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SIS

Jides D, suhrant queliich^Aiige a^oit dessem de rexéculer, «I toat à fait conforme an dcssdn onginal que j*ai de celle magnifique compostlion (1). Sur dia<pie &<«, car le UxDûbemà devoit être isolé, il deioit y airoir quatre figures d^esdares debout, qui auroient paru être enchaînés à des termes, audevant desquels ces statues auroient été placées, et à chaque extrémité de la façade, il j auroit eu, entre les statues d'esclaves, des niches, dans lesquelles auroient été les victoires ayant à leurs pieds des prisonniers attérés. Cet ordre devoit Tégoer dans toutes les quatre faces, et au-dessus d'une corniche qui auroit couronné cette décoration, Michel-Ange y auroit placé huit figures assises, deux sur chaque face, qui auroient représenté des prophètes et desTertiis. Le lioyse auroit été une des statues. EUes auroient accompagné le tombeau ou sarcofage du pape Jules second» qui auroit été au milieu de ces statues, et sur le tombeau se seroit élevée une grande piramide, dont le sommet se seroit terminé par une figure d'ange portant un globe. Telle est l'idée que Michel- Ange s'etoit proposé de suivre, suivant le dessin arrêté que j'ai dans ma cc^ection. n est lavé d'acquarelle sur un trait & la plume, et au verso H. A. a dessiné au crayon rouge d'après nature les mains et les bras de son Moyse dans différents aspects, pour s'en servir dans l'exécution.

J'ai aussi séparément le dessin de la figure d'ange portant un globe sur ses épaules, qui est d'une élégance merveilleuse, et le dessin d'une statue assise tenant un miroir, laqudle devoit représenter la Prudence : outre cela f ai une première pensée pour la statue de Mogrse peu difiéroite, ponr la Aispfh sition générale, de ce qui a été exécuté, et sur la même ffeuiUe, plusieurs petites esquisees pour les attitudes des figures d'esdaves. J'entre dans tous ces petits détails, pour faire connattie

(i)Voyexkaote^p.iM.

les soins que se doDnoit Hkbel-Aiige pour arriver an pomt de la perieetion dans ses ouvrages, et pcnir donner une idée de celui-ci qui ne subsiste point. Car, de toutes les figures qu'il avoit ébauchées ou adievées, il ne reste que le MoTse, une des victoires et deux esclaves. Toutes les statues qui entrent dans la composition du tombeau de Jules II, qui est dans l'église de S. Pierre aux liens à Rome, n'auroient point entré» si Ton excepte le Moyse « dans le premier tombeau. Quant à la statue de la Victoire, elle est à Florence, et vous en pouvez mieux parler que je ne pourrois faire. Le Yasari dit que ka deux statues d'esclaves furent envoyées par Robert Strom à François I , et qu'elles étoient de son temps à Cevan. H ianl lire Escoven qui est un château près de Paris bftti par le oi»nétaUe de Montmorency, à qui sans doute François I fit pf^ sent de ces deux statues. Il est certain qu'elles y ont été, dlea étoient placées dans des niches dans une des iaçades qui donnent sur la cour; on les voit ainsi placées dans une planche de Ducerceau ; mais présentement elles n'y sont plus. —J'ignore le temps qu'elles ont été déplacées pour être transférées au château de Richelieu en Poitou, bâti par le cardinal de ce nom, où ces deux fameuses statues attirent encore l'admiration des connoîsseurs qui vont visiter œite bdle maison (1).

(4) (Test certainement après la mort de Henry de Montmorenof» décapité à TonloQse, que ces statues passèrent entre les mams n cardinal de Richelieu. Tons ceux qui ont parlé de son chateaa de I\>iton ont parlé de ces deax statues. Desmarets (Promenaées éê^ chàêiaiê de RieheHeu) seulement en quelques vers :

Et ces BoUea eapltb TÎTaat dans la sculpture, Dont ran Vraie le sort» Tantre triste readore; En qui ses derniers coups Fart voulat réserver néfiant raveoir d*oser les achever.

La Fontaine, dans nae relation adressée à safemme deionvi iji^a en Limoiiri» en 1063, en ferlait aussi avee détail (Œuvres diverses et poésies deM. de Raucroix^ publiées parM.V^alekenaer, Ia3a,in4^ p. S5-a). L'mdicatîon qall donne de leur emptoceneat : « 0» lie

XXXI. Le Gondivi convient avec le Vasari que Hichd-Ange finit le carton pour la salle du grand conseil, lorsque, s'étant enfui de Rome , il se réfugia à Florence ; mais ce carton, que Michel- Ange avoit fait en concurrence de Léonard de Vinci, étoit déjà commencé avant que M. Ange allAt à Rome, où il fut appelé par Jules II vers l'an 1504. Le Vasari dit que Raphaël et plusieurs autres excellents peintres qu'il nomme étudièrent avec profit d'après ce carton , et cela peut être vrai à r^rd de Raphaël. Celui-ci étoit jeune, il étoit encore à Florence où il travailloit dans les principes de Pierre Perugin et Michel-Ange étoit déjà dans toute sa force. C'est donc en vain que le Bellori s'est efforcé de montrer que Raphaël ne devoit rien à Michel-Ange. Il est vrai que l'un et l'autre étoient nés deux hommes supérieurs; mais M. Ange est venu le premier, et c'auroit été une mauvaise vanité à Raphaël, dont il n'étoit pas capable, que de négliger d'étudier avec tous les autres

a placées en un Heu remarquable, c'est-à-dire à rentrée du grand deffré, Tun d*un côté du vestibule, Tautre de Tautre, » ne vaut pas ceUe que Ton trouve dans le livre de Vignier quelques années plus tard, en 1676 : « Sur le balcon qui est devant le dôme du grand escalier sont les deux esclaves de Michel-Ange. dNous faisons grâce à nos lecteurs des vers qui suivent. C'est ainsi en effet qu'on les voit dans les planches de Jean Marot, placées dans une niche de chaque côté d'une fenêtre ouvrant sur un balcon régnant au fond de la cour au-dessus de rentrée.

Au milieu du siècle suivant^ ces statues furent transportées à Paris par l'ordre du fameux duc de Richelieu, dans le jardin que terminait le pavillon qui s'appelle le Pavillon de Hanovre, et certainement après 1757, puisque c'est à cette époque seulement qu'il devint propriétaire de cet hôtel. Piganiol (Description de Paris, III, 134, éd. de 1765) nous dit la manière dont elles étaient disposées. Après une description de l'ensemble du parterre, à laquelle nous renvoyons, il continue : « Dans la partie du milieu qui tait le fond du parterre sont trois grandes niches en treillage élevées sur différents plans et couvertes en baldaquins avec plafonds en coupoles et campanes. (Quelque chose de sans doute assez analope aux trois baldaquins, qui à un moment furent construits à Versailles pour les trois groupes des bains d'Apollon, et qu'on connaît par les gravures, notamment par celle de Jean Risaud.) Dans ces trois niches sont placées trois statues qui sont d une grande perfection. Celle du

jeunes peintres de son temps d'après un ouvrage, qui, de l'aveu de tous, étoit supérieur à tout ce qui avoit encore paru. Le Condivi paroit ignorer comment ce merveilleux carton a péri, mais Yasari le raconte au long dans la vie du Baccio Bandinelli, et il en accuse ce sculpteur; mais, comme on sait qu'ils n'étoient pas amis , son témoignage peut être suspect. Si la chose eut été notoire, elle fut venue à la connoissance du Condivi. Quoiqu'il en soit , il seroit bon de rapporter en cet endroit ce passage de Vasari, qui fait à la vie de Michel- Ange et qu'on ne va pas chercher dans celle du Baccio. Ne trouveriez-vous pas encore à propos de remarquer qu'une partie de ce carton a été gravée par Augustin Vénitien, et une autre par Marc Antoine. L'estampe de ce dernier est connue sous le nom des Grimpeurs.

Papa Giulio avendo presso Bologna, etc. Ne seroit-il pas nécessaire de fixer l'année de cette conquête, qui est, ce me

milieu est on Bacchus dont la suavité des contours ne doute point de son antiquité : les deux autres que Ton assure être de la main de Michel-Anee, faites pour le tombeau de Jules II, sont fort supérieures à celles de Bacchus. De ces deux- ci, Tune, etc. »

Ce ne fut pas sa dernière étape avant la révolution , car voici ce que Ton trouve dans le tome IIl du Musée des Monuments français^ de Lenoir : « Après la mort du dernier maréchal de ce nom , « sa veuve les fit passer dans une maison qu'elle habitait, au « Roule, d'où elle se retira avant de leur donner une destination « définitive. Ces chefs-d'œuvre, ainsi abandonnés dans une écurie, « avec beaucoup d'autres morceaux parmi lesquels s'est trouvé le a beau Bacchus grec dont j'ai parlé plus haut, allaient être vendus a à des courtiers, lorsque j'arrivai à temps pour empêcher cette di- « lapidation (c'était en i 793). J'osai arrêter cette vente, et j'obtins « du commissaire du département la permission de faire enlever « en ma présence des monuments qui n'auraient jamais dû sortir « des mains du gouvernement. » (Voir aussi p. 327 et 38i de son Inventaire publié dans le tome Itl du Bulletin^ du Comité d^s monuments). Ils furent ensuite transportés au Muséum et ornèrent pendant l'Empire la petite cour du Musée, où ils étaien t placés sur les deux piédestaux qui portent maintenant des candélabres de bronze. Depuis ils ont été dans la première salle du Musée d'Angoulême, et se trouvent maintenant dans la salie italienne du beau musée des sculptures de la renaissance.

seoible 1506? S'il est vrai que Michel-ÀDge , comme le dit le Yasari, ait été 16 mois après la statue de Jules U qui fut jdacée au devant du portail de S. Petronoe » il n'a pu retourner (1) à Rome qu'en 1508 , qui est à peu près le tems que je fixe la venue de Raphaël à Rome. Ainsi Michel-Ange a du commencer les peintures de la chapelle Sixte , dans le même temps que Raphaël commencoit les peintures de la chambre de la Signature, et, comme ces deux ouvrages ne tiennent rien l'un de l'autre , ni pour la composition , ni pour le goût du dessin, il faut rejeter tout ce que dit le Yasari au désavantage de Raphaël, et s'en tenir au récit du Gondivi qui est plus simple et plus exact. Aussi, plus je lis cette vie, plus je suiscon* vaincu, que l'auteur l'écrivoit presque sousla <Ûctée de Michel- Ange. Il y règne un air de vérité que n'a point celle de Yasari.

XXXIX. Michel-Ange ne Ait pas le seul qui fut employé par le pape Léon X pour décorer la façade de S. Laurent à Florence. Julien de San Gallo fournit aussi plusieurs dessins. J*en ai trois ou quatre de cet architecte faits à cette occasion , et dont un porte la date de 1516, qui est le temps que Michel- Ange vint à Florence, pour y exécuter les ordres du Pape.

XLY. Le statue son quattro. 11 n'y en a, ce me semble, que deux, et, par la manière dont la chapelle est décorée, il ne pouvoit y en avoir davantage. 11 est pourtant vrai que le premier dessin de Michel-Ange étoit de placer deux tombeaux près l'un de l'autre dans chaque face , où il y en a présentement un (2). Je fais cette remarque, parce que j'ai un desrin original de Michel-Ange pour cette disposition qui n'a pas eu lieu; et qui en eflet n'etoit pas comparable à celle qu'il a exécutée.

(i) Corrigé par Mariette, sur Texemplaire de la Bibliothèque; au lieu (f arriver.

(3) Le Musée du Louvre possède deux dessins, faits sous la direction de Michel'Ange, où se trouve ce projet de deux tombeaux ; ils ont été f^vës en contre-partie par Caylus et Charles Goypel, et les planches se trouvent à la Chalcographie du Louvre (No* 142 et ii3 do nouveau livret).

2S< Tout le monde connoit rexcellence des statues qui ornent ce tombeau. J'ose dire qu'on ne peut aussi rien désirer de plus fini et de plus savant que les deux dessins que j'ai , et que Micbel-Ange a faits pour les statues d'homme qui accompagnent ce tombeau. J*ai aussi le dessin de la Vierge qui est d'une grande beauté. Il est trop fini , comme le sont presque toutes les études de Michel-Âoge (1). Je ne sache même aucun maître qui ait terminé davantage ses études. Quand il cherche quelque attitude, il jette avec impétuosité sur le papier ce que lui fournit son imagination. Il dessine alors à grands traits. Il devient en quelque façon créateur. Mais veut-il étudier la nature , pour la représenter ensuite avec vérité dans sa sculpture ou dans sa peinture? il suit toute une autre méthode. 11 caresse ce qu'il fait , il y met plus d'ouvrage. Son destin n'est plus une esquisse , c'est un morceau terminé , dans lequel aucun détail n'est omis, c'est la chair même ; aussi n'en falloit-il pas davantage à Michel-Ange pour modeler. J'ai plu* sieurs dessins, où l'on voit encore les repaires, ou différents points, que Michel-Ange y a mis, et qui sont autant d'indices que ses dessins lui ont servi pour modeler. La plus grande partie des dessins que je cite sont à la plume, et hachés dans le goût de la gravure. C'est la manière de dessiner la plus expressive, mais il faut aussi avouer que c'est la plus difficile. Que Ton fasse un iaux trait, l'on n'y peut plus revenir; au lieu qu'au crayon on est maitre d*efiacer et de corriger ; et c'est ce qui fait qu'on ne voit plus guère de peintres, qui dessinent dans la manière de Michel-Ange , comme on n'en voit

(1) Ce beau dessin, après les colleotions de Crozatet de Mariette, a passé dans celles de Claussin, de Dimsdale, de Thomas Lawrence, et de celle-ci dans celle du roi des Pays-Bas, à la vente duquel il a été acquis pour le musée du Louvre où il se trouve maintenant. 11 en avait été commencé un fac^-HmiU^ mais, comme Tarliste s'était servi de vernis mou pour faire Teau-forte, et n'avait pas été tout à fait content du résultat, la planche n'a pas été achevée*

plus aussi qui étudient comme lui l'anatomie. AvoiUilà fiiire une figure? il commençoit par en établir la carcasse, c'est à dire qu'il en dessinoit le squelette , et que» quand il étoit assuré de la situation que les mouvements de la figure faisoient prendre aux os principaux , alors il commençoit à les revêtir de leurs muscles et puis ensuite il couvroit ces muscles de chair; et qu'on ne dise pas que ce que j'avance ici est une pure fiction , je suis en état d'en donner la preuve ; j'ai plusieurs études de M.-Ânge pour sa statue du Christ de la Minerve, dans lesquelles on peut le suivre dans toutes ses opératims.

XLYI. 11 duc>a Alexandre molto l'odiava. Il me semble avoir lu dans l'oraison funèbre de Michel-Ange par le Yarchi, que cette haine etoit fondée sur les conseils violents qu'on imputoit à Michel-Ange d'avoir suggéré à l'État contre la maison des Médids. U seroit à propos que vous parcourussiez cette oraison funèbre, vous y trouveriez plusieurs traits dont vous pourriez faire usage dans vos notes*

XLVII. Le tableau de la Léda que Michel-Ange fit pour le duc de Ferrare, fut apporté en France, c'est une chose certaine, et il demeura à Fontainebleau jusqu'au règne de Louis XIII, que M. Desnoyers, alors ministre d'État le détruisit par principe de conscience. On dit qu'après l'avoir fort gâté, il donna ordre de le brûler; mais l'ordre ne fut pas exécuté, et j'ai vu reparoitre ce tableau il y a sept ou huit ans. Il est vrai qu'il etoit si iort endommagé qu'en une infinité d'endroits, il ne restoit que la toile; mais, à travers de ses ruines, on ne laissoit pas que de reconnoitre le travail d'un grand homme, et j'avance que je n'ai rien vu de Michel-Ange d'aussi bien peint. U sembloit que la vue (1] des ouvrages du Titien qu'il avoit vus à Ferrare, où son tableau devoit aller, l'excitoit à prendre un meilleur ton de couleur que celui qui lui etoit

(i) Corrigé en beauté^ dans Texemplaire de la Bibliothèque.

propre. Quoiqu'il en soit, j'ai vu restaurer le tableau par un oiédiocre peintre, et il est passé en Angleterre où il aura fait fortune.

Par rapport au tableau du Jugement dernier on a reproché deux choses à Michel-Ange, qu'il avoit blessé l'honnêteté en y introduisant une si prodigieuse quantité de figures nues dans toutes sortes d'attitudes , sans égard pour la sainteté du lieu ni des personnes, et qu'il n'etoit pas moins blâmable d'avoir mêlé le sacré avec le profane, en introduisant dans un sujet chrétien la barque de Caron et d'autres fictions empruntées du paganisme. A cela on peut répondre que pendant longtemps ce mélange monstrueux a eu lieu en Italie, témoin Dante, Pétrarque, l'Arioste, Sannazar. Michel-Ange est donc excusable de s'être donné, en peinture, une licence que tant de grands hommes se permettoient en poésie. On ne croit point pécher, quand on peut s'autoriser d'exemples reçus. Or Michel-Ange, en représentant son Caron, suivoit les idées de Dante, dont il etoit grand admirateur. Le génie prodigieux de ce grand poëte se retrouve pour ainsi dire dans le Jugement dernier de Michel-Ange. Quant au premier reproche, il est plus difficile d'excuser Michel-Ange. En tous pays, en tous temps, pour quelque motif que ce soit, il n'est pas permis de rien Daire qui puisse nuire aux mœurs, ni qui soit contraire à la religion. Et par conséquent M.-Ange est fort repréhensible d*avoir exposé tant de nudités à découvert, et surtout dans un lieu destiné au culte divin. Il vouloit montrer son savoir. Mais à quelles conditions^ Aussi délibéra-t-on dans la suite, de faire efiacer la peinture sous le pontificat de Paul IV, et, si on la laissa subsister, ce ne fut qu'au moyen de quelques draperies dont on fit couvrir les parties les plus ob&* cènes par un i>eintTe qui en acquit le nom de BragheUme (!]•

(i) Cefttt Daniel de Volterre, comme on le voit dans 8a vie par l«Vasari,

Un de c«ur, qui s'est le plus élevé contre Michel-Ange sur ce sujet, est Louis Doice dans son dialogue sur la peinture intitulé VAretino, Vous pouvez voir toutes les raisons qu'il met dans la bouche de l'Arétin. llauroitpu, ce me semble, choisir un auteur plus respectable.

Et d'ailleurs l'Arétin étoit lié d'amitié avec Michel-Ange, au point de lui avoir envoyé une idée pour le tableau du Jugement Dernier. Voyez sa lettre au Tome !«' de son Recueil de lettres, p. i54, et consultez aussi celles qui se trouvent au Tome II, p. 10, T. 111, p. B5, T. IV, p. 37. Ce sont autant de lettres adressées par l'Arétin à Michel-Ange qui écrivit de son côté à l'Arétin. Cette lettre de Michel-Ange est parmi Lb Leitere volgari^ imprimées à Venise en 1545* Lib. U, p. 40.

Voici un axiome de Michel -Ange qui mérite d'être conservé. Je l'ai tiré d'un livre que je citerai : « Soleva dire Michelce Agnolo Buonarroti, quelle sole figure esser buone, delli ff quali era cavata la fatica, cioè condotte con si grande arte, a che elle parevano cosc naturali e non di arlifizdo. »

J'ai un très-beau dessin de Michel-Ange assez singulier. C'est une tête d'un faune ou satyre vu de profil, et de grandeur presque naturelle, que Michel-Ange a dessiné à la plume, avec tout l'art et la science dont il étoit capable-, sur une autre têle de femme au crayon rouge, qui avoil été dessinée précédemment sur le même papier par un pauvre ignorant, peut-être le fameux Menighella de Valdamo, dont parle Vasari. On voit encore paroitre au travers du beau travail de Michel-Ange cette tête de femme au crayon rouge qui étoit aussi de profil, et il y a apparence que celui qui l'aura faite, étant venu demander à Michel-Ange qu'il la lui corrigeai, celui-ci, pour se réjouir, transforma la têle de femme en une têle de faune, parce qu'eflectivcment l'autre étoit si mauvaise qu'il n'eloit pas possible de l'améliorer en y ajoutant seulement quelques traits. Peut-être aussi que Michel-Ange se sera réjoui ainsi aux dépens de quelqu'un de ses condisciples, qui

travailloient en dépit de Minerve ; car, examinant la manœuvre du dessein, je trouve que le maniement de la plume tient beaucoup de la manière de Michel-Ange dans sa jeunesse. Il arrangeoit alors ses tailles avec plus de soin, son dessin imitoit davantage la gravure que lorsqu'il fut parvenu à un âge plus mûr. Quoi qu'il en soit, ce badinage dé Michel-Ange est une chose curieuse (1).

Comme vous m'avez fait dire que vous seriez bien aise de savoir quels étoient mes principaux dessins de Michel-Ange, en voici encore un qui vient originairement du cabinet de Moselli de Vérone, et qui est curieux par l'inscription qu'on y lit. C'est une première esquisse à la pierre noire de la chute de Phaéton, mais qui ne diffère en rien du dessin arrêté qui fut fait par Michel-Ange pour son ami Thomas de Gavallieri. Michel-Ange, avant que de faire un dessin plus arrêté, leur envoya celle esquisse : <r Ser Tomasso, se questo schizzo non « vi piace, ditelo a Orbin (2), a cio ch'io abbi tempo da aveme

a falto un allro come vi promesi, e si vi piace, e vogliale

a ch'io la flnisca. » Je ne puis lire les lacunes où j'ai mis des points.

On trouve dans les annotations de Biaise de Vigenere sur les images ou tableaux de Philostrate un endroit qui regarde Michel-Ange et que je vais copier.

Après avoir discuté laquelle de la peinture ou de la sculpture doit avoir de la prééminence, et avoir prononcé en faveur de la dernière, Vigenere ajoute : « A ce propos, je puis a dire avoir vu Michel-Ange, bien que âgé de plus de soixante

(1) Il est presque inutile de dire que ce merveilleux dessin est conservé au Musée du Louvre.

(2) Il n'est pas besoin de rappeler qu'Urbino était le fidèle serviteur de Hichel-Ange; tout le monde connaît Tadmirable lettre où il a écrit la mort aUrbino au Yasari; il n\ a aucune autre lettre qu'on puisse mettre à côté de celle-là, celle de Poussin à M. de Ghanteloup, pour lui recommander sa famille après sa mort.

a aos, et encore non des plus robustes, abattre plus d^écailles «r d'un très-dur marbre en un quart d'heure, que trois jeunes cf tailleurs de pierre n'eussent pu iaire en trois ou quatre, <c chose presque incroyable pour qui ne le verroit, et il y a alloit d'une telle impétuosité et furie que je pensois que « tout l'ouvrage dût aller en pièces, abattant par terre d'un « seul coup de gros morceaux de trois ou quatre doigts d'é- « paisseur, si rie à rie de sa marque que, s'il eut passé outre « tant soit peu qu'il ne falloit, il y avoit danger de perdre a tout, parce que cela ne se peut plus réparer après, ni répa* a rer comme les images d'argille ou de stuc. »

Je me souviens d'avoir vu, dans une des chambres de la gallerie de Florence, un petit modèle en cire d'une grande beauté, que Michel-Ange avoit fait pour montrer comment il s'y seroit pris, s'il avoit été chargé du soin de restaurer le fameux Torse du Belvédère qu'il regardoit comme la première statue qui fut à Rome. Autant que je puis m'en souvenir, ce petit modèle représentoit un Hercule se reposant de ses travaux (1) : ne trouveriez-vous pas à propos d'en faire mention dans une de vos notes? Vous conserveriez la mémoire d'un ouvrage qui fera toujours inOniment d'honneur à Michel- Ange. Vous êtes à portée d'en pouvoir faire une description exacte.

Vous ferez bien aussi de critiquer le Yasari dans les fautes où il est tombé en parlant de Michel-Ange, et de relever ses méprises (2) et ses contradictions. Par exemple, dans la vie de Michel-Ange, il dit que ce fut Bramante qui suggéra au pape de faire peindre la voûte de la chapelle Sixte, et, dans la vie de San Gallo , c'est cet architecte qui, ami de Michel- Ange, en-

(l) Voyez plus haut Tarlicle d'Apollonias, p. 27-8.

(H) Corrige par Hariette qui avait trouve sur son exemplaire mépris, ce qui dut être corrigé dans la suite du tirage, car Tëdition de 1923 n'a pas cette mauvaise leçon.

gage le Pape à le faire venir à Florence pour cet ouvrage, tandis que Raphaël étoit occupé à peindre les chambres, etc. Dans cette même vie, c'est encore le San Gallo qui conseille à Jules second de faire faire la statue par Michel-Ange, pour placer à Bologne. Cet endroit de la vie de San Gallo mérite d'être lu.

11 me semble que le Condivi ne parle point du Christ de pitié sur les genoux de la S. Vierge, accompagnée de deux anges, qui est dans la chapelle Strozzi dans l'église de S. André délia Yalle à Rome; c'est cependant, à ce qu'il me semble, un des principaux ouvrages de Michel- Ange (1).

Voici les seuls tableaux de Michel-Ange qu'on connoisse en France :

Chez le Roi : la Sainte Vierge tenant Teniant Jésus, accom* pagnée de S. Joseph, demi-figure de grandeur naturelle. Le tableau a trois pieds de haut sur deux pieds cinq pouces, mais il n'est pas certain qu'il soit original (2).

Chez M. le duc d'Orléans, il s'en trouve quatre, sçavoir :

Une Descente de croix; — la Prière de J.-G. au Jardin des oliviers; — Ganymède ; — une Vierge. — Je crois inutile de

(1) Unemaiu que nous ne connaissons pas a écrit ici sur Texemplaire de Mariette : « Mariette confond ici un moule de Touvrage « (le Michel-Ange en bronze avec Toriginal en marbre, qui est et ce gui a toujours été à Sl-Pierre. »

(2) Dans rinventaire des tableaux fait par Baiiiy en 1709 et qu*il serait important de publier, on le trouve ainsi décrit (p. 12) : « Un tableau estimé de Michel-Ange représentant la Sainte Vierge, tenant Tenfant Jésus, accompagnez de St-Joseph, figures comme nature, ayant de hauteur trois pieds sur deux pieds cinq pouces de large, dans sa bordure dorée. » Il était jalors à Versailles dans le cabinet des tableaux. Lepicié en parle dans son ouvrage imprimé (1, 30) : <c II représente la Vierge debout, que Tenfant Jésus embrasse, et St-Joseph, qui regarde avec respect cette action. Il faut encore convenir que les carnations donnent trop dans la couleur de brique pour les chairs, et dans le noir pour les ombres. » En 1780, le Catalogue de Durameau en constate encore Texistence à la surintendance de Versailles; mais depuis ce moment on en perd complètement la trace.

