bou. » Il avait aussi une autre maxime pariaquelle il averlissaii les adiniinslralciirs de ne pas se laisser aller à l'envie, que la ualure donne trop facilement, de blâmer ce que les autres oni iaii pour relever d'autant plus ce que Ton peut faire de
mieux. (P. M.)
sy bien fait entendre vos intentions là dessus qu'asseurément nous n'aurons plus de sa main aucun dessein qui ne soit dans la régularité que vous le désirez, et pour les bien examiner je Tay fait convenir de vous les mettre en cire avant touttes choses parce qu'asseurement on en juge mieux de cette manière, et il ne se fait rien à cet esgard, non plus que sur le sujet des ra* doubz des constructions et des caresnes, qui n ait passé par Tadvis des gens du mestier. Mais il y en a qui ont toujours des sentiments particuliers et contraires à celuy des autres. Je crois, Monseigneur, qu*en ce cas vous approuverez qu'on suive la pluralité des opinions.
Ledit sieur Puget a fait escarir les pièces de marbre sur lesquelles tous luy avez permy de faire quelque ouvrage de sculpture. Mais il attend, Monseigneur, vosfre résolution ou agrément sur les desseins de ces figures qu'il vous a cy devant envoyé, Tune d'Alexandre et l'autre de Milon Grotonien.
MATHÀREL À COLBERT»
Tholoo, 7aoûtl67i.
Le sieur Puget attend toujours les ordres de Sa Majesté sur les desseins qu'il a envové pour les deux figures de marbre qu'il a proposé de faire et dont j ay ci devant envoyé les desseins ; Fun est la figure de Milon le Grotonien et l'autre d'Alexandre rendant visite à Diogenes le philosophe.
TeuloD» 31 mm 1676.
M. PiKjet est assurément très habile. îl a un génie extraordinaire pour le dessein ; il est très capable de bien servir le Roy aux ornemens des vaisseaux et il en a iait qui ont très bonne grâce. Mais il y a une grande incommodité en luy quand il travaille, c'est qu il ue veut point s'usujélir aux commoditez et aux nécessitez du navire. Quand il a fait une fois le des* sein, il ny a pas nioien de gaigner sur luy qu'il y change qiioy que ce soit : cependant il arrive que dans la suiUe, quand il fnut faire servir un vaisseau, c'est une nécessité de cbanger souvent tout lorsqu'il est fait. L'on aveu par lepa.<sé qu'il a fallu démonter partie des ornemens du MonarquCf du Lis et du SaitU^ Esprit pour les riiiili c iiavigauics, et présentement îl faut cbanger les galleries des costéz du Furieux par une nécessité absolue, ce qui cause de la perte de temps et de la despeuce et corromp mesmc ses desseins. C'est la cause pourqnoy je ne Tay pas tousjours employé, outre quil estoit occupé à ses marbres et aux desseins qui vous ont esté envoyez de toutes les sortes de bastimens de la mer, à quoy il reucit très bien.
A Tesgard des deux autres sculpteurs ils ont tous les deux de quoy s'employer. Il y a trois vaisseaux
sur lo cliaalier, doul il y a la sculpture à faire et le ra-
doub donne toujours quelque occupation, de sorte
qu'ils ne manquent pas ny Fun ny Taulre.
A Tesgard du sieur de La Rose, qui est le peintre entretenu à Toulon, c*est un homme qui excelle dans sa manière et qui prétend qu'il auroit (ait sa fortune à Paris, sy Ton ne Tavoit obligé de rester parordrè du Roy lorsqu'il a demandé son congé; il m'a sollicité fort souvent de demander pour loy une augmentation de gage, M. Matharel luy ayant tousjours promis qu'il auroit deux mille livres en travaillant le quart de Tannée pour le Roy ; de plus il â Iravaillé longtemps, aussy Uen que M* Puget, à faire les desseins de tous les m* vires etbastimens de mer, et présentement il est occupé à faire les orncmens» les vaisseaux» barques et les constructions dans les desseins de larcenal nouveau que je fais faire pour vous envoyer au plus tost.
