AVERTISSEMENT
La seule préface que nos lecteurs nous pardonne*raient d'imprimert en tète de VAbeoedario d$ itamtte, serait une étude quelque peu complète sur la vie, les goûts et les travaux de cet illustre amateur. Il est le maître, la loi, et le modèle que la France peut offrir avec orgueil, non-seulement à nous et aux générations de curieux qui nous succéderont, mais à toutes les na* tioos où Tart ait ennobli et passionné les bommes. Par bonbeur, ceux qui ont suivi avec un peu d'intérêt les premières feuilles de cette publication, savent par cer* tains mots demi-personnels, qui se rencontrent à cba* que pas dans les notes de Mariette, et n'en sont pas Tun des cbarmes les moins piquants, qu'il nous est impossible d'étudier et de faire apprécier comme il convient, les relations, les jugements, les sources de documents du plus sûr et du plus savant des bistoriens de l'art, jusqu'au jour où, arrivés à la dernière lettre de VAbeoedario, nos lecteurs et nous tiendrons dans nos mains ce gigantesque ensemble de recbercbes, de critique et d'érudition. Notre biographie de Mariette, au lieu d'être la préface de son livre, en sera donc la conclusion* C'est ainsi que Vasari ferma, par le Mémoire sur sa vie, son
histoire des plus célèbres peintres, sculpteurs et architectes.
Nous n'âvons plus à expliquer pourquoi nous avons entrepris le grand travail de cette publication. Pierre- Jean Mariette» dès sa jeunesse, et bien avant d'être arrivé à sa grande maturité de goût et de science, est frappé des erreurs et des omissions que le P. Orlandi a commises dans son Abecedario pittorico. Il se met en tête de corriger ces erreurs et de combler ces lacunes sur Texemplaire quMl possède de l'édition de 1719.
Cette tâche devint l'œuvre quotidienne de sa vie toute entière ; les feuillets intercallés dans le livre du compilateur italien deviennent les dépositaires du butin que Mariette puise à chaque heure dans les livres d'art imprimés en Italie, — dans les correspondances d'artistes, qu'il a trouvées chez son père, le graveur et l'éditeur d'estampes, — dans les papiers de Félibien, — dans ceux de Sauvai, — dans les comptes des bâtiments royaux, -^ dans les registres de l'Académie royale, — dans les souvenirs des familles de peintres ou de sculpteurs, — dans ses souvenirs et ses observations à luimôme. Il note tout, copie tout, discute tout; il condense tout en quelques lignes pour chaque artiste, et ces quelques lignes sont des chefs-d'œuvre, non pas toujours de correction de langage, mais de précision, de clarté, de justesse et de bonheur d'expression. Mariette travaillait encore à ce merveilleux monument d'histoire, et avec plus d'ardeur et de verve que jamais, dans les derniers jours de sa vie ; et ce n'est pas l'une des moindres curiosités de son manuscrit d'y comparer par le changement, par la décomposition progressive de sa fine et nette écriture, les modifications et les progrès du goût
el du jugement que Tâge apportait au savant connaisseur, souvent à propos du même artiste. Ne pouvant rendre ces modifications sensibles à nos lecteurs, par la vue de l'écriture de notre auteur, nous avons cherché à leur en rendre la perception possible en conservant les variations de son orthographe, à la distance parfois d'un demi-siècle.
En même temps que, sur les feuillets de son Abecedario, Mariette consignait ses trouvailles quotidiennes, relatives à la biographie des artistes de tous les siècles, et les intimes sensations que faisaient nsdtre en lui le caractère, les ouvrages et les talents de ses contemporains, — cet homme rare, le plus délicat connaisseur qui ait certainement été, des dessins de grands maîtres, et qui, dès sa jeunesse, par goût et par métier, avait vu et décrit les plus belles estampes des cabinets de l'Europe, s'était appliqué à dresser le catalogue des œuvres des graveurs. Ce travail immense, Mariette l'avait commencé aussitôt, plus tôt peut-être que son ABecedario; et tous ceux qui de notre temps ont publié quoique ce soit sur les peintures ou sur les estampes anciennes, pourraient dire seuls ce qu'ils ont puisé dans ce trésor d'inestimables renseignements, que l'administration du cabinet des estampes a classé et fait réunir en dix volumes in-folio, en y mêlant toutes les autres notes éparses de Mariette sur les arts et les artistes. En tête de chacun de ces catalogues de graveurs, Mariette avait placé une notice sur le maitre dont suivait l'œuvre, et ces notices ont complété pour nous un grand nombre d'articles de VAbecedario.
Enfin, nous n'avons pas cru pouvoir nous dispenser de joindre à cet admirable dictionnaire des peintres,
vin
sculpteurs et graveurs» que Mariette avait légué inédit à la postérité, les quelques mots biographiques, pu* bliés par lui dans le Catalogue de Grozat, et en tète des estampes du cabinet Boyer d'Eguilles.
Que dirions-nous ici de plus? Ce bien, dont quelques-uns profitaient, nous avons voulu le rendre le bien de tous. Nous avons cru, — et beaucoup de nos lec-* teurs le croient aujourd'hui avec nous,— que Thistoire des arts, et particulièrement de Tart français, se trouvait mieux dite et mieux faite dans ces papiers d'un infatigable annotateur que dans tous les livres des théo* riciens et des biographes renommés»
Quant à nos éclaircissements personnels, à mesure que nous avons avancé dans le premier volume de notre publication, nous nous sommes aperçu qu'il fallait les réduire aux plus indispensables. Nous ne pouvions, en effet, sous peine de doubler le nombre des volumes de notre dictionnaire, avoir la prétention de grouper audessous du nom de chaque artiste, la mention, les veur seignements déjà publiés sur lui. La discussion même de certains faits avancés par Mariette, nous avait et nous eût entraînés trop loin. Nous avons trop de passion pour notre auteur pour nous substituer à lui, et pour rendre fatigante par nos renvois et nos appendices une lecture que nous trouvons si vive, si savou-reuse et si profitable.
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