VOUS en faire la description qui Ta déjà été dans le livre inli* tulé : Dêteripiion de$ tMeaux du Palaii-^Rayàl (i) où vous la trouverez.

Le meilleur et le plus authentique de ces quatre tableaux est, selon moi, le Ganymëde, et c'est peut-^tre le seul tableau de Michel-Ange que nous ayons en France (2).

Nous devrions y avoir plusieurs de ses modèles, puisqu'il est marqué dans la vie de ce grand homme que le Mini, son disciple, apporta en France quantité de modèles et de dessins, dont son mattre lui avoit fait présent. Mais malheureusement ces modèles ont été apportés chez nous dans des temps de trouble, ce qui, joint à leur fragilité, ne laisse aucun lieu-de douter qu'ils ont péri, car on n'en connoit aucun dans les cabinets de nos curieux. M. Crozat, qui avoit formé une si belle suite de modèles dos habiles sculpteurs, n'en possédoit qu'un seul de Michcl«-Ange, mais il ne l'avoit pas trouvé en France; il l'avoit rapporté de Rome où il l'avoit acheté fort cher d'un particulier, qu'il me semble lui avoir ouï nommer un apoticaire. Et peut-^tre est-ce le Borioni, lequel, en lui vendant ce morceau singulier, avoit témoigné le plus sensible regret. C'est une figure d'un Christ mort, éleodu par terre; ce n'est, au reste, qu'une esquisse, et cependant c'est une des plus excellentes choses de Michel-Ange. Ce modèle est resté entre les mains de l'héritier de M. Crozat, à qui il a été légué avec tous les tableaux et les sculptures.

Quant aux dessins de Michel-Ange, H. Crozat possédoit presque tous ceux qui étoient en France. Il n'y en a que cinq ou six de bons dans la collection du Roi. La plus grande par-

(1) C'est le livre de Dubois de Saint- Gelais, 1 vol. in-tS, 17.

(i) Buchanan, Memoir of painlings^ détaillant les tableaux de la colleclion d'Orléans qui passèrent en Angleterre, ne parle que du second et du quatrième. Le Jardin des Oliviers a fait partie de la collection de M. Henry Hope, après la vente duquel il paraît avoir passé en Allemagne.

lie de ceux de M. Crozat venoU de M. Jabach, qui les avoit eus lui-même de M. Delanoue, excellent curieux. M. Crozat comptoit avoir 120 dessins de Michel-Ange; mais il en avoit un grand nombre parmi qui n'étoient que des copies, ou qui n'étoient que des croquis peu considérables. Je crois que les vrais et bons dessins de Michel-Ange de sa collection pouvoi«at se réduire à une cinquantaine au plus, mais c'est encore beaucoup, vu la rareté de ces dessins. Je crois avoir fait choix des meilleurs qui sont au nombre de 36. J*ai fait mention des principaux dans le cours de ces remarques.

Outre ce que le Vasari a écrit sur le sujet de Michel-Ange, il seroit bon encore que vous prissiez la peine de lire ce qui se trouve dans la Description de Véglisede S. Pierre de Rame du Bonani (1). Ces deux auteurs peuvent beaucoup vous aider à suppléer à ce qui peut avoir été omis par le Condivi, et de cette laçon, vous faire une vie complète.

Je ne doute point que vous ne fassiez tout ce qui dépend de vous pour avoir communication des dessins que M. le sénateur Buonarotti avoit recueillis. 11 y en avoit, à ce qu'on assure, de fort singuliers, et je crois avoir ouï dire à M. le sénateur Buonarotti lui-même, qu'il avoit recueilli quelques lettres et autres écrits de son habile ancêtre. L'histoire de toutes ces curiosités doit nécessairement avoir sa place dans votre ouvrage.

Le fameux bas-relief du combat des Centaures est-il tou* jours dans la maison de Messieurs Buonarotti? C'est de quoi

(1) Templi vaticanihistoria a pâtre PhiUppo Bonani societati$Je$u^ Romœ, 1696. Et iterum Anno Magniiubilœiy 1700, io-f» de 218 pages, avec 86 planches, excellent livre où se trouvent décrits et gravés, non-seulement ce qui a été exécuté, mais tous les projets successifs. Quant à ce qui concerne la part aa*y a eu Michel-Ange, on 1>eut voir aussi Touvraçe suivant consulté par le Bonani : Libro de *architectura di San-Pictro del Vaticano, finito col disegno di Michel-Angelo Bonarolo, etc., da Martino Ferabosco. Roma, 1620, in-r*, con tav. 33.

je Yous exhorte à vous ioformer et à en donner une desrription plus exacte que celle qui se trouve dans les auteurs qui ont Âïrit sa vie. C'est le premier morceau de réputation qu'il ait &it, et par conséquent celui qui mérite davantage qu'on en conserve la mémoire.

Il seroit bon aussi que vous fissiez une description de cette chambre ornée de peintures, consacrée chez MrsBuonarotti à la mémoire de Michel-Ange.

Enfin, Monsieur, je n'ai rien à vous dire sur toutes les recherches qu'il est à propos que vous lassiez pour faire de TOtre livre un livre neuf et intéressant. Vous en connaissez mieux que moi toute l'importance et vous devez d'ailleurs y être fortement engagé par la gloire qui en revient à votre patrie; car, en relevant le mérite de Michel-Ânge, un des hommes les plus singuliers qui soient sortis de Florence, vous faites ainsi, Monsieur, l'éloge de cette ville.

J'ai trouvé des gens qui étoient dans le préjugé que Michel- Ange, pour contrecarrer Raphaël , avoit fait le dessin du tableau de la Résurrection de Lazare que fra Sébastien avoit été chargé de peindre pour être rois à Narbonne dans la même église où devoit être placé le tableau de la Transfiguration de Raphaël ; mais le Vasari dit seulement que Michel- Ange fit les dessins pour quelques parties de ce tableau, et assurément, quand on l'a vu, on est bien persuadé qu'il n'est point l'auteur de l'ordonnance générale. Ce n'est point sa manière de composer. Le tableau est assez bien peint, mais jamais il ne peut être mis en parallèle avec celui de Raphaël ; l'un est l'ouvrage d'un ange, et l'autre d'un simple homme (1).

(1) On sait que ce tableau fut donne à la cathédrale de Narbonne par le cardinal de llèdicis,qui ètail archevêque de cette ville, à la place de la Transfiguration qui resta en Italie. Au commencement du 17« siècle Ricnelieu voulut l'avoir; Montreuil, qui nous

Lm notet iuivantei^ qui sont inédUes, ont été ajoutées par Mariette tur t exemplaire qui lui fut envoyé et qui est conserté fnaintenant au département des imprimés de la Bibliathèque du Roi. Il nous a été communiqué par TMigeance de Jlf . Aa-

M. Gori avance dans sa préface (fol. 9) que le portrait de Hicbel-Ânge» qu'il a mis à la tête de la vie de ce grand artiste, dont il^onne une nouvelle édition, a été gravé sur le dessein de Jules Romain ; c'est une erreur, que M. Gori a rereconnue parla suite. Ce portrait a été gravé par Jules Bonasone. Son nom lYUO BF se lit au bas de la planche ; il est vrai que le B est coupé par un trait qui semble en faire un R , et c'est ce qui a induit en erreur M. Gori ; il a lu Jules Romain au lieu de Jules Bonasone : une légère connaissance des estampes l'auroit cependant empêché de tomber dans cette faute.

M. Gori se trompe encore, lorsqu'en rendant compte dans la préface des additions qui enrichissent son édition, il me iait l'honneur à la page xvn de m'assigner la qualité de peintre. Elle ne m'appartient pas ; je me contente de celle de libraire et d'amateur (1). Autre négligence; je me nomme Pierre^Jean et il ne me nomme que Pierre. Tout cela vient de ce qu'il m'a fait imprimer sans me consulter ; et c'est de quoi j'aurois à me plaindre. Ce n'est pas que je désavoue ce que

rapprend dans uneleiire à M"* de Hautefort, dit qa*U en offrit en vain 40,000 èeiu. Le régent fut plus henreox, il Faut pour 24,000 livres. A la dispersion de la galerie d'Orléans, il fut acheté 3,500 ffninées par M. Ahgersiein; qoand la Transfiguration était an Louvre, le gouvernement français en offrit « dit-on, i0,000 livres sterling. M. Beckford, propriétaire de Fontbill-Abbey , en offrit i 5,000 guinées. Mais M. Angerstein le garda, et il forma avec ses autres tableaux le noyau de la Vaiional Gallery de Londres, dont il reste un des morceaux importants.

(1) A Tendroit de la préface où Ton trouve imprimé un si eeUbre (Upintore^ Mariette a laissé la première syllabe di, effacé le reste et écrit au-dessus de sa plus fine et de sa plus charmante écriture lettante^ en respectant le ceUàre qui précède.

j'ai écrit. Je ne crois pas m'ètre trompé dans la discus^on des laits que j'ai rapportés; mais, si j'eusse pensé qu'on dût rendre publiques ces observations que m'avoit demandées M. le Chevalier Gabburri, peut-être n'y aurois-je rien changé pour le fonds; je les aurois seulement pu étendre davantage et je les aurois au moins travaillées avec plus de soin. Elles n'y auroient que gagné et elles m'auroient fait plus d'honneur (1).

— Au bai du portrait^ MarUtU a écrit :

Michel, più cbe inortale, Aogel divine.

Cosi nominè il Buonarroti, il Menzini, o più tosto l'Âriosto.

— M. l'abbé Antoine-Marie Salvini, consulté par M. Apostolo Zeno sur le rapport entre un nom propre italien et ce même nom grécizé, interpretoit ainsi le nom de la ftimille Buonamioto. Buonarruoto vale buona giunta, o bene aggiuntato, dal verbo arrogere, il quale ha pochi et quasi niun tempo uomo che bene si aj^inge, dove è il bisogno. Dissertaz. Vossian. del Zeno, Tom. u, p. 323

B1X)NG0R1 (qk) : battista), peintre romain, né en 1640, commença à apprendre à dessiner sous Piètre de Cortonne, et, étant ensuite allé à Venise, il y étudia les ouvrages de Paul Veronese. Depuis, étant de retour à Rome, il entra chez le Mole et y perfectionna entièrement sa manière, s'attachant scrupuleusement à imiter la nature. On trouve plusieurs de ses ouvrages dans les Eglises de Rome. Il reussissoit aussi à peindre des veûes et des paysages. Le cardinal Rospigliosi, qui

(1) Il n'y a pas à se plaindre de ce qu'elles aient éié imprimées, car sans cela nous les eussions perdues; mais elles Tont été d'une fa^n sinaulière, surtout toute cette série de questions sans ré^ penses, alors qu'il eût été si facile à Gori de les faire et de la ma<niëre la plus précise.

%t5 le coDsideroit» autant pour sou habileté que pour son excellent caractère, lui avoit donné un logement dans son palais, où il mourut en 1701, élant pour lors Prince de l'Académie de St-Luc (1). Il se plaisoit à enseigner aux jeunes gens, qu'il aimoit comme ses propres enfans, et il a tenu pendant toute sa vie une académie. [MSS. de Pio. L'inscription au bas de son portrait, que M. Grozat avoit parmi ses desseins, le fait natif d*Aêcoli, Ascolamus.

BURGKHAIR. A une des pièces de la suite des triomphes de Pétrarque gravée par George Peacat— c'est au triomphe delà Benoomiée (3),— il y a, sur des pierres qui serrent de piédestal aune tète colossale, cette marque BP, qui, suivant touttesles apparences, est celle du peintre qui a donné le dessein de ces pièces. J'en suis d'autant plus persuadé que f ay veu ceste même marque, avec la datte 1561, ainsi figurée 15 HP 61, à un portrait de Jean Dieterich Loffelholtz^ sénateur de Nuremberg, gravé par J. F. Fleischberger. Or, cette marque, qui est dans le fond, est absolument celle du peintre d'après le tableau duquel ce portrait a été grav^) depuis; mais il ne me semble pas l'avoir veu nommé daas Sandrart. Quoyqu'il en soit, c'est un peintre qui travailloit à Nuremberg dans le même temps que George Peintz. — Serort-ce Hans Burghmair (3); le B. et le P étoient pris assez indiO érement dans ce temps là comme je viens de le remarquer au sujet de Barthélémy Beham ; (4) car celui-^i s'étoit design é par la marque B-P sur les planches des deux portraits de CbiarlesVet de Ferdinand, et,

(i) Miasinni, iStoria dell* Aeademia di San Lnet, Roma, 18Sd, in-4«, ne cite Buoncori qu*à la talble et ne parle pas de son principal.

(2) Barlsch, VIII, 357.

(3) Dans ee cas, la date serait eell» de la gravure et non celle du portrait ; car la date la plus récente qa~'on connaisse de Hans Burghmair est ceUe de 1538, époque^ à laqu elle il avait 56 ans, ce qui met sa naissance à 1472; Bart'jcb VII, p. 199.

(4) Voyez pages 103 et 107*

2S6 depuis qu'il les eut retravaillés, il réforma cette marque dans celle de BB.

BUBINl (ANTONIO). J'ai vu chez M. Grozat un dessein fait par ce maître, d'après ce tableau fameux d'Annibal Carrache qui représente La résurrection de N. S. et qui est à Bologne dans l'église du Corpus Domtniy et ce dessein me donne une grande idée de l'habileté de Burini. Gomment peut-on décheoir comme il a fait; car les ouvrages de sa vieillesse sont misérables. — il inventoit facilement et mettoit beaucoup de grAces dans les tours de ses figures, mais il étoil maniéré. Presque toutes ses compositions se ressemblent ; les Boulonnoisle comparent à Luc Giordane, et la comparaison est juste. Us le regardent aussi comme un autre Pietro de Cortone, mais c'est aller trop loin. J'ai vu une suite de douze desseins qu'il avait faits pour autant de tableaux sur cuivre, qui, suivant un écrit qu'on a voit mis à la tète de ce recueil.de dessins, avoient été peints pour le comte P. G. A., je crois Albergati, pour lequel Burini a beaucoup travaillé, et ces dessins lui font assurément honneur. Ils sont pleins de feu. M. Ghuberé les avoit apportés à Paris et j'en ai eu quatre à son inventaire, dont je fais cas (1). M. Grozat en a^voit un, représentant une adoration des roy , tellement dans la manière de Paul Yerooèse qu'il avoit toujours cru avoir un dessein de Burini fait d'après un tableau de Paul Veronèse, mais il se trompoit; c'étoit le dessein d'un tableau, que le Biirinil avoit fait dans le style de ce fameux peintre Vénitien, et ({ui est à Bologne dans la maison de M. Ratta. Rien de si facile que de prendre ainsi le change, quand le Banni en a voulu iraiioser, et qu'il a entrepris, surfout dans ses desseins, la manière des autres peintres. 11 a fait des desseins au premier coup, qu'on jureroit d'Annibal

(1) Sans doute les n"»' 337 et i38 du Cat. de Mariette.

2J7 Garracbe. Plus d'un curieui y ont élé trompés. Sur la fin de sa vie il s'étoit fait marchand de tableaux et ce qu'on appelle brocanteur, et il n'étoit plus bon qu'à cela, tant il avoit dégénéré. Il se nommoit Jean Antoine Burini, étoit né à Bologne le 25 avril 1656 et mourut dans la même ville le 5 janvier 1727. — V. Sloria de TAcademia Clément. T. 1 p. 319.

BUSCO (ANTONIO ). Quelqu'un qui voudroit avoir une idée de la manière du peintre, peut en prendre une dans un morceau de son invention qu'il a gravé lui-même et qui se trouve dans l'entrée de Marie-Anne d'Autriche épouse de Philippe IV, roi d'Espagne, faite à Milan en 1649. On y voit un peintre très-maniéré et dont le dessein est d'une pesanteur insupportable.

BUSn (agostino). Cesare Cesariani, dans ses commentaires sur Vitruve, le nomme Auguttino di Busio; un des beaux ouvrages de ce sculpteur étoit le tombeau de Gaston deFoix, qui devoit lui être érigé dans l'église Ste -Marthe à Milan par les soins de Lautrec, mais qui ne fut jamais achevé, et dont tous les morceaux dispersés ont entièrement disparu (1).

(1) Vasari parle deux fois de ce monument; d*abord, dans la vie deBaccio et Raffaello de Monteiupo (éd. de Florence, 1822, in-i8, 1. 111, p. 259), et tout à fait au long vers la fin de la vie du Garofoto (id. IV, 413-4). Quant au sort de cet ouvrage, Kariette se trompait, et heureusement. On peut voir, dans FHistoire de la sculpture italienne du comte Gicognara (éd. de 1824, YI, 319-30), ce qu*il dit de cet admirable monument, dont les fragments, vendus après la ruine de Tèglise, se trouvent, à Milan dans le Musée de sculpture, annexé à TAmbrosienne, et dans le Musée Bréra; près de Milan, dans la villa Castellazo ; près de Pavie, dans la chapelle de la villa Belgiojoso : Giuseppe Bossi en avait dans sa belle collection d'objets d'art, et il parait môme en être venus quelques-uns à Paris. Gicognara en a fait graver des parties, planches 77 et 78. — Ge n'est pas le seul ouvrage que les artistes italiens aient consacré à Gaston de Foix ; car Vasari nous dit encore (Vie de Bart. Bagnacavallo, éd. de 1822, III, 435) que : « Girolamo da Godignuola peignit, d'après nature, après sa mort, Monseigneur de Foix, qui périt dans la défaite de Ravenne. »

BOTI (unmviQo}. 11 fit, en 1588, un des tableaux pour Titrée de la Grande Duchesse Christine de Lorraine à Florence.

BUTTEL (anmé), flamand, a travaillé de sculpture en marbre chez M. Goustou le jeune, et en Espagne, sous M. Frémin. Depuis, M. Bouchardon l'a pris et lui a fait travailler le marbre sous lui. n s'en est servi pour sa fontaine de la rue de Grenelle. Cest un homme capable de préparer, mais nullement en estât de donner les derniers coups à un ouvrage.

BCITERI (gio î uaria) fit un des tableaux pour l'entrée de la Grande Duchesse Christine de Lorraine à Florence, en 1 588, et, dans la description qui en a été faite et qui a été imprimée, on donne à ce peintre l'epithète d'ingegnoso. La décoration, où son tableau fut employé, étoit à la Porta del Prato, et étoit du Bronzin son maître.

BUYSTER (PHiLiPra;} d'Anvers, mort à Paris, en 1688, âgé de 93 ans. Après avoir été occupé pendant presque toute sa vie dans les ouvrages du Roy, il s'étoit retiré sur la fin de ses jours aux Percherons, et il est enterré dans la chapelle de N.-D. de Lorette qui est dans le faubourg. On y voit son epitaphe en marbre qu'il fit lui-même, Agé de 86 ans. C'est un effort pour un tel Age; c'est tout ce qu'on en peut dire ; son portrait en marbre, et dans un médaillon, y est placé au milieu de deux enfans qui pleurent, et au-dessus de deux inscriptions, l'une latine assez mauvaise, et l'autre en françois, qui toutes deux sont de sa composition. Le tabernacle de marbre sur le mattre autel, et deux bas reliefs de terre cuite, passables pour un vieillard , lesquels représentent la Présentation de la Vierge et celle de N. S., qui sont aux deux oAtés dud. mattre autel, sont ^core du même Buyster, et un présent fait par lui à cette église qu'il alfectionnoit. H fut reçu

t»9 dans la communauté des Maîtres, en 1692, et passa dans les charges en 1631 (1).

BTSS (jeam-bodolphe), né à Soleure en 1660, d'une famille noble, mais indigente, abandonna jeune sa patrie, et resta quelque tems à Rome, jusqu'à ce qu'ayant été appelle à Vienne en 1704, il j peignit, dans le palais de l'Empereur, des plafonds qui augmentèrent sa réputation. L'Electeur de Mayence se l'attacha, lui accorda le titre de son premier Peintre, et le combla de biens. Byss mourut à Wirzbourg en 1788, laissant un fils unique qui fut consâller secret de l'Evéque de Bamberg, et une fortune très considérable. Imitateur de Yanderwerff pour le coloris, et de Breughels pour le paysage, il n'a pu se defiendre des défauts dans lesquels sont tombés ces deux peintres. Puesdi, Vies ie$ P. suisêes^ t. 2, 2« édit.

C. (n.). On wit, dans le ftmd, sur le corps d*un petit obélisque, ces deux lettres D G, qui sont, suivant toutes les apparences, les lettres initiales du nom du peintre, d'après le tableau duquel cette estampe a été grarée ; mais l'on n'en est pas plus avancé pour cela, car on ne trouve aucun peintre de nom, à qui on puisse les rapporter.

GABEL ( ADUOEN TAN nER], peignoit bien le paysage et les animaux. 11 a gravé luy mesme plusieurs paysages de son invention. Les sites en sont riches, et les arbres bien feuilles ; mais les compositionsen sont trop idéales. Il demeura à Paris pendant un assez long temps. Sur la fin de sa vie, il se retira à Lyon, et il y mourut dans un estât très misérable, où

(1) V. Louis Qaieberat a publié, dans la Revue archioiogique du IS fièfrier IBSO, ». eS4-6, le 4evî6 ^ies ouvrages foits par Bayslar pour le tombeau au cardinal de la RochefoucauU. La pièce ae trouve à la Bibliothèque Sainte-Geneviève.

l'avoient réduit ses débauches. Son portrait a été gravé par Bouchet de Lyon. Il avoit été à Rome avant que d'aller s'établir à Lyon, où il est mort en 1698. Il étoit né en 1631. J*ai une de ses gravures qui fait preuve que, dès 1670, il étoit à Lyon.

— Né à Ryswyck en 1691, mort à Lyon en 1698. Saint- Bruno ravi en extase. Il n'y a que le paysage, qui sert de fond à ce tableau, qui appartienne à Yander Gabel; la figure du saint a été prise dans un tableau de Mole. Aussi n'étoit-ce pas le talent de Vander Cabel de traiter l'histoire ; il peignoit avec plus de succès des paysages et des animaux. Ce peintre avoit fixé son séjour à Lyon où il est mort, et c'est pour c«la que, quoiqu'hoUandais, on l'a mis dans le rang des peintres françois. (Cabinet Boyer d'AguiUes p. 19. ]

— Adrien Van der Gal)el, peintre flamand, qui a presque toujours travaillé en France, et qui a luy mesme gravé à l'eau forte tous les paysages suivants. Quoy que Nicolas Robert , qui en avoit les planches, ait fait mettre au bas de toutes, le nom de Van der Cabdjnu et fecit^ elles ne sont pourtant pas toutes gravées de luy ; il y en a parmy quelques unes qui sont de Guérard, qui avoit appris à dessiner le paysage sous Yan der Cabel ; on les peut reconnaître en ce qu'elles ne sont pas si bien touchées, ni si légèrement que les autres, quoy qu'elles soient pourtant bien. La cinquième feuille de la 5« suitte est gravée par Guérard quoiqu'il y ait au bas le nom de Yan der Cabel. —A la première feuille du 6« livre, il y a cette marque sur la terrasse : N. G. 1.; c'est qu'elle est gravée par Nicolas Guérard, disciple de Yander Cabel. Toutes les six feuilles sont certainement de Guérard, et il est à remarquer que la l-* et la 2« sont des copies de la 2» et 5« feuille du livre qui suit. — Dans le 7» livre la 5« feuille ne parait point de la gravure de Yan der Cabel, mais de Guérard. La 6« feuille, où l'on voit des bergersquigardentleurstroupeaux,estdeClaudineBouzonnet Stella ; il n'y a, ay bas de cette gravure, aucun nom de peintre

ni de graveur.— Dans le 8^ livre, la 1^*, 3«et 5« feuilles, cotées a, €, f, sont gravées par Yander Gabel ; les trois autres, cotés 6, d, fy sont certainement de N. Guérard ; Ton y voit sa marque jY. g. f. à moitié efTacée à un ou deux, mais sa manière est reconnoissable. — S^ Bruno, ravy en eitase pendant sa prière, me paroist gravé par Van der Gabel à Texception de la figure du saint qui est peut-être de Guérard : Se Jerosme méditant dans la solitude ; pour celui là je ne doute nullement qu'il ne soit entièrement de Guérard.

— La manière y avec laquelle Adrien Yander Gabel a traité le paysage, est tout à fait agréable et tient beaucoup plus de celle d'Italie que de la manière flamande. Les sites paroissent vrais quoique fort diversifiés ; le feuiUer de ses arbres est léger, ses compositions riches ; on en peut juger par la suitte de paysages qu'il a gravé luy même sur ses desseins. Yander Gabel a passé la plus grande partie de sa vie en France, il s'étoit étably à Lyon, oii il mourut sur la fin du dernier siècle.

GÀGGIA (guglielmo), dit Moncalvo. On lit dans le Ritratto di Milano del Gan Torre, p. 46, que Montecalvo travailloit de stuc, et qu'il quitta cette profession pour se faire peintre. 11 y a plusieurs de ses ouvrages de peinture à Milan, et je connois deux estampes gravées en clair obscur d'après ses desseins, qui l'une et l'autre ont du mérite et sont rares.

GÂGGIÂIOLI. Une vierge en demie figure, assez grosse; elle porte entre ses bras l'enfant Jésus qui tient une colombe; elle est gravée à l'eau forte d'une manière assez légère, et elle passe à Bologne pour être gravée par le Gignani même. Je la crois plutôt de Gacciaioli d'après ce grand maître. 11 faudrait voir l'inscription qui se trouve au bas de cette pièce, car, à l'épreuve que j'ai vue, on l'avait coupée. La pièce est en hauteur. M. Bourlac Ta dans ses recueils.