ÀRHOUL.
Toulon» la juiUet 1678.
Vous trouverez cy joint, Monseigneur, Testât du travail qui a esté fait au radoub des vaisseaux pendant les quinze premiers jours de ce mois et je me donne Thonneur de vous envoyer par cet ordinaire 12 desseins en veslin des bastimens dont on se sert en ces mers^ lesquels ne vous avoient pas encore esté envoyez. Il manque encore un vaisseau de quatriesme rang, veu que le S' Puget s y est trompé en ayant (ait un du troisiesme, au lieuderauti e. Je le fei ay refaire
par le S' de La Rose et oe mauqueraj pas, Monsei* goeur, de tous renvoyer aussy tosl après.
Estai de la despense faite par le sieur Puget au tramil des marbres qu il a fait pour le roij (1) .
Premiercmenl pour sept aonées d'arrcniemcDt du lieu où ont esté trivaillès les marbres suivant le contrat qui en a esté passé et las receus qu*il a moolres à K. Amoul a raisoo de soixante livres pour ehacuoe année idS**
Veu le contrat et les (fitUtanees par teuftieUei U pareU que c'est U S' Puget qui a payé ledit arrentemeni^ et U lieu, fat choisi du consentement de A/. Matnvel.
Payé A, vinî^l hfjinmcs qui ont travaillé pendant six jours à dresser les marbres sur chevalets pour les travailler, à raison de dix sols par jour à chascun homme, montant à... 60tf-
CcH dequoy les officiers qui estoyent en ce têmpsAààVar" senal rCont pas eonnoissance.
Pour les outils qui se sont consommés pendant lesdits
ouvrages \00lt
1/ y a apparence que M, MatareL na pas jugé a propos
d'allouer cet article.
Payé pour Testimation qui a esté faite par experts des
desgats qu'ont essuyé les dix marbres
ùs offieiers de (f Arsenal n'ont point eonnoissance de cette
estime. ^
Somme totale 6751»-
Sor quoi il faut déduire trois années que ledit Puget a sous-arrenté ledit lieu pendant qu*ii n*a point travaillé^ à
raison de 30 liyres par chacune année • . 9€#
Partant, reste deu audit sieur Puget JSiSSMt
(1) Publié par M. Henry ainsi que la leltre de M. Arnoul qui suit, p. IS^-56»Nou8 imprimons en italique, étala suite de chaque article, les apostilles de rintendant qui, dans Toriginal, sont en parge. (A. on M.)
T.clit siour Puget n'ayant point rst(^ adverti qu'il aiiroil esté obmissiir Testai du roy,a travaillé pendant deux mois et demy tant aux figures des marbres qu*aux modèles des galleryes des vaisseaux qu'on luy avoU ordonné de foire, dont il n*a reçu aoeun payement. — H fut averti sitùst que Ton eust VesUU,
Du despuis il a esté ocupé pendant quarante-huit jours à faire eondotre les marbres dans TArsenal et a placer le Milon sur son pied d'estal daus le jardin de la maison royale.
Signé : P. Pugkt.
Il a fallu tirer ces marbres de CendroUok ils estaient pour ne pas payer le loyer de la maison que le Puget avait prise du temps de If. MatareL Ces marbres consistent en un bas-relief qui n'est qne detgroêsy, en une figure de Milon que j'avois quelque dessein de mettre sur la flûte qui est allée à CitMa- Vesche (Givita-Yecchia); mais je n*ay paeoUti faire sans ordre^ outre que le sieur Puget iCea estait pas complètement d'accord , veu qvCelU n'estait pas entière^ ment finie et quil y en avait une partie qui n*est encore que breUe.
Signé : Arnoul.
A Toulon le SI avril 1670.
Nous ajouterons, ce que n'a pas dit M. Henry, que la pièce porte de la main de Seignelay : Néant.