AUTRES NOTES INÉDITES
SDE LES TIRÉES DE ses PAPIERS
CoQsenés à la BMolh^ae Nationale.
âBBATE (nicolo DELL*). Daos un relevé des comptes des batimens royaux, que j'ai en mss, et que je scais avoir été fait par ordre de M. Colbert, pour servir à l'histoire des jjatimens du Roi, dontétoit chargé M.FelibienJe trouve, sous l'année 1533, qu'un peintre, nommé Nicolas Bellin, dit Modesne, avoit touché la somme de cent livres, pour avoir vacqué, conjointement avec Francisque Primadicio, ditdeBoullongue, peintre, es ouvrages de peintures et de stuc dans la chambre delà grosse tour du château de Fontainebleau, autrementnommée la chambre deS^ Louis, peinturesqui représentent en huit tableaux des sujets tb^ d'Homère ; comme elles se trouvoient presqu'éteintes, elles furent réparées par J. B. Vanloo en 1723, et elles sont aujourdtaui, en 1768, si fort effacées qu'on ny voit presque rien. Quoy qu'il en soit, il paroit par ce que je viens d'exposer que le vrai nom de famille de Niccoioétoit Bellin, qu'il étoit natif de Modene, qu'il fit un premier voyage en 1533, et il faut supposer qu'étant retourné
bientôt en Italie il y séjourna jusqu'en 1551 ou 1552, occupe à divers otfTrages tani k ModèDe qu'à Bologne, et qu'app^S de nouveau enPraiice parle Primatice, il f reparut, n'en sortit plus et y travailla jusqu'à sa mort, et en effet on recommence à faire mention de ce peintre dans les comptes des bâtiments du Roy en 1555, et pour lors il n'y est plus designé sous un autre nom que sous celui de Nicolas de l'Abbé, ce qui ne permet guère de douler qu'il n'ait changé de nom et pris celui dell'Abbale par reconnaissance et par respect pour lePrimalice, abbé de S^ Martin, et pour lui prouver son attachement, d'autant que cela était alors assés d'^is£\ge parmi les peintres italiens, Perin del Vague et tant d'autres en ayant ainsi usé? 11 faut donc croire que le Vidriani étoit très mal fondé à vouloir que Niox)lo fut de la famille des Abbati de Modène, sans en donner d'autre raison que parcequ'il se trouve qu'il y a eu à Modène plusieurs peintres du nom d' Abbati, ce qui ne prouve rien. Voici comment est conçu l'article dans les susdits comptes des bastimenissous l'année 1533i « A Nicolas Bellifi, dit Modesne, peintre, la somme de cent livres, pour avoir vao qué avec PrancisquedePrimadicio, ditde BouUongne, Peintre, es ouvrages de stucq et peinture encommencés a faire pour le Roi en la cbambse de la grosse tour de son chasteau (de Fontainebleau) depuis le 3 juillet 1538 jusqu'au dernier 9^", a raison de 90 livre» par mois (1). j»
(1) Cette note a dè]4 été indiquée par H. Claudius Tarral , dans sa brochure : Courtes réfiexions sur la galerie des tableaux du Louwé et analyse critique du nouveau livret, deuxième lettre, Paris, Pau] Dupont, 1880, in-S"* de 50 pages. Elle a été publiée en enlicr par K. Ollo Mûndlcr, page 16, de son Essai dune analyse critique de la notice des tableaux italiens du musée national du Louvre, acfompagné d'observations et de documents relatifs à ces mêmes ta^ bleaux, Paris, Didot, 18S0, in-12 de 230 pag^s Enfin, M. Léon de Laborde a retrouvé dans les comptes qu^il a consultés et a publié dans son dernier livre {la Renaissance des arts à la cour de France. Paris, Potier, 1850, page 385} la mention même, copiée par Féii-
AfiRY (louis). Abri a gravé à ma connaissaûce deux plan* ches d'après BertholetFleraaël; Tune, en 1673, représente une
bien et expliquée par Mariette. Malgré tout cela, il faut encore revenir sur cette note de Mariette.
Le fond de son opinion revient ^ ceci : Nicolas Bellin, dit Mo- ^èue j (j^ui travaillait en 1533 en Francç, est le jça.éxne que Nicolo deirÂbate; à partir de 1555, il ne figjare quç cous ce seul nom, c'est doiiç (fQ^'û en a changé et qu'il a pris celui dé).'Âhate par rcsr pèct pour son maître Pnmatice , abbé de Saint-Mariin ; ainsi il n'appartiçnji pas ^ la famille des Àbati de Modène comme le prétend Vedriani; ainsi il est venu deux fois eu France, d'abord sous François I®', et ensuite S9US ses successeurs,
M« MUndler (page i 7)^ a essayé de justifier Mariette^ en confiervast ce nom de Bellin sans ôter Nieoio à la famille des Abati, à laquelle Mï^riette ii'eti pas pensé à eonXester qu'il appartint, si ies excèl- If^ntà FiUçri Modfitmi de Tabbé Tiraboscbi (Modena, 1786, in-*4« d^ ^9 pages), eus^eftt été. piibUés avant sa mort. M. Mûndier rappelle que^ani, dana son Encyclopédie méth^que desi)eattx arta» dit que Giovaoai deir Abate, père de Nicolo, fut ainsi appelé parce qu'il était originaire d'Abbà ou Abbù (etdaoa te regtalre mot* tuaire» c^iè par Tiraboscbi, page 10, il est appelé asovannodi Abbi^)^ Mtite terre de la previpce de Heggio où. U naquit et qui» en bon langage, s'^^^palle Abbat^ ; dana cette hypothése^le nom, <[ui avait iiaaa l'origine été oelai de sa :patrie, a toujours été appliqué, en France, à i»[ppimer ses rapfK»rts avec le Primatioe. Cette ^piicatiOD estingénû»use,maiS(l'ense4Hhie des documents, cités ou aaaly* ses par Tiraboscbi, ne permettent pas d'adoptercetteopiDion.Nieolas Bellin et Nicolo dell' Abate sont deux peintres, car Nieoio n'est venn en France que sous Henri U; en i5dd il ne pouvait avoir que commencé à peindre et il était trop jeune, pour avoir une rèpuiatipu qui le f tt appeler en France. Un passage de la chronique ntanoscrite du I«ancil[otto, cité par Tiraboscbi, justifie eette opinion; vers la date du 25 mai 1552, le chropiqu^ur rapporte que le père de Nieoio lui avait dit « que son fils, âgé de 4/0 ans, était à la cour de France^ qu'il avait fait les.portraits du roi et de la reine, qu'ai peignait un cabinet, et qu'il demandait à être rejoint par sa femme et ses fils laissés par loi à Bologne.» On pourrait même remarquer que, si Nicolo fût déjà venu en France, Lanciilotio l'an** raitsii 4e son père; mais les dates sont péremptoires. Si en 1552 Nicolo avait 40 ans, il était né en i512, il avait 33 ans en 1533. Bie plus, ce que Nicolo fit en Italie avant i553 est énorme et ne suppose guère de séjours à l'étraaiger. Le» auteurs italiens le mettent toujours soiisiles successeurs de François I"""; ainsi le Spaocini, aptaur de la fin du seizième siècle, dans sa copie manuscrite el remaniée de la chronique de Lancillotto (Jiraboscbi, page SO), dit
sainte famille; l'autre est un sujet allégorique et est de Tan-
en parlant de lui: « NicolodeWAàati che fei've Carlo Redi Francia.» Si des auteurs français, comme Gaillard [Histoire de François /«Ot et Rolaud le Virloys, {Dictionnaire d'arcliitecture\ qui sont discutés par Tiraboschi, ont mis Nicolo sous François l«r, c'est parce que cette grande figure royale contient en quelque sorte toute la Renais* sance, et ils n ont pas S4*ulement pensé que TAbate eût pu ne pas avoir travaillé sous François l*''. De plus, Primatice ayant travaillé sous François l«r, et Nicolo ayant travaillé avec le Pnmatice, leur confusion est d'autant plus compréhensible.
Si Mariette se trompait en faisant une seule personne de Nicolas Bellin, dit Modesne, et de Nicolo dclfAbbale, M. Delaborde nous parait se tromper^ dans le livre que nous avons cité tnul^-rheure, en faisant deux peintres de Nicolo delfAbbate et de Nicolas Labbé ; il dit à la table qui! reviendra sur cette distinction ; les passages, qu'il a cités sous ces deux noms, nous paraissent su ftisants pour conclure contre lui-même. Ce n'est pas la différence d'appellation qui peut le déterminer: Labbé, L'abbé, Labbey, Labatti, L'abatti, Labatty ne sont que des formes d'un même nom. Déplus, toutes ces mentions se trouvent, strictement et uniquement, dans l'époque du séjour de l'Abate en France; elles sont de 1556 à 1571; et même, toutes s'appliaucnt à des travaux de Fontainebleau, toutes à des travaux commandés par le Primatice, et faits sous sa direction. Cette différence de Labbé et de Labbaie n'est pas plus importante pour se trouver dans un même compte, celui de 1561, caries deux mentions (p. 493) s'appliquent aux mêmes travaux; la première est ainsi conçue : « à Nicolas L'abbé, peintre, la somme de 30 liv. pour quatre tableaux et paysages qui ont été peints au cabinet de la chambre du Roy d et là seconde : « à maistre Nicolas L'Abbati (la forme Nicolas L'abbé se trouve aussi précédée de maistre. Voy. p. 489 et 535), peintre, la somme de 62 liv. 10 s. pour avoir peint plusieurs toiles et paysages qui restoient à achever pour la décora* tion du cabinet du Roy ». La raison, qui a pu déterminer M. Delaborde, ne doit pas être qu'on indique habituellement 1570 comme Tannée de la mort de Nicolo, et qu'il trouvait Nicolas Labbé cité dans le compte des dépenses de l'entrée de Charles IX et d'Elisabeth à Paris, dans le mous de mars 1571 (Voy. son liv. p. 215 et 199 et le compte entier publié par M. Douet d'Arcq, dans la Revue archéologique^ année 1848, p. 519-44, 572-89, 661-80); car le Forciroli, qui écrivait à la fin du seizième siècle, dans ses Elogia illustrium mutinensiumy ouvrage manuscrit cité par Tiraboschi (p. 20), écrit que Nicolo mourut à Fontainebleau en 1571, et M. Delaborde lui-même a trouvé Nicolas L'abbati dans un compte de 1571 (p. 530-1). Ce qui me parait l'avoir induit en erreur, c'est que, à côté de Nicolas Labbé, indiqué comme peintre du roy, demeurant à Paris, dans le compte des ouvrages de peinture à faire dans
née 1677. Je le crois liégeois (1), et, à la façon donl son burin est conduit, on juge qu*il n'en faisoit pas sa principale pro* fc*ssion. [Une seconde note de Mariette complète cette première) : Louis Abry ou d'Abri a été un peintre Liégeois, élevé de Gérard Lairesse, et je connois de lui deux estampes, une qui est une S^ famille d'après Bertolel, l'autre qui peut être de son invention et qui parait être un sujet de Thèse (2) : son fils, aussi peintre, mais médiocre, vivoit en 1728, et m'a fourni des mémoires pour servir à la vie de Natalis le graveur ; les premières lettres de son nom de baptême sont un S et un J.
ACHSTCHELLING (luc) peintre paysagiste, étoitè Bruxelles, dont il avoit fait sa demeure, il est mort à Veis en 1704, dans un âge très avancé. Il y a deux de ses tableaux dans la galerie de Dresde (3). Ils y sont énoncés dans le catalogue des tableaux de cette galerie, page 102 (4), et son âge, ainsi que
une salle de Tëvéché (Revue Arch. p. 675), il a trouvé un Camille Labbé, son fils. En faisant remarquer que Nicolo devait avoir aussi bien un logement à Paris qu'à Fontainebleau , quand même le compte de rentrée (Rev. Arch. p. 587) ne Titidiquerait pas comme demeurant à Fontainebleau, il faut dire surtout que Nicolo avait un fils, nommé Gialio Camillo^ qui était peintre comme lui, et qui vînt aussi en France, au rapport du Porciroli (Tiraboscbi, p. 17). Cela suffirait d^jà à prouver 1 identité, si M. belaborde (p. 525) ne nous donnait encore mieux; car, d*après un compte de 1570, il a donné ces deux articles: « A 2uUe$ Camille de L'abbé peintre la somme de 25 liv. pour ouvrag<'S de peinture et grotesque qu'il a faits audit chasteau de Fontainebleau •; et immédiaiement après: o A Maislre Nicolas de L*abbé peintre la somme de 160 fr., pour ouvrages de peinture qu'il a faits audit ch&teau de Fontainebleau ». il nous semble après cela que Tidentiié ne peut pas être douteuse. (l)Bartsch (XXI, 23i), le croyait lUlien et à tort. - Abry ne figure au reste pas dnns rénumèralion des arti:(ies liégeois, contenue dans le discours préliminaire, mis par M. de Vilkufagne en téiedes œuvres choisies du baron de Walef, Liège, 1779, 10-I8.
(2) M. le docteur Pons en a trouvé une troisième pièce, des armoiries d'abbessi*, qui figurent dans le Manuel de l'amateur d'es^ tampee^ de M. Ch. Le Blanc, p. 3.
(3) N«« 38t et 383 du livret de 1846, in-13 de 2U p.
(4) A Dresde, 1765, in-8» de 244 p. et une table de 28 p.
il ete^oii bq aichitectilM s * àtmM le deMtt d'une de tëi décoraliOBSi doiiC tous left tableautftirefit faits dans son ëèolë.
ALLOU (iiaLE8] , né à Paris (1) et peitttie de portraits ^ M admis dans l' Académie royale de {)eintttre ea 1711 {%. 6ué^ lin, description de l'Académie , p. 176 (3).
ALTÔBELLO. Di quel Altobello ne parla anche il Yasari t. 3, p. ^ (4). Son plus bel ouvrage, au rapport de Lamo (5^ , est la nativité de J.-G., qu'il peignit dans la tribune de l'église cathédrale de Crémone. Ant*" Campo , dans son histoire de Crémone, p. 54 (6), le nomme SÊelone.
AMALTBO (fô»0!no). Ridolfi (7) dit qu'il éloit de San Vito dans le Frioul. Si Ton en eroit l'inscription, qui est au bas d'une estampe gravée à Venise par le Ziicchi, d'après un tableau peint par Pomponio Amalteo à Ceheda, qui représente une action de justice de l'empereur lYajan, ce peintre est
(1) Où il ifioarUl lé 2 février 1751, âgé de 81 ans.
(2) Le 27 juin 1711, sur la prëseatatton des partraits de Coypel le fils, et de Goyzevox.
(3) Paris, I. Colombat, 171!;, iti-il
(4) Dans It vie du Garofolo et aatres Lombards.
(5) Discorso di Alessandro Lamo intorno alla scollura e pittura dove ragiona délia vita et opère et i fatti dall*Eccel1. et KooileM. Beniardino Gainpo PitloreCremonese.GremoDa, Gristoforo Dnicom, 1584, in-40. L'ouvrage avait été laissé par Lamo, allant en Espagne» à un de ses amis, Gio. Battisla trotto, PUtore, sopranominato il Molosse, qui a signé la dédicace. Le passage relatif k Altobello di Meloni est p. 88.
(g) Des ehiffres romains, dont la série commence après là page 88 : Gremona, fidelissima citta et nobilissima colonia ide Romain, rappresentata in designo col suo contado et illustrata d'una brève historia délie oosepîQ netabili apparteneiiti ad essa, etc., da Antonio Campo, piltore e cavalier cremonese. In Gremona, in casa deli islesso auttore, 1585, in-fol. Cette page 54 est trés-prècieuse, et le volume lui-même est très-beau et peu commun.
(7) Le MaravigUe délie arUy overo délie vite dei pittori veneti. Veoesia, 1^48, petit ia-4*.
ïnort fort jeûne, tfestant âgé (}ué de 28 ans. Voicy cette inscription : Pinœit Cenedœ Pomponius Amaltms œtatis suœ anno 'tlndmceWmo, nimirum septimo anUmortem ; Bemardtu trémahé fnisertus tatUi mri vicem obscuritatemque nominis^ quâ immerito premebaiur, œre incidendum curavit. Ridolfi donne ce tableau au Pordenon. Partie I, 9l8.
AMAND (JACQUES FRANÇOIS), né à Paris, est înort le i lltars 1769, agë de 39 ans. C'etoit un sujet qui promelloil, mais qui, né timide et htitlement fait pour se jproduire, langaissollet étoit presque sans ouvrage; il en prit duchdgrin, se découragea et abrégea ainsi ses jours. Il venoit d'être reçu de Tacadémie royale de peinture [i ), sur un tableau qui lui fit honneur (2). fai de ses desseins de paysage, faits à Rome, qiji sont d'une belle touche; ils ont été faits à Rome, (3) oîi il avoit été à la pension du roi. Il élôit élève de Pierre et appartenoit h (lesparens,quilui a voient procuré une très bonne éducation, dont il avoit sçu proQler. Il est regretté.
AMIGONI (5ÀCQfUBs). La gazette de Hollande, A Tartide de txmdres, 5 juin 1739, apprend que, dam le mois de May précédent, on evoit embarqué, pour Bilbao, quelques beaux tableaux, faits peut le toy d'Espagne par le 6^ Amiconi, fameux fieintre en histoires. Je le crois, et cela est vrai, vénitien, Wagner, graveur à Venise, en pourroit dire bien des choses, car tous deux étoient grands amis. — Il nacquit à Venise en 1675 et est mort à Madrid en 1752. Il a parcouru presque toutes les parties de l'Europe, toujours occupé et peignant
(1) Le 26 saptembre 1767.
(2) Son tableau de réception, représentant Magon, frère d*Anpibal, après la bataille de Cannes, demandant de nouveaux secours AU sénat de Garthage, fut exposé en 1769, après la mort d'Arnaud.
(df) Le musée des dessins du Louvre en possède un certain nombre. (N<^ i l , 335-43.) Ce sont ceux mêmes de Mariette.
so
des portraits, genre dans lequel il réussissoit. Mais c'est à Londres, où il s'est arrêté le plus longtemps, -r Le Longhi, Vil. de Pitt. Venez. (1), le nomme Àmigoni ; né avec le goût du voyage, il éloit de retour à Venise, lorsqu'il fut appelé k la cour d'Espagne.
AMIDANO, peintre de Parme et disciple de Fr. Mazzuoli, dont il a taché d'imiter la manière, fleurissoit en 1550, et l'on voit, dans quelques églises de Parme, de ses ouvrages, qui lui assurent une place parmi les meilleurs peintres. Il en est fait mention dans ce livre du P. Orlandi, à l'article de Giacinto Bertoja.
AMOROSl (ANTONIO MERCCRio], peintre de Bambochades, établi h Rome, est néen 1660 à Ascoli, et estélèvede Joseph Ghezzi, chez lequel il demeura pendant 12 ans. — J'ay vu quelques uns de ses l«ibleaux représentant des Bambochades. et ils ne m'ont pas fait avoir une fort grande idée de celui qui les a faits; ils sont d'un pinceau lourd, sans aucune intelligence de clair obscur; la composition n'a rien de piquant et le goût des couleurs en est mauvais. Quelle différence de ces tableaux avec ceux du même genre qu'ont fait les Flamands. C'est un genre qu'il faut laisser à ces derniers. M. Crozat avoit son portrait dessiné, qu'il avoit trouvé dans une collection de desseins faite par le S^ Pio à Rome.
ANDRÉ DE MILAN, peintre, dont il y a un tableau dans l'église de S^ Pierre à Murano, qui a son mérite et qui porte la date 1495. Délia Pitt. Venez, p. 490 (2).
(1] 1763. in-fol. On sait qu*il ne s*occupe que des artistes da dix nuiliéme siècle.
(I) Zanetti , p. 489-90 ; ce tableau est maintenant au musée Brera à Uilan ; c^est le même artiste, dont le musée du Louvre possède un Calvaire, signe : « AN1)RE|AS. llEblOLA|NENSlS|FA. —
Si
ANDRÉANl (ANDRÉ), deMantoue, a gravé plusieurs planches en bois et surtout de très belles estampes en clair obscur. Il en exécuta la plus grande partie pendant son séjour à Florence et à Sienne. Un des principaux ouvrages, qu'il mit au jour dans cette dernière ville, est le pavé de Sienne de Beccafumi, qu'il exécuta sous la conduite et sur le dessein du Vanni. La réputation, qu'il s'acquit par cette espèce de travail, engagea le duc de Blantoue à le rappeler auprès de luy, pour y graver le triomphe de J. César, d'André Mantègne (1). Il obéit aux ordres de ce prince, et, étant fort vieux, il mourut à Blantoue en 1623. Baglione, qui fait mention de cet artiste, luy donne, dans la table de son livre, le nom de peintre, et il y a apparence qu'il l'estoit ; sans cela, il lui eût été difficile d'exercer son talent avei^ autant de supériorité. Baglioni, p. 395 (2).
ANDREASIO (Ippouto), d'après lequel Villamène a gravé une annonciation, et je croy qu'il y a encore quelques autres
1503. » M. Tarral inremièie lettre^ p. id-^] , Seconde leUre^ p. 46 8?, M. Mûndicr (£x«/i/ , p. 19i-5j cmicril tous deux «pic fCl André de MilnD est Andréa Solario. Sans cnirer dans le déiail de Ipurs raisons, qui me minorait trop loin , je dirai seulemenl que ce qui mVmpéche le plus de m y rendre, cVsl de voir à o6iè Tune de Fautre les deux peintures qui le leur montn*nt. Le Cnicificmi^nt imite Mantëgnc, et, dans quelques dMails, les Véniiiens priniilifs; la Vierge au coussin vert est dans un tout autre sens. Jusqu'à nouvel ordre, la question de savoir qui est cet André de Milan ne me paratt pas encore écl ârcic.
(l)Ce Triomphe de iules César, peint sur loile, i* la détrempe et en camaïeu, et divisé en neuf pariics, se trouve maintenant dans la grande salle à manger du palais d'Hamplon»Courl. On sailque Charles I*** acheta la galerie des ducs de Mantoue; c'est certainement depuis cette époque qu'ils doivent se trouver en Anglotcrre, Nous renvoyons à la description de M. Waagen, dans son Kunstrwerke and kumller in England und Paris^ Berlin, 1837, in-12, première partie, p. 382-6.
(2) De la deuxième édit. Roma, 1649 , in*4«. Voir le catalogue de son œuvre gravé, dans Bartsch, XU, p. 17 et 19, et dans le Mor nuel de M. Le Blanc, p. 42-4.
estampes d'après ce mattre. Un tableau d^une sainte tamille, servie par] des anges, qui est dans le cabinet du roy et qua M. Crozat a bien voulu, de sa grAce, attribuer sans le moindre fondement à Andréa Luigi d'Assise, disciple de PierrQ Pénigin,pourroit bien estre l'ouvrage de cet Andreasio ; car, outre que ce tableau est d'une manière moderne bien oppo^ sée à celle du Pérugin, l'auteur de ce tableau est nommé, dans l'inventaire du roy, André Azio , ce qui revient parfaitement au nom d' Andreasio (1). Il y a, dans les églises de Mantou^, plusieurs tableaux, qu'on dit être d'Andreasini. Je pr^ugo que ce peintre est le même qu' Andreasio et que sa patrie est la ville de Mantoue. — Ce que je préjuge se trouve vray. Au* dreasio est de Mantoue* Le Giglio, auteur contemporain, le dit formellement, dans son poème Ddla pitiura trimfmUe (2). i
ANDROUET DU CERCEAU (jacques). Voicy ce que dit Biaise de Vigenère, dans ses notes sur les tableaux de Pbilostrate, imprimées pour la première fois, en 1578, p. 8&5 (3). (c Les deux du Cerceau, père et fils, ont été des meilleurs architectes de notre temps, par la connoissance qu'ils avoient du dessein. x> Yigenère vivoit dans le 16«me sitnde. L'un s'ap-
(1) N* 342 de la première édition du livret italien, de M. Villot. Cette excellente note de Mariette a déjà été publiée par It. Mflndler (p. S20, Essai déjà cité à Farticle de TAbbate). Dans la collection des dessins du Louvre, il s*en trouve quinze provenant de Charles I*' et indiqués avec le nom d'Andreasio, dans Tinventairciabach (Ecole de Rapbaél, n°* 291-305); Tun représente une Sainte Faniille ; il est tout-à-fait dans le goût du tableau, et, comme lui, il montre bien un élève ou un imitateur de Jules Romain.
(S) La pittura trionfante da GiulioCesare Gigli, scritta in quattro capitoli; inVenezia, 1615,in-'4«,de 8 liminaires et 32 pages. L'Àndreasio est cité p. 12, dans le groupe des Mantouans: Ma gia vengon del Mincio 1 Semidei
V'è l'Andreasio, v'è il gran Teodoro Appellato del Te, etc. . . «
(5) De rédition de 1614.
pdBait Jacque ei l'autre Baptiste; ce dernier donna les desseins du cbftteau de Gharteval. Jaque a donné nombre d'oùviagies &ur Tarcbilectufe, enir'autres les représentations des plus beaux batimens de France, en deu^i volumes, grand folio, dwt le piemier a paru ^ Paris en 1570 et le S^^e en 1579, l'un et l'autre dédié à la Reyne Catherine de Medicis. L'auteur fsa prometloit untrois^, qui n'a point paru et peut être que la oaQfty mit un ob&tade. Ce fut au moins son fige avancé, qui ne lui permit pas de poursuivre; il s'en plaint dans Tépitre dédicaloire, qui est à la télé de son second vol. 11 y dit que la ]irieîUe6Se ne lui permet pas de fûre leUe diligence, qu'il eût Ait autrefois. Son nom de famille étoit Androuet. Du Cerceau O'étoit qu'uB sobriquet (1).
(1) Voir, sur lesoiivr9g68 de cet artiste, le Catalogue delà bibliothèque de M. Viveuei (Techener, 1844, in-8«), p. 186-205, et le Manuel de M. Gb. Le Blaoc, p. 44h6. Il est à regretter que, dans la crainte d^étre trop long, il n*aît p^s détaillé davantage ce qu^ii avait 80US les yeux; il peut faire plus de fonds sur son public, et bieo des ^ens regreiteroat qi^Hl ait été ai court, alors que persoûnf oe lui aurait su mauvais gré de lui avoir donné plus de développe*^ meBl. Noua citons en entier Farlif le de la bibliothèque de Lacroix du Maioe (Paris, Âbel TAneelier, 1584, in-fol. p. 175); elle eal le complément nécessaire de la note de Mariette :
« laqves Androvet Parisien , surnommé du Cerceau , qui est à dire cercle, lequej noip il a retenu pour auoir vn cerceau ou eer«* cle pendu i sa maison, pour la remarquer et y seruir d'ÇQselgj[\i$ (ce que îe dy en passant, pour ceux qui ignoreroyent la eause de ce surnom.)
. « il a esté Tvn des plus sçauants architectes de nostre temps, et des mieux apris en Tart de perspective et ordonnance de bastir.
a II a, par son industrie et labeur, recueiliy les desseins et protraicls de la pkuspart des anciens et modernes bastiments et édifices de Paris, lesquels il a dressez en planches de cuyure et taille douce, suyuant le mandement et permission du Koy. Le tout pour le bien et honneur des Parisipus.
ce Le premier et second volumes, des plus excellents bastiments de France, dressés par ledit laques Androuel, dit du Cerceau, et ont esté imprimez à Paris, chez Gilles Beys, Tan 1579, esquels sont désignez les plants d'iceux bastiments et leur contenu, ensemble les eleuations et singularités d^n chacun.
« Ilflori88oitranl570. »
-•-Ce graveur n'a presque jamais mis son nom à ses ouvrages, et je ne sache pas qu'il eût une marque particulière.
— (Maitr)e Etienne travailloit dans le même temps è Or* léans, etDuCerœau«quiétoit Parisien. y éloit aussi (ven)u s'établir (1). Cette ville étoit-elle donc pour lors le siège d'artistes, comme Blois l'a été depuis, et (ce1)a à cause de la proximité de Fontainebleau, où la cour étoit alors et où il y avoit un grand nombre d'artistes de toutes façons, occupés à orner cette maison royale.
ANGARANO (le comte ottaviano), vivoit à Venise dans le dernier siècle ; il étoit noble vénitien, et son nom fait honneur à la peinture; on a une estampe de lui (2) qu'il a gravée d'après un de ses tableaux, qui est dans l'élise de Saint-Daniel à Venise. L'autore délia pittur. Venez. (3) p. 377 et 557.
ANGEU (josEPHj, qui vit k Venise, où il a pris naissance, est le meilleur des élèves de Piazzetta ; il jouit dans sa patrie d'une réputation, qui fait qu'il y est fort occupé, et l'on fait beaucoup valoir le soin qu'il prend à mettre de la précision dans les têtes , les pieds et les mains des figures qui entrent dans ses compositions , qui tiennent de la manière de son matlre. Il a été choisi, par préférence à ses autres condisciples, pour donner la dernière main à des tableaux, que le
(1) Deux maisons seulement sont auribuées à Ducerceau à Orléans ; on en peut voir une description dans VHistoire archiUciurraie de la ville d'Orléans par M. de Buzonnières. Orléans, 1849, S V. in-8»,t. II, p. 238-40. Bien aue faites à Teffet, la grossièreté de leurs délails,^je ne parle pas de celle de la sculpture ; elle dépasse tout ce qu'on peut imaginer, surtout dans celle qu'on appelle la Maison des Oves^ — est telle, que la certitude ne peut vraiment être complète. — Maître Etienne est Etienne de Laulne.
(i) M. Le Blanc (p. 47). Comme Bartsch (XXI, 369), il croit que cette pièce est plutôt de Giuscppe Diamantini.
(Z) G*est le Zanelti.
nom de Piazzetta l'avoit empêché de terminer : Longhi, Vit. dePitl. Venez. (1).
ANGOULEME (jacques, natif d'], au rapport de Biaise de Vigenère, « est le plus excellent imager (ou sculpteur) françois, tant en marbre qu'en fonte. En 1550, il osa bien parangonner à Michel-Ange pour le modèle de saint Pierre à Rome, et de fait l'emporta lors par dessus luy au jugement de tous les maîtres, même Italiens ; et de luy encore sont ces trois grandes figures de cire noire au naturel, gardées pour un très excellent joyau en la librairie du Vatican, dont Tune montre l'homme vif, l'autre comme s'il estoit escorché, les muscles, nerfs, Teines, artères et fibres, et la troisième est un skeletos, qui n'a que les ossements avec les tendons qui les lient et qui les accouplent ensemble. Plus un Automne de marbre, que l'on peut voir en la grotte de Meudon , si au moins il est encore , car je l'y ai vu autrefois, ayant esté fait à Rome, autant prisée que nulle autre statue moderne. » Notes de Biaise de Vigenère sur les tableaux de Philostrate. Paris, po, 1614, p. 855. La l^* édition, sans fig., est de 1578 et c'est à cette époque qu'il fout placer ce que Vigenère dit de ce sculpteur (2).
0) 1763 in-r».
(%) Mariette se trompe en ceci. Ces renseignements de Biaise de Vigenère ont été donnés par lui, non dans le Philostrate, mais à la suite de la première statue de Callistrate, et Tèdition de 1597, aussi sans gravures, la première publiée chez TAngelier (celle de 1578, in- 4^ avait paru chez Nicolas Chesneau], dit positivement que ce dernier y est publié pour la première fois. D'ailleurs Vigenère donne la date de 1590, comme celle dé la mort de Germain Pilon. A la suite de la notire sur Antoine Caron, publiée par Tun de nous, d'abord dans YArtiële et ensuite à part (Paris, février 1850, J.-B. Dumoulin, in-8» de 23 p.) se trouve reproduit p. 20-32, le passage de Biaise de vigenère; M. Eusèbe Castaigne, le savant bibliothécaire d*Angouléme. Ta aussi reproduit dans plusieurs endroits. Il Tavait do reste déjà été au dix-baitième siècle, d*abord par le P. Jules
ANGCIER [MJCVEt], naquit, le 28 septemlm t6t^ dans to ville d'Eu en Picardie ; son séjour à Rome fut de dix ann^ ; les sculptures de l'autel de S*-Denys de la Chartre sont de Michel et oon de François , ainsi qu'on Fa écrit mal à propos dans le voyage pittoresque de Paris (1) , et c'est un morceau d'une invention tout-à-feit heureuse; le crucifix tu mallie autel de la ScNrbonae est aussi de sa main et son dernier ou-* mge{2).
ANNA [qalthazâr ou baldisseiu d'), disciple de Léonard Corona, et qui a travaillé ()ans la même manière, mais qui quelquefois l'a surpassée, pour avoir peint avec moins de dureté, étoit un Flamand qui s'étoit établi à Venise, où l'on voit de ses ouvrages dans les églises; on ignore s'il éloit de la même famille que les fameux négociants du même nom, qui étoient eux-mêmes Flamands et qui étoient grands amateurs de peinture , pouvaient avoir pris en affection leujr compatriote, qui, par reconnaissance, se faisoit appeler du çom de
César Boulanger, dans ton De Pictura^ PlaUke, statuaria (Lyoïiy 1627, p. 127, 128), et par Pierre Monier, dans son Histoire des arts qui ont rapport au dessin. (Paris, Giffart, 1698), p. 813.
(l)Voy. Voyage pittoresque de Paris, par M. D... (Dezalliers d'Aiw genville, le père), nouvelle édition. Paris, de Bure, 1752, p. 14 : « ^t-Denis de la Chartre. Un grand bas-relief de stuc, sculpté par François Anguier, tient lieu de tableau au maître-autel ; c'est Notre Seigneur, qui communie dans la prison St-Denis et s^es oompagnons. » Cette faute subsiste dans les éditions suivant^.
(2) Les notes manuscrites de Dom Grenier sur la Picardie sont loin d'offrir autant sur les Anguier, qu'elles ont offert à M. Cbamp* fleury sur les Lenain ; ce n'est qu'un dépouillement des ouvrag€« de leurs mains, cités dans les descriptions do Paris. La place de ceis notes est indiquée dans l'article consacré k ces manuscrits de ^m Grenier par un des premiers volumes de la Société des antiquaires de Picardie. Voir sur Michel et sur François Anguier, les Vies des plus fameux sculpteurs^ par d'Argenville le iils, Paris, 1787 , p. 199 et suiv. — M. de Caylus avait lu k l'Académie une vie des Anguier; il la rappelle, lorsque, dans la vie de Mignard, il parie de la décoration de l'hôtel d'Erval {yiedespremiers pMMresduroi* 1759» in-lil, 1. 1, p. 135).
leurs (1) protedteuT^r Voyez le L. delld pîttura Ymez. P. 33A^
ANTICHl (PROSPEBo) fil les six statues, qui ornèrent le catafalque du pape Sixte V, lesquelles furept gravées parFr. Villamène en 1591. Il est nommé dans la préface de la description de cette pompe funèbre : Prospéra de Antichi Bresciano; ainsy le P. Orlandi, apparemment après le Rossi, se trompe, lorsqu'il le nomme Scavezzi. Baglione n'en dit pas un mot. n y a pourtant une estampe, assez artistement gravée à la peintre , représentant une statue du pape Sixte V à genoux, au bas de laquelle on lit :
Prosper de Scavezzi Brixiensis inventer 1589.
APOLLONIO(jAGQVEs],discipledesBassâns, a quelquefois si parfaitement imité leur manière, qu'on confond aisément ses ouvrages avec les leurs. Rosetti, Pitture di Padova, p. 153 (S) et vita del Ferracino p. 83.
APOLLONIUS, fils de Nestor, Athénien. C'est de luy qu'est cette admirable statue mutilée, sans jambes, sans bras et sans teste , que l'on coonoist sous le nom de Torse du Belvédère. Elle est d'un dessein si correct et d'un si grand goût , qu'il n'y a guerres d'ouvrages dans Tantique qui puisse lui estre comparé (3). Les plus habiles maîtres en ont toujours fait l'objet de leurs études. Michel-Ange en faisoit une estime particulière. J'ayveu, chez le grand-duc, un petit modèle en cire, iait par ce grand homme pour la restauration de celte statue. 11 en faisoit un Hercule se reposant de ses travaux. Les parties
(1) Ponr seê.
(2) Descrviione éeUe pitture^ êciUture ed arckUUUure éi Padaua^ con alcune Osservazioni intorno ad esse ed altre curiose Notizie di Giovam-Battista Rossetli. En deux parties : Padova, 4765, in-12 de 37ip.
(d) Sur le Torse, voyez les MonumenU Antiques du Musée Napo^ Uon, T. U, p. 81, et YUconUy Museo PUH:iemmiUno^ f. U, p. i«>».
adjoutées sont si bien ajanc^avec le tronc antique, qu*on ne peut pas penser que la statue ait pu avoir éii traitée autrement (l).Le Quenoy a aussy estudié d'après le Torse ; il en a fait un petit modèle de terre cuite, d'une grande beauté, que M. Crozat, qui Ta eu de M. Girardnn, conserve dans son cabinet (2). On trouve le nom d'Apollonius, ér.rit en grec, je pense, sur une dos cuisses du Torse (3), de cette manière : AIIOA- AQMO£ NESTOPOS AeHNAIOZ EnOlEI. — Je l'ai eu à la vente du baron de Thiers, neveu et héritier de M. Crozat, et je gémis sur le méchant goût du siècle. On ne l'a pas regardé , car on n'en a rien offert (4); mais cela ne m'empêche pas de le regarder comme un des plus précieux morceaux de ma collection. Les mêmes gens, qui ont regardé ce beau modèle avec tant (d'in)différence, ont répandu l'argent à pleine main pour se faire adjuger un misérable magot de la Chine ou un mauvais bronze, parce qu'il représentoit une femme nue (5).
(I) Allan Cuniiingham.dans sa vie de FUxmann {Lwes of tke mosteminenl briiishpainfers^sculptorsand arcUitecs, London. Ilurray, iu-l 3, vol.lll. 1830, p.303-4), nous apprend que, dans 8on séjour à Rome, Flaxmann essaya sur un plftlr«; une restauration du torse, dont il fît un groupe d'Hercule et d'Omphale. Vist^onli croit en elft*t qu'une seconde statue était groupée à sa gauche; mais cela restera probablement toujours aussi problématique que pour la Venus de Milo. L*essai de Flaxmann ne fut pas trés-lieureux, et, quelque temps avant sa mort, il fit détruire cet ouvrage.
(-2) Nous avons sous les yeux In précieuse suite sans numéros des i'6 gravures, connues sous le nom du cabinet de Girardon et gravées par Nie. Chevallier, àTexception d'une seule, gravée par Grtinger. Beaucoup d*œuvres de Quesnoy y figurent ; mais ce Torse ne se irouve pas dans les objets représentés.
(3) Elle est sur le rocher.
(4) Cette vente se fit au commencement de 1773, et Ton en a le catalogue in-19, rédigé par P. Remy. Le n» 1056 est le seul, dans lequel on puisse reconnaître le morceau acheté par Mariette : « Un torse admiré de tous les artistes ; on le dit modelé par Goustou le père. »
(5) Ce Torse est le n» 30 du catalogue de la vente de Mariette, rédigé par Basan, 1775 : « Le lorse antique, d'une conservation parfaite; de U pouces de haut. » Il fut adjugé pour 143 liv. 19 s. à Pigache. Nous ne savons où il est maintenant.
AQUILA (POMPBO DELL') OU JOMPEO AQUILANO. L'on YOit
quelques estampes^ qui ont été gravées à Rome d'après ce peintre par Horace de Santi d'Aquila, vers les années 1572 et suivantes. La manière de ce peintre y est très-bien rendue, et l'on y remarque un certain tour et un esprit, qui fait présumer que ce maistre avoit en veue d'imiter le Parmesan.
ARCHELAUS, fils d'Apollonius et natif , de Priène, est le sculpteur de ce fameux t)as-relief de marbre, qui est dans le Palais Ck)lonDe à Rome et qui représente la déification d'Homère. Son nom y est écrit en grec de cette manière, APXEA- OAX AHOAAÛNIOr EnOIHZEnPIHNETS.ll fut trouvé, vers le milieu du dernier siècle, dans des ruines, près d'une maison de campagne de l'empereur Claude. M^ Dacier, Vie d'Homère. Ce bas-relief gravé par J. R. Galestruzzi en 1658 (1).
ARCIS (m \rc] sculpteur, est disciple de Rivais le fils ; on voit à Versailles plusieurs figures , des termes et des vases^de sa façon assez bien travaillés , mais qui ne font pourtant voir qu'un sculpteur de second ordre. Il fut appelé à Pau, pour y exécuter en bronze une statue de Louis XIV et les bas-relie& de marbre, qui en décorent le piédestal. Il vivoit encore à Toulouze en 1736, et quoyque dans un Age avancé , il y travailloit avec le même feu et la même ardeur que dans sa jeunesse. C'est à peu près dans ce tems-là qu'il a exécuté en stuc le bas-relief de 30 pieds de long, qu'on voit dans la salle de l'Académie de musique à Toulouze (2).
ARDENTE (Alexandre), peintre de Lucques; il vivoit vers
(f) Voyez, sur ce bas-relief, Muratori, Thesaurui noims^ T. I, tab. A, ad pag. lx. Il ëlait alors dans la collection Parnése.
(2) Voir la Biographie .Toulousaine, par une Sociale de gens de leiires, sous la direction de M. le baron de La Mothe-Langon, et en partie rédigée par M. Du Mège» Paris, 18i3, 2 vol. in-8», tome I» p. 19.
lu fin du 1«" ti«de. Le Gffgfi e^lemfiAqui en flisse mentioa ; il lui donne place parmi leâ peintres (fa\ , dans un poëme de 6a façon, bonoroient le Iriomptië de la peinture (1). Reste à sçatoir s'il ^oît là à sa plaide.
ÂRLAUD (JACQUES antowe) vil encore (en 1743) à Genève, sa patrie, où il s'est retiré, ily a environ 13 ans (en 172Ô).Ila ^etneuré assez longtems -^il y tim qu'à peine avoi^ltingU ans, — à Paris, où, avec delà conduite, Un peu de charlatanerie et du talent , il a trouvé le moyen d'amasser du bien, plus de quaratrte mille écus. !1 étoît principalement lié avec les étrangers qui vendient à Paris et M^it pour eux de ipetits attraits, qui lui éloient chèrement payés, La partie de M. Arlaud éloit l'intelligence ; il sçavoit rompre ses couleurs à propos et en cela il suivolt le plus qu'il ponvoit les principes du Titien et des autres bons coloristes. Celui, à qui il éloil redevable de cette bonne façon de voir et dépeindre, ètoil M. Forest. Ilétoit lié d'amitié avec lui, et, pour avoir plus présente sa façon de penser et d*opére1r, M. Arlaud avoit rassemblé un grand nombre de tableaux de paysage de cet excellent homme, qui lui servoient pour ainsi dire de guide ; car, quoy que dans un genre fort différent du sien , il trouvoit , à ce qu'il disoit , 1^ même conduite, la même intelligence dans la distribution du clair obscur et !e choix des couleurs, qu'il devoit pratiquer dans ses portraits, pbur leur faire produire de l'effet. M. Arlaud avoil aussi rassemblé d'autres bons tableaux , et il prisoit inûniment les talents de M. de Largillière. Un des ouvrages, sur lequel il foadoit principalement sa réputation et qu'il faisoit voir chez lui , mais avec des précautions trop mistérieuses, étoit une Léda, qu'il avoit peinte, et, pour parler avec plus de vérilé, qu'il avoit fait peindre en détrempe, en èlanc
(1) E il copioâo tlàffael dA tteggio
Col Luccbeee Alessaadro Ardente tutto. (P, 25.)
et ûôîr, soiis seS yeut, par un dés frèfeè Nalier, et qu'il àVoît ensuite terfninée avec grand soin d'après un prétendu basrefiel àe ilichel-Ange , qrfâvoît uh de fees compàtrio'tes , M. Grom^Un» banquier à Paris. Ge moreeau , d(mt il faismt reloge avec beaucoup d'emphase, fut vendu par lui à un seigneur françois , le duc de la Force, douze mille francs; mMè le marché n'ayant pas eu lieu pat le dérangement, que ta chute du système lail dans les affaires du duc , M<. Artoud obtint un aédoiilm^gerilènt considérable, de 3000 lîvtes, et, pour ne rien perdre de ce marché avantageux , il fit peindre une 9^ condë tédà , tonjourt en blanc et tioît et à huile, qii'il portd en Angleterre, lorsqu'il y passa en 1721, et qu'il vendit fort (her à miîord duc dfe Ghàtolios. Mais, lorsque ce ^seigneur sçui qu'il ea avoit un second^ car M. Ârlaud en avoit en effet deux semblables , et cfeîui qu'il avôit gardé étoit celui à détrempé et le flus beau , le miiord , dis-je, tonna, menaça ; mais l'ar^ gent étoH titré et M. Arlaùd, en habite homtôe, sçut très biefl se tirer de cette affaire et placer son argent.M. le duc d'Orléans, régent , le^^onsidérort et a^it appiis de lui à peindre en miniature. A. Arlaud avoit un frère, aussi peintre en miniature , qui est mort en 1710 à Londres , >oà i>l avoit pris un établisse^ ment (1). Plusieurs années, avant que de sortir de Paris , M. Arlattd se plâignoit demaifx de tètie, qui l'empéchoient de beaucoup travailler, et, depuis qu'il est à Genève, il s'est servi de <»tte raison pour s'en dispenser tou^-Cait. Auncmeiit que j'écris cecy , j'apprends que M. Arlaud vient de îttourît presque subileinent le % inay 1743, dans la 75« «imée de son âge, étant né le 18 may 1668. — L'éloge de M. Artaud se trottvefNirtout, dans le Mercure suisse, qui s'imprime à Neufchild, inois de juin 1743, dans îe Mercure de France (2), juil-
(t) Bartolozzi a gravé, d'après «n W. Arlaud, un portrait d'Andrew Kippis; ce Guillaume Arlaud doit être dç la pnône famille. (à) fr. 161 i-S, lettre anonyme^ écrite de Genève, le 23 juin 1743,
ss
let 1743, et dans les Mémoires de Trévoui, septembre 1743 (1), dans la Bibliothèque Britannique (2) et dans la nouvelle Bibliothèque Germanique (}). Sa vie dans l'ouvrage de Fuessli,
à M. le C. B. L. R. (le chevalier ée la Roque), qui avait connu Arlaad.
(1} UUre écrite à Genève, du !•' juillet 1743, p. 2353-74. Le détail le plus important, c*est qu*il a été jusqu*à la (in en éiroite correspondance avec Rigaud. Le portrait, aue Largillière avait fait de lui dessinant la Léda, avait élé légué à la bibliothèque de Genève ; enfin le régent lui avait donné un des Titien de son cabinet, un Miracle de St-Anloine de Padoue, qui ne se trouve naiurellement pas dans le catalogue de StrGelais. — Arlaud avait un tableau même du régent : « Arlaud , nalif de Gmève, un très excellent peintre en miniature Sa Léda est un chef-d'œuvre. Il possède un tableau, que feu le duc régent a peint de sa pro|>re main, il y a quelques ans, et dont il lui a fait prébcut. Ses tableaux sont estimés 10.000 écus; ils sont faits presque tous par des peintres les plus renommez. » Séjour à Paiis ^ par M. deNemei(z, Leyde, 1727, in-13, p. 368 C'était à Bagnolet, dans un cabinet prèhque carré ei qui {suivait THUtichambre des pages, que se trouvaient, ainsi que da- s le cabinet dt* compagnie, «l<'Svingtci<q tableaux des Amours de Baphnis et Chloè, prinis par le duc d Orléans, régent, sur les dessins d'Antoine Coypel son maître, ei retouchés oar ce dernier » (ifArgenville, Eninronsde Paris^ 1768, iri-lS, p. 31i). Je ne doute pas que Coypel n*ait touché à la peinture ; mais je croirais beaucoup plutôt ritivention du régent; elle est trop simple, trop nue, trop naïve aussi, pour ne pas montrer l'amateur etnoa le peintre de profession.
(i) La Haye, Pierre de Hondt.
(3) Amsterdam, chez Pierre Mortier, t. I, 1746, p. 290-3S4. LeUre à M. de P... ^Pérard Tun des auteurs du journal, qui avait connu Arlaud) ; dans cette lettre , il y a une allu.sion au fait, dont parle Mariette : a Je sçais. Monsieur, que quand vous éiiez k Paris, un peintre se vanioil d'avoir éié le deshinateur de la Léda. m Voyez aussi : Germain Itrice Description de Paris, 1713, 6« édition, 1. 111, p. 73, — La Galène des portraits de peintres du musée de Florence^ in-f«>l. L IV, I76i, p. i95-6; le portrait est peint en 1727, — le Dictionnaire des artistes y A^ l'abbé DaligV< de Font«*nay. Paris, 1776, in-S**, L I, 104-7. Dans son travail sur la culture de% beaux-arts à Genève (Hémoires de la Société de Genève^ tomes IV, V et Vl, 1844 6), M. Rit^aud a consacré quelques pages à Arlaud (t. V, p. 47-51), et renvoie à d'autres auteurs; ainsi Senebier, Histoire littéraire de Genève, 1786, 3 vol. iii-8», t. Ul, p. 312, Picot, Histoire de Genève, 3 vol. in-8«, 1811, t. III, p. 383, et les Souvenirs Uelvétiques. Le travail de M. Rigaud nous apprend que le portrait
Vie des peintres suisses, T. II p. 201. — M. Arlaud ayoit habitué les citoyens de Genève, par le bien qu'il disoit continuellement de lui-même , à croire que c'étoit l'homme unique, et ils en étoient si bien persuadés, faute d'avoir mieux , qu'ils ont cru ne pouvoir jamais assez célébrer leur concitoyen; et puis, le présent, qu'il leur avoit tait, étoit encore un motif, qui ne devoit pas manquer d'exciter leur reconnoissance. Dans sa jeunesse, destiné à l'état ecclésiastique, il avoit étudié en conséquence , et voilà pourquoi il aimoit tant à dogmatiser , et le prenoit sur un ton d'aigreur, qu'il avoit contracté dans les écoles et que son humeur contrariante lui avoit fait trop goûter (1).
ARTVELT (ANDRÉ van) ou Ertvelt, nommé Alfelt par le Soprani (2) , vivoit à Anvers dans le même temps que Rubens et réussissoit à peindre des maiines; Bolswert en a gravé une d'après luy. Il étoit HoUandois de nation, si l'on en croit le Soprani, et très-habile dans l'art de peindre des paysages et des marines, lorsqu'il vint à Gennes, où Corneille de Wael, qui y étoit étably, le reçeut chez luy et luy procura
d*Ar1aud, par Largillière, est au musée de Genève. Le portrait en émail du Louvre» placé dans le cadre qui fail face aux Petitol, doit être uue copie de celui de Largillière; rariisle Genevois ne manque pas d*y élre représenlé dessina ni celle fameuse Léda.
(1) « Dans la rue de Condé, vis-à-vts des niurailirs du jardin (de rtiôlel de Condé), esirapparlemculdeJacques-Anloinc Arlaud, qui réussil si lieureusemcni dans les porirails en miniature, qu*aucun multre ne luy pcui à prcscni disputer en ce genre »i difficile. Son cabinel esl rempli de tableaux excellents de Titien, d*André dVIle Sarte, d^Annibal Carrache, de Rubens el d*aulrcs peintres en réputation : mais on ne trouvera dans aucun autre cabinel un plus beau choix de pal âges, de foresls (lisez : de palsagcs de Forest) et d'une perfecuon plus ex(|uise. » (DeseripLion de la ville de Paris^ par Germain Brice, 6*" édii. Paris, 1713, page 73.) Voyez encore, sur Arlaud, Descamps. T. IV, p. 11(5-22.