GAGGINI (qio: ). 11 fit trois figures pour l'entrée de la Grande Ducliesse Christine de Lorraine à Florence en 1588, aparem-* ment de stoc; on ne le dit point dans la description ; on ob-^ serve seulement qu'elles étoient de ronde bosse, et qu'elles âYoknt plus de six brasses florentines de hauteur, et Ton en parle avec éloge.

GAFFA (BOLCHioaE]. De son vivant, il fit graver Tautd de S. Thomas de Villeneuve dans TEglise deS^ Augustin, dont il est parlé dans cet article (du P. Orhmdt), par P. del P6, et en dédia luy-mesme l'estampe au Prince Pftmpfaile ; il s'y nomme Mêkhiar Gafa Mdiimsis. Pascoli, qui a écrit sa vie, le feit naître en 1635, et mourir en 1680, et j'adopte ces époques.

(MarieUe avait écrit antérieurement :) Il mourut à Rome en 1687. U étoit disciple du Ferrata. 11 naquit à Bialtheen 1631. Sur son portrait, qu'avoit M. Crozat, et qui lui venoitde Nie. Pio, on donne à cet artiste la qualité de peintre, sculpteur et architecte.

GAGLIARI (PAOLO), detto Paoh Veranêse, nonebbeche novanta ducati d'oro per il grandissime quadro délie nozze di Cana, restando a suo carico la spesa dell' oltramare, si come ricavasi dei quademi délia celleraria del Monasterio di S. Giorgio Maggiore, dove è detlo quadro. Opère del sig. Algarotti, 1. 1, p. 326.

— U y a erreur, ou dans la datte de la naissance de P. Yeronese, ou dans celle de son âge, telles que le P. Orlandi, et avant lui le RidolQ les ont rapportées; car, s'il avoit réellement 58 ans au jour de sa mort, il a dû naître en 1530, et non en 1632; que si la datte 1532 est bonne, il ne lui faut compter que 56 ans de vie.

Nelnecrologio délia Parrocchia di san Samuelle, dovcabitava Paolo, stà scritto ch' egli mori nel 1588, ildi 19 d'aprile in elà d'anni 60. 1 suoi discendenti anche oggi vivono nel

grado deUacittadinanza. Sic, nel libro délia Pittura veneziana, p. 396. — A ce compte, la naissance de Paul doit être placée en 1528, quatre années plus tost que ne le marque Ridolfi. —Autant la plupart des peintres vénitiens ont paru négliger la partie du Dessein, autant Paul Yeronèse s'est-il appliqué à la cultiver. 11 n*a presque jamais peint aucun tableau, dont il n'ait fait auparavant un dessein arrêté et très flni, et ce dessein étoit suivi d'études en grand. La difficulté d'opérer a sans doute empêché les autres Vénitiens d'en agir ainsi; au Keu que Paul Yeronèse avoit une facilité de dessiner, qui lui faisoit trouver, dans cet exercice, de quoi même s'amuser agréablement. On voit dans la collection de M. Crozat des desseins qu'il a fait avec grand soin poui sa propre satisfaction, et où il explique les motifs qui les lui ont fait entreprendre. Ce maître dessinoitavec la même suavité qu'il peignoit. Ses plus beaux desseins sont légèrement lavés sur un trait à la plume trèsferme, et rehaussés de blanc au pinceau sur les jours. Ce blanc qui est merveilleusement bien mis, exprime différentes nuances de clair, qui conduisent par degrés depuis la demie teinte jusqu'à la lumière la plus vive. Cette manière, qui est pleine d'intelligence, appartient en quelque façon en propre à Paul Yeronèse. (Cat. Crozat. p. 75.)

— La Ste Famille se reposant à son retour d'Egypte en Judée et faisant ensemble une collation, dans laquelle ils sont servis par deux anges qui leur apportent des dattes; gravé à l'eau forte par P. Brebiette, P. Mariette exe. ; on en voit des épreuves non retouchées au burin. Le tableau apartient à la famille de H. de la Yrillière.

— La sainte Yiei^e se reposant en Egypte, accompagnée de S^ Joseph, qui est présentement dans le cabinet de H. Crozat {!), pièce en hauteur, gravée à l'eau forte par H. Yander

(I) Dans le catalogue Crozat (N^ 683), Mariette ajoute qu*il avait

Buicbt, d*a|)rès un excellent dessein de Paul Yeronèscs très- Uni.

— Un dessein capital représentant la sainte Vierge accompagnée d'anges qui portent les différents attributs de ses vertus. Ce dessein est lavé et rehaussé de blanc au pinceau ; il étoit autrefois dans le cabinet du sieur Hozelli de Vérone» et Ridolû en a fait mention dans la vie de Paul Véronèse. Dans un écrit qui est au verso de ce dessein, ce peintre s'y rend compte à lui-même de cette composition qui est aussi neuve qu'elle est élégante. (Gat. Crozat, m 680.) (i).

— Deux grands desseins de Paul Véronèse, dont l'un, qui

appartenu « au chevalier Pietro Ldi. »— Catalogue Mariette, n° 252, 25liv.

(1) Ce magnifique dessin , un peu froid pourtant, fait maintenant partie de la colleclion de M. le comte de Bark; il Ta trouve en Suède dans un admirable volume provenant du comte de Tessin,

Sui avait beaucoup acheté à la vente de Crozat. La complaisance e M. de Bark nous permet de donner à nos lecteurs, avec plus d^exactitude que dans Ridolfi (I, 307j, Tinscription mise par Paul Véronèse au verso et déjà publiée par Tun de nous dans une étude sur U Salon de 1810 de m. Guiwt. (Paris. Dumoulin, 1852, in-8 de 21 pages) :

Pitluraquinta. — Jone lo fatto unap. (per) la mia caméra etdauna parte del quadro è maria vergiuc, a sedere c6 un libro inan^^i) et si sta co* gli ochi elevati, et c6 le mani formate una sul libro, Taltra al petto ; et S. Anna à canto sedeva dorme riposatamente ; et in questo mezzo p. lutto il quadro sono angeli interno al Giesu X*. in piedi, c6 varie attiludini, et hanno in mano diverse cosc, et le pin apparcnli son queste. una fenice, un pelicano, una corona di stelle, una di gioie, una di spine ; uno tia un sole, un*altro una luna; et sparso p. terra oliva, fiori, et frutti ; quasi un' mostrare; Noi angeli siamo i tuoi ministri a covernarc il cielo, et la terra ; et sempre saremo. corne èscritto nella sacra scriltura la qualelcgge ma verginc et ammira; Topera divina et i secre(ii) celesti.

Le Louvre possède le dessin, peut-être plus beau, qui formait la PiUura quarla. C'est, comme on sait, la Vierge entourant de ses bras Tenfant Jésus posé sur un piédestal, et coupant une portion du vêtement qui le recouvre, pendant que sept anges qui les entourent jouent de divers instruments (n<*681 de Crozat; n» 242 de Mariette, 401 liv.). Voici Tinscripiion, on ne peut plus curieuse : Piitura quarUit — Infinili sono i modi e Tattitudine (che) sono

représente JésuspChrist et sa mère servis par les aages, vient du cabinet de Mozelli de Vérone et a été décrit par le Ridolfi (1); et l'autre est une décoration d'architecture pour un plafond. (Gat. Crozat, n» 695.)

— Le repas chez Simon, gravé à l'eau forte à Bologne, en 1660, par Joseph-Harie Mitelli d'après le tableau qui étoit à Vérone dans le monastère de S' Nazaro, (dans le réfectoire de ce monastère on ne voit plus qu'une copie faite par Claude Ridolû) et qui est passé à Gènes.

— Le même sujet dans le réfectoire des pères Servîtes à Venise, d'où il fut transféré en France, la République en ayant fait présent au Roi en Tannée 1665. Valentin le Febvre en a dessiné et gravé l'estampe. C'est un grand bonheur pour le tableau d'être sorti de Venise ; s'il y étoit resté, les flammes l'auroient consumé en 1769.

— Un ange aidant la sainte Vierge à soutenir le corps de J.-G., gravé au burin par Aug. Garrache, d'après le tableau qui estoit pour lors dans l'église St Jean et Paul à Venise, où il fut volé ainsy que le dit Boschini, et qui se trouve présentement en France chez M. Crozat ; il l'a eu de H. d'Armagnac. — Dans la galerie de H. Crozat le jeune, et présentement, en 1750, chez M. le baron de Thiers son héritier et son neveu,

State dipinte di Maria Vergine et sopra tutte da Alberto Doro, et quesle quasi lutte à un modo, cô il figio in braccio, al petto et sempre nudo. I greci, tutti lo facevano fasciato, forse p. (per) no (n) saper far nudi, et ancora p. fper) piu divotione. Qua si possano imaginare tutti coloro, i quali dipingono et son valent! huomini di diseguo, ch (cbe) ognl alto puerili ; si puo dipingere cosi vesUto corne nudo ; Michiel Agnolo Buonarroti uliimamële Tha falo ador> mèlato, mentre (che) la Ver|(ine legj^e. Resta adunq., (che) mai lo veduto, (che) la Vergine sia in picdi a una cuila; et lo vadia yes^ tendo; et farli attomo angeli, cô fiori et fruUi in mano cô istrumenti musical!^ et cosi mezzo vestilo et mezzo spogliato, in cuna ; fuori; senza allro Joseph; Anna; ma angeli solamète.

(1) C'est la PiUura testa ; les deux frères, que Ridolfi appelle Mstoforo € Francesco Muselli, ne possédaient que ces trois sujets.

el après sa mort, vendu avee tout le cabinet à la Czarine.

— Jésu9<lhrist se transfigurant sur le mont Thabor en présence de trois de ses apôtres, gravé au burin, à Venise, par Luc Kilian. —Ce tableau est, à ce que Ton m'a dit, celuy qui est à Montagnana près de Yicence, décrit par Ridotâ, p. prima, p. 302.— C'est le même àoùX j'ay un dessein fait par Valentin le Febvre. — L'on m'a sûrement trcnapé; le Ridolfi, en parlant de ce tableau, ne dit point qu'il ait élé gravé; et, à l'endroit où il annonce le même sujet, qui est à Venise dans l'église des religieuses de St Joseph, à la chapelle Nani, il ajoute : che ii tede in stampe,

— Jésus Christ et les Pèlerins d'Emmaûs, y ayant entr*autres choses une petite fille qui joue avec un chien, sur le devant du tableau, dont l'estampe a été gravée en hauteur par Claude Duflos. Le nom du graveur ny du* peintre n'y sont pas ; c'est H. Crozat qui a fait graver cette planche; il en avoit le tableau qui est présentement dans le cabinet du duc d'Orléans (1).

— J. C. paroissant dans sa gloire au milieu des Apos1i*es S» Pierre et S^ Paul, gravé au burin par Michel Lasne ; dédié à Ctiarles Lumague, Sgr de Vauvré; ce tal:^u est chez le roy de France (2).

— Deux grands desseins, l'un représentant l'Assomption delà Sainte Vierge, et Tautre la gloire du Paradis ; ces beaux desseins étoient à Bologne dans le cabinet du sieur Pasinelli» fameux peintre (Gat. Crozat, p.

(1) BuehaBan, Memmn ofpainling, 1924, L, 135, dit que ce tableau avait élô pris par le comte Gower pour 200 guinés.

{!) Ce tableau, dont la gravure eat dédiée par Michel Lasne, non au seigneur de Vauvré maia aa seigneur de La Vaure, a été donne en 1811 par le musée central au musée de Caeo. H porte à droite Tintéressante signature : Nieotam Cestari NeapoUtanui restauravU. Cette ciroonttance a déjà été relevée par un de nous dans ses ObservttîoBa sar le Musée de Caen.

^ Deux confrères à genoux, se mettant sous la proteetioa de la Sm Vierge qui les reçoit à bras ouverts ; gravé au burin par Aug. Garrache d'après le tableau de Paul Veronèse qui est dans l'école délia Misericordia a Venise ; sans aucun nom d'artistes; Har.BerÉeUifor.; gravé tel qu'il étoit avant Taug* mentation qui y a été faite par

— Au iV» 104 de la vente TaUeard (1), grande compoiiiim religieuse de Cagliariy achetée 15,1M liv. par le roi de Pruêêe, Mariette a mi$ cette note : C'est un tableau qui ne peut estre que dans le palais d'un Prince ; il vaut, et j>our la composition et pour la couleur , tout ce que j'ay veu de plus beau de Paul Veronèse; je regrette qu'il passe dans les pays étrangers avant que d'avoir été gravé. Il n'a pas tenu à M. le Prince de Monaco qu'il ne nous soit demeuré ; il l'a poussé avec vigueur.

Le N^ 110 ayant été acheté 300 liv. 19 9ous pat Naitier, Mariette ajoute : Extrêmement mauvais; je suis estonné comment Nattier a pu donner dans un pareil panneau.

— & Georges dépouillé de ses habits pour estre martyrisé et environné de preslres payens qui lui veulent persuader de sacrifier, gravé à l'eau forte par P. Brebiette, d'après le tableau du maistre autel de l'église de S* Georges à Vérone. — 11 y en a un tableau chez le Roy ; est-il original (2).

— S* Mennas représenté debout et armé de toutes pièces dans une niche; gravé à l'eau forte par André Zucchi, d'après ce qui est peint sur un des ventaux qui servent de fermeture

(1) Ce cataloeae, enlièremeDt annolè de la main de Harielle, est maintenanl en la possession de M. Niel, qui a eu la bonté de nous le communiquer, et nous en extrairons, pour les mettre à leur rang, les notes les plus précieuses. — Voyez sur le tableau le Catalogue de Matthias Oesterreicb.

(2) Nous ne savons ce qu'est devenue cette répétition, qui n'est indiquéee ni dans BaiUy, ni dans Durameau. Le tableau original, qui a figuré au Louvre, sous TEmpire, au-dessus de la porte de la galerie dans le grand salon, est retour&é à ta place primitive.

aux orgues de S^ Géminien à Venise. Do la suitte des taL4eaux de Venise nouvellement gravé sur les desseins de Silveslre Blanaigo. Cette figure est des plus légères et des spirituelles qui ayent esté peintes par Paul Veronèse.

— Le clergé de la ville de Myre venant recevoir en cérémonie Si Nicolas son évèque ; gravée à l'eau forte par un anonyme d'après un des tableaux du plafond de l'église de S. Nicolas de' Frari à Venise. On la croit gravée par H. Blanchard le fils; e'estoit du moins luy qui en avoit la planche (1).

— S^ Sebastien attaché à une colonne, environné de & Jean Baptiste, de S^ Pierre, de S| François et de deux saintes Martyres, qui tous ont les yeux tournés vers le ciel, dans le-* quel est assise la Vierge ayant entre ses bras l'enfant Jésus; gravé au burin par Alexandre à Via, d'après le tableau du maistre autel de l'église S^ Sebastien à Venise, gravé à Venise sur un dessein de J. Bapt. Thiepolo étant jeune ; le nom du peintre n'y est pas marqué ; mal exécuté, je l'ay eu à Venise du graveur mesme.

— Un mariage de S^ Catherine, gravé au burin par Théodore Matham, d'après un tableau du cabinet de Reinst; sans aucuns noms d'artistes. J'en ai veu des épreuves où sont écrits les noms des artistes, et où il est marqué qu'elle vient d'un tableau de Tintoret, mais c'est bien mal à propos.

— Des huit tableaux représentant des Vertus, qui sont peints dans le plafond de la salle du collège à Venise, quatre seulement ont été gravées par le Febvre; mais toutes les huit l'ont été par J. Barri : voy. Pitture di Venezia, édit. de 1733. p. 105, avec un titre. Ils sont dans l'œuvre du Roi.

—Les amours de Mars et de Vénus ; ce dieu, assis sur un lict, a sur ses genoux la déesse nue ; il la tient d'une main et

(1) Ce beau tableau esl depuis 1826 dans la National GaUery do Londres, et nous renvoyons à rexcclienl livrai de H. Bastiakc, 6« édition^ 1850, ia-8, p. 196.

luy met l'autre sur le sein, et l'un et l'autre regarde l'Amour qui met le casque de[^Mars. Gravé en manière noire fort mal par J. Van Sommer ; sans nom de peintre, mais il est certain que c'est d'après Paul Veronèse ; j'en ay veu le dessin dans la collection de H. Jabach.

— L'Amour redemandant son arc à sa mère qui s'en est emparée, par un anonyme et mal d'après un dessein de Paul Veronèse ; sans aucun nom ni marque* — Le même sujet, peint par Watteau, sur un dessin de Paul Veronèse et gravé par Audran.

— Léda, t<ibleau de Paul Veronèse» du Palais Royal, gravé par Desplaces. La planche a été effacée par Desplaces par scrupule de conscience, et, cx)mme il n'y en avoit pas eu beaucoup d'épreuvesrépandues dans le public, c'est un morceau rare (1).

— Un ji^ écoutant une femme, le Dieu Janus assis près de Junon, Cybelle, Neptune sur son char ; ces quatre sujets, qui sont représentés dans des formes ovales, sont peints dans les compartiments du plafond delà salle du conseil des Dix à Venise, le premier par Paul Veronèse, les deux autres d'ensuite par Baptiste Zilotti, et le quatrième par Bazzacco de Castel Franco; les estampes en sont gravées à l'eau forte par Valentin le Febvre. — Le Febvre a écrit au bas de ces quatre pièces le nom de P. Veronèse, comme si véritablement les ta* bleaux étoient de lay. Cependant lisez le Boschini, Minière délia PiUura, lisez le RidolQ, parte 1*, p. 297, 298 et 353, vous y verrez le contraire ; ce qui est de vray, c'est que ces deux peintres ont imité icy la manière de P. Veronèse à s'y tromper.

— La famille de Darius implorant la clémence d'Alexandre, gravé à l'eau forte par N. Bernard ; excellent tableau de Paul

(i) Bachanan^ Memoirs of painiing^ 1, 135, dit qae cette peinture a été prise aassi par le comte Gower pour 300 guînées.

VeroDèse ; c'esl oeluy écml Ridolfi fait la deâcriplioo, parte prima p. 332, ei qu'il dit estre im ca$a Pisana ; l'estampe est tiès mai exécutée (1).— Quelqu'un (il se nomme Fossati) en a oommenoé une nouvelle plancbe à Tenise ; mais il fout que le sort de ce beau tableau soit d'être mal gravé, car la dernière lAandie sera plus mautaise que la premi^, si on la tensine, ce que j'ay peine à croire.

— ' La République de Venise sous la figure d'une leyne assise dans un trtae, au pied duqud sont représentées la Justice et la Paix; gravé à l'eau forte par un anonyme, d'après des tableaux du plafond de l'Anii-Ckdl^ à Venise. On croit que cet anonyme est M« Bbtnchard le fib; du moins c'estott luy qui en avoit ta planche*

— Le pape Alexandre ïïl reconnu par le doge Sébastien Ziani et par ta République dans le couvent de la Charité, où il s'était retiré ; les ambassadeurs de Venise prenant congé du pape Alexandre lil avant que de se rendre auprès de l'empe* feur Baiberousse pour y traiter de ta paix; ces deux tableaux gravés à l'eau forte, par Dominique Rossetti, dans ta svîtte des tableaux de Venise gravés nouvellement, d'après les ta* faleaux de ta salle du grand conseil à Venise, peints après ta mort de Paul Veronèse par ses héritiers, c'est-à-dire par Charles ei Gabriel, ses deux entants, et par Benoist GaUari, son ifère, d'après des desseins que Paul Veronèse avoit préparés, et qui se trouvèrent après sa mort parmy ses effects. Tay ces deux desseins que j'ay eu à la vente de H. Grozat (2)« Voyez Ridolfi, Vie de Paul Veronèse.

— Les quatre tableaux, peints par Paul Veronèse^ dans ta

(1) La très-mauvaise planche des Tabellœ selectas, dont le texte est de Caroline Patin, l^atavii, 1691, est de Gochîn le père. Le tableau est encore à Venise dans la casa Pisana, de laquelle il n'est jamais sorâ*

(2) Cat. de MarteUe, n» fie ; vendu ies liv.

salle à manger du Fondaco de' Tedeschi à Venise, les mêmes dont Bidolû donne la description, p. S38, l** partie, ont été gravés asseï mal par Abraham Ramondon, et dédiés par ce graveur à Ernest, landgrave de Hesse ; il y en a deux en hau-« teur et en travers. -—Ce Ramondon étoit au service du roi de Prusse, Frédéric !•', qui le fit voyager en Italie dans le dessein de lui £Biire copier les plus fameux tableaux. II s'arrêta sor^ tout à Modène et y prit des copies des tableaux du Ciorrége qui sont actuellement à Dresde. Description du palais de Poet*^ dam, Sans Soucy, etc., par M. Oesterreich, p. 109.

— • Insérez dans ce catalogue une notte des estampes de P. Yeronèse qui se trouvant dans les recueils de Louisa, du grand Duc, de M. Grozat et de la gallerie de Dresde, de ceHe de l'empereur, et, outre les clairs^obscurs de Kirkal, celvi^ d'après mon dessein, de la Vertu qui fuit le Vice, et un morceau du cabinet d'Aiguilles (1).

GAGLIARI (GAiLETTo). Le nécrologe de l'Eglise de S. Sa* muel à Venise* dans laquelle ce peintre a reçu la sépulture, ne lui donne que 24 ans de vie lors de sa mort, arrivée en 1686, et il faut s'en t«nir à cette datte. V. le L. dctta PiU. Venez, p. 267.

CAGNACCI (Gunx)]. Tout ce que le P. Orlandi rapporte ici

(1) Quoique la lettre suivante ne sa rapporte g[n^ des affaires d'intérêt, nous croyons toujours curieux de rimpnmer ; elle a appartenu à H. de Cbateauffiron :

Mol'' mtig^ Sr mio Poii che la fortnna ttia noie ehe tuti li fatidie mie vadi alla riversa con V. S., aneora riuoco per quanfo li aueua cenato de botte S per far stramazi, e questo per cne in posesion del PoUanî non a da esser mia. Lui non na altro die li ^. tM), che gia y. S. da li suoi schriti toissi, et a preso questo, per inpoteeaclone il mio danar ; non si troua che nna cassa rouinatta, die non val con tuta la materia d. centto et in Birri, et un*altra mista sua a S. Taponal, che val tutta per d. 3000, La divisione de frateHi non si troua ; la dotte de la madré non si nrom ; che H* (madonna) Vo-

de œ maisire est iort peu correct; il cite Malvasia, et cet au* teur n'en dit pas un seul mot à l'endroit cité. Il dit seulement, en deux endroits de la vie du Guide, t. 2, p. 80 et 84, que Guido Cagnacci avoit été son disciple, qu*il prit grand peine à imiter la dernière manière de peindre du Guide, qui consistoit à rompre ses teintes de chair, avec des bleus et des couleurs verdAtres, et qu'il en abuse même quelquefois. Voilà absolument tout ce qu'il en dit, et personne, que je sache, n'a encore entrepris d'écrire la vie de cet excellent peintre, qui en mériloit si bien la peine. Nous en avons peu qui aient si bien peint les carnations ; il leur donne un air de fraîcheur, il y fait paroistre le sang qui coule sous la peau, il semble que ce soit la chair même , et c'est en quoy il réussissoit le mieux ; car, du reste, tout ce que j'ay veu de lui ne donne pas l'idée d'un grand compositeur, et son goût de dessein n'est pas fort sublime. H. Riario^ peintre bolonois, que j'ai vu icy en 1732, m'a confirmé dans tout ce que je viens d'avancer. Selon lui, ce peintre ne s'est jamais nommé autrement que Cagnacci, et le nom de Ganlassi, que lui donne le P. Orlandi, n'est que dans son idée. II prétend qu'il n'a jamais eu d'autre maistre que la nature, que c'est elle seule qu'il a toujours estudiée et que voilà pourquoy il l'a représentée avec tant de vérité ; qu'il n'a jamais rien peint qu'il n'eût le modèle devant les yeux, et

nesta non abbia rta la dotte del filiollo sopras la sua dottc, — questo da il contralto de non ; pur non si troua ne lialtri contratti a Tavoffaria questi aquesti de le casse sopra dotte ; son vecii straciati et taliatti senza sotio schriccione di che li an fatii. Lui dice che la saria, per che fusse investilo in porcione ianli danari quanlo porlavia il sopra piu de 11 ca. 20, et che le case son tule sue ; ma non mostra : se non fiabe, si che io mi son faticato et obligato, ne o potuto faze niente. J6 son cou quella da Ganpo san pirro, ne so che faro. In tanio, Vrt. s., mi ami corne amo lei et si rinfreschi ; la salulactone in nome de lutta la cassa et amore a Vr. Federico noslro. Di Ycnc., li 8 Marzo 1578 il suo Sr PauUo pilor da Ver.

Al molto mago et suo sr — il sr Marcantonio Gandin -* Slrada al domo in — Tre visse.

quMI peinoit beaucoup sur ce qu'il iaisoit; que c'est encore la raison pour laquelle on trouve si peu de ses tableaui. On n'en voit aucun dans les églises de Bologne, quoy qu'il n'ait jamais quitté cette ville; il se contentoit de peindre des tableaux de cabinet, la pluspartpeu chargés de figures. U mourut jeune. U entretenoit une maîtresse, belle et qui lui servoit de modèle ; comme il étoit extrêmement laid, il ne put si bien faire, que la fille ne partagea ses faveurs avec un autre; il l'apprit avec chagrin ; bientost il sçut qu'elle l'avoit abandonné pour suivre son nouvel amant. Furieux, il se lève, il court pour la chercher, et il s'échaufiede façon qu'il y gagne une pleurésie. Il mourut à Bologne, et non point à Vienne, comme le dit le P. Orlandi.