(2) Vile dei piUori, sciUplori ed archUeUi GenovetL Genova, 1674, ia-4* de 340 pages.
tt
OQfVMlgei, qui ftoeat ik^ bmt tn^tM* ft feMinuF lile dans sa patm; mais, à prme y fal^ib arrivé, qifiS flMNimi d'un acoèft d'apapleiie. aoprani, p. 329« GomiiHe é9 Bie iiit ai«Qt mealioQ de c« peintre, p. MS, el l'ott trou¥t aoD pOrtnitâuB^to suite de» omis poitraityde-ViiicMck; M^ Ubien te nomme Ertveesl : T. % f. 237.
4SPEKTINI (aihco}. iAkk|«A«éff^jiiIi0i^d»«m,aM^
Piàc^ énigmatiqjUi^ sur la chute du premiac h(Oi|)iiie* Vw y YoU sur le devait Âd^m, couché par teraeiaupirè&d^ufDUKii)^ che, et, vis-à-vis, Eve tenant une quenouille^ et ajiMl prt$ d'elle un fuseau, pour faire connattre que le travail fut la puoilioa ii^ leur- pédié. Plus loitiv et aor milieu dToi»; e^uu hùsàmi^ aussi coucbépai^ terie, qui se regarde denM m tàlmAt aoDVieie«, je orois que c'est GaïB> de mdme que^c^y v qoi est oDlevé au ciel< au desaua d'un autel sur lequel brûle une ho^ tecaustet est) Abdi. Enfuis dans le fond, Ton voituD cb#ttbiii^ qui chassa Adam. ebEve du paradis tftrastre. S^^ft'haulL' » trav» L'on ne voii point» à oette pièce te nom; de Bonasou^; elle est plustost de Reverdinus ; car, pour de Bonasone, elle n*en est nullement (1). Malvasia (2), qui la rapporte parmy les ouvrages de Bonasone,. dit qjie quelqfifes-Ups la.cro^nButîgi'a.véé {Mtf^ilteatfo AmiGO Aspertini, disciple du Pfaiioia<
— Mastrô. Amico Aspertioi était» un peintre extrêmement hiflane et qui peuscMtid'ilne façon^bien capricieuse. La pièce précédente n*est piglâ la seule preuve qu'on en puisse doppér. H SB toouve cheK^lc Rioy, dans rœuivretdu Parmesaft'(3)s une
(1)«iriêlte avait ^crlt d'abord : « Elle csl poorlant cerla[peinciil detay, cl ii y a apparcnfce qu'elle esi dé son invention, »
(f)FelnnapiUnce, édition de Bologne, 1844, ï vol. ih-8". i; 65.
(a^ L'œuvry de PaitaeMM a^ été aaaex réoemmenVdérifttk ei'refaiic, et nous n*avons pu retrouver la piëee^quellerfeite avativuè*
détotef, mais san^nbM ny marque , maïs (Jui eàt cértAiiemeût dû ménfie Miâesfro Atofco , en cas qfùtefaufre'èn soK, conmré 1er croit Maffiaéia, éf comme il y a èti éflW grattrfe apflârérfcéi I érf|u^t pafr éè qùtj' fa^* vé\i dé dessefns'de ce malsfrel ft a encofé^ *otiltf réprésenlei* ûntâ céKè piè(^é^éy AdâSta éVÉvë d* chcuS du' pVetfïier état * grtfée, dans Itequel' ils arVôîerit été cï<S6^, et vok-y sbus quelle tktioti. H ^représenté Adani'ftiyaWÏ, e/ihsyede Tnspèai &iih dVagon, <5[ui est entortillé autour dé sbn btèi^. tJné femme vêtue, et qui éfeV debout àf sa g^ilicl^jc, apparemment Eve , lieAt par les pieds k la' terrasse ; tbirte' là partie inHérieuredela flgifre, jusqu'aux genoux, paroist métamorphosée en terrai. Pat là' il semble vouloir apprenxïre qu'Eve, pat sa désobéissance, nous a âssiijetllis à la mort et à retéûlrrtfer à la' t&rre, d'oîr nous étions sortis. Sur le déVànt, près^d'Adara", est un pMif ehfariV, qui tient àla t^iVe de'ménfe qu'Eve et qui tâché de se dëftiîre d'un sei^eht (jflri Ic'iiibrd , par où il a eu encofe dessein di^ représenter la po^téritié d^Adam assujettie aux mêmes peittës^. fO<' 3'li, 6^ &Xf.
AUBERT (michel) , mort à Paris à la fleur deson âge, en 1740 (1).
AUDBAN (CHARLES). La famille des Audrân, si féconde en Habiîs graveurs, doit en quelque façon son établissement et le commencement de sa réputation à celuy, de qui on a rassemblé icy les ouvrages. Ce fut luy qui le premier embrassa la graveureet qui, s'y étant distingué, détermina son frère et
(t) Voyez le catalogue de son œuvre dans le Manuel de Varna - Uur d'eêiampei, dé M. Ch. Le Bi.inc (p. 63-9). qui donne, d*après Huber et Rosi, 1757, comme date de sa mort. Si MarieUe avilit raison, il yaiiraildeux Michel Aubert; car, en 1755, il y a des planches, si^nîfees de ce nom, dans le La Fou laine d^Oudry, qui û*a pas dû élre quinze alla eA préparaltoo.
tes neveux , par son exemple^ à suivre une profession, où Gérard Audran, Tun de ses neveux, a paru depuisavec tant d'éclat; mais c'est moins par cet endroit que par sa propre capacité que Charles Audran mérite des éloges. Il étoit bon des* sioateur et sa manière de graver des plus artistes : il ne luy a manqué que d'avoir rencontré plus d'occasions d'exercer ses talens dans toute leur étendue. Presque toujours occupé à des ouvrages, la pluspartde peu d'importance et d'après des maistres peu habils , s'il se négligeoit quelquefois, il fadsoit connottre ce qu'il valloit, lorsqu'il étoit assez heureux pour rencontrer d'excellens desseins. Ce qu'il a gravé en Italie d'après Pierre de Cortonne, André Sacchi et Jacques Stella , en est une excellente pi;euve. L'on ne doit donc pas l'accuser, s'il se trouve dans son œuvre quelques pièces inférieures à d'autres; c'est moins sa faulte que celle des peintres, parmy lesquels il vivoit, et de ceux, par qui il étoit employé et dont il étoit obligé de suivre les idées (1).
[Sur une feuUle wlante Mariette a écrit les notes suivantes pour une généalogie des Audran.)
Charles ou Karle Audran, né à Paris en 1594, a longtemps demeuré en Italie; on le croit disciple de Greuter; est venu mourir à Paris.
Gabriel Audran, cité par Marolles (je crois faussement). Il y a un Gabriel Le Brun, mais non un Gabriel Audran : vous verrez qu'il aura trouvé sur quelque pièce le nom d' Audran, précédé du G. et qu'il aura cru que cela vouloit dire Gabriel, dans le temps qu'il éloil question de Germain , frère de Gérard. Il le joint dans son Paris à Gérard, et, en effet, Gérard et Germain étoient frères.
(1) CeUe noie n*cst pas inédite; e'ie a déj* èlé publiée par M. Ch. Le Blanc, dans son Manuel, p. 7». J'y renvoie pour le catalogue des œuvres, m nombreux et si iiiièressanls pour notre école, de celte grande famille de graveurs; ils v occupent les pages 72 à 106, ci n'offrent pas moins de l,âOO pièces.
Claude Audran le père , fils de Carie , ne i Paris en ISOS, s'établit à Lyon et y mourut en 1679 ; père de Germain , de Claude et de Gérard.
Claude Audran, frère du précédent , né à Lyon en 1639, disciple de son oncle Karle , mourut à Paris en 1684. Il étoit peintre et a travaillé sous Le Brun, il est .mort de l'Académie (1).
Gérard Audran, frère du précédent , né à Lyon en 1640, mort à Paris en 1703 (3), étoit, comme son frère, disciple de Karle. — C'est le fameux Gérard Audran, qui a gravé les ba* tailles d'Alexandre (3).
— Au portrait de Henri Arnaud, étêque éTAnger», Manette ajoute : Mauvaise chose ; je ne puis croire que cela soit de luy, quoi qu'il y ait mis son nom (4).
Germain Audran , fils aussi de Claude le père , né à Lyon en 1631, et disciple de son père, mourut à Lyon en 1700. U étoit graveur assez médiocre et n'est jamais sorti de Lyon.— Vous verrezque c'est le même, que l'abbé de Marolles appelle Gabriel. — Marolles.p. 77 (5), le fait père ou cousin germain de Karle, en quoi il se trompe ; il étoit son neveu.
(1) Son dernier crrand tableau, la Multiplication des pains, qui se trouvait autrefois dans le chœur de la i^ranile églif^e des Char« treux (Florent le Comte lit, iil; Brice lit, 168-0, Pigantol, YI, Î26>, est maintenant dans rëglise des Blancs-Nantcaux. Il est sifnè : « C. Audran, 1683, » et a ët4( ffravé par Jean Audran. — Vovcz son article dans d'Argenvtlle (Vies des peintres^ IV, 136).
(i) Le 26 juillet.
(3) Comme appréciation du talent de Gérard , voyez Texceltent morceau, lu par M. Gatieaux , à la séance annuelle des cinq académies en décembre 1890. U a été, comme toujours, imprimé in -4', et a été reproduit par VArtUte (n» du 15 janvier 1851, p. 250-3). — Gérard Audran a été enterré à St-Benoit (Brice, III, 41 ; Piganiol, Y, 400).
(4) N* 240 de Vœuvre de Gérard ; te Blanc, p. 99.
(5) L*abbé de Marolles, dans son second catalogue. Paris, Frédéric Léonard, in-8^, 1666, p. 77. Cette note de Mariette est peu attentive, car Marolles ne parle pas de Germain Audran, et dit de
avec celui du Bernin dans le même tombeau. Non seulement ses ordonnances n'eurent plus la même beauté ni le même enthousiasme; mais on ne vit plus dans son pinceau ni la même suavité, ni la même vaghezxe. Il crut avoir jusqu'alors péché par défaut de couleur ; il voulut charger ses teintes et donner à ce qu'il peignoit plus de vigueur; il n'y eut plus d'harmonie dans ses tableaux; ils parurent durs et secs, et ne présentèrent plus rien d'agréable, témoin ce qu'il a fait aux S. S. Apôtres. Le Bachiche étoit la main, dont le Bemin se servoit pour exprimer en peinture ses pensées neuves et piquantes; cette obéissante main se ployoit à tout ce que le sculpteur vouloit, elle ne cherchoit point à épurer, ni à rendre cette manière plus correcte; elle y eut perdue. Chaque manière demande à être donné dans son véritable caractère; sans cela elle dégénère et n'est pas supportable. Le Bachiche est né en 1639 et non en 1658. L'inscription au bas du portrait de ce peintre, que M. Crozat avoit eu de la collection Pio, le dit, et le Pascoli le confirme (1).
BACKER (JACQUES nE baccher ou plustost); car c'est ainsi qu'il écrivoit son nom, qui en hollandois répond au mot françois Boulanger. Il y a deux peintres de ce nom, l'un plus ancien — j'ai une estampe gravée par Wierx d'après le vieux Jac. de Backer et elle peut servir à faire connoître quel étoit son goût de dessein et sa façon de composer ; l'une et l'autre sont fort médiocres— natif d'Anvers et celui dont Baldinucci fait mention d'après ce qu'en avoit écrit danssa langue Van Mander, l'autre beaucoup plus moderne, qui s'estoit particulièrement destiné au genre des portraits et qui en a fait d'extrêmement beaux. Il nacquit à Harlem, ainsi que nous l'apprend Corn, de Bie, et il est mort à Amsterdam
(!) Vile dei piUorij scuUoried architetli modemi, Roma, 1730, 2 vol. ln-4. Tomo I, 194-209.
le 27 aoustl651 ago de 42 ans, suivant qu'il est marqué au l)as de son portraitpeintparT.de Keyser et gravé par Th, Matliara. Amsterdam le compte parmi ses peintres, et il avoit en effet pris un établissement dans cette ville et n*est point sorti du moment qu'il vint l'habiter.
BACKHUYSEN (ludolf), né à Emden en 1631 et mort à Amsterdam en 1709 âgé de 78, ans a excellé à peindre des vaisseaux et (« qu'on appelle des marines; un de mes amis a une veue de la rade d'Amsterdam, qui est très bien peinte, suitout l'eau, qui est d'une légèreté et d'une transparence merveilleuse. Les vaisseaux sont peints d'après nature et toutes les manœuvres et les matures sont dans la plus exacte vérité. Je trouve cependant ces vaisseaux peints plus pesament que le reste; on y voit quelques figures; mais ce n'est pas ce qui est de plus beau; quoyqu'elles ne soient pas mal peintes [1]. Les tableaux de ce peintre sont estimés et recherchés dans son pays; icy ils sont moins considérés; les sujets ne sont pas assez intéressans pour nous. Bakhuysen, outre le talent de la peinture, qu'il ne devoit qu'à la nature seule, car il s'étoit formé de lui môme, avoit encore une très belle main pour l'écriture. Il en donnoit des leçons, et il a fait d'excellens écoliers. Houbraken, qui a écrit sa vie (^), le fait auteur d'une suite de marines gravées par luy même en 1702. Je n'ay pas encore eu occasion de les voir. — Je les ai vu de près chez Huquier. S'il n'avoit pas fait autre chose, on ne parleroit guère de lui.
(1) n est à peu près certain que la belle Marine de Backhuysen possédée par le musée du Louvre, au fond de (laquelle on aperçoit la ville d'Amsterdam, dont le nom est écrit à icauclie en lettres d*or, est le tableau dont parle ici Mariette. En effet, ce tableau, qui vient du cabinet de Louis XY, lai avait été donné par les béri« tiers du sculpjleur Bouchardon, qui a été très-lié avec Mariette.
(2) Dans sa Vie de* peintres hollandais^ 1719, in-8, tome II,' p. 236-44.
BADALOCCHIO (sisto). Ny luy, ny Lanfranc, n'ont jamais gravé la gallerie Farnèse; il (1) veut dire les Loges du Vatican peintes par Raphaël. Dans un mss., composé par un nommé Pio, Tannée de sa naissance est mise à l'année 1579, et celle de sa mort en 1648; mais, œmme cet écrivain m'est suspect, je n'ose trop compter sur la vérité de ces dattes (2).
— Sisto B^. Marque dont a fait usage Sisto Badalocchio.
BÂGABD (césab) est compté au nombre des artistes célèbres qu'a produit la Lorraine. Il étoit sculpteur, et l'on voit dans les églises de Nanci, plusieurs de ses ouvrages dont on fait cas. Il naquit à Nanci en 1639, le 27 mars, et y mourut en 1709. Voy. les notes à la suite de l'éloge de Gallot du P. Husson, p. Ixxviij (3).
BAGNADORE (pietro maria). Le Rossi, dans les éloges des hommes illustres de Bresse (4), article du Mutian, dit que les beaux paysages du Mucian, qui ont été gravés par Corneille Cott, l'ont été sur les desseins qu'en avoit fait le dit Bagnadore. Si cela est vray, et il faut croire que le Rossi n'a pas avancé sans fondement un tel sentiment, ce peintre en sçavoit autant que le Mucian même, car ces desseins qui se retrouvent dans la collection de-M. Crozat sont d'une exécution merveilleuse (5}. Averoldi, dans la table de son livre.
(1) Le Père Orlandi.
(2) Voyez Le Blanc, p. 117, sur la question de Tannée de sa naissance, et les auteurs auxquels il renvoie.
(3) Voyez aussi dom Calmet, BibLiotkèque des hommes illustres de la Lorraine^ colonnes 70-1, pour la liste détaillée de ses ouvrages.
(4) Brescia, 16S0, in-4«.
(5) No 633 du cat. Crozat : a Trois grands desseins da palsagcs k la plume très terminés dans Tun desquels est représenté saint Onufre, dans un autre saint Kuslacbe, et dans un autre sainte Magdelaine. Ce sont les mômes sur lesquels Corneille Corta gravé. Ils ont appartenu à Rubens, qui a dessiné quelque chose dans un de ces desseins. » Vendu à Uëquct, 31 livres 2 sous.
Pitture di Brescia (1), le fail naitrc dans la Fortezza do grOrci novi, nel Bresciano; il dit, dans un autre endroit du livre, qu*il avoit étudié la peinture à Rome, sans dire que ce fut sous le Mucian.
BAILLIË (wiLiAM). — W. B. Marque qu'a employée, sur plusieurs des planches qu'il a gravées, le capitaine Guillaume Baillie, qui est un amateur, qui vit à Rome en cette année 1763, et qui y a gravé nombre de planches d'après des tableaux et des desseins. Il en fait son amusement et il en tire du profit, car il vend ses estampes assez cher; il y en a parmi qui font de l'efTet. Il est capitaine dans un régiment de cavalerie. — Depuis quelque tems, j'écris cecy en 1770, il s'est adonné à graver dans la manière noire (2).
BAILLY (JACQUES), de Grâce en Berry, peintre en miniature (3).
BALASSI (MARIO) est mort à Florence, le 3 octobre 1667, âgé de 63 ans. Son portrait et un abrégé de sa vie, assez circonstancié, se trouvent dans le Tome III du Recueil des portraits des peintres de la galerie de Florence.
BALDINI. Vasari a remarqué que Sandro Boticelli (l'un de
(1) Brescia, 1700, iQ-4«.
(2) Son œuvre se compose de Hl pièces. On en peut voir le détail dans le Manuel de L'amateur d'estampes^ de On. Le Blanc, I, p. 119-23.
(3) Non pas de Grasse, mauvaise leçon que Mariette a prise dans les îioms des plus fameux peintres^ de Félibien (p. 73), mais de Graçay, qui est proche de Bourges, ce qui explique que Florenlle-Comte (éd. de Paris, III, 129) le dise de cette ville. Il fut reçu à PAradémieen juillet 1664, etmourul à 50 ans, le 7 septembre 1679, si r on en croit la liste de M. Dussieux, rédigée d'après les registres derAcadëmie, — le2, si Ton en croit Piganiol, qui, en le disant enterré à Saint-Germain-l Auxerrois (il logeait aux galeries du Louvre), donne cette date, sans doute diaprés Tépitapbe. Piganiol»
ceux qui ont exercé les premiers la gravure à Florence, ou, pour mieux dire, qui ont trouvé Tatt d*imprimer sur du papier ce qu'ils avoienl gravé sur le cuivre) avoil préparé des planches pour une édition du Dante. Cela se tvouve vrai. En MCCGCLxxxi, le 30 aoust, Nicolas di Lorenzo délia Magna (c'est à dire Nicolas fils de Lorenzo, originaire d'Allemagne), mit au jour à Florence la Comédie du Dante avec le commentaire de Christophe Landini, qu'il venoit d'imprimer. C'est un grand et gros in folio (1). En faisant cette édition, il n'est point douteux qu'il avoit dessein de l'enrichir d'estampes à la teste de chaque chant, car au commencement de chacun des d. chants, il y a des vuides qui n'y ont été laissés qu'à cette intention, mais qui n'ont jamais été remplisque je sache, du moins en entier. On trouve bien quelques exemplaires, où les planches qui dévoient servir dans cette édition et qui sont celles du Boticelli ont été imprimées, mais elles ne vont pas au delà des deux premiers chants, car la planche qui est à la tête du troisième chant n'est qu'une répétition de celle du premier chant. Les planches sont tirées dans le livre même, ce qui est remarquable, et je l'observe, parceque j'ai vu des gens qui etoient dans la prévention que ces planches avoient
à cet endroit, donne sur lui quelques détails, auxquels nous renvoyons (éd. de 1765, II, 221-2, et VII, 294). Nicolas Bailly, peinire et graveur, était son fils;— il élait garde des tableaux du roi, et c'est à lui que nous devons leur précieux inventaire, rédigé en 1709 et 1 7 1 et conservé au Louvre en manuscrit ; — et Jacques Bailly, garde des tableaux du roi et père du maire de Paris, était aussi son petitfils ; c'est à ce second Jacaues que se rapporte le tableau cité par Piganiol (VII, 194). M. Rooert Dumesnil (Peintres graveurs français^ II, 89-91) a donné le détail des fleurs gravées par le premier. Nous rappellerons aussi que toutes les devises gravées par Séb. Leclerc pour le carrousel de 1632, et dont les planches existent à la chalcographie (n°* 1837-79 du nouveau livret), Font été d'après ses dessins.
(i) Voyez sur cette édition le catalogue des livres imprimés sur vélin de la Bibliotlièque du roi, par M. Van Prael, IV, n» 153, et Brunet, II, 14-5.
<Hc collées et mises à leur place dans le livre postérieurement. J*ai des épreuves des trois premières planches que m'a envoyées M. Gabburri. 11 en possedoit encore dix autres qui sont à n'en point douter, une suite des trois premières que j'ai. Ces dix planches vont de suite depuis le ¥ chant jusqu'au 13® sans ancune interruption ; mais je ne sache pas qu'elles se trouvent dans aucun exemplaire du livre imprimé. La suite ne va pas plus loin, et il faut croire que Boticelli en est demeuré là, et que n'ayant pas continué pour des raisons qu'on ignore, on ne pensa plus à mettre des planches dans l'édition que je cite, et on l'a fait paroitre avec les places d'attente. Et en effet Boticelli refusant ou ne pouvant pas remplir ce projet, il etoit difficile de le faire accomplir par d'autres, d'autant que c'etoit une nouvelle invention qui n'etoit pas encore bien connue. J'ai vu un Dante imprimé avec des planches à Bresse en 1487, mais les planches sont en bois, et cela n'a rien de commun avec l'impression des planches en cuivre qui n'est venue que depuis, et que je préjuge n'avoir été exercée en Italie que plusieurs années après qu'elle avoit été trouvée en Allemagne. J'ay des planches gravées en Allemagne en 1467, et ces planches de Boticelli ne sont, comme on voit, que de l'année 1481. Voilà 14 ans de différence et c'est beaucoup. Lorsque M. Gabburi m'envoya les trois épreuves que je viens de citer, il me fit observer qu'il y avoit sur une de ces pièces celle marque 2 qu'il pretendoit être celle de Haso Finiguerra. Il se trompoit ; ces planches sont incontestablement de Boticelli; et cette marque est un chiffre trois^ et en effet la planche où elle est etoit destinée pour le 3« chant du Dante, et c'est la seule qui soit chiffrée. Je vois de plus le même chiffre, figuré de la même manière sur les planches qui composent deux suites qui me sont passées par les mains et où sont représentées dans l'une les douze sybilles et dans l'autre 21 des patriarches ou pro-
phclcs de rAncicii TcsUmcnt, à commencer à Isaïe (el peut être y en doil-il avoir jusqu'à 24, la suite que j*ai sous les yeux peut n'être pas complette). Les planches qui composent ces deux suites sont dans la même manière et sont du même travail que celles pour le Dante; et je suis complètement certain qu'elles sont encore une production du Boticelli ou du Baldini sur les desseins du premier. Dans chacune la sybille ou le patriarche est représenté assis sur une banderole qui ordinairement voltige dans le fonds; le nom des personnages est écrit en latin, et au bas huit vers, d'un italien fort grossier et en lettres unciales, rendent raison du sujet. Cela se doit entendre de la suite des patriarches; car, quoi qu'il en soit de même, par rapport à la position des vers italiens, à la suite des sybilles, dans celle ci, outre le nom de la sybille, on trouve écrit tantôt dans les fonds de l'estampe, et tantôt sur une banderoUe, et quelquefois sur un livre ouvert que tient la sybille, la prophétie écrite en latin. Ces deux suites, qui m'ont été communiquées, ont été apportées de Florence, et c'est une espèce de préjugé que l'ouvrage y a été fait. Toutes les planches sont cotées au haut à gauche depuis 1 jusqu'à la fln. 11 y a beaucoup de variétés dans les habillemens de ces flguresde sybilles et de prophètes; l'auteur vouloit sans doute parêtre un homme de génie ; mais le goût gothique n'en paroist pas moins dans cet ouvrage qui ne peut estre loué que par quelque compatriote zélé, tel que le Vasari. Nos ouvrages gothiques de ce tems là valoient bien ceux-ci.
Au bas de la planche cotée 3 représentant la sybille Delphique et dans le blanc qui est au devant des huit vers italiens, on trouve deux lettres ainsi disposées ^. J'en ignore
la signification ; on ne voit rien de semblable aux autres planches; ces deux lettres n'ont rien de commun avec les
vers qui suivent; seroit-cela rnaniuc du graveur Bnldini, el encore plutôt la marque du BotticelH, Alexander Bolticelli; lar Sandro est le diminutif d'Alexandro.
Cette suite de prophètes et de patriarches qui ont annoncé ou prédit la venue du Messie a été connue en Allemagne, et elle a méritée qu'un des premiers graveurs de ce pays là s'en servit dans une suite d'apôtres que j'ai eu occasion de voir. Ce maître allemand n'a pas tout copié ; le saint Paul et le saint Simon le sont seulement, d'après les deux qui, dans Ia suite italienne, représentent les prophètes Malachie et Amos, avec cette différence, que, pour les faire cadrer à son sujet, r'artiste allemand s'y est permis descliangemens; par exemple, le prophète Amos tient un lion et devenu un saint Paul il tient une épée : outre cela les pieds des figures, qui étoient chaussés, sontnuds, et les chaises ou trosnessont de desseins differens. Ce ne sonfpas non plus les mftmes sens de tailles, ni par conséquent des copies serviles. J'ai confronté tous les autres apôtres et n'en ai point vu d'autres de copiés. A ces pièces allemandes, il n'y a aucune marque. Je la regarde comme faite dans le berceau de la gravure, et je remarquerai que dans ces commencements les artistes se copioient volontiers. La disette de génie le permettoit. J'y crois reconnoître la manière de F. V. B.; on a du même maître une suite d'apôtres debout et dans les mêmes proportions que ceux qu'il a représentés assis.
— Il se pourroit fort bien faire que, comme l'invention de la gravure vient d'Allemagne, et que cet art y a été pratiqué plusieurs années avant qu'il le fut en Italie, œtte suite d'apôtres eut précédé la suite des prophètes gravée à Florence. Il en sera passé des gravures dans cette ville, lesquelles seront tombées entre les mains du Botticelli, et celui-ci, chez qui la partie du génie n'étoit pas ce qui dominoit le plus, s'en sera aidé de quelques unes auxquelles il aura fait des cbangemens
pour les dépayser. On a plus d'un exemple de plagiais semblables faits par des ilaliens; en plus d'une occasion, ils n'ont pas eu honte de faire de pareilles incursions sur les Allemands. Dans les commencements que ceux-«û Grent paroitre des estampes, les Italiens les regardèrent avec l'admiration qu*on donne aux choses de nouvelle invention. Témoin Michel Ange qui dans sa jeunesse ne rougit point de copier pour son étude le saint Antoine battu des démons qu'avoit gravé Martin Schoën (1).
BALDiNUCCl (filippo], florentin et académicien de la Crusca, avoit assez de pratique du dessein pour être en état de dessiner des portraits d'après nature et de les faire ressembler. Le cardinal Léopold de Medicis, qui étoit grand amateur et dont il avoit toute la confiance, en avoit recueilli plusieurs, dont il avoit orné ses maisons de plaisance. Mais c'est en exerçant sa plume que le Baldinucci s'est fait une plus grande réputation. II la fit servir principalement à composer les fastes de la peinture, ouvrage que lui suggéra le cîardinal, son protecteur, et qu'il distribua par siècle en commençant à Cimabue qu'il regardoit comme le restaurateur de la peinture, et, descendant jusqu'au tems qu'il écrivoit, il recueillit à peu près tout ce qui avoit été dit sur les artistes qui ont manié le pinceau et qui ont pratiqué les autres arts dépendant du dessein. Il s'étendit en particulier sur les peintres, ses compatriotes, et, voulant acquérir des notions sures par rapport aux peintres de la Lombardie, il en fit exprès le voyage. D'un autre côté le cardinal lui fit faire des traductions de Van Mander, et il fut le premier qui fit parler cet écrivain une autre langue que celle dans laquelle il avoit
(1) Voyez, pour le détail des pièces dont parle Mariette, la description de Bartscb^ XIII, 158-300.
écrit, n ne vit cependant qu'une très petite partie de son ou-* vrage Imprimé de son vivant, et peut-être le reste serait-il demeuié|entre les mains de l'avocat Fr. Xavier, son fils, sans les sollicitations redoublées du chevalier Gabburri. Il n'y consentit même que lorsqu'il vit le scavant Ant. Marie Salvini, le docteur Ant. Marie Biccioni et Marc Ant. Mariti, prêts à le seconder et à mettre l'ouvrage en état de parotlre. Il en parut alors un volume en 1702 et deux autres depuis, en 1728. Le Baldinucci avoit commencé à se faire connottre par un Dictionnaire des termes usités par ceux qui cultivent le dessein, 1 vol. imprimé en 1681; par une Vie du chevalier Bernin, imprimé en 1682, et par une histoire abrégée de l'Art de la gravure, publiée en 1686. Je crois pouvoir placer sa mort vers l'année 1700. C'étoit un homme d'une piété exemplaire et qui passoit pour avoir une grande rx)nnoissance de sa langue, et l'avoir parlé très correctement. Ce fut lui qui composa pour le cardinal de Médicis la collection de desseins qui se conserve à Florence. Je n'ose dire ce que j'en pense, je craindrois de faire tort aux connoissances du collecteur (1).
BALDUCGI (gio), detto Casci, fut l'eleve en qui Battista Naldini mit le plus de confiance. 11 lui fit achever le tableau
(1 ) Sur les ouvrages de Baldinucci et leurs différentes éditions, nous renvoyons au Manuel du libraire et de l'amateur de livres^de Brunet, 4* édit., 1. 1, p. 236-7, et à Touvrage du comte Mazzuchelli, Gli Sait' tori dltalia. Brescia, 1733-63. 6 vol. in-f*'', qui ne vont malheureusement pas plus loin que le B ; III, i42-S. Baldinucci, outre la collection du cardinal de Médicis, avait encore rassemblé pour lui -môme une riche et nombreuse collection de dessins, qu'il avait réunis en quatre gros volumes, suivant Tordre chronologique de ses Notizie dé" pro~ fessori del disegno^ où il fait souvent allusion aux dessins qu'il possède. Ce recueil fut acquis parle musée du Louvre sous Tempire, et bien qu'en mainte occasion les fausses attributions y donnent justice à Taigre-douce critique de Mariette, il n'en contient pas moins, surtout pour la période des mattros primitifs, des dessins inestimables. Il offre en tête quelques portraits de Baldinucci à la sanguine, mais ils sont trés-médiocses.
qu'il avoit entrepris de faire pour l'entrée de la grande du* chesse Christine de Lorraine à Florence, en 1S88 (1), el que la goûte ne lui avoit pas permis de finir, et il lui en fit distribuer encore deux autres qui lui firent beaucoup d'honneur.
BALESTRA (aotoine), Longhi. Vil. de Pitt. Venez. —1 lest mort à Vérone le 21 avril 1740. Il etoit âgé de 74 ans. 11 étoit à Venise en 1717, et, comme il demeuroit chez un de ses frères, dans le quartier de Santa Maria mater domini^ qui étoit celui de Zanetti , il se forma entre eux une liaison qui fit honneur à l'un et à l'autre. La Rosalba en profita, elle prit des leçons de fialestra, qui ne lui furent pas infructueuses.
— Les pièces qu'Antoine Balestra a gravées à l'eau forte et d'une pointe fine et spirituelle, m'ont été envoyées en me faisant observer qu'on avoit eu toutes les peines du monde à les trouver à Vérone. On ne sçait ce que sont devenues les planches, et le peu d'épreuves qui en restent sont rarissimes. Zanetti, ami de Balestra, et qui fait cas de ses ouvrages, m'a écrit que ces pièces lui manquoient et qu'il desesperoit de les trouver. Celles, qui m'ont été envoyées parM. Temanza, qui en a bien voulu faire la recherche pour moi, m'ont coûté cher. Je les avois vu, mais non pas toutes, entre les mains d'Huquier.
BALTENS (pieiire], et non pas Balton, ainsi que l'appelle Sandrart(2], mais son véritable nom étoit Pierre Cuslos, étoit d'Anvers, et je vois par quelques estampes que Wierx a gravées et qui portent la date 1577, qu'il y faisoit le commerce d'images. Dominique Custos, graveur à Augsbourg, étoit son fils.
— Dominique Custos estoit fils d'un peintre d'Anvers,
(1) Voir la noie précédcDte, p. 17.
(2) P. 260; Noribergœ, 1G83.
imitateur de Bruegel et assez estimé ; il se nommoit Pierre Custos, et fut surnommé Baltens. Ou ne le connoist guère que sous ce dernier nom, et Van Mander, qui en fait mention, ne le nomme pas autrement. J'ay veu un paysage gravé en bois d*après lui, et il n'y avoit au bas que le nom de P. Baltens. Dominique Custos fit graver le portrait de son père en 1609 par Luc Kilian.
— En rapportant Vinscription du portrait gravé d^ Albert Durer : Dominico Custodi vitrico suo, Jacobo MuUero socero suo, D. D. Lucas Kilian anno 1608, Mariette ajoute : Ainsi, l'on apprend par là que D. Custos étoit le beau-père de L. Kilian, c'est à dire qu'il avoit épousé la mère de L. Kilian en 2^ nopces (1).
BAMBLNI (gugomo) est un des disciples de Dominique Mona, auprès duquel il ne fil pas de grands progrès, ce que je remarque avec l'auteur de la Description des peintures de Ferrare (2), parce que le P. Orlandi l'ayant rangé (ci-dessus, p. 97) au nombre des peintres de Ferrare qui s'étoienl fait une réputation, on pourroit être tenté de lui supposer des talens qu'il n'avoit pas. Autre erreur de l'auteur de VAbecedario ; il place la mort de c^t artiste en 1626> tandis qu'elle n'est arrivée que le 22 décembre 1628.
BAMBINI (NICOLAS), né à Venise de parens, qui lui donnèrent une excellente éducation ; ils lui tirent faire son cours d'études, mais il ne put résister au penchant qui l'entrainoit vers la peinture. Il en prit les leçons sous le Diamantini, s'il
(t; Le Raphaël Custos, qui a gravé le portrait de Luc Kilian, devait être aussi de la famille de Pierre et de Dominique.
{Ti Pitture e scoUurc che si trovano nclle chiese, luoghi publici e sobborghi dclla citta di Ferrara. Ferrara 1770, in-8% apprcsso Giuseppe Rinaldi (par Gesarc Barolli), p. âO.
en dut croire le Guarienti (1), car le Longhi, qui nous a donné des notices sur la vie de cet artiste, le fait disciple du peintre florentin Mazzoni. Hais, quoiqu'il en soit, le Bambini est un des peintres qui, dans ces derniers tems, a fait le plus d'honneur à Técole vénitienne. Son génie étoit fécond ; il peignoit arec une prodigieuse facilité, ce qui sans doute lui nuisoit, car cela l'engageoit à peindre presque toujours de pratique. 11 se fit considérer, et le doge le créa chevalier. Dans un fige fort avancé, il travaiUoit encore avec la vivacité d'un jeune homme. Il est mort à Venise en 1736, âgé de 74 ans.... Longhi Vit. de Pitt. Venez.— Ce n'est point le doge qui lui donna la croix, ce fut un prince d'Italie qu'on ne nomme point. Il etoit à sa mort beaucoup plus flgé que ne le fait le Longhi, il comploit 85 ans. M. Zanelti, le biblioth. de S. Marc, qui avoit appris à dessiner à l'école du Bambini, le dit lormellemenl et il faut le croire. Voyez son L. délia Pitt. Venez, p. 431, et ce qu'il y dit des talens de ce peintre. 11 lui est arrivé de travailler, conjointement avec le Cassana, quelquefois dans le même tableau ; il en creoit l'onionnance, Tautre y mettoit la couleur, et il en résultoit un tableau charmant. Peu content de ce que lui avoil enseigné à Venise le Mazzoni, il fit le voyage de Rome, et profita beaucoup des leçons qu'il y prit dans l'école de G. Maratte. De retour dans sa patrie, il fut enlrainé par le courant et se vit obligé d'assujetir sa manière à celle du cav. Liberi qui etoit en vogue, sans pourtant avoir jamais pu parvenir à mettre dans ses lestes de femmes le môme caractère de beauté.
BARBIERE (alessandro del] fut un des Peintres Florentins qui fut employé aux décorations qui se firent à Florence en
(1) Sans doute, dans son ëdilion vénitenne de VAbecedaiio dn P.Orlandi, 1753, in-4«.
1588 pour l'entrée de Christine de Lorraine dans cette ville (1] ; il fit un tableau dans la décoration qui etoit al canto àegli Aniettesi.
BARBIËRE (damiano del). Je suis comme asseuré que c'est une fautte de Vasari, et qu'il Taut lire Dominique del Barbiere, de qui il avoit déjà parlé dans la vie du Rosso, et dont le père Orlandi fait cy après un article séparé, le mesme car Dominique del Barbiere qui travailloit pour le Rosso vivoit sous le Priroatice, et travailloit sous sa conduitte. Remarquez que Yasari les fait l'un et l'autre Florentins, excellens stuccateurs, et travaillant en France dans le mesme temps. Cette méprise de nom qu'a faitte Vasari a fait commettre la mesme fautte à tous ceux qui ont écrit depuis luy. Le Père Orlandi fait dire icy à Vasari que Damiano del Barbiere vint en France vers l'année 1544. Cependant cet auteur n'en parle en aucune manière.
BARRIERE (domenico del]. Voyez cy dessus à l'article de Damianodel Barbiere. — ^DomenicoFiorentino. Il etoit sculpteur et architecte, on voit de ses ouvrages de sculpture à Fontainebleau, et àTroyes dans l'église de S. Nicolas, S. Pantaleon, aux Dominiquains. JTay trouté cecy écrit au bas (fun morceau du jugement de Jf. Ange^ gravé par ledit Dominique Florentin. — Il mourut à Troyes et y est enterré dans l'Eglise de S. Pantaleon. Mem. mss. envoyé de Troyes (2). — J'ai vu de ses desseins, qui m'ont laissé une fort bonne idée de ses talens et qui m'a fait connoitre que ce n'est pas le gracieux qu'il faut chercher dans ses ouvrages. Il avoit vu le Rosso et
(!) Voir une noie précédente, p. 17.
(2) Pour ce qui pourrait rester des ouvrages de Dominico del Barbiere, comme de François Gentil, nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer aux divers ouvrages de Grosley sur rnisloire de Tro>cs.
s*etoit formé sur sa manière, ainsi il ne pouvoit manquer de mettre du sauvage dans la sienne. C'est dommage, car il avsit du goût et du génie; le dessein que je cite en est une preuve, il est riche de composition. Il a été vendu à la vente de Julienne, et, s'il n'dvoit pas été aussi fruste qu'il l'etoit, jo ne l'aurois pas laissé échapper (1).
BARBIERI (Jean François] (2). Corn, de Bie en a fait mention dans son livre, p. 283. Mais ce qu'il en dit se réduit à un éloge en vers flamands et n'apprend rien. Je n'en fais mention que pour relever une iaute grossière qui lui est échappé. Car voici le nom du Peintre, tel qu'il l'a mis h la tète de sa pièce de vers : Jean Francisco Datsent. Il Tavoit pris sans doute de la bouche de quelqu'homme de son pays, qui prononcoit les mots Gio. Francesco da Cento selon l'inflexion de la langue Italienne. L'erreur est palpable.— Sous le Portique du Dôme de Cento, on lit son Epitaphe : Cenotaphium Jo : Fran : Barbieri vulgè il Guercino da Cento Pictoris eximii. Voyage en Italie de Laiande.
— • La noie iuivante, datée de 1768, se trouve en tête d^un exemplaire, conservé au cabinet des Estampes^ du recueil :
(1) N'^adS du catalogue delà vente de M. de JullieDne,in-12,1767 : « Un sujet de composition fait à la plume, rehaussé de blanc, par Domenico Florentine : il porte li pouces 9 lignes de haut, sur 9 pouces 9 lignes de large. » Le dessin était monté et a été vendu 49 livres.
(2) La plus intéressante biographie qui ait été publiée sur le Guerchin est celle qui parut à Bologne, Marsigli, 1808, sous le titre : Notizie délia vila, e délie opère del cavaUere Gioan Francesco Barbieri detlo il Guercino da Cento célèbre pittore, alla sacra maesta di Napoleone il grande^ etc., etc. La seconde moUié du volume est consacrée au journal, inédit jusqu'alors, que le Guerchin avait fait tenir successivement par son frère, Paolo Antonio, et par ses neveux, Benedetto et Cesare Genari, et où , depuis le 4 janvier de Tannée 1G29, jusqu'au 22 décembre i666, jour de la mort du Guerchin > sont relatées les sommes versées en payement de ses peintures.
NuùiDa Raccolia di alcuni disegni del Barbieri da Cenio, deOo d Guercino. in Roma 1764. Nella iiamperia di Giovanni Generoso So/omtnt, in-p*. A la suite de cet ouvrage, Mariette a rassetnNé un grand nombre d* autres fac simile de dessins de Guerchin, ceux du comte de Caylus, les siens propres, et ceux de Bartolozzi ;
J*ai rassemblé dans ce volume diverses pièces qui ont été gravées d'après des desseins du Guerchin.
On y trouve les douze moroeaux qu'a gravés à Venise le Bartolozzi et qui sont d'une beauté presqu'égale à celle des desseins qu'il a imités. Jamais copies n'ont approché autant que celles-ci de leurs originaux. Le peintre n'y auroit peut être pas mis plus d'art. Les six morceaux, qui ont paru les premiers, sont ici d'une expression qui, tirant un peu sur le jaune, imite la couleur de l'encre, lorsqu'elle vieillit et rend par ce moyen le ton du dessein beaucoup mieux que si elle étoit plus noire. Ils ont été tirés avant que Zanetti, auquel appartenoient quelques uns des desseins, eut été décoré, fiar l'impératrice Reine de Hongrie, du titre de Comte, qui a été ajouté à la suite de son nom sur les planches, et se lit dans les épreuves postérieures, changement qui s'est fait très peu de temps après la publication des planches. Le dessein d'une S^ Famille, où l'enfant Jésus, debout, présenté par S** Anne, caresse la S^« Vierge, a été achetté des héritiers du Guerchin par M. Jenings, qui l'a fait passer en Angleterre. Il est entièrement à la plume, et fort beau, à ce que m'a dit celui qui en a (ait l'emplette. Un autre de ces desseins, où l'entant Jésus est représenté tétant sa mère, est dans le cabinet de Zanetti. 11 est légèrement colorié et le même M. Jenings m'en a fait un grand éloge.
Ces douze planches ont été achetées par le Piranèse, lorsque Bartolozzi a quitté l'Italie pour passer en Angleterre, et, depuis qu'il les a en sa possession, il y a fait mettre un litre
6/i et y en a ajouté quelques autres, cinq, que j*ai inséré dans le même volume et qu*il a fait graver par Jean Otlavîani, d'après des desseins qui étoient entre les mains de M. Thomas Jenkins, peintre anglois. Il sont suivis d*une gra^-ure, qu*a exécuté le Baitolozzi depuis qu'il est à Londres, d'après un dessein du Guercbin, qui est intéressant, et qui a été tiré du cabinet du duc d'Argyle. Viennent ensuite six pièces, qu'a gravé à Paris, en 1767, un jeune artiste florentin, nommé Vincent Vangélisti, d'après d'excellents desseins que j'ai eu à la vente de M. Crozat. Il en a imité le lavis et les a aussi bien rendu qu'il est possible. Dans un voyage qu'il a fait à Londres, il y a porté ces six planches et elles y sont demeurées (1). Les Anglois sont passionnés pour les desseins de Guerchin. Un des leurs, je crois M. Kent, fit graver, étant à Florence, quelques desseins de ce mattre, et y employa le Zocchi. L'Amour, qui tire une flèche de dedans un carquois est une de ces planches, qu'il a transporté à Londres avec les douze suivantes, qu'il a trouvé à Bologne et qui représentent un enfant, neuf bustes et deux petits paysages, qui toutes me paroissent gravées par le Bonavera.'
J'ai terminé la collection par nombre de paysages qu'a gravé fort heureusement M. le comte deCaylus, ceux qui l'ont été par moi, au nombre de trois (2), et un plus grand, que H. Lempereurle père a exécuté d'après un dessein de M. d'Argenville, qui ne me paroit qu'une copie, mais dont la composition est piquante.
Taurois pu grossir ce recueil de quelques autres morceaux qui ont été pareillement gravés d'après des desseins de Guerchin, tels que la suite des paysages que lesGennari, héritiers de ce mattre, firent autrefois graver à Paris, par Pesne, un
(1) Voyez plus loin Tarlicle du Barlolozzi.
(2) Ooen a inséré deux daus son catalogue de venle.
paysage, qui Ta été à Rome par Benedetto Luti et qui est une pièce extrêmement difficile à trouver; une étude d'une figure du dieu Mars retenu par TAmour, qu'a gravé à Florence le Zoccbi, et dont la planche est à Londres, tout ce qui a été mis au jour dans cette ville par M. Knapton et Pond ; mais j'ai réservé tout cela pour l'œuvre du Guerchin que j'ai formé. J'ai outre cela, dans un volume particulier, ce qu'a fait graver par le Bartolozzi, ou par d'autres, M. R. Dalton, l'homme de confiance du Roi d'Angleterre , et sur lequel il se repose du soin d'arranger ses desseins et de lui en procurer de nouveau.
J'ai encore ajouté depuis une pièce, qu'a gravée, en 1T73, h l'imitation d'un dessein fait a la sanguine, le Bartolozzi. Il lui a plu l'intituler Les filles du Guerchin, quoy que ce peintre n'ait point été marié. Mais les Anglois se repaissent volontiers de ces sortes d'anecdotes, et pour entrer dans leurs veues, Bartolozzi a forgé celle-ci. Ce n'est pas le morceau qui lui fait le plus d'honneur. On voit au contraire qu'il se perd < dans un pays qui n'est pas fait pour nourrir le goût, et où, • ainsi qu'en Hollande, il n'y a plus que le grand fini qui fasse . fortune.
Il m'est venu, par la même occasion, une caricature qu'a gravé, en 1765, une dame de condition, Louise de Greville, fille du duc de Warwick, d'après un dessein du Guerchin. Ce n'est pas une merveille, il s'en faut beaucoup. Cela n'empêche pas que je ne lui aye donné place dans ce Recueil.
BARENTSEN (dieterich barent, ou plutôt) est le nom flamand de Thierry ou Théodore Bernard , dont on a quelques estampes gravées par les Sadelers, Goltzius, etc., entre autres quelques sujets de la Passion de J. C, que Jean Sadeler a gravés, et dont j'ai vu les desseins en blanc et noir, touchés avec esprit et d'une main légère. Ilsétoienlau nombre de 40, et par conséquent il s'en faut beaucoup que tous ayent
été gravés. Gemme ils ne sont pas trop arrêtés, il a fallu seavoir beaucoup pour en tirer tout ce qu'a fait Jean Sadeler ; mais aussi cela lui a*t-il fait mettre de sa manière dans ses estampes et l'on n'y voit point cette Gnesse qui fait le principal mérite des desseins. Le peintre qui les a faits connoissoit les règles du clair obscur; ses desseins en font la preuve, au lieu que les estampes ne font point d'ejffet ; il n'y a pas plus d'intelligence que dans les autres gravures des Sadelers. J'ai dans mon œuvre du Titien quelques paysages avec cette marque D. B. Je soupçonne qu'ils ont été gravés par Dietcricii Barentzen. Il avoit un assez beau génie et je n'ai point vu sans surprise, dans la suite de desseins que je viens de citer, le sujet de J. G. élevé en croix traité de la même manière que celui de Van Dyck. On m'a assuré que Van Dyck ainsi que Rubens faisoient grand cas de notre peintre et l'on m'a mémo ajouté qu'il étoit sur que Van Dyck avoit vu cette suite de desseins et qu'il avoit proBté de l'idée de l'Elévation en croix, comme Rubens avoit fait de celle d'Abraham congédiant Agar qu'il avoit trouvé dans les figures de la Bible de Tobic Stimmer, et dont il avoit fait un tableau qui est chez M. Grozat.
— Gette suite de desseins de Théodore Bernard est revenu à Paris en 1759, et, l'ayant examinée avec plus d'attention que je n'avois fait la première fois, j'ai découvert que l'intention de chaque sujet étoit bien de Théodore , et en effet il n'est aucun dessein sur lequel on ne trouve son nom é<Tit ainsi : Theodorus in; mais j'ai reconnu aussi que l'exécution des desseins n'est point de ce peintre; elle appartient à Jean Sadeler qui apparemment les copia d'après les originaux de Théodore dans l'intention de les graver, et, afin qu'on n'en put pas douter, il mit h quelques uns de ces desseins, et singulièrement à ceux qui sontcoltés 14, 19 et 28 son nom écrit ainsi : Joes Sadeler /*., Jan. Sad.^ Joan Sad^ en même temps
qu'il mettoit sur le même dessin celui de Theodorus in. Cela me donne une très bonne idée du scavoir de Jean Sadeler. Je vois qu'il peignoit et avec facilité, car ces desseins sont faits en maître; ils sont touchés avec une Qnesse et un esprit qui ne sent point son copiste. C'est dommage qu'ils aient noirci ; ils dévoient être agréables à voir, lorsqu'ils étoient dans toute leur fraîcheur et avant d'avoir été verni, ce qui, avec le tems, a beaucoup contribué à les anéantir, de façon qu'il y en a plusieurs, surtout les sujets de nuit, où l'on ne voit plus rien. L'Elévation en croix est cotée 23 (1).
— D. B. sur plusieurs planches de paysages qu'on range dans l'œuvre du Titien et que je crois gravés par Thiery Bernard, en flamand Dieterich Barent. 11 avoit séjourné longtemps à Venise et avoit été le disciple du Titien, en qui ce grand peintre avoit le plus de confiance.
— Une assemblée de gentilshommes et de dames vénitiennes assistans à une feste qui se donne dans une loge dont la veue s'étend sur la mer; celte belle pièce de Henry Gollzius a été gravée en 1584; c'est une des plus rares de l'œuvre. Elle est composée de deux planches et c'est une feste pour des nopces. D'après Théodore Bernardz d'Amsterdam, le même dont Van Mander a fait la vie et qu'il nomme en hollandois Dirick Barentsen, c'est à dire en latin Theodorus Bernardi, Théodore fils de Bernard. 11 avoit été disciple du Titien pendant sept ans, et celuy des peintres flamands qui avoient le mieux sceu profiter des enseignemens de ce grand homme. J'ay veu de ses desseins dont une partie a été gra* vée par J. Sadeler (2) et dont j'ai fait mention dans l'œuvre de
(l)Le hasard nous a remis sous les yeux celle suile de dessins qui oui été proposés \ radminisiration du Louvre el toujours avec le nom de Thierry Bernard. Nous pouvons, pour les avoir vus, affirmer que la seconde noie deMarielle esl d*une justesse parfaile cl absolumenl inconleslable.