—Ce qu'on lit ici touchant Guido Cagnacci , je l'ai presqu'entièrement écrit sous la dictée de M. Riario. Mais, depuis que j'ai lu la lettre qu'a fait imprimer un peintre de Rimini, nommé Costa, je reconnois que j'ai eu tort de m'en rapporter à un homme, qui n'étoit pas assez instruit, et qui ne parloit que sur des bruits populaires et des ouy dires. Il est présentement constant que Guido Cagnacci est né au commencement de l'année 1601, dans un lieu nommé San Arcangelo, près de Rimini, d'un père qui avoit quitté Gastel-Durante, sa patrie, pour venir s'établir dans ce dernier endroit; qu'il a étudié à Bologne sous le Guide, mais qu'il n'a pas du faire un très long séjour dans cette ville, et qu'il ne s'y étoit pas apparemment fait un grand nom, lorsqu'il en sortit pour retourner dans sa patrie> puisqu'on ne trouve aucun de ses ouvrages dans les lieux publics de Boulogne; qu'il fit dans la suite de nouvelles études à Venise, d'après les tableaux des meQleurs maîtres et surtout du Tintoret, et qu'U eut des démêlés avec le Liberi ; qu'il devint alors un très grand peintre, et que, sa réputation ayant volé jusqu'à Vienne, l'Empereur Leopold le fit venir et se l'attacha, qu'il mourut enfin dans cette capitale de l'Autriche, en 1681, et fut entené dans l'Eglise des

Augustins, qui est la paroisse de la cour. Ce que j'ai marqué de cette flUe, qu'il entretenoit et qui lui servoit de modèle, peut être vrai à quelques égards; il la conduisoit avec lui habillée eu homme; mais il est faux que l'iofidélité de cette fille ait été la cause de la mort de sou amant. Il se peut faire que, dans le transport de sa colère, il se soit engagé dans quelqu'affaire, qui l'aura obligé de quitter sa maison, et même de changer de nom ; car, est-il arrivé à Venise, on ne l'y connoit que sous le nom de Ganlassi; éorit-il lui-même à des amis à Venise, depuis qu'il est à Vienne, il signe toujours Ganlassi et jamais CSagnacGÎ. J'ai un certain pressentiment que ma conjecture n'est pas sans fondement.

GALANDRUGGI (eiAcorro), né à Palerme, en 1645, le 18 de juillet, après avoir appris dans sa patrie les premiers principes du dessein sous Pierre del P5, vient à Rome, à l'insçu de ses parens, en 1660, pour y admirer les belles choses qui s'y trouvent, et se perfectionner dans son art. Il entra chez G. Maratte, et ce peintre fut si charmé de sa docilité et de son application au travail qu'il le prit en affection, et luy procura quantité d'ouvrages de considération, tant dans les palais que dans les Eglises de Rome. Etant retourné sur la fm de sa vie à Palerme, pour mettre ordre à ses affaires et voir ses parens, il y est mort le ^ février 1706, âgé de 61 ans. M$$. de Pio.

GALCAR (eio. vam) est le mesme qui est nommé par Vasari Giovanni Fiamingo; c'est de luy que sont ces desseins des figures d'anatomie qui sont dans le Vesale, Yasari^ p. 3«, p. 2S1. Sandrart luy donne le nom de Càlehar, et M. Félibien l'appelle Calker,

— H y a, dans le recueil des lettres de l'Arélin, une lettre de cet écrivain , adressée à un maeêiro Giovanni Tedeico cA« fOMM il riêraito di lïtiano in siampa, et la lettre est dattée de l'année 1556. Cet Allemand lui demandoit un sonnet pour

accompagner son estampe, et TArétin le lui envoya avee sa lettre. Je ne sais, au reste, quel est l'artiste qui est désigné ici, ni ne connois aucun portrait du Titien gravé par un tel maître. Voudroil-il parler de Jean de Calcar, qui en effet étoit Allemand et disciple du Titien, et à qui le Yasari attribue les figures d'anatomie du Vesale (1). J'y vois quelque apparence.

GALDARA (pounoiio da caravagh), di gasa). Polidore ne fut point inhumé, comme le dit Vasari, dans TEglise cathédrale de Messine; il le fut, s'il en faut croire Buonfiglio Coiianzo, dans son livre intitulé Mêninm de$cHê$ay 4», p. 82i», dans TEglise des Carmes de cette ville, où son tombeau ne se voit plus. Ce même auteur MX mention peu après d'un tableau fameux de Polidore, qui est dans l'Eglise de l'Annonciade de Gastell'a mare, à Messine, et qu'il nomme la fitmo$a PqUb éeUo êpoêimo. C'est sans doute le tableau du Portement de croix, dont Vasari fait mention, que Ton aura surnommé à Messine dello spasimo, parce que le peintre y aura représenté la Sainte Vierge tombée en pâmoison. Il fait aussi mention (p. 25 ^) d'un autre excellent tableau de Polidore représentant la Présentation de N. S. au temple, qui est au maistre-autel dans l'église du collège des Jésuites à Messine, et qui étoit auparavant dans l'église de S. Nicolas-le-Vieux de la même ville.

— En général tout ce que Chérubin Albert, qui estoit bon peintre, a gravé d'après Polidore est estimable ; il y a mis beaucoup d'esprit; il y a, dans ce qu'il a fait, de l'art et du dessein, et il a mieux réussi en gravant d'après Polydor que

(i) Celles que Ton donne habituellement à Titien, nu reste. Caleap a eu souvent son nom ôté de ses œuvres ; c^est seulement dans rexcellent livret de M. Villot, que lui a été restitué, d'après Taneienne appellation de Tinventaire de Bailly, radmirable portrait d*homme, donné au Tintoret depuis Lépicié.

d'après aucun autre maistre. Il seroit cepeudant à souhaiter qu'il fut un peu moins maniéré. M (1).

•* Si Jérôme dans le désert caressant un lion, gravé à l'eau forte par Harinus. — Voyez dans l'œuvre de Garrache une estampe du même tableau, dont l'invention est attribuée au Garrache; le goût du véritable auteur n'y est pas moins déguisé que dans celle-ci. Je crois qu'elle vient d'après M. A. de Garavage» plustost que d'après aucun autre. M.

— Sdpion blessé, retiré du combat par son fils, gravé au burin en 1593 par J. Saenredam sur le dessein de H. Goltzins. — Le goût du dessein de Polydore est peu reconnaissable dans cette pièce, qui n'est estimable que par la beauté de la gravure. M.

— GamiDe arrivant au moment où l'on pesoit l'or, gravé par J. Saenredam sur le dessein de H. Goltzius. — Il y a peu d'estampes gravées aussi parfaitement que celle-cy, si on ne considère que la beauté et la liberté du burin ; car le goût du dessein flamand y a terriblement obscurci celui de Polydor. H.

— Deux sybilles, gravées au burin par Goltzius. ~ Ge graveur ne s'est pas assujetti à imiter la manière de Polydor, il s'est livré à la sienne; ainsi cette pièce n'a de mérite que du c6té du burin. H.

— Phalaris faisant jetter PeriUus dans le taureau d'airain, gravé au burin à Rome, en 1634, par Jacques Laurenzani, et mal exécuté. Le même sujet par la Belle et beaucoup mieux exécuté. M.

— Un empereur romain assis sur le suggestum, d'où il harangue ses soldats, gravé à l'eau forte par un anonyme; c'est

(i) En haut de la page Mariette a écrit : Us remarques marquées (tun M sont de m(m père ; comme elles sont écrites par Mariette, rindicationlui était nécessaire pour se souvenir qu'elles n'étaient pas de lui.

un de ces anciens graveurs quitravailloieni à Fontainebleau. II n'est pas sûr que cette pièce soit d'après Polydor; quoyqu'il ait de sa manière, elle pourroitestre autant d'après Tantique ou d'après Jules Romain.

— Tarquin et l'augure Nevius, gravé au burin en 1545, chez Antoine Salamanque et peut-être par Salamanque même ; elle est assez dans le goût du peintre, qijoyque fort mal gravée.

— Moyse ordonnant aux Israélites d'apporter dans le camp la manne qu'ils ont ramassée dans des vases; gravé au burin par Michel Lucchese. —Toute mal exécutée qu'elle est, on ne laisse pas de reconnottre la manière de Polydor. BL — Je crois que c'est plutôt quelque sujet de l'histoire Romaine.

— Numa Pompélius donnant des loix aux Romains; une des six pièces gravées à l'eau forte, avec beaucoup de goût, par J.-B. Galestruzzi. Examiner si c'est bien le sujet. H y en a une ancienne estampe gravée à l'eau forte par un des maîtres de Fontainebleau. Elle est assez mal exécutée; elle est chez le Roy, dans le volume de Jules Romain.

— Huit pièces composant une seule frise où l'on voit des hommes et des femmes se sauvant avec leurs bagages dans leurs vaisseaux qui soutiennent un combat à l'embouchure du Tibre; dessiné et gravé à l'eau forte d'après une frise peinte en grisaille par Polydor de Garavage et Mathurin de Florence, sur le fond extérieur du palais de la famiUe Gesi à Rome. — U seroit à souhaiter que cette belle frise fut plus mal gravée et qu'elle conservAt mieux le goût de Polidor; car on ne peut disconvenir que P. Santé ne l'ait extrêmement déguisée; il Ta gravée d'une manière lourde et froide. H. — Des copies de ces estampes, même grandeur que les originaux, U Blond exe. — La partie de cette frise où sont deux hommes qui portent des tonneaux sur an brancart, et celle où un homme monté sur un arbre joue de la trompette, les deux pièces gravées assez mal et dans le goût de F. Floris pour les

Si»6

caractères des testes, mais que je préfère cependant eneor au travail de P. Santo. Elles ont cl)acune 5<»6* haut. 14<»6' tra^ vers.

GALLOT (moques) nacquit à Nancy de parens nobles, qui, le destinant à toute autre profession qu'à celle du dessein, souffroient impatiemment de le voir négliger ses études, pour y donner tout son temps. Ils voulurent Ten empêcher, et ils irritèrent davantajge ses désirs, jusqu'au point que, pour ne plus trouver d'obstacles, il résolut, quoyqu'à peine âgé de douze ans, de quitter ses parens > et d'aller chercher en Italie les moyens de se perfectionner dans un art qui occupoit toutes ses pensées. Ainsy, sans consulter les périls auxquels Texposoient sa grande jeunesse, son peu d'expérience, et encore plus la mauvaise compagnie de ceux, auxquels le manque d'argent Tavoit contraint de s'associer pcmr faire le voyage , car c'étoit une troupe de ces brigands que l'on nomme Bohémiens, il vint jusqu'à Florence, où il ne fut pas longtemps sans rencontrer des personnes de sa cx)nnoissance qtii l'obligèrent de s'en retourner avec eux. Un second voyage, qu'il entreprit encore quelque temps après, ne luy fut pas plus heureux ; enfin ses parens, gagnés par ses pressantes sollicitations, luy permirent de retourner en Italie pour la troisième fois, et ce ftjt pour lors qu'il commença lûncèrement à embrasser la graveure. Philippe Tbomassin , françois de nation, qui éloit étably à Rome, fut le premier qui lui apprit à manier le burin, et il travailla chez luy pendant quelque temps à des ouvrages entièrement au burin, ce qui n'estoit guère de son caractère. Il étoit né pour estrc l'inventeur d'un nouveau genre de productions, qui, dans un petit espace, représentoient de très grands sujets, talent qu'il n'avoit hérité de personne, et qu'il eut occasion de mettre dans tout son jour, lorsqu'il eût essayé de graver à l'eau forte et qu'il fut venu à Florence après avoir quitté Rome* Les premiers ouvrages de

cette nature, qu'il fit pour le grand Duc Gosme second, qtei l'avoit pris à son service, furent bientost suivis d'autres de même espèce, oii tout est sy accomply pour le dessein, l'ordonnance et la touche, qu'il n'est pas possible de rien désirer de plus parfait. Aussj, lorsque Gallot revint en Lorraine, après la mort du grand Duc, son Mécène, sa réputation s'étoit déjà répandue par toute l'Europe. L'iniante Isabelle, souveraine des Pays-Bas, le fit venir à Bruxelles pour dessiner le fameux si^ de Bréda, qu'il grava ensuilte, comme il fit ceux de la Rochelle, du fort de St Martin dans l'île de Rbé, pour Louis XIII, qui l'avoit appelé auprès de luy. Ce sont les plus grands ouvrages qu'il aye entrepris; car presque tous lesaur très, qui sont en très grand nombre; sont de petits morceaux, qui, dans leur petitesse, ne laissent pas de contenir de très grandes ordonnances; tels sont la pièce où il a si bien exprimé tous les genres de supplices, la suitte des misères de la guerre, celle des sujets de la passion, de la vie de la Sainte Vierge, des martyres des Apôtres, la vie de l'enfant prodigue, et tant d'autres qui sont si agréablement inventés. Mais rien n'égale la merveilleuse qu'il grava à Florence, et qui représente la foire qui se tient tous les ans à la Madonne de l'Imprunelta dans Testât de Florence. C'est un tableau accomply de tout ce qui se peut imaginer pour exprimer un grand concours de peuple occupé à une inGnité d'actions différentes. Callot l'a exécuté le plus heureusement du monde, et rien n'est plus capable de faire connoistre l'étendue de son génie. Que de variété dans les pensées, que de noblesse dans certaines autres, que de simplicité et de naïveté dans les autres. Chaque grouppe, chaque figure contribue à former un tout ensemble, où chaque objet se trouve si bien à sa place que l'on n'y aperçoit aucune confusion. Il y a encore un autre genre où Callot a excellé, c'est à représenter des sujets grotesques, dont le ridicule est si bien marqué qu'on ne se peut tenir de rire en les voyant, Luy-mesme étoit bien aise de s'égaïer et

de se délasser par ce moyen de ses occupations plus sérimises ; il avoit un génie singulier pour imaginer des postures, des phisionomies, deshabillemens, desfigureschimériques,toutes plus bisarres et plus burlesques les unes que les autres. La tentation de Saint Antoine est un chef-d'œuvre dans ce genre. Quelle perte qu'un si habile artiste, si aimé et si estimé de tous les Princes et grands seigneurs qui Tavoient connu, soit mort à la tleur de son Age, dans un temps où il avoit plus d'ardeur que jamais pour le travail, et où il se promettoit d'augmenter considérablement le nombre de ses ouvrages, qui firent dans son temps l'admiration de tous les bons connoisseurs, et qui présentement ne sont pas recherchés avec moins d'empressement (1).

— Dès l'année 1417 , les ancêtres de Gallot faisoient parler d'eux et remplissoient des charges considérables sous les derniers ducs de Bourgogne. Jl étoit fils de Jean Gallot, héiault d'armes de Lorraine et de Renée Brunehault, fille de Jacques

(i) On connaît rinsuffisance des catalogues de Gallot par Florent le Comle et par Gersaint dans le Quentin de Lorangére. Nous sommes heureux d^annoncer à nos lecteurs que, dans quelques mois, M. E. Heaume, professeur à Técole forestière de Nancy, et déjà connu par de récentes et consciencieuses recherches sur la famille des SUvestre et des Henriet, publiera une vie de Gallot, d*aprës de nouveaux documents, et un catalogue détaillé et raisonné de toutes les planches de Gallot et de leur histoire. Il v travaille depuis plusieurs années déjà, et il a, pour le bien faire, d excellents appuis; d'abord de magnifiques recueils de Gallot encore conservés chez des amateurs de Lorraine, et inappréciable catalogue manuscrit de Mariette, qu'il a consulté longuement. Par ce que nous publions, nos lecteurs pourront voir quel secours et quelle autorité son ouvrage en recevra. Nous aurions même eu à publier bien davantage, non pas de longues notes, mais de petites remarques, ce qui eut été fort long, par la nécessité de donner d'abord la mention de la pièce, si nous n'avions pu compter, pour les mettre au jour, sur sa publication, où elles seront tout à fait à leur place, etavecThonnecretla reconnaissance qu'elles méritent. Nous renvoyons d'avance nos lecteurs à son travail, pour les quelques notes qu'il aurait peutêtre clé nécessaire ( e mettre ici, et qui seront chez lui beaucoup meilleures.

Ml

Brunehault, médecin de ChristiDe du Danemaick, duchesse douairière de Lorraine ; Claude Callot, son ayeul, étoit exempt des gardes du corps du duc de Lorraine, et l'épouse de ce dernier, Claude de Fricourt, étoit parente par sa mère de la pucelle d'Orléans. Cette descendance est prise sur le livre Eloge de Gallot par le P. Husson, religieux cordelier ; Bruxelles 1756.

— J. Callot est né (suivant son épitapbe) en 1588, se maria à 33 ans, mourut en 1631, âgé de 43 ans. Crox, mattre de la monnoye de Nanci, lui donna les premiers principes du dessein. Etant à Rome, il est obligé de quitter Pbi. Tbomassin, chez lequel il apprenoit à graver. Il étoit devenu agréable à la iemme de ce graveur, qui en conçut de la jalousie et le pria honnestement de sortir de chez lui. Voyez Bibliothèque de Lorraine, par Dom Calmet, col. 185 et suivantes.

— Sur une tombe platte, au pied de l'épitaphe, est encore celte inscription, dont la moitié est cachée dessous un autel qui est auprès de l'épitaphe de Jacques Callot. — Je dois toutes ces épitaphes au soin qu'en a bien voulu prendre M. Lancelot dans le voyage qu'il a fait à Nancy : « D. 0. M. — Cy gist noble home Clavde- Callot Ivy vivAt archer des -gardes dv corps *« l'alteze *• fev — » Le reste est caché dessous un autel.

— L'épitaphe des père et grand père de Jacques Callot ne consiste qu'en une lame de marbre noir gravée en lettres d'or , dans une simple bordure de piastre peint en marbre rance. Elle est posée à coté de celle de Jacques, dans le mur en retour faisant un des quatre angles du clottre des P. P. Cordeliers de Nancy :

« Devant ce marbre gisent Nobles — Clavde Callot vivant Archer des Gardes de l'Altesse dv fev d vc Charle* — Qm mourut le 23« jvillet 1594. — Et Noble lean Callot son filz vivant

— Ileravlt d'armes dvd* Dvc qvi movrvt — le 12» Aovst. 1630.

— Noble lean Callot filz dvd* fev — Jean Callot, avssy herault D'armes, — par vn pievx debvoir a faict faire cest — Epitaphe

a l'honnevr et mesmoire — desd* deffvncts. — Priez Diev povr levrs Âmes. »

-— Cette inscription se lit sur une tombe platte dans le Cloître des mesmes Cordeliers, à huit ou dix pas avant que d'arriver à l'ëpitaphe de Jacques Callot :

a Cy gist noble Pierre Rvyz — vivant vallet de chambre — ord.« a fev son Altesse — Charte 111® d'hevrevse me - moire, qui deceda le der-nier avril 1604. —Et Dam. Claude Blanche-laine sa féme qvi movrvt le dernier doctobre — i595; — Ëncor y gist Noble lean - François Rvyz son filz — Bovrgeois a Nancy qvi — deceda le 20e de Novembre — 1639. — Corne avssy Dam.i« Margveritte Callot son espovse — qvi trespassa le 7.« Nov. ^^ — 1633. — Priez Diev povr levrs Âmes. » (Avec les armes des deux familles.)

— Mariette avait deux desseins de la itmbe de Callot. Au bas de Pun il a mis : Ce n'est qu'une copie de l'estampe de Bosse à laquelle il ne faut point ajouter de foi (1). L'autre ^ fait à la sanguine f est lavé f encre de Chine; dans le premier touteàt en contre^partie du second^ sauf le portrait de Catlot fui est tùUfours tourné à droite. Avant se trouve tèpitaphe^ copiée par Lanceht :

if D. O. M. — Vialor — silegishabes quod mireriset imitari coneris — lacobvs Callot nobilis Nanceianvs calcographiae péri tus— proprio marte, nvlloque dvcente magistro, sic clarvit : vt dvm eivs gloria Florent!» florerel, ea in arte princeps svi temporis— nemine réclamante habitvsac à summo pontifice, imperatore, nec — non regibvs advocatus fverit : qvibvs serenissimes principes svos — anteponens palriam repetiit vbi Hehrico Illo, Francisco II», Cario IIII» dvcibus, calcographus sine pari, matime cordi, palriae omamenlo, — Vrbi défi) En cataloguant la pièce, Mariette avait ajouté : Cette ëpitaphe française est bien différente de celle en latin que rapporU' Baldi-> noçci.

cori) paTentibvs solatio» concivibvs deliciis, vxori svavitati — fvit, donec anno eeiatis XLIUo animam cœlo matyram mors immatura— dimittens XXllIIo marlii CID GIGXXXV, corpus charissiiiise vxori — Catbarinsc KvtUnger fratrique mœrentibvs, hoc nobilivm — maiorvm sepvlchro doDaDdvm relinquens principem quidem — svbdito fideli, patriam alvmno amabili, vrbem cine(re) optimo — parentes fllio obedienli, vxorem marito SYavissimo, fratrem fratre dilecto privaVit at hominisetartis — splendori non invidit, — [une ligne illisible remplacée par des points) — Stabit in astemum , nomen et arlis opvs. —

En vain Iv ferais des volvmes

Svr les lovaoges de Gallot;

Povr moy : ie n'en diray qvn mol;

Son burin vavlt micvx que nos plvines. »

— Le second dessin amii été envoyé à Mariette par la kttrè snifHinte :

Monsieur

Si jay tardé à vous envoier le dessein de Tépilaphe de Callot, c'est, comme j'ay eu l'honneur de vous faire savoir, que n'ayant eu que le temps de copier l'inscription, je priay un de mes amis de la dessiner pour que je vous la fasse tenii*, ce que par sa nonchalance a tarder si longtemps (sic), tour à l'égard des grandes (planches), ce n'est que trop vray que l'ignorance de son héritier a été si grande que de faire faire une cuvette de toutes les planches qui resloit à (pour de) ce grand homme, qui appartient aujourd'huy au prince de Craon qui la garde précieusement. Pour ce qui est des antiquitez des Vosges, comme j'y ait été depuis peu, j'ay appris d'un curé qu'il avoit vendu à l'ancan d'un de ses confrère l'histoire ou les antiquités de l'église de S^ Diez à un de ises chanoine, mais comme ce n'est pas ce que vous souhaittez, je ne m'en suis point informer. Gomme je ne puis Monsieur

26fc

TOUS exprimer combieo je suis peneiré de reconnoissance de tous les égard et politesse que vous avez eu envers moy , j'ose vous offrir, s'il vous plaist, mes services et me croire extrêmement Monsieur, vostre très (sic) et trSs obéissant serviteur,

Jadot.

Adressez, s'il vous plait, mes respects à Monsieur Mariette père.

Au dos. A Monsieur-Monsieur Mariette flls, rué S* Jacque à Paris.

A Lunesville ce 28 aou8t 173).

— Il est constant que J. Gallot est mort le a4« Mars 1635 (1), Agé de 43 ans. Ainsy, je ne puis comprendre pourquoy Baldinucci, qui rapporte l'épitaphe latine de Gallot, où cette date est marquée, flxe le temps de sa naissance en 1594, et FéUbien, qui convient aussy qu'il est mort en 1635, âgé de 43 ans, le fixe seulement en 1593, à moins que ce ne fut au commencement de cette année 1593, et pour lois, Gallot étant mort le 24« Mars 1635, il n'auroit fait que commencer à entrer dans sa 43^ année. Le portrait de Gallot, gravé par M. Lasne en 1629, apprend qu'il estoit pour lors âgé de 36 ans. Il estoit donc né en 1593, ou peut-estre sur la lin de 1592, oe qui me paroist le plus conforme à la vérité.

Son père, Jean Gallot, estoit roy d'Armes de Lorraine, et assistoit en cette qualité aux obsèques de Gbarles lU, mort en 1608 (2). Les dispositions naturelles de Gallot pour la graveure et pour le dessein se firent connoistre de bonne heure. Il n'avoit guères plus de onze à douze ans lorsqu'il entreprit

(t) Félibien dit que ce fut le 28e Mars; mais répiUphe de Callot, rapportée par Baldinucci, ne laisse aucun lieu de aouter que ce fui le 34» Mars. {NoU de MarielU.)

(2) Voyez les cérèmoDies de ces obsèques, gravées par Frédéric Brentel, sur les dessins de Claude de la Ruelle. {Note de MarieUeJ)

pour la première fois le voyage d'Italie, avec TinteDlion de s'instruire dans le dessein par la veue des beaux ouvrages que l'on y trouve, et il s'y arresta pour lors pendant quelques temps à Florence, où il receut quelques instructions de Ganta Gallina. Il alla mesme jusques à Rome, mais il fut bientost reconduit malgré luy à Nancy. Ce fut apparemment pour lors que son père, le voulant forcer à reprendre ses estudes, et ne se sentant aucune inclination de ce coté là, il se tourna entièrement du costé du dessc'in, qu'il alloit étudier avec Deruet,Bellange et plusieurs autres, chez Claude Henriet, peintre de ChAlons en Champagne qui s'estoit etably à Nancy et qui fut père d'Israël Henriet, qui devint dans la suitte le meilleur amy de Callot. Il ne resta gueres que deux années à Nancy, et il prit encore la résolution de retourner en Italie, mais il n'aUa pour cette fois que jusques à Turin; son frère aisné, qui l'y rencontra, l'obligea de retourner avec luy. Pendant ces deux années qu'il demeura auprès de son père, il y a apparence qu'il se livra tout entier à son inclination pour le dessein, et, ce qui n'a esté remarqué par personne, il commença mesme dès lors à manier le burin, car on voit de luy le portrait de Charles 111 duc de Lorraine, gravé en 1607. C'est un assez mauvais portrait, de grandeur &<>, en hauteur, gravé au burin, n y a mis son nom tout au long : /. Calloi fecii et excudii. Il eust esté sans cela très difQcile de reconnoistre dans la suitte que c'estoit son ouvrage. Car, dans ce qu'il a fait depuis à Rome et à Florenee, qui sont les premiers endroits où il a fait ses ouvrages de graveure, il n'y a rien qui approche de celuy-ci; c'est une manière absolument différente (1), ce qui vient de ce qu'il gravoit ce portrait sans avoir aucun maistre qui le conduisit, au lieu qu'ayant esté à Rome, et y ayant copié les 4 saisons de Bassan, gravées par les Sade-

(i) Il en est à peu près de même que du portrait de son régent, que Nanteuil grava pendant ses classes. {Note de MarietU,)

1ers, et quelques pièces des douze mois de Tannée, de Collaerl d'après Stradan, le tout sous la conduitte de Philippe Tbomassin, il se forma une manière de graver au burin qui tenoit beaucoup de celle de Thomassin. Cela se reconnoist surtout dans les petites pièces des tableaux de S* Pierre, qu'il grava, suivant toutes les apparences, étant à Rome. Je ne sache pas qu'il y ait gravé d'autres choses , du moins entièrement de luy et qui soit reconnu pour estre de luy . De Rome il passa à Florence vers le commencement de 1612.