(2) On voit que celle noie esl anlérieure à 1750, époque à la-
ce graveur, qui estoient merveilleusement bien touchés et où le clair obscur estoit bien entendu ; les fonds de paysages en estoient disposés avec grand goût par grandes parties, et sans aucune des petittes minuties où sont presque toujours tombés les peintres flamands et surtout ceux de ce siècle là.
BAROCHE (ambroise) de Milan, sculpteur, bisayeul de Frédéric Barocbe; voyez Beltori vie du Baroche[i) ot ci après a l'article du Baroche.
BAROCHE (FREDERIC). Son bisayeul Ambroise^ étoit sculpteur et c'est lui qui a exécuté ces bas reliefs représentant différentes espèces de machines qui sont au pied de la façade du palais d'Urbin en dehors. Si l'on en croit Vasari, Francesco di Giorgio Sanese en a fourni les desseins. Mais peut-on faire fond sur ce qu'il dit, car il asseure que ces bas reliefs sont peints, et cependant il est certain qu'ils sont de sculpture. BMi^ Memorie concernenii la CiltatTUrbîno p. 68.
-- Le frère du Baroche se nommoit Simon et étoit un excellent ouvrier d'instrument de mathématiques. La ville d'Urbin étoit pour lors en réputation de fournir ce qu'on pouvoit désirer de mieux en ce genre.
— Le Borghini se trompe sur l'âge de ce peintre; il ne lui donne que 45 ans en 1584 [*2]. Il en avoit pour lors 55. Je m'en rapporte pour c«la au Vasari.
— U faut lire Bellori qui a écrit avec grande exactitude la vie du Baroche et a fait mention de ses plus beaux tableaux et du lieu où ils se trouvent.
— Saint François recevant les stigmates, gravé par Villamène en 1597, M. Crozat a encore le dessein sur lequel cette
quelle Mariette reconnut que les dessins o*èlaient que d*aprè8 Baremien et non de lui.
(1; Ed. dePise, 1821. 3 vol. in 8. Tome I, p. 175.
(9) 11 Riposo, Fiorenza, 1584, in-t2, libro quarto, p. 570.
estampe a été gravée par Villamène (1) ; il a été fait avec un soin infini dans Técole du Baroche. Ce célèbre peintre ne negligeoit rien pour que tout ce qui sorloit de ses mains ou qui étoil exécuté d'après lui, luy fit honneur. Il ne se satisfaisoit pas aisément; peu de peintres ont fait autant d'études que lui pour un même tableau. 11 paroist bien qu'il estoit difficile par les plaintes qu'il faisoit au Garrache au sujet de l'Enée.
— Enée portant son père ; gravé par Aug. Garrache en 1593. M. le duc d'Orléans en a le tableau, qui vient de la reine de Suède, mais fort gâté. Il y en a ce me semble encore un autre en Espagne (2).
— La bienheureuse Micheline de Pesaro en prières gravé au burin a Rome par Benoist Farjat, d'après le tableau qui appartenoit alors à l'abbé Olivieri et qui est un double de celui qui est à Pesaro (3)
— Le portrait de Baroche dans le Bellori; je crois que P. Simon en est le graveur, quoy que son nom ne soit pas à mon épreuve.
— L'Annonciation gravée par Baroche lui même. Le tableau est à Loreto; il y en a un semblable en Espagne à l'Escurial; M.Grozat en a le dessein merveilleusement beau (4).
— La Visitation gravée a Rome par Gisbert Vœnius en 1588.
(i) N' 247 du catalojcue de Crozat, avec un autre dessin ; achetés ensemble 50 livres par M. de Tessin. Ce saint François est maintenant à Londres dans la collection de M. le comte de Bark ; il faisait partie d'un inestimable volume acquis par lui en Suède et provenant originairement du comte de Tessin lui-môme. Le Louvre, n« 2278 de Tinventaire, possède une autre étude de ce saint François.
(2) Crozat en avait un camaïeu à l'huile (n* 248 de son catalogue). Le tableau du duc d'Orléans indiqué dans Dubois de Saiut-Gelais, p. 169.
(3) Crozat avait des études pour ce tableau, n"" 223 et 238.
(4) N« 223 de son catalogue, avec deux autres ; achetés 24 livres 3 s. parHéquet.
Le tableau est à Rome dans une des cUapelles de réglisc neuve. S. Philippe de Néri avoit une dévotion particulière pour ce tableau du Baroche et il disoit volontiers son office devant l'autel où il est exposé. Il y en a une autre planche gravée dans la même année 1588 sans nom de graveur, toutes deux : Statii belgœ formis, plus une troisième par Ph. Tlio* massin en 1594.
— Saint Pierre et saint André quittant leurs Glets pour suivre le Christ gravé par G. Sadeler en 1594; le tableau est à Pesaro]et il y en a un semblable en Espagne à rEscurial(l).
— Les disciples détachant le Christ de la croix, et la Vierge s'évanouissant, gravé en 1606 par Fr.Villamène d'après le tableau qui est à Pérouse. M. Crozat en a le dessein en première pensée très belle (2), qui a passé à Marseille. Elle a été achetée fort cher à la vente de Julienne (3). J'en ai pareillement une première pensée qui ne le cède point au tableau.
— Jésus Christ porté au tombeau par ses disciples, gravé au burin par G. Sadeler. 11 y en a une copie de la même grandeur gravée en 1598 par Raphaël Guidi. Le tableau est à Sinigaglia. M. Crozat en a le dessein, en blanc et noir, aussy bien qu'un dessein extrêmement fini (4) au crayon noir et les chairs au crayon rouge, manière que Baroche aimoit assez ; lequel dessein a servy à Sadeler pour graver cette belle plan-
Ci) Le tableau de Pesaro, qui est la répétition d'un premier demandé par Philippe 11 à la confrérie, est maintenant au musée de Bruxelles auquel il a été donne par nos conquêtes de Tempire. Voyez, pour les nombreuses gravures qui en ont été faites, Télude publiée par fun de nous sur ce musée. Dumoulin, i850, in-8* de 82 pages, p. 4, 45 et les additions derrière le titre.
(2) N« 226 ae son catalogue, avec deux autres dessins ; acheté iOO livres 2 sous par Agar.
(3) N^' 358 du catalogue. Vendu 36 1 livres i2 sous.
(4) Fait partie du musée des dessins; il a été exposé. N<> 226 de rinven taire. Vendu 300 liv. à la vente de Mariette (n"" 158 de son catalogue). A la vente de Crozat (n"" 246 de son catalogue) il n'avait été vendu que 100 livres 1 sou.
chc. Ce dessein a été fait par le Baroche avec un soin infmy. G. Sadeler ne pouvoit manquer de faire une belle estampe d'après un si beau dessein. Je croirois assez volontiers qu'il Ta gravée en Italie aussy bien que la Vocation de saint André cy dessus.
— Jésus Christ apparoissant à la Hagdelaine sous la figure d'un jardinier, gravé au burin en 1609 par Lucas Ciamberlan. L'on prétend que Fr. Villamène a conduit la gravure; il en avoit au moins la planche. M. Grozat en a le dessein (1) ; il prétend que le tableau qui étoit autrefois à Luques est actuellement chez le grand duc.
— Une sainte famille où la sainte Vierge fait remarquer à l'enfant Jésus un chat, qui guette un oyseau que tient saint Jean Baptiste, gravé au burin en 1577 par Gorn.Gort.M.Crozata ce dessin fait à la sanguine, sur lequel G. Gort a gravé, mais il est bien effacé ; il vient de Jabach (2).
BARON (jeân), ou Baronius, de Toulouse, a gravé à Rome divers ouvrages, entre autres une planche d'après le beau tableau de la Peste du Poussin. Il mourut à Rome d'une fièvre chaude, s'estant jette dans le puits de la maison de Corn. Bloemaert, vers le milieu du dernier siècle. 11 étoit jeune et promettoit ; il y a quelque apparence qu'il étoit élève de Corneille Bloemaert (3).
BARRAS (Sébastien), peintre, qui vivoitau commencement
(l)N°224 de son catalogue, avec deux autres dessins ; acheté 55 livres 10 sous par le comte de Tessin. Il se trouvait aussi dans le volume acauis en Suède par le comte de Bark et dont noua avons déjft parlé.
(2) Un des huit dessins du n<> 2i8 du cataloRue de Crozat. Acheté ensemble 20 livres 15 sous par Héquet. Le tableau fait maintenant partie de la National Gallery. Nous renvoyons à Texcellcnt catalogue de M. Eastlake pour la suite de ses possesseurs.
(3) Voyez Le Blanc, p. i5t-2, pour son catalogue de Tœuvre de Baron, composé de quatre-vingt-dix-neuf pièces.
de ce siècle, et que je crois Provençal. M. de Boyer d'Aiguilles lui avoit fait graver en manière noire quelques uns de ses tableaux, et, entr'autres, deux de Michel Ange de Caravage, et il en avoil fait deux très belles estampes, très supérieures à celles que M. d'Aiguilles a jugé à propos de leur substituer, parcequ'ayant résolu apparemment que toutes les planches de son recueil seroient de gravure uniforme , il se détermina à faire regraver de cette sorte les mêmes tableaux par J. Goelmans. 11 tit, à ce qu'on m'assure, repolir les cuivres sur lesquels Barras avoit gravé, après en avoir seulement fait tirer quelques épreuves, ce qui est grand dommage. On a aussi le portrait d'un médecin d'après Van Dyck, gravé pareillement en manière noire par le même Barras, lequel est un très beau morceau.
— Il y a tout lieu de croire que, si Barras avoit fourni une plus longue carrière, il seroit devenu un fort habile homme. 11 étoit né avec des talens, et surtout avec du génie, M. d'Aguilles, qui le considéroit, avoit pris soin de son éducation; il l'dvoit envoyé à Rome pour étudier, et l'y avoit entretenu pendant plusieurs années. De retour à Aix, il lui avoit fait peindre plusieurs plafonds dans sa maison, et il lui destinoit d'autres ouvrages encore plus importans, lorsqu'une mort précipitée l'enleva à l'âge de trente ans (1). [Description des tableaux du cabinet de M. Boyer d'Aguilles, p. 18.)
BARRI (giacomo]. Il étoit françois de nation. Il a gravé deux estampes d'après des tableaux de Philippe Gherardi, peints, à ce que je crois, dans la bibliothèque de Saint- George à Venise, dont un représente la Sybille qui montre à
(1) Barras mourut, non pas à trente ans, mais précisément à cinquanle, en 1703, et fui enterrée Saint-SauTeur d'Aix ; il était né en 1653. Voyez sur lui le premier volume dfs Peintres provinciaux^, p. 12(M, où Ton trouvera aussi une description de Tètat actuel de rhôiel d^Eguilles.
Auguste la Vierge Mère, au bas desquelles il s'inscrit ainsi : Gtacomo Barri irancese (1). Il a aussi gravé une Adoration de bergers d'après Paul Veronèse qui porte la date 1667, et il a publié un Recueil de douze des principales sépultures qui se voyent dans les églises de Venise dont il a faU graver les planches par le Zucini florentin, toujours étant à Venise.
— L'enrant Jésus couché dans la crèche au milieu de la sainte Vierge et de ses bergers, gravée à l'eau forte à Venise en 1667 par Jacques Barri, d'après le tableau qui esta Venise dans l'église des Jésuites. Elle a été aussy gravée chez J. Matham. Jacques Barri est auteur du livre intitulé Viaggio pittoresco, 12® (2).
BARRIÈRE (DOMINIQUE). Ce peintre, qui étoit de Marseille, a gravé beaucoup de veues pendant tout le temps qu'il a demeuré à Rome; il avoit une fort belle manière de traitter le paysage; la veue des ouurages de Carrache avoit surtout contribué à le former (3).
BARTOLI (piETRO santl) premièrement disciple de M. Le Maire et ensuite de Poussin ; voyez sa vie dans le livre de Pascoli, intitulé Vite de piitori Perugini (4).
— Il y a eu deux éditions de la colonne Antonine , toutes deux différentes. Celle à la teste de laquelle est le portrait du
(1) M. Le V\^nc {Manuel de l'amateur d'estampes, p. 455) u*indique pas ces deux pièces, ni par conséquent sa patrie ; en revanche il indique une Madeleine chez Simon, aussi gravée en 1667 diaprés Paul Véronése.
{%) Viaggio piltoresco, in oui si notano dislint. lutte le pHlure famose de' pi celeM piitori^ clie si conservano in quaU Givoglia cilla dcW Italia.,. Venleia, 1671, in-12, livre qui est rare, et qui aurait été traduit en anglais (1679, in-S) par un anonyme; il a cependant signé des initiales W. L., qu*on a expliquées par William Lodge.
(3) Voyez ce que nous avons déjà donné dans les documents sur Barrière, et le catalogue de ses gravures dans le troisième volume de M. Robert Dumesnil, et dans Le Blanc, p. 155-9.
(i) Borna, 173i,in-4».
duc de Modène et une épistre dedicaloire adressée à ce prince par Pietro Santi Bartoli, est la première et elle est moins am* pie que la seconde, dans laquelle le graveur a donné ce qu*il a pu découvrir dans les parties de bas-reliefs qui est prèsqu'entièrement effacée, ce qu'il avoit négligé de rapporter dans la première édition. Et pour cela il a fallu réformer plusieurs planches et en augmenter quelques autres. Âparemment que celuy qui avoit fait les desseins de ceste colonne, qui sont dans la bibliothèque Barberine et sur lesquels Piètre Santé a gravé ses planches, avoit négligé ces parties ruinées parce qu'il n'y voyoit rien, mais que, lorsque Pietro Santé eut mis au jour ses planches, on trouva que pour rendre l'ouvrage parfait, il falloit donner la colonne dans Testât qu'elle estoit sans y rien obmettre, et ce fut le motif des nouvelles augmentations qu'il fit, et qui occasionnèrent des changements dans les explications du Bellori. J'ignore pourquoy dans cette seconde édition on a supprimé la dédicace, et je ne (Tois pas que jusques à présent on ait songé à faire cette observation des deux éditions.
— La note suivante n'est pas de Mariette y mais de M. de Cay^ lus; on nous saura^ croyons-nous , gré de la recueillir ^ ainsi que deux autres notes complémentaires de Joly le garde des estampes de la Bibliothèque du roi. Elles seront même ici dC autant plus à leur place que Mariette est Fauteur du texte qui ac» compagne la publication^ que M. de Caylus a faite à très-^petit nombre de ce recueilde desseins de Pietro SantoBartoU^ donnés par lui en 1764 à la Bibliothèque et d*au nous tirons ces notes. Les dessins sont coloriés et faits iune manière très-petite, mais timide, naïve, et par là même plus exacte que si elie était plus libre; mais nous laissons la parole à M. de Caylus :
Ces 33 desseins, que j'ai trouvés' par iiazard dans Paris, soQl de la main de Pietro Santo Bartoli et ont été faits d'après des peintures antiques trouvées à Rome et qui ne sub-
sistent plus. J'en ai fait graver le trait que j'ai donné à ceux qui ont bien voulu faire la dépense de le faire enluminer, et je puis assurer qu'il n'y en a que 30 exemplaires dans l'Europe, ayant pris soin de faire casser les planches après en avoir tiré ce nombre.
Je joint à ce recueil cinq nouveaux desseins que j'ai acquis depuis que les 30 exemplaires étoient distribués. Ils ont le même objet et me paroissenl mériter d'être également consenés.
La noie suivante écrite par tin anonyme, certainement un des employés du cabinet, est k complément naturd de la pirécé^ dente.
Ce fut M. l'abbé Campion de Tersan qui indiqua ces 5 desseins à M. de Caylus qui les joignit au présent recueil. Après la rare impression qu'il venoit d'en faire faire, il s'étoit bien promis de les faire graver et de les ajouter dans son livre des antiquités ; mais sa mort a devancé son intention.
Le 6« dessein est aussi de la main de Piètre Santé ; il a été donné depuis la mort de Mr de Caylus par un artiste habile et modeste qui s'est cru suffisamment nommé que de coopérer à la générosité de ce seigneur qui, pour l'honneur des arts, avoit fait don au cabinet du roi de ces précieux desseins et par lui commentés ; son regret est celui de ce que le hasard ne lui aye fait tomber dans les mains qu'un seul dessein de cette suite pour en augmenter le Recueil mss. du roi.
Ces deux autres notes^ qui sont écrites par Joly^ s'ajoutent aux précédentes :
Après avoir fait relier curieusement ce corps de desseins, il me dit, en le lui montrant, que j'avois trop bien habillé son livre; puis, en le feuilletant, il apperçut son portrait qu^ j'avois mis à la lêto. M. de Caylus s'eniacha si bien qu'il au-
roit continué de déchirer le feuillet, si je ne lui eusse oté le volume des mains.
—Cette rare et magnifique édition a coûté plus de 12,000 livres à M. le comte de Gaylus, non compris les frais de l'enluminure de chaque exemplaire, faite sous ses yeui, dont il avoit fixé le prix à 300 livres, qui ont été payé par ceux à qui cet illu5tre bienfaiteur des lettres et dee arts a fait présent de ce livre. Voyez l'imprimé à la bibliothèque du roi.
BABTOLOMEO DEL ROSA est à proprement dire le seul disciple qu'ait fait Salvator Rosa. Il n'a guère peint que des tableaux de chevalet et seulement des paysages, dont quelques uns ont passé dans les cabinets et ont été regardés comme dés ouvrages de son mattre, et il est vrai qu'il en avoit assez bien imité la manière, et comme il ne scavoit pas faire la figure, il avoit coutume d'emprunter, pour celles dont il meubloit ses tableaux, la main d'un flamand que le Bâldinucci nomme Antoine de Wael, mais qui doit être Jean Baptiste de Wael, celui de qui Ton a une suite de petites planches de pastorales dans le goût de Jean Miel, que ce de Waël a gravé étant à Rome et qu'il a dédié à Gaspard Stoomcr. Baldinucci, del V. délia part. I del Secolo V, p. 591 (1).
BARTOLOMEO [Fra Bartolomeo di S. Marco). Il fit veu de se faire religieux Dominiquain, à l'occasion de la prise de Savonarole qui arriva en 1498. Mais il ne fit profession qu'en 1500. Le tableau que décrit Vasari et qu'il dit estre en Franco, est peint en 1515. C'est un petit tableau, qui est très bien peint; Je l'ay veu à Fontainebleau cette année 1722 dans le cabinet du Roy (2). Le sujet est une Vierge, environnée de plusieurs saints; c'est le mesme dont le P. Dan fait mention
(1) Ed. de Florence, 1767-74. T. XIX, p. 91-2.
(2) Il est toujours au Louvre.
dans sa description de Fontainebleau, p. 136, et qu*il attribue mal à propos à un Frère Barthélémy Vénitien. L'on voit dans ce tableau le soin que prenoit nostre peintre, pour que tout y fui dans les règles de la perspective; car Ton aperçoit encore la trace des opérations qu'il a faites auparavant, pour mettre en perspective toute l'architecture, les traits en estant enfoncés dans l'impression du tableau. 11 y a mis au bas son nom et la datte . F. Bart*. Floren. or*>. pre.
Vasari dit qu'il le flt dans le temps que Raphaël vint à Florence pour s'y instruire dans la peinture, ce qui n'est pas probable, puisque Raphaël n'a pu venir à Florence plus tard que 1503. La Bibliothèque de Sienne ayant été peinte avant cette année par le Pinturicchio, du commandement du cardinal Fr. Piccolomini qui fut depuis Pape en 1503. Or l'on sçait que Raphaël encore fort jeune en a voit fait les desseins au Pinturicchio (1), et qu'ayant entendu parler avec beaucoup d'éloge des cartons de Léonard et de Michel Ange pour la salle du Conseil, il quitta ce peintre pour venir à Florence (2).
(1) On sait maintenant qu*il n*en est rien.
(2) Mariette a eu Tintenlion d'écrire une vie du Fra Bartolomeo ; car il existe dans ses papiers une feuille écrite dos deux côtés, commençant et finissant au milieu d'une phrase, comme il convient à un feuillet détaché d'un cahier. Nous n'avons pas cru devoir l'imprimer, parce qu'elle est trés-informe, et que, se rapportant aux rapports du peintre avec Savonarole, elle n est qu*un extrait du Vasari. Nous préférerions pouvoir donner la note mise par lui en tête d'un inestimable livre de croquis et d'études du Fiale^ qui lui a appartenu, et qui, après avoir été chez Thomas Lawrence, était passé entre les mains du roi de Hollande. Il a figuré à sa vente, mais il a été retiré. Mariette, nous dit-on, raconte dans cette note le sort de ce volume légué par le peintre à un couvent de femmes dans lequel était sa sœur (Voy. le Cat. Crozat, p. 3.), et qui, ô profanation! arriva à ôlre si méconnu et négligé, qu'on en avait déchiré des feuillets pour s'en servir » faire des coiffes. Pour la biographie et les œuvres du Fra Bartolomeo, nous ne
BÂRTOLOZZI a gravé huit pièces (d'après Gastiglione) dans une manière qui imite les desseins lavés d'acquarelle. Quatre sont d'après des desseins appartenant à M. Zanetli, et quatre autres d'après des desseins que M. Smith avoit dans son cabinet* Ils lui venoient du Sagrado (?) et sont à présent» avec tout ce que Smith avait rassemblé, dans le cabinet du Roi d'Angleterre. — Bartolozzi a vendu ses planches à un Ânglois peu de temps après les avoir gravées, et les épreuves qu'il a distribuées, et qu'il avoit fait imprimer avec soin ont été en petit nombre. Il vouloit prolonger beaucoup plus loin cette suite, donner tous les desseins de Benedelte qui étoient en grand nombre chez H. Smith et ceux de M. Zanetti, mais l'inconstance de ce graveur ne lui a pas permis d'aller plus loin, et je ne crois pas qu'il faille trop le regretter, car ces huit pièces d'après le Benedette ne sont pas ce qu'il a fait de mieux. En voici les sujets : La résurrection de Lazare, une fête au Dieu Pan, L'Enfant Jesus^ans la crèche offert a Dieu le Père, Voyage d'Abraham, Noë offrant un sacrifice au Seigneur, l'Adoration des bergers, autre du même sujet, Tobie ensevelissant les morts (1).
BABUFPALDI. Comme, dans sa table des auteurs, le Père Orlandi [p. 452] indique : Le Vite dei piu insigni Pittori et ScuUori Ferraresi descritle dal Dottore Girolamo Barufaldi Ferrarese, Mariette tgoute : Arciprete délia GoUegiata di Bia-
pouvons mieux renvoyer qu*au récent et excellent travail du révérend père Yincenzo Marchese dans ses Vite de' Pittori Domenicani. Firenze, 1845, in-8». Tome II, p. 1-166.
(1) Ce sont, dans Texcellent catalogue, donné par H. Le Blanc, de rœuvre du Bartolozzi, qui n'a pas chez lui moins de 700 articles, les numéros 48, 148, 26, 5, 3, 21, 23, 14; c'est sans doute à Boydell que le paveur avait vendu ses planches ; car elles figurent dans le 5« volume de sa collection de gravures.
gio di Gento.Cet ouvrage longtemps attendu est resté imparfait à la mort de l'auteur arrivée en 1755 (i).
BÂSSÂN (FRANÇOIS), fils de Jacques, est mort en 1591, un an avant son père. Il étoit âgé de 43 ans, 5 mois et 8 jours. Ridolfi met sa mort en 1594; mais il se trompe et son erreur vient de ce que Tépitaphe de Fr. Bassan, qu'il rapporleetsur laquelle il se fonde, avoit été mal copiée. On la reproduit telle qu'elle est dans un ouvrage intitulé Vila e Machine del Fer^ raeino in Venezia 1754, Y. à la page 82, lequel ouvrage contient plusieurs particularités concernant l'histoire de Bassano. D'autres preuves, qui se joignent à cette épitaphe et qu'on lit au même endroit, assurent la véritable époque de la mort de Fr. Bassan en 1591, le 5 des Calendes de Juillet.
On avance dans le même ouvrage, et cela paroit être un fait certain, que, dans les tableaux de Fr. Bassan qui sont dans la salle du grand Conseil à Venise, Jacques Bassan, père de François, V avoit mis la main et en avoit fourni les compositions, ce qui avoit fait la réputation et la fortune de son fils, et en effet, dans un débat entre les héritiers de Jacques Bassan à l'occasion du partage de la succession, les frères de François s'en firent un titre et prétendirent en tirer avantage, ainsi qu'on le rapporte d'après les pièces originales, et l'on nous apprend aussi les circonstances de sa mort que passe sous silence le Ridolfi. Elle fut des plus déplorables. 11 s'étoit mis dans l'esprit qu'il étoit poursuivi et qu'on avoit dessein de
(i) Il est maintenant henreusement publié, mais depuis très-peu d'années, à Ferrare, d*après le ms. qui se trouve maintenant dans la Bibtiotkeca CostabiLiana de ceUe ville. L*ouvrage a 2 vol. in-8^. Coi' tipi delV editore Domenico Taddei. Le l*"" vol. de XX et 472 pages qui commença à paraître en 1844, offre à la fin la mention pubUcato nel aprile 1846; le 2», de 611 pages, porte au titre celte même dale de 1846, et à la fin la mention publicalo nel sellembre iSÂS^ avec ce tilre : Viu de' piltori e scuUori FerraresiscriUe dalV arcipreU Gtrolomo Baruffaldi cm annota%ioni.
l'anéter et de le constituer prisonnier, c*étoit sa loUe; un jour qu'il étoit tranquille dans sa maison, il entend frapper à sa porte, et s'imaginant que ce sont des archers, il se trouble, il se jette par la fenêtre et se tue. Sa veuve fit transporter son corps à Bassano, et l'ayant fait inhumer dans le tombeau où depuis fut pareillem* mis le vieux Bassan, elle y fit mettre cette épitaphe :
cr Francisco à Ponte Bassano Jac. f. patema pingendo diligentia ac venustate assecuto, egrcgii operis tabulis quœ cum alibi, tum in reipubl. venetae comitio ac curia spectantur immortalis nominis laudem adepto. Venetiis obeunte in patriam delato Justina uior maeslissima H. M. P. C. vix. ann. XLIII men. V. dies YlII. obiit anno MDXGI, v K. Julii. »
Elle y fit aussi placer son buste en marbre fait par le Cappa, à qui l'on donne la qualité de fameux sculpteur.
BATONI (poMPEO GiROLAMo] est né à Lucques, et n'a point eu de maître. Il fit sa première profession de l'orfèvrerie ; il faisoit des bijoux, des tabatières, les gravoit, les ciseloit. Il lui arriva que quelqu'un, qui lui avoit donné à faire une tabatière, lui remit une miniature pour Ty loger. Batoni la regarde ; il lui prend envie d'essayer de la copier ; à force de soin, il y réussit au point que la copie est prise pour l'original. Cela lui donne du courage ; il dessine, il peint; dans tout cela il ne trouve rien de trop difficile. Il s'apperçoit qu'il est né peintre, que c'est sa vocation ; il s'y livre, et, en assez peu de temps, il se fait un nom et devient un des meilleurs peintres de l'Italie. Comme il a un pinceau séduisant et qui donne dans un grand fini, il plaît et ne peut suffire aux commissions dont on le charge. Il est surtout fort occupé à faire des portraits, qu'il se fait payer fort chèrement. Il s'est établi à Rome et il y vit.
BAUDESSON (phangois) de Troyes a peint des Fleurs et
s*est distingué dans ce talent, quoy que fort inférieur au sca« vant Batiste. Il étoit de rÂcadémie Royale de Peinture, et il est raort en 1682, âgé de 72 ans (1) C'est chez son père, menuisier sculpteur en bois, que M. Girardon a pris les premières leçons de dessein. Mém. ms$. envoyés de Troyts.
BAUDET (Etienne), de Blois, graveur au burin, de l'Académie royale de peinture. — Parmy le nombre des graveurs, qui se sont rendu célèbres par la beauté de leur burin, Etienne Baudet n'est pas un de ceux qui occupent la moindre place. Il etoit de Blois, et, étant venu à Paris, Sebastien Bourdon, excellent peintre, le reçeut dans son école et luy apprit le dessein; il luy proposa ensuite de graver, et, comme il avoit luy même gravé plusieurs ouvrages avec suceès, il voulut bien encore luy servir de maître en cette occasion, et
(i) Ce doit être dans Florent le Comte (ëdit. de Paris, III, 129) que cetle date de 1682 a dû ôtre prise; mais c'est une erreur, comme on le peut voir par Textrait suivant, tire du Mercure galant de septembre i680, 1"* partie, page 65 : « La mort de M. Bau- « desson, Conseiller du Roi en son académie de peinture et de t< sculpture, est une perte qui n'est pas moins considérable pour « ritalie que pour la France. C'étoit le plus excellent peintre de « son tempo pour ce c^ui regarde les fleurs. Quoiqu'il fut très atta* « ché au travail, il Taimoit bien moins pour le gain que pour la « gloire. Les curieux gardent ses ouvrages précieusement. Le Roi « en a beaucoup à Versailles. Il est mort à Rome, le 4 de sep- « tembre, âgé de soixante et neuf ans, après y avoir fait un très « long séjour. Il demeuroit chez Messieurs de Saint-Genvs, qui, a rayant chéri comme leur père, pendant tout le temps qu'il a vécu « avec eux. Font fait enterrer à leurs dépens d'une manière très a honorable. Il leur a laissé quantité de ses ouvrages, qui font un ic des plus beaux ornemens de leur cabinet. Il en est peu à Paris « qui soient aussi curieux. Il nous a laissé aussi un fils, très digne « héritier de son mérite et fort estimé par tout ce qu'on voit de « lui. M. Baudesson étoit né à Troyes, patrie du fameux M. Il ignard a et de plusieurs autres illustres, qui excellent aujourd'hui, tant (c dans la peinture et la sculpture que dans les autres sciences. » Nous ajouterone seulement que son nls, qui peignit le même genre que lui, s'appelait François et fut aussi de 1 Académie.
luy fournir quelques uns de ses tableaux pour faire son premier coup d'essai de graveure. Baudet, se sentant en étal de proflter de ces premières instructions, partit peu de temps après pour Rome, où les jeunes élèves trouvent plus d'occasions de se rendre habiles et d'étudier avec fruit. Il en ressentit si bien les effects, qu'il résolut de faire un assez long séjour dans cette ville, pendant lequel il perfectionna beaucoup sa manière de graver, s'etant principalement attaché à suivre les principes de Corneille Bloemaert et de François Spierre, qui travailloient à Rome avec une grande réputation et dont le burin etoit sidoui et si harmonieux. Ce fut pour lors, qu'étant parvenu au point de perfection où il pouvoit arriver, il fut choisy par les seigneurs de la maison Falconieri, pour graver quatre fameux tableaux de l'Âlbane, qui etoient dans leur palais, et il s'en acquitta avec tout le sua-ès possible. Ce grand ouvrage achevé, il ne tarda guerres à revenir en France, où, son habileté s'etant fait connoitre de plus près, le Roy Louis le Grand luy fit l'honneur de le loger dans les galleries du Louvre, et de le choisir pour un de ses graveurs. On luy donna à continuer la suitte des statues et bustes antiques du Roy, sur le même pied que Mellan les avoit commencés ; on luy distribua encore plusieurs autres ouvrages considérables. Pendant longtemps il ne fut occupé qu'à travailler pour le Roy, jusqu'à ce que, ces ouvrages cessans, il en entreprit plusieurs autres et surtout un considérable et qui paroissoit luy convenir d'autant mieux qu'il estoit connu pour avoir le talent de bien traitter le paysage. Ce furent huit des plus beaux tableaux de paysages du Poussin, dont les sujets sont traittés avec une grandeur et une majesté dignes du peintre qui en est l'auteur (1).
(i) Celle DOte vient d'être publiée par M. Le Blanc, p. 195 de son Manuel de r Amateur d'estampe$^ en tôle de Tœuvre de Baudet ,
— EtienQe Bandet de Blois, reçu académicien en 1675, C4)nseiller en 1685, mort en 1671; je crois qu'il faut lire 1716, âgé de 73 ans (1). M. Baudet avoit été disciple de Bourdon, chez qui il a gravé quelques planches. M. Mosnier, son condisciple, estoit, je pense, du même pays (2). Il est mort en 17 . . , âgé de 73 ans, étant pour lors logé aux galeries du Louvre ; il estoit de l'Académie. Extrait du livre de Guérin de l'Histoire de l'Académie.
—Vierge avec- l'enfant Jésusqui dort au pied d'une fontaine, dans un ovale; gravé pour Bourdon avant que d'aller en Italie, et du meilleur qu'il ait fait. Pourquoy changer cette manière qui éloit bonne, pour prendre, en arrivant à Rome, cette mauvaise manière sauvage, qui se trouve dans tout ce qu'il a gravé pour Jean Dughet, et dont le deflaut prit chez luy une racine si forte que depuis il est encore retombé dans cette manière, qui est tout à fait mauvaise.
— Jésus-Christ instruisant la Samaritaine, gravé à Rome d'après l'Albane. La dédicace, au S^ Paolo Franc. Falconieri, qui possédoit le tableau, est remarquable. J'y crois voir que Baudet demeuroit dans le palais de ce seigneur, où il aura aussy gravé les quatre grands Albanes. Présentement, l'on a effoci cette dédicace de dessus la planche et l'on y a mis en place un passage, tiré de l'Evangile, en françois et en latin. P. Drevel en a la planche (3).
dont il indique 113 pièces. Les planches des statues, comme celles des huit paysages, exislent à la chalcographie du Louvre, où Ton peut i'en procurer des épreuves.
(i) Il est au moins certain qu*îl vivait encore en 1701, puisG(ue cette date se trouve dans la dédicace du Polyphême du Poussin. (Chalcographie du Louvre, n"" 898.)
i2) Jean Mosnier était effectivement de Blois. L'un de nous en a écrit une biographie détaillée dans son second volume des Peinins provinciaux, ip, 153-98.
(3) Le Blanc, n® 16, qui remarque que le tableau a passé daûs la galerie du due d'Orléans. Dubois de Saint- Gelais, n*" 134, Tin-
— Le Cadavre, d'après René Houasse. C'élail un particulier, qui etoildansune grande dévotion, qui avoit fait peindre ce tableau, pour s'entretenir dans la pensée de la mort ; il avoit aussy fait graver la planche par Baudet. On croit qu*il Ta emporté avec luy en province [i).
— Les quatre Albanes.Au bas de chaque planche, il y a les armes de la maison Falconieri, qui lit graver les planches, ainsy qu'on l'apprend des vers latins, qui sont au bas de la quatrième planche qui représente des amours endormis :
Albani depîcta manu haec monumenta refulgenl, Ornai magnanimus queis Falconierius aedes Attalicas, Musis Genioque haec munera dicat.
A toutes : Slef. Baudet Gallui Sculp. Romœ. 1672. C'est ce qu'il a gravé de plus beau et dont la couleur est la plus liarmonieuse. Ces pièces sont tout à fait dans la manière de Bloemaert, et le paysage en est bien dans la manière du peintre. Elles sont difficiles à trouver bien imprimées; la quatrième feuille, représentant les amours endormis, se trouve toujours la moins bien imprimée (2).
BAUDOUIN (pierre Antoine], né à Paris en , y est
dique comme acheté à M. Penotier. Buchanan, Memoirs of paintinÇy London, 18S4, in-8^, indique, t. I, p. 89, ce tableau comme estimé 200 guinèes, lorsque la collection fut, à la fin du dernier siècle, portée en Angleterre ; mais il ne donne pas de nom d'ac* quéreur.
(1) Le Blanc, ri? 27. Le musée d'Orléans possède de ce sujet un petit tableau qui, tout médiocre qu'il soit, pourrait bien être l'original. Il est à Orléans depuis longtemps et8*y trouvait dans la famille de M. Petit-Semonville avant d être donné par lui au musée.
(2) Ces quatre Albanes sont les quatre granJs tableaux qu*on connaît au Louvre, et qui ont été acquis par Louis XIV; les planches de Baudet (Le Blanc, n"^ 30-3) existent encore à la chalcographie romaine.
m ortie 15 Décembre 1769. 11 avoit été reçu dans TAcad. Royale de Peinture en 1763. Boucher, dont il étoit l'élève, en avoit fait son gendre et n'avoit pas à s'en repentir, car c'etoil un garçon laborieux et d'un fort bon caractère, qui adoroit son beau père. Il peignoit fort joliment des guazzes, et, soit qu'il fut aidé par Boucher, soit que ses compositions fussent entièrement à lui, il y jeltoit un agrément qui les faisoit fort recherclier. Pour piquer davantage le goût de certaines gens, qui vouloient avoir de ses ouvrages, il ne s'est malheureusement que trop souvent permis de traiter des sujets licentieux. 11 eût aussi bien fait de se renfermer dans des sujets galants ; il n'auroit peut être pas tant gagné d'argent, mais il auroit mis sa conscience à couvert et ne se seroit pas préparé des remords. 11 pouvoit avoir aux environs de 45 ans lorsqu'il est mort.
BAUDOUIN (ANTOINE FRANÇOIS), disiMple de Vandermeulen, a esté un fort bon peintre de paysages ; il a travaillé sous luy, et il a gravé nombre de ses tableaux ; ce sont mesme ceux qui ont été le mieux exécutés (1) ; cependant Baudouins étoit peu varié dans sa touche de paysage ; Vandermeulen étant mort, il retourna à Anvers où il s'associa avec Pierre Bout, peintre de figures, et ils faisoient ensemble des tableaux où l'un peignoit les figures et l'autre le paysage.
BAUGIN (lubin) vivoit à Paris dans le dernier siècle ; ce peintre avoit peu de principes, il etoit extrêmement praticien; mais, comme il avoit une idée des bons maistres d'Italie, principalement du Parmesan, duGuido, et des autres
(1) La chalcographie du Louvre possède presque loutes les plan • ches de Baudouin. Une s'appelait pas Antoine, mais Adrien. (Voyez Le Blanc, p. 190.)
peintres les plus gracieux, ses ouvrages eurent de la réputation et furent goûtés. Il n'avoit pourtant étudié ces grands maîtres que fort superficiellement. 11 y a bien du bon dans son tableau de Ste Marie Egiptienne qui est dans une cha* pelle à N. D. de Paris (1). Felibien parle de ce peintre. T. % p. 661. Je trouve qu'il fut reçu Maislre Peintre à Paris en 1645 (2).
BAUR (GUILLAUME) et Frédéric Schott travailloient à Strasbourg, vers Tan 1464, et y exerçoient la profession de graveurs en bois. Je le remarque d'âpre M. Schoepflin, qui Ta écrit dans son ouvrage Yindiciœ tipogr., pag. 6, et il ajoute que le dernier fut père de Martin Schott, l'un des premiers imprimeurs de Strasbourg. Je ne eonnois, pour moi, aucun ouvrage de gravure de ces deux maîtres.
BAUSA (GRÉGOIRE), peintre de Valence, en Espagne. 11 avoil un génie extrêmement facile, qui l'a fait comparer à Paul Veronèse par Dom Joseph Garcia, dans la préface qu'il a mis au devant de son Livre des principes du dessein.
BAWR (jEAN GUILLAUME). Jc trouvc qu'il a cherché à imiter dans ses fonds de paysages la manière d'Adam Elzheimer, qui vivoit, je pense, à Rome dans le même temps. J'ay une
(1) L^inventaîre dressé pendant la révolution {Bulletin du comité des monuments, t. 111, 1845, p. 299) indique ce tableau sous le n» 295; nous ne savons où il se trouve maintenant.
(2) Dans la description que Mariette a faite des tableaux du ca> binet de M. Boyer d'Aguilles, nous trouvons cette note (p. 2) sur un tableau mis sous le nom du Corrége :
« L'enfant Jésus endormi, la tête appuyée sur le sein de sa mère, la(|uelle est en demie figure. Tout le monde connolt le mérite sublime des ouvrages du Corrége. Mais il faut user de bonne foi; ce tableau-ci ne parott pas être de lui ; on le croit plutôt de Lubin Baugin, peintre françois, qui cherchoit à imiter les manières des maîtres italiens. »
lettre de M. Stella, par laquelle on voit que ce M lui qui proposa GuîU. Bawr pour faire les planches du Slrada. On avoit souhaité en charger Stella ; mais son départ pour retourner en France, Tempêcha d'entreprendre cet ouvrage. Il faudra lire cette lettre. Elle est datée de Rome, du mois de février 1633» et adressée à M. Langlois, à Naples, où Guil* laume Bawr se trouvoit alors. Il en revint pour graver à Rome les planches du Strada (1).
— J*ay veu chez Huquier une petite pièce de la grandeur de celles qui représentent Plutus, Gerfes, Bacchus, etc., et une autre Ganymède, et une troisième, Pluton, etc. Gelle-cy représentoit le triomphe de Neptune, et je suis comme assuré qu'elle étoit faitte pour cette même suitte, représentant les divinités du ciel, des eaux, de la terre et des enfers, dont nous avons les planches. Peut estre que celle-ci s'estant trouvée égarée, G. Bawr aura été obligé de recommencer celle du même sujet que nous avons, et dans laquelle, outre le triomphe des divinités marines, il a encore introduit les Nymphes et autres divinités qui président aux fleuves et aux rivières. Peut estre aussy fut-ce parce qu'il avoit obmis de représenter ces divinités des rivières dans sa première planche, qu'il jugea à propos de la supprimer et de recommencer celle que nous avons; mais, quoyqu'il en soit, cette autre planche doit estre fort rare. Je ne l'ay jamais veu que celte seule fois ; elle est gravée par G. Bawr même (2).
— Elsheimer, plus connu sous le nom d'Adam, a excellé à peindre des nuits et des clairs de lune; Guillaume Baur a réussi à peindre, à guazze, en petit, des vues, des palais,
(i) Le Blanc, n«* 185-204. G*est dans Touvrage latin du Strada, sur la guerre des Pays-Bas : Famiani Stradae de Bello Beîgico décades II y Romœ^ in-foLj 1649.
(i) Le Blanc, n<* i58, d*ap/ës cette note.
des batailles, des paysages, et toutes sortes de sujets. Le premier a apporté pour ses desseins le même soin que pour ses tableaux, il les a extrêmement teripinés ; le second a mis dans les siens, pour les faire corrects, tout le feu et l'esprit possibles. (Gat. Crozat, p. 102.)
BAZIN (NICOLAS), graveur au burin, s'est surtout attaché à représenter des sujets de piété, et personne ne leur a mieux sçeu donner cet air édifiant qui inspire la dévotion; il en estoit luy mesme fort pénétré; sa vie estoit des plus exemplaires et il n'avoit de liaison qu'avec des Ecclésiastiques ou des personnes religieuses recommandables par leurs vertus. Il avoit été disciple de Mellan, à qui il avoit beaucoup aidé dans les dernières années de sa vie. Mais il abbandonna depuis sa manière pour en prendre une qui luy fut propre et qui plaist par son extrême fmy, mais qui est froide et languissante et sans esprit. Il n'y a point de sel dans tout ce que ce graveur a fait ; ses ouvrages représentent parfaitlement son génie qui estoit extrêmement tranquille. Il dessinoit avec beaucoup de propreté et de patience, mais il ne faut pas y rien chercher au delà. Quelques années avant que de mourir, Bazin se deffit de ses planches, et s'alla établir à Troyes en Champagne, où il est mort comme il avoit vécu, c'est à dire dans les sentimens d'un parfait chrestien remply d'humilité et d'amour de Dieu (1).
BAZZIGALUVA (ercole). C'étoit un Sicilien ; le Baldinucci l'appelle il maestro di campo. il avoit appris à dessiner chez Giulio Parigi. Voyez ce qu'en dit le Baldinucci dans la vie de ce dernier (2).
(1) Cette note a été imprimée par M. Le Blanc dans son Manuel de l'amateur d'estampes, p. 210.
(i) Édition de Florence, 1767-74, t. XUI, p. 34. — Le Blanc, p. 314.
BÉATRICIUS (l'ancien). — Les amours d'Alexandre et de Roxane. Celle-cy est une autre planche que celle, qui est dans l'œuvre de Raphaël et que l'on croit jçravée par Caralius; elle est tournée d'un autre coté el est orabré à jour droit, l'on y trouve au bas huit vers italiens, dans le goût de ceux de la Psyché.
Ecco Rossane Bella, ecco l*altero Alessandro, chi suoi studi comparte Non meii soggetto al* amoroso impero Ch'al superbo, crudele, horrido Marte.
Gli amori seguendo il doppio suo pensero Scherzan, con Tarme del gran duce parte, Parte à Rossane inlenti, il duro cuore L'empian di fiamme et di soave ardore.
Je crois cette planche gravée par B. V. ou Béatricius l'ancien, et je trouve que le dessein de Raphaël y est beaucoup mieux conservé que dans celle de Caralius. Les airs de teste y sont beaucoup plus grac^ieux, je n'y vois aucune marque, mais certainement le graveur est Béatricius l'ancien, qui a gravé conjointement avec Augustin Vénitien les planches de la Psiché. 8» haut. Il® trav. Dans le dessein original la figure de Roxane est de ce coté (à gauche et tournée à droite), c'est-àdire du même coté que dans cette estampe attribuée à B. V.
Le dessein de M. Grozat pourroit bien n'estre pas celui de Raphaël dont Lod. Dolce fait mention; le trait en est à la plume, et il est lavé de bistre, mais il n'est point rehaussé de blanc, et Lod. Dolce remarque que le sien l'étoil. [Entre les lignes, Mariette ajoiUa plus tard : Je me trompe, il est rehaussé de blanc, et par conséquent ce doit être le dessein dont Lod. Dolce (ait mention, et qu'il croyoit de Raphaël, puisqu'on y lit ceci au bas : Raffaelle da Urbino. Mais je ne l'en crois pas moins de Parmesan.) Avant que j'eus fait celle ob-
servatioD) j'avois déjà eu des douttes sur le dessein de M. Crozat, el Zanelti aussi bien que M. l'abbé de Maroulle les avoient extrêmement fortifiés; ils douttoiont, comme moy, que le dessein fut original de Raphaël et le premier le donnoist plus tost au Parmesan. En effect, si on le considère avec attention, on trouvera que les pieds, les mains, et les autres articles, sont manières et nullement dans cette manière sage et correcte qui appartient à Raphaël. Je fais infiniment plus de cas de Tautre dessein du même sujet que H. Crozat a eu de M. Boulle, et ou les figures sont nues sans aucunes drapperies ; j*y reconnois tout le faire de Raphaël ; les expressions en sont bien plus fines et le détail en est excellent. Raphaël le dut faire pour lui servir d'étude, et de préparation au dessin drappé. Ce dessein est à la sanguine ; M. Boulle l'avoit eu de M. Friquet de Vaurose, qui le tenoit de Mellan, à qui le cardinal Bentivoglio en avoit fait présent (1).
(1) Le passage de Lodovico Dolce se trouve dans le Dialogo délia PiUura, intitoUUo fÀretino (éd. de Florence 1735, p. 347-51.): » « VArctino, Non so se babbiate veduto appresso il nostro Dolce la « carta délia Rosana di mano de Raffaello, cbe fu gia stampata in « rame. Fabrini, Non mi ricorda. Aretino, Questa è una carta, nella « quale rappresento Raffaello in dise^no di acquarella^ tocco né « chiari con biacca, la incoronatione di Rosana ; » et la suite qui décrit tous les détails de la composition. Il est à peu prés sûr que le dessin de Dolce n'est pas un autre que celui possédé par Crozat,
Îiar Mariette et maintenant au Louvre. A la vente Crozat (1741), es deux dessins figurent sous le même numéro : ce 297. Deux desseins, savoir les amours d'Alexandre et de Roxane ; dessein trèsarrêté et du premier ordre, et la même composition, mais où les figures sont sans aucune draperie, Raphaël ayant fait ce beau des* sein pour servir d'étude au premier; avec les estampes qui ont été gravées d'après ces desseins (par Charles-Nicolas Cochin, pi. 36 et 37 du cabinet Crozat). » Ils furent achetés 272 livres par Mariette; on remarquera combien à ce moment Mariette croyait à l'authenticité du premier ; à cette époque il était loin encore d'avoir la fermeté et la sûreté qu'il acquit depuis, et en outre, dans plus d'un article de ce catalogue, il a certainement été forcé de conserver, en dehors même de la rapide confection de ses notes, ce que les marchands appellent les appellations du propriétaire. A sa vente, en
le
BÉATRICIUS (n.) le lorrain. Ny Vasarî, ny Malvasia, Dy aucuns de ceux qui ont écrit de la graveure n'ont parlé que du seul N. Beatricius, qui estoit originaire de Lorraine, et qui, ayant appris son art à Rome, y a travaillé toujours depuis (1). Cependant il est certain que les estampes marquées ainsy (un 6 sur un dé] sont d*un autre graveur, auquel la tradition a conservé le nom de Beatricius; celuy-cy est de beaucoup plus habil que l'autre, et sa manière, fort différente, approche de celle de Marc Antoine, dont il pourroit estre un des disciples. Pour le distinguer, on le surnomme icy l'ancien, parcequ'en effect toultes les estampes, qu'il a gravées, sont antérieures à celles de l'autre Beatricius, outre qu'elles sont beaucoup plus rares et très-difficiles à trouver sans estre retouchées, au lieu que les autres se trouvent plus communément. L'on a rangé dans les œuvres de Raphaël et de Jules Romain les estampes, que cet ancien Beatricius a gravé d'après eux, et l'on ne trouvera guerres icy que celles qu'il a exécuté d'après d'autres maistres.
— Le sacrifice d'Helene, gravé en 1553 ; c'est une des meil-
1775, le dessin drapé fut acheté 1,250 livres parBoileau, le dessin à la sanguine 84 livres par Julien. Deux ans après, à la vente du prince de Conti, en 1777, le dessin drapé se retrouve sous le n^" 942 et n'était plus payé que 800 livres par Boileau. C'est probablement alors qu'il futacHeté pour la collection du Roi; celle-ci en possède aussi une copie à la sanguine et réduite , mais médiocre et de quel-
3ue Flamand, élève de Kubens. Pour le dessin il est bien de Técoie e Rapbaél, mais nullement du Parmesan ; il est mis aux carrés et a peut-être servi à la gravure qu'on en a faite au xvi** siècle. Quant au dessin à la sanguine, nous avons entendu dire qu'il se trouvait à Vienne, dans le cabinet de l'Archiduc Charles.
(1) Bartsch, (xv. 235-78) a déjà fait la distinction de Nicolas Beatriot de Lorraine et du maître au dé, qu'on a maintenant l'habitude désigner sous le nom de Dado ; mais nous ne doutons pas, et c'est aussi l'opinion de M. Le Blanc (Manuel de l'amateur d'estampes, l. 216-20. )> qu'il n'ait connu l'opinion antérieure de Mariette ; il est certain que BarLsch, bien qu'il n'en ait jamais rien dit, s'est fort souvent servi des notes de Mariette.
leures pièces de N. Bealricius; rinvco lion qui est certainement d'un peintre Florentin, paroil estre de Baccio Bandinelli, ou de Michel Ange, ou de Périn del Vaga. Comnae c'est un aigle qui enlève le coutelas, ce sujet représenleroit le sacrifice de la jeune fille nommée Hélène fait à Lacédemone pour apaiser les Dieux à l'oicasion d'une peste. Le fait est rapporté par Plutarque ; voy. les Mémoires de l'Académie des Belles Lettres, tome !«', tout au commencement, dans la dissertation sur les sacrifices d'hommes. C'est donc bien mal à propos que le graveur a mis sur le devant de l'autel le nom d'Iphigenie (1).
— Le portrait de l'empereur Charles Quint dans un ovale placé au milieu d'un frontispice d'architecture d'ordre dorique, orné de statues et de figures allégoriques sur les victoires de ce prince. Cette pièce est une coppie faite par N. Délia Casa, que quelques uns croyent estre le même que N. Béatricius, d'après l'estampe gravée par Enéas Vicus (2).
— Rome triomphante aaompagnée de deux rois barbares, ses esclaves, dessiné et gravé en 1549 d'après les statues antiques qui étoient alors à Rome dans la vigne du cardinal Cesio et à présent du Capitole (3),
BEAUMONT (claude), grave à Paris (4).
(1) Bariscii, n° 43 ; Le Blanc, n» 41 .
(2) Voir le catalogue de Tœuvre d^Eoéas Vicus (Bartsch, n^ 2K5; XV, p. 339.) La copie est signée N. D, La Casa Lolaringus F, C^est évidemmeni cette identité d'origine qui a fait penser à ridentitè de personne.
(3) Bartsch, n« 89 ; Le Blanc, n« 86.
(4) Le prénom peut être une erreur de Mariette ; car on ne connaît au xvui* siècle qu'uu graveur amateur, officier aux gardes françaises, et un autre graveur qui a surtout travaillé d'après Wouwerman ; c'est certainement à celui-là que Mariette fait allusion ; il s'appelait cependant non Claude, ni Euslacbc, comme le nomme Basan, mais Pierre-François. Voy. le catalogue de son œuvre dans Le Blanc, i. 221.
BEAU-NEVEU (andrieu) estoit un des principaux sculpteurs ou peintres de son siècle. Il estoit de Hainault, yoicy ce qu'en rapporte Froissart : ce Et se tenoit (le duc de Berry) à Mehun sur Yeure, et s'y tint plus de trois semaines et devisoit au maistre de ses œuvres de taille et de peinture, maitre Andrieu Beau-Neveu, a faire nouvelles images et peinture ; car en telles choses avoit-il grandement sa fantaisie et de toujours faire ouvrer de taille et de peinture, et il estoit bien adressé, car dessus ce maistre Andrieu, dont je parle n'avoit pour lors meilleur ni le pareil en nulles terres, ni de qui tant de bons ouvrages fut demouré en France ou en Hainault, dont il estoit de nation, et au royaume d'Angleterre. » Cro* niques de Froissart, reveûes par D. Sauvage. Lyon, par J. de Tournes, 1560, ¥ vol., p. 71.
BEGCAFUMI (DOBnNiQOE) estoit appelé dans sa jeunesse du nom de Mècherino au raport de Yasari, et non pas, comme le dit icy le P. Orlandi, Macarino. — N. B. Mècherino est le diminutif de Dammico. On a imprimé à Rome, en 1754, un Recueil de lettres écrites par des peintres, etc. 11 s'y en trouve une parmi qui est curieuse et qui entre dans un assez grand détail sur la manière dont est exécuté le pavé du dôme de Sienne; elle est à la page 308 de ce Recueil de lettres.
— Vasari fait mention à la fin de la vie du Beccafumi d'une suitte d'estampes représentant des sujets d'alchimie qui furent a gravées à l'eau forte » par ce peintre, cr Jupiter » dit-il, a y paroist accompagné des autres dieux qui, après avoir lié c le dieu Mercure le mettent dans un creuset pour le réduire « en congellation; Vulcain et Pluton entretiennent le feu, Q mais au moment qu'ils songent avoir fixé ce Dieu, il leur « éciiappe et s'en va en fumée. » Cette exposition allégorique que donne le Vasari est une image assez juste du travail des alchimistes, mais elle n'est point conforme à ce que Micarino
a gravé, et Vasari se trompe encore sur reiécution de la graveure qu*il dit estre à Teau forte et qui est vérilablement en bois. Du moins je ne crois pas que Mécarino ait gravé autre chose dans ce genre que la suitte de pièces que j*av eu occa*sion de voir. Elle étoit composée de dix pièces gravées en bois, à Tune desquelles on lisoit : Mecarinu$ De Seni$'inunior S. La lettre S. seule veut apparemment dire Senis. Les dii pièces sont autant d*allégories sur le travail des alchimistes, et elles me semblent avoir aussi quelque rapport à l'invention de la poudre. On remarque dans toutes un homme en habit de docteur accompagné d'un vieillard nu à moitié vêtu d'une drapperie, et qui est presque toujours armé d'un marteau; cette figure doit figurer, ce me semble, Vulcain ou le dieu du feu. La première de ces pièces, selon l'ordre dans lequel elles étaient rangées, qui peut fort bien n'estre pas Tordre naturel, représente ce vieillard, que je nommerai Vulcain, qui enchaisne ensemble Jupiter, Saturne, Mars, Vénus et le Soleil, c'est a dire les métaux que les chy mistes connaissent sous ces noms allégoriques; c'est a cette pièce que se trouve le nom de Mlcarino.
La 2« ; Vulcain toujours accompagné du docteur Alchymiste, est occupé à distiller les six métaux qu'il a mis chactm dans une cucurbite sur un fourneau.
Ld 3<^ ; Vulcain s'aprète à tirer de la masse d'un rocher les métaux figurés par ces dieux, dont ils portent le nom, qui paroissent en sortir à demi. Cette pièce pourroit bien estre la première de la suilte*
La 4«; Vulcain fond des pièces d'artillerie dans un atelier de fondeur.
La b^ représente reffect de la poudre; Vulcain y paroist assis sur un canon qui décharge, il tient deux vases remplis de poudre à laquelle le feu a pris; derrière lui sont divers arti-» flces aussi en feu : son docteur est dans une surprise extrâme.
La 6«; Vulcain met quelque chose à la forge, mais sans qu'on puisse deviner ce que c'esU
La 7»; Vulcain attire à lui les divinités qui représentent les métaux par le moyen des chaisnes qu'il leur a mis, mais Mercure rompt la sienne, et échappe,
La 8« ; Vulcain travaille encore à la forge ; l'on voit dans le fond une masse de rocher d'où sortent à demy les divinités qui représentent les métaux.
La 9« ; Vulcain paroist se reposer et le chymiste fait abattre le fourneau qui a servi au précédent travail.
La 10^; Vulcain, tenant un brandon de feu, met en fiiitte les divinités, dont il avoit voulu faire usage, peu satisfait sans doute du secours qu'il en a tiré. Son docteur est représenté dans le fond, pensif et retiré dans le creux d'un rocher.
Voilà ce que j'ay pu déchiffrer de sujets énigmatiques, fort obscurs et difficiles à entendre. Les épreuves que j'ay veues éloienl outre cela très mauvaises, les planches man<géesde vers; on ne laisse pas d'y reconnaître un travail assez spirituel et un goût de dessein scavant quoyque sauvage; c'estoil le propre de Beccafumi. Elles ont toutes : 6o 6', haut. ; 4<^3', trav.
— Des études d' hommes couchés par terre ; celuy qui est plus sur le devant est entièrement nud, et tient comme une tasse de la main droilte; plus loin est un autre, aussy nud, la teste couverte d'une draperie; il tient une table ou abaque; celuy qui est plus dans le fond est vêtu et ne paroist qu'en partie. Cette pièce, dont je fais grand cas, est gravée au burin aussy sravamment que l'auroit pu faire Michel Ange. Elle est touchée légèrement et le dessein y est prononcé avec beaucoup de goût; il seroit seulement à souhaiter que ce goût fut moins sauvage ; l'auteur est souvent tombé daos ce défaut en voulant donner dans le terrible. Cette pièce est de l'invention et de la graveure du Mécarino, quoyque son nom n'y
soit pas; elle est composée comme une pièce à peu près semblable que nous avons dans nos clairs obscurs, et je pense que cest quelque élude pour le pavé de Sienne. Cette pièce qui est très singulière et très rare est chez le Roy dans le volume de Micliel Ange (!].
— Une étude d'un homme debout près d'un homme couché par terre, gravée au burin par Dominique Beccafumi, surnommé Micarino et signée Micarino fe. Ces figures se trouvent employées dans la composition d'un tableau de Beccafumi, qui est à Pise, dans le chœur de l'église cathédrale, où je les ay veues.
— Un petit enfant, nud, assis, portant la main droite à sa teste et posant l'autre main sur sa cuisse. Cette petitte pièce est gravée au burin sur un cuivre très sale ; elle est certainement du Micarino, quoy qu'on n'y voie ni nom, ni marque qui l'indique ; mais la manière est trop reconnoissable pour s'y méprendre. Celle, qui est chez le Roy, et qui est l'unique que j'aye encore veue, est très mal imprimée; elle est rangée dans l'œuvre de Parmesan; elle a trois pouces en carré.
— Un fragment de Irise, représentant le frapement du rocher. Un homme à genoux sur le devant tient une tasse qu'il porte à sa bouche ; derrière lui un vieillard couvert d'un long manteau lui présente sa tasse pour prendre de l'eau ; près de là est une femme assise à terre qui porte un enfant entre ses bras, et en a un autre auprès d'elle ; il y a plusieurs autres figures dans le fond. L'on y trouve cette marque que je ne puis bien expliquer T. C. J. C. G. 1584. Je crois pourtant
(1) M. Le Blanc (p. 225] a indiqué d'après les auteurs les pièces qu*on donne habiluellement au Beccafumi ; mais, pour ne les avoir pu voir, il exprime le doute que cet artiste ail gravé. Les notes de Mariette le rectifient et le complètent de la manière la plus heureuse.
que rinvention ea est de Beccaiumi et que c'est une partie du pavé de Sienne. J'y crois reconnoistre sa manière, quoyque fort altérée. Gest que le trait du dair obscur est mal dessiné; les ombres n'y sont pas mieux données. Il est composé de deux planches l'une qui exprime le trait, et l'autre qui imite quelques coups de lavis. Pour la composition, elle est tout à fait dans le style de Beccafumi.
Un autre fragment de la même frise. Un homme assis près d'une femme qui est à genoux les bras croisés sur la poitrine ; il puise de l'eau à la source qui sort du rocher d'Horeb ; on voit à une des extrémités une baguette et un bout de main qui font connoistre que, dans la pièce qui doit s'assembler avec celle-cy Moyse est représenté. Ce clair obscur n'est pas mieux exécuté que le précédent. L'on conjecture par lesarracbemens de figures qui se trouvent aux extrémités qu'il doit y avoir encore au moins deux morceaux, pour que toute la frise soit complète et peut-être y en a-t-il même encore davantage. — 11 est certain que ces deux morceaux font partie du pavé de Sienne; c'est le morceau le plus près de l'entrée de l'église et qui représente le frapement du rocher. J'ignore si toute la composition a été gravée en clair obscur; mais il est vray qu'il en faudroit autant qu'il y en a icy pour que ce morceau fut complet. — Ce que je préjugeois se trouve vrai. Toute la frise a été gravée en quatre morceaux qui, étant assemblés, portent cinq pieds de long. Sur une de ces planches on lit le nom du peintre : Mecarinus-inventor.
— Un aposlre tenant de la main gauche ime table ou abaque et de la droitte un couteau ; il est représenté debout. Cette pièce est gravée au burin, mais elle ne paroist point achevée ; il y a des endroits où il n'y a encore rien de gravé. — Peut estre a-t-elle été exécutée en clair obscur ainsi que le suivant.
Un autre apostre, aussy debout, regardant sur une tabi*
OU abaque qu'il lient appuyée sur le genou droit; derrière luy est une autre figure, dont on ne voit que la teste et les deux mains croisées et appuyées sur un bâton. Cette pièce gravée au burin est encore à moitié terminée. M. Crozat en a un clair obscur du Micarino mais imparfait, car il n'y a encore qu'une planche d'imprimée. Peut-être n'a-t-il jamais été achevé. — Il Ta été et nous l'avons; voyez le catalogue des clairs obscurs. (La noie suivante est celle à laquelle renvoie Mariette,) Un apostre tenant un livre ou table de la maii\ droite, et derrière est un autre apostre dont on ne voit que la teste. M. Crozat a une épreuve de ce clair obscur où il n'y a encore qu'une planche imprimée; ainsy l'on ne peut point juger de son effect. Je n'en fais mention que parce qu'il s'en doit trouver apparemment des épreuves compleltes, et pour lors ce doit eslre un clair obscur d'une meneilleuse beauté, car il est exécuté dans la même manière que les autres apostres que nous avons dans notre suitte et de même forme et grandeur; peut-eslre aussy ce clair obscur n'a-t-il jamais été achevé. — Le Beccafumi l'a aussi gravé en cuivre ; il y en a une épreuve chez le Roy. — J'en ay veu depuis chez M. Boule une épreuve complelte, c'est-îi-dire oîi la planche en cuivre, dont il y a épreuve chez le Roy, est jointe avec le bois que j'ay veu chez M. Crozat, et cet assemblage produit un des plus beaux et des plus parfaits clairs obscurs que je connoisse. Il est comparable à ce beau clair obscur en travers de Beccafumi que nous avons; c'est la même manière et le même faire. J'ay remarqué qu'aux quatre coins de celui-ci comme au nôtre, il y a quatre trous, apparemment pour servir de repaire ; il se trouve de même à celui de Parmesan d'après Raphaël, où la planche du trait est en cuivre. Cela ne se rencontre point aux autres clairs obscurs dont toutes les planches sont en bois, et c'est une observation à mettre dans son jour. Au reste, le dair ob^ur en question
de Beo^fumi n'est composé que de deui planches, une en euWre qui exprime ce trait el une en bois pour les rehauts de blanc, et il fait un effet surprenant.
Un autre apostre regardant en l'air à droitte, il tient élevée la main droitte et de la gauche il soutient un des pans de son manteau; à ses pieds sont plusieurs livres à terre. Celte figure debout est dans une niche, et Ton voit bien que l'auteur a eu dessein de figurer une statue. Cette pièce est gravée au burin sur un cuivre extrêmement mal polt. Elle est, comme les deux qui précèdent, gravée par le Beccafumi même ; on voit bien qu'il avoit très peu de pratique de la graveure au burin, et que cet art étant pour lors à peine connu à Sienne, où je ne scache pas qu'il eut encore été pratiqué; on ne scavolt même pas aprêter les cuivres pour recevoir la graveure; à cela près, ce qui est de nud, c'est-à-dire les testes, les pieds et les mains sont dessinées scavamment, mais les testes ont un caractère sauvage, que Vasari a très judicieusement reproché à l'auteur. Ce sont de ces figures d*apostres, dont Vasari parle à la fin de la vie de Beccafumif qui les avoit fait dans le dessein de les exécuter en bronze pour estre placées dans l'église cathédrale de Sienne, ce qu'il ne put exécuter à cause de sa mort. Ce sont des pièces fort rares et que je n'ay encore veu que chez le Roy, où, faute d'en connoistre l'auteur, on les a rangées dans l'œuvre du Parmesan; il n'y a en effect ny nom, ny marque.
BEECO (JEAN CHARLES DOM. van), Hollaudois, peintre de marines, est venu s'établir en France, où il a été reçeu en l'Académie royale de peinture. 11 a travaillé pour le Roy. Je l'ay connu ; il logeoit pour lors à l'hôtel de M. de Vandosme, grand Prieur de France, auquel il estoit attaché. Mort le 19 Mai 1722.
BEERIN6S. Grégoire Beeringhsindeschaer, Van Mandat,
qui le premier a parlé de ce peintre, ne le nomme point ainsi ; mais Grégoire Beerings in de schaer ; ce sont trois noms, dont Baldinucci n'en fait que deux, Grégaire son nom de baptême, Beerings son nom de famille, et in de schaer, son surnom ou sobriquet qui veut dire dans les ciseaux.
BBGÂRELU (ANTONIO). (Dans l'article du P. Orlandi, Mariette corrige statue di Borna en statue antiche et don Lodevico suo nepote lavoro in Anversa en m Avesso nd regno.) Vasari tait mention de ce sculpteur en deux endroits de son livre, voir partie 3. T. 2, p. 11 ; en cet endroit il le nomme tl Modona (1) et fait mention de quelques uns de ses ouvrages. 11 en parle encore dans la vie de Michel Ange, Part. 3. T. 2. p. 195, et rapporte le jugement avantageux que celuy-cy en avoit porté; il l'appelle en cet endroit Antonio Bigarino Modenese; mais il y a grande apparence que Yasari s'est mépris et qu'il falloit dire Begarelli.
BEHÂM (BARTHELEMY) cst saus coulredit le plus habile de tous ceux que l'on connoist sous le nom de Petits Maîtres. Il avoit fait de si grands progrès en étudiant en Italie la peinture dans les écoles des meilleurs maîtres et la graveure sous Marc Antoine que l'on ne s'aperçoit presque pas à sa manière qu'il fût Allemand. Toutes les pièces que l'on a rassemblées icy sont de son invention et de sa graveure. Elles sont toutes d'une grande perfection et de la dernière rareté. Il est seulement fâcheux qu'il n'en ait pas fait une plus grande quantité.
— Une femme vue par le dos, étendue par terre dans un paysage et ayant auprès d'elle un enfant. Je crois que cette
(1) C*est dans rénumération des artistes modenais, qui termine la vie deBenvenuto Garofolo.
histoire est rapportée dans les livres de S. Jean Ghrysostome sur la vie monastique (1). C*est, à ce que je croy, l'histoire du solitaire. Albert a traitté le même sujet et il l'a été pareillement par Lucas von Graen vieux maistre.
— Une femme dans le bain se regardant dans un miroir convexe et se lavant les pieds dans un bacquet ; l'attitude en est fort lascive. Elle a été copiée par Hans Sebald Beham avec des augmentations de quelques enfans (2). De celle-ci, il y en a deux planches différentes, tournées du mesme sens, dont il y en a une que j'estime originale et l'autre copie, mais si parlaitte qu'il est bien aisé de s'y méprendre ; à celle-cy, il n'y a qu'une seule taille dans le fonds et il y en a deux à l'originale.
— Portrait de Léonard von Egkh (3), en latin Echius, célèbre jurisconsulte allemand de Bavière, qui estoit au service de Charles y et des princes de la maison de Bavière ; il est représenté en buste et gravé en 1527 d'après un portrait peint dans le temps qu'il étoit âgé de 47 ans, c'est a dire en 1520, car Echius est né en 1473. J'en ay veu chez M. Crozat une première épreuve fort singulière. Il n'a qu'un simple bonnet ou calotte sur la teste, et il est vêtu d'une robe qui laisse paroistre tout le haut et le col de la chemise ; en haut de la planche on lit sur une seule ligne en lettres capitales : Leonhart von Egkh JEU XXXXVII, et plus bas dans le fonds 1527 B-B. Voilà comme la planche estoit dans sa première origine, mais depuis on y a fait les changemens suivans, et c'est ainsy que nous en avons une épreuve dans nostre œuvre qui est de fort bonne qualité d'impression, ce qui fait connoistre que
(1) Barlsch, n*" 43; Le Blaac, n» 39. (Voir aussi le n* 83 de son œuvre de Sebald Bebam qui a copié celle pièce.) (3) Bartsch, n» 37 de Barthélémy Beham, et 207 de Sebold. (3) Bartsch, q« 64; Le Blanc, no59.
les changemens ont été faits peu aprîîs que la planche eut paru. Premièrement l'on a adjouté un chapeau par dessus Tancienne coiffure qui est une calotte, et Ton a aussy adjouté un manteau doublé de fourrure qui prend sur les deux épaules. Ces changemens sont certainement de B. Beham. Il a effacé la planche aux endroits où il les a faits mais pas tellement qu'il ne paroisse des vestiges de l'ancien travail, ce qui se remarque encore au haut de la planche, où une partie de l'inscription a été effacée et arrangée différemment; on y lit présentement sur deux lignes, d'un coté Leonhart. — von Egkh, et de l'autre XXXXVII — Mt. Mais le changement le plus considérable que je trouve qui ave été fait dans cette planche et dont j'ay peine a trouver la raison, est dans la marque qui estoit figurée de celle sorle dans le commencement B-B, ainsy que je l'ay déjà fait remarquer, et qui depuis a été reformée de celte manière B-P. Ce changement me paroist singulier, car ce graveur s'est à la vérité servy depuis de la marque B-P en 1529 sur la plus petitte des deux planches où sont trois têles de mort ; mais depuis en 1531 il a de nouveau employé la marque B-B aux portraits de l'empereur Charles V et de Ferdinand son frère. Or je ne comprends pas pour quelle raison il se seroit dans ce dernier temps servy d'une marque qu'il avoit corrigée précédemment, et cependant il est certain par le portrait de Leonhart von Egkh que B. Beham s'est servy indifféremment de ces deux marques, et qu'on ne peut point attribuer à deux graveurs les pièces qui se trouveront marquées de ces deux marques différentes. — Le portrail de l'empereur Charles V étant jeune, dans un médaillon. Cette pièce est à ce que l'on prétend gravée par Marc Antoine. — Vasari fait mention dans la vie de Marc Antoine, d'un portrait de l'empereur Charles V étant jeune et d'un tutra portrait de son frère Ferdinand qu'il dit être gravé par Marc Antoine; maisjesuisoommeassuréquMl à eu en tue
les deux portraits de œs princes gratés par B. Beham (1), et que faulle d*en connoistre l'auteur, il les a attribués h Marc Antoine. — J'ay veu chez le Roy des copies de ces deux portraits de Charles V et de Ferdinand son frère faites par Augustin Vénitien de la même grandeur que les originaux de Barthélémy Beham avec sa marque A. V. à chaque planche. Peut-être que Vasari, qui a souvent confondu les ouvrages d'Aug. Vénitien avec ceux de Marc Antoine, a-t-il voulu parl'^r de ces deux copies, et les les a-t-il attribués mal à propos à Marc Antoine, comme il a fait à l'égard de beaucoup d'autres piè<îes gravées par Aug. Vénitien.
BEHAM (JEAN sebald) de Nuremberg. Cet artiste, neveu de Barthélémy Beham de qui Von vient d'admirer les ouvrages étoit comme luy peintre et graveur; il avoit appris ces deux arts sous son oncle et s^étoit surtout attaché à imiter son excellente manière de graver; il y estoit devenu très habile, mais, comme il menoit une \\e fort déréglée et qu'il avoit mis au jour plusieurs pièces extrêmement lascives, qui marquoient la corruption de ses mœurs, il se vit contraint d'abandonner sa patrie et de se retirer à Francfort où il continua dans ses exercices de peindre et de graver. Cependant Tamour de la débauche l'emportant, il se fit cabaretier, et mourut avec la honte d'avoir embrassé une profession si indigne d'un homme qui avoit d'ailleurs de si grands talens; l'on en pourra juger par ce que l'on a rassemblé icy de ses ouvrages, la collection en est très complette et des mieux conditionnées. Il est mort à Francfort en 1550, âgé de 50 ans. Préface allemande i la teste d'une suite de planches en bois mise au jour h Francfort en 1620.
(1) Le Manc, n^ 48 et 40.
— Gio:Sebaldje\c... Jenescay pourquoy lePereOrlandine désigne cet artiste que par ses noms de baptesroe, il pouvoit apprendre de Sandrarl, d'où il a tiré cet article, qu'il s'appeloit Bœhm, — c*estoit son nom propre et non pas celuy de son pays, car il etoit de Nuremberg. Autre faute. Sandrart ne dit point qu'il soit mort en 1520, mais en 1545. En général ce livre est remply d'un nombre prodigieux de fautes, les extraits sont peu fidèles et mal faits et l'auteur s'est bien peu attaché à faire de nouvelles recherches; il semble pourtant que la lecture de tant d'auteurs auroit du luy en fournir mille occasions. Pour en revenir à Jean Sebald Beham, vcûcy un
extrait plus exact de sa vie ecritte par Sandrart, p. 222
i< Jean Sebald Bœhm graveur etoit de Nuremberg, il apprit a son art sous la discipline de son oncle Barthélémy Bœhm « dont il copia plusieurs pièces, il s'attacha à suivre la mesme « manière de graver, et il devint luy mesme fort habile dans « celle profession. Durant le temps qu'il demeuroit à Nurem- « berg, il mit au jour quantité d'excellentes petites pièces de « son invention , et il en grava aussy quelques unes en bois, « mais il fut obligé dans la suitte d'abandonner celte ville, tf Le dérèglement de sa vie, et le desordre que ne pouvoient cf manquer de produire les pièces lascives dont il etoit re- « connu pour auteur, furent les principales causes de son a l)anissement. Il se retira à Francfort, s'y établit et continua « de peindre et de graver beaucoup de choses, il s'y occupa or aussy à faire des desseins qui etoient ensuite gravés en « bois ; mais il ne changea rien dans ses mœurs, il continua « toujours de vivre dans la débauche la plus infâme, et s'é- « tant fait cabaretier, il mourut vers l'année 1545, avec la <c honte d'avoir embrassé une profession si indigne d'un <f homme qui avoit d'ailleurs de si grands talens. x> Outre ceux dont on vient de faire mention, il avoit encore celuy de graver sur des vases et autres morceaux d'orfèvrerie. San-
drarl le dit en un autre endroil, dans la vie de Lucas Kruger, p. 223.
Si Sandrart avoil eu connoissance des portraits en médailles de Jean Sebald Beham et d*Anne Beliamin sa femme qui furent gravés en 1647 par Wenceslas HoUar d'après les originaux qui esloient pour lors dans le cabinet de Henry Vander Borcht à Francfort, il nous auroil dit que Beham prenoit la qualité de peintre preferablemenl à celle de graveur, et qu'il estoit né en 1500, car voicy comme est conçue l'inscription allemande qui est autour de son portrait : Seboli Beham tnaler XXXX. Jar. AU. MDXXXX. Ce qui signifie en nostre langue, Sf^o/d Beham peintre âgé de 40 ant en 1540. S'il eut aussy fait attention aux dates qui sont sur les estampes de ce graveur, il se seroit donné dé garde d'avancer que sa mort arriva vers l'année 1545, car il a gravé non-seulement dans cette année, mais mesme jusques en 1549, et je n'ay encore veu aucune pièce avec une datte postérieure. Dès l'année 1544, Beham etoit etably a Francfort. Il y grava cette mesme année ses armoiries avec cette inscription allemande qu'on lit autour, et qui est assez singulière pour estre rapertée. SéboU Beham xxm Nuremberg mater iecz wonhafier burger zu Francfuriy c'est-à-dire Sebald Beham de Nuremberg peintre^ présentement etably bourgeois à Francfort. Remarquez que non-seulement en cet endroit, mais dans tous ceux de ses ouvrages où il a écrit son nom tout au long, il ne se nomme que Sebald Beham au lieu que Sandrart l'appelle Jean SdMld^ ce qui semble pourtant mieux s'accorder avec la marque H-S-B dont il s'est servy, car si l'on veut expliquer toutes les lettres dont elle est composée, on y trouvera Han$ Sebolt Beham ou Jean Sebald Beham. Û avoit coutume de la mettre à touttes ses estampes, du moins à celles qui furent gravées depuis 1531 jusques en 1549; mais il s'en trouve d'autres antérieures dattées de 1519 et des années suivantes jusqu'en 1530 avec cette
autre marque différente H-S-P, ce qui a fait croire à plusieurs qu'elles esloient cl*un autre graveur, fondés sur ce qu'elles n'étoient pas dessinées dans la mesme manière. Ce sentiment n'est point ccluy de Sandrart, il prétend au contraire que les unes et les autres sont de Jean Sebald Beham» mais il n'apporte que des raisons assez légères pour le prouver. Pour raoy après les avoir examinées avec attention, et en avoir confronté ensemble les manières, je me range volontiers de son avis, et pour le rendre plus plausible, j'adjouleray quelques reflexions qui m'ont paru assez convenables.
Je m'arreste premièrement sur la manière dont toutes ces estampes sont gravées, et je remarque que c'est toujours la mesme qui y règne. S'il s'y trouve quelque différence, elle ne vient que de ce que la pièce aura été gravée devant ou après; vous y découvrez dans touttes un progrès sensible. Les pièces de 1519 et celles de 1520 qui sont en assez grand nombre, tiennent le plus du goût allemand. Celles qui suivent jusques en 1530 s en ressentent aussy, mais elles sont bien mieux gravées, elles sont touchées avec légèreté, quoyqu'un peu sèchement. Cette manière légère subsiste encore dans ce qui a été gravé vers l'an 1531, tel que la Judith et les 7 arts qui sont sans datte, mais que l'on préjuge estre de ce temps là, et plusieurs autres qui sont des années suivantes jusqu'en 1540. Ces pièces sont dessinées de meilleur goût, elles sont plus empalées que les précédentes et Beham n'a rien fait de mieux; car depuis sa manière devint plus pesante, ce qu'il copia dans ce temps là d'après ce qu'il avoit fait auparavant luy est bien inférieur; en voulant luy donner plus de finy, il en ota tout l'esprit, et son tempérament se refroidissant par les exc^ de la débauche, il n'est pas surprenant que ses ouvrages s'en ressentissent.
Que si l'on n'est pas satisfait de toutes ces raisons, que l'on examine la pièce qui a été gravée en 1540, avec cette marque
H-S-B et. qu*0D la compare avec celles qui ont été exécutées dans la mesme manière en 1520 et qui portent Tautre marque H-S-P, je croy que pour lors on n'aura plus de lieu de douter, que ces deux marques ont été employées par le mesme peintre en differens temps. Mais ce qui est le plus singulier, c'est que cette mesme différence se trouve dans la marque dont son oncle Barthélémy Bebam s'est servy, et qu'ils ayent fait l'un et l'autre ce changement précisément dans le mesme temps. En 1327 et 1529 B. Beham grava deux pièces où il se désigna par cette marque B-P, il en grave deux autres en 1531 où il met cette autre marque B-B. De mesme J. Sebald Beham se sert toujours de cette marque H-S-P depuis 1519 jusques en 1530, et en 1531 il commence à se servir de cette autre marque H-S-B jusques à la Gn de sa vie, et il la fait suivre quelquefois de son nom écrit tout au long. Du reste il n'est pas possible de rendre raison de ce changement, sinon que Toncle et le neveu auroient peut être changé de nom. Les eu* rieux de France et l'abbé de MaroUes en particulier dans ses catalogues d'estampes, attribuent à Hispan ou Hispanien Pean les pièces où se trouvent cette marque H-S-P et ils connoissent sous le nom corrompu à*Bisbins, celuy qui s'est servy de l'autre marque H-S-B.
En note Mariette ojouU : Cette pièce gravée en 1527 par Barthélémy Beham est le portrait de Léonard von Egkh, célèbre jurisconsulte allemand, et ce qui est de fort singulier, c'est que j'en ay veu une première épreuve avec des différences considérables et avec la marque B-B, au lieu qu'aux autres épreuves postérieures l'on trouve celle B-P ; preuve certaine que les deux marques B-B et B-P ont été employées indirferemment par Barthélémy Beham, et que son neveu J. Seb. Beham a pu se servir par la mesme raison des deux autres marques H-S-P. HS-B. Cette différence dans les marques vient sans doute de ce que la lettre B a la mesme prononciation que
le P dans la langue allemande, de mesme que le D s'y prononce comme le T. Ainsy Albert Durer est nommé Thùrer dans Tinscription allemande du Triomphe de l'Empereur Maximilien gravé par Albert, où en plusieurs endroits le P est mis en place du B, notamment dans le mot Beham qui y est écrit Peham, mais cet usage corrompu est abrogé présentement parmy ceux qui écrivent l'allemand purement; il n'y a plus qu'en Saxe, où l'on a conservé cette prononciation, et c'est un abus qu'on leur reproche. Je tiens cecy de M. Fritsch.
— BMicœ historiœ artifidossimis piciuris effigiatœ^ per Sebaldum Behampictorem Francofurtensemy 12o (1). Ces planches sont gravées en bois et sont au nombre de 80, y compris le titre, sans datte ny lieu d*impression. Mais il est vraysemblable qu'elles ont été mises au jour depuis que Beham se fut retiré de Francfort, et sont mesme des ouvrages assez négligés et qui ne feroient pas la réputation de leur auteur, si l'on n'avoit que cela seul de lui. Au reste il n'y a qu'une partie des sujets de la Bible, et je préjuge que cette suitte étant demeurée imparfaite, on a seulement fait paroistre ce quiestoit fait. Gela forme un in-douze qui est dans la Bibliothèque du Roy, n» 1725.
BEICH. F-B(2], marque de Joachim-FrançoisBeich, pemtre allemand, sur des planches de paysages qu'il a gravées et qui sont d'un excellent goût.
BEINASCHI (jean*baptiste) est né à Turin; il n'est pas certain qu'il ait été disciple du Lanfranc, mais il n'est pas moins vrai qu'il en fut le sectateur, et un imitateur qui, voulant marcher de trop près sur les traces de ce grand peintre.
(i) Le Blanc, n» 281-353.
(S) Voir BniUiot, IHctUmnairê dis monogrammes.
a fait trop souvent la charge de sa terrible manière, il a donné dans le noir, il a chargé ses contours, et quoyque ce qu'il a peint montre de la verve et du génie, il n'a presque rien fait d'agréable. Il etoit fait pour les grandes machines et surtout pour les plafonds. 11 s'etoit lait une manière de traiter les figures en racourci qui etoit scavante, et l'on voit quantité de ses ouvrages dans les églises de Naples, parmi lesquels il s'en trouve qui annoncent le grand mattre. 11 séjourna longtemps dans cette ville, où il passa après avoir fait ses premières preuves à Rome, et il y est mort retiré chez les PP. hermites de St-Jerome, dans l'église desquels il a reçu la sépulture en 1688, ainsi que le porte l'épitaphe qu'ont fait placer ces religieux dans leur église en reconnoissance des ouvrages que le Beinaschi leur avoit fait, et qu'a rapporté l'auteur des Vies des Peintres napol., t. 3, p. 284. Ce que cet auteur a écrit concernant le Benaschi me paroit exact, et je pense qu'il faut s'en tenir à son récit. Celui du Pascoli est chargé d'evenemens qui ne me paroissent pas mériter beaucoup de croyance. Selon ce dernier écrivain, le Benaschi auroit passé la plus grande partie de sa vie à Rome, et c'est pourtant le lieu qui offre le moindre nombre de ses peintures et même aucuns plafonds, qui etoit le genre dans lequel il primoit.
BELLÂNGE. Examiner dans Marolle si Bellange s'appeloit Jean ou Thierry. Le P. Husson lui donne ce dernier nom. M. Heinecken a écrit le premier. U y a des estampes de sa façon qui peut-être éclairciront cela.
— Thierry Bellange est un des peintres dont la manière, licentieuse et tout à fait éloignée de la belle manière, méritoit un plus grand mépris. Elle eut cependant des admirateurs, et Bellange eut une grande vogue. U étoit contemporain de Callot et avoit appris à dessiner avec lui dans la même école qui étoit celle de Claude Henriet. On connoit quelques pièces
qu'il a gravées, el dont on ne peut soutenir la veue tant elles sont cle mauvais goût (1). On croit s'appercevoir qu'il cherche à imiter la manière de Spranger, qui elle-même étoit regardée alors comme la seule qu'on devoit suivre* Heureusement Ton en est bientost revenu, elle ne se relèvera jamais. Bellange étoit Lorrain, il étoit né à Nancy le 15 octobre 1594 et il j est mort âgé de 44 ans. Noie$ à la iuite de F Éloge de CaJOtA du P. Busson, f.LY. — On a quelques pièces gravées par Bellange, et sur un de ces morceaux représentant un des trois rojs qui vinrent rendre leurs hommages à l'enfant Jésus, son nom gravé par l'auteur même sur la planche est ainsi figuré (2) : ce qui prouve qu'il ne se nommoit point Thierry. L'abbé de Yilleloin son contemporain lui donne le nom de Jacques. Est-il mieux fondé? Le caractère qui se lie avec la pre* mière lettre du nom de Bellange dans la marque citée» pourroit être un G renversé, et supposé que Bellange ait fait le voyage d'Italie et qu'étant dans ce pays il ait gravé le morceau en question et qu'il ait italianisé son nom de baptême, alors on trouveroit le (premier élément?) prénom et nom (ou retourné?) de Giaeomo et l'abbé de Yilleloin auroit parlé vrai. J'ai une pièce de ce matlre qui n'est pas sans mérite, c'est une sainte Vierge qui file près de l'enfant qui dort dans son berceau ; elle tient beaucoup pour la gravilrc de la manière de Ventura Salimbeni, et cela pourroit faire imaginer que Bellange avoit étudié sous ce peintre, ou qu'il tachait au moins de l'imiter*
BELLÂNGER (J.*A.), amateur qui a gravé; il est substitut de M. le procureur du roi au Chatelel.
(1) Elles sont cataloguées dans le Peintre-Graveur français d^ H. Roben-Oumesnil, t. V, p. 81-97, et dans Le Blauc, p. 259-60. (3) Voir Rob. Dumesni), t. V, n*" % des plaoehes.
BELLE (Alexis-Simon), né à Paris et mort dans la même ville en 1734, âgé de 60 ans, est disciple de François de Troy, el, iX)mine lui, il a fait son principal talent du portrait, n en a même peint d'assez beaux, entre autres celui de la veuve Hortemeis Lilmon (1) sa belle-mère, qui est présentement dans le cabinet de M. de La Live. Je l'ai vu établi à Saint Germain en Laje, où il estoit fort occupé à peindre des portraits d'Anglois. H a laissé un fils qui peint dans le genre historique et qui n'y est pas malhabile.
BELLI (SiLVio m) est nommé Elio de^BeUi par le Palladio qui nous apprend qu'il étoit fils du graveur en pierres fines nommé Valerio Vicentino, et qu'il avoit beauc4)up de goût et d'amour pour l'architeclure. Giacomo Marzari auteur d'une Histoire deVicence imprimée à Venise en 1593 ajoute (p. 199) qu'iPéloit aussi bon géomètre, et que, pendant le tems qu'il avoit demeuré à Home et i Ferrare, il avoit fait voir ce qu'il sçavoit dans l'une et dans l'autre science. Il le fait auteur d'un traité sur les proportions relativement aux arts qu'il professoil, et il Je fait mourir en 1575. Il le nomme S<7t?io.— Mais qui sçait (ajoute Mariette d'une écriture bien postérieure) s'il n'est pas question de deux frères, l'on nommé Elio et l'autre Silvio.
— Valerio Vicentino, l'un des plus habiles graveurs en creux qui ayent paru dans ces derniers siècles, mourut tort Agé en 1546. Vasari en fait mention (-2) et mesme assez au long, t. % p. 295. Palladio nous apprend son nom
(1) Voir Catalogue liistorique du cabinet de H. de la Live, 1764, peiii in-40 de 134 pages; le portrait y est indiqué page 17, mais atns le nom du modôle.
(i) Il lui a consacré une biographie spéciale. Valerio a beaucoup travaillé pour François !«*.
de idmille dans la préface de son livre d'architecture, en parlant du fils de cet artiste, qui avoit beaucoup de goût pour Tarchitecture. Voicy ses termes : Elio de 'Belli figUuoloche fù del sigf. Valerio cekbreper Vartiftcio de* Carnet^ e dello scolpire in crisiaUo. Il en est encore fait mention sous Tannée 1542 dans la Storia di Vicenza da Giac. Marzari, p. 171, et il y est nommé Valerio di Belli. Mais le fils que Palladio nomme Elio est appelé dans Thisloire que je cite Sihh (p. 199). — (Même écriture postérieure que plus haut). 11 se peut faire qu'il eut deux fils, l'un nommé Elio et l'autre Silvio.
BELLIBONI (Gio-Battista de'), disciple d'Ant. Campo, et dont il fait mention dans son Histoire de Crémone, p. 54.
BELLIN (François) a été disciple de Foucquier en France. J'ai eu occasion de voir deux petits tableaux de paysage de sa main qui ne m'ont pas donné une fort grande idée de son habileté. Ils éloient du grand Uni, mais sans eflot et d^une touche assez indécise; en général ils m'ont paru plus dans la manière de Jacques d'Artois que dans celle de Foucquier.
BELLINI (Jagopo). Il a peint un tableau à l'autel de la chapelle de Saint-François dans l'église del Santo à Padoue; on y lit : Jacobi BeUini Veneti Patris^ ac Gentilis et Joannis natorum opus MCCCCIX (?). Le vrai sens de cette inscription ne me semble point douteux, elle nous apprend que le père et les enlants ont mis tous trois la main à ce tableau. Je l'ai tiré du livre intitulé Reïigiose memorie delta Chiesa diS. Ant. de Padoua^ p. 25.
BELLINI (FiLiPPo) peintre d'Urbin, contemporain d'Antoine Calcagni, fameux sculpteur, pour la chapelle duquel il a peint un tableau vers l'an 1592 dans l'église de Saint-Augus-
tin à Recanati. — Bald. Decenn. :î délia parte 2 dd sorol. IV, p. 235.
ffilLLONl (GiosEPFo). La plaDche qui sert de frontispice au livre intitulé de BaMUsa Lateranea imprimé à Rome en 1656 a été gravée d'après son dessein, et Ton croit reconnoUre dans la manière de composer et de dessiner un disciple de Romanelle.
BELLORI (Jean-Pierre), célèbre antiquaire. Je place sa naissance par estime vers Tannée 1630. Sa mort arrivée à Rome, a précédé d'assez peu de temps la fin du siècle. Il avoit dans sa jeunesse manié le crayon, et s'étoit mis par là en état de parler pertinemenl de peinture, outre qu*il avoit été en liaison pendant tout le cours de sa vie avec les plus habiles artistes de son siècle, et singulièrement avec le Poussin, qui ne pouvoil manquer de goûter sa conversation, lui qui était si fort épris des beautés de l'antique et de Raphaël, et dont le génie se trouvoit par là si conforme à celui que nourrissoil le Bellori. Lorsque celui-ci entreprit d'écrire ses Vies de peintres, de sculpteurs et d'architectes, ce fut dans la veue de faire surtout l'éloge de ceux qu'il avoit particulièrement connus; mais comme il s'y déchaina trop ouvertement contre ceux de ses contemporains qui selivroient à des licences qu'il ne pouvoil approuver, il est assez vraysemblable qu'on chercha à le mortifier et que cela le dégoûta de ce premier travail et Tempêcha de donner la suite de son ouvrage, pour laquelle il avoit préparé quelques vies qui sont demeurées MSS. Les ouvrages qu'il donna sur l'antiquité furent plus unanimement accueillis. Pendant plus de vingt années, il ne parut presqu'aucun de ceux qui furent gravés par P. Santé Barloli qui ne fût accompagné de ses explications. Je n'ai jamais vu de ses desseins, mais j'ai trouvé dans
une suite de très-petits paysages qu*a gravé le Ganini uti petit morceau qui porte son nom ; il est tellement dans la manière des aulres paysages, qu'il seroit assez difficile de décider qu'il en est l'auteur, si son nom ne s'y trouvoit pas, et, comme il est assez spirituellement touché, on dësireroit qu'il eût plus souvent manié la pointe (1). Il avoit le titre d'Antiquaire de Sa Sainteté, et je pense aussi qu'il étoit attaché en cette qualilé à la reyne Christine de Suède. Son cabinet d'antiquités avoit été acheté par le roy de Prusse, et Beger en a donné la description, mais je ne crois pas qu'il soit resté dans le pays. Il me semble que le roi de Prusse dernier mort s'en étoit défait. — Voyez à la page précédente (231) l'article donné par le P. Orlandi. Lorsque j'écri* vois ceci, je ne m'étois apperçu qu'il eût été rien dit dans l'Âbecedario sur le compte de Bellori.
BELLOTTI (PiETRo). J'ay veu un tableau de ce peintre qui m'a donné une idée de son mérite. Il esloit peint avec un grand soin, l'on ne peut pas un plus beau pinceau, chaque chose y esloit traitlée avec vérité, et le goût de couleur en esloit fori bon ; mais le dessein en eslcil ignoble, et do mauvais choix. Pour représenter la vestale Tucia, ce peintre avoit pris pour son modèle la plus infâme et la plus dégoûtante créature qu'il y eût au monde. C'estoit un demy corps, et je juge par la conduitte de ce tableau que le Belotti a du pariailtement réussir dans les poitrails.
BELLOTTO (Bernard), qui se fait nommer il Canaletto, et qui par là a voulu se mettre en crédit et se faire honneur d'être le neveu et le disciple d'Antoine Canal, eicellent peintre de veuès. Il est vénitien ainsi que son oncle ; son genre
(i) Ce nom de graveur amateur est à ajouter au livre de M. Lé BlanO) qui ne le mentionne pas. ^
est aussi de prendre des veuës. Il cherche à être en tout im parfiit imitateur de son maître. Le roi de Pologne, Électeur dé Baie, n'ayant pu avoir Toncle, a fait venir à Dresde le neveu, et lui a fait peindre les principales veuês de la ville de Dresde, et il les lui a ensuite fait graver. Cela s'est fait eu 1758; on les croiroit gravées par Ânt. Canal même, tant elles sont ressemblantes par la touche, à ce qui a été gravé à Venise par ce dernier. C'est la même fermeté de pointe; on y trouve de même à redire trop d'égalité dans la touche et des dégradations de lumières pas assez sensibles. Du reste ces veuës sont fidèles; elles sont très-bien en perspective; si les tableaux sont aussi bien peints, le Canaletto est un digne élève de son oncle. Il en est fait mention dans la nouvelle édition de l'Abécedario de Guarienti.
J^LLUCl (Antonio). 11 étoit encore vivant en 1724 et quoyque vieux 11 continuoit de peindre. 11 demeuroit à Venise. Litt. d'Ap. Zeno. T. 2. n. 168.
BELLY (Jacques) de Chartres, alla jeune en Italie, il j grava, étant à Rome en 1641, la galerie du Carache au Palais Fatnèse, mais d'une manière qui ne lui fait guère d'honneur; car on n'3^ trouve ni esprit, ni dessein ; il étoit de retour à Lyon en octobre 1642, ce que j'aprend d'une lettre écrite à M. Langlois, dit Chartres, où le père de Dell; se plaint de ce que son fils tarde si longtemps à revenir, et de ce qu'il s'est arresté auprès de M. d'Halincourt.
— La galerie du Palais Farnèse dessinée et gravée à l'eau forte à Rome par Jaques Belly de Chartres en 1641 et dédiée par luy h M. le marquis de Cœuvres. Voicy un extrait de l'épistre dédicatoire. Belli y dit qu'il ne peut pas s'assurer d'avoir bien rendu les beautés des peintures d'Annibal et d'Augustin Carraches, et que, pour donner de la protection à
son ouvrage, il a choisi M. de Ckeuvres qui semble obligé à la dérense de son travail, puisqu*il l'a vu croître et nattre dans sa maison pendant que Belly étoit auprès du maréchal d'Eslrées père du marquis de Cœuvres (c'est que M. d'Estrées ambassadeur de France occupoit alors le Palais Farnèse). Au reste cette suite d'estampes n'eut aucun succès, parce qu'elle ne rendoit point les beautés de l'original, et celles qui sont venues depuis l'ont entièrement fait oublier. L'auteur y monre un bien mauvais goût de dessin. Elle est en 30 planches, sans y comprendre la dédicace, et comptant pour une pièce une moitié de tout le plafond en deux planches qui s'assemblent pour ne composer qu'un seul morceau (1). Tous les petits sujets de lambris y sont gravés en plus grand que dans les autres suites, et les grands tableaux par proportion en plus petite lorme, idée bisarre, qui donneroit, je pense, une singularité à cette suite, pour peu qu'elle fut exécutée passablement.
BEMBI (BoMFACio Di) et son frère Jean-François ont travaillé à Crémone au rapport de Ant. Gampo, hisL di Cremona, p. 53. Ant. Campo a fait graver le portrait de Blanche-Marie Visconti épouse de François Sforce duc de Milan, d'après celuy qui avoit été fait d'après nature vers l'an 1440 par Bonifacio Bembo de Crémone, lequel est dans l'élise de Saint- Augustin à Crémone. Remarquez qu'il dit que Bembo étoit de Crémone. — Le Boniface dont le Campo fait mention et qui étoit de la famille des Bembi n'a de commun avec le peintre vénitien que le nom de baptême ; ce dernier lui étoit postérieur degrés d'un siècle, et Ton ne lui connoit point d'autre nom que celui de Boniface : on trouve dans les registres mortuaires de l'église de Saint- Ërmagora à Venise un
(t) Voir Robert Dumesnîl, t. IV, p. 9-10.
peintre du nom de Boniiace qui y a reçu la sépulture en 1553 à la suite d'une longue maladie, et ce doit être le mesme qui étoit élève du vieux Palme, et dont le Ridolfi a écrit la vie. Jean-François Bembi étoit frère du peintre Cremonois. Il faut done faire deux articles de celui-ci, dans lequel le P. Orlandi confond des artistes qui n'ont rien de commun entre eux.
BEMMEL (Jean gborge van), peintre de batailles et de paysages à Nuremberg, y nacquit en 1669 et est mort en 1723; c'est tout ce qu'on scait de ce peintre et que nous fournit son portrait qu'a gravé J. C. Kilian en 1772.
BEMMEL (W.). Une suite de six paysages en hauteur (7o h.; 50 tr.), à l'eau forte, qui, tout maniérés qu'ils sont, ne sont pas trop mal exécutés. A deux de ces pièces on trouve le nom de celui qui les a gravés et dessinés, écrit à rebours et qui, étant lu dans le miroir, est W. Bemmel avec la datte 1654. A presque tous il y a de grands arbres qui occupent les devants (1).
BENCOVICH (Fbédéhic), mal nommé Boncovich par le Guarienti, auteur de la nouvelle édition de l'Abecedario imprimé à Venise en 1753, est né à Raguse. 11 étoit parent du Gaetano fameux musicien que j'ai entendu à Vienne sur le théâtre de S. M. I. en 1718, et ce fui ce parent qui le tira de son pays, et qui le fit venir à Venise dans le dessein d'en faire un peintre. Il le fit ensuite entrer dans l'école du Ci* gnani, où le jeune artiste fit de grands progès. Il revint à Venise, plein des idées du Corrège, ne comptant pour rien la correction, pourvu que ses figures eussent un tour agréable et nouveau, qui se rapprochât de ceux que le Corrège a si ■ — - ■ —
(1) Le Blanc, p. )66.
heureuMment donué aux âienDes. C'est précûéifient ce que chercboit aussi la Rosalba, et oe qui lui fit désirer la coimoi»sance du Ferigheiio (c'est le nom qu'on donnoit à Venise à notre peintre), surtout lorsqu'étantde retour dans cette ville, il eut mis dans l'église de Saiot-Sébastien le beau tableau du B. H. Giambacorti, dont il a lui-môme donné une très-l)onne estampe. Alors la Rosalba prit des leçons de lui, et peignit même plusieurs miniatures d'après des desseins qu'il lui foumissoit. J'en ai un qui me vient de la Rosalba même et qui prouve ce que j'avance; Bencovich aimoit le changement et ne pouvoit demeurer en place; il passa à Milan, et ensuite à Vienne en Autriche, où son parent Gaetano l'attira sans doute, car ve musicien étoit grand amateur de tableaux. Mais Bencovich étoit alors fort dé<*hu. Il n'étoit plus ce qu'il avmt fait espérer. Le manque de dessein le conduisit dans un abisme, préparé h tout peintre qui négligera cette partie si essentielle de son art. Il ne fut plus qu'un praticien dont les jours des figures, outrés et peu naturels, déplurent. Peu occupé, il se relira à Goritz dans le Frioul allemand, et il y est mort. Le Guarienti ne parle pas de ce peintre iort avantageusement; de là je préjuge qu'ils n'étoient pas amis. «— Il y a dans l'église de la Madonne del Piombo à Bologne un tableau de ce maître qu'on dit e%ni fort beau.