— Le portrait de Charles IJl, duc de Lorraine, fort mal gravé au burin par Callot avant que d'aller en Italie. C'est un buste dans une forme ovale avec cette inscription alentour en lettres capitales. Serenis.-Carolus III. D. 0. Cala. lo$ha. Bav, Gueldr. Dux Marchi Mussipon. Com. pro. Fond, Albif etc. JEia mt anno LXY 1607, et au bas de la planche /. CaUot feeit et excudit. Cette inscription est pure et sans aucune altération (1). C'est aussy sur cela seul et sur la datte que l'on peut se persuader que ce portrait est de Callot, tant il est mal gravé et peu dans la manière qu'il a eu depuis. Mais le moyen ; il étoil pour lors si jeunne et n'avoit eu encore personne qui luy eut enseigné à manier le burin; car ce n'est que depuis qu'il ala en Italie, oîi il aprit cette profession chez Philippe Thomassin. Il est vray que Ton dit qu'avant que d'aller-en Italie, il avoit déjà appris à dessiner chez Henriet, et ce portrait cy n*est guerres bien dessiné. Il est aisé d'y répondre ; une personne qui sçait dessiner a de la peine à le montrer, lorsqu'il en est empesché parla difficulté qu'il trouve à manier un burin, et d'ailleurs, quoyqu'on en put dire, Callot ne devoil pas être fort habile dans le dessein. Ce portrait

(1) Ces deux vers sonl au bas de la planche :

— Heroas rcferens atavos, hoc Carolus œre ÀustrasiaB prineept, çonspiciendus erit.

(Nota éê MAfUHê.)

est fort singulier et unique; il a 6« h. 4» 6' tr. Je ne Vblj veu que dans l'œuvre de M. de Beringtien. — Je Tay veu dans les œuvres de M. Le Premier et de M. de Lorangere.

— Il j a un livre où les armoiries de toutes les maisons de Loraine ont esté autrefois gravé par Gallot avec la des(-ription des blasons au dessous de chaque écusson. Extrait à la page 390 d'un livre qui a pour titre : Les diverses espèces de noblesses et les manières d'en dresser les preuves par le P. Menestrier (Jésuite), Pons Amaulry , libraire à Lyon, et se vend à Paris chez Robert J.-B. de la Caille, rue S* Jacques, aux trois cailles, 1683. — Le P. Menestrier veut sans doute parler du Livre intitulé : Le crayon de la noblesse du Duché de Lorraine et de Bar par Matthieu Husson, imprimé en 1674, et Ton y trouve en effet les armoiries des principales maisons de Lorraine ; mais il se trompe quant au graveur de ces ar« moiries; Callot n'y a jamais mis la main. Il y avoit longtemps qu'il n'estoit plus, quand ce livre a paru. — 11 y a réellement un livre intitulé : Recueil! des armes et blasons de toutes les maisons nobles et anciennes de Lorraine recherchées et gravées par le s' Gallot, roi d'armes de Lorraine, et données par le R. P. Viguier. Prêtre de l'Oratoire (celui de qui l'on a une histoire généalogique de la maison de Lorraine) au S' Pierre d'Hozier, juge général des armes et blasons de France ^ petit in-4o, sans datte ny lieu d'impression ; le volume éloit chez M. de Glérambaut, et il y en a un semblable, et même plus complet, chez le roi, dans la collection deGasnière; c'est l'ouvrage cité par le R. P. Menestrier, Jésuite; mais, si l'on y fait attention, ce titre du livre ne dit pas que les planches qu'il contient soient gravées par Gallot. Son père ou son frère, car tous deux ont été hérauts d'armes de Lorraine, et Jacques Gallot ne le fut jamais, s'en disent les auteurs. Ge ne sont que de simples armoiries , toutes surmontées de lambrequins si uniformes qu'ils paroissent avoir tous été calqués sur le même dessein, et cela, ainsi que le blason, est d'une si mauvaise

touche qu'on ne peut croire que l'habile GaUot y ait mis la main, à moins que ce ne soit un premier ouvrage que son père lui aura fait faire dans le même tems qu'il gravoit le portrait du duc de Lorraine , c'est-à-dire avant son voyage d'ilalie, et qu'on ne veuille dire que le père se soit fait honneur de l'ouvrage de son fils, et qu'il n'ait pas fait difficulté de s'attribuer des armoiries qu'il regardoit comme son bien, et ayant présidé au texte des blasons qui étoient de sa charge. En tout cas, Callot ne perd pas beaucoup, quand on le dépouilleroit de si faibles planches.

— J. Mariette, à l'exception du frontispice qui ne se trouve pas si facilement que les autres, et qui représente l'ancien autel de S^ Pierre, a toutes les planches des tableaux et statues placées sur les autels des Eglises de S* Pierre du Vatican et de S^Paul, hors des murs de Rome, au nombre de 30 pièces, gravé au burin par J. Callot, dans ses premiers commencemens, et apparemment dans le temps qu'il estoit en apprentissage de graveur à Rome, chez Philippe Thomassin. ^ Jedoute de la gravure des statues de S* Pierre et de S* Paul, exécutées par François Mocchi, lesquelles dévoient estre placées dans l'église de S^ Paul, et sont présentement à la porte du Peuple à Rome ; je ne crois pas mesme qu'elles fussent encore exécutées, lorsque Callot étoit à Rome et mesme de son vivant; c'est ce qu'il faudra examiner plus particulièrement.

—L'arbre généalogique de la famille del Turco, gravé au burin, à Florence, par J. Callot ; son nom, formé ainsi Callot (1), y est gravé au bas; la dédicace, adressée à Pierre François del Turco, majordome de Don Antoine de Hedici, par le cavalier Jean del Turco son parent, qui avoit fait graver cette planche, est dattée de Florence, du 12« May 1612. Ainsi, on ne peut pas doutter que ce ne soit une des premières pièces

(1) Le C traversé par un L

que Callot a gravée à Florence; il y paroit bien peu habile en comparaison de ce qu'il a fait depuis. L'on voit dans le fond une trouppe de cavaliers armés de lances dont un porte un guidon aux armes de la famille delTurco. Cette pièce, que je n'ay veue que dans l'œuvre de H. Beringhen, a 19» h. sur 140 tr.

— Callol étoit déjà à Florence dès l'année 1612. On n'en peut point douter, puisqu'il y grava cette mesme année l'En» fer de Dante au burin, d'après Bernardin Pocetti (1), et les figures pour le livre des obsèques de Marguerite d'Autriche à l'eau forte ; ainsy, dans la mesme année, il donna des preuves de ce qu'il scavoit faire dans ces deux genres de graveure, et Baldinucci se trompe lorsqu'il dit que, depuis 1613, qui est le temps qu'il prétend que Callot arriva à Florence, jusqu'en 1615, il ne fit autre chose que s'exercer dans l'étude de l'architecture, de la perspective et de la gravure à l'eau forte, comme si c'estoitpour luy une chose nouvelle que cette pratique. 11 étoit encore à Florence en 1620, et l'on pourra scavoir à peu près le temps qu'il en est sorty par la datte de la mort de Cosme second grand duc (mort le 28 février 1621), dont il a gravé le portrait, puisque ce fut peu de temps après qu'il at)andonna l'Italie. Il faudra encore examiner les dattes des oraisons funèbres de Fr. Prince de Toscane (1614), du Sénateur des Statuts de l'ordre de S^ Etienne (1620), du livre intitulé Fiesole distrutta (1621) ; tout cela fixera des époques. Le parterre de Nancy est par exemple gravé en 1625, le combat à la barrière en 1627, Callot étant pour lors à Nancy. Le siège de l'isle de Ré, gravé en 1631, Ta été à Paris, et sans

(t) Il y grava aossy au burin, au commencement de ceUe mesme année, 1613, farbre généalogique de la famille de Turco; la dédicace est dallée du it^ May 1613. Gel ouvrage paroit avoir élé fait avant Tenfer de Danle, et peut estre le premier qu*il aura fait à Florence. (NoU de MarielU.)

doute celuy de la RcM^helle y a été aussy gravé. L'on pourra, avec ces secours et ce que Baldinucci , Sandrart, Perrault et d'autres ont rapporté de la vie de Callot, en faire une plus complette et mieux suivie, et fixer l'année de la naissance de Callot, dans laquelle ils ont tous varié. J'ay joint, aux marges de ce catalogue, plusieurs remarques que j'ay faittes à mesure que je le travaillois. On pourra encore y trouver des particularités. Au reste, comme Callot a presque toujours gravé à Veau forte, je ne me suis attaché à marquer exactement le genre de graveure qu'à celles qui le sont au burin.

— Pilate faisant montrer au peuple J.-C. couronné d'épines; gravé au burin en 1613. — On en trouve des premières épreuves avant le nom de celui à qui la planche est dédiée. — Elle porte le nom de Callot; la dédicace est dattée 1613, d'où Ton conjecture que la planche a esté gravée dans la mesme année ou du moins peu auparavant. Baldinucci prétend, et il semble avec raison, qu'il l'a faitta à Florence, et que c'est le temps que Callot a pu arriver dans cette ville. La dédicace est adressée à un florentin par un moyne servite. Le dessein paroist estre de Stradan, qui estoit pour lors à Florence; tout cela établit son opinion.— Cependant l'enfer de Dante est daté de 1612. Donc, Callot était déjà à Florence dans cette année.

— Frontispice d'un livre intitulé : l'Harpalice, tragédie de Francesco Bracciolini, al molto ill'* et Claris»*» Sig« il Sig* Donato dell' Àntella : Con privilegio. In Fiorenza 1613. Âp* presso Giandonato et Bernardioo Giunti e compagni. Coo licenza de' superiori. Ja. Callot fe. Cette pièce est gravée au burin ; c'est un frontispice d'architecture, au-devant duquel sont représentées, sur des piédestaux, deux femmes debout, dont celle qui tient le sceptre désigne l'éloquence, et l'autre, qui tient une épée, représente la tragédie; ce frontispice est terminé par un fronton, auquel sont attachées les armes de HédidSy au milieu de deux renommées. Je ne sais qui en a

doDDé le dessein ; il est très mauvais. CeUe pièce est, au reste, de la même exécution que toutes celles que CaUot grava au burin dons le mesme temps* — Callot a gravé ce titre de li vr^ siu* son propre dessein. J*ay veu ce dessein chez H. Boulle; il esloit lavé de bistre, le trait au crajon, manière qui a toujours esté familière au graveur. Au reste, quoy qu'il ne lut pas d*une grande manière, il étoit infiniment mieux que la graveure, ce qui fait connoistre que Calloi, avant de se mettre à graver, s étoit déjà fort exercé dans le dessein, et voilà ce qui fait qu'il est devenu si habile graveur en peu de temps.

— S** famille, dans une forme ronde, d'après André del Sarto, gravé au burin en 1613. Le nom de Callot n'y est pas; mais elle est cependant incontestable de luy et faitte dans la mesme année et pour le mesme P. Servite que l'Ecce Homo cydessus; du moins la dédicace est datée de mesme de 1613*— Le tableau original d'André del ^rto, qui est d'une grande beauté, se trouve présentement en France dans les appart^^ mens de Fontainebleau. — Aux dernières épreuves ; ch^ P. Mariette; le nom de Callot est gravé sur la {riancbe.

— S'Mansuet, premier évêquedeToul, resuscitant le fils d'im des princes du pais, inventé et gravé en partie à l'eau forte» et en partie au burin, par J* Callot. *— Le saint Mansuet n'est pas la première pièce qu'il ait gravée h Florence; c'est une iautte de Félibien; il ne l'a mesme deu graver qu'à Nancy. Ceci mérite un examen particulier. ^ Il y en a des épreuves, mais elles sont d'une grande rareté, où il n'y a point encoxe d*armoiries sur la chappe de l'évêque, ni de raquette aux pieds du jeune homme ; la date et le nom de Callot ne sont pas encore gravés; telle est une épreuve qui est dans l'œuvre de H. Béringhen. — Je crois voir, sous la figure d'un garde qui est au coin de la planche, le portrait de Callot, et le portrait du duc de Lorraine sous la figure d'un seigneur qui a un ordre de chevalerie. A l'égard des armes qui sont sur la chappe, ce sont celles de Jean des Porcelete, évêque et comte

de Toul, mort en 1626. — L'épreuve que M. de Lorengere a dans son œuvre est encore avec l'arme sur la chappe; mais on y lit distinctement la datte 1616 (1) qui a été eflacée depuis, d*où il s'ensuivroil que Callot auroit gravé cette planche en Italie pour estre envoyée en Lorraine, ce qui ne me paroist pas bors de vraysemblance. — Le S^ Mansuet a dû estre gravée à Florence, puisque sur les premières épreuves on y lit la datte 1616 ; et il est encore ceitain que la planche a esté faite pour Jean des Porceletz, évèque de Toul (voyez sur cet évéque de Toul la note qui est à la suite de Véloge de Callot du P. Husson, p. Ixxxiij), ou du moins qu'elle a esté faite pour estre présentée à ce prélat; car ce sont ses armoiries qu'on voit sur le bord de la chappe du saint. Il n'y avoit que qaatre années que Callot éloit à Florence, et dans cette même année il publia la suite des bossus, les trois intermèdes, et les Fe>te per la venuta del duca d'Urbino in Firenze. 11 se pourroitque cette planche du S^ Mansuet lui ait été commandée par quelque Lorrain, qui se trouvoit alors à Florence, et qui envoya de là la planche en Lorraine; car jamais la planche n'a appartenu à Callot ; autrement elle se seroit trouvée dans le fond d'Israël, qui acquit toutes les planches de Callot, et celle-cy n'y éloit pas. Ce Lorrain estoit peut estre le mesme, qui, des premiers moments de l'arrivée de Callot à Florence, lui donna à graver une généalogie des Porceletz, dont M. de Clerambaut avoit une épreuve, et, dans ce cas, qui meparoit possible , la pièce n'aura point été gravée, comnje je l'ai cru, en Lorraine, en même temps que le portrait du duc de Lorraine, mais en Italie, ce qui revient à peu près au mesme. Mais je préférerais la seconde opinion, parce que, tout mauvais qu'est le trait de cette pièce, il me paroit d'une trop

(1) Une note, mise en marge, d'une autre écriture affirme que la date est non pas 1616, mais 1613; Targumenl de Marieite reste le même, puisque Callot était aussi bien en Italie en 1613 qu'en 1616.

grande étendue pour avoir pu être entrepris par quelqu'un dont c'étoit le coup d'essai.

— Portrait de Donato deli* Antella ; ce beau portrait de Callot» gravé à une seule taille dans le goût des Caprices de Florence, est très rare; il se trouve à la teste de l'oraison funèbre de ce sénateur, imp. à Florence en i6i8; cy-joint est l'intitulé de cette oraison funèbre : — Orazione di Camillo Rinuccini in Iode del. sig. Donato dell' Antella, Senator fiorenlino, Priore di Pistoia , neir illustrissimo ordine di S. Stefano, Consigliere di siato del Sereniss. Gran Duca di Toscana, soprintendente de tutte le fortezze di S. A., Protettore délia Comrounita del Dominio di Firenze. In Firenze, nelle stamperia di Zanobi Pignoni» 1618, 4®. Outre le portrait, il y a, dans la feuille du frontispice, des armes de Médicis gravées par Callot.

— Lorsque la feste, que Callot a gravé, et qu'il a renfermé dans un cartouche en forme d'évantail, se fit à Florence, elle lut annoncée par une description qui fut imprimée. Elle est de forme de 4o, est de 12 pages, et porte pour titre : Rattaglia trà Tessitori et Tinlori , festa da farsi in Firenze nel fiume Amo, il di 25 Luglio 1619, 4o, appresso il Ceconcelli. La planche parut en même temps, sur une feuille de papier, sur laquelle furent aussi imprimées quelques pièces de poésie italienne faites à celte occasion. J'ai tiré ceci des notes qui accompagnent le poème de Malmantile, edit. de Florence, en 1750. L'on voit que les tenans de cette joule sur l'eau furent les tisserands et les teinturiers de Florence, et que c'est pour cette raison que leurs chefs etoient nommés il re Tem et il te Tinta.

— Les Caprices. L'on ne peut scavoir précisément en quel temps Callot a gravé celte suite; l'épistre dédicaloire ne l'apprend pas. Elle enseigne seulement que ce sont là, au jugement de Callot mesme, ce qu'il avoit fait de meilleur jusques alors; car, sans y faire mention de ses ouvrages antérieurs, il y dit que ce sont là les prémices de ses travaux, sans doutte

de œm (jull crojoit mériter attentioti, et effectivemeût ce sont de ses meilleures choses, qu'il a du graver vers le même temps que le catafalque de l'empereur Mathias. C'est à dire vers les années 1618 ou 1619.

— Suitte des principales actions de Ferdinand I, grand doc de Toscane, en 15 pièces, gravées, au burin ou à Teau-forle, par J. Callot durant son séjour à Florence, pour le grand Duc, qui en conserve les planches dans son cabinet, d'après les pemtures de Mathieu Roselli et de Bernardino Pocetti qui sont dans le Palais du grand Duc, et dans la maison de plaisance de St-Marc à Florence, où le Cardinal Charles de Médicis les avoit fait peindre. — Ou bien d'après les desseins de Tempeste. — Les planches, qui composent cette suite, se conservent dans le cabinet du grand duc, ce qui fait que les épreuves sont si rares. Callot n'a mis son nom à aucune et il étoit pourtant déjà fort avancé, à en juger par celle gravée à l'eau forte, dans laquelle il a fait voir qu'il y étoit bien plus propre qu'à manier le burin. Les autres sont cependant bien gravées, quojque d'une manière sèche qui se resseot bien de celle de îhomassin, son tnaistre, et je ne voys rien de mieux de luy au burin. — Les explications des sujets, que je donne icy, m'ont été communiquées à Florence, par fil. fiianchi, antiquaire de S. A. R. et garde de ses curiosités, lo Cérémonie du mariage de Ferdinand 1 avec Christine de Lorraine. Voir si ce n'est pas plutôt la cérémonie du mariage de Marie de Médicis. Il me semble qu'il y a au Luxemboui^ une copie de ce tableau dans le grand cabinet de l'Appartement de la Reyne. 11 y avoit, dans l'œuvre de M. de Montarsis, trois épreuves de cette planche pas encore achevée, dans trois états différents, mais ce n'estoil que curiosité ; il n'y avoit rien de particulier; cela fait seulement voir que Callot faisoit pour lors imprimer des épreuves de ses planches à mesure qd'il les avançoit pour estre plus sûr de leur effet ; 9f la grande duchesse Christine de Lotraine accompagne à Té^se

des jeunes filles dotées par elle; 9^ Ferdinand I ordonnant la restauration du dôme de S** Marie del Gore et de N. D. de l'Annonciade à Florence; i^ le même faisant fortifier le fort de Livourne ; 5o les digues de Pise, nommées Bocckette, rétablies par son ordre; Ô*» levée de troupes contre les Turcs, d'après Tempesle. Callot, avant que de graver cette planche, en avoit déjà commencé deux autres du même sujet sur des desseins Jort peu différents, il n'est pas aisé de deviner la raison pour laquelle, après avoir commencé à graver quelques figures, il les laissa imparfaites et en recommença une troi* sième. Ce qu'il y a de certain, c'est que, les planches lui étant demeurées, elles lui servirent, dans la suite, à graver d'autres choses sur le revers. Il y en eut même une qu'il coupa en deux morceaux. Le sieur Fagnani en a fait imprimer quelques épreuves dans l'étal qu'elles sont pour la satisfaction des curieux ; ?<> le Départ des trouppes, d'après Tempeste. M. deMontarsis en avoit trois épreuves avec différence, dont deux avant que la planche fut achevée, mais il ne s'y rencontroit rien de singulier ; 8® Descente en Afrique des chevaliers de l'ordre de S* Etienne, d'après Tempeste. Il y a sur le devant un cavalier Turc, dont le cheval s'élance en avant ; on en trouve des épreuves avant que la planche fut terminée entièrement ; il y en avoit trois de cette sorte dans l'œuvre de M. de Montarsis ; 9® le rembarquement de ces mêmes trouppes ; il est du dessein de Tempeste ; lO® Autre expédi* tion des chevaliers de 8' Etienne prenant une ville d'Afrique contre les infidèles. Celle-ci est certainement de Tempeste, j'en ai veu le dessein original ; il y en a encore d'autres dans cette suite qui sont d'après lui. La manière les fait reconnaître; llo Combat naval de six galères des chevaliers de S* Etienne contre trois vaisseaux Turcs; cette pièce est la seule qui soit gravée à l'eau forte; i^ autre combat naval; 13* les troupes du grand duc, jointes aux chevaliers de S' Etienne et commandée par Jacques Inghiraml, prennent la ville de Bonne

en 1607 ; 14<' ces mcsmes troupes combattant contre les Turcs avant que de prendre la ville. Ces deux pièces sont gravées d'après le tableau de Bernardin Poc^lti dans une des salles du Palais Pitti à Florence ; elle se nomme la Sala di Bona; Baldinucci, vie de Pocetti ; IS® autre sujet de la prise de la mesme ville ; celuy-cy est gravé d'après le tableau de Mathieu Roselli.

— La foire del Imprunetta. Les plus belles épreuves, et celles qui sont les plus rares, sont celles où il n'y a pas encore les armes de la famille Buondelmonli (ce sont les fondateurs de celte église, voyez description de Florence de Garlieri, p. 166) d'un coté, et de l'autre, à un des coins de la planche où est ce théâtre de charlatans, celles de l'église de la Madone del Imprunetta. Dans cette église est une image miraculeuse que l'on prétend peinte par S* Luc. Elle a été gravée par la Belle, et on avoit coutume de la porter à Florenœ dans les temps de calamité et de peste. Celle foire de Tlmprunetta se tient le 18 d'octobre, feste de S* Luc; le lieu est peu éloigné de Florence. Il falloit que cette planche eût eu un succès bien favorable, pour que Callot, de retour à iNancy, entreprît d'en recommencer luy mesme une grande planche, mais celle-cy, n'ayant pas réussy à l'eau forte, ce qui fait qu'on en trouve rarement de belles épreuves, il s'en faut beaucoup qu'elle approche de la perfection que l'on admire dans la première, joint à ce que l'on a déjà fait remarquer, qu'il est presque impossible de se copier soy mesme une seconde fois et d'espérer que la copie vaille l'original. Voilà à quoy on la peut reconnoislre ; il y a beaucoup de burin, cela est sensible ; c'est ce qui la rend surtout moins spirituelle que celle de Florence.

— A rindiccUùm d*une pièce, représentant, à côté de paysam gui dansent et de joueurs de houie^ des jeunes fiUes qui présent ient un may et des fleurs à un gentilhomme^ Mariette ajoute: Si cette pièce n'a pas été gravée en Italie, du moins le dessein y a du estre fait, et c'est ce qui aura donné occasion à Callot

d'y représenter ces jeunes filles qui portent un may. Car^ c'est un usage à Florence et dans les environs, qu*au commencenjent du mois de Hay, les jeunes filles d'entre le peuple se rassemblent trois ou quatre, et, l'une d'entre elles portant une branche d'arbre garni de fleurs, elles vont par la ville, chantant diverses chansonnettes agréables, et, s'arrétant surtout en présence de ceux qui leur donnent quelque argent, elles répètent leurs chansons au son du tambour de basque. Cet usage, au reste, est fort ancien etBaldinucci remarque qu'il en est fait mention dans le code, lib. II, 45, de Majumd. — J'en ay veu plusieurs épreuves sans aucune lettre.

— L*arbre généalogique de la maison de Lorraine, depuis Pharamond fondateur de la monarchie françoise jusqu'à Charles III, dit communément IV, duc de Lorraine. C'e^tune Mrande pièce composée de trois planches, qui ont 2 pieds 2 pouces et demi chacune de haut sur deux pieds de large, ce qui fait en tout 6 pieds sept pouces de haut. Au pied de l'arbre est assis Pharamond revêtu d'un manteau royal sur un amas de trophées d'armes ; c'est la seule figure qui soit sur ces planches, et, au haut de la dernière planche, sont deux cartouches renfermant les armes de Lorraine. Tout le reste ne consiste que dans des noms et quelques armoiries renfermés dans des ronds attachés aux branches de l'arbre. Cette pièce est gravée dans la manière de la grande thèse, et depuis l'année 1624, que Charles IV prit la qualité du duc de Lor* raine. Comme ces planches n'estoient pas fort importantes et qu'elles paroissent avoir esté gravées assez négligemment et à la hâte, Callot n'a pas jugé à propos d'y mettre son nom ; mais il n'y est pas pour cela moins reconnaissable ; ce graveur y a mis sa touche, prononcée avec sa fermeté ordinaire, et c'en est assez. Mais comme la figure est un peu grande et que c'est un ouvrage fait trop à la hâte, il s'en faut beaucoup que ce soit une de ses bonnes choses. Elle n'a que le mérite

d*êlre eitrémemenl rare. Jusqu'à présent mon père n'en aTOit jamais entendu parler ; M. Helle, neveu de M. d'Hermand, en a fait la découverte à Mannheina, et en a apporté à Paris une épreuve assez mal conditionnée, car elle avoit été loDgl^nps exposée à l'air, qu'il a vendue en 1737 à M. de Lorengère, avec une épreuve de la Tentation rare, qu'il a trouvée au même endroit.