BENVENUTO (Gio-Battista), detto rOrfo/ono; après avoir étudié sur les ouvrages des meilleurs maîtres qui se trouvoient alors dans la ville de Ferrare, où 11 avoit pris naissance, il se transporta à Bologne et devint rimilaleur de Bagnacavallo. Les deux tableaux cités par le P. Orlandi (nella Chiesa dei PP. Serviti di Ferrara di pinse Valtare di S. Mat-' gheritay net Bastardini Vàltart maggiore) sont sortis des places qu'ils occupoient, et ont été remplacés par des copies. — Mori ciif a l'anno 152S.
il»
BÉBAIN (Jean) de Paris, avoit UQ talent singulier pour toutes les sortes de décorations et généralement pour tout ce qui éloit susceptible d'ornement, qu'il inventoit et qu'il des* sinoit avec beaucoup de facilité. Jamais il n'y a eu de déco-^ rations de théâtre mieux entendues, ny d'habits plus riches et d'un meilleur goût que ceux dont il a donné les desseins pendant qu'il a été employé pour l'Opéra de Paris, c'est-àdire pendant presque toute sa vie. On auroit eu peinne à trouver une imagination plus féconde. Âussy n'y avoit^l aucune feste de conséquence que Ton entreprit sans le consul* ter. 11 présidoit à toutes celles qui se donnoient à la cour, et c'estoit aussy luy qui ordonnoit l'appareil des pompes funèbres; la charge de dessinateur ordinaire du cabinet du roy de France luy en attribuoit les fonctions. Il étoit aussy fort employé à donner des desseins de meubles, et d'ornements propres à être exécutés en tapisserie, où à peindre dans des lambris et dans des plafonds; c'est ce que l'on nonmie des grotesques; il atoit pris, dans ce que Raphaël atoit si heureusement imaginé dans ce genre sur le modèle des anciens, ce qui luy avoit paru devoir faire un meilleur effect ; il l'avoit réduit à une manière particulière, conforme au goût de la nation h*ançoise et cette méthode luy avoit si bien réussy que les étrangers même avoient adopté son goût d'omemens. Ce qu'il avoit inventé de meilleur dans tous ces difiérens genres a été gravé de son temps et sous ses yeux.
— Des singes fondans des canons. Des démons ayant à leur teste l'Envie qui les excite à charger un canon outre mesure pour le faire crever. Ce sujet et le précédent sont renfermés dans des bordures ou cartouches, qui sont du dessein de Jean Berain ; le reste de la composition est inventé et gravé. par Jean Mariette. Le S. Keller, commissaire ordinaire des fontes de l'artillerie de France, fit faire l'un et l'autre pour mtUre dus un mémoire, oà il eensu-
roit vivemtnt la conduitte de plusieurs officiers de rarlillerie.
— Diverses pièces de serrurerie, inventées par Hugues Brisville et gravées par Bérain dans sa jeunesse; elles consistent on seize planches (1).
— Jean Berain, dessinateur et peintre d'ornements, a eu dans son temps une très-f^rande vogue. On ne faisoit rjen de bien, en quelque genre de décoration que ce fût, si cela n'étoit dans sa manière, ou s*il n'en avoit donné les desseins. Son règne fut long, mais il a fini à sa mort. Il seroit aujourd'hui ridicule de l'imiter. Il est mort dans les galeries du Louvre où illogeoit,au commencement de ce siècle, en 1711, suivant Brice ; son billet d'enterrement porte la datte du 26 janvier 1711 . Il avoit la place qu'ont eu depuis MM. Slodtz, celle de dessinateur de la Chambre ou des Menus Plaisirs, et en cette qualité il ne s'est fait pendant très-longtemps aucune diH^oration pour des fêtes, dont il n'eAt été l'ordonnateur. Il a fait graver la pluspart de celles qui ont été ordonnées sur ses desseins pour des pompes funèbres. C'est bien ce qu'on connoit de mieux de lui. Les compositions d'omemens qu'il a fait pareillement graver en assez grand nombre n'en approchent pas. n a voulu donner des desseins de parterres pour des jardins qui sont misérables.
BERCHEM. J'ay veu chez Huquier deux pièces gravées par Berchem d'une manière plus flne et d'une pointe plus ouvragée que ce qu'il fait ordinairement. On y voit son nom et la datte 1644 (2).
BERETTINI (Pibtro), da Cortona, Piètre de Cortone. J'ai ouy raconter à Rome le commencement de la fortune de ce
(1) Le Blanc, n<- 46-59.
(2) Voir Bartseh, t. V, «t Le Bltnc, 1, 361-7.
peintre ; mais je doute fort que le récit qu'on m'en faisoit fut iondé sur la vérité : bien au contraire je le regarde comme un conte fait à plaisir. Nonobstant cela je ne laisserai pas de le rapporter tel que je Vay reçu. Né de parents extrêmement pauvres, et qui se trouvoient hors d'estat de le nourrir, il fût obligé d'abandonner la maison paternelle, n'étant encore qu'un enfant, et d'aller chercher fortune ailleurs. Le hasard le conduisit à Rome, et son étoille voulut qu'il entra dans plusieurs églises de cette ville, et qu'à la veue des peintures qu'il y admira, il prit tout d'un coup le dessein de devenir peintre. 11 étoit bien difiicile d'y parvenir sans secours; mais l'on peut tout, armé de courage. Notre jeune homme ayant converty en papier et en crayons quelques aumônes qu'il avoit reçu pour sa subsistance, on ne le vit plus occupé qu'à dessiner tout ce qui pouvoit servir à son instruction. Occupé de ce soin, il avoit oublié de chercher un asile, les portiques ouverts étoient les seuls endroits où il passoit les nuits. Bientost il fit connaissance avec quelques domestiques du Palais Sachetti, qui par charité le mirent coucher dans une auge de pierre remplie de paille sous un angard. Un espiègle y mit un jour de l'eau, et le pauvre enfant y étant entré à son ordinaire, en sortit, moins consterné de se voir mouillé, que de ce que tous ses desseins l'étoient; cette aventun^ fit du bruit. Le maître d'hôtel gronda comme il devoit le valet qui avoit fait ce mauvais tour, et le prélat maitre de la maison en ayant été informé, eut la curiosité de voir celui sur qui roui* loit cette aventure; sa figure, ses discours, tout prévint en sa faveur. M«f Sachetti ne se contenta pas de l'exhorter à persévérer, il lui voulut aussi servir de protecteur, et le plaçant chez un peintre, et lui ioumissant les moyens d'étudier commodément , il eut la gloire d'avoir formé un des plus grands peintres qui furent jamais. De son côté P. de Cortonne usa do reconnaissance; les premiers fruits de son
lis piaceau lurent consacrés au Prélat à qui il devoit sa ior* tune.
On dit aussi dans Rome que la voûte de la salle du palais Barherini a élé peinte deux fois par P. de Gortonne, et que celle qu'on admire aujourd*huy n'est pas la même qu'il atoit peinte en premier lieu. Gelle-cy ne 'avoit pas satisfait, et bien qu'il eût passé un temps prodigieux, l'envie qu'il avoit de s'immortaliser par œ grand et bel ouvrage, lui fit passer sur cette difficulté, et il retravailla tout de nouveau. Ce tait m'a été assuré comme certain, mais j'en doute; on n'eût pas manqué d'en faire mention dans la description du palais Barberini, et Sandrart, ami de P. de Cortonne, qui avoit vu peindre ce plafond ne l'eût pas non plus passé sous silence.
Il y a eu de la même tamille un Philippe Berettini architecte et contemporain du peintre, dont il est fait mention dans les Si^mbolm liUerariœ a Gorio edit» dec. 1., T., 8., p. 173. Il vivoît &i 1634. On cite un monument où cette datte et le nom de cet architecte se trouvent.
— Rien n'est si rare en Italie que les desseins de Piètre de Gortone; on ne rencontre le plus souvent que des croquis de œ peintre. Ses desseins fins et arrêtés n ont point de prii ; surtout quand ce sont de grandes compositions, telles qu'on en voit plusieurs dans la collection de M. Grozat. Piètre de Gortone n'est pas fort résolu dans ses desseins; il y paroit même un peu lourd ; mais la richesse et la nouveauté de ses ordonnances font disparaître ce léger défaut (Gat. Groaat, p. 27).
BERETTONE (Nicolas) né en 1637, a été un des plus excellents disciples de Garle Maratte. Il en avoit saisi la ma* fiière et je trouve même encore plus de finesse dans la «enne. filtre plusieurs de ses ouvrages que j'ai vu à Rome, un de
in
ceux qui m'a lo p)us Irâppé, et qui est en eifet rempl j de grâces, sont les peintures des plafonds de deux chambres du Palais Altieri. J'en dis autant des peintures qu'il a exécutées dans une des chapelles de l'église de Monte Santo à la porte du peuple. 11 y a un beau feu dans la composition, et une grande correction dans le dessein ; c'est un des peintres modernes de Rome qui m'a plu davantage; il est bien domage qu'il soit mort aussi jeune, car il n'avoit gueres que 45 ans lorsqu'il mourut en 1682. On dit qu'il étoit extrêmement modeste, et que ce qui fut en partie cause de sa mort, fut le chagrin qu'il eut de voir que C. Maratte son maistre prenoit de la jalousie de l'ouvrage qu'il avoit fait au palais Altieri, et qu'il cherchoit tacitement à le decrediter. — L'inscription qui accompagne le portrait dessiné de ce peintre que |'ai vu chez M. Crozat, et qu'il tenoit du S. Pio, est conçue en ces termes : Nicolaus Berettonus Pictor Pisauriensis, natus anno 1837, obiitanno 1683.
BERLINCIONE (Loeenzo di). Je le trouve employé parmi les peintres qui travaillèrent aux peintures des décorations faites pour l'entrée de la grande duchesse Christine de Lorraine à Florence en 1588. Il fit un tableau dont on trouve l'estampe dans la description imprimée de cette fèsle. Je le crois disciple d'Alex. AHorl, dit le Bronzin.
BERNABEI (Dominique) de Cortone, disciple de Julien de San Gallo, vint en France sous François i^, et fut employé par le prince dans les bâtiments qu'il faisoit construire. Ce fiit lui qui donna les desseins de rH6tel-de-Yille de Paris, dont la première pierre M posée en 1533. Il mourut à Paris étant au service de Henri U, en l&i9. Cet architecte avoit un goût mesquin et, par une suite de la mauvaise manière qui
regDoii alors, il mèloit l'architecture grecque avec la gothique, composé bizarre et qui n*est pas supportable. Sauvai le nomme Boccadoro, mais mal à propos. Voyez Gori SymMœ UiUrariœ, decas 1, tom. 8, pag. 172 (1).
BERNARD (Samuel) avoit étudié sous Vouet et ensuite sous du Guernier; il a merveilleusement bien peint en miniature, surtout lorsqu'il a copié d'après de bons maitres, car il n'avoit pas de luy-méme un grand génie ; son principal talent étoit des portraits. 11 a aussy quelques fois peint à huile de petits tableaux. Il est père du fameux Samuel Bernard, l'un des plus grands financiers que nous ayons eus.
BERNARDINO (Jean) de Naples. Il étoit peintre et il a excellé à modeller en cire colorée des figures extrêmement petites, pas plus grandes que la moindre piëce de monnoye; c'est ce qui a été observé par Pacheco lib. 1 , p. 26 et 29. Il ne dit pas en quel temps il fleurissoit, mais il y a apparence que c'étoit dans le seizième siècle; c'est le même dont il est fait mention ci-après p. 239, et qui est cité par le Soprani sous le nom de Jean Bernardin Azzolini (2).
BERNIERI (Antonio) daCorr^io, in eta giovanilO; e miniatore di chiara fama. C*étoit en 1552. Extrait du livre intitulé : Cataloghx avarie cose appartenenti. In Yinegia, Giolito, 1552, in-8o, p. 498.
(1 ) On peut voir sur cet architecte Thistoire de THÔtel-de-Ville de Paris de M. Leroux de Lincy, et les lettres patentes de Charles YllI, en faveur de ses ouvriers italiens , dans les Archives de i'Art fran- ^M, 1,110.
(2) Voir, page 43, cet article de Mariette, au nom d*Azzolini.
BERNIN. Ceux qui ont écrit la vie du BeniiD (1), lui ont, à mon avis, rendu un fort mauvais office, lorsqu'au rapportant les ouvrages qu'il a fait, à ce qu'on prétend, dans la plus tendre jeunesse et qui sont d'ailleurs si fort au-dessus de son âge, ils ont accompagné leurs récits de circonstances, dont le merveilleux n'est soutenu d'aucune vraysemblance. L'on ne mérite d'estre cru, qu'autant qu'on avance des choses possibles. Or je veux que le jeune Bernin, âgé seulement de quinze ans, ait été capable de faire, seul et sans l'assistance de personne, le beau buste du cardinal Borghèse, où le marbre est si bien manié et peut^estre mieux que le Bernin ne l'a fait dans la plus grande force de son ftge ; mais qu'on veuille me persuader qu'après avoir terminé ce merveilleux ouvrage, il ait recommencé sur le champ un semblable buste, et qu'il ne luy ait fallu que huit jours pour lui donner la dernière main, ou quinze nuit&, selon Baldinuoî, en vérité je n'y puis tenir, et, dès cet Instant, je suis presque tenté de douter de la vérité de tout le reste du récit. En effet l'expérience apprend que, non-seulement on ne peut tailler un buste en marbre, quel qu'il soit, dans un si petit espace de temps, mais qu'il en faut même encore bien davantAge seulement pour l'ébaucher. L'on dira que tout Rome fut témoin de ce prodige; mais cela ne me persuadera pas encore; si ceux qui vivoient alors voulurent en estre la dupe, je ne consentiray jamais à le devenir. Qu'on se transporte pour un moment dans la maison où le jeune homme étoit élevé, on y trouvera un père sculpteur, habile pour le temps et fort employé, chez lequel il y avoit quantité d'ouvriers, et ne se
(1) On pense bien que c'est à Tenthousiaste biographie du Bernin, par Baldinucci, que se prend ici Mariette ; elle est ample et repro* duit très-bien, par cela même qu'elle le fait involontairement, Tadmiralion de son époque pour ce fastueux maniériste; mais il serait à désirer ici qu'eue fût plus souvent intelligente.
peuUl pas bien iaire que le père, jaloux de produire son fils avec éclat, et trouvant dans ce fils des dispositions presque suroatuieUes, lui aura fait prêter la main par quelques-uns de ses ouvriers ; cela arrive si souvent. Il se peut encore que Ton aura aperçu dès les commencemens dans le marbre ce fil, qui engagea, dit-on, le Bernin, à recommencer un autre buste, qu'on aura préparé en cachette ce nouveau buste, et qu'on Taura produit, quand on l'aura jugé à propos, pour achever de jouer la comédie dans tout son entier. Car, si l'on n'admet pas cette supercherie, je défie qu'on puisse autre*ment convaincre quelqu'un qui connaît la méchanique du travail du marbre*
Mais ce n'est pas à ce seul lait merveilleux que se sont bornés les historiens de la vie du Bernin. Ils luy font fair^ encore, dans le seul espace de deux ans, et n*ayant pas encore vingt ans , quatre grouppes considérables , celu j de David victorieux de GoliaUi, la Daphné, l'Enée qui porte son père Anchise, et le ravissement de Proserpine, dont les trois premiers sont à la vigne Borghèse, et le dernier à la vigne Ludovise à Rome. Mais, quoyqu'on ait dans Rome une grande idée du beau génie du Bernin, et de son extrême facilité, il est peu de gens qui soient persuadés que la Daphné soit de luy, ou du moins entièrement de luy. On veut qu'il n'en ait fait que le modèle et que ce soit un sculpteur flamand, qui travailloit dans l'atelier de son père, qui l'ait exécutée en marbre, et qui ait eu assez d'habileté pour y exprimer la légèreté des feuilles qui naissent au bout des doigts de cette statue, chose qui jusqu'alors n'avoit été tentée par personne, n est encore certain que le Bernin a été fort aidé dans ses ouvrages par Julien Finelli, dont la gloire est presqu'absorbée dans celle de son maistre. Ce Finelli est surprenant dam le travail du marbre , témoin les beaux lyons qui soutiennent un rétable d'autel dans l'église des SS. Apostret
à Naples. Ce n'est pas du marbre, c'est Téellement du poilJ Le Berniu avoit aussi, ce me semble, un fière qui manioit très-bien le marbre, et Ton ne peut contester qu'il n'ait eu une très-grande quantité d'excellens élèves.
Au reste, je ne prétends pas, par tout ce que je yiens d'ayant cer, rien diminuer de la gloire que mérite si justement le Bemin ; mais je pense que ses beaux ouvrages l'ont assez im-* mortalisé, sans qu'il soit besoin, pour le faire parottre encore plus grand, de mêler dans son histoire des laits dénués de toute Traysemblance, et, si j'ose le dire, d'emprunter le lan* gage de la fable.
— Les desseins du Bemin et ceux du Bachiche (car les uni et les autres sont faits dans les mêmes principes) contiennent des pensées aussi neuves qu'elles sont sublimes; on ne peut y désirer qu'un détail plus exact dans l'eiécution. (Gat. Crozat, p. 30.)
BERNINO (Pâolo). U se nommoit Paolo ValentinoBemini. J'ay veu une estampe d'après luy, (f estoit un frontispice de livre, composé avec beaucoup d'esprit, et dans la manière de son père; c'est de là que j'ai tiré qu'il s'appelloit Paul Valentin.
BERRUGUETTE, Aïonio Spagnuolo. Yasari en fait mention à la fin de la vie de Hasaccio. Dans la vie de Michel- Ange, p. 144, le même auteur le nomme Alonso Berugetta Spagnuolo.
BERTANO ou BRITANO (Jbak-Baptiste) de Mantoue, etolt élève de Jules Romain ; quelques-uns de ses desseins ont été gravés par Georges Hantuan.
BERTIN (Nicolas). Il a fait les desseins sur lesquels les
statues en marbre des quatre heures du jour et les quatre parties du monde, placées dans les jardins de Versailles ont été gravées par Louis Desplaces.
BERTOIA (GuaNTo). Lomazzo fait mention, dans sonidea del tempio délia Pittura, p. 162, d'un Parmesan qu'il nomme Jacques Bertoia. J'ay remarqué une estampe gravée par Corn. Gort d'après un peintre qu'il nomme Jacqties de Parme ; apparemment que c'est ce maistre cy. Il est pourtant vrai que ce morceau qu'a gravé Corn. Cort est tout à fait dans la manière du François» dit le Parmesan, et que le peintre nommé par le Lomazzo etoit sorti de l'école du Procaocini, et devoit sans doute avoir une manière qui tenoit de l'école d'où il sortoit; ainsi tout cela dérange mes idées, et je ne sçais plus coounent me tirer de ce cahos.
BERTOU (Daniel Airronns), né à Udine dans le Frioul, dans les derniers mois de 1678, eierçoit ToflBce de dessinateur de l'Empereur Charles VI, lorsque j'étois à Vienne en 1718. C'etoit un homme aimable, et qui par sa modestie, et ses autres qualités personnelles, se faisoit estimer dans la société, et moi-même j'ai connu tout le prix de son amitié. Du côté des talens, ce n'étoit pas un homme de premier ordre; mais, à ne le considérer que comme dessinateur, et il ne prétendoit pas à autre chose, il avoit son mérite. Il inventoit assez gracieusement, et il mettoit une extrême propreté dans sa façon de dessiner. C'etoit ordinairement à l'encre de la Chine. Ses desseins etoient lavés et sans aucun trait de plume, ce qui les rend froids et indécis. Quelques-uns ont été gravés assez bien par Scheldelmayer, et je citerai par distinction celui qui l'a {(^lé) par Zucchi, et qui sert de frontispice au livre des Antiquités d'Âquilée, ouvrage du chanoine Berloli son frère. C'est assez volontiers le vi(« des gens modestes
d'être paresseux, de se mettre difficilement au travail, et cela s'est YériQé souvent chez M. Bertoli. Non seulement il ne recherchoit pas les occasions de s'exercer, il les evitoit le plus qu'il pouvoit, ce qui ne lui etoit pas difficile dans une cour, od, à l'exception du maître, peu de gens estimoient les arts. Pour s'en consoler, M. Bertoli a voit recours à ses livres, et comme il s'en etoit formé un fort joli cabinet, il avoit suffisamment de quoi converser, et ne point tomber dans l'ennuy. Il s'etoit fait avec cela un petit choix d'amis, à la tète desquels etoit le célèbre Apostolo Zeno, qui lui fut singulière* ment attaché, et qui lui en donna des preuves bien sensibles, dans les tracasseries que notre artiste eut à essuyer à l'occasion de l'achapt qu'il avoit élé faire à Rome en 1727, par ordre de l'Empereur, du cabinet des médailles des Chartreux. Quand ce cabinet lut arrivé à Vienne, il se forma une cabale redoutable, que conduisoit le médecin Garelli, bibliothécaire de l'Empereur, et qui ne pretendoit pas moins que de faire passer pour fausses le plus grand nombre de ces médailles, celui qui en avoit fait l'emplette pour un fripon, qui avoit abusé de la confiance de son mattre et avoit prêté les mains à la fraude. Apostolo Zeno se déclara ouvertement pour son ami, ne craignit point le crédit et les intrigues de Garelli, et, se servant de tous les avantages que donne une bonne cause, il soutint si bien çpUe-ci, que les ennemis de Bertoli furent contraints de se taire, et que ce dernier, pleinement justifié dans Tesprit de l'Empereur, en reçut les assurances dans une lettre qui lui fut écrite par le prince Pio. 11 faut voir dans les lettres d'Apost. Zeno toute la suite de cette affaire, et comme l'Empereur, content des services de son dessinateur, lui donna dans la suite une terre qu'il érigea en fief pour lui et pour ses parens. Bertoli mourut à Vienne d'une attaque d'apoplexie au commencement de 174i, ou dans les derniers mois de 1743; il pouvoit avoir 65 ans. Bertoli etoit lié d'une amitié
intime avec Zanetti» et qui avoit commencé avec leurs études. Les premières que fit Bertoli furent dans Técole du Lazzarini, qu'il quitta dans la suite, pour ne plus avoir d'autre mattre que Bastien Ricci.
BERTRAND (Philippe). Il alla en 1694 à Montpellier, et j exécuta les sculptures de la Porte ou Ârc de triomphe du Pérou, qui y a?oit été bâti par d'Aviler sur les desseins du S. d'Orbay. Les principales de ces sculptures consistent en quatre bas-relie6 en forme de médaillons, deux sur la face qui regarde la ville, représentant la jonction des deux mers par le moyen du Canal de Languedoc, et la destruction de VHéresie, les deux autres du cAté de la campagne iont allusion aux victoires de la France, fay extrait cecy d'une lettre écrite de Montpellier par d'Aviler; il y fait un grand éloge de ce sculpteur. Il dit que c'est un prodige de génie, qu'il n'a que 26 ans, et qu'il travaille plus pour la gloire que pour l'intérest ; on peut contester à ce sculpteur la partie du génie ; j'ay veu plusieurs maquettes de luy en terre, composées avec beaucoup de feu, mais peu arrêtées, et en général assez maniérées.
BIANCHINUS (lEAiv-AirroiNE), vénitien, a fait une teste de vieillard de pièces de rapport qui étoit à S** Geneviève entre les mains du Père du Moulinet. Mem. msê. de Fdibien.
BILIVERT (oiOTAifiŒ}. Comme le Pire Orlandi TappéOe Antonio Bilivdêi^ Mariette ajoute : Tout ceci a rapport à Jean Bilivert, à qui le Père Orlandi donne sans raison le nom d'Antoine. Tout le reste est conforme à la vérité, à l'exception de ce qu'on donne à Bilivert pour père un Allemand; c'étoit un Flamand ; mais il est assez ordinaire aux Italiens de confondre les deux nations. Voyez l'artide de Bilivert sous le nom de Giovanni.
•—Gio Ballinert . Le Baglione l'appelle Bellinert , et c'est encore une erreur. 11 se nommoit Jean Bilivert. Baldinucci a écrit sa vie dans un trè&-grand détail, Dec. 2*, parte 1* del secolo V, p. 68. Il nacquit en 1576 et ne mourut qu'en 1644, toujours travaillant. G*est bien mal à propos que le Baglione lui fait perdre la veuë ; il est bien vrai que Bilivert y avoit un défiiut ; son œil gauche n'étoit pas conformé comme le droit; mais, au moyen d'un verre concave qu'il tenoit continuellement appliqué contre l'œil gauche, il avoit remédié à cette imperfection de la veue, et ce ne fut plus ce qui fit le supplice de sa vie. 11 fut cruellement travaillé de la pierre et obligé de souffrïr l'opération de la taille, dans un tems où elle étoit aussi peu connue qu'elle étoit dangereuse. Bilivert dessinoit fort agréablement, et, dans ce qu'il faisoit, il imitoit, autant qu'il le pouvoit, la manière du Givoli son maître, qu'il nommoit par honneur le Gorrége de son siècle. A l'exception du voyage qu'il fit à Bome dans sa jeunesse à la suite du Givoli, il ne sortit jamais de Florence sa patrie. Il étoit de race flamande. L'auteur de la Description des peintures de Pise le nomme Jean Viliverti.
BISGÂINO (babthelemi), né à Gennes en 1622 et flls d'tm peintre médiocre, a laissé une grande réputation. H avoit un pinceau facile et un fort bon goût de couleur, et il compo^ soit agréablement. G'est dommage qu'il nous ait laissé si peu de ses tableaux ; on en est dédommagé par ses desseins et par ses gravures qui sont extrêmement recherchées, et qui ont en effet un certain attrait et des grâces qui sont tout à fait séduisantes. Ses desseins sont faits avec le plus grand soin ; ils sont ordinairement sur du papier teinté en rouge, le trait à la sanguine, et les lumières mises avec du blanc au pinceau. Le travail en est un peu indécis, mais les effets en sont piquants. Je n'en ai point vu qui fussent exécutés autrement. Je ne sais
d'où M. Grozat avoit tiré ceux qu'il possédoit, qui n'étoieot ni en petit nombre, ni peu intéressants; car les ouvrages de oe maître sont fort rares, même ses estampes, qui pétillent d'esprit. Il fut une des victimes (de la peste) qui affligea Gennes en 1657. Je suis assez bien fourni des unes et des autres.
— Le Biscaino est un peintre gracieux, dont les desseins sont faits avec grand soin. Sa coutume étoit de les rehausser de blanc, et de piquer lieaucoup la lumière sur les jours. Il choisissoit pour cela du papier légèrement teint de couleur. Il 7 en a ici de fort beaux, et qui sont très-bien conservés. (Cat. Grozat, p. 83.)
— Biscaino, mort en 1657, n'ayant pas encore atteint l'Age de 25 ans. Daman a eu presque toutes les planches du Biscaino, et son nom se trouve presque sur toutes. Lorsqu'on en trouve quelques planches sans son nom, elles ne sont pas fort différentes des épreuves des mêmes planches, qui portent le nom de ce marchand, preuve que les planches lui sont tombées de bonne heure entre les mains. — Que sont-elles devenues? c'est ce qu'on ignore; mais il est très- vraisemblable qu'elles n'ont pas été longtems dans le commerce, et les épreuves qu'elles ont données sont fort rares. — Huquier a apporté de Hollande un recueil d'estampes du Biscaino qu'il a acheté à la vente de Tersmitt en 1754. Il n'y avoit que 23 morceaux qu'il a payé 85 florins ou 175 liv. Il y a fait des additions, et, lorsqu'il a vendu ce rei-ueil à M. Vaillant de Londres, il étoit composé de 31 morceaux.
BISSONI (gio-battista]. M. Gochin, dans son Voyage d'Italie, lait l'éloge d'un tableau de J. Bissoni qui est dansTéglise del Santo à Padoue et qui a pour sujet un crucifix accompagné de la S^ Vierge et de S' Jean. Il y trouve beaucoup de la manière du Guide. Que doit-on penser d*un pareil jugement, tandis qu'on voit, en tant d'autres endroits de son li-
yre, M. Gocbin critiquer amèrement ce qui a le plus de réputation en Italie en liait de peintres et le dépriser d'une façon vraiment révoltante. C'est ce qui lui a été reproché par l'aur teur de la nouvelle Description de Padoue, et par celui de la nouvelle édition des Vies des peintres génois du Soprani (1). L'un et l'autre ont pris à tâche de relever ses erreurs et de deffendre les habiles artistes qu'il attaque.
BIZELLl (gio). n fut du nombre des disciples d'Alexandre Allori, qui enrichirent de leurs peintures la magnifique entrée de Christine de Lorraine à Florence.
BLAIN DE FONTENÀY (jean-baptistb), né à Caen en 1654, mort à Paris en 1715, est le meilleur disciple qui soit sorti de l'école de Baptiste Monnoyer; mais quelle distance de lui à son maître.
BLANCHARD (jacques), de Paris, peintre ordinaire du Roy de France. Gomme chaque partie de la peinture demande des dispositions et une étude particulière, et qu'il y auroit de la témérité à les vouloir embrasser toutes à la fois, il suffit d'en posséder une dans un éminent degré, pour pouvoir espérer un rang parmy les peintres du premier ordre. C'est en se distinguant dans la partie de la couleur que Jacques Blanchard a acquis cette grande réputation qui le fit surnommer le Titien delà France. La fraischeur et la force de son coloris, sa manière de peindre facile et agréable, furent d'autant reçeues qu'avant luy on n'avoit point encore eu de peintre en France qui eût eu une véritable notion de la couleur. Blanchard en
(i) vite de* piltori, scullori ed architetti genovesi del Soprani, seconda edizione, rivedute ed arrichite de noii da Giuseppe Raltî. In Genova, 1768, 3 vol. in^, fig.
âToit puisé la connoissance dans les ouinrages du Titien; il avoit été si touché de la beauté de son pinceau, que, pendant tout le temps qu'il avoit séjourné à Venise; il avoit particulièrement étudié les tableaux de cet excellent peintre. Ceux qu'il fit depuis son retour en France furent extrêmement recherchés, mais à peinne eommençoit-il à jouir du fruit de ses travaux qu'il fut attaqué d'une fièvre lente avec une fluxion de poitrine qui l'enlevèrent dans la fleur de son Age. U laissa un fils nommé Gabriel qui embrassa pareillement la peinture et qui s'y est distingué*
BLANGHET (THOMAS). Tommaso Bianchi etTommasoBlanehet, ce n'est qu'un mesme homme dont le Père Orlandi en fait icy deux. L'extrait de sa vie n'est point du tout fidèle. Ils étoient deux frères, tous deux de Lyon ; l'aisné qui étoit trèshabile et qui a fait des tableaux dignes d'André Sacchi, est celui qui avoit ceint l'hôtel de ville de Lyon; mais la plus grande partie de ses ouvrages périt lors de l'incendie de cet b6tel. On voit quatre de ses tableaux dans la chapelle des p6nitens blancs de N.-D. du Gonfalon, représentant la Gène, la Prière au jardin, la Flagellation et la Résurrection, n a aussi peint à Lyon, dans l'église de S^ Nizier, en concurrence de Spierre, le frère du graveur, quatre des huit grands tableaux qui sont placés au-dessus des stalles du chœur, sçavoir la Multiplication des pains, le Miracle de l'aveugle-né, la Femme adultère, et la Parabole où il compare à un enfant celui qui mérite d'entrer dans le royaume des cieux. De$eripiùm des peintures qui sont à Lyon par De Bombaurg.
Son frère a peint un tableau de la Trinité au monastère de S* Pierre-les-Nonnains à Lyon et dans d'autres églises de cette même ville. De Bombourg, idem.
BLEEGKER. Les quarante desseins compris dans les trois
derniers numéros sont des études faites d'après nature avec beaucoup d'intelligence. Ils viennent de Carlo d^gli Occhiali, célèbre curieux à Rome, qui ne doutoit point qu'ils ne fassent de Bamboche. Je les croirois plutôt d'un habile païsagiste flamand qui se nommoit Bleecker; mais quiconque les ait faits, c'est toujours un grand peintre. (Cat. Crozat, p. 102.)
BLÉS [msHKY de), Enrico di Blés Boemo. C'est une fautte de Lomazzo. Ce peintre n'estoit pas Bohémien; il estoit de Bovines près de Dinant ; c'est luy que cite Vasari, t. 3, p. 267, sous le nom corrompu de Henrico da Binât. L'on est souvent exposé à faire des fauttes lorsqu'on écrit des noms étrangers; Vasari vouloit apparemment écrire Enrico de Dinant ; mais c'est toujours une fautte, car ce peintre n'est pas de Dinant, mais de Bovines qui en est auprès. Il vivoit vers l'année 1550.
BLOEMÂERT (ABiiAHAM),né à Gorcom en 1564 selon quelques uns, et selon d'autres en 1566 ou 1567, mais a toujours demeuré à Utrccht. Baldinucci, dans la Vie de Corneille Bloemaert, fait mourir Abraham âgé de 94 ans. Abraham Bloemaert a eu pour enfans. Corneille Bloemaert célèbre graveur mort à Rome et Frédéric Bloemaert qui n'est point sorti de son pays et qui, sans avoir le beau burin de son frère Corneille, n'a pas laissé que de faire d'assez jolis morceaux presque toujours d'après les desseins de son père. Je le crois peintre autant que graveur. Il y a quelques pièces grotesques gravées par Corneille Bloemaert d'après Her., peut-être Herman Bloemaert. Je présume que c'est encore un fils d'Abraham peintre comme son père ; aucun de ceux, qui ont écrit les Vies des peintres des Pays Bas, ne le nomme. Le portrait d'Abraham Bloemaert, dans la suite de Meysseyns est marqué sur la planche avoir été gravé par Hen. Snyers d'après Her. Bloemaert. Sandrait le nomme Henry et ajoute qu'il serolt
devenu un bon peintre si ses talens n'eussent pas été étouffés par un excès de pusillanimité. 11 fait aussy mention d'un autre fils d*Âbraham qui, d*un caractère fort opposé, se fît des affaires en Allemagne et se fit tuer. J'oubliais de parler de Frédéric, qui cependant est bien un des enfans d'Âbrabam, mais je pense que ce qu'il dit de Henri doit plustost le regarder, attendu que l'idée qu'il en donne rentre assez dans le caractère que trace de lui le Baldinucci dans la Vie qu'il a écrite de Corn. Bloemaert.
BLOEHAERT (cORNEiLtE]. Jésus Christ nouvellement né adoré par les bergers, d'après Raphaël d'Urbin. Cette pièce, attribuée à Raphaël, que je crois gravée par Bloemaert peu après son arrivée à Rome, est plutost d'après André Schiavone. Ce tableau appartenoit à un qui en faisoit un grand cas. n fondoit de grandes espérances sur le prix qu'il espéroit en tirer, et, pour le faire mieux connoitre, il fît graver non seulement cette estampe, mais encore une autre par P. del Po. Je pense qu'il en fit aussi imprimer une description fastueuse, mais je doute qu'il ait réussi dans ses projets. Je crois avoir eu occasion de voir le tableau qui avoit son mé* rite, mais pas assez pour en faire un ouvrage de Raphaël.
La S^ Vierge tenant l'enfant Jésus qui embrasse S^ Jean Baptiste, d'après Fr. Hazzuoli Parmesan. Je la tiens une des premières planches .que Bloemaert ait gravée a Rome. C'étoit un nommé Franceschini qui avoit fait graver cette planche, ainsy que celle de l'Adoration des bergers, d'après un tableau que je crois de Schiavone. J'ay toujours ouy dire qu'il les avoit fait graver pour faire connoitre et annoncer ces deux tableaux qu'il avoit dessein de bien vendre. Quoyqu il en soit, il se défit de cette planche du Parmesan entre les mains d'un marchand français étably à Rome nommé Petit, amy deLanglois Ciartre, et ce fut apparemment de ce dernier que
M. Langlois ou Mariette son successeur Tachettèreut ensuite, ainsi que TÂdoration des bergers, ces deux planches s'étant trouvées dans le fond dudit Mariette le père, qui avoit épousé la veuve dudit Langlois.
—Jésus Christ attaché en croix, au pied de laquelle la Vierge est évanouie, d'après Annibal Carrache. On ne voulut point accorder la permission de publier cette estampe à Rome, sous prétexte que la Vierge couchée à terre contrarioit le texte de révangile, où il est dit qu'elle étoit debout au pied de la croix. Il fallut faire passer la planche au delà des monts; elle fut envoyée à Paris et acbettée par mon grand père.
— En cataloguant le» planches du livre intitulé TaUeaux du tempU des Muses^ représentant les vertus et les vices par les plus ittustres fables de t antiquité, Mariette donne les détails suivaints : On pourra faire observer ce qui engagea M. Favereau dans cette entreprise, quel étoit son but, ce qui se trouva de fait de l'ouvrage lorsqu'il mourut, comment il fut repris par l'abbé de Villeloin, la forme que cet auteur jugea à propos de lui donner ; tout cela se trouve dans une préface ou plustost dans une vie de Favereau qui est imprimée à la tête du temple des Muses.
Jupiter visitant Semélé ; la draperie qui la couvre a été ajoutée après coup et l'on assure que cette addition a été faite par Fr. Poilly. Cela se fit lorsque le livre fut mis sous presse. 11 eut paru indécent qu'uu ouvrage publié par un ecclésiastique, qui se piquoit de piété, tel qu'étoit l'abbé de Villeloin, affichât de l'immodestie. Mais C. Bloemaert n'étoit plus à Paris lorsqu'on faisoit faire ces changemens; il falloit bien s'adresser à quelqu'autre graveur, et Poilly fut celui qui fut choisi.
Le fleuve Alphée poursuivant Aréthuse. La figure du fleuve étoit absolument nue dans le dessein, et, lorsque la planche sortit d'entre les mains du graveur, elle n'étoit pas
autrement. Pour ne point trop offenser les yeux chastes, on j fit ajouter, avant que de la mettre au jour, cette touffe de ro* seaux qui cache une partie de la figure par le bas. Je n'en ai jamais vu d'épreuve avant celte correction, mais il est pourtant certain qu'elle a été faite.
Les amours de Salmacis et d'Hermaphrodite; cette pièce, qui est d'ayrèsP. Brebiette, est fort rare; elle a été supprimée et la planche effacée, le sujet ayant paru estre exprimé d'une manière trop libre. Elle n'a été effacée qu'en 1738. La plan* che etoit demeurée dans notre maison et c'est mon père qui en a fait le sacrifice. Celle qui se trouve dans le livre est gravée en partie par Bloemaert et en partie par Fr. Poilly. Le fonds de paysage, une partie de l'amour et un bout de draperie sur le devant, sont tout ce qui reste de l'ancien travail; sans doute que la composition de Diepenbeck etoit encore trop licentieuse pour être exposée en vue. Les deux figures principales sont de Poilly qui ne paroit pas en les gravant avoir eu sous les yeux un dessein de Diepenbeck; j'y crois reconnaître la façon de dessiner de Jac. Stella, et tien comme as* sure que ce fut à ce peintre qu'on s'adressa lorsqu'il fut question de ce changement.
Toutes les pièces du temple des Muses sont d'après Abra* ham Diepenbeck, à l'exception de celles qui sont aux pages 10, 19, 32, 49, 53 et 53, qui sont de l'invention de P. Brebiette. Elles ont toutes été faites pour le livre du temple des Muses de l'abbé de MaroUes, qui a paru à Paris en 1653 ; il y avait déjà plusieurs années que ces planches étoient gravées. C. Blomaert étoit venu exprès à Paris pour faire cette opération, qui se fit aux dépens de M. Favereau, mort en 1638; j'ai trouvé cette date écrite au bas d'une épreuve de son portrait, et cela est vray. Bloemaert fut aidé par Mathan qui grava tous les lointains et le paysage à l'eau forte, et mesme aussi plusieurs planches en entier, Nonnseulement Th. Ma-
tban en a gra?é tous les fonds de paysages, mais il est encore certain qu'il a gravé entièrement plusieurs planches, telles par exemple que les Enfers, Protée, etc., qui me paroissent plustost de Théodore Halhan que de Bloemaert. Mon përeest aussi très-persuadé que G. David j a travaillé, et en effet Tabbé de Yilleloin dit dans la préface que ces planches furent gravées par Bloemaert, Mathan et autres eiceUens graveurs. Gomme Bloemaert y a eu la principale part, elles passent pour estre entièrement de luy.
11 y a chez le Roy, dans l'œuvre de Bloemaert recueillie par l'abbé de MaroUes, des épreuves singulières de ces trois pièces — le supplice de Prométhée, celui de Tantale et celui d'Iiion — qui font connoistre qu'elles avoient été faites pour le livre du temple des Muses, et que, si elles n'y ont pas servi, c'est qu'on ne fut pas content des desseins, qu'on fit recommencer dans la suite par Diepenbeck. Il y a au bas de ces trois épreuves, qui sont toutes des premières, les mêmes passages grecs ou latins qui se trouvent au bas des planches qui ont servi dans le livre; mais ces passages en ont été otés depuiS; pour y en substituer d'autres en françois afin de faciliter le débit. On y trouve aussy le nom de Corn. Bloemaert gravé, et celui du peintre qui m'étoit inconnu et qui se nomme Jean Yarin; il est demeuré gravé sur la planche de Prométhée. — G'est le fameux Varin graveur de médailles (1).
(1) La troisième livraison du Manuel de l'amateur (C estampes de M. Ch. Le Blanc, contiendra un catalogue très-dëtaillé et tout à fait nouveau de l'œuvre immense des Bloemaert, dans lequel le catalogue de Mariette passera tout entier. Ainsi, pendant que nous pu^ blioDS tout ce qui est biographie, note, ou appréciation, M. LeBlane fait passer dans son livre tout ce qui est catalogue, c'esUà-dire tout ce qiii est en dehors de notre objet, de sorte qu'à la fin de notre publication et à la fin de la sienne, il ne restera, dans les papiers de Mariette, rien qui ne soit passé sous les yeux de la partie du public qui s'intéresse à ces matières.
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BLOEBIEN (Gh) Francisco taii)» plus connu en Italie sous le nom de Monsîi Orizonte, né à Anvers en 1665, ayant appriscbezlui à dessiner sous Antoine Gbeban (Goebouw?) et son itère Pierre, dit Monsîi Stendardo, vint à Rome, où, ayant étudié avec application les ouvrages de Gaspre, il s'est fait le plus habile peintre de paysages qui soit à Rome. Le marquis Palavicini avoit placé plusieurs des tableaux de ce peintre dans la cbambre où il conservoit des tableaux de paysages des plus habiles maîtres, et ils s'y soutenoient. Il vivoit encore à Rome en 1716 lorsque Pio écrivoit ses Vies de peintres. Ma* de Pio.
BLONDEL (François), architecte, né à Rouen en 1683, mort à Paris en 1756.
BOGCACl (BoccACiNo) Ant. Gampo, dans son Histoire de Crémone, p. 53, (dit) qu'on voit de ses ouvrages à Milan et même à Rome, mais surtout à Crémone.
BOCCACINO (Camille) fils de Boccacino de' Boccazzi de Crémone, peintre, dont voicy l'épitaphe de M. Daniel Gaëlano :
Naturae generator artifexqae Yivas hic situs edtdit figuras, Gui Dunquam ad superos fuit reeuraus, , Graiatus Bocacinus hic Apelii.
Ce Boccacino étoit fort habile; l'auteur (1) se plaint de ce que Vasari a parlé avec peu de ménagement de Camille Boccacino; pourquoy, ayant loué le Jonas de Michel-Ange,
(i) Antonio Campo dans son Histoire de Crémone.
obmettre de parler du Saint-Jean peint par Camille nella nicbia di San Sigismond? Ne fait-il pas un plus bel effet; ne paroist-il pas se volgere tuito in dietro mirando il cido contra la disposiziane délia wdta délia muraglia? Y a-t-il rien de mieux ordonné que le groupe d'eniants qui supportent la croix dans ladite voûte de la tribune. Les ouvrages de Camille ne périront point, et, plus ils seront connus, plus ils acquiereront de réputation ; vos livres au contraire seront critiqués et blâmés pour avoir manqué au devoir de l'histoire. Les figures, peintes sur une boutique dans la place de Crémone , sont d'un si beau dessein et d'un si bon coloris que, puisqu'elles ont mérité l'attention de Charles Quint, elles méritoient bien que vous vous y arrêtassiez aussi pour en faire l'éloge. Morse Camillo d^anni 35, quand à peinne il commençoit è connoitre ses forces. 11 laissa un si grand nombre de desseins qu'on en vendit pour beaucoup d'argent, et B. Campi, qui en connoissoit le mérite, ne regarda point à la dépense pour les avoir. Il fut enterré dans l'église de Saint- Barthelemy où on lit son épitaphe par M. Jean Musonio :
Arte fait nato pnor, at parte arte secundus ; Ergo erit arte minor, qui fuit arte prier.
Obiit 1546, 4 nonas Januarii.
— Il y a un Saint-Jean-Bapliste gravé par Beatricius, avec le nom de Parmesan. Je pense que ce pourroit estre celui que Boccacini a peint à Crémone, et que c'est mal à propos que le graveur Ta donné au Parmesan.
BOECKHORST (jean) ou BOCKHORST, alias Langhen Jan^ ce qui signifie en françois le grand Jean, peintre de Munster. Cet artiste, peu connu hors des Pays-Bas, tient cependant im rang illustre dans la peinture. C'est, après Rubens et Van Dydi, un des peintres flamands qui mérite une plus grande réputation. Non-seulement il avoit un beau génie; il se dis-
us
tioguoil encore par «d jHiioeaiu facile et un coloris oiUème - OMit brillant. Sa touche, qaoyque moins précieuse que oetta d0 Van Dyckt ne cMe point à ceUe de ce grand peintre pour k fermeté. U a fait dans sa vie quantité de tableaux d'autds» qui sont fort estimés et qui se voient dans les églises d'Anters et de plusieurs autres villes de Flandres, sans parler de ses tableaux de chevalet, qui saai répandus dans les principaux cabinets. En général son goût de dessein et sa manière tien«nent phis de celle de Van Dyck que d*aucun autre peintre. Ces deux maîtres étoient contemporains, et Bockborst étoit disciple de Jacques Jordans. S'il réusissoit à peindre des tableaux de compositim, il n'étoitpas moins propre à faire des portraits. Il s'en acquittoit d'une façon qui l'égaloit à ceux qui se sont le plus distingués dans cette partie. Je me souviens d'avoir vu, étant en Flandres, des tableaux de ce peintre qui me plurent inGniment, et je pourrois faire voir parmy mes desseins une petite esquisse de luy peinte à l'huile, re{»ésentant une Notre-Dame du Rosaire, qui peut aller de pair avec tout ce que les plus grands coloristes ont fait de plus piquant (1).U est étonnantquecepeintresoit demeuré pour nous dans un si profond oubly . G. de Bie est le seul, que je sache, qui en ait fait mention dans son Cabinet doré des peintres, p. 278. Encore ce qu'il en dit se réduit à presque rien.
BŒL (pumRE) nacquit à Anvers en 1625. Son portrait, gravé par Conrad Lauwers, et son éloge en vers flamands se trouvent insérés dans le livre de Corn, de Bie i la p. 882. Félibien, t. IT, dit qu'il étoit disciple de Sneydre , dont il avoit épousé la veuve et qu'il a travaillé aux Gobelins pour les ouvrages du Roy. Il l'appelle Boule.
(I) 11* M7 du eaudogve de Mariette, achetée e liv. par M. de Tenan avec le numéro suivant.
BOEL (gniuc), d'Amateidam, & gn^ pluâeim pitai d'apiès Tâiier (1).
BOFFHAND (csuun), aichitocte du Roy et premier iDgi^ nieur des ponts et chauaséos, s'est fort distingué dans sa proteasion. Il avoLt un goût de décoration assez masle et il éloit tiès-ipersé dans la partie de la distribution des pièces qui entmit dans la oomposition des bâtiments, n en a beaucoup élevé tant en France qu'en Allemagne; la i^upart, du moins les plus considérables, ont été gravés et forment un volume, que l'auteur a publié en 1757. En 1744» il a pareillement mis au jour une description de ce qui a été pratiqué pour la fonte en bronze de la statue équestre de Louis XIV en 1699, voL in-ftdio, qui n'a pas eu un grand succès et qui ne le méritoit pas, attendu que les choses y sont traittées trop superficiellement et que l'auteur avoit un goût singulier pour le théâtre qui lui a fait produire plusieurs pièces, dont quelques-unes sont estimées. Il étoit né à Nantes le 7 may 1669, et est mort à Paris le 18 mars 1754.
BOISSIEU (JEAN-JACQUES de), né à Lyon, d'un père qui y professoit la médecine, a pris de fort bonne heure du goût pour la peinture et le dessein, et, comme il étoit à Lyon et que sa fortune devdt être médiocre, il en vouloit faire sa profession. Il en apprit les premiers éléments chezFrontier, et, après s'y être formé pendant six mois, il n'eut pas d'autre objet que de suivre les impulsions de son génie, et de prendre pour guide la nature seule. Il vint à Paris et il y passa les années 1763 et 1764, et, après y avoir beaucoup dessiné, il retourna dans sa patrie, où le duc de la Rochefoucault, qui alloit en
(1) On en trouvera le aatalogne dans la troisième Imaîiim < . Le Blanc.
Italie, le trouva, le goûta et lui proposa de l'accompagner dans ce voyage. C'était en 1765. Il en étoit de retour l'année suivante, et M. Desmarais, qui est actuellement de l'Académie des sciences, et que le duc menoit avec luy pour faire ensemble rétude de l'histoire naturelle dans cette partie du globe, proposa de visiter l'Auvergne, qui renfermoit bien d'autres merveilles qui n'étoient pas assez connues. Il falloit avoir un dessinateur exact et précis pour en avoir une idée complette,et,M. de Boissieu y étant tout à fait propre, on lui en fit la proposition qu'il accepta, et, pendant le cours de l'année 1766, il s'occupa à dessiner dans cette province une infinité de singularités, par rapport à la formation des mon^ tagnes et des débris des anciens volcans, que j'ai vu entre les mains de M. de la Rochefoucault, et qui me font souhaitter, mais assez inutilement, de les voir quelque jour gravées. Libre de l'engagement qu'il avoit pris, H. de Boissieu retourna à Lyon, où la mort d'un frère atné le mit dans une aisance, qui ne lui fait plus regarder la peinture et le dessein que comme un pur amusement. Je l'avois connu dans son premier voyage à Paris et je l'ai pratiqué encore plus particulièrement dans un deuxième voyage qu'il a lait dans cette capitale, pour se faire recevoir dans la charge de trésorier de France à Lyon. Il m'a fait voir de ses tableaux, qui sont peints avec peut-être un peu trop de soin et de fatigue, mais où l'on reconnott une imitation constante des objets qui se présentent à ses regards. Il m'a fait présent de ses gravures et de ses desseins, et j'ai eu, entr'autres, quelques testes dessinées à la sanguine, et d'un fini qui étonne (1). C'est d'ailleurs un homme
(l) Voir le catalogue de HarieUe, n«* 1090, f 091, 1093, vendus 130 liv., 120 liv. 1 8., et' 131 liv. On peut voir une lettre de Boissieu à Wîlle, écrite tout au commencement de sa carrière, dans nos Arcnivtt de l'Art français^ 1. 1, p. 432.
tout à fait estimable, et dont les manières honnéles le rendant du meilleur commerce. Il est retourné à Lyon, où il se propose de continuer à s'occuper d'un art qui Mi les délices de sa vie.
— DB(en monogramme). Marque qu'un artiste de Lyon, nommé de Boissieu, a employée sur différentes planches qu'il a gravées à l'eau forte, et qui montrent une pointe très-fine et très-spirituelle. Ses premiers essais sont des paysages, qu'il grava en 1763 dans un premier voyage qu'il fit à Paris. Mais ce qu'il a fait de mieux ce sont quelques tètes, qu'il a gravées à Lyon en 1T70, et dont il m'a fait présent en cette année, 1771, qu'il est venu pour la seconde fois à Paris.
BOFTARD (FRANÇOIS), disciple de La Page, ne s'est occupé, à l'exemple de son mattre, qu'à dessiner pendant toute sa vie. Il sembloit inventer avec facilité et manier la plume avec la même aisance; mais c'étoit sans goût, de façon que tout ce qu'on voit de luy ne présente qu'un mauvais imitateur d'une manière, qui ne pourroit jamais être répétée avec succès. Ce qui acheva de perdre Boitard dans l'esprit des honnêtes gens, c'est qu'avec aussi peu de retenue et de pudeur que La Page, il a trop souvent dessiné des obscénités. Il est auteur de cette mauvaise suite de postures qui ont été gravées en Hollande au simple trait et que bien des gens, par ignorance, croient être celles qu'a gravées Marc-Antoine. Boitard, homme inquiet et débauché, changeoit souvent de demeure. Il sortit de France pour passer en Angleterre, et il vint ensuite en Hollande, où M. Aved l'a vu et a reçu de lui les premiers éléments de dessin. U est mort à la Haye, vers l'an 1715.
BOLDRINI. — N. B. — N. D. B. Ces monogrammes se trouvent sur quelques gravures en bois, exécutées en clair-obscur* 8eroit-ce celui de Nicolas Boidriniî
BOLOGNE (jBAii ikB)9uiwQtriii8criiili0ii,q[m«lrato^ betii portrait de Jean de Dcdogne, grayé à Venuet par G»-bert VoBoitts en ifi89, laquelle est ocmçue en ces termes: c Joannes Bolognius Belga statuarîusetarchitectus, aet. amio 60(1), a ce scidptear devoit eslie né en iSW, ce qui ae trouve oonfirmé par le témoignage de Borghini qui le connoiasoit particulièiemeni et qui a mesme écrit sa vie avec assez de détail. BaMinucci dit qu'il estoit Agé de 84 ans lorsqu'il moifrnit en 1M6. Ainsy il le fiût plus vieux de 5 années; mais il 7 a grande apparence qu'il esloit mal informé de son Age, et que Jean de Bologne n'ét<Mt Agé è sa mort que de 79 ans. (Voyez Borghini, p. 585.) Le portrait de Jean de Bologne, dont on vient de parler, a été gravé pour un Allemand de ses amys, nommé Jacques Kinig. Baldinucci i^lend que c'est d'après un tableau de Baasan (2).
— - Il fit deux statues pour l'entrée de la grande duchesse, Christine de Lorraine à Florence, en 1588.
BCHIBELU (sDiASTUHo) est mort à Venise dans ce siècle et dans un Age très*avanoé. U étoit ami de W^ Hosalba et encore plus des ouvrages des grands peintres; mais, par un tèle mal entendu, il a aidé à leur destruction, en voulant les fiiire parottre dans tout leur brillant; car il avoit la marotte de leur donner souvent une couche de vernis : il appeloit cela
(f ) « Il se peut cependant fort bien que cette datte : « oet. an. 60.» a se rtpporte au temps qoe le portrait a été peint et non à celai « qu*il a été grave. Hais j'en reviens toujours au témoignage du « Borghini et fai peinne i m'en départir aautant que }e le tromB « exact dans ses calculs. Lorsqu*il parle d'artistes avec lesquels il « a vécu, toutes ses dattes se rapportent à Tannée 1584, qui est « celle de la publieation de son livre. » (Note de Mariette.)
(a) Ce portrait, acquis à Florence par radministration impériale, se trouve maintenant au Louvre. (N* 307 de la seconde édition du livret italien de M. Villot.)
leois étreniies, et le service leura été faneste. Il TiToit encott en 1716; I'od a uoe lettre de lui, écrite aa commenoemeiit de œtle année, dans le y^ rolame des Letteie su la pittura, p. 901. Mais il ne vécut pas encore longtemps; car, lorsque j'étois à Yenise en 1719, il n'étoit plus.
BONASONE (qiulk)) nato nel 1488* morto nd anno 1848. Extrait de l'inscription au bas d'un portrait dessiné de cet artiste, que M. Crozat a panny ses desseins ; mais je suis persuadéquecesdattes sont fausses (1); le portrait, qui est dessiné par un nKNleme, l'est peut-être aussy. M. Crozat Ta tiré d'une Sttitte de desseins, qui avoit été rassemblée à Rome par un nommé Pio, qui, au commencement des desseins de chaque maistre, avoit iait dessiner leurs portraits, suivi d'un abrégé de leur vie assez superficiellement fait.
-^ Bonasone auroit-îl été à Rome? car je vois quelque»imes de ses pièces dont Salamanque avoit les plandies, et ces mesmes pièces, d'après des tableaux qui estoient à Rome, et que Bonasone dit avoir peint et gravé d'après les originaux, îmiUinio finxit tt eœlavii (2). On n'en peut point douter.
— Bonasone dessine d'une manière assez lourde et pesante. J'ai vu de ses desseins, dans la collection de M. Crozat, qui me font porter ce jugement. Ils étoient la plus gran4e partie à la pierre noire et presque stompés. Ils srat €e|)endant tout à fiût dans le goût de ce qu'il a gravé de son invention*
— Le triomphe de l'Amour dans les deux, sur la terre, sur les eaux et jusques dans les enfers, aux champs Élysées, repiésentéd'une manière emblématique (3). L'on y voit ce dieu
il) « Plusieurs de ses estampes sont marquées d*une année, ont la plus ancienne esl eelle de 1531, et la plos récente celle « de 1574; on peut donc conclure que Bonasone est né vers Tan « 1510 et qn*il est mort vers 1580. » (Bartsch, t. XV, p. 103.)
(2) Voir Barlsch, n<»« 1, 9, 61, 62, 80, 81, 83» 351.
(3) Bartsch, n* 106.
porté dans le del sur un char tiré par des licornes, et sur la terre plusieurs hommes et des femmes s'entrelenant ensemble de leurs amours. Cette pièce est d'un très-bon goût de dessein. Bonasone en est l'inventeur, et il l'a gravée en 1&48 avec soin. — Malvasia en fait deux pièces dans son catalogue, c'està-dire qu'il l'a décrit d'une façon et qu'ensuitte il la décrit d'une autre façon en un autre lieu. — J'en ay vu de premières épreuves, où le nom de Thom. Barl exe. n'étoit pas encore. — J'en ay yeu le dessein original de Bonasone, au crayon rouge, le même sur lequel cette planche a été gravée. Jamais je n'ay rien veu dessiné plus mollement; la proportion assez élégante des figures est ce qui y éloit de mieux. Du reste tout y esloit extrêmement mdéds; on ne doit donc pas s'étonner si dans tout ce qu'il a gravé il y a tant d'incorrections. — Paris adjugeant le prix de la beauté à Vénus couronnée par la Victoire et accompagnée de l'Amour, de Mars et de Mercure (1). Bonasone, inventeur de cette pièce, a représenté dans le fond c^s mêmes déesses s'en retournant au ciel, précédées de la Paix, ce qu'il a fait sans doute pour mieux entrer dans le goût des bas reliefs antiques qu'il paroist avoir voulu imiter dans cette estampe, si elle n'est pas d'après un bas relief antique. Elle est gravée en partie au burin et en partie à l'eau forte; mais ce n'est pas une de ses meilleures choses, quoyque rare. — Cette pièce de Bonasone est certainement d'après un bas relief antique, sur lequel il se pourroit faire que Raphaël eût pris la première pensée de son beau Jugement qu'a gravé Marc-Ânloine. Quoyqu'il en soit, j'ay veu un dessein de ce bas relief chez M. de Gravelle avec cette inscription, qui apprenoit l'endroit où il se trouvoit lorsque Bonasone l'a gravé; la voici : Romœ in palatio ubi habiiabai cardinalis Aldaitts ai radiées Quirifudis prope faniem re-
(i) Bartsch, n» il).
gium, ex aniiguopylo marmoreo; ce cardinal est mort en 1580. — A présent ce bas-relief est dans la vigne Médicis à Rome ; c'est ce que j'apprendsde Tinscription d*un dessein de ce bas-relief» fait par Corneille le jeune pendant son séjour à Rome.
— Saturne assis sur des nuées dévorant un morceau de statue, pièce allégorique qui enseigne que le temps détruit tout (Ij.Cette pièceest dessinée et gravée scavamment ; elle est de l'invention de Bonasoneetdesplus rares à trouver. Elle est dans l'œuvre de Bonasone chez le Roy, et dans celle de M. de Montarsis, qui appartient à M. le Premier.
— La naissance de saint Jean-Baptiste, où est représenté Zacbarie écrivant sur une tablette le nom qu'il luy veut imposer, d'après Jacques Florentin, que Ton conjecture estre le Rosso (3). Ce n'est pas une des pièces les plus rares de l'œuvre, mais c'est une des meilleures. — Peut être d'après le Pontorme; quelqu'un m'a dit qu'il la croyoït d'après Jacques del lodaco Florentin, mais cela mérite d'estre vérifié. — Je suis comme assuré présentement que l'invention en est du Pontorme, et l'on m'a écrit de Florence qu'on l'y croyoit pareillement.
— La déesse VénuS; accroupie auprès d'une table sur laquelle est un vase ; l'Amour auprès d'elle luy redemande son arc qu'elle luy veut ôter, et qu'elle tient de la main droitte. L'invention de cette pièce est très-gracieuse ; on n'y trouve ny nom ny marque (3). Je ne doutte pourtant pas qu'elle ne soit de Bonasone; elle est gravée dans la manière de la suitte des amours des Dieux. Elle est chez le Roy dans l'œuvre de Bonasone. 11 me semble que c'est le dessein du Parmesan, que j'ay
(1) Btrtsch, n» 169.
(2) Bartsch, n« 76.
(3} N'est pas indiqate par Btrtsch.
fait graver m dairH)bscur par Le Sueur , qui appartenoit à Zanetti, et que M. Hickman lui a achetté en 1739.
— Un jeune homme avertissant une femme affligée, et luj montrant un jeune enfant exposé au haut d'une tour, où il paroist avoir été transporté de son berceau, autour duquel plusieurs femmes s'empressent de regarder, étonnées de ce prodige ; cette pièce est de l'invention de Jules Romain, du moins elle est fort dans sa manière (1). — Suétone a raconté, sur la foi de C. Drusus, que la nourrice d'Auguste, l'ayant couché une fois dans son berceau, hit tout étonnée de ne Yj plus trouver le lendemain, et qu'après bien des perquisitions l'enfant fut trouvé sur le sommet d'une très-haute tour, les yeux tournés vers le soleil levant; c'est le sujet de cette estampe. Sueton. in vit. Aug., n. 94.
— Une femme nue sortant du bain, assise au pied de son lict, et se coupant le poil avec des ciseaux. Un homme la regarde par une fenestre, et de l'autre côté un amour, assis par terre sur le devant, tient une quenouille. Cette pièce est attribuée à Bonasone et comme telle rangée dans son œuvre, qui appartenoit à M. de Hontarsis. Elle n'est point cependant de luy, mais plus tost de Reverdinus, ou de quelqu'un de ces anciens graveurs Bolognois qui ont exécuté quelques desseins du Parmesan. Je ne sais de qui est le dessein de ceUe-cy. Tout déguisé qu'il est, on y recognoist un bon maistre.
— MarieUe^ en eopiani un artidt du Meharia^ ions $m car Udogm de Tasuvre du BonoMone, f annote delà façon suivante: Una Madonna, che pare del Parmigiano, (elle en est véritablement; il y en a une autre estampe gravée è l'eau forte par L. D., une en clair-obscur mal exécutée, et M. Zanetti vient aussy de la graver de nouveau en clair-obscur] col puttino, che si svincola suUe di lei ginocchia per giongere a baciare
(1) Bartsch, n« 174, sans U véritable indication du svjet.
&6ioTaniiiQO in piedi; di dietro S. Giov. eyaogélista col calice entrovi il serpe, deir altra parte S* Maria Magdalena ed altre due santé; sembra pure suo taglio. Elle n'est certaioemeni pas de Bonasone, mais d*uu ancien mauvais graveur Bolonois, peul^lre de Reverdinus. Peut^tre esl-elle une de œs pièces dont parle Tasari dans la vie du Parmesan, qui filtrat gravées pour un orfèvre amy du Parmesan, pour lequel ce peintre avdt fait beaucoup de dessins qui furent gravés; Vasari ne dit pas, ce me semble, par qui (1). Elle est chez le Roy dans l'œuvre du Parmesan et dans celle du Bonasone.
BONAH (lEAiv). n n'a presque point habité la ville de Ferrare, sa patrie, et Ton y voit peu de ses ouvrages. Cela tf a pas empêché l'auteur de la description des peintures de cette ville de lui décerner un juste tribut de louanges, et il Ta accompagné du sentiment d'un professeur de l'art, qui donne le vrai caractère des ouvrages de cet habile artiste, que la mort a ravi trop tost. Peu de peintres ont mis plus de grâce dans les têtes de leurs figures. C'est dommage qu'il ait produit si peu d'ouvrages; mais il étoit lent et difficile à se contenter. Descriz. délie pitture di Ferrara, p. 26-8 (2).
BONATERA (DOimaQUE]. Sur une estampe de sa façon» gravée d'après le Ganuti, et qui représente l'Adoration de la
(1) Voici le passage du Yasari : a Fece ancora molU disegnl, e « particolarmenle alcunî per Girolamo del Lino et t Girolamo Fait ^inoli orifice et intagiialore, che gU cercô per integliarli in rame, « 1 qaali disegni sono tenuti graziosissimi. » Il ressort évidemment de la phrase do Vasari que, sinon tout, au moins un bon nombre ont été gravés par le Fagiuoli lui-même.
(2) Ferrant, 1770, in-8 ; da Cesare Zanottî. Voir aussi Lione Pascoli dans ses Vies des Peintres^ 1. 1, p. fil.
S^ Vierge par S^ Anne, on lil dans la dédicace qu'il étoit disciple et neveu de ce peintre.
BONBARRE (geobges). Georges le vénitien, qui avoit fait le portrait de Jacques- Auguste de Thou dans les premières années de son enfaioce, et dont il est parlé au coramencenient des mjSmoires de cet illustre écrivain, se nommoit Georges Bonbe(l); il étoit Flamant et eierçoit la peinture, ainsi que la sculpture, vers l'an 1569. 11 avoil appris son art en Italie sous le Titien et sous le Tintoret, et il avoit été amené en France par le cardinal de Lorraine pour travailler à Meudon et autres lieux. Tout ceci se trouve écrit au bas de son portrait dessiné, que j'ai dans un recueil de portraits de peintres, la pluspart copiés, qui sont dans le Vasari. Il est remarquable qu'on le nommoit en France le Vénitien, quoyque son pays fut la Flandre. Le long séjour qu'il avoit dû faire à Venise, avoit iait sans doute oublier le lieu de sa naissance, et il est vrai que la véritable patrie d'un artiste est le lieu où il s'est ins-
(1) C'est ainsi que Mariette écrit ce nom, mais à tort; nous connaissons dans le recueil des crayons, conservés au cabinet des estampes, un portrait de ce peintre où son nom est bien écrit Georges Bonbe, mais où la haste du 6 est traversée par une barre abréviative; et ce devait être, plutôt que ce crayon même, une copie de ce crayon, qui a été entre les mains de Mariette. Espérons que ce portraft curieux sera reproduit dans le Del ouvrage de M. NieL — Il est possible que les peintures représentant le Concile de Trente que le cardinal de Lorraine, qui y avait assisté, avait fait peindre à Meudon (Poucet de la Grave, Mémoires intéressants sur les maisons royales, 1785, in-13, t. IV.) fussent de ce peintre. Il est plusieurs fois question dans des articles du livret du M usée de Reims, par M. Louis Paris, d'un Georges, peintre du cardinal de Lorraine, qui est certainement celui-ci. — Le Georges flamand, dont il est question dans cette pbrase du Yasari (parte terza, di divers! artifici fiamminghi) : <c Quà in Toscana hanno fatto al duca di Fiorenza moite finestre di vetri à fuoco, bellissime, Gualterio et Giorgio fiamminghi a valcntuoraini, con i disegai dei Yasari » est peut-être encore le même.
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trait dans l'art qu'il proiesse. J'ai un de ses desseins à la plume, qui est digne du Titien, qu'il a dû faire à Rome. C'est une veue de l'isle S. Barthélémy, d'autant plus curieuse qu'elle représente, avec fidéUté, les choses comme elles étoient au milieu du xyi« siècle.
^ BONI (gucomo), dont le Zanotti a écrit la vie dans son histoire de l'Académie Clémentine, est mort le 7 janvier 1766. Voy. tom. Yi délie lettere su la pittura, p. S96.
BONO (ambboise]; on voit de ses ouvrages à Venise, mais il est incertain s'il est vénitien. JLtS. deUa PiiL Yenez^ p. 523.
BONONE (CARLo). 11 a peint à Ferrare, dans l'Eglise collégiale de S. Marie in Vado, un grand morceau représentant les nopces de Cana, et l'on en a une très-grande estampe qu'a gravé, en 1727, André Bolzone de Ferrare. Les figures, que le Peintre a faitentrer dans cette composition, m'ont para un peu trop massives, et, en général, je crois y trouver de la pesanteur. L'auteur de la description des peintures de Ferrare le regarde comme un des peintres qui a fait le plus d'honneur à sa patrie. Il le fait disciple, non de ScarseHino, mais du Bastarolo, auprès duquel il demeura jusqu'à l'âge de vingt ans. Il alla tout de suite à Rome, où il fit un séjour d'une année, et de là à Bologne. La scavante manière des Caraches le remplit d'admiration, ainsi que ceux du Corrège et du Titien qu'il étudia à Venise et à Parme. Joseph Crespi, surnommé l'Espagnol, épris du grand morceau de peinture, qui est à Ferrare dans l'Eglise de S. Marie in Vado, y trouvoit tout ce qui étoit nécessaire pour former un grand peintre, et l'on dit que, dans le réfectoire du monastère de S. Jean l'Evangeliste à Ravenne, le Bonone a peint le repas d'Assuérus, qui peut aller de pair avec ce que Paul Veronese a peint
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dans le sième genre. Son Bpitapbe qui fait l'éloge de ns t»« tons» est gratée sur la base d'une oolonne dans FEglise ce il a leçu la sépulture. Les Eglises de Femie sont remplies de ses ouvrages» el dans plusieurs on admire, daas les plafimdè dont il les a ornés, une grande intelligence de perspeetive* Ik$cr%z. délie pitture di Ferrara^ p. 17-9.
BONONI (lbdmei^), neveu et l'élève de Carlo Bononi; plusieurs de ses ouvrages sont dans les lieux publics de Fer^ rare. Piil. di Ferraray p. 19, ei passim.
BONNET (LOUIS), graveur, actuellement àSaintrPétersbourg. Seroit-ce le Philibert, qui a gravé le Jordans?
BONZÂGNÂ (FEDERICO) de Parme; Eneas Vicus le met au rang de ceux qui ont mieux sçu contrefaire les médailles ai^ tiques. Disconi di Enea Yico sopra le tnedaglie degli antichit p. 67.
BONZI (PEETBO PAOU))* Pietro Paolo Gobbo avoit été élève du Viole. Halvasia, p. 4«, p. 132. 11 dessinoit parfaittement bien le paysage dans la manière des Garaches; on le mname quelques fois il Gobbo de* Carraeci^ parce que ces peintres prenœent plaisir à faire des chaires d'après luy. Malvasia à l'endroit cité le nomme Gobbo dalle fnUta^ deito Gobbo de 'Caraeei. Voyez p. 366 (Àbecedario iOrlondi, Edit. de Bologne, 1719), Gobbo dei Carracd. J'ignore ce qui lui a fait donner le nom de Cortonese; car il étoit né à Rome et fiil baptisé sur la parcMSse de S. Laurent in Damaso, sous le nom de Pietro Paolo BcMizi. — Cela n'est point douteux ; autrement l'on ne pourroit point ^pliquer entièrement te chiffre ou fldarque (compote d^un P, d'un B et iTtm C, qui eerdieàh parHe infirimire duP) qu'il a mis sur les planches qu'il a
gravées* M. Bottari, «uteur des adklilîoDft au livre des Peintures de Rome du Titi, imprimé en 1763, esl le premi» qui ait donné le véritable nom de ce peintre. Voyez son édiiioat p. 149. a a fût sa remarque à l'oocasion des tableaux de paysages du Gobbo qui se trouvent dans le palais Justinien à Borne. Cette anecdote lui a été fournie par une note Mas. du Bellorit d<mt il a trouvé apostille un exemplaire des Vies des Peintres du BagUoni, qui a appartenu au dit Bellori. Depuis» il a fiiit des recherches sur les r^tres de l'Eglise de S. Laurent in Damaso, et il n'a rien trouvé concernant le dit Gobbo. *- Je suis très-persuadé qu'il étoit natif de Ck>rtonne; il étoit venu à B<mie, et il se peut iisiire qu'il j ait eu un fils qui aura été nommé comme lui au baptême; cela aura été dit au Bellori ; celui«ci l'aura noté, mais se sera mépris sur le nom de l'Eglise, où s'étoit fait le baptême, et aura mis par inadvertance sur le compte du père ce qui appartenoit réellement au fils.
BORDONE (Bensdetto) était de Padoue; il vivoit sur la fin du ISp siMe, étoit établi à Venise et faisoit sa profession de peindre en miniature. 11 étoit d'usage pour lors d'enrichir de miniatures les premières pages des livres qui s'imprincoient, et dont il y avoit toujours quelques-uns qui s'imprimoient sur du velin pour les personnes curieuses. On enricbissoît aussi de miniatures les Mss. et surtout les Heures ou Livres de prières, et cela se faisoit avec beaucoup de soin ; à Venise surtout il m'est passé quelques-uns de ces bijoux par les mains» qui étoicnt peints avec la plus grande perfection, et Ton assure que Bordene étoit un de ceux qui y a excellé dV vantage. Voyez ce qu'on en a écrit Apost. Zeno, dans ses notes sur le L. dell' Eloquenza Italiana, t. II, p. 267. — Paris Bordone, excellent peintre, vivait dans le même tems, et, si fùa tf «voit pas écrit qu'il étoit d'une faille originaire de Tté-
vise, j'aurois été tenté de croire qu'il étoit le Gis ou le parent de Benedetto Bordone.
BORDONE (paris). Nel necrologioo verode' morti in S. Marziale di Yenezia dove fu sepolto quel Pittore, sta scritto che mori, il di 19 Gennaio 1570, more Yeneto(cioe 1571) d' anni 70, non 75, corne disse il Ridolfi (1). — I^ Ridolfi ne dit point que ce fut en 1559 que Paris Bordone fut appelé en France, ni que ce fut François II qui Ty attira; il nomme seulement le Roi François, et le titre de magnanime qu'il lui donne ne permet pas de douter que c'est de François i^ dont il s'agit, prince qui aimoit la peinture et la musique, au lieu que son petit fils, François II, mort à la fleur de Tâge, n'a montré aucun goût décidé pour ces deux arts.
BORGANl (FRANCESoo), peintre de Mantoue. Le Gigli, le seul qui en fasse mention, le joint à Laurent Costa, dans son poème délia Piiiura trionfante. Le Gadioli, auteur de la De&-
(l) Extrait de Zanetti.
( 1 ) M. Tarral, dans Tune de ses deux lettres, s'estdéjà servi de cette note de Mariette pour confirmer l'opinion du Yasari, adoptée par Félibien (t. III, 75, et de 1 725), qui fait venir Paris Bordone en France sous François !*■' en 4538, et il a été suivi en cela par M Hundler (p. 48). Nous ne pouvons être de cette opinion, et nous défendrons cette fois contre Mariette le père Orlandi, qui parle de François H et fixe son voyage en 1559. Cette opinion, qui est aussi celle de Lanzi, acquiert bien plus d*autorité quand on la voit soutenir par Texcellent livre des Memorie trevigiane (1803, t. IL p. 41) qui traitent tout à fait en détail la vie du Bordone, et qui ont été suivis par M. Yillot dans son livret de Fécole italienne. L'un des faits c|ue citent les Mémorie nous parait sans réplique; c'est Texistence d un discours imprimé, récité par un certain Prospère Aprovino, depuis jurisconsulte, dans une réunion littéraire tenue à Trévise en 1559, où, après avoir loué Pftris, il lui souhaite un heureux voyage avant son départ de ritatie pour se rendre en France. Rien ne me parait pins formel. François II a été roi de France le 10 juillet 1559, ce ne peut donc être que son portrait et non celui de son grand-père que Pftris a peint chez nous; il faudrait autrement soutenir que
criplion des Peintures de Hantoue, en fait mention en plusieurs endroits de son livre et en parle avec éloge. 11 vivoit en 1630. 11 peignit dans cette année un tableau qui est dans l'Eglise des Religieux Augustins à Mantoue et que l'auteur de la Description des Peintres de cette ville compare aux meilleurs ouvrages de Guerchin.
BORTOLONI (MATTEo) est disciple du Balestra, et, delà façon doDt en parle M. Zanetli, auteur de la Description des peintures de Venise, publiée en 1733, il travailloit alors à se faire un nom et faisoit concevoir de son talent d'heureuses espérances.
BORZONI (francesco). U se nommoit François Marie ; il peignoil très-bien des marines; il mourut à Gennes sa patrie le 5 juin 1679, âgé de 54 ans. Étant en France, il avoit été recou au nombre des académiciens. Liste de l'Académie dressée par Reynez. Un de ses fils est mort à Paris, où je l'ai
Pftris est venu deax fois en France, et rien absolument n*y autorise. Une autre raison concourt encore à confirmer que son voyace ait été fait sous les fils de Henri II ; c*e8t, non pas lani le nom du duc de Guise, qui ne peut être le Balafré, né en 1550, mais son père François de Lorraine, mort en 1563, nou pas tant encore le nom du roi de Pologne, qui ne peut éire Henri 111, que si le Yasari, comme il est probable, se sert pour le désigner de cette qualité avant qu'il ne l^eût (il avait seulement 10 ans eu 1559, et ne fut roi de Pologne qu'après la mort du Bordone) ; c'est, dis- je, le nom de la Reine Marie, qui doit être Marie Stuart, ce qui convient on ne peut mieux & cette date, puisqu'elle avait épousé François II le 24 avril 1558. Il n'y aurait avec elle à cette époque qu'une autre reine Marie, Marie d'Angleterre, la fille de Henri VIII, qui est morte le 17 novembre 1558. Il ne serait pas du reste impossible de déterminer positivement de laquelle des deux reines Marie il s'agit; car on devrait retrouver si le milanais Candiano, medico delta rC" pna Maria^ qui fit faire k Pftris les tableaux dont parle Vasari, était le médecin de Marie Tudor ou de Marie Stuart. Mais, en l'absence même de cette preuve, la date du discours d'Aprovini me paraît décider la question d'une manière définitive.
connu 'r il estoU secrétaire de S* E» le cardinal de Noailles(l). U (le père) a peint, dans le vestibule de rappartement delaReyne au Louvre (^, des paysages qui ne le cèdent point à ce qu'a peiol dans ce genre Salvator Rosa ; ils sont aussi chauds de couleur, et touchés avec la même fermeté; c'est dommage que, trop exposés à l'air, ils se détruisent tous les jours.
BOS (louis- JEAN VAN den] de Bois-le-Duc excelloit à peindre des fleurs et des fruits; quelques lois il en representoit des bouquets dans des fioles remplies d'eau ; il imiloit des gouttes de rosée sur les feuilles et y adjoutoit des papillons, des mouches et d'autres insectes, qu'il peignoil avec beaucoup de soin et de vérité. Il peignoitaussy quelquefois des figures. Un curieux de Middelbourg, nommé Melchior Wyntgis, avoit dans son cab'met un de ses tableaux représentant un Saint- Jerosme, au rappoct de Yan Mander. Sandrart, p. 232* Van Mander, p. 139 a.
BOSCH (JEROME). Mazzolari, dans sa Description de Tliiscurial, p, 24i, compare Jérôme Bos à Merlin Cocaie, et cette comparaison est fort juste.
BOSCH (BALTiiAZAR SYLVics). .^^ Maurque de
(1 ) Ce fils était prêtre ; voyez de Piles, Vies des plus fameux peintreSy éd. de I7ôâ, L U, 34^4-5, cité par Ratlidana ses ootes sur le Soprani, I, 254, sans doute d'après la première édition de de Piles, car il y a quelques différences. Nous serions portés à croire que de Pilea avait reçu ses renseignements de Mariette; le détail du fils, et la façon dont est expliquée la manière de. dessiner du Borzon noua paraissent l'indiquer.
(2) K Dans uue salle d'entrée des bains de la reine, qui seriau- (c lourd'hui de vestibule au jardin de Tinfante,. » dit M. de Piles,, ei depuis tout à fait détruite lors du remaniement fait sous Tempire par M. Fontaine pour conslmire les quatre salles du Tibre, du Héros combattant, de la Pallas et de la Melponiène.
BaUbazar S^i^viu&ou Roscb» graveur flamand, coDlemporain et de la mèine lamiHe que CotneiUe Bos, od C-B.
BOSCBI (AMONio). U fut du. nombre des éfèves de Sanlodi Tito qui euricbireat de Tud de leurs tableaux l'arc de triomphe qui iut dressé sur le dessein dudit Tlli leur maître, pour l'entrée de la grande Duchesse Christine de Lorraine à Florence, en 1588. Je ne doute pas que ce ne soit le frère de Fabrizio Boschi, le même qui mourut jeune et donnoit de très-grandes espérances» ainsi que Ta écrit le Baldinueci, qui n'a pas écrit son nom faute de s'en souvenir. Bald. dee. % part. 3, sect. 4, p. 259.
BOSGHl (benedetto], frère de Fabriïio, célèbre peintre florentin, peignoit le paysage. Bald. dec. % p. 3, sec. 4, p. 259.
BOSCOLI (andbea). En 1588, il fit un tableau pour l'entrée de Christine de Lorraine à Florence, dont on voit l'estampe dans la description de celte fête.
BOSSE [abrauam]. La gravure à l'eau forte n'avoit pour ainsi dire été inventée que pour les peintres, qui, trouvant trop de gène et de difficulté à manier le burin, avoient eu recours à la pratique de Teau forte, comme à un moyen bien plus facile d'exprimer leurs pensées sur le cuivre. D'un autre côté, les graveurs de profession avoient négligé cette espèce de gravure, parce qu'elle n'avoit pas celte douceur et celte propreté qu'a le burin et qu'il ne paraissoit pas possible de pouvoir tracer avec la pointe une suile de tailles qui, par leur bel ordre et leur égalité, produisissent un ton de couleur barmonieux comme on le pouvoit faire avec l'aide du burin. Mais, lorsque Callot eut montré tout l'avantage que l'on en pouvoit tirer, qu'il eut trouvé le secret du vernis dur, et qu'il eut par ce moyen mis au jour des ouvrages, où la délicatesse de la
louche et l'esprit se irouvoieni joints à la propreté de la gravure, l'on vit parottre aussitôt plusieurs graveurs qui entreprirent de suivre ses traces. De ce nombre fut Abraham Bosse. Il dessinoit assez passablement bien, mais la parfaite exécution de la gravure, la dégradation des ombres et des lumières, l'égalité des hachures, la fermeté, la netteté des traits firent le principal objet de ses attentions. Il ne voulut pas que le burin Vemportftt en rien sur la pointe, il entreprit même de graver des planches entières à une seule taille, manière qui n'avoit encore été pratiquée qu'au burin et qui devient d*une exécution si difficile à Teau forte, qu'elle n'a plus trouvé depuis d'imitateurs. Il y réussit cependant si bien qu'il n'est pas possible de graver au burin avec plus de netteté et de hardiesse. Ce qu'il a exécuté dans cette manière, et même la plupart de ses autres ouvrages viennent d'après ses propres desseins ; car il inventoit aussy et même avec assez de facilité, surtout des sujets de modes de son temps. C'est à quoy il étoit le plus propre. Il y représentoit ce qui se passe tous les jours dans la vie civile, et cela d'une façon tout à fait naïve et si vraye que l'on ne peut guère rien désirer de plus interressanl ; que s'il étoit exact à bien exprimer les différents usages de son siècle, il n'étoit pas moins circonspei-t à observer toutes les règles de la perspective, parce qu'il étoit persuadé qu'on ne pouvoit se vanter d'être peintre si l'on n'étoit tout à fait consommé dans cette science. Il eut l'occasion de l'étudier sous le sieur Desargues, excellent géomètre, qui lui apprit aussi la géométrie, la coupe des pierres et la pratique du trait, la 'gnomon ique, toutes parties de mathématiques sur lesquelles il avoil fait d'heureuses et savantes découvertes. Bosse profita si bien de ses leçons qu'il se vit en élat d'en composer dans la suitte plusieurs traités qui lui firent honneur et qui le firent choisir pour en donner des leçons dans l'Académie de Peinture qui venoit de s'établir à Paris; mais son esprit
critique et son peu de ménagement lui suscitèrent bientôt des ennemis qui formèrent un parti assez puissant pour l'en faire exclure. Tout ce qu'il écrivit depuis pour sa défense ne servit qu'à les aigrir encore davantage et à luy faire perdre un temps qui auroit été bien plus utilement employé à la gravure. Parmy les traités qu'il a composé et qui sont en assez grand nombre, il y en a un fort estimé, oh il a parfaitement bien expliqué les manières de graver, tant au burin qu'à l'eau forte, et la façon d'en imprimer les planches (1).
BOSSUIT (FRANÇOIS van), né à Bruxelles en 1635, a acquis une grande réputation par ses ouvrages de sculpture en yvoire, qu'il traitoit d'une manière simple et gracieuse. Il manioit l'yvoire comme si c'eût été de la cire.
BOTH (ANDRÉ), d'Utrecht, frère de Jean Both, étoit comme luy disciple d'Abraham Bloemaert ; ils allèrent en France et ensuitte à Rome et celuy-ci s'attacha à la manière de Bamboche et à faire dans le mesme goût des figures et des animaux, qu'il peignoit ordinairement dans les tableaux depaïsages de son frère. Ils en firent ensemble plusieurs de cette sorte à Rome et à Venise, où André, se retirant chez luy pendant la nuit, tomba malheureusement dans un canal où il périt; il étoit complice du crime de Bamboche. M. de Piles,
(1) Bosse, de Tœuvre duquel il n*existe point encore de catalogue, en aura deux bientôt, celui d'abord qui se trouvera dans le Manuel de l'amateur (testampes^ et un autre, beaucoup plus étendu et plus déiaillè, que prépare en ce moment M. Georges Duplessis. H. Le Blanc, par son plan, no peut donner qu*une nomenclature et comme uue table ; M. Georges Duplessis le complétera heureusemeut par un travail descriptif et raisonné, que mérite pleinement et que réclame Tœuvre si curieux de Bosse, à cause de son caractère et de sa valeur historiques. — Une pièce inédite, relative à un procès de Bosse, a été publiée par nous dans le tome I'' des Àrchivet di tÀrt françaU, p. 380-6.
d'où ïsj tiré Imil œey, fciy doDtte le nom de Henry, mais il paroist qu'il D'estoii pas bien inlomé; car plnsiens «stampes qui onl esté gravées par ce peintre où d'aptes hiy, portent son nom {wéoédé de la lettre A, et j'en ay yu de son invention gravées par son finère où on lisoit : Ànderies Boik'inwnimr, Jmn Boik fedd fraier. {De Piles, abrégé de la vie des peintres.)
BOTH (jEAir). CTétoit Fun des deux frères, qui peignoil le paysage; l'autre, qui se nommoit André, peignolt des figures dans la manière de Bamboche; voyez son article au mot André [dans FAbecedario d'Orlandi; c*est t article précédent). Jean Both a gravé à Teau forte quelques morceaux, entre autres dix paysages.
BOUGHARDON (edhe] nacquitle29mai 1698, àChaumont en Bassîgni, d'un père qui exercoit rarchiteclure et la sculpture, et qui ne négligea rien pour procurer à son fils une excellente éducation. Rebuté des difficultés de l'art, et du peu de ressource qu'il fournit à un artiste qui vit en province, il eut souhaité lui faire embrasser un autre état, mais, du moment qu'il le vit absolument décidé, et qu'il ne voulûU point suivre d'autre profession que la sienne, il se détermina à l'envoyer à Paris, et le mit auprès de Couslou le jeune, école florissante, et où le jeune Bouchardon, plein d'ardeur et dé» sireux d'apprendre, ne pouvoit manquer de faire des progrès. Il n'y demeura pas longtemps. U fut contraint de retourner au pays et chercher dans l'air natal le iceouvreoient de sa santé que celui de Paris détruisoit. H n'y perdit pas son temps. Son père eut 1a générosité de payer un modèle, d'apite lequel le fils étudia avec la plus grande ferveur. Le plus tosl qu*a le put, il retourna à Paris, entra pour la seconde fois chec Couston, remporta le prix à F Académie, et obtint d'6tre envoyé à Rome à la pension du Roi. Il y entra le 16 septembee
1723, et, pendant un séjour de dix années éans cette capitale des arts, étudiant sans cesse , dessinant tout ce que l'antique oITre de plus parfait, Tapprenan^t pour ainsi dire par cœur, faisant le même travail sur les ouvrages de Raphaël et du Dominiquain, s'exercant à manier le marbre et à le rendre sons son ciseau aussi traitable que l'avaient rendu sous le leur l'Algarde et François Flamand qu'il prit pour ses guides, il perfectionna tellement ses heureux talens que , lorsque le Roi ordonna son retour en France (il y arriva en flSS), sa réputation Tavoit déjà devancé, et Tavoit annoncé comme un des plus grands dessinateurs et un sciflpteur du premier ordre. Il eut pourtant lieu de s'étonner qu'après îavoir arraché d'ouvrages importans, que Rome lui de^noit, il ne s'en offrit aucun pour lui dans Paris, n n'eut pendant quelque tems d'autres occupations que celles que lui fournit le curé de S. Sulpice, mais enfin le Roi l'employa; entre plusieurs ouvrages qui lui furent demandés, Ton distinguera toujours cette charmante statue de l'Amour se fabriquant un arc de la massue dUercule, où il a sçu si bien aMier les grâces du Corrège avec la pureté de dessein de l'Antique (l^. La magnifique fontaine delà rue de Grenelle au faubourg'Saint-Germain, exécutée sur ses desseins et embellie de ses admirables sculptures {2], le
(i) Notre ami, M. de Chennevières, a publié, dans le !«' voiome des ArcMves de VArt français, p. 162, une pièce relative à cette statue; nous y renvoyons et pour la pièce et pour une très-curieuse leUre de Voltaire/ rajouterai seulement qu*à Londres, se trouve, dans la collection de lord EUesmere, un tableau dans le goût du Parmesan, et représentant aussi T Amour taillant son arc. 11 est au moins trè8->probahle que c*esi ce tableau qui a donné à Bouchardon, sinon la pose, au moins Tidée de sa statue; car ce tableau, comme le plus grand nombre de ceux de cette collection, faisait partie de la«ollectioii du Palais-Royal, où BeodiardoB Ta pu voir.
(t) Voyez dans la vie de ^iMioliardon, par Ca|(liis, 1762, in-lt de ISO irages, la lettre de M"*^ (Varietie) t «n «m de f>rovi]iee t« Mjet de la fontaine de la rue de Gneiieye, p. T9-1 1 7. Elle est datée du i«' mars 174»,
conduisit à faire pour la même ville de Paris» qui lui avoit ordonné le premier ouvrage, la statue équestre de Louis XV en bronze qui a mis le terme à ses travaux, et qui lui a assuré une gloire durable (1). Personne n'a mieux connu que lui la nécessité de l'étude et le danger de perdre un seul instant de veue la nature. Personne n'a senti comme lui le prix d'une noble simplicité, ni n'a peut-être marché de plus près sur les traces du célèbre François Flamand. Gomme lui il a sçu ammollir le marbre et lui faire prendre la mollesse de la chair. Epuisé de travail, il est mort, à la suite d'une trop longue maladie, le 27 juillet 1762. Ses desseins ne lui font guères moins d'honneur que ses sculptures; c'étoit là que briiioit son beau génie; aussi avoit-il presque toujours le crayon à la main. Il ne connoissoit d'autres délassements que celui-là, et la musique, à laquelle il consacroit trop souvent un temps qu'il eût pu employer plus utilement. Le Moyne, premier peintre du Roi, accoutumé à mépriser tout ce qu'il voyoit faire à ses confrères, avoit conçu pour les talents de Bouchardon une estime qui alloit jusqu'à l'adoration. L'envie ne se peut taire. Il n'y a rien qu'elle n'attaque. Il faut que Bouchardon ait été un grand homme, car il a joui de toute sa réputation pendant sa vie. Les artistes se sont tous accordés à lui décerner le tribut de louanges qu'il méritoit. Lorsqu'àprès sa mort, on a vendu publiquement les desseins qui lui restoient, car pendant sa vie il les avoit presque tous distribués à ses amis, et surtout à moi qui en ai le plus grand nombre, ses desseins, dis-je, ont été achetés au poids de l'or.
'1) Nous n^apprendrons à personne qne le texte de la Description des travaux qui ont précédé^ accompagné et suivi la fonte en bronu d'un seul jet de la statue de Louis XV, publiée en 1768, eo i vol. in-f«, a été rëdigA par Mariette; les planches sont conservées à la chalcographie du Louvre, n«* 1258 et 3872 à 3929.
—M. Boucbaidon, se trouvant un jour de fête à S^ André délia Valle, y vit arriver le cardinal Cienfuegos qui, s'étantmis à un prie-Dieu, se prosterna pour faire sa prière. Son attitude pleine d'expression, frappa Tartiste. Il en remplit son imagination et étant de retour dans son cabinet, il la mit sur le papier et s'en servit pour la composition d'un tombeau, dont le dessein m'a été donné par lui-même, comme une de ses meilleures productions.
BOUCHER (FRANÇOIS), premier peintre du Roi, et qui fait tant d'honneur à notre École françoise, m'a dit, en 1767, qu'il étoit Agé de 63 ans, et que, quoiqu'il fût vrai qu'il eût étudié sous Le Moyne, il n'avoit pas profité beaucoup sous un mattre, qui prenoit fort peu de soin de ses élèves et chez lequel il n'avoit pas demeuré fort longtemps. Sur œ pied là, il devroit tout à lui-même, et il est vrai que Boucher est né peintre; il en est peu qui le surpassent en facilité. On peut dire qu'il est né le pinceau à la main. 11 ne faut que voir ce qu'il a peint dans sa jeunesse, et en particulier cet enlèvement d'Europe qu'a M. Watelet et qui faisoit partie du nombre de grands tableaux qu'il avoit fait pour un sculpteur marbrier nommé Dorbay qui en avoit garni toute sa maison, ce qui lui avoit été très-facile, car Boucher, ne chercliant alors qu'à se faire connottre, les auroit, je crois, faits pour rien, plus tost que d'en laisser manquer l'occasion. J'admire ce tableau toutes les fois que je le considère. Tout y est admirable, et surtout un pinceau aussi ferme qu'il est gracieux. Il est mort à Paris, le 30 May 1770. 11 fit le voyage d'Italie en 17.., mais ce fut plustost pour satisfaire sa curiosité que pour en tirer du profit. Aussi ne séjouma-t-il pas longtemps dans ce pays.
— M. Boucher m'assure qu'il n'a pas demeuré plus de trois mois chez M. Le Moyne. De qui est-il donc le disciplet 11 le
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ifoitta ei vint demeurer chez le père de Cars èe ^^rvvcur qui fiusoit commerce de Ibeses et qui l'occupa à faire des 4e»seins pour des planches qu'il faisoit graver ensuiie. U lui-don* Dok le logement, la table et 60# par mois, œ que Boudier estimoit pour lors être une ioitene. Ce fut pour lors, à œ qu'il me semble, qu'il fit pour une «MiYdle édition in*q» de l'Histoire de France de Daniel, ces desseins et vignettes que j'ai (1) ; c'étoit en 1721. Le livre parut en i72i. —Il ne tarda pas à faire connoissante avec M. de Julienne, qui, voulant faire graver les desseins de Watteau, en distribua plusieurs à Boucher, qui s'en acquitta parfaitement bien. Sa pointe légère et spirituelle sembloit faite pour ce travail. M. de Julienne lui doDnoit24^ par jour, et tous deux étoient contents, car Bour cher étoit fort expéditif , el la gravure n'etoit pour lui qu'un jeu.
BOUIS (aitoré), peintre de portraits, en a gravé quelques^ uns en manière noire, au commencement du xvni« siècle, el a mis beaucoup de propreté dans leur exécution. Cetoit du reste un peintre froid el languissant, qui ne savoît peindre qu'une tête. 11 ïut reçu de TÂcadémie de peinture en .... 1[2), et mourut à Paris au mois de May 1740. U étoit né à Hyères en Provence (3).
BODLLE (AimnÉ-CHARLES^ est mort le 29 février 1732. Sa vente a commencé en mars 1732. 11 passa dans tous les lems et chez toutes les nations pour le premier homme de sa profession. Ses meubles, enrichis de bronzes magnifiques et
(i) N" 1164 du catalogue de lartette; M dessins, veodin 731ÎT.
(2) Le 27 novembre IdSS. Liste des académiciens : Arohitm^ t. I, p. 372.
(3) Voir le catalogue de son œuvre, par V. Robert Ihnnesnil, dans le tome IV du Mntrt'^ktweMr françêit, p. S24<«0.
d'ii^^icm oraenenls ea oudnqpieterje, sont d'ua goût exquis et la jooée neieur iaii rien peidse de leur prix* Us sont plus recherchés que jamais; on veut les iiniter, et Ton n'en ap- I^ocfae pokit. CeL ikrtîste joignoit au bon goût la solidité; ses heaux laeuUes soot^MSsy enUers, après cent ans de s^vice» qu'ils rétoieat lorsqu'ils sont sortis de ses ouâns. Les fils qu'il A laissé n'ont «élé «que les stages de leur père. G^ homme, qui a ttafaiUé prodigieusement, et, pendant le cours d'ime lopgue vie, qui a servy des tojs et des hommes riches, est pourtant mort asses mal dans ses afladres. C'est qu'on ne bàr soit aucune vente d'estampes, de desseins, etc., où il ne fut et où il n'achetta, souvent sans avoir de quoi payer ; il iaUoît emprunter, presque toujours à gros int^t Une noiiv^e vente arrivoit, nouvelle oocasion pour recourir aux expédients. Le cabinet devenoit nombreux et les dettes encore davantage, et, pendatft oe tems là, le travail languissoit. C'étoit une manie, dont il ne foi pas possiUe de le guérir. Malheureusement pour luy, le feu prit dans l'attelier, où il conservoit toutes ses curiosilés, qui pouvaient devenir à la fin une ressource. L'inoendie fit de grands ravages; on ne put presque rien sauver en fomparaison de ce qui périt, H cependant ce qui fut soustrait étoit prodigieux. On en fit une vente publique qui dura longtems et où furent exposés les tristes restes dhme des phis belles collections qui ait été faite. On regrette surtout tm magnifique recueil de desseins d'habits de théâtre de la Belle, un Mss. de Rubens, dont M. de Piles a beaucoup parlé, un recueil des 100 portraits de Van Dyck, où toutes les épreuves étoient retouchés de la main de cet habile peintre, etc. (1).
BOULLANGEft (jbah], né à Troyes en 1006. —Les ouvrages
(i; Cette note a déjà été publiée dans le (Minei de fàmêUur et de S Antiquaire.
de graveure de Boulanger sont tenninés avec tant de soin, et il y règne une si grande propreté, qu'il n*y a guère d'estampes qui se fassent regarder avec plus de plaisir. Elles sont toutles exécutées au burin, et la plus grande partie représente des sujets de piété ou des portraits de gens illustres, Boulanger ayant preférablement choisy ce genre de sujets, comme luy paroissaht plus convenable à son génie, qui n'étoit ny assez élevé, ny assez plein de feu pour en entreprendre d'autres dont le mérite consistât dans la beauté des caractères et des expressions. Ainsy ce graveur se bomoit précisément à la pratique de la graveure; il donnoit toute son application à arranger ses tailles avec égalité, de manière que l'accord des ombres et des demies teintes produisit une couleur douce et agréable; dans cette veue, sans se mettre en peinne du tems qu'il lui en couteroit, il imagina d'exprimer les ombres des chairs par le moyen d'une infinité de points mis auprès l'un de l'autre, comme on le pratique dans la peinture en mignature, au lieu qu'on les avoit jusqu'alors représentées avec des tailles» c'est kAire avec des traits. Cette nouvelle manière luy réussit assez et elle a été suivie depuis par plusieurs autres graveurs, qui, comme luy, se sont uniquement étudiés à graver avec une extrême propreté.
BOULONGNE (louis), premier peintre du Roy, et chevalier de l'ordre de S'-Michel, mort à Paris, le 20» novembre 1733.
BOURDIGHON (jean), peintre du Roy Louis XII, peignit par ordre de ce Prince le portrait de S. François de Paule, le jour de son décès en 1507. Ce portrait est présentement à Rome dans le Vatican, François P«' l'ayant envoyé à Léon X lors de la canonisation du saint (1). H y a apparence que c'est
(1) Jean Waldor a gravé dans la première moitié du 17«8iècle,de sa pointe fine et dans le goût des Wierix, nn portrait in-13 de saint
le*mème que Jean de Paris, dont il est fait mention cy-après; mais pourquoy le nommer Bourdicbon en un endroit et Perreal dans un autre (1)?
BOURDON (Sébastien) de la ville de Montpellier. Il n'y a point eu en France de peintres, dont la manière ait plus approché de celle des maistres d'Italie que Sébastien Bourdon. Le séjour qu'il avoit fait à Rome, à Venise et dans quelques autres villes d'Italie, avoit été cependant si peu considérable, qu'il ne luy avoit pas été possible d'y étudier avec application, et quand il l'auroil pu, son génie vif et impétueux s'y seroit opposé. Il n'avoit fait, pour ainsy dire, que parcourir les ouvrages des plus grands maistres, et reconnoistre leurs manières ; son génie plein de feu et de discernement l'avoit mis en état d'en saisir le beau avec une promptitude merveilleuse, et cela seul luy avoit suffy et tenu lieu des plus longues études. Adjoutez que Bourdon avoit une mémoire des plus heureuses. Elle luy foumissoit à propos des réminissences de certains effects piquants et extraordinaires qui s'étoient imprimés dans son esprit, et c'étoit alors que, s'abandonnant si heureusement à des manières diflérentes de la sienne, il paraissoit au-dessus de luy-mème. Tantosl il peignoit dans le goût de Benedette Gastiglione; d'autres fois il se transformoit . dans la manière du Poussin ; le plus souvent il cherchoit les
François de Paule, diaprés le portrait qui se voit à Rome. Il serait eurieux que ce fût diaprés le portrait de Bourdichon ; cela ne serait pas impossible, car la simplicité de celle figure du saint, vu jusqu aux genoux et appuyé sur un b&ton, se peut très-bien rapporter à un portrait français de celle époque.