Il m'a assuré qu'il y avoit encore une généalogie, en une seule feuille, de la famille des Porceletz en Lorraine, gravée par Gallot et de ses bonnes choses, dont M. de Cléramhaut a une épreuve et le dessein original de Gallot. — Ce rapport, que m'a fait M. Helle, n'est pas dans la vérité. Je viens d*avoir occasion de le vérifier sur l'épreuve et sur les desseins, qui appartenoient h M. de Glérambaut. L'estampe a été décrite par Gersaint, page 118 de son catalogue des estampes du cabinet de Lorangère ; mais, comme il ne l'a pas fait exactement, en voici une nouvelle description. Le morceau est, ainsi qu'il le dit, de deux planches, qui, étant assemblées, portent 33 pouces de haut sur 20 pouces de large. Le centre de la planche est occupé par un espace contenant l'arbre généalogique de la maison des Por(«letz, famille noble de Lorraine, et tout autour sont disposés trente-trois sujets historiques et particuliers à cette maison, douze à droite en deux colonnes, et douze à gauche dans la' même disposition. Il y en a six autres en tête, en deux colonnes, au dessus desquels est placée une figure deGhrist debout tenant sa croix; et au pied dudit arbre généalogique sont encore trois sujets disposés en manière de culs de lampes. C'est en cet endroit qu'on trouve d'un côté des lettres initiales, qui sont celles de celui qui a dressé cette généalogie : /. P. M. L. M. coUeetor, et de l'autre cAté : lac. €aUot êculpior. Si jamais estampe a eu besoin que celui qui l'a gravé y ait mis son nom, afin qu'on sçutde qui elle étoit, c'est assurément celle cy ; car, que le nom de Gallot n'y soit pas, je défie à ftme qui vive de se douter qu'il y

ait jamais mis la main. Elle est gravée au butin et fort mal, et d'un goût de dessein qui n'est pas meilleur, et qui ne fut jamaiç celui de Callot. Il est pourtant vray qu'il Ta gravée, et il ne pouvoit pas mieux faire dans ce temps là ; car c'est un de ses premiers ouvrages, et qui a dû avoir été fait dans le même temps que le portrait du duc de Lorraine, Charles III. Les desseins qu'a M. deClérambaut, et qui sont en blanc et noir sur du vélin, sont les mêmes qui ont servi à Callot pour la gravure. C'est l'ouvrage de quelque peintre médiocre et non le sien. Ceux, qui l'a voient choisi pour graver cette planche, supposoient, et sans doute avec raison, qu'il n'en scavoit pas alors assez pour exécuter ces sujets; ils le firent dessiner et les lui donnèrent pour lui servir de modèle, et il n'eut qu'à les réduire en forme plus petite. J'ai donc raison de dire que M. Ilelle, en m'annonçanl ces desseins pour estre de Callot, et sa planche pour estre un de ses bons ouvrages, ne m'avoit pas accusé juste.

— Dans le livre intitulé : Recherches des saintes antiquités de la Vosge, province de Lorraine, par Jean Huyr, chantre et chanoine de l'église collégiale de S. Dié. 1625, a S. Dié, par Jacques Martier, imprimeur de son Altesse, in 4<>, il se trouve trois pièces singulières de Callot, savoir : Le Frontispice qui est répété à la première et à la seconde partie du Livre ; il représente une composition d'architecture, au milieu de laquelle est attachée une espèce de tapis sur lequel est imprimé le titre du livre. Précisément au dessus de ce tapis, la S** Vierge, tenant l'enfant Jésus, est représentée environnée de nuées; la composition d'architecture se termine par le bas en cul de lampe, sur lequel sont placés, aux deux côté du tapis susdit, deux saints évêques debout. S* Dié et S* Hidulphe, archevêques de Trêves, tous deux patrons de la Vosge ; le dernier délivre un enfant possédé du démon ; cette pièce est gravée avec beaucoup de fermeté» et du meilleur de Callot; elle a 6» 10* de hauteur sur 5*» 3* de large. La seconde pièce est une vi-

gnette eu léte de l'épistre dédicatoire; Gallot y a représenté une teste de chérubin, dont les aisles, qui se terminent en rinceaux d'ornements, embrassent à droite et à gauche deux cartouches qui renferment des armoiries (qui se trouvent aussi au bas du frontispice) ; ce sont celles de P. do Ligneville Tantonville, grand Prévost de l'église collégiale de S. Dié et celles du chapitre de cette mesme église. Elle a 2° de h. sur 4*» de large. La troisième pièce, qui se trouve à la lin du livre, à la teste de riiistoire de la Bienheureuse Vierge aux trois épies, de la ville de Mariville, dans la Haute Alsace. La S** Vierge, tenant des épies, y est représentée apparoissanl à un paysan (Maréchal), qui conduit un cheval, et lui ordonnant de bâtir en ce lieu là une chapelle en son honneur ; dans le fond est un chc^ne sur le tronc duquel est pratiqué une espèce de petite chapelle en bois, où est une Vierge de pitié, tenant J.-C. étendu sur ses genoux. Celle pièce a 3° 6* h. sur 2° 3* tr., avec cette inscription au bas : Notre Dame des 3 épies, au dessus de Mariville, en la Haute Alsace. Â toutes ces piècefs, Callot a négligé de mettre son nom; elles sont pourtant bien exécutées. Ce qui les rend si rares, c'est que l'édition tout enlière du livre, dans lequel elles ont servi, fut supprimée par l'auteur, à cause du grand nombre de fautes dont elle étoit remplie. Il en donna dans la suilte une seconde édition corrigée et augmentée, imprimée à Epinal, par Ambroise Ambroise, en 1633, in 4*", mais où il ne mit aucunes planches. Parmi plusieurs pièces, à la louange de l'auteur, qui sont au commencement du livre dans cette seconde édition, on en trouve une avec ce titre : Gronographium bis indicans annum 1625, quo prima operis impressio facta, et ob typorum vilia, quibus scatebat, ab auclhore ipso supressa est. La négligence, avec laquelle les planches de Callot y avoient été imprimées, répond à Timperfeclion de l'édition. Mon grand père en avoit une première épreuve du titre, qui, comparée avec celles qui viennent du livre, paroist toute une autre

planche. Elle appartient présentement à M. de Lorengère.

— L'entrée de Mg' Henry de Lorraine, M^ de Moùy, sous le nom de Pirmandre. — Cette mesme pièce, gravée une seconde fois, et dans une plus grande forme, par le même Callot. — Elle ne se trouve point dans le livre (il s'agit du combat de la Barrière; Nancy, 1627). Je croy qu'estant trop grande, il aura été obligé de la recommencer, ou peut-être l'aura-t-il fait pour mettre au-dessus de quelque sonnet; et c'est ce que je tjrois le plus volontiers. — Ce dernier sentiment est le vray ; depuis, la planche a été coupée en autant de morceaux qu'il y a de sujets dessus, c'est-à-dire en six morceaux.

— A la iuite de ^indication de la pièce du bras droit arméj devise de la maison de Lorraine, qui se trouve dans le même combat à la barrière, Mariette ajoute : Une autre, où ce bras est représenté de l'autre sens, c'est-à-dire à gauche, se trouve dans quelques exemplaires du Livre du combat à la barrière, ce qui les rend rares et singuliers. — Le petit bras armé, qui est dans l'œuvre de M. de Clérambaut, et qui, par la disposition, est le même que l'autre petit bras armé, qu'on connoit, me paroit bien de Callot et assez finement touché. Je suis en cela d'un sentiment fort différent de Gersaiut, qui doutoit de son originalité.

— Les monnoyes des princes de l'Europe, principalement de ceux de l'Allemagne et d'Italie, ayant cours au commenment du 17« siècle, au nombre de 106, dessinées et gravées à Teau-rorte par J. Callot, qui les a rassemblées sur dix planches. Israël Silvestre exe. 1662. Ce sont des pièces les plus n^ligées de Callot, qu'il n'a pu faire plus tost que 1630, y ayant dedans des monoyes de 1629.

— Le portrait de Charles de Lorme, médecin ordinaire du Roy. dessiné et gravé à l'eau-forte, à Nancy, l'année 1630 ; elle est dédiée à ce M. Delorme, par J. Callot. C'étoit un des plus grands curieux d'estampes de son temps, surtout de celles de Callot; aparemment qu'il étoil de la suite de Gaston, duc

d*Or)éaBs, dontUestoit le p^*^ médeiio, qui, daos c«lle«umée, estoit, ce me semble, à Nancy.

— Le portrait de Deruet et de son fils; les changemeats qu'on trouve dans les épreuves sont peu considérables; ils ne consistent qu'en ce que la £ace du costé du bastimeutf qui est dans le lond, et qui estoit ombrée d'une seule taille dans les premières épreuves, est icy changée en deux bacbeures (1).

— Les trois petites pièces ovales, que Ton nomme, Bitre les curieux, les Sacrifiées. Peut-être expriment-eUes le culte rendu à Dieu, au démon et aux hommes; car c^étoit un usage cbez les Romains, que les soldats adorAssent l'image de l'empereur. Rares; sans son nom. — Je croyois tout d'un coup que ces trois pièces pouvoient avoir rapport aux religions payenne, judaïque et chrétienne, et j'^ trouve bien deux qui y ont rapport; mais je ne scais ce que veut r^réseoter l'autre sujet; ce n*est point, comme jelecroyois, Philon en présence de Galigula. Quoy qu'il en soit, la première faite des deux planches de ce sujet, que Gallot a recommencé deux fois (des gens la teste couverte de leur manteau, devant un empereur assis sur un trône) se fait reconnottreence que celuy« qui est le plus près du trône de l'empereur, lève d^ deux mains la drapperie qui luy couvre la teste, et que luy ^ aussy bien que les autres, sont vêtus d'habits longs au lieu des cuirasses et des corselets qu'ils ont dans l'autre planche. — M. de Lorangère a, dans son œuvre, une épreuve de cette première planche, avant que Callot y eût fait des chaogemens dans la drapperie de cet homme qui est sur le devant, et qui a la teste couverte d'un voile, et qui a une canne à la main ; il estoit, en premier lieu, entièrement couvert d'un large mantoau. Mais il y en

(1) Le Louvre possède le dessin original de Callot pour ce portrait. Voyez la vie de Deruet , dans le second volume des FeirUres provinmuap.

eul très peu de tiiées dai» cet eetat. Celle de M. de Lorafigète, qui est peut*éire unique, en est en quelque façon une épreure. On y voit déjà la préparation que Callot méditoit de faire à cette figure, qui est sur le devant; elle est lavëe de bistre, et on découvre encore quelques vestiges des traits que Callot y avoit mis pour chercher une autre forme de drapperie ; apparemment qu'on luy fit apercevoir que celle, dont il avoit vestu sa figure, n'étoit pas conforme au costume. Mais ces traits ont été effacés en partie par quelque curieux, pour apercevoir le travail de la graveure caché dessous. Dans les secondes épreuves, on lui voit la tunique et le genou. Les épreuves, qu'on rencontre ordinairement de cette planche, ont été faites ^ depuis que la planche eftt été rayée, apparemment par Callot, comme inutile.

— Plan du siège de Bréda. Les explications relatives aux chiffres sont imprimées chez Plantin en 1628, ce qui me fait croire que c'est à peu près le temps que Callot a gravé les planches. Ce sont de ses plus parfaits ouvrages, et, des trois sièges, celuy qui est fait avec le plus de soin. Ce qui est incontestable, c'est qu'il n'a p^s pu être gravé plus tost que 1635, ny plus tard que 1628.

— Dans le plan du siège de l'tle de Rhé, gravé en 1631, si l'on y prend garde, on remarquera quelque chose qui a été effacé entre les figures de Louis xni« et de Gaston, qui sont représentés à clieval, sur le devant du tableau. Tay entendu dire à mon grand père (et je crois mesme qu'il luy en estoit passé par les mains, où estoit cette particularité), que Callot avoit représenté entre ces deux princes le cardinal de Richelieu aussy à cheval et une baguette à la maip, ce qui fut effacé presque sur le champ, de sorte qu'une épreuve, où cela se trouveroit, seroit d'ime extraordinaire rareté. — M. Boule avoit le dessein original de Callot de ce grouppe où estoit représenté le cardinal de Richelieu au milieu du Roi et de Monsieur, tel qu'il estoit avant qu'on eût effacé sur la plan-

cbe la figure du cardiual de Richelieu, ce qui est une preuve qu'elle y a esté; il est préseutement passé en Angleterre. Un marchand de tableaux, anglois, nommé M. Haye, Ta achetté de M. BouUe. — J*ay veu, chez M. Boulle, un autre dessein de Gallot, qui est une première pensée pour ce grouppe. Gaston, duc d*Orléans, ne s'y trouve point représenté, mais le cardinal de Richelieu y est à cheval auprès du Roi. 1731.

— Le plan du siège de la Rochelle est celuy des trois plans que Callota gravé avec le plus de négligence; il s'y est laissé emporter à son génie.

— Les planches de la Rochelle et de Tisle de Rhé avoiadt esté achetlées par M. Delorme, celuy dont Gallot a gravé le portrait. On avoit été longtemps sans savoir ce qu'elles estoient devenues; elles sont reparues, depuis un ou deux ans, entre les mains du sr Gars, graveur à Paris. 1725.

— De la suitie de la Passion, en 12 sujets, M. de Lorengère a une première épreuve de la planche qui représente la fla* gellation , laquelle est singulière en ce qu'il s'y trouve un bout de figure de plus, qui, je ne sçais par quelle r^^ison, a été effacée depuis par Gallot. Elle est placée dans l'ouverture d'une porte qui df>nne dans la prison, et représente un homme qui fait des fouets; cette figure parut sansdoulte trop petite à Gallot et nuisant à sa composition. — Elle étoit sur son dessein ; car j'ai vu tous les desseins de la petite passion et ceux de quatre banquets, qui lui ont servi à graver, et qui sont de la même grandeur que ses planches. Us sont au crayon, lavés de bistre et toucha avec un esprit infini; mais comme il n'y a que l'Âme, et que rien n'est digéré, il falloit être Gallot pour trouver de si jolies choses au bout de sa pointe. Il est pourtant vray que, pour ces petits desseins, il avoit fait, de chaque figure, des études, comme s il eût dû les graver en plus grand. J'en ai plusieurs, et qui font voir combien il étoit curieux de bien faire. Il ne reparoitra pas sitost un tel homme.

— Je Yois souvent que» quand on veut donner une idée du style burlesque, on emprunte la comparaison des ouvrages de Callot. Mais cette comparaison n'est point juste; le style burlesque de Scarron , de Dassoucy, etc., est un style bas et ignoble, dont ces auteurs se sont servis pour travestir le style noble de Virgile, et en cela ils ont abusé de leurs talens et se sont rendus méprisables. Pour peu qu'on ait tant soit peu de goût, on ne peut lire leurs poésies sans ennuy. 11 n'en est pas de même de Callot. 11 est auteur de figures grotesques, mais il les employé avec choix. On ne le voit point les employer pour dégrader des sujets sérieux; ses pantalons, ses bossus, restent dans les plans qu'ils doivent occuper, et ne passent point dans d'autres compositions que celles où ils conviennent. Le seul sujet sérieux, où Callot a introduit des figures fantastiques, et plus comiques les unes que les autres, est sa tentation de &> Antoine, Mais ce sujet le comportoit ; c'étoit une diablerie. 11 étoit permis à Callot de donner essor à son imagination. Plus ses fictions étoient de la nature des songes, plus elles étoient propres à ce qu'il devoit exprimer. Car, le démon voulant tourmenter S^ Antoine, il étoit à supposer qu'il avoit dû imaginer toutes les formes les plus hideuses et les plus propres à effrayer. Voit-on Callot mettre de semblables figures fantastiques dans les sujets de l'histoire sainte, dans ses sièges, et dans toutes ses autres pièces historiques. Il est assez observateur du costume. Faute d'avoir examiné, l'on le charge fort mal à propos. Mais c'est assez que quelqu'un ait dit mal à propos que tout ce qui est hideux doit porter le nom de figures de Callot, pour qu'on répète la même chose (1).

— L'on convient qu'il n'est pas possible de mettre plus d'esprit dans sa gravure, que Callot en a mis dans la sienne. Il

(1) Cette note porte en marge la date de 1745.

est pourtant vrai que ses desseins sont encore infiniment plus spirituels. Quoiqu'en petit, tout 7 est prononcé avec fermeté, et, l'on ne craint point de le dire, scavamment. G'étoit le fruit des bonnes études, que cet habile artiste avoit fait à Florence* Ilyavoittrouvéune manière dominante, qui étoit trop chargée, mais qui convenoit pour des sujets burlesques, tels que ceux qu'il représentoit, et même pour des sujets où il entroit des modes. Ainsi, ce qui étoit un vice dans les peintres d'histoire de ce temps là, devenoit une manière propre et faite en quelque sorte exprès pour Gallot. Le grand dessein de la tentation de saint Antoine, qui est dans la collection de M. Grozat, peut être regardé comme un des chefs d'oeuvre de ce maître, (i'est le quatrième grand dessein terminé, que j'ai vu de lui» pour parvenir à faire cette belle estampe, qui lui a si justement mérité la réputation dont il jouit. (Gat. Grozat, p. i 17.)

—Un grand dessein de la tentation de S^ Antoine, par Jacques Gallot, différent pour la composition de celle qu'il a . gravée. Ge dessein est d'une grande beauté, n avoit été transporté en Flandres, où il a appartenu à Antoine Triest, évéque de Gand. (Gat. Giozat, n» 1000, vendu 145 liv. au comte de TesBîn.)

— La tentation de 8* Antoine, de l'invention de J. Gallot, et gravée à l'eau forte, dans les dernières années de sa vie, est un de ses beaux ouvrages. G'est même, dans son espèce, un dief d'œuvre de l'art. — Les premières épreuves de la tentation de Gallot se reconnoissent à quelques différences, qui sont dans les armes de M. Phelippeaux. A celles, qui ont été tirées les premières, dans le 9^ et 9* quartier des armes, il n'y a que cinq roses, posées trois et deux. Depuis, l'ordre de ces roses a été changé, et il en a été ajouté un plus grand nombre. Je présume qu'on ne fut pas longtemps à faire ce changement, duquel peu de personnes se sont aperçues, pas même Gersaint, dans le catalogue de Lorengère. — M. BouUe en a le dessein, qui est très beau ; il est légèrement fait, lavé de bistre, le trait

au cnyon noir. Hais il falloit estre aussi foncé dans le dessein que rétoit Gallot, pour graver quelque chose d'aussi fini d'après un dessein si peu arrêté; c'est aussi la cause qu'il j a tant d'esprit dans la grayeure. — M. BouUe a encore un grand dessein du même sujet de la tentation de S^ Antoine par Callot, qui est très beau, et exécuté dans la même manière que celui, dont il est fait mention cy à côté. Il y a de grandes différences; mais, en général, on voit que c'est ce qui l'a mené au second dessein qu'il a gravé, et l'on peut juger, de là et des autres études que j'ay veu chez le même M. Boulle, faites pour le même sujet, combien Gallot se donnoit de soins pour ses ouvrages. Ces deux desseins ont esté vendus 200 liv* à la vente de M. Boulle, en 1732(1).

—-La tentation de & Antoine, traitée dilféremment et gravée à l'eau forte, avec esprit, en 1627, abAnimiolflei TingMo (celui, qui a imprimé le trésor de RoI)ert Etienne à Lyon, Se nommoit Philippe Tinghi et étoil Florentin], en deux feuilles, précisément de la grandeur du dessein original de Gallot. Geluy-cy, ayant été foit longtemps auparavant et durant le séjour que Gallot fit à Florence, a sans doute donné Tidée de l'autre.^ Je l'ay veu à Florence dans la gallerie du grand Duc, et il est lavé de noir.

-^ La tentation de S* Antoine, la mesme qu'a gravée Mei, — *la grande est tournée de l'autre côté, — gravée à l'eau forte, dans la manière des Intermèdes et de ce qu'il a fait en arrivant à Florence; elle est spirituellement touchée; je n'y vois point son nom, mais il y a pu y estre mis depuis; car cette épreuve est tellement des 1'** qu'il y a plusieurs endroits, qui ne sont pas finis, et mesme retouchés par Gallot, mesme au pinceau au bistre. —H a deu graver cette tentation dans le mesme temps qu'il estoit occupé à graver les batailles de Mé-

(1) Mariette a éerit iWt, mais par erreur.

dicis; car fay veu une épreuve d'une des dites batailles, la planche n'étant pas encore finie (c'est celle où il y a dans le milieu un cavalier qui vient en avant) ; il y avoit plusieurs pensées de monstres et de figures grotesques, dessinées par Gallot, pour introduire dans ledit sujet de la Tentation, et Ton voit par là que, dans le temps qu'il gravoit lad. planche de bataille, il avoit l'idée pleinne de pensées pour ladite tentation, lesquelles il mettoit alors sur le papier. Cette épreuve ângulière est dans l'œuvre de Gallot,. qu'avoit rassemblée l'abbé de YiUeloin.

— A ta iuiie de f indication de pièces, faussement attribuées à Collât y et que Mariette croit de la Belle, il ajoute : Extrait de l'œuvre de M. de Montarsis, qui avoit passé à sa mort entre les mains de M. de Girangi. M* Zanetti, de Venise, la lui a achettée en 1721 ; et c'est avant que de la faire partir pour l'Italie, qu'il me l'a cx>mmuniquée, et que j'ay eu occasion d'en extraire ces pièces, qui sont les seules qui ne sont pas dans mon catalogue.

— J'ay veu quelques tableaux peints par Jacques Callot, entre autres les quatre de la vie des Bohémiens, qui sont chez le grand Duc, un peu plus grands que les estampes, et celuy de l'enlant prodigue perdant son bien au jeu, que Gallot a aussy gravé à Nancy dans une forme ovale ; la touche en estoit pesante, sans couleur ; il s'en faut bien que ces tableaux approchent de la beauté de ses estampes et de ses desseins (1). n a beaucoup dessiné; on pourroit s'étendre sur la manière dont il dessinoit.

(1) Le Louvre possède, dans la collection des dessins, une peinture de Callot, qui a môme appartenu à Mariette, le martyre de saint Sebastien, dont il a fait une gravure. Bien que sur toile, c'est, à vrai dire, un dessin fait au pinceau et à Thuile, au lieu de Tétre avec des couleurs à Teau ; mais ce n*est en rien une peinture. Il n*y a rien d'étonnant à ce que, dans sa vie d'artiste, Callot ait quelquefois essayé de Thuile ; mais il y a loin de là à pouvoir ajouter à

—Portrait de Gallot, gravé au burin en 1629, étant alors Agé de 36 ans, par Michel Lasne. Israël amicusoptiœus excudit. Jacobus Calottus nobilis Lotharingus Calcographus. An. iEt. suse 36, 1629. Ce portrait a deu estre fait, pendant le se* jour de Gallot à Paris, où il estoit venu pour graver les sièges de la Rochelle et de Tisle de Rhé. Lisez l'inscription, qui est au bas du portrait; elle est bien flateuse pour Callot.

— Portrait de Callot, gravé au burin, par L. Yorsterman, d'après le tableau d'Antoine Yan Dyck. De la suite des cent portraits (1). — Je ne le crois point de Yan Dyck, qui n'avoit peut estre jamais eu occasion de voir Callot, mais bien gravé sous sa conduilte, d'après le tableau de quelque autre, et peut estre mesme d'après un dessein de Callot; car ce portrait a beaucoup de sa manière. — Il se pourroit pourtant que Yan Dyck l'eût veu à Rruxelles, lorsqu'il y vint pour dessiner le siège de Rréda ; c'est ce qu'il faudra examiner.

— Suitte de 20 paysages, gravés à l'eau forte, par Fr. Gollignon, à Texception toutefois du cartouche, qui est à la tète, gravé par mon père, d'après Corneille le jeune , le tout d'après des desseins originaux de Callot; il n'y a à aucunes le nom du graveur ; aux bonnes épreuves IsraS ex, — Avant que M. Langlois, dequinous avons eu ces planches, les eût, elles avoienl pour titre un cartouche, gravé par Collignon, avec ce titre : Divers paysages, mis en lumière par Israël, dédiés à M. Louis Crevant, marquis d'Humières.

— Plan de la ville de Yico, en Galicie, et du siège mis devant cette place, en ...., représenté dans un cartouche en

ses titres celui de peintre, comme Tont voulu quelques-uns. Il y a d*ailleurs de son temps dû être fait beaucoup de copies peintes de ses estampes, à raison même de leur succès, et Ton a tort de les lui vouloir attribuer.

(1) La planche existe à la calcographie du Louvre, avec toute la suite, acquise récemment de M. Van Marck de Liège, par les soins de Tadministration. (N» 4035 du nouveau Livret.)

MO

lonne d'éfenuil » tel qu'on les lait en Italie; l'on a mis ootte pièce icy, quoyqu'elle ne soit point gratéeparCallot; maisil se pourrait faire qu'elle fût de son dessein, d'autant plus que la planche se retrouTe aus^ dans le cabinet du grand Duc.«-* Aucun nom; au bas de la planche cette seule inscription: Dedicatus al. S. don Pederigo Federid, R« di Vico, ce qui me fiait croire que c'est le plan de Vice ; car je n'en ay pas d'autre preuve; il s'y trouve bien des chiffres, qui font connoîstre qu'il doit y avoir une explication de cette pièce, auxquels ils sont relatif. — n me semble que c'est phistost le plan du siège de Porto Ercole, mis devant cette place par le prince Thomas. Il faudra voir dans l'histoire de ce Pederigo Pederici, à qui la pièce est dédiée , si ce n'estoit pas celuy qui deffen* doit la place pour les Espagnols. — Cest certainement le plan d'Orbitello et des c6tes maritimes de Porto Ercole, défendues par les Espagnols, commandés par Don Garlo délia Gatta, et assiégées par les Français, commandés par le prince Thomas, en 1646.

— Une suite de dix-neuf planches, dont il y en a dix-sept, sur chacune desquelles sont représentées diverses attitudes de figures ou caprices, qui ont environ 3« 6' de haut sur 5« 6' de large, et deux autres plus petittes, dont l'une représente un vieil officier, et l'autre un levantin, de ^^ 6' de hauteur sur S<> 6' de lai^. Le tout gravé par Noblesse ou d'autres disciples de Silvestre d'après des desseins de Callot; elles sont peu dans la manière, et je doute s'il n'y en a pas un plus grand nombre; les planches appartiennent à M. Fagnani; à toutes il y a le nom de Callot. — Le roy , — ou peut eslre l'abbé de Chancey sous le nom du Roy — les a acquis, et toutes les planches qu'il avoit de Silvestre et la Belle, en 1730.

— Les disciples détachent le corps de J.-C. et le descendent de la croix ; cette pièce, qui se joint à la suitte de la passion en huit pièces, n'a jamais été gravée par Callot, mais l'a été sur son dessein original par G.*^. Silvestre, fils d'Inaël. —

EUe se m trouve pas avec le reste de la suitte; car «Test M. Silveslre, qui en a la planche, et Ton en voit peu d'épreuves. Ce Silvestre est celuy, qui est le mattre à dessiner des pages du Roi. — M. Yerdier, qui a appris à dessiner de M. Silvestre» m'a dit qu'il luy avoit entendu dire plusieurs fois que la pièce du crucifiement n'estoit pas entièrement gravée par Callot, qu'il n'y avoit fait que peu de choses, et que c'estoit luy Silvestre, qui Tavoit achevée sur le dessein de Callot. Je crois effectivement qu'il a raison. Â toutes les autres de la suitte, il y a le nom de Callot, suivy de ces mots feeit ou m ei fe; \ celluy-cy on n'y a mis que le nom de CaUoi m, pour fiiire connoistre qu'il n'en est que l'inventeur.

— Gros Guillaume, comédien de l'histoire de Bourgogne, représenté sur la scène dans un habit de thé&tre; il tient sa toque à la main, et semble adresser la parole aux spectateurs. Cette petite pièce n'est certainement point de Callot; elle est attribuée par quelques-uns à la Belle, ce que je ne crois point encore, et par d'autres à M. le Pautre. 2» 9' h. !<> 7' tr. (1).

CÂLYETri (ALBERTO), disciple du cav. Celesti, a suivi la même manière, ainsi qu'on le peut remarquer dans les ta*

(!) Nous ne quitterons pas les notes de Mariette, sur Callot, sans leur ajouter, en ooslrscriptum, lea justes et intéressantes observations, que nous (ait parvenir M, Meaume sur le tombeau et surFè* pitapbe de Callot, aue nous avons rapportée, p. Sa9 :

« Comme la bibliothèque de Nancy possède le marbre même,

or lequel rinscription se trouve gravée, je i

sur lequel rinscription se trouve gravée, je ne l'ai pas relevée sur les notes de Mariette. Quant aux erreurs de la version, que vous avez transcrite, les voici : — * p. S6S, ligne 3* de TépiUphe, au lieu de : dvcenU^ lisez : doeenU ; ~ à la 7« ligne de la p. sas, il y a bien effectivement une faute sur roriginal,ek>n y lit très-distinctement cin$f mot qui n'appartient à aucune langue. Je ne pense pas toutefois que ce soit le commencement du mot cinere^ que vous avez terminé ainsi {re). Je ne doute pas, au contraire, que la véritable version ne soit cive, que le graveur aura par mégarde écrit cim. Le mot dvé est d'ailleurs le seul qui présente un sens. « Quant à la ligne illisible, que vous croyez, — d'après Marietia»

bleaux de sa main, qui sont répandus dans diverses églises de Venise, et qui sont cités dans le L. délia Pittura yenesana, p. 403.

CAHÂSSEI [ANDREA]. Suivant une inscription quiaccompagnoit le portrait de ce peintre, quiétoit dans une collection de desseins, formée par le S. Pio, et qui a appartenu à M. Crozat, il est né en 1592, et est mort en 1646; mais le Passeri, dans la vie qu'il a faite de ce peintre, le fait mourir en 1648, âgé de 47 ans. Le Pascoli, qui paroit avoir écrit sur des mémoires fournis par la famille, place la naissance du Camassei en 1602, et sa mort en 1649; et je crois qu'il faut s'en tenir là.

GÂMÂSSEI (giaunto), de la même famille qu'André Camassei, a pareillement exercé la peinture dans Rome, mais dans un bien moindre degré d'excellence que son parent, auquel il est postérieur. J'ai une pièce gravée sur son dessein. Le Pascoli, qui le nomme dans la vie d'André Gamassei, nous apprend qu'il fut reçu académicien de S. Luc, en 1679.

CAHERATA (gioseffo), né à Venise, rectonnoit pour maître

"— remplacée par des points, elle n'existe pas. L'inscription se termine après le mot invidit^ et présente un sens complet. Les mois StabUin œternum nomen etarlis opus ne sont pas sur la plaque de marbre conservée à Nancy; mais, d'après le P. Husson, qui a vu le monument eniicr, ils se trouvaient gravés, au-dessous, sur un petit marbre ajouté et arrondi par le bas; et ensuite on lisait les quatre vers français que vous avez rapportés. — Ce qu'il y a de bien curieux dans les deux dessins, qu'on a très-judicieusement consen'és dans les noies de Harictte, c'est qu'on y trouve la preuve que la gravure de Bosse nous donne (sauf le buste) une représentation exacte du tombeau. En effet le dessin, envoyé par Jodot à Marielle, a été pris sur le monument lui-même, et il* reproduit exactement, en contre- partie, l'estampe de Bosse. Donc, celte estampe avait elle-môme été faite d'après le monument. Il n'y a de changé que le buste et l'inscription ; c'est ce dont j'ai pu me convaincre, en comparant le dessin à l'estampe... >

Grégoire Lazzarini, et ne s'est jamais départi de la manière, qu'il avoit coDlractée dans cette école. Un noble Vénitien, nommé Mianî, se l'étoit attaché, et en avoit fait son peintre, et il le logea jusqu'à sa mort dans son palais. Elle arriva en 1762. Il comptoit alors 94 ans. Longbi, vite de' Pitt. Venez., et le Guarienli.

CÂMETn (bermabdino), sculpteur et architecte, est né à Rome, en 1669. Son goust décidé pour le dessein le conduisit chez Lorenzo Ottone, chez qui il a demeuré pendant 15 ans, continuellement occupé à étudier d'après l'antique et d'après Raphaël. De ses principaux ouvrages est le tombeau du cardinal Filippucci dans l'Eglise de S^ Jean de Latran à Rome, et ceux du cardinal Antoine et du prince Tadée Barberin, dans l'Eglise de S^ Rosalie à Palestrine. Mi*, de Pio. 11 estoit encore vivant en 1717.

CÂMPAGNA (gibolaho), de Vérone, disciple de Jacques Sansovin, a été un très bon sculpteur; et je me souviens d'avoir vu, avec un grand plaisir, le bas-relief de marbre, dans lequel il a représenté S^ Antoine de Padoue, qui, pour faire reconnoitre l'innocence de son père, ressuscite un mort, qu'il étoit accusé d'avoir assassiné. Ce beau bas-relief, dans lequel il entre treize figures, presque toutes détachées du fond et quasi de ronde bosse, est dans la chapelle, où repose le corps de S. Antoine à Padoue. C'est aussi le Gampagna, qui a exécuté en bronze le merveilleux tabernacle sur le mattre-autel deFEglise de S. Georges Majeur à Venise; mais Tinvention en est, à ce qu'on assure, d'Ant. Vasilacchi, dit l'AUiense (Vite de' Pittori Veron. del Pozzo, p. 144), et encore plus tôt de Paul Véronèse. J'ai un excellent dessein de ce mattre, qui ne permet pas d'en douter. Jérôme Gampagna, qui exerçoit son art à Padoue, en 1579 et 1583, avoit un frère nommé Josepb) qui^ cooune lui, étoit sculpteur. Tous deux fiii^t em-

ployés aux statues, qui couronnent la façade des Procuraties neuves à Venise, du dessein de Scamozzi. Stringa, Venezia descritta, p. 429 K

GAMPAGNOLA (dobusnigo). Ridolfl ne dit point qu'il fût Vénitien, ny disciple du Titien. Il paroist plus tost que cet auteur le croyoit de Padoûe, où il a beaucoup travaiUé. Ce qui est de certain, c'est qu'il estoit contemporain du Titien, et qu'ils ont peint en concurrence. Gampagnole avoit un talent singulier pour bien dessiner le paysage. Il y en a plusieurs de luy, gravés en bois, qu'on donne au Titien, et qui n'en sont pas indignes. M. Grozat en a un grand nombre dessinés à la plume, à l'un desquels on trouve écrit au dos, en italien, de la propre main de Gampagnole, cette particularité remarquable : En 1511 , nota awM peini à ftnqut^ m eompth gnie du Titien^ dans la Scola dd Carminé ^ et de compagnie nota iommei entrée dam la Scola de Padoue (c'est celle del Santo), le 24. 7^^ de la même année. Sur le dos d'un autre dessein, il fait mention d'un de ses frères, peintre comme luy, nommé François, et d'Etienne dall' Arzere, peintre de Padoue. Ges desseins sont fort beaux. Vateau les copia tous, étant chez M. Grozat, et il avouoit qu'il en avoit beaucoup profité.

— Personne n'a encore mieux saisi la manière de dessiner le païsage du Titien, que le Gampagnole. il étoit son contemporain, et il a, ainsi que ce grand peintre, un maniment de plume tout à fait expressif; son feuiller est léger et de bon goût; ses lointains sont merveilleux pour leur richesse. Ges deux peintres ont pris leurs modèles dans les montagnes du Frioul ; mais le Gampagnole n'a pas encore toute l'intelligence du Titien ; sa touche est plus égale, et les devans de ses païsages sont ordinairement pauvres. 11 n'est cependant rien de si ordinaire que de voir d'^excellens connoisseurs prendre le change sur les desseins de ce mattre, en les attribuant au Titien; et c'eat assurément le plus grand éloge qu'on poiaia

en faire. Les desseins du Gampagnole, qui composent cette collection, sont des plus beaux qu'on connoisse de ce mettre, n s'y en trouve de deux manières fort dissemblables; les uns sont d'une plume sèche et égale» et tiennent de la manière de dessiner du Giorgion; les autres sont dans le grand style du Titien. On ne peut pas douter que les uns et les autres ne soient du Gampagnole, et il a même eu le soin de mettre son nom aux premiers. Serait-ce qu'il y auroit eu deux maîtres de ce même nom , ou le mAme mettre auroit-il ainsi varié de manière. (Cat. Grozat> p. 73.)

— A fai iuiie de Vindicaiim de cinq pièeeê^ gracées m 1517, MariêUe igmOe ; y a à toutes DOMINIGVS GAHPAGNOLA et les dattes. 11 n'y a que la 1*^, une femme nue, étendue par terre, dans un paysage, où il y a seulement. DO.~GAMP.<— 1517. Hais est-il possible que ce soit le mesme Gampagnole, de qui l'on voit de si beaux paysages en bois? Effectivement, j'ay veu chez M. Grozat des desseins de paysages, que l'on dit de luy, et où les figures sont très mal dessinées; mais celles qui sont ici le sont encore bien plus mal, et le paysage n'est que touché en maistre, quoyque l'on voie bien que celui qui Ta fait avoit du goût de couleur. Tous ces deffauts viennent peut-estre du peu de pratique, que ce maître avoit de graver ; car on voit très peu de pièces de luy.

"- Jugement assez semblable à celuy de Salomon. En voicy l'histoire, telle qu'on me l'a racontée : De trois enfans d'un homme fort riche (on ne m'en a pu dire le nom), deux s'étoient éclipsés pendant sa vie ; on n'en avoit aucune nouvelle, et à sa mort U ne restoit que le troisième de ses enfans pour recueillir la succession. Deux personnes inconnues se présentèrent alors et se dirent ses frères, accompagnant cela de tant d'indices qu'il étoit presque impossible de reconnoistre la supercherie. Usdemandoient instamment la succession; mais le véritable fils soutenoit toujours qu'elle ne leur appartenoit pas. Le juge enfin s'avisa d'un moyen pour édairdr la vérité

du fait. Il fit attacher le cadavre du père à un arbre, et proposa que celuy, qui luy perceroitlecœur avec une flèche, ou du moins en approcheroit le plus près, celuy-là seul seroit tenu pour le fils légitime. Les deux imposteurs acceptèrent la proposition, ils tirent chacun une flèche; mais, quand ce vint à celuy qui estoit véritablement le fils, il brisa l'arc qu'on luy avoit donné, refusant de percer le corps de son père, et priant le juge de donner plus tost la succession aux autres que de le contraindre à une semblable inhumanité. Le juge reconnut à ce trait qu'il estoit seul le fils; il le mit dans ses droits, et fit punir les imposteurs, conune ils le méritoient. Ce sujet a été présenté dans une estampe, gravée en bois, que l'on prétend estre de Gampagnole. — M. Crozat a un tableau, où cette même histoire a été représentée ; c'est luy qui me l'a racontée; mais elle peut estre différente en des circonstances; il faudra savoir d'où elle est tirée pour la véhfler.

— L'armée de Pharaon submergée, en douze grands morceaux, gravés en bois, qui s'assemblent et ne forment qu'une seule pièce, mise au jour à Venise, par Dominico délie Grec- • che en 1548. Ce Dominique est peut-être le Gampagnole; il prend la qualité de peintre vénitien, sur le dessein dd grande el imnwrtal Tiziano.

CAMPAGNOLA (giuuo). Ganimède enlevé dans l'Olympe, gravé au burin , par Jules Campaguola. On lit au haut de la planche JYLIVS CAMPAGNOLA. 11 y a au bas un fond de paysage, mais qui n'est point du tout dans le goût de Tautrc Gampagnole. — Jules Gampagnole étoit de Padoue ; il a gravé quelques pièces, où son nom est suivi de celui de sa patrie, Antenoreus,

— Eve assise auprès d'Adam, 9^ Th. 6^ 6' tr. Cette pièce, qui est sans nom, est, à ce que Ton croit, d'un ancien graveur italien, nommé Robetta. Après l'avoir examinée depuis, je trouve qu'elle approche encore plus de la manière de Jules

GampagDole, et je la croirois mesme assez volontiers de luy.

CAMPl (bernardino) étoit assurément d'une famille différente de celle d'Antoine Gampo; sans cela ce dernier n'eût pas manqué de dire à quel degré il lui étoit parent, chose qu'il a remarquée, toutes les fois qu'il parle de son père ou de ses frères. II vivoit encore en 1583.

CAHPl (galeazzo), né en 1475, suivant l'inscription de son portrait rapportée par Baldinucd. Galeazzo Campi, mio padre, pitlore de suoi tempi assai ragionevole, passé a miglior vita quest' anno 1536. Storia di Cremana éCAnL Campo^ p. XXVII.

CAMPO (ANTONIO]. Scevola se brûlant la main en présence de Porsenna. Je n'ay peint encore veu de bonnes épreuves de ce clair obscur ; tous ceux, qui m'ont passé par les mains, portent la marque d'Andreani; pour estre excellens, il faudroit, je pense, qu'eUe n'y fust point. J'en ay une épreuve qui avoit appartenu à Collendon, qui étoit fort curieux de clairs obscurs; il l'avoit acheté à Venise , et y avoit écrit au dos le nom de Crémonise. En effet, il me semble que l'invention en est d'Antonio Gampo de Grémone, de qui l'on a de si beaux clairs obscurs.

GAHPO (Ginuo) étoit, au témoignage de son frère Antoine, qui a écrit l'histoire de Grémone, un des meilleurs peintres de son temps, ainsi que le montrent les ouvrages, qu'il a fait à Milan, à Plaisance, à Grémone sa patrie, et en plusieurs autres endroits de l'Italie. Antoine avoit dessein d'écrire la vie de son frère, ce qu'il n'a pas exécuté. Il remarque seulement qu'on lui fit des obsèques, que Don Emmanuel de Luna, gouverneur de Grémone, voulut honorer de sa présence, pour faire conooitre l'estime qu'il faisoit du defhmt. Sa mort arriva au mois de Mars 1572, et il fut inhumé dans l'Eglise de S. Na-

laire. D eut phisieura disciples distingués, dont un des principaux fut Lattanzio de Bresse, surnommé il Gambara. Hist. d$ Cfêmona^ p. 51.

CANAL (iBAM-AKTOiNB), OU da Ganali (ainsi qu'il l'écrit luimême dans un mémoire qu'il m'a envojé, et qui contient sa généalogie), de Venise, s'est distingué dans le talent de peindre des veûes, et a fait pendant longtemps des tableaux dans ce genre , que la finesse de la touche, la vérité qu'il y mettoit, et la singularité des aspects ont fait rechercher des étrangers et surtout des Anglois, pour lesquels il a beaucoup travaillé, n a fait deux voyages à Londres, et il y a rempli ses poches de guinées. Il a travaillé dans la manière de YanVytel; mais je le crois supérieur. Suivant sa généalogie, qu'il m'a luimême envoyée, il est né à Venise, le 18 octobre 1097, et il a reçu au baptême le nom de Jean Antoine, il a gravé une suite de planches, représentant des vues de Venise, de Padoue et d'autres lieux drconvoisins, où la perspective est tiès bioi entendue, mais qui pèchent à mon avis par une touche trop ^ale et trop peu délicate. Le Vicentini a aussi gravé une suite assez curieuse de veues du grand Canal de Venise, d'après les tableaux, que le Canal avoit faits pour Smith, consul de la nation angloise à Venise. Il est mort à Venise, le SM) avril 1768, in contrada di S. Lio, dove abitava. Il étoit fils d'un père, qui peignoit des décorations de théâtre, et lui->même, il s'en occupa jusqu'en 1719, qu'il quitta cet exercice pour n'y plus revenir. Il avoit fait dans sa jeunesse le voyage de Rome, et, depuis qu'il eut abdiqué le théâtre, il ne s'occupa plus qu'à peindre des veues d'après nature, faisant usage de la chambre noire, dont il scavoit modérer le iSaux.

GANEVÂRO (ANTONIO), Romain, né en 1681, a appris Tar* cbitecture sous Antoine Valerij , la perspective de Pierre François GaroUi et les mathânatiques de Borelli. Ko, après avoir

parléde plusieurs ouvrages d'architecture de cet artiste, fait un éloge particulier des desseins qu'il avoit faits pour la nouvelle façade de S. Jean de Latran, et de son modèle pour la sacristie de S. Pierre, fait en concurrence de Yalerij, son mattre, et de D. Philippe Juvara. Selon lui» c'est ce qui a été fait de plus beau sur ce sujet. Mu. de Pio. H. Grozat avoit son portrait dessiné, qu'il avoit eu du S. Pio.

CANERÂ (anselmo) de Vérone; Palladio en a fait mention dans son livre d'architecture ; il le met au nombre des bons peintres de son temps.

GANGIAGE (lcc). Jamais peintre n'a produit avec plus de facilité que celui-ci ; mais jamais artiste n'a été moins arrêté, il s'étoit fait une méthode de n'indiquer toutes les parties de ses figures, que par de simples lignes droites. On donna de grands éloges dans le tems à cette nouvelle manière ; mais l'on en a reconnu l'abus depuis, et l'on ne regrette plus, comme on a fait, la prodigieuse quantité de desseins, que ce maître a détruit lui-même. 11 en reste assez pour se consoler de leur perte. (Cat. Grozat, p. 82.)

GÂNINI (Gio : AONOLO), né à Rome en 1609, resta auprès du Dominiquin, jusqu'à ce que ce que celui-ci alla à Naples pour y peindre la chapelle du Trésor; pour lors, il se mit sous la ONsduite d'Alberti de Messine, autre disciple du Dominiquin. U dessinoit assez bien, mais il eut toujours un très mauvais goût de couleur. U s'étoit beaucoup attaché à dessiner des monuméns antiques, et cette étude le mit en estât de composer un livre des testes antiques d'hommes illustres intitulé lamographiai qu'il présenta au Boy Louis XIY, lorsqu'il passa en Fiance à la suite du cardinal Ghigi, qui y vint en qualité de Légat, en 1664. Ge prince lui fit présent d'une chaîne d'or, et lui fit beaucoup de caresses. G'étoit un homme sage, et qui,

faisant son unique occupation de Tétude, étoit fort retiré. U mourut à Rome, en 1666. lUss. de Pio. Son livre ne (ut publié qu'après sa mort, par les soins de MaroAntoine Ganini, son frère, en 1669.

— Jean-Ângelo Ganini, disciple du Dominiquin, a gravé le frontispice du livre Istoriadi Terni, in-4o, et le portrait de l'Angeloni, auteur de cet ouvrage, lequel s'y trouve au commencement, et cette dernière planche est une belle chose.

CANTABINl (sihone). Les dessins ci-dessus viennent presque tous du comte Halvasia ou du Pasinelli, qui les avoient recueillis avec grand soin presque du vivant même du Pesarese. On y retrouve presque tous les desseins, que ce peintre gracieux avoit fait pour parvenir à ses graveures, c'est à dire ces mêmes desseins, que le Guide prisoit si fort, et qui lui avoient causé quelque ombrage. On y découvre en effet, et, principalement dans ceux qui font des études, un goût de nature et des sentimens de chair, qui ne pouvoient manquer déplaire à un peintre tel que le Guide, qui possédoit ces grandes parties dans le degré le plus éminent. (Gat. Crozat, p. 63.)

CANTI (gio : ), dont le Cadioli a fait mention, dans sa description des Peintures de Mantoue, page 115, a été, s'il faut en croire cet auteur, un excellent peintre de batailles et de paysages, et peignoit avec une telle promptitude qu'il étonnoit ceux qui le voyoient opérer. 11 a fini ses jours à Mantoue; il y a reçu la sépulture dans l'Eglise de S. Ambroise, où l'on voit^n épitaphe. Il étoit né à Parme. Gadioli, p. 64.

GANim (noMENico hakia). Il y a une estampe représentant l'Éducation de la S. Vierge, qui a été gravée par Dominique Bonavera, d'après un tableau qu'a peint le Ganuti, et par lequel il a terminé sa carrière. Or, si l'on y prend garde, on verra que, sur le livre dans lequel la Vierge apprend à lire,

il est écrit que ce tableau a été peint en 1680, ce qui ne s'accorde point avec les dattes de la naissance et de la mort de ce peintre données par le P. Orlandi. Si Tannée de la naissance est bonne, le Canuti devoit être flgé de 57 ans, et non de 55, lorsqu'il mourut ; ou, s'il n'en avoit véritablement que 55, il faut avancer sa naissance en 1625. — Le chan* Grespi a relevé les fautes, qui étoient échappées au P. Orlandi, et, dans la vie du Canuti, qu'il vient de nous donner, il nous apprend que ce peintre, né à Bologne, en 16S0, y étoitmort, le 6 avril 1684, Agé de 64 ans.

GÂNY ( JEAN-BAPTISTE de] travailloit à Paris sur la fin du dernier siècle. G'étoit un peintre iroid, et dont le principal talent étoit de copier avec une grande propreté. Il se laisoit estimer par sa vertu et la douceur de ses mœurs. Il n'a guères peint que des sujets de piété et des portraits.

GÂPELL1N0 (MICHELE), surnommé il Galzolajo, peintre ferrarois, étoit déjà avancé en Age, lorsqu'ayant pris du goût pour la peinture, il se rangea au nombre des disciples du Dosso. Il vivoit en 1550, et avoit un coloris vigoureux ; mais on voit peu de ses ouvrages. L'auteur de la Descriz. délie pilture di Ferrara n'en cite que deux seuls, et, dans la table des noms des artistes, qui est à la fm de son livre, il les met sur le compte d'un Gabriel Capellino, detto il Galzolaio, en même temps qu'il lui donne le nom de Michel, dans la courte notice des peintres ses compatriotes, page 13. Â quoi faut-il s'en tenir?

GAPITANI (gicliano de], da Triokonte, scolare di Bemardino Campi. Lamo, fol. ui, lo chiama giovane di gran speranza.

GAP1TELLI (bernardino) étoit Siennois. 11 a gravé plu-

ao2

sieun morceaux k l'eau forte, et toujours d'une iai^a peu agréable. Sa pointe étoit fort mauvaise; outre cela, il n'avoit point de touches, et il connoissoit encore moins la partie de l'intelligence. 11 étoit à Rome en 1627, et il y gravoit, sur le dessein de Piètre de Cortonne , le tableau antique de la Noce aldobrandine, qui est un de ses meilleurs ouvrages. Je trouve qu'il étoit à Sienne en 1633. C'est la datte que porte une longue pièce, en manière de frise, gravée par lui, d'après un bas-*relief antique de la Vigne de Médicis, à Rome, représentant la cérémonie d'un sacrifice.

GAPOBIÂNCO (610 : oiORzio), de Vicence, a fait dans son tems des ouvrages d'orfèvrerie et d'horlogerie qui ont passé pour des prodiges. On admirait alors une petite horloge, placée dans le chaton d'un anneau, et de semblables bagatelles, qui ne valoient quelque chose que par la singularité , et les princes s'en arausoient; ce fui un bonheur pour cet artiste, car, ayant tué un homme en trahison à Venise, il alloit être exécuté, si le ducd'Urbin, Guidobaldo, touché de ses talens, ne se fût prévalu du crédit de l'Empereur Charles V, et, faisant parler ce prince, n'eût intercédé en faveur du criminel, et n'eût fait convertir en un bannissement la peine de mort qu'il devoit subir ; l'auteur, dont j'emprunte tout ceci, fait la description de quantité d'autres ouvrages singuliers, par rapport à la méchanique qui les faisoit agir, et fait surtout un grand éloge d'une lampe d'argent, ciselée et enrichie deba»reliefs, qui se voyoit de son temps dans le dôme de Milan. Capobianco est auteur d'une machine ingénieuse, avec laquelle on cure les canaux de Venise, et cela engagea la République à lever son bannissement. S'étant retiré à Rome avec son fils, qui avoit un employ dans la Bibliothèque du Vatican, il y mourut en 1670. Marxari^ Star, di Vicenxa, pag. 189.

GÂPORALI (oio : battista). Le Gaporali, qui a donné une

traduction italienne de Vitruve, se nommoit J«an->Baptisle et non Benoit [comme h dit h P. Orlandi). C'est ainsi qu'il s'est nommé, dans le titre du livre imprimé à Bologne en 1&33 : Vitrgvio, con il suo commento e figure, in volgar lingua rap^ portato da Gio : Baltista Gaporali di Perugia. Bononiœ, 1538, in-loP.

CAPRIOLI (auprando], graveur à Rome, et qui, s'il n'a pas été le disciple de Corn. Cort, est du moins un de ses imitateurs, étoit de Trente.

CARAGLIO (gio : jacopo). Il faut avoir bien peu la connoissance des estampes, pour attribuer à Luc Kilian la gravure de l'estampe de Tadoralion des Bergers, sur laquelle se trouve cette marque Y 1526 (1). Suivant la plus commune opinion, c'est uD ouvrage du Caralius, Du reste, personne n'a pu rendre encore raison de cette marque qui se trouve sur quelques autres morceaux, entre autres sur un portrait de TArétin en manière de médaille. — J'ai un pressentiment que c'est la marque de Caralius, et je vais même plus loin, jo ne crois pas qu'on en puisse douter.