(1) Harieiie se trompe ici complètement. Il n^est pa^ possible d*enirer ici dans le détail de la vie de Jean Bourdichon et de Jean Pereal ; il nous suffira de renvoyer au dernier livre de M. de Laborde, la Renamanu des ArU^ tome I, pour édifier parfaitement le lecteur sur ce sujet.
manières du Parmesan , de Louis Ganache et dfts autres maislres de Lombardie, doDt les graees infinies et réléganœ des compositions flattoient son goût et Iiqt laisoie&t même souvent négliger la correction du dessein, aussy bien que la vérité du coloris, deux parties qui demandent bien d^ réflexions. Bourdon au contraire reflecbissoit peu; plein de feu et de facilité, il inventoit et executoit avec une étonnante rapidité; il produisoit aisément une infini lé décompositions diflerentes sur un mesme sujet. G*est surtout dans ses paysages que Ton remarque la fécondité de son génie ; ce sont des pays enchantés où Ton se promené agréablement, et où il règne une espèce de desordre dans les sites qui ne laisse pas de plaire. Une bonne partie des ouvrages de Bourdon a été gravée par d'excellens graveurs au burin, et luy-mesme il en a gravé plusieurs à l'eau forte avec beaucoup de succès; il y a mis cet esprit, qu'il n'y avoit que luy qui fut en état de donner (1).
— 11 peignit son tableau du May ea 1643* Il avoit pour lors 27 ans, et pour y parvenir il ût plusieurs desseins ptus excellens les uns que les autres. J'en possède deux, qui sont d'une beauté singulière et qui paroissent faits de la même plume ; les compositions en sont extrêmement riches^ et tiennent beaucoup de style de Paul Veronese. ils abondent en figures* Bourdon a simplifié ces compositions dans son tableau et il a fait sagement. Ses desseins le comportent; il n'enauroit pas été de même de la peinture. Une trop grande multiplicité d'objets en auroit oslé le repos et y auroit sans doute apporté de la confusion (2]. .
(1 ) Voir le catalogue de ses giwnres dans le Peintre-Graveur français de M. Robert Damesnil, I, p. 131-5B. Les pianches des sept œuvres de miséricorde (n»* 9 à 8) et de lu sainte famille au lavoir (n» 29), sont conservées à la chalcographie du Lonvre. (N* 556-63 do Bouvean livret.)
(2) Le tableau représente le martyre de sannt Pierre; fes deux
— Le taUetu deBouFdoH^ qui est dans l'Eglise collégîale de S. Braott à PaiiSy est UE de se» meOteurs (MiTfages.Ctoy voit leChdst moit descendu de fei ctqîx, et cette figure domine siur toutes les autres; aussi estr-eUecelle» sur laquelle roule prlncipalement le sujet du tableau. Le corps du Christ est étendu SUT un linceul, et l'un des disciples le soulève un peu par derrière; ce qui n'a pas été fait sans réflexion, car autrement la figure auroit présenté un racourci desagréable. Deux petits anges aux pieds du Christ considèrent ses playes; plus loin la Madeleine verse des pleurs, et sur le dernier plan la Vierge lève les yeux au ciel et fait offrande au Père Éternel de son divin fils, qui, pour opérer notre rédemption , s'est soumis à endurer la morL Le tableau est grandement composé, et tout à fait dans le style de Louis Carrache ; ce maistre ne le désavoueroit pas. J'ai vu peu de tableaux de Bourdon aussi bien coloriés que celui-ci (1). — Un des plus beaux ouvrages,, que Bourdon fit à Paris, fut la Gallerie du Président Bretonvilliers. 11 entreprit ce grand ouvrage en 1658. — Ha gravé plusieurs morceaux à l'eau forte qui sont d'un excellent goûL 11 mourut à Paris, le 8^ May 1671, âgé de 55 ans. 11 a souvent imité avec succès la manière de Benedette. J'ay extrait l'année de sa mort de la liste de l'Académie; M. de Piles le fait flgé de 60 ans, mais son sentiment me paroist moins sûr que l'autre. Il étoit en Suède en 1653. — Ses tableaux des Sept œuvres de miséricorde sont passés en Angletene, et sont dans le cabinet de M à Chelsea.
— Bourdon étoit ami de M . d'Aguilles, et 11 se plaisoit à travailler pour un amateur, dont il connoissoit te goût sûr (Descript.des tableaux du cabinet de M. Boyer d'Aguilles,p. 14).
desBiaa (n« iiea du eat. de Mariette) ont été veniius 99 liv. i s. et iOO liv.
(t) Gravé par Boulanger.
J71 — le Musée de$ dessins du Dmwre possède un portrait de Bourdon^ au crayon et assez médiocre^ derrière lequel on lit cette note de la main de Mariette : Portrait de Séb. Bourdon, dessiné d'après celui qu'il a peint lui-même dans son tableau de Simon le Magicien à Montpellier. C'est M. le Presid* Bon qui me l'a fait faire.
BOURGUIGNON (hcbert-françois), dit Gravelot. Hubert- François Gravelot, né à Paris, le 26 mars 1699, est frère de M. Danville le géographe, qui, comme son frère, prit un nom différent de celui que porloit leur père, qui eiercoit la profession de tailleur, et dont le véritable nom etoit Hubert Bourguignon. Je ne puis croire que ce fut par un motif de vanité, car le père non-seulement etoit en réputation d'un honnête homme, mais, ce qui auroit dû les toucher davantage, il prit un soin tout particulier de leur éducation. L'atné, Hubert-Fr. Gravelot, prit le nom de famille de son parein, et dès ses plus tendres années, il montra un goût décidé pour le dessein. Dans la vue de l'y perfectionner, le père lui voulut faire faire le voyage de Rome, ce qui n'ayant pas réussi, le jeune homme partit pour Saint-Dominique à la suite du chevalier de Rochalard et y fit sous Frézier les fonctions d'ingénieur. Il ne tarda pas de revoir la France, mais presque aussitôt il passa en Angleterre, où, pendant un séjour d'environ 13 ans, il fut fort occupé à donner des desseins à des graveurs pour différentes éditions de livres, et d'autres pourdes ouvrages de ciselure et d'ornemens, dont les formes bizarres ont fiasse bientost de mode el ont été ensevelis avec ce qu'ont fait dans le même genre Meissonier, Pineau el tant d'autres. Il revit la France en 1745, toujours livré aux mêmes occupations, montrant du génie, composant avec .esprit, mais toujours éloigné pour les formes de ce goût mâle et pur qui seul est capable de plaire. Il est mort à Paris, le 20 avril 1773, et son éloge qui
se trouve dans le nécrologe pour Tannée 1773, a été dressé avec soin sur les mémoires qu'a fournis M. Danville son Irère (1). Son article à la page 348 [de FOrlandt) est fautif. Il m'avoit été administré par des gens mal informés; il faut s'en tenir à ce qui est marqué ici.
Cependant^ comme T article déclaré fatUif renferme quelques cbservaitons qui complètent U précédent^ noue croyons detxnr le mettre lui aussi sous les yeux de nos lecteurs :
Paul Bourguignon, qui s'est fait appeler Gravelot, du nom de son parein» apparemment pour faire oublier qu'il étoit fils d'un tailleur nommé Bourguignon (petit trait de va* nité qui fut imité par son frère, le fameux géographe d' Anville), est mort à Paris, âgé de 74 ans, le 19 avril 1773. U a fait en deux fois un séjour de 15 ans à Londres, d'où il étoit de retour en 1761 et depuis ce temslà il est resté constamment à Paris, où il a été employé, ainsi qu'il l'avoit été en Angleterre, à faire des desseins pour les gravures, dont on est dans l'usage depuis quelque tems d'orner les éditions des livres d'amusement qui s'impriment. 11 ymontroit du génie, et entrait assez bien dans le caractère des sujets qu'il avoit à traiter. Aussi éloil-il recherché, et il y trouvoit plus de profit que le meilleur peintre n'auroit fait en produisant de giands ouvrages. Avec cela on ne peut le r^^er que comme un artiste fort médiocre.
BOURGUIGNON (lb). Voyez COURTOIS (jacques).
ROUSSEAU (JACQUES), né en Poitou et élève de Coustou
(1) Le nécrologe des hommes célèbres de France, par une soeiéiè de gens de lettres ; à Paris, de Tlmprimerie de 6. Desprex, imprimeur du Roi, 1774, avec privilège du Roi, p. 429-145. En voici les quatre dernières lignes : « Cet éloge nous a été donné par H. d*Anville, premier géographe du Roi, frère du célèbre Artiste dont nous regrettons la perte. »
ratné, reçu à T Académie royale de Peinture en 17. . (1) etoit un artiste très-laborieux, mais dont le ciseau n'avoit rien que de fort ordinaire. Ses principaux ouvrages à Paris sont deux statues en marbre et un bas-relief dans la chapelle de Noailles à Notre-Dame, et dans l'Eglise de la Madelaine-de-Tresnel, le tombeau de M. Dargenson, Garde des Sceaux. M. Presmin, étant dans la resolution d'abandonner l'Espagne et de repasser en France, le proposa à Sa Majesté catholique, pour prendre sa place et achever les ouvrages de S. Udephonse et du Palais Rojal à Madrid. 11 y avoit environ trois ans qu'il occupoit le poste de premier scul|Keur du Roi d'Espagne, lorsqu'il mourut à Madrid le 13 Février 1740. M. Delalive qui a fait mention de ce sculpteur dans la description de son cabinet, dit qu'il mourut jeune; il se trompe; il etoit âgé de 59 ans (2). Voyez l'Essai de la sculpture par Dandré Bardon, p. 194.
BOUT (pierre) a peint quantités de petits tableaux, où il rcprësentoit ordinairement des toires et d'autres sujets susceptibles de quantité de figures; Bauduins a souvent peint les fonds de paysages de ses tableaux ; c'est le mesme Bauduins qui a travaillé en France sous Vandermeulen.
BOUTILIER (iBAN le) et jeaiv RAVI. On voit, sur les murs qui ferment le chœur de l'Eglise de N.-D. de Paris, une suite de bas-reliefs, qui représentent l'histoire sainte, et cet ouvrage gothique, exécuté en pierre, n'est pas dépourvu de mérite ; on y trouve de la naïveté. Ce que l'on faisoit alors en Italie ne valloil pas mieux. L'inscription suivante, que j'ai copiée et
(i) Le 39 novembre 1715, liste de rAcadémie, dans UnArcMvei de CArt français^ p. 379.
(2) M. Delalive rappelle à tort Boussot. Catalogue histariquet eie« <764, petit in-4^ page 30.
qui peut-être a disparu lorsque ron a détruit une partie de ce bas-relief pour faire place à la nouvelle décoration du mattre*autel, nous apprend que cet outrage fut terminé en 1351, et nous donne en même tems les noms de ceui qui y traTaîUërent. La voici :
c C'est M« Jean Ravi qui fut masson de N.-D. de Paris, par « l'espace de 26 ans et commença ces nouvelles histoires, et M« Jean le Boutilier les a parfaites en 1351,» Un sculpteur, qui seroit en même tems architecte ne souffriroit pas aujourd'hui qu'on lui donnât le nom de maçon, mais nos Pères n'etoient pas si délicats.
BOUZONNET-STELLA (antoine), neveu de Jacques Stella, a peint dans la manière de son oncle, dont il estoit le disciple. n a beaucoup dessiné d'après Jules Romain. Il estoit de Lyon, et mourut le 9 may 1602, âgé de 48 ans. Il exerçoil dans l'Académie royale de peinture la charge d'adjoint à Professeur. Etant à Mantoue, il y dessina avec grand soin presque tout ce que Jules Romain y a peint dans le Palais du T. Je vis ces desseins lors de mon passage à Lyon au retour d'Italie; ils me firent plaisir. J'ignore ce qu'ils sont devenus. Voyez ciaprès [rarticle des Stella) (1).
BOUZONNET-STELLA (les trois sœurs). Gaudine Stella, cette scavante fille, avoit encore deux sœurs, qui se distinguoient comme elle dans la graveure ; l'une s'appeloit Antoinette et l'autre Françoise [ leur nom de famille estoit Bouzonnet. Antoinette etoit la moins Agée, et ce qu'elle a gravé d'après Jules Romain lui fait honneur. Elle mourut jeune à Paris, en
(1) Tai publié de lui an billet écrit derrière an dessin du Louvre, dans les notes de ma réimpression du livret de 1673 ; iWÈ^ ia-lit p. 8.
1676. Claudine l'alnëe dessinoit tris-babilement et mérite d'être mise au rang des plus excellens graveurs ; elle est morte aussi à Paris, le 1. 8^^ 1697. Elleavoil61 aos. Voyez ci-après (rariide de$ Stella).
BOYER D'AGUILLES (1). Un éloge du Recueil d'estampes, gravées par les soins de M. Boyer d'Aguilles et d'après les tableaux de son cabinet, est superflu et pourroit mesme paroltre déplacé à la tète de cette collection. Les morceaux qui la composoient s'expliquent assez d'eux mêmes et le font plus utilement que des discours, qui auroient peut-être un air trop recherché et qui par là mesme deviendroient suspects. 11 ne faut en effet que considérer ces estampes pour se former une idée avantageuse des tableaux qu'elles représentent. Elles annoncent presque toutes des artistes illustres; les sujets en sont intéressants, et, ce qui est un grand préjugé en faveur d'une telle collection, elle s'est faite dans le tems même que vivoient la plupart des peintres qui y occupent une place.
Un pareil choix ne pouvoit être que l'ouvrage d'un amateur, dont le goût fin et délicat égaloit un vif amour pour les BeauX'Arls. Monsieur d'Aguilles fut ce connoisseur. 11 étoit né avec de l'attrait pour la peinture; mais cette inclination naturelle se changea en peu de tems en une passion, dont il ne lui fut pas possible de reprimer l'ardeur, lorsqu'ayant fait le voyage d'Italie, la vue des merveilles qu'on rencontre dans
fi) Pour réunir autant que possible en un seul corps les notes èparses de Mariette, nous croyons devoir insérer ici, comme noua faisons pour les remarques du catalogue Crozat, la préface mise par Manette en tête de son édition du cabinet Boyer d'AguilltfS, et nous choisirons, dans ses descriptions de tableaux, celles seulement qui offrent des renseignements sur les auteurs. Pour M. Boyer d'Aguilles, nous renverrons aux articles Boyer d^Aguilles et Barras, dans le tome IV de M. Robert Dumesnil, et à la notice spéciale de noire ami M. de Cbenneviéres» dans le prenûer volume de ses Peintres jnvvinciaux.
ce pays, la fréquentation des habiles gens qu'il y connut, eurent achevé de fortifier son goût et qu'elles eurent multiplié ses connoissances. Monsieur d'A^uilles ne se contenta pas cependant de voir et d'admirer; il voulut, en quittant l'Italie» se faire un tond qui pût en quelque façon le dédommager des belles choses dont il ne lui seroit plus permis de jouir. Il recueillit quantité de tableaux, il acheta des estampes, des desseins, des sculptures qu'il apporta à Aix, et dont il se fit pendant le reste de sa vie un amusement d'autant plus permis que son amour pour les Beaux Arts,quelque vif qu'il fut, ne lui fit jamais perdre de vue les devoirs du Magistrat; la sagesse de ses conseils, la justesse de ses décisions le faisoient considérer comme l'oracle de son Parlement.
C'étoit uniquement dans les moments de loisir , dans ceux qu'un autre auroit donné au plaisir, que M. d* Aguilles méditoit sur les morceaux singuliers qu'il a voit rassemblés, et que, profitant des leçons des personnes de l'art et en particulier des avis du célèbre Monsieur Puget, qui a fait l'honneur de Id France, il devint insensiblement quelque chose de plus parfait; car, non-seulement il se vit en état de porter un jugement sain sur les ouvrages, il put encore, la plume, le pinceau et le burin à la main , en produire lui-même que des gens consommés dans l'Art n'auroient pas eu honte d'avouer. Ce fut pour lors que faisant travailler sous sa direction de jeunes peintres et de jeunes sculpteurs, en qui il reconnoissoit d'heureuses dispositions, il entreprit de bâtir et de décorer un des plus magnifiques hôtels qui soient à Aix. Les tableaux, dont il l'a voit enrichi, y attiroient continuellement les étrangers, et tous ceux qui aimoient à se nourrir l'esprit par la vue des beaux ouvrages, et, comme son cabinet augmentoit tous les jours en réputation, M. d' Aguilles crut devoir le faire graver, pour le communiquer à un plus grand nombre de persoDoes et le rendre encore plus célèbre.
H fit venir à Aix à ses dépens un graveur d'Anvers, qui dans un Age peu avancé s'étoit déjà fait un nom. Ce lut Jacques Godemans, élève de Corneille Venneulen, dont tout le monde connoit l'habileté. La manière de graver du disciple tenoit beaucoup de celle du Maître. Elle n'avoit pas toute la pureté de certains beaux burins; mais elle etoit fondue et propre à iaire de l'effet, surtout lorsque les tableaux qu'elle avoit à rendre étaient bien colorez ou entendus de clair-obscur. Monsieur d'AguiUes conduisit Goelemans, et ne contribua pas peu à améliorer son travail surtout pour la partie de l'intelligence ; et voulant prendre part lui-même à un ouvrage qui lui apparlenoit d^à par tant de titres, il y inséra quelques planches entièrement de sa main. Ce sont celles qui dans ce recueil ne portent point de nom de graveur, et sur lesquelles est simplement gravée une étoile.
Dix ou douze années s'écoulèrent avant que le recueil d'es* tamp», que preparoit M. d' Aguilles, vit le jour. Ce ne fut qu'en 1700, r«nnée wèmQ de la mort de cet illustre Magistrat, que les dernières planches furent gravées. Mais des raisons, dont il est inutile de rendre compte ici, avoient empêché que le public ne put jouir d'un ouvrage qui lui avoit déjà été annoncé de la façon la plus avantageuse (1) et qu'il attendoit avec impatience.
(1) Dès Tannée 1700, Monsieur de Toumefort, dans la relation de son voyage du levant, avoil parlé avec éloge de ce recueil qui n*éU)it pas encore achevé, car il n'y en avoil que cent planches de gravées* Voicy comme il s'explique : « Étant arrivés à Aix, nous « allâmes saluer M. Boyer d' Aguilles, conseiller au parlement, et « nous fûmes bien moins touchez de ses tableaux, quelque rares a qu'ils soient, que nous ne le fûmes de son mérite. Ce scavant n Magistrat n'excelle pas seulement dans la connoissance de l'an* « tiquilé, il a naturellement ce goût exquis du dessein, qui rend si « commandables les grands hommes en ce genre. M. d' Aguilles a « fait graver une partie de son cabinet en cent planches, d'après
. Ce Recueil» qu'on recevra sans doute avec plaisir, mérite d'autant plus de considération, qu'outre la variété des sujets, il contient, comme on l'a déjà dit, de presque tous les maîtres de réputation des différentes écoles, et plusieurs planches d'après d'habiles peintres dont on n'avoit gravé jusqu'alors aucun tableau. Un assez grand nombre pourra être regardé comme des cbeis-d'œuvre, et c'est leur opposition qui fera peut-être parottre quelques autres morceaux plus foibles; mais l'on scait qu'il n'est presque pas possible que tout soit égal dans une grande collection. Il en est d'un Recueil de tableaux comme d'un parlerTe,'où de belles fleurs perdent de leur éclat à côté d'autres fleurs dont les couleurs sont encore plus brillantes.
n eslbon d'avertir que, comme les noms des peintres ne se sont pas toujours trouvés écrits exactement au bas des planches, on a tAché d'y remédier dans la table suivante, où ils sont indiqués correctement. L'on y donne outre cela une description sommaire de chaque tableau et l'on y trace en peu de mots le caractère de chaque peintre. L'on y a aussi fixé par des dattes sûres les temps où chacim de ces grands hommes a vécu.
BOYS (corneille). Ce nom et la datte 1640, se lisent sur deux tableaux de Paysages, que le comte de Bruhl avoit dans
« les originaux de Kaphaei, d* André del Sarto, du Titien, de Ifîchel- « Ange, de Caravage, de Paul Vèroaèse, du Corrëf e, du Carrache, « du Tintoret, du Guide, du Poussin, du Bourdon, de Le Sueur, de « Pttget, de Valentin, de Rubens, de Van Dyck, et d'autres peintres (c fameux. Ce magistrat me permettra>^-il de dire qu'il a gravé lui- « même quelques-unes de ces planches, que les frontispices des « deux volumes qui composent ce recueil sont de son invention ; « qu'il a conduit les graveurs pour la fidélité des contours et pour « la forme des expressions. Un homme de qualité, qui remplit d'ail- « leurs si dignement les devoirs de sa charge, ne sauroit se délas- « ser plus noblement. » (N^U de MarieUê.)
SOQ cabinet et dont on a des estampes gravées par Moitte. Les compositions ont été du goût de Dieterich qui se les est presqu'entièrement appropriées et en a fait deux des plus jolis morceaux de sa suite; ils portent la datte 1745. 11 De faut pas le dissimuler, c'est un plagiat, mais qui fait honneur à celui qui en a fourni le sujet. C'est une preuve que les tableaux avoient du mérite. Il est d'ailleurs permis de piller lorsque c'est pour embellir, comme a fait ici Dieterich. Le seul tort qu'il me paroU avoir, est de n'en pas avoir averti.
BOZZATO (bartolomeo), ou plus tost Bozza (comme l'écrit le chanoine Stringa qui a augmenté la Yenelia descritta dal Sansovino, et comme l'a écrit luy mesme cet artiste dans quelques-uns des ouvrages de mosaïque qu'il a fait dans l'Eglise de S. Marc) etoit un de œux qui travailloient aux mosaïques de l'Eglise de S. Marc, en concurrence des frères Zuccati et des autres maistres qui y estoient employés. Geluy-cy etoit réputé habile dans son art. L'on peut lire dans le livre de Stringa que l'on vient de citer la dispute qu'eurent entre eux ces artistes pour la préférence, et comme elle fut donnée à François Zuccato. Cet endroit est curieux et singulier. Venetia descritta dal Sansovino, amplata da Gio. Stringa; in Venetia , 1604, p. 41 a et 69 a.
BRÂGELLI (gio-battista), dont le Baldinucci fait mention dans la vie de Jacopo da Empoli (dec. 3, p. 2, sec. 4, p. 184), et qu'il nomme Brazzè, detlo il Bigio, n'est peut-être pas le même que le Génois dont parle le Soprani. J'ai la suite d'estampes citées par le Baldinucci ; l'auteur s'y nomme Bracelli, et elles sont dattées de 1607 et de la ville de Livourne, où elles ont été gravées. Il est parlé dans la vie d'Alphonse Parigi, écrite par Baldinucci, d'un Bracelli qui etoit colonnel à Livourne et qui avoit appris à dessiner du Parigi. Reste à sçavoir si ce sont trois personnes différentes.
BRACCIOLI (gio-feancbsco), né à Ferrare en 1608, est un des élèves de Jacques Parolioi» qu'il quitta pour passer à Bologne, et y prendre des leçons de Joseph Grespi, dit l'Espagnol. 11 donnoil les plus grandes espérances, et paroissoit né peintre, tant il avoit de facilité à manier le pinceau ; mais des vapeurs noires s'étant emparé de son esprit, ses ouvrages s'en ressentirent, et il ne fit plus rien de bon ; et comme avec cela il etoit talonné par le besoin, ses tableaux dont Ferrare abonde, ne lurent plus que d assez mauvaises ébauches. Il est mort dans sa patrie, le 16 juillet 1772, et enterré dans l'Eglise de S. Mathieu. Descriz. deUe piiL di Ferrare, p. 30.
BRAMANTE (bernardiivo). Baldi, dans la description qu'il a faite du palais ducal d'Urbin, assure que Bramante etoit de Fermignano, bourg, ou, comme disent les Italiens, castello du duché d'Urbin, et non deCastel Durante, ainsi que le dit Vasari; le même auteur, dans l'Éloge de la ville d'Uibin, dit que la première condition de Bramante etoit de garder des troupeaux et qu'il devint ensuite un excellent peintre et architecte, et qu'on lui a l'obligation d'avoir le premier bani le goût gothique de l'architecture, et d'avoir rétabli la belle manière des anciens Grecs et Romains. V. memorie concernent! la città di Urbino, in Roma, 1724, fol», p. 33 et 63. 11 auroit pu ajouter que Bramante a fait des vers italiens. M. Apostolo Zeno fait mention dans ses lettres (ce sont les 244 et 245<»du 1^ vol.) de poésies de ce célèbre architecte, qui se trouvoient dans un recueil appartenant à Ant. Franc. Marmi à Florence, et témoigne un grand désir d'en avoir un extrait, pour en parler dans l'hist. des Poëtes italiens qui etoit un ouvrage qu'il méditoit.
BRAMBILLA (francbsoo). Il a eu sa sépulhire dans le dôme ou l'église cathédrale de Milan, qu'il a enrichi de quantité de
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ses sculptures. Ou y lit cet ëpitaphe : D. 0. M. Ftmei$co BranUriUœ celeberrimo PnOoplastm qui (ingendis hguê iempU archeiypii per annat XL aparam deiiL PrœfeUi FtAricœ o/*fieii memorei P. P. 1599. Latuada Descriz. di Milano, 1. 1 , p. 122.
BRÂND (jEAN-CHEiSTUN OU ghbétien) est fils d'uD père qui s'est acquis de la réputation par ses tableaux de paysages. Son fils, né en 1723 à Vienne, a embrassé le même genre de peindre et s'y distingue. Je n'ai point vu de ses tableaux; mais, à en juger par deux desseins qu'il m'a faits, je le crois un peintre froid, et qui donne tout au terminé.
BRANDÂNO (FEDBaïQo), d'Urbin, travailloit parfaitement bien en omemens de stucet fut employé à décorer de stuc plusieurs des plafonds du Palais d'Urbin. Baldi, Descriz del Pal. dUrbino, c. vni.
BRANDENBERG (jean), né à Zug en 1660, eut pour père un Peintre qui n'étoit pas sans mérite, et qui mit son fils en état de faire avec profil le voyage de Mantoue, où il eut l'avantage de pouvoir copier les ouvrages de Jules Romain. Il passa en Allemagne, s'y fit estimer, mais étant retourné dans sa patrie et s'y étant marié, il devint père d'une si nombreuse famille que, pour la faire subsister, il ne donna plus le même soin à ses ouvrages. On n'en vit plus sortir d'entre ses mains qui ne fût extrêmement strappassé. U mourut en 1729. Puessli, Vies des P. Suisses, t. 2, p. 121.
BRANDMULLER (Grégoire), naquit è Basle en 1661. La Suisse n'a guères produit de meilleurs peintres. Aussi tenoitil de la nature seule le talent dans lequel il s'est distingué. Il n'eut pouf maître qu'un Peintre trè$-médiocre, et il avoit
déjà fait de irè9ii;TaDds progrès quand il vint à Paris eo 1678. Charles Le Brun le reçut dans son école» et le fit trayailler dans les ouvrages dont il enrichissoit pour lors le chAteau de Versailles. En peu de tems il se rendit si familière la manière de ce grand Peintre, qu'il etoit aisé de prendre le change entre les productions du mattre et celles du disciple. Trois fois il remporta le prix à T Académie de Peinture ; Tenvie s'en mesla, et pour s'y soustraire, il se retira dans sa patrie, et continua de travailler avec succès pour différentes cours d'Allemagne, n traitoit paiement bien l'histoire et le portrait, et l'on range au nombre de ses plus excellens ouvrages une descente de croix qui est dans l'Eglise de Dourlach. Le coloris de J. Blanchard l'a voit affecté; le sien en tient beaucoup. Il mourut en 1691. Fuessli. Vies des Peintres suisses, t. 3, p. 129.
BRANEENBURG (reioter) parott avoir eu en veue dans ses ouvrages d'imiter le genre de peindre d'Oslade. 11 a peint comme lui des assemblées de paysans et des tabagies, et quelquefois il a représenté des conversations et des assemblées galantes de personnes du beau monde. Son pinceau est très-fondu et sa touche spirituelle ; mais on a à lui reprocher de n'avoir pas assez gardé la décence dans plusieurs de ses compositions, n etoit d'Harlem ; il y prit naissance en 1649. On ignore le tems de sa mort arrivée en Frise. Descamps, t. 3» p. 253.
Plus loin (p. 506 de rOrlandi] Mariette donne une marque composée Hun B et d'un R (B\ fecit) et ajoute : Sur une pièce gravée à Teau forte, représentant un vieillard coeffé d'un turban qui de la main parott indiquer son chemin à une femme qui voyage accompagnée d'un enfant, et dans le fond est un troupeau qu'on fait rentrer dans une ferme. On m'assure que c^est un ouvrage de Renier Brakenburg, et que c'est ici sa marque.
BRAVER (adriano), comme il est écril sur les estampes qu*on a gravé d'après ses tableaux, et, dans le livre de Cornf/ille de Bie Adrien Brouver; il avoit pris pour ses modèles dans sa jeunesse les ouvrages de GUleê Mostaeri et non pas Monstrast, c'est une faute du père Orlandi qui ne se trouve pas dansSandrart. M. de Piles estceluy qui a raporté avec le plus de détail la vie de ce peintre ; il a prouvé qu'il esloit né à Oudenarde en 1608 et qu'il mourut à l'âge de 32 ans, si pauvre qu'on ne trouva pas de quoy l'ensevelir ; ses tableaux luY avoient cependant été pa jés au poids de l'or, mais îl étoit extrêmement débauché et sans conduitte, ce qui l'avoit jette dans la dernière misère; il s'en railloit luy même, car il étoit d'une humeur fort enjouée et grand diseur de bons mots ; il se plaisoit à représenter des sujets de tabagies, et des débauches de paysans, et il y avoit dans ses ouvrages beaucoup d'expression et d'intelligence des couleurs. On voit encore aujourd*huy dans l'église des Carmes à Anvers le tombeau magniOque que luy firent élever les magistrats et les curieux de cette ville. De Piles, p. 408, De Bye a aussy écril sa vie en flamand, p. 91. On le nomme en France Adrien Braur. — Descamps, t. 2, p. 129, a écrit d'après Houbraken que Brouver étoit né à Harlem ; j'ai lieu d'en douter. C. de Bie, à portée de le scavoir, dit tout uniment qu'il étoit flamand. — Saos être né à Harlem, Brauver pouvoit y avoir été amené dans sa jeunesse et être devenu le disciple de Fr.Hals. lia eu cependant une manière de peindre bien diflérente de la sienne ; celle de Hais est heurtée et ne consiste que dans des touches aères et hardies qui produisent leur effet d'une certaine distance, au lieu que le pinceau de Brauver est précieux et exprime les objets dans le plus grand terminé, sans être froid ni languissant. La fonte de ses couleurs est admirable et je ne connois aucun peintre qui, dans ce genre, ait mis plus d'accord et de vérité dans ses tableaux. Houbraken a dit
qu'Adrien van Ostade avait été son condisciple et son ami, et je le crois ; leur maniëre de peindre estla même, et tous deux ont fait choix des mêmes effets. M. de Piles a avancé un peu trop légèrement que Rubens lui avoit fait ériger un tombeau magnifique dans l'église des Carmes à Anvers. On doit lui en supposer la volonté, mais l'exécution n'eut pas lieu. La mort de Rubens qui suivit de près celle de Braver y mit un obstacle. 11 se contenta d'engager les peintres d'Anvers à assister à un service solemnel qu'il Gt célébrer dans ladite église des Carmes pour le repos de l'âme de Brauver et montrer le cas qu'il faisoit de ses tableaux. De Bie a fait imprimer une épitaphe en vers flamands, qui n'est autre chose qu'un jeu de son imagination.
— La grande réputation que ce peintre s'est acquise par la beauté de son pinceau , fait qu'on recherche ses desseins, quoique peu arrêtés, et encore moins intéressans pour le choix des sujets et leur peu de noblesse. (Cat. Crozat, p. 104.)
BREBIETTE (merre), de Mante sur Seyne, Peintre, dessinateur et graveur, a joui dans son temps d'une assez grande réputation. 11 voyagea dans sa jeunesse en Italie, et il en rapporta un goût de dessein un peu trop libertin, mais spirituel ; son génie fécond le servoit sans peine, et conune il trouvoit plus de facilité à dessiner qu'à peindre, sa vie se passa presque tout entière à faire des desseins qu'il grava lui-même à l'eau forte ou qui furent gravés par d'autres. 11 etoit homme de bonne compagnie et qui inspiroit la joye dans les sociétés où il se trouvoit, et la mort, qui le surprit dans la fleur de l'Age, le fit r^^tter de ses amis, quoique quelquefois on eût à essuyer de sa part de l'humeur et un peu de bizarrerie* Je le soupçonne disciple de Lallemand. Il eut une fille nommée Geneviève, à qui il apprit le dessein et qui s'y exerça. Sa mort a du arriver vers le milieu du xvn« siècle.
— Pierre Brebiette , un de ceux qui s'est le plus distingué dans l'art de graver en petit à l'eau forte d'après des desseins de sa propre invention, etoit en même temps peintre. Son génie etoit des plus abondans; il ne lui manquoit que d'être plus réglé et plus correct dans son dessein. Par une suitte d'inclination de tempérament, il se plaisoit à représenter des sujets de Bachanales, et c'est à quoi il réussissoit le mieux. Il avoit voyagé en Italie, et il s'étoit surtout arresté à Venise, flatté par la beauté des ouvrages de Paul Yeronese, dont il a gravé quelques tableaux qui ne sont pas des moindres pièces de son œuvre. Il y parott moins maniéré que dans ce qu'il a gravé d'après d'autres maistres.
BREENBERG (Barthélémy), connu en France sous le simple nom de Barlkohmée, a été un excellent peintre de paysages. 11 avoit été en Italie et surtout à Rome. Il en avoit dessiné toutes les ruines, et comme il réussissoit à les représenter, il en introduisoil assez souvent dans ses tableaux, qui sont touchés avec beaucoup d'art quoyque fort finis, n a gravé luy-mesme à l'eau forte quelques petits morceaux de paysages et de ruines en 1639 et 1640, et Jean Bischop a gravé d'après luy deux pièces considérables, dont l'une représente Joseph, gouverneur d'Egypte, et l'autre le Martyre de S^ Laurent. Felibien qui est le seul qui ait fait mention de cet habile peintre, dit qu'il mourut vers l'année 1660; il l'appelle Bartholomée Briemberg, Felibien, t. 2, p. 237.
— Veue des ruines de Rome, où l'on voit sur le devant une fontaine dont l'eau tombe dans un bassin, gravé à l'eau forte par Jean Morin (1). J'en ay veu le tableau chez M. de la
(1) N» 106 du eatalogue de cet artiste dans le Peintre-Graveur de V . Robert Dumesnil, qui indique avec raison que le tableau est au Louvre.
1«7 Paille,qui parcnst plutftl de Barttiolomée que de Corneille (1). «
BREGEON (ANGÉLIQUE), épouse de Tillard, élève de Tardieu; grave.
BRENET (niGOLAS gct), élève de Boucher, a été reçu dans TAcademie Royale de peinture en 1769, et en 1T75, il a exposé au Sallon un tableau, qu'il a peint pour la chapelle de TEcole militaire, qui a reçu une approbation générale et avec justice; car dépuis longtemps je n'ai vu aucune production de nos jeunes peintres qui tire au grand comme celle-ci. La composition, le dessein, la couleur, tout en est excellent, et, si cet artiste continue et se soutient, il fera honneur à notre Ecole. Sa manière ne tient point du tout de celle de son maître, elle est bien plus mâle, on y trouve une imitation des meilleurs maîtres d'Italie, et l'on doit en savoir d'autant plus de gré à notre artiste, que ce n'est pas ce qui parott occuper le plus ceux qui courent la même carrière, et qui la plus part ne songent qu'à taire des choses agréables et à se conformer en cela au goût régnant, qui, si l'on n'y prend garde, eau* sera la ruine totale de la Peinture.
BRENNER (élie)« Suédois, qui a gravé et est mort en 1790.
BRËNTEL (FRÉDÉRIC) de Strasbourg, n'étoit pas le disciple, mais bien le maistre de Guillaume Baur. Je n'ay veu aucun de ses tableaux, mais il m'est passé entre les mains, un re* cueil assez ample de ses desseins, parmi lesquels il y en avait d'assez spirituell^nent Ctiits, quoyqu'un peu de petite manière. Il entendoit très->bien la perspective et le paysage. L'inscription allemande, qui étoit à la teste de ce recueil de
(i) U est iMen de Bréeabarg et non pa» de Corneille Poelenbnrg.
desseins, m'a appris que Frédéric Brentel» de Strasbourg» est mort le jour de la Peutecoste, 18^ de may 1651, âgé de 71 ans.
BREU6HEL (pierre), de qui Sandrart a écrit la vie, et dont on a le portrait gravé par Gilles Sadeler, est celui que Ton nomme le vieux Breughel. Ilétoit disciple de Jerosme Dos, et non pas de Jerosme Gock, comme le dit Sandrart. Les vers latins de Lamp-onius,quisontau bas de son portrait (dans la suiltedes portraits des anciens peintres Flamands morts avant l'année 1572 qui fut mise au jour par la veuve de Jerosme Gock). en sont une preuve; les voicy :
Qui novus hic Hieronimus ort>i
Boscbius? ÎDgeniosa magistri
Somnia, peniculoque styloque
Tan ta imitarier arle peritus,
Ut sttperet tamea intérim etillum?etc.
J'ai vu chez M. Grozat deux desseins du vieux Breughel, que je crois faits en Italie. Ge sont des veues de montagnes des Alpes ; ils portent la date 1553, et pour les détails, ils sont supérieurement beaux. Je possède actuellement l'un et l'autre de ces desseins. Je connais un paysage, gravé à Rome par ce peintre avec la même date 1553. Le tableau du vieux Breughel, représentant la Tour de Babel, qui est à Vienne daus la galerie impériale, et dont Sandrart parle avec éloge es. de l'année 1563. Prenner l'a gravé. P. Breughel est mort en 1570.
L'on ne connoist pas le nom de la pluspart de ceux qui ont gravé les anciennes estampes d'après le Breughel. Vasari, qui en fait mention de quelques-unes dans la 3^ partie, à la page 315, dit formellement qu'elles sont gravées par Jerosme Gock. Gependant on voit au bas de certaines des marques de graveurs qui ne sont pas connueSi mais qui ne sont pas aussy
celle de Ck)ck, puisqu'il y a joint à presque toutes son nom a^ee le mot eœcud. qui signifie qu'il en étoit le marchand, et c'est, je crois, cette dernière opinion qui est la meilleure. Vasari s'est trompé, et sans doute que la méprise vient d'a- Yoir veu le nom de Gock au bas de chacque estampe ; car, dans la mesme page, un peu plus bas, il dit aussy que les Travaux d'Hercule et plusieurs autres estampes d'après Fr. Fions sont de Jerosme Gock; son nom y est comme marchand, mais qui ne scait que c'est Corn. Cort qui en est le graveur. — Pierre Breughel, qu'on nomme ordinairement le vieux Breughel, pour le distinguer de son fils, s'est rendu célèbre dans le milieu du seizième siècle, non-seulement par ses compositions burlesques et fantasques, mais encore par ses païsages qui sont de très-grande manière. Lorsqu'il avoit fait le voyage d'Italie, il s'étoit arrêté dans les Alpes, et y avoit dessiné des vues qui ordinairement embrassent de grandes étendues de pays ; on voit de ces païsages dessinés à la plume qui ne seroient pas désavoués du Titien. Le jeune Breughel, que l'on a surnommé de Velours, parce qu'il s'habilloit volontiers de cette étoffe, s'attacha comme son père à faire des paysages. Sa manière n'est pas si grande, mais il entre peutêtre encore dans de plus grands détails, tant sa touche est légère et expressive. Il n'est pas possible de pousser le terminé plus loin, et il ne faut pas croire qu'il ait pratiqué cette méthode dans ses seuls tableaux, il l'a pareillement observée dans ses desseins, qui sont eux mêmes autant de petits tableaux très-terminés. Il en a lait quelques uns à la plume, et il se servoit pour cela d'une plume extrêmement déliée; mais le plus souvent il les laisoil au pinceau, touchant avec du bistre les parties les plus voisines de la vue, et exprimant les lointains avec de l'indigo. L'on ne croit pas qu'il lût possible do rassembler ^un aussi grand nombre de beaux desseins d'un mattre, qu'il s'en trouve dans cette collection. Ils viennent presque tous de M. Jabach. (Gat. Grozat, p. 106.)
BRËUGHEL (je.\n), tlls Ju vieui Breugbel, apjieilé le jeune Breugliel, cl parmy les curieux le Breughel de Velours, s'altachoità pcinilœ de petits tableaux; l'on en voit où il a traitlé des sujets d'liii>toirc. L'a des plus bvaux , que j\'iye vu de ce geore, est présentement dans le cabinet du prince Eugène de Savoie à Vienne; il représente la procession des douze pu* celles qui se fait dans la place du Sablun à Bruxelles, suivant la fondation qui en a été laite par Tinfante Isabelle (1). Il s'y trouve un nombre prodigieux de figures qui sont peintes avec tout Tesprit qu'on peut désirer. Les testes en sont sy bien toiithées qu elles paroisscnt de Vandyck. Cependant les ouvrages qu'il réussissoit le mieux esloieiU les paysages, les animaux et les fleurs, qu'il faisoil d'une manière très-finie et très spirituelle mais un peu sèche, d'un pinceau très-léger et très-ferme. Rubens et plusieurs autres grands maistres n'ont pas dédaigné de travailler conjointement avec luy dans le mesme tabk'au, en y peignant les figures et luy le paysage. Il y a chez le Roy un excellent tableau sur la conclusion de 1a paix entre les archiducs souverains des Pays-Bas et les Etals généraux dont les figures princip)ales sont de Fourbus^ mais dont le tonds est peint avec bien plus de feu par Breughel(2]. Dans le temps qu'il estoit à Rome (ce devoit être en 1593, j'ai pris cette datte sur un dessin du Golisée fait par lui en aoust, le cardinal Frédéric Boromée eut occasion de le connoislre, et,
(i*) Le Musée de Bruxelles conserve un tableau de ce môme sujet pL'inl par Sallacrt.
(2) Ce superbe tableau, ainfti indiqué dans rinvenUiire fait par Bailly en 1709, qui esl conservé en manuscrit au Musée du Louvre, et dont la publication serait si utile, n*cst pas plus de Breughel que de Poorbus, mais de Vandervenoe dont il porte la signature avec la date 1616.
(*) Nos lecteuis ont ccTUinenient remarqué'que les notes J) des pages 183, i15, 17U, personnelles, par Inattrertence, b H. de MontaiglOB, devaient être exceptionnellement slgn4«s des InlUales A. M.
Le Directeur des ArthUu et de WKhtceAario de Mariette.
PB. M cmaïamnua».
pettdaot assez longtemps qu'il le pril à san service, il luj Ht peindre plusieurs petits tableaux, qui se conservent présentement dans la iHbliothèque Ambroisienne à Milan. U y en a quatre surtout qui sont des morceaux sans prix. Ce sont les quatre Élémens représentés par des animaux d'une infmilé d'espèces. Felibîen, I. % p. 236, dit qu'il mourut vers Tannée 1642. Corn, de Ke, après Van Mander, a écrit sa vie en flamand à la page 89 de son livre sur la peinture, et je croy que c'est ce que Sandrart a traduit. Van Mander dît que Jean Breughel avoit appris à peindre à détrempe chez sa grandmere, veuve de Pierre d'Alostqui est Pierre Kock, et qu'ensuite Pierre Goe Kindt \nj avoit enseigné à peindre à huile, qu'après avoir demeuré quelque temps à Cologne, il estoit venu en Italie, où il s'éloit rendu très- habile. Van Dick a gravé liiy mesrae son portrait (1). Gnle surnomma par raillerie Breughel de Velours parce qu'il estoit souvent vêtu de cette étoffe, et que ses habits eloient toujours magnifiques. Felibien, t. 2, p. 336. Ily a, dans le cabinet de l'Empereur h Vienne, quatre très-beaux tableaux des quatre Éléments, peints par Breughel. Je ne scais si ce sont des répétitions de ceux de Milan (2). Ils sont composés de la même manière et ont été gravés dans le Prodrome de cette galerie impe mis au Jour par Brenner (3).
(1) Cette planche, comme toute la suite connue sous le nom des cent portraits de Yan Dyck, a été récemment acquise de M. Van Harck, de Liège, par la chalcographie du Louvre, où l'on peut s'en procurer des épreuves. (N« 4,020 du noaveau catalogue.)
(à) Les tableaux de TAmbroisienne ont été à Pans sous l^Empire ; l'Eau et le Feu, réclamés en 1813, par le commissaire Rosa, ont été remis à H. Costa, commissaire autrichien; les deux autres sont restés au Louvre. Il en avait été apporté de Brunswick quatre autres, répétitions originales ou fines copies du temps, qui furent données au Musée de Lyon, par décision du 15 février 181 1 . Quoique réclamés par le commissaire Rosa, ils sont restés à Lyon; le Feo porte la signature BRVEGMEL.
(3) Francisci de Slampart et Antoni Josephi de Brenner Pro^ drociw Theatn pielunnini GmU Yi. Yiena»» 1739, fol. 40 morceaux.
BREUGHEL (nEEts), autre fib du vieux Breugbel, estoit disciple de Gilles Conincx-loo; il s'attacha dans la suiile à peindre des portraits ; il les a fait fort ressemblans, et s'est rendu célèbre dans cette partie de la peinture. Sandrart page 250. Van Dyck a au^si gravé le portrait de ce peintre (1). Je ne suis pourtant pas sur si c'est son portrait ou celuy de son père que Sandrart a gravé; il le faudra examiner (2).
BRIGI (FRANÇOIS), dit il Yalesio. Ge peintre, qui a été graveur, a cherché a imiter la manière simple de Louis Garra-* che, et Malvasia fait un grand éloge de ses desseins de païsages et de perspectives (Gat. Grozat p. 60.)
BRIL (Paul). Lorsque Paul Bril passa des Pais Bas en Italie» il étoit déjà un grand Peintre : le séjour de Rome améliora cependant encore sa manière ; elle devint dans cette ville la manière régnante. Get habile artiste avoit l'art de distinguer dans ses paisages les diiïérens plans avec beaucoup d'intelligence ; son feuiller, quoiqu'un peu lourd, est agréable ; ses sites sont riches. Il eut été peut-être seulement a désirer que ses ordonnances fussent moins composées, et qu'on y reconnût davantage la nature. On s'apperçoit aisément qu'elles sont d'invention, en ce qu'elles se ressemblent presque toutes. La réputation de Paul Bril s'accrut à un tel point, que non seulement on fut curieux de ses tableaux, mais qu'on voulut aussi avoir de ses desseins. Les principaux auteurs lui en demandèrent avec empressement, et voilà pourquoi l'on en trouve qui sont d'une si belle exécution; car, ne les faisant pas pour son étude particulière, il se donnoit tout le tems qu'il falloit pour les terminer avec soin. Il en a fait qui ne
(1] N« 4017 du second supplément au catalogue de la chalcographie.
(2) C'est à la planche marquée HH , et c^est le portrait de Jean Breughel.
in
le cèdeDt point, pour le fini, à ses tableaux les plus soignés ; et Ton en peut voir quelques uns de cette espÎMi^ dans cette ^ collection, qui sont à l'encre de la Chine sur du velin. H. JaiMtch s'étoit donné de grands soins pour recueillir la plus grande partie de ces précieux desseins, qui sont un des principaux ornements du cabinet de M. Crozat. — Un, dessiné à Rome en 1604, est un présent fait par Paul Bril à Paul de Halmale (1), son ami, célèbre curieux à Anvers. (Gat. Grozat. p. 108.)
BRIOSCHI (AKDRÉRiao), de Padoue, vivoit au commence*ment du seizième siècle, et Ton prise beaucoup le grand chandelier de bronze, iqui, fait pour porter le cierge pascbal, se voit à Padoue dans Téglise del Santo ; il est de bois sur un piédestal de marbre, qui, de même que le chandelier, est enrichi de quantité de sculptures travaillées avec grand soin. Il porte quinze pieds de haut, y compris le piédestal (2). L'artiste a reçu la sépulture dans l'église de St-Jean di Yerdara à Padoue et Ton y lit cette épitaphe : Andreœ Crispo Brioscho Pai. itatuario insigni^ ctgus opéra ad antiquorum laudem proxime aeceduni, in jprimis cmeum candelabrum^ quod in œde D. AnUh nii cemilury hcaredes pofuerunt. Vix. ann. LXil^ tnenses lil, dies m. obiil YIII d. Julii UDXXXIL Peleg. Memorie délia chiesa di S. Ânt: de Pad. p. 11. verso. N. B. le mol latin Crispuê répon a l'italien Jltccio. — André Riccio ; le Yasari en dit un mot à la fin de la vie d'Antonello de Messine et
(1) Son portrait fait partie de la suite des cent portraits de Van Dyck. (N* 4108 da cataloge de la chalcographie.)
{%) Voir Fra Valérie Polidoro, Memorie de la china del SantOj Venezia, 1590. Brioschl fat assez fier de son candélabre pour le rappeler sur la très-rare médaille qu'il a mvëe de lui-même. Cicognara Ta fait graver sur la même planche que le chandelier luimême, pi. XXXVI, et M. Lenormant ra donnée aussi dans son Trésor de Numismatique et de O^fptiquej médailles italiennes, 2« partie» pi. 38, n« 4.
dte rrec ék>ge les deux statues de maûnre d'Adam «i d'Eve qui se voient encoie dans le palais de S. Marc à V^se et qui sont en eflét deux morceaux qui ne aont pas à dédaigner (1). Le Guarienli a donné place à cet artiste dans sa nouyelle édition de l'Abdeeedario, mais il s'est trompé lourdedément en le faisant vivre dès i4M ; l'erreiir est donc visiUe et mérite d'être relevée (2).
BBOECK (CRispiN van), peintre des Pays-Bas, vivoit à Anvers vers le milieu du seizième siècle. Il est designé sur plusieurs plancfaies, gravées d'après ses desseins, par les premières lettres de son nom G. V. B. et quelquelois eUes sont amangées ainsi G^B.
BRONGHOBST (jean g. van), nacquit à Ulrecht en 1603. Il avoit appris le dessein chez des peintres sur verre, mais comme «^es maistres n'estoient pas assez habiles pour luy donner de bonnes instructions, il fallut qu'il travaillât par luy mesme, et qu'en étudiant avec assiduité il se fit une bonne manière de dessiner. Il y réussit et devint un très-bon peintre.
(1) Les éditeurs du Vasari de Florenee (in-12, t. IV, 1845, p. 82) font remarquer que ces deux slatues qui sont placées en £ftce de Fescalier des Géants, ne sont pas d'Andréa Riccio, mais d'Antonio Bizio, sculpteur de Vérone, comme ratlesie la signature Antonio AÛM), gravée sur le piédestal de TEve. A la fin de la vie du sculpteur padouan Vellano, dont Brioschi parait avoir été relève, les mêmes éditeurs du Vasari de Florence (IV, 112-3) ont mis sur le Brioschi une excellente note, dans laquelle ils indiquent beaucoup des sources qn on pourra y aller chercher.
(2) Il est bon de rappeler que nous possédons à Paris des basreliefs en bronze de Brioschi, arrangés en portes au fond de la salle des Cariatides et provenant du tombeau du médecin Jeronimo délia Torre , et pris sous Tempire à relise de San-Fermo de Vérone. Les éditeurs du Vasari de Florence leur doonenl pour sujet Thisloire d^Anémise et de Mausole ; nous ne pouvons ïj trouver, mais plutôt, avec M. Quatremére de Qutacy {journal des SavantSj déc. 1817, p. 2iJ() et M. de Clarac (Musée de sculpture ant. et raod., 1,
f 1.467 et pi. 47-50), rhistoîre aUègtnqueaieat traitée de JenHûmo ui-méme.
Inscription au bas de son portrait gravé par P. de Balliu pour J. Meyssens. Sandrart feit aussy mention de ce peintre à la page 3i2 de son livre des Vies des peintres. Il y dit entre autres choses que sa première profession avoit été celle de peindre sur verre, mais que dans la suilte il s'attacha à la peinture, dans laquelle il fit du progrès, ce qu'il dut à l'assiduité avec laquelle il avoit fréquenté leur académie (je croy qu'il veut parler de celle de Gérard Hundhorst établie à Utrecht dans laquelle Sandrart s'estoil formé). Il ajoute que Bronchorst gravoit aussy à l'eau forte avec succès, et qu'il eierçoit ces deux professions dans un âge avancé. Presque tout ce qu'il a gravé est d'après C. Poclenburch, qui vivoit pour lors ; il y a deux de ces pièces qui portent la dalle 1636 et toutles les autres, qui sont gravées dans la mesme manière, paroissent avoir été failles dans le mesme temps ; elles sont exécutées avec intelligence et assez bien dans la manière du peintre; sans estre trop finies, elles ne laissent pas de faire de l'effect , et ce qui est de nud est gravé assez de chair. Ou bien il y raettoit son nom tout au long» ou bien sa marque /. G. B. et quelquefois seulement /. G. fecit (1).
BROSSE (sALOMON de), excellent architecte françois^ qui vivoit au commencement du siècle dernier. Le Palais du Luxembourg et le Portail de Si Gervais à Paris sont deux de ses ouvrages, et capables seuls de l'immortaliser. C'etoit lui qui avoit bâti le Temple des calvinistes à Charenton. Il etoit de leur Religion. Les auteurs de la Description de Paris le nomment Jacques , mais je crois (|u'lIs se trompent, et j'aime mieux m'en rapporter à un morceau d'architeeture gravé sur les desseins de cet architecte et sur lequel il est nommé Salomon .
BRUAND (JACQUES) de Paris, architecte, a £ajlle portail de la
(1)yoir dans Bartsch^ IV, p. 55-70, le catalogae de Tœuvre gravé de Bronchorst.
maison des marchands drappiers(l). Il est mort avant l'année 1675. Il âvoil fait le modèle d'une maison que le s' Jabacli Youloit faire bâtir à Cologne, et qui a été gravée par Marot et insérée dans son vol. des b&limens in-4o.
BRUGES (jEAN de), peintre de Charles V, Roy de France, vivoit en 1371. J'ay veu de luy, à la teste d'une Bible historiaxix ou histoires Escolaires^ de la composition en latin de Pierre Comesiar Mss., traduite en François par Guyard des Moulins, une miniature où étoit représenté celui qui avoit fait faire le livre, offrant cet ouvrage au Roy Charles Y. En général le goût de dessein en estoit assez gothique, elle etoit peu coloriée, ce n'etoil proprement qu'un camayeu blanc et noir. J'en excepte les lestes, où la couleur de la chair etoit foiblement imitée, et c'est ce qu'il y avoit de mieux. Ces deux testes sont des portraits qui paroissent avoir été très ressemblans. Vis à vis de cette miniature il y a cette inscription, en lettres d'or, où l'on apprend le nom du peintre, qui devoit pour lors ôtre dans une grande réputation, puisqu'on le nomme à la teste d'un ouvrage qu'on dit avoir été fait avec beaucoup de dépense pour un Roy, que l'on scait avoir été un des plus curieux princes de son siècle.
Anno Domlni millesimo Trecentesimo septuagesimo Primo istud opus pictum fuit Ad preceptum ac honorem illustris Principis Karoli régis francie Etaiis sue trecesimo quinto et Regni sui oclavo; et Johannes De Brugis pictor régis predicti Fecit hanc picturam propria Sua manu.
(1) Elle était dans la rue des Dèchargeurs. (Piganiol, III, 96.)
Ce Hss. in-folio, qui est des plus curieux, est dans la Bibliothèque de H. l'abbé de RoOielin en 1739, — et présentement dans œlle de M. Gaignat. Ce Jean de Bruges est sans doute le même que Jean Van Eyck l'inventeur de la peinture à huile. (Dans une noie, deux lignes plus bas^ Mariette okserve: cela ne peut être, Jean Van Eyck n'est né qu'en 1370.) Une inscription françoise, à la fin du livre, apprend que celui qui avoit fait faire l'ouvrage se nommoit Vandelar et que c'est lui, qui est représenté dans la miniature qu'on trouve au commencement de l'ouvrage.
H. l'abbé de Rothelin, qui attribue la traduction de la Bible à Guyard des Moulins, a pu se tromper. Le Père Lelong et M. Lancelot, qui adopte son sentiment, assurent que la Bil)Ie qui fut présentée à Charles V parut vers l'année 1477 et croient l'ouvrage de Raoul de Preste (Mém. de FAcad. des Ins., 1. 13). Il y a une Bible historiaux beaucoup plus ancienne, puisque l'auteur dit dans sa préface l'avoir composée et achevée en 1294. Il se qualifie de Prestre et doyen du chapitre d'Aire en Artois. Reste à scavoir si c'est le même que Guyard des Moulins, c'est ce qu'il faut examiner.
Uune écriture postérieure :
— M. l'abbé de Rothelin ne se trompoit point. Son Mss. est réellement l'ouvrage de Guyard des Moulins, qui n'a rien de commun avec la traduction de la Bible en françois, faite par Raoul de Presles, dont parlent le P. Lelong et M. Lancelot, et qui est une simple traduction de la Bible; tandis -que Touvrage de G. des Moulins en est un commentaire et ce qu'on peut nommer une histoire de la BiKe.
— Celui, qui a présenté à Charles V la Bible historiaux Mss. de M. Gaignat, et qui fait beaucoup valoir dans une pièce de vers françois qu'on lit dans ce Mss. les peines qu'il s'est données et les all^ et venues qu'il a été obligé de faire pour faire venir à ehiefles hist. pourtraites qui enrichissent le Mss., s'y donne le nom de Jean Vandetar serviteur du Roy. Le peintre
its
qui se nommoît Jean de Bniges seioîlrîl te mAme persoDnage? non assureoieiil.
Jean Yandetar est eelui (pii prit soin de Teiecution de l'ouvrage et qui en fut ckargé par le Roi Charles V. 11 s'adressa povT œs miniatares au peioire leta de Bmge qui pre- Boit la qualité de peintre du Roi. U ne fout pas le confondre avec Jiean Van Eyckt natif de Brage, auquel on attribue la déoouverte de la peinture à huile. Ce dernier est posl^ieur de plusieurs années. Sa naissaBoeest de ISItt, Tannée mèine que le Mss. fut présenté à Charles V.
— Vers fnmçois qui se trouvent à la fin d'iui exemplaire de la Bible historiaux Mss. composé en françois par Guyard des Moulins, dans la Bibliothèque de M« Tabbé de Bothelin :
A V0U6 Charles Roy plain d^onnoar.
Qui de sapience la fl<Mir
Efites sur tous les rois du monde
Pour le grant bien qu*en vos babonde,
Présente et donne cestui livre
Et a génolz cy le vous livre
Jehan Yandetar vostre servant,
Qui est cy figuré devant»
Conques je ne vl en ma vie
Bible dystoires si garnie
B'iiQ€ main pourtraites et faites,
Pour lesquelles il en a falûas
Plnseurs allées et veanes
Soir et matin parmy les rues
Et maîBle pluye sur son chief
Ains qu'il en soi! venu a chief;
Si fu au prince sus nomé
Ce livre baille et donné
Par le dit Jeh. que je ne înente
L*an mil cccxii et soixante.
De bon cuer etvausist mil mars,
xzvin jonrs an mois de mars.
C'est dans cette même BiUe qoe se tfouve la mmiaUm dont il est fait mentioD et à c6té. L'oorrageest pacseiDé d'in» ânité de sujets peints en miniature et colocés à la difiérence de r«Ue qui est au commencement du Livre et qui, ainsi qm je Tay observé, n'est qu'en blanc et noir (1).
BBUSAFERRO (girolamo), peintre vénitien, qui, sli^faut croire le Guarienti, eloil vivant lorsqu'il faisoit mention de bii dans la n^^" édition de VAèecedario qui a paru en 1753. n en iait l'âoge, ei vante beaucoup k Jacilité avec laquelle il operoit L'auteur de la Desaripiion des ptintwreê de Venise qui a para en 1733 n'en dit qu'un mot, mais qai est fort à l'a-
(1) Dans le catalogue de la vente de Tabbé de Koibelin, faite en 1746, ce manuscrit est le n- 49 ou le n° 50 oui n'ont aucune description particulière. Dans le catalogue de la vente Gaignat, faite parDebure en 1766, il figure dans le premier volume sous le n<*48, avec les deux inscriptions (celle latine est iikdiqivèe en lettres d*or) et fut vendu 399 liv. 19 s. Dans Tintroduclion du premier volume de ses ducs de Bourgogne (p. XXII à la note), M. Delaborde, peut-être d'après la bibliothèque protypographique de M. Barrois, parle encore de ce manuscrit comms se trouvant en 1814 dans la bibliothèque de MM. Meerman. Il cite quelques vers de Tinscription en français, et la fin de rinscription latine, en paraissant Tindiqner comme se trouvant après Finscription française et de cette façon : « une autre main, peut-être plus moderne, a ajouté : Johannes de Bruges^ etc. » Itans le catalogue de U vente des manuscrits ée Meep* mann, faite en 1824 à la Haye, on trouve une Bible de Guyart des Moulins, qui n'est pas la nôtre, mais le n<> 60 de Gaignat et le n«8 de rinvenuire de U bibliothèque de Charles V, pvbliè par M. Vaa Praët en 1836 ; celle-ci, à laquelle Mariette fait allusion, p. 197, ligne 18, est traduite par Pierre le Mangeur, commencée en juin 1291 et finie en février 1294. M. ^laborde ajoute, en faisant remarquer qu'il ne s'agit pas de Van-Eyck : « Peul-on supposer que «Jehan Yandelar, nom corrompu pour Jean Van..., fut natif de « Bruges ainsi que d'avtres Vanéetar qui flerisMiit à cette èp»* «que? » Nous ne croyons pas qu'il faille faire un seul homine de Jean de Bruges et de Jehan Vandetar, et nous pensons plutôt qoLt celui qui fit faire ce livre et Toffrit à Charles V, est le lefaatt Vandetar. conseiller du roi et maître de la chambre des comptes^ mort en 1414, et dont on trouve rëpilaphe dans les recueils ma* MQserits de la BiUietiiëqiie royale (IV, p. U%, vi. de 9i. Merry).
ifantage du Peintre. Il fréquenta dans sa jeunesse l'école du cav Bambini, dont il suivit pendant quelque tems la manière. Dans la suite, il voulut adopter celle de Seb. Ricci, mais à la fin il s'en forma une qui lui fut particulière et qui tenoit cependant de l'une et de l'autre. M. Zanetti, le Bibliothécaire) de S. Marc, dans son Livre deUa Piiiura vtnez.^ p. 433, n'en dit pas davantage.
BRUNGHEL (Abraham). Après awir copié Variidt de FAUcidario, édition de Napien^ Mariette ajoute : J'ay vu à Paris deux tableaux de ce peintre , qui étoient touchés avec beaucoup d'art; il a un pinceau très-ferme. Dans une liste des peintres et autres artistes de l'Académie de Saint-Luc à Rome, depuis son établissement jusqu'en 1695 , il y est inscrit sous le nom d'Abraham Brugola avec la datte de sa réception qui estleSaoust 1670.
BRUYN (Nicolas de), d'Anvers. Je ne sais pas qu'aucun autheur ait fait mention de ce graveur, qui est pourtant un des meilleurs qui soit sorti des Pays-Bas. il y en a eu peu, qui ayenl gravé avec autant d'art et d'intelligence le paysage, surtout les lointains, et ce qu'il a fait d'animaux et d'oyseaux est louché fort mœlleusement. La belle estampe de l'âge d'or, qu'il grava en 1604 d'après Ab. Bloemaert, donne une idée de ce qu'il auroit pu faire s'il eut toujours gravé d'après de bons • maistres, et elle lait en mesme tems regretter que cet artiste ne se soit attaché à graver que quelques paysages de maistres flamands peu célèbres , ou bien ses propres desseins , dans lesquels , par un goût aussi mauvais que bizarre , il a voulu renouveler la manière antique de Lucas, dans le choix de ses drapperies, les habillemens de ses figures et mesme dans la disposition de ses sujets. Je trouve en examinant les dattes , qu'il a mises à presque toutes ses estampes, qu'il a dû commencer à en graver, du moins de celles où il a mis son nom,
en l'année 1594, et j'en remarque plusieurs avec cette datte. J'en trouve ensuite de l'année 1600 et des suivantes, et ce sont œlles qui sont les plus pariaittes. Elles ont été faites dans la vigueur de son Age et dans le tems de sa plus grande force; cela se soutient assez jusques en l'année 1621 , que sa manière commence à décliner, ce qui devient toujours plus sensible, plus cela va en avant; les pièces , gravées aux environs de 1635, sont d'un mauvais goût lourd et pesant; je trouve un vuide depuis cette année jusqu'en 1641, et je ne remarque aucune pièce avec une datte plus avancée que 1651 ; ce sera sans doute son dernier ouvrage , mais ce ne sera pas un de ceux qui luy aura fait le plus d'honneur ; car c'est un de ses plus mauvais.
Les trois plus célèbres pièces de son œuvre sont les trois loires ou festes d'après Daniel Yinckboons, soit par la quantité des figures, soit pour le soin avec lequel ils sont gravés ; il en est de mesme de plusieurs paysages qu'il a exécutés dans sa plus grande force sur des tableaux du Breugbel, de Savery et do Coninxloy.
Il est remarquable que les changements, faits après coup à quantité de ses estampes, ont été faits par lui-même. D'autres se trouvent, de secondes épreuves, avec le nom de Fr. de Wit. Après sa mort , ses planches restèrent la pluspart entre les mains de François van Buesecom, marchand à Amsterdam, qui etoit son gendre, ainsy que je l'apprends d'une lettre du temps ecritte a M. Langlois, dit Giartres, par un de ses correspondans d'Amsterdam.
L'on a mis, à la fin de ses œuvres, quelques pièces de Jean Londerseel disciple de N. de Bruyn (la plus grande partie des premiers ouvrages de N. de Bruyn ont été mis au jour par Assuérus van Londerseel); ce graveur n'avoit aucune liberté de burin, quoyqu'ilait fait pour chercher à imiter la manière de son maître, qui manioit le burin avec tant de facilité.
A la première des trois marques mises sous le iwméro 38 de
to phm^e Vie» monoffrmnmes mis àUi fm du père Orîandi, tfkniHte ajoute : Celle marque n'est point celle de Nicolas de Bniyn, comme le dit icy le P. Orlandi, mais celle d'un pein- Ire , dont j'ignore le nom , et d'après lequel N. de Bruyn a gmfé une adoration des Roys où se trouve la marque on question. Les deux autres marques suivantes sont mal figurées.
BRY { THEODORE de) le p^^o^ de LicGrc, Jean Théodore de Strasbourg et Jean Israël dcBry, frères, graveurs au burin et a Veau forte a la fm de 4500 et au commencement du siècle suivant. Comme il n'y a aucun auteur qui ait lait mention de ces graveurs , on ne peut avoir une nolion de ce qu'ils etoient qu'en examinant de près leurs ouvrages, et en y cherchant quelque partiiulai il(5 qui conduise à cette nolion. C'est ce que l'on a fait icy, et, par le portrait même de Th. de Bry Fon apprend qu'il esloît natif de Liège en 1528, puisqu'en 1597 qu'est gravé son portrait, il éloit âgé de 69 ans. C'est, ayant examiné les grands voyages, que j'ay découvert que Théodore de Bry, celui dont on a le portrait, est père de Jean Théodore et de Jean Israël; il mourut en Tannée 1598 le 2f7 mars. Ce Théodore eut pour enfans Jean Théodore, qui naquit à Strasbourg en 1561, et Jean Israël le plus jeune, qui sont certainement les deux frères» puisqu'ils s'appellent ainsi en plusieurs endroits de leurs ouvrages. Il est encore certain que Tltéodore éloit à Francfort en 1593, et je ne remarque aucune estampe de luy dans cette collection avec une datte antérieure ; je trouve des pièces de ce même Théodore gravées ou du moins publiées a Fram-fort en 1597 et d'autres publiées dans la même ville et dans la même année par les frères J. Th. et Jean Israël de Bry. Les manières du père et des enfans sont fort semblables; cependant il faut convenir que Jean Théodore est infiniment supérieur et de beaucoup plus habile que 901 père, le trouve des pièces de Jean Théodore ea 1605 à
Francfort et d'antres publiées à Oppenheim en 1613. Je remarque qu'il se qualifie à cette suite cms oppenheinheùnenêis quoiqu'il prenne à beaucoup d'autres le titre de citoyen de Francfort, et c'est que, pendant tout le temps qu'il demeura à Francfort, il prit la qualité de citoyen de cette ville, et qu'é* tant venu ensuite s'établir à Openheim , il prit de même la qualité de citoyen de cette dernière ville. Je remarque bien des suitles gravées conjointement par les deux frères, mais je n'ay veu aucune avec le nom séparé de Jean Israël , pas même aucune avec une marque qui luy fut particulière. Au reste ce que l'on a de meilleur de Jean Théodore Bry sont ses frises de danses et de marches de soldats , et sa foire de village d'après Sebold Beham , la Bacchanale d'après Jules Romam, TAge d'or d'après Bloemaert, l'assemblée de nobles vénitiens d'après Th. Bernard et Goltzius, le mariage de Rebecca de Balthasar Peruzzi , le triomphe de Jésus^hrist par Titien et les deux suittes d'emblèmes, que j'ay fort bien remarqué avoir été faittes pour servir de modèles à ces sortes de livre de gentilshommes allemands où ils font mention des gens quils ont connus. J'en ay un par devers moy peint en miniature, et j'enay veu plusieurs autres en Allemagne.
— La devise dont s'est servy Théodore de Bry est une fourmillière avec ces paroles : Nul tans soucy, de Bry.
— Voyez dans Sandrart , à l'article de la vie de Mérian, ce qui y est dit de Th. de Bry , dont Mérian avait épousé la fille ainee.
— Théodore de Bry est un de ceux qui a le mieux contrefait les médailles antiques. Les curieux connoissent celles dont il a fait les coins; elles sont, ainsi que celles de Padouan , considérées comme ce qu'il y a de plus parfait dans ces médailles fausses. M. Hardion m'en a fait voir quelques unes à Versailles dans le cabinet du Boy. J'ay aussy ouy dire qu'il ostoit orfèvre et je n'en doutte point
— Dôme de Th. de Bry de Uege, le père, né en 1398, sui-
20ft
vant rinscription autour de son portrait, œiat LXIX À^ 1597, placé a la tète des Antiquités Romaines de Boissard , une fourmy avec ces mots : Nul sans «oucy , de Bry suivie d'une pièce de vers à sa louange qu'il faudra copier. Le même portrait de Bry se retrouve à la deuxième partie avec une autre pièce de vers de Jeuc.iiniuFu^/Vûm/us c'est à dire Jean Adam Lonicerus , quil faudra encore copier; on y trouve le détail des ouvrages mis au jour par de Bry.
— J. J. Boissard avoit mis en ordre deux volumes de portraits d'hommes illustres accompagnés de vers de sa iaçon et (le dattes de la naissance et de la mort de chacun. Théodore de Bry, excellent graveur, père de Jean Théodore et de Jean Israël de Bry, avoit pris le soin de les faire dessiner, graver, et avoit fait la dépense pour les mettre au jour. C'étoit un amusement pour lui dans sa vieillesse, et, non content de ces deux premiers volumes, il entreprit de lui même et sans autre secours, d'ajouter cinquante portraits à ceux qui avoient déjà paru ; il les grava lui même et il étoit dans la résolution de pousser le travail le plus loin quil lui seroit possible, prévoyant qu'il ne pouvoit rien faire qui lui fit plus d'honneur; mais, comme il etoit dans le plus fort de ce travail, il mourut le 27 mars 1598 âgé de 70 ans, upituigmari'us. En mourant il chargea expressément ses deux fils de continuer sous son nom les ouvrages qu'il avoit commencés et, pour s'en acquitter, ils mirent en ordre le troisième volume desdits portraits qui en contiennent cinquante, et ils chaînèrent Teucridcs Annœus (Jean Adam) Lonicerus de Francfort, poète et médecin, leur amy, d'y ajouter des distiques latins, en un mot d'exécuter le plan même de Boissard. Si cet ouvrage réussit comme ils s'en flattent, ils en donneront la suitte et ne ménageront ni soins ni dépenses; (Il en fut donné en effet en 1599 la quatrième partie composée de cinquante portraits.) Cet avertissement est daté des calendes de septembre 1598; c'est de Francfort, car c'est dans cette ville que le livre a été mis au jour.
— 11 avoit éleyé un seigneur de la maison de Vienne ; voila pourquoy il fit graver dans la suitte les portraits de Louise et Nicole.de Vienne et son portrait par Nie. Lassœus.
BUIRET (JACQUES) auroit été un grand homme, s'il n'eût pas perdu la veue de si bonne heure. Tout aveugle qu'il estoit, il ne laissoit pas de donner son avis et de porter un jugement très juste sur les ouvrages de sculpture qui estoient présentés à l'Académie et cela par le seul toucher. Il mourut dans les Quinze Vingt de Paris, où le roi lui iaisoit une pension.
BUNEL. Le Portrait d'Henry IV® Roy de franco et de Navarre, dans un ovale, gravé en 1595 d'après François Bunel (par Carrache). Il a pris du soin a la graver et elle est très rare. Hmricus IIII Dei gratta Galliœ et Navarrœ reœ, œtat. 43, autour, et au bas : François Bund peintre en Paris 1595. Malvasia dit que cette petite planche fut bien payée au Garrache, et qu'il disoit que, si touttes ses pièces luy avoient valu autantquecellelà, il auroit pu vivre sans rien faire désormais. 11 faut pourtant avouer qu'il n'est pas trop ressemblant, et c'est peut-être ce qui fait sa rareté (1). La planche ayant été envoyée en France et celuy qui Tavoit fait faire n'en ayant été que foiblement content, il aura négligé d'en faire imprimer, au lieu que le portrait du même prince, gravé en 1592 par Goltzius d'après un tableau que je crois du même Bunel, fut fort recherché, parcequ'en effect il est bien plus ressemblant et plus propre* ment gravé (2).
BUONÂCCORSI. J.-G. guérissant un Paralytique de trente huit ans dans la Piscine probatique ; cet excellent clair obscur,
(1) No 147 de Fœuvre d'Augustin Garrache dans le tome XVin deBartsch.
{%) Voir sur Bunel V Histoire de BloU^ de Bemier.
qui esl de quatre couleurs, est un des plus parfûts qui i^ant été exécutés sur les desseins du Parmesan; il estasses difBcUe de dire quel eo est le graveur. — U ne s'y trouTe aucuns marque ; mon père veut que ce clair obscur soit du dessein de Parmesan, mais pour moi je ne puis me le persuader. U me paroist convenir beaucoup mieux à Perindel Vague. — Je suis comme asseuré qu'il a été gravé par Ugo de Carpi d'après Peiin del Vague. M. Vleughels, que jaj (xmsulté, m'a écrit de Borne, que c'étoit d'apiès un des tableaux à iresque qui sont peints avec un soininfi^y par Perin del Vaga dans le lamkms de la chapelle de la iamille Massimi a la Trinité du Mont ; c'est cette chapelle dont te plafond est peint par Juks Romain et le Fattor. C'est donc mal a propos qu'on donne l'invention de ce beau clair obscur au Patanesan»
BUONARROn (mcHEir-AmE). Midiel-Ange et Kaphael partagent la gloire d*aToir été les deux pins grands desinateurs qui ajent paru depuis le renouveHement des Arts. Si Fun est dans son dessein d'une sagesse et d'une simplieilé qui gagne le cœur, l'autre est fier et montre un fond de seience ou Ha* pbaël lui même n'a pas eu honte de puiser. Les caractères diiiérens de eesdeux grands hommes influoient sur leur goût. Raphaël, né voluptueux, saerifioit aux grâces, tandis que Michel-Ange, livré à la mélancolie, ne méditoit que des idées graves et set ères. Occupé presque toute sa vie à fiiire des dissections anatomiquesou k dessiner d'après le modèle, il étoît tellement familiarisé avec tous les ressorts qui font agir le corps humain, qu'il étoit devenu le mattre de ranger chaque muade à sa place, et de leur donner la forme que des »tuations variées ks oUigeoient de prendre. Sans cette connais*sance, eut-il jamais osé introduire dans ses ouvrages, et surtout dans son Jugement dernier, des figures, dont les attitudes n'avoient encore été tentées par ancun mattre? Ce n'est pas ici le lieu d'examiner si k décence y étrât g«dée ; je n'ai pour
bot, que de représenter Hicbel-Aiige comme le ptos terrSïle dessinateur qu'il y ait eu. On doit juger de Festîme, qu'il faisoit de la partie du dessein , par ce qui lui arrira lorsque le cardinal cfe Saint^ïeorge députa Ters lui pour saToîr sll étoit réellement rautéur d'une statue qui ayoït ét^ vendue pour antique ) cette éminence. Micfael-Angene fit autre chose que de prendre la plume, dessiner une main et la donner pour preuve de la vérité du fait. Ce dessein, d<mi il est fait mention dans la vie de cet artiste, se retrouve dans la collection de M. Crozat, avec quantité d'autres qui sont autant de preuves de son savoir. Les uns sont à la plume, qu'il manioit trèsbien, et ce sont ordinairement ceux qu'il a fhrt dans son premier tems ; les autres sont au crayon, et c'est ainsi que sont faites les études du Jugement dernier que j'ai vu 1 Florence* M. De la Noue et M. Jabach avoient reeueiRi la phis grande partie des desseins de Micbel-Ânge qui forment la ecflectioD de M. Crozat. (Cat. Crozat. p. .9.)
— La déesse Vénus étendue à terre sur un bout de drapperie ; elle prend une flèche dans le carquois de l'amour qui est près d'elle et qui lui donne un baiser ; plus loin sur la droite est une table sur laquelle est un vase rempli de fruits, d'où pend l'arc de l'amour et deux masques (1}. 11 est fait mention de ce dessein de Micbd-Ange dans la vie du Pontorme qu'a écrite le Yasarî et du tableau que fit d'après ce dessein le Prâtorme. Mieh. Ang. me. Mariim têùri txmi*^ avec ces deux vers latins: Sœr>a patres mimros etc. Assez mal exécutée au burin, je ne sais par qui. &» Httut; 8^0', travers*
— Hicbél-Ang^ Bonarotti, più tosto divino, fa da Ganossa sotto a Beggio, che pero figurava oeDa sua aime un cane cbe rode un osso. Nacque, mentre suo padce eni podesta di
(1) U eoneetkm du cMteav dlKmptoocovn potaède, tk natov mémoire noat teriMen, «■ grand tableau en kr^r ée celte c positioB.
Chiusi, corne anco afierma Raffaele Borgbini nella vita che fa de pittori ilP^ , 1562. 6. Borzani, nel Antiquar. Lepidi Regii; Ifs. nella Libreria Reale, p. 94 (t).
— Voyez la vie de Tribolo, par le Yasari, T. 2. pag. 400, et comparez le dessein, que j'ai (2), et qui a été fait par M. Ange pour les tombeaux des Médicis dans la sacristie de S.-Laurent, avec ce qui est dit, dans l'endroit cité, des deux statues, que devoit faire le Tribolo, et vous verrez que le premier projet de ces tombeaux étoit beaucoup plus étendu (et) considérable que ce qui a été exécuté depuis. La mort de CSément YH, qui avoit ordonné cet ouvrage, et le manque de fonds obligèrent dans la suite de le simplifier et de s'en tenir aux figures, qui étoient déjà faites. Pour cela il fallut imaginer une autre décoration, qui est celle qu'on voit aujourd'hui. Encor la chapelle ne fut-elle pas entièrement finie, puisque la façade, où dévoient être mises la Yierge au milieu d'un S. Gosme et d'un S. Damien, est-elle demeurée imparfaite (3).
Y. L'estampe, représentant St-Antoine battu par les démons, dont il est parlé en cet endroit, est mal a propos attribuée à Hartino d'Hollande. Yasari est plus correct, lors-
(1) Mariette n'avait pas copié entièrement ce passage ; nous avons recouru au manuscrit (n<* 10103) et le donnons entièrement.
(2) « Mon dessein pour le tombeau de Jules second a été gravé pour la nouvelle édition du Yasari, n écrit ailleurs Mariette. C'est Sien entendu l'édition de Bottari. Celle mauvaise gravure, faite par T. Piroli, se trouve p. 181 du tome VL
(3) Les notes qui suivent celles-ci ne sont point inédites; elles ont été imprimées en Italie à la suite de l'édition in-4» de la vie du Gondivi, publiée en 1746 par Gori, et une seconde fois dans la réimpression in-8'' de cette édition de 1746, faite en 1823 & Pise chez Niccolo Gapurro. Mais ces deux éditions sont devenues peu communes, bien que la seconde forme le 21' volume d'une collection de bons auteurs italiens non compris dans l'édition des classiques de Milan, et nous avons cru non-seulement utile, mais nécessaire, de les insérer dans cette publication. Les choses imprimées et bien connues, comme le Traité des pierres gravées^ la Fonte de la statue sur louis XV, ou la LeUre sur Léonard de Vinci, n'y ont que faire ; mais ces notes sur Michel-Ange ne sont pas dans le
qu'il appelle œ maitre Martino Tedesco ; mais, pour s'e]q[>liquer plus nettement, ilauroit fallu le nommer Martin Schœn. Ce peintre etoit Allemand et non pas HoUandois ; il a précédé Albert Durer, et celui-ci Ta pris pour modèle. L'on a un assez bon nombre d'estampes de lui, qui, quoique dans un goût très-gothique, sont touchées ayec tout l'art possible. 11 n'a mis son nom à aucune, mais seulement cette marque : M. f S. Le St-Antoine, qu'a copié Michel-Ange, est un des plus beaux ouvrages de Martin Schoen.
Le Gondivi accuse en cet endroit le Gliirlandaio d'avoir été jaloux des progrès subits qu'il voyoit lEedre au jeune Michel- Ange son disciple, ce que le Vasari a voulu réfuter, mais l'on pourroit ren\arquer que ce dernier s'y prend mal. 11 prouve bien que Michel-Ange fut mis en apprentissage chez le Ghirlandaio, que celui-ci s'engagea de le garder auprès de lui pendant trois années, et de lui payer vingt quatre florins en trois termes différents. Mais tout cela ne lave poini le Ghirlandaio, et il demeurera pour constant que le Gondivi a eu raison de le taxer d'envie. Si c'etoit sans fondement, Michel-Ange, sous les yeux duquel il écrivoit, auroit-il souffert qu'on eût mal parlé en sa présence d'un maître à qui il auroit eu de l'obligation, et que, pour mieux persuader, on se fût même autorisé de son témoignage. L'on voit par l'extrait du journal rapporté par le Vasarique M.-Ange ne fut pas seulement
même cas. Outre leur brièveté, ce sont réellement des notes comme, celles qui sont restées inédites, et que Mariette lui-môme ne destinait pas à rimpression , comme on le verra dans une note inédite que nous avons trouvée dans Texemplaire même de Mariette. Ne-
Sas les joindre à ce que nous publions eût été laisser presque ans Foubli — car à cause de la rareté du livre, elles ne sont pas connues comme elles devraient Tétre — une suite de notes très-importantes et si identiques de forme à ce que nous publions que nous ne croyons pas pouvoir ne pas les réunir à un ensemble dont eues font partie. — Les chiffres romains indiquent les paragraphes de la vie du Gondivi, auxquels se rapportent ces différentes observations. ^^
a» ea an^ntissi^ avec Dommkpie dd Ghirlaii(JlAio« mais encore atec David, frère de cet artiste. Apparenuneiit qu'Us IraTailIoifiDi tous deux eu sodéié dans U même boutique.
Vil. Je me souviens d'avoir vu dans la gaUerie du Grand- Due à FkmBce celle belle tèle de faune qui me parut non Touvrage d'un enfoni, mais odui d'un 'maître consommé dans son éii. Ette doit se trouver encore au même endroit et il serait bon de le dire et d'en marquer à peu près la grandeur, car autant qu'il m'en peut souvenir, elle n'est pas grande. L'on peut encore remarquer k cette occasion que ce fut la Tue de l'antique qui jeta Michel-Ange dans la sculpture et qui le détermina à suivre plutôt cet art que celui de la peinture k laqudle il eioit destiné.
Vill. Laurent de Medicis se plaisoit à iaire voir à Michd- Ange les pierresgravéeset les médailles, et le goût que Michel- Ange prit dès lors pour ces belles choses ne le quitta jamais. Il devint Lui-même dans la suite antiquaire. Goltzius le nomme dans la hste qui est à la fin de son Julius Oaesar et dans laquelle il fait une enumeratioo de tous les antiquaires qu'il avoit connus dans ses voyages. L'on voit au cabinet du Roi une eicellenle gravure antique, gravée sur une cornaline qui , si l'on en croit la tradition, a appartenu à Michel-Ange; du moins on ne lui donne pas d'autre nom que \fi cachet de Michel-Ange« Ge qui peut faire croire que cette tradition n'est pas sans fondement, c'est que, dans la voûte de la Chapelle Sixte, Michel-Ange, ayant à représenter Judith et la suivante, a employé l'idée de deux figures qui se trouvent représentées sur celle pierre; celle imilaUon n'est pas iaite en copiste, mais en homme d'esprit qui saisit le beau où il le rencontre, el qui sait se l'approprier. C'est ainsi que Raphaël en a usé en plusieurs occasions, sans qu'on l'ait pu accuser de plagiat. Ce cachet de Michel-Ange a élé donné par Monsieur Chéron. Monsieur Baudelot de l'académie de Belles-lettres en a publié une explication ; elle paraîtra de nouveau dans peu de temps
dans la suite des Pierres gratées du Rtri qoe je prépare ^i).
X. CSetle statue d'Beveole que Midiel-Ange fit peti <te temps «pi^ la mort de Laurent de Hedîcis, et que le Gondm et le Tasari disent aTOÎr été «Sfoyée en Pranœ à Franocns H^, par Jean-Batiste délia PaHa {commissionnaife de te Prince) ne se trouve point dans aucune des maisons Aoyales. On ne sait en Prance ce qu'elle esA devenue.
XVm. l£ Ciondivi rapporte à peu près de la même manière que le Vasari l*hisloire de 1* Amour qui (ut vendu pour antique au cardinal de 8. Georges , et je crois qu'il faut s*en tenir au récit du premier. Ainsi oe que dit Jean Jacques Boissard que œ fut une statue de Bacchus» qui fut vendue pour antique, paroit un conte ftiit à plaisir. Mais ce qui a été rapporté par M. de Thou, dans les mémoires de sa vie, au sujet de cette statue de l'amour, mérite quelque attention. Cet auteur rapporte oe qui lui avoit été dit à Mantoue en 157S par oeux qui lui avoient fait voir cette statue de Michel-Ange et qui im firent voir ensuite une autre statue antique du même sujet qui étoit pareillement conservée à Mantoue. Voici le passage en entier traduit du latin.
« Entre autres raretés qu'isabdle d'Est, grand'mère des € ducs de Mantoue, princesse d'un excellent esprit, avoit rangé a avec soin et avec ordre dans un cabinet magnifique, on ût « voir à M. de Thou une cbose digne d*admiralion« G'étoit un c Cupidon endormi fait en marbre par Michel-Ange Buonac roiti , cet homme célèbre qui de ses jours ar oit fait revivre « la peinture , la sculpture et l'architecture négligées depuis
(1) La collection des dessins du Louvre possède la copie à la atof aine que Boachardoii en fit pour Marietta. Ce dei^in, fort or* dinaire, fut cependant achelè à la vente de Marielle 780 liv., par Lempereur. Dans les dessins faits ponrle traité des pierres gravées (achetés 2812 liv. par Paillet et recédés pour 3000 liv. à Glerisseaa qui a dû les porter en Russie) il s'en trouvait seulement une contreépreuve, mat8> très belle, à ce qoe marque un catalogue annoié que noua avons aoua les yeax.
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« longtemps. De Thou et tous ceux qui raocompagnoient , « après avoir considéré ce chef d'œuvre avec grande atten- € lion, avouèrent qu'il étoit au dessus de toutes les louanges « qu'on lui donnoit. Quand on les eut laissés quelque temps c dans l'admiration , on leur fit voir un autre Gupidon qui « étoit enveloppé d'une étoffe de soie. Ce monument antique, « tel que nous le représentent tant d'ingénieuses épigrammes, « que la Grèce à l'envie fit autrefois à sa louange, étoit encore c plein de terre, il sembloit qu'il venoit d'en être tiré. Alors c toute la compagnie comparant l'un avec l'autre, eut honte c d'avoir jugé si avantageusement du premier , et convint « que l'anden paraissoit animé , et le nouveau un bloc de « marbre sans expression. Quelques personnes de la maison c assurèrent alors que Michel-Ange qui étoit plus sincère que c ne le sont ordinairement les grands artistes, avoit prié insc tamment la comtesse Isabelle, après qu'il lui eut fait préc sent de son Gupidon, et qu'il eut vu l'autre, qu'on ne mon- « trftt l'ancien que le dernier afin que les connoisseurs pusc sent juger en les voyant, de combien, en ces sortes d'ouvrac ges, les anciens l'emportent sur les modernes, b
Cet aveu de Michel-Ange lui lait honneur, mais qu'est devenue sa statue? C'est, ce me semble, ce qu'on ignore. Aurat-elle péri dans le sac de Mantoue?
M. Zanetti a fait graver dans son recueil une statue de l'amour endormi. Or , il est notoire qu'une bonne partie des statues de Mantoue a été transférée à Venise. Reste à savoir si la statue qu'il a fait graver vient de Mantoue , et si c'est la statue antique ou celle de Michel-Ange. Au reste je ne comprends pas la raison qui a fait supprimer au Yasari le fait de la Main dessinée par Michel-Ange et donnée par lui pour preuve que la statue du Gupidon étoit son ouvrage (1), puis-
Ci) c Ha egli non avendo che mostrare, prese una penna, (per« c cioehe in quel lempo il lapis non era in uso) et con ta] leggiadria
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que ce fait rapporté par le Goodivi est certain. M. Crozat avoit ce merveilleux dessin qu'il avoit acquis de M. Bourdaloue fameux curieux, et c'est peut être le plus beau dessin qu'il eut. Je l'ai acheté à la vente qui vient de se faire après la mort de M. Crozat, et je le conserverai précieusement toute ma vie (1). Car j'ose dire que personne n'est plus sensible que moi aux beautés que renferment les ouvrages du grand Michel-Ange. Avec ce dessin j'en ai acquis plusieurs autres du même mailre
« gli dipinse una mano, che ne reste stupefatto. » Condivi» (XYIII; (i) S'il est un dessin fameux, c^est celui de cette main de Michel- Ange ; lorsqu'il est question de donner un exemple de la hardiesse de son dessin, c*est celui-là qu*on choisit. Mariette en a parlé plus d*une fois et toujours dans les mêmes termes. On vient de voir ce qu'il en dit ; dans une lettre qu'il écrivait à Mgr Bottari (Lettere pittoriche, éd. de Ticozzi III, let. CCXXIV, p. S41), il lui disait : « lo a ho messo di i>arte una stampa délia famosa mano fattada Michel a Angelo, di cui io ho il disegno originale, intagliata dal siff. conte « di Caylus. Quesla e una stampa rara, perche non si sa che cosa « sia stato del rame, et per fortuna io ne aveva due prove, che io a partisco con voi col più gran piacere del monde. » Au milieu de ses notes de graveur, il écrivait : « Mon dessin de la main de Michel- « Ange gravé une première fois par M. de Ga^lus et une seconde a avec le chiffre et cetera^ qui est sur le dessin, pour la seconde « édition du Yasari. v Dans cette édition, où cette nouvelle gravure se trouve à la page 69 du VI* volume, Tannotateur s'étend de nouveau sur cette main : «^ Ho creduto non solo di fare cosa grata al « Lettore di inserirci il disegno di essa mano, dove e da notare, « che il Bonarroti alla fine délia medesima ha fatto un etc, volendo a dirci, credo io« che egli sapeva fare con quella profonda inteili* a genza, e con quella terribil bravura, quella mano, et ceterm^ cioe « tutto il resto, a cui si stendeva il suo sapere. Questo terribile e (c stupendo disei^io passo nelle mani del signer Bourdaloue, e poi « in quelle del sig. Crozat, e ora è possedute dal sig. Mariette, per a certesia del qnale n*è una stampa nella libreria Gorsini intagliata a dal sig. conte di Caylus, grande intelligente d'epi erudita anti* a chila e d'ogni beirarte. » De nos jours mêmes, le dessin, qui est conservé au Louvre, a été encore gravé une troisième fois pour l'histoire de Michel-Ange de M. Quatremére de Quincy.
Cependant rien n'est moins certain que l'authenticité du dessin» on peur mieux dire il est certain que, tout en étant très-beau, il n'est pas de Michel-Ange. Que nos lecteurs se rappellent cette main plus grande que nature dessinée sans doute avec une plume de roseau et avec un petit nombre de traiu larges et grossiers ; rien ne ressemble moins au faire de Michel- Ange, dont Mariette
«un eonsidéiaUes dont je tous ieiii d-iviès la descriptim^ le ne tous fais pas icî celle du dessia dé la Main, œ dessin a été gravé assez exaotemeiit par M« le comte de Gaylus, et j'ea ai eoToyé une épreuve à Monsieur le chevalier Gabburri, je compCoîs aocompagoer ces observations d'une semblable estampe. Mats la planche se trouve égarée.
Pour revenir encore à la statue du Gupidon, M. de Pilles dit 4|ue Michel-Ange avoii cassé un bras de celte statue^ afin que.
parlera tovt à Ilieiire d*ane manière aussi joste et aussi fine. Qae, dans la eireoostance rapportée par Condivi, Hichel-ADge ait des* •inè UM main, rien n'est plas acceptable et le fait peut être trèsvrai. Hais cela ne prouve nullement que le dessin de cette main, belle d'ailleurs, soil celui de Michel-Ange. C'est dans la réunion de ces deux choses tout à fait ëirangères que se trouve Terreur, die est bien plus ancienne que Harielie; et c'est là où est rexpli* eatton de son opinion. Le dessin était renommé depuis longtemps, e( si fameux, que, comme il était beau, il n'a pas pensé que Tat^ tribu tion n'en fût pas exacte et n'a pas douté de ce qui était nniversellemeni reconnu ; il a accepté l'erreur, il l'a répandue , mais ce n'est pas lui qui fa mise en circulaUon. Elle est d^autani plus singulière c^ue le dessin a tous les caractères de son véritable auteur, c'ent à dire, d'Annibal Carracbe. C'est, depuis longtemps, Topiaion des connaisseurs les plus sûrs et les plus sincères, et, depuis qu'elle s'est produite, elle a toujours été acceptée par ceux tpki aiment les opinions sérieuses et critiques; ceux-U, sans jnrer aveuglément sur les paroles du maître, n'en prennent pas poor cela du méprispour tes autres et de l'oiyucil pour eux-mêmes, parce qu'ils reconnaissent combien il est facile de se tromper. Une confirmation, pour ainsi dire incontestable, est venue depuis donner une nouvelle force à cette opinion ; c'est la présence de mains, d'un caractère tout à fait analogue, à ce point même que la fameuse main ne peut pas être d'un autre auteur, qui sont certaine* ment d'Anntbal Carrache, et dont l'une surtout, la plus semblable précisément, se trouve au revers d'une étude pour la galerie Far-» néae. Malgré la différence des matériaux, le style et la manière, surtout celle de ces hachures hardies et même un peu de pratique, sont exactement les mêmes. -—Pour en finir avec ce qui concerne ce dessin nous ajouterons que cet ei cetera^ où cet annotateur iutien voit tant de choses, et qui, malgré le dire de Marietle, ne se trouve pas sur la gravure faite par Piroli pour l'édition du Bottari, n'existe pas sur le dessin. Ce sont quelques traits insigntfianis, qui ne sont ni de la même encre ni de la même plume que la main ; car ils i — * très-fins et légers alors que ceux de la main ont quelque < * comme deux ou trois millimètres de large.
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npprochaDt im jour, comnie il le fit, le oxxrceaaqQ^il i voit, il eût de quoi ooDfaincrecein qui la croiroieot mliqpie; mais M. de Pilles ne dit point d'où il a tiré cette cirooaslÉDce, et je n'y ajoute aucune foi, non plus qu'à ce qu'a écrit le jésuite Wallius, que Michel ÀDge fit voir sur cette statue son nom qu'il y avoit gravé : iVûMeii iandem smm Ugn» mêcidpittm oiiendU (1).
XIX. Messer Jaoopo Galli glifece &re un Bacco di marmo. C'est le beau Bacchus qui est actuellement à Florence. La première vue de Micbd-Ânge, etoit apparemment d'y adjouter une Tigresse et une Pantère, car j'ai tes études que ce grand homme avoit fait à cet intention d'après nature, et l'on ne peut pas dire que c'est pour une autre statue, puisque sur la même feuille il y a une petite esquisse de son Bacchus (%)* Ses études sont à la plume, ainâ que tout ce que Michel- Ange a dessiné dans son premier temps. Dans une suite de dessins faits par Martin Hem^erk, peintre Hoilandois, pendant son séjour à Rome vers l'an 1536, lesquels contiennent des vues d'édifice, et principalement des éludes faites d'après des morceaux de sculpture, on en trouve un qui représente la vue de la CkNir de la maison des Galli à Rome, dans laquelle est placée, au milieu de plusieurs fragments et débris de sculptures antiques, la statue de Bacchus de Michel-Ange.
(1) Poemata, Antuerpioe, 1669, in Âdiocut. prosphonet, p. 115. Son passaf^e porte avec lui même sa condaranatico, el la preuve que c'est une broderie; car Wailius parle de bois, alors que la statue était de marbre.
(3) Noos ne pouvons donner aucun détail sur le prix ou les acquéreurs des aessins dont Mariette parie comme étant à lui, Ba- San ayant trouvé plus court de dire qu'il y en avait quarante feuilles. Un calalogae annoté noas donne quelque chose de plus que le total dtt lot vendu en tout 818 iiv. 1 '., c'est-à-dire un déUil des différents acquéreurs que nous reproduisons : 8 dessins, 151 Iiv., Tersan; 8 dessins, 96 liv., St-Uubert; 9 dessins, 51 Iiv., Sl-Hubert; 8 dessins, 93 Iiv., Guichard ; 1 dessin, 30 Iiv 1 », Larcher ; î dessins, «ai Iiv., Badel; d dtsiim, 106 Iiv. St-Uubert; 3 dessins, 136 Iiv., Lempereur.
Elle etoit alois exposée à l'air, et il ne paroit pas qu'on en eût grand soin, non plus que de toutes les autres sculptures qui etoient dans cette maison, la main droite de Baccbus qui tient une coupe déjà brisée ; il faut ou qu'on en ait fait depuis une autre ou qu'on ait rapporté l'ancienne. 11 yous est aisé de voir si celle main a été en efiet restaurée.
XX. Mal à propos le Gondivi et le Yasari nomment-ik le cardinal de S. Denis ou le cardinal de Rouen, celui qui fit fiadre à Michel-Ange la statue de la vierge de Pitié. Ce fut le cardinal Jean de la Grolaye de Yilliers, françois, abbé de S. Denis, créé cardinal en 1493, étant alors ambassadeur de Charles VllI auprès d'Alexandre VI. Ce cardinal mourut à Rome en 1499 ; et, comme il étoit abbé de S. Denis en France, on le nommoit communément le cardinal de S. Denis. Jamais il ne fut nommé cardinal de Rouen. C'étoitle cardinal d'Amboise, créé cardinal en 1498 qui étoit connu sous ce dernier nom-là. Il est de plus certain que ce fut le cardinal de la Grolaye qui, étant à Rome et ayant conçu le dessein d'orner la chapelle des Rois de France ou de S. Pétronille près de la sacristie dans l'ancienne Basilique de St-Pierre, fit faire à Michel- Ange cette belle statue, et la chapelle, où le cardinal avoit été inhumé, ayant été détruite lors de la nouvelle construction de S. Pierre, la statue a été rapportée sur l'autel de la chapelle des Chanoines où on la voit encore.
XXII. La statue colossale de David fut mise en place dans le mois de septembre de l'année 1504 (1), voyez l'Ammirato Ist. Fièrent, hoc anno. J'ai le dessein , ou première pensée, que M. Ange a faite pour cette admirable statue. Dans ce dessein David a sous le pied droit la tête de Goliath, ce qui lui lait lever la jambe, et par conséquent avancer le genou, mais il y a apparence que Michel-Ange a été obligé d'abandonner
(1) Corrigé par Mariette sur Fexemplaire delà Bibliothèquei à la place de 1604 répété par l'édition de 1833.
cette idée, qui paroit plus heureuse que celle qu'il a suivie, parles défauts ou manque de marbre. Sur la même feuille, où est cette figure, est une étude pour le bras droit du David, tel qu'il a été exécuté, et Ton y lit le nom de Uichel-Asge et ce commencement de vers écrit de sa main :
Bavicte cholla fromba E io choU 'archo Michel agnio, etc.
Le verso du même dessein est occupé par d'autres études pour un autre ouvrage, et Ton y lit encore écrit par Michel- Ange même :
Al dolce mormorar d*un fiamicello
Gh * adaggia di verd 'ombra un chiaro fonte.
Ces vers font la preuve de ce qu'on trouve écrit dans la vie de M. A. que, non-seulement il avoit du goût pour la poésie, mais qu'il en faisoit alors une partie de son occupation (1).
XXII. L'on ne connaît point en France la statue de bronze que le Soderini fit faire à Michel-Ange et qui y lut envoyée, à ce que dit le Condivi. Le Vasari dit que c'etoit un David, et le Condivi fait de cette dernière statue, et de celle qui fut exécutée en bronze, deux statues différentes (2).