— Il m'est passé par les mains une petite estampe assez mauvaise, tant par rapport au dessein et à la composition que pour ce qui concerne l'exécution de la gravure. Aussi est-ce un ouvrage de la jeunesse de Caralius, et liait dans un temps où il ne faisoit que commencer à manier le burin. On y trouve cependant des traces de sa manière, qu'il n'a fait que perfectionner. Le sujet de l'estampe est un Christ au tombeau ; la Madelaine est à genoux à ses pieds ; la Vierge, S* Jean, et une sainte femme sont debout à ses côtés, et aident à soutenir le corps sur le bord du sépulcre, lequel est placé

(i) Voyex BroUiot, I, ii« 77S et Bartseb, XV, p. 68.

sous une arcade. On lit sur un des jambages, celui qui est sur la droite, le nom du graveur, disposé sur une colonne de cette manière r.IOA-NO-IACO-PO-CAR-AGLlO. L'estampe n'est que singulière et n'a pas d'autre mérite. Elle porte 5<* 6' h.; 8« 9' tr.

GARAYAGGIO (mighel-angelo da). Le Gigli dans son poëme deUa PiUura trionfanie, pag. 25, parle de ce peintre très avantageusement, et en fait un portrait qui m'a paru mériter que j'en rapporte quelques traits. On voit qu'il Tavoit connu de près. 11 peint l'homme.

Quindi ecco s'offre di ciascuno avanti Di fantastico umor certo bizzarro Pallido in viso, e di capillatura Assai grande, arricciato, Gli occhi vivaci si, ma incaveanili, etc.

felice ch' arriva à segno taie.

Qaest' è il gran Michel Angel Garavaggio

Il gran prolopittore,

Maraviglia deV arte

Stupor de la natura, etc.

Le Père Resta prétendoit que M.-Ang. de Caravage étoit mort en 1615, Agé de 47 ans; et, en cela, il est conforme au Baglione. Mais il faut croire que le Bellori, qui est venu depuis, et qui fixe la mort de cet artiste en 1609, écrivoitsur de meilleurs mémoires.

CARBONE (luigi), peintre napolitain, qui a été, à Rome, disciple de Paul Brill, et qui, après avoir parcouru l'Italie, et séjourné pendant quelque tems à Venise, revit Naples, et y fit plusieurs tableaux de paysages, qui lui firent une réputation. Il aimoit à représenter des orages et des fleuves débor-

dés, et il animoit ses compositions de jolies petites figures. Il est mort jeune, d'une hydropisie de poitrine, au commencement du xvu" siècle. Domenici, t. 2, p. 247.

CÂRDI (lodovico), dit le Gigoli ou Civoli. Le Civoli peignit, en 1606, le tableau qui est dans VEglise de S^ Pierre, suivant qu'il est marqué au bas de l'estampe, qui a été gravée par Dorigny. Ce beau tableau ne subsiste plus; il a péri par la maladresse de relui qui l'a voulu neloyer.. — Lorsque la Grande Duchesse, Christine de Lorraine, fit son entrée à Florence, en 1588, il fit, en qualité de disciple d'Alexandre Allori, un des tableaux de l'Arc de Triomphe, dont son maître avoit fourni le dessein; et, dans la description imprimée de cette fête, à l'endroit où il est parlé de lui et de son ouvrage, on le désigne par les termes honorables de Gentil Maestro e itudioso, et l'on ne pouvoit en effet le mieux caractériser.

CARLEVARIJS (luca) enseignoit à Venise la partie des mathématiques, qui sert d'introduction au dessein et à la perspective ; lui-même il dessinoit et peignoit des veues et des morceaux d'architecture avec distinction. Comme il vivo'l sous la protection de la maison Zenobio, on l'appeloit communément Luca di Cà Zenobio. Il est mort à Venise, Agé d'environ 64 ans, en 1728.

CARIANI ^10 : ) vivoit dans le même temps que Laurent Lotti, et cherchoit à imiter la manière du Giorgion. Ridolfl part. 1. fol. 130.

CARIMENA, peintre espagnol, dont on voit des ouvrages à Valence en Espagne. Il peignoit les chairs avec fraîcheur, dans la manière du Titien. Préface à la teste d'un livre des principes du dessein parD. Joseph Garcia.

GARPI (GtEOLAMO DEi). Le Père Orlandi a raison de dire que ce peintre se nommoit Girolamo de* Garpi et non pas da Carpi, comme rappelle Vasari ; car j'ay veu son nom écrit ainsy de sa propre main dans un livre de ses desseins. [1 dessinoit volontiers à la plume, qu'il manioit légèrement et spirituellement, à peu près dans la manière de Battista Franco, mais plus sçavamment. — Girolamo de Garpi éloit à Ferrare en 1541. Ge fut luy qui ordonna les scènes de la tragédie de J.-B, Giraldi Gintbio, intitulée TOrbecche, qui fut représentée cette année là à Ferrare. 11 j est fait mention de luy au commencement en ces termes : Fù Varchitetto et U dipiniore deOa êcena M. Girolamo Carpi da Ferrara. Orbecehe^ Tragedia^ siampaia fanno 1547. Le même auteur Ginthio parle encore du Garpi, et en fait l'éloge dans son livre de Aie$(ini$ prinei-^ jriiui^ p. 49. — Gir. de' Garpi étoit à Rome en 1552, ainsi qu'on l'apprend d'une notte, qu'il a faite lui-même sur un des feuillets d'un Livre ou Journal, dans lequel il a dessiné, avec tout l'esprit possible, quantité de monumens antiques et les Grotesques de Raphaël au Vatican. Go journal ou Livre de desseins, que j'ay vu chez M. Grozat, est un de ceux qui appar* tenoient autrefois au comte Bolognetti, et dont Malvasia a fait mention dans la vie du Bricci, et la note Mss. regarde certaines hardes appartenant au card*^ de Ferrare, qui étoient demeurées en dépôt entre les mains de Jérôme de Garpi ; cette notte apprend encore que ce peintre étoit alors au service du cardinal de Ferrare; c'étoit Hippolyte d'Est.

— Le Vasari lait naître Jer. de Carpi en 1501, et le Superbi place sa naissance en 1488. Il faut s'en tenir à cette dernière datte, qui s'accorde avec ce que le Vasari a écrit lui-même, que Jer. de Carpi avoit peint le portrait d'Onufre Bartolini, dans le temps que ce prélat, encore jeune, faisoitses études à Bologne, et avant qu'il fût élevé à la dignité d'Archevêque de Pise. Or, ce prélat, né en 1495 (Thésaurus Pisanœ basilicœ , ad calcem primœ partis) eut l'administration de cet archevè-

ché D'étant âgé que de 17 ans, c'est à dire en 1512. (Vide Ughelli, Ital. sacr., t. 3» p. 560.) Carpi ne pouvoit avoir alors qu'environ onze à douze ans, et cependant le Vasari iait un grand éloge de son tableau. Il faut nécessairement le faire plus vieux, et, en reculant de 13 ans sa naissance, ainsi que le lait Superbi, toutes choses rentrent dans l'ordre et se trouvent arrangées comme il faut.

— Ces desseins de Jérôme de Garpi sont faits à la plume, avec tout le goût et l'esprit possible, dans un style qui tient beaucoup de celui de Battista Franco, mais qui est plus savant et moins maniéré. Garpi avoit dessiné à Parme les ouvrages du Gorrège et du Parmesan, et à Rome ceux de Raphaël et de Polidor, et les monuments antiques. C'étoit sur ces grands modèles qu'il s'étoit formé. Carlo de gli Occhiali, de qui M. Grozat a eu une bonne partie des desseins qui sont ici, étoit persuadé, avec tous les curieux de Rome, quec'étoient les propres études de Raphaël d'après l'antique, en quoi il se trompoit; mais c'est toujours un préjugé bien fort en faveur de ces desseins. Les autres desseins du même maître, qui composent cette collection, viennent du comte Malvasia, qui en a fait mention dans la vie de Bricci, ou de M. Van Schelling d'Amsterdam. (Gat. Grozat, p. 39.)

GARPI (CGC da). Avant que d'entrer dans le détail des pièces qui composent celte collection, il ne sera pas hors de propos d'expliquer ce que c'est qu'un clair obscur. L'on appelle ainsy toute estampe qui imite un dessein lavé au pin* ceau par le moyen de deux planches, dont l'une exprime le trait et les hacheures des ombres les plus ressenties , et l'autre forme les deux teintes; Ton y en adjouste souvent une troi* sième, et quelquefois même une quatrième, pour les teintes les plus fortes, les jours et les rehaus de blanc , que les peintres ont coutume de mettre dans leurs desseins, pour leur

donner du relief, étant eiprimés par le iond du papier qui reste blanc. L'on a soin que toutes ces planches soient de pareille grandeur, alin que ce qui est gravé sur Tune se rencontre Juste avec l'impression et avec ce qui est gravé sur l'autre, et que cela produise un tout ensemble régulier. Presque toujours Ton s'est servi du boys, comme d'une matière plus convenable pour ce travail que le cuivre , et c'est ce qui fait que cette sorte d'estampe paroist avoir quelque chose de grossier. Cependant Ton ne pouvoit rien imaginer qui représentât plus parfaittement les desseins, et ce qui a été fait dans ce genre en Italie peut tenir lieu des plus eicellens. Ce iut dans ce pays, si fertile en grands hommes, que l'on imagina cette espèce de graveure. Si l'on en croit Vasari, Hugues de Carpi, assez médiocre peintre, mais homme industrieux, en fut selon luy l'inventeur, vers le commencementdu lô* siècle. D'autres, au contraire, veulent que cette pratique ait été trouvée en Allemagne, et il paroist qu'ils sont mieux fondés, puisque Ton voit des clairs obscurs de maistres allemands plus anciens que Hugues de Carpi ; il est donc à présumer que Vasari étoit mal informé, ou qu'il cherchoil à attribuer à sa nation des découvertes, dont l'honneur appartenoit à d'autres. Au reste, si les Italiens, et Hugues de Carpi en particulier, n'ont pas le mérite de l'invention, ils ont du moins celuy de l'avoir fort perfectionné, et d'avoir mis au jour d'excellens desseins de Raphaël et du Parmesan. Ce dernier en fit encore graver d'autres de son invention et sous ses yeux, par Antoine de Trente. Sans l'infidélité que luy fit ce graveur, il avoit dessein de luy faire encore exécuter plusieurs autres. Joseph- Nicolas de Vicence grava aussy plusieurs desseins du Parmesan, après la mort de ce peintre, et le Parmesan luy-mesme en avoit gravé un de Raphaël, et l'avoit fait avec toute l'habileté qu'on pouvoit attendre de luy. D'un autre côté, le Reccafumi, excellent peintre de Sienne, n'avoit pas moins bien réussy dans les clairs-obscurs qu'il

avoit produit d'après des desseins de son invention. Mais celui, qui a gravé le plus de choses dans ce genre, est André Ândreani de Mantoue, qui, pendant un séjour à Florence, donna au public ce beau groupe de Tenlèvement des Sabines, de Jean de Bologne, et qui, de retour dans sa pairie, grava le triomphe de César, peint par André Manteigne, et bien d'autres morceaux dont Ton parlera dans la suite. L'on y nommera aussy tous les autres maistres, de qui il y a des clairs obscurs. Aussy, il n'est pas nécessaire d'en faire icy le dénombrement. L'on ne peut pourtant pas passer sous silence le Goriolan de Bologne, et Goltzius, peintre et graveur des Pays-Bas, qui sont en quelque sorte les derniers qui ayent fait des estampes en clair obscur, celuy-ci d'après ses propres desseins, l'autre d'après ceux du Guide. C'est à quoy se réduit tout ce que l'on scait de particulier sur ce sujet ; mais Ton ne doit pas oublier de dire que les clairs-obscurs sont d'une grande rareté. La collection, qui en est icy, est des plus amples. — Jésus-Christ guérissant un paralytique de trente-huit ans, dans la Piscine probatique; cet excellent clair obscur, qui est de quatre couleurs, est un des plus parfaits qui ayent été exécutés sur les desseins du Parmesan ; il est assez difficile de dire précisément qu'il en est le graveur. — En verd ; bonne couleur; il ne s'y trouve aucune marque. Mon père veut que ce clair obscur soit du dessein du Parmesan; mais pour moy, je ne puis me le persuader; il me paroist convenir beaucoup mieux à Périn del Vague. — Je suis comme assuré qu'd a esté gravé par Ugo da Carpi, d'après Périn del Vague. M. Vleughels, que j'ai consulté, m'a écrit de Rome que c'estoit d'après un des tableaux à fresque, qui sont peints avec un soin infiny par Périn del Vaga, dans le lambris de la chapelle de la famille Massimi à la Trinité du Mont. C'est cette chapelle, dont le plafond est peint par Jules Romain et le Fattore. C'est donc mal à propos qu'on donne l'invention de ce beau clair-obscur au Parmesan.

— Thesaurode Scritori, opéra artificiosa, laq[uale,coD grandissimo arte insegna a scrivere diverse sorte di littere» siveCancellaresca, Merchantesca, formata, cursiva, antiqua, moderna etbastarda, etc., tutte extraite dadiversiet probatissimi autori et massimamente da lo pleclarissimo Sigismondo Fanti nobile Perrarese, mathematicoetarchittettoreeniditissimo, intagliato per Ugo de Carpi. Ne' lanno di nostra salute. M. D. XXXV. 11 ne paroist point en quel endroit le livre a pu estre imprimé. C'est un petit in-4o, qui contient quantité d'exemples de diverses sortes d'écritures gravées sur des planches de bois. Il j a dans le titre deux mains, dont une tient un compas et l'autre une plume; on ne peut rien de plus mal dessiné, ce qui sert de preuve à ce qu'avance Vasari sur le peu d'habileté de Ugo da Carpi dans la partie du dessein. Ugo da Carpi, lorsqu'il mit au jour cet ouvrage, le premier de son genre, étoit déjà connu par les clairs obscurs qu'il avoit exécutés avec tant de succès. Le privilège qu'il en avoit obtenu du pape Léon X est de l'année 1518.

CARPIONI (oituo). Il a gravé lui-même à Teau-forte quelques-uns de ses desseins, et ces estampes sont recherchées; elles sont touchées avec esprit. L'auteur, sans être correct, a de la grftce; il inventoit facilement. Ses desseins, qui ordinairement sont au crayon de sanguine, font l'ornement des cabinets; j'en trouve cependant le faire un peu sec, et il me paroii qu'ils manquent d'une certaine intelligence. Sa manière de peindre et de composer ne tient en rien de celle de son maître (AlessandroVarolari).

— A la suite dé Findication de quinze jriicei du Carpimi, Mariette ajoute : Il y a son nom à presque toutes. Les planches appartenoient à un Matteo Cadorin, detto Bolzelta, demeurant près le B5 à Padoue.

GARÂGCI (agostino). La plume d'Augustin Garrache, se-

su

condée par une main légère et un génie riche et habile, lui a fait produire une grande quantité de desseins, où il règne un esprit et une touche qu'on ne peut trop admirer. On y découvre un peintre du premier ordre, qui n*ignore aucune des règles de sa profession; mais Ton y apperçoit aussi un habile graveur, qui sçait Vart d'arranger les tailles, et qui les fait servir à eiprimer avec justesse et avec grâce les différents objets qu'elles doivent figurer, (Cat. Crozat, p. 49.)

— On prétend, et Malvasia l'assure, que cette teste de victime, gravée en cuivre, qui a été faite pour la seconde édition des emblèmes de Bocchi, publiée à Boulogne en 1574, et qui remplace la planche du même dessein, qui apparemment se trouvoit égarée, et qui n'éloit qu'une gravure en bois dans la première édition de 1555, est un ouvrage d'Augustin Carrache. On dit aussi que ce portrait de Bocchi, dont la planche éloit usée, a été retouchée, comme on le voit ici, par le même Aug. Carrache. Cela peut être, et je crois qu'il faut s'en rapporter sur cela au témoignage de Malvasia, qui, étant sur les lieux, a dû être mieui instruit qu'un autre; il a écrit ce qu'une tradition constante lui avoit appris. Le Carrache avoit alors 17 ans, et c'est l'âge, où quelqu'un, qui se destine à une profession, commence à être en estai de l'exercer. U est pourtant vrai que les premiers ouvrages, que l'on connoist de cet habile homme, sont postérieurs de plusieurs années à cette date. Ceux, qui portent une datte plus ancienne, ne sont que de 1580. — Cela est fiiux ; il y en a de 1575.

— J'ai examiné avec attention et conféré les deux petites pièces d'Augustin Carrache, représentant le Christ montré au peuple (1), et le corps mort de J.-C. soutenu par dt s anges (2), avec les deux estampes d'une composition, presque sc^mbla-

(f) Bart8ch,n» 19.

(3) Bartoch, n* 100.

dis

ble, qu'a gravées Yespasien Strada, et j'y ai trouvé des différences, qui m'ont convaincu que les unes et les autres étaient des imitations plustot que des copies, et, comme je vois que Yespasien Strada n'a pas fait difficulté de s'avouer Tauteur d'une pièce, représentant le mariage de S^ Catherine, qu'il a gravéed'après un morceaudu Parmesan, je suis comme assure que, lorsqu'il a gravé les deux pièces ci-dessus mentionnées, il avoit sous les yeux celles du Garrache, qui étoient au jour dès l'année 1581 ; et que, s'y étant permis quelques cbangemens, et les ayant ensuite traduites en plus grandes formes, il s'est cru autorisé à y mettre son nom et à s'en attribuer rinvention. Si c'est un plagiat, il en est coupable, et non le Garrache.

— Malvasia dit formellement qu'Aug. Garrache n'avait que 14 ans, lorsqu'il grava ces sortes de petites pièces, dont on en verra encore plusieurs dans la suite, et il ajoute que c'est Stepbanoni, qui, en ayant eu les planches d'un nommé Locatelli, a fait écrire au bas le nom de Roma, comme si elles y avaient effectivement été gravées. Si ce discours de Malvasia était véritable, elles ont donc été gravées en 1571. Mais, comment cela se peut-il faire, si ces deux-ci sont d'après Yespasien Stradan? Gar l'on trouve dans Baglione que ce peintre mourut à Rome, sous le pontificat de Paul Y«, âgé de trentesix ans. Or, Paul Y n'étant monté sur le S.-Siége qu'en 1605, il s'en suit que, quand mesme Stradan seroit mort cette mesme année, 1605, il n'auroit pu naistre plustot que 1569, et il n'auroit eu que deux ans en 1571, année dans laquelle Malvasia suppose que le Garrache a gravé touUes ces petittos pièces, ce qui est une impossibilité; d'ailleurs, il est probable que Stradan a gravé les estampes originales, d'après lesquelles le Garrache a gravé celle-cy, vers l'an 1595. Gar l'on en voit une gravée cette mesme année, qui est dans la mesme manière; cela supposé, quelle difficulté y a-t-il de croire que le Garrache a gravé tous ces petits sujets pendant son séjour de

Rome, et que, si il s'y est fort négligé, c'est qu'il les faisoit pour des moines, de qui il ne recevoit aucun argent? Cette opinion me paroist assez vray semblable, d'autant plus que, si on examine ces petites pièces de près, on y découvrira une touche de maistre.

— Deux scènes de théâtre, où, dans l'une est représentée l'Eternité paroissant dans le ciel au milieu de plusieurs nymphes, et, dans l'autre, Persée, qui descend du ciel pour combattre le dragon; elles sont toutes deux de l'invention et de la gravure d'Augustin Garrache.

Ces deux pièces ont deues estre gravées pour la Descrittione deir apparato e de gli intermedij fatti per la comedia reppresentata nelle nozze de Serenissimi dom FerdinandoMedici et Mad" Christina di Lorena, gran duchi di Toscana. Du moins, il y a un livre in-4o, imprimé à Florence en 1589, intitulé ainsi; et, si ces deux planches ne s'y trouvent pas, elles n'en ont pas été moins faites pour ce sujet. Je les ay vues rangées avec plusieurb autres planches, qui y faisoient suite et qui représentoient les autres décorations du même opéra et toutes les décorations des arcs de triomphes et machines, pour l'entrée dans Florence de la D. Christine de Lorraine en 1589, différentes de celles qui se trouvent dans le livre de cette entrée que l'on a. Celles-cy sont d'un graveur que je ne connois pas ; mais la pluspart des décorations des scènes de théâtre sont de Dom Ëpiphane, moine de Yallombreuse, et l'une de ces dernières pièces est dattée 1592, et peut-être que le Carrache aura aussi gravé les siennes dans cette année, parce qu'on aura voulu renouveller pour lors cette feste. M. le baron de Tessin dit, dans le catalogue de son cabinet, p. 83, que les deux pièces de Carrache, qu'il attribue à Annibal Carrache, et cela fort mal à propos, représentent le combat d'Apollon et du serpent Pithon pour le premier opéra qui ail paru, en 1588, à Florence; il donne cependant le titre d'un opéra représenté dans la mesme ville de Florence, en 1585,

oç qui me feroit croire qu'il peut se tromper dans cette indi* cation qu'il donne de ces deux soènes d'Aug. Carrache (1). Il est à observer que le Cdrrache a gravé les portraits de Ferdi* nand de Médicis et de Christine de Lorraine son épouse (â), et quelques pièces d'après Vanius. Ainsi, son mérite estoit assez connu à Florence pour qu'on pût penser à lui confier la graveure de deux pièces comme celles-cy, et il seroit fort à souhaiter qu'il les eût toutes faites.

— Quelques beaux esprits de l'Académie de Gelati, de Bou^ logne, fondée par le docteur Melchior Zoppio, ayant fait imprimer à Bologne, chez J. Rossi, en Jl690f un recueil de poésies galantes, sous le titre de : Ricreationi amorose de gli academici Gelati, 12, Augustin Carrache, qui étoit membre de cette académie, fut prié de graver un frontispice pour ce livre et les devises des académiciens, qui avoient composé ces poésies. 11 représenta dans le frontispice la devise de VAcadé" mie, qui est une forêt dépouillée de ses leuiUes, et, pour ac^ compagnement de ce cartouche, les quatre Saisons ; outre cela, il y grava neuf devises, dont celle qui représente un mûrier, qui commence à perdre ses feuilles, est touchée avec un esprit merveilleux. Ces planches ont été faites dans son meilleur tems; elles ont aussi servi depuis dans une édition des Rime de gli academici gelaii, en 1597. liais les planches étoient alors iort usées. Il faut avoir l'édition de 1590, où les planches sont neuves ; mais elle est fort rare (3).

^ Ces Jlime de Gelaii, imprimées à Bologne en 1507, sont d'autres poésies que les Ricreationi amaroie. Il y a dans les Rime seize planches de devises, parmy lesquelles il y en a six de celles qui avoient été employée^ dans les Rierealiani, scavoir : celles deU' Caliginoso, Ipcolto, Tenebroso, Imma'-

(!) Bartsch, n«* 121-2.

(i) Bartsch, n<» 440 et Ul.

(9) Bartsch, Q*» 831.

tuTO» Improviso et Fauoio. Hais les planches sont lort usées. Les dix aulres planches sont de différents mauvais graveurs, qui me sont inconnus; ce sont les devises des académiciens Avvelenato, Diretto, Avido, Rugginoso, Irrigato, informe, Deliberato, Tetro, Involto, et Indeiesso. Malvasia attribue au Carrache celles des académiciens il Tetro et TArido. Mais il est indubitable qu'il se trompe ; jamais le Carrache, même dans sa plus tendre jeunesse, n'en a fait de si imparfait. 11 n'y a aucune touche dans ces petits morceaux, et le Carrache n'a rien fait qui ne fût touché avec esprit. L'on a fait servir dans cette édition le même litre du livre, qui avoit été fait pour les Récréations, en en réformant seulement le titre, Uais la planche est encore fort usée. Au reste, il faut que le petit livre des Recreatiane soit bien rare, puisque Malvasia ne paroist pas l'avoir vu, 11 auroit cité toutes ces devises du Carrache qui s'y trouvent, et il n'en cite que deux, celles du Faunio et del Tardo, — Je me trompe, il le cite (!)•

— Jésus-Christ en croix, adoré sur la terre par le pape» le doge, le sénat, et le peuple. Cette pièce est une des plus parfaites d'Augustin Carrache, et qu'il a gravée au burin avec tout l'art possible, pendant son séjour à Venise. 11 n'y a pas mis son nom. J'en ay veu le dessein original, très-beau, cbes M. CroTat. Ce dessein, que j'ai acheté, n'est pas entièrement c<>nforme à la graveure; c'est seulement le même si:yet (2).

— Un enfant, assis sur une teste de mort, s'occupant en<* core à faire des bulles de savon, gravé, sous la conduite d'Henry Goltzius, d'après Aug. Carrache, Peut-estre aussy que le Carrache a gravé la sienne sur le dessein de Goltzius» et je serois assez porté à le croire. — Le goût du Carrache est icy bien peu reconnaissable, et, son nom n'y étant pas» il

(1) BarUch, n« U1«*M$.

(3) N* 313 dtt Catal. de Mariette.

seroil presque impossible d'avancer ce que je dis icy, n'étoit que j'ay veu une estampe, gravée par Aug. Qirrache, et mise au jour chez Goltzius, d'après laquelle celle-cy a été gravée. Au reste, cette estampe d'Aug. Garrache a esté, ce me semble, jusques à présent inconnue à tous les curieux, quoyque ce soit pourtant de ses belles choses (i).

— Un satyre jouissant des embrassemens d'une nymphe. J'en ay vu des épreuves, avec la datte 1559, et cette datte paroissoit avoir été gravée sur la planche par le Garrache même, nia mit, sans doute, pour donner le change, en faisant croire que cette abominable pièce, car on ne peut rien [voir] de plus lascif, n'étoit pas de luy, puisqu'elle portoit une date antérieure à celle de sa naissance ; mais cet expédient étoit inutile; il y avoit mis sa manière, plus certaine et plus suifisante que tout ce qu'il auroit pu y mettre pour se faire connoistre. Quelque chose qu'un peintre fasse, il se manifeste toujours malgfé luy-même, lors même qu'il prend plus de tAche de se contrefaire ; le mieux est de ne rien produire» dont on ne puisse se déclarer l'auteur sans rougir (2).

CARAGCI (ahnibalk). Annibal Garrache est, sans contredit, un des plus fiers dessinateurs qui ait jamais été. Il s'étoit exercé toute sa vie à dessiner d'après nature, ou à jetler sur le papier les différentes pensées que son imagination lui suggéroit. Ge fréquent usage de dessiner, qui lui avoit été inspiré par Louis Garrache, comme l'unique moyen de se rendre supérieur dans son art, lui avoit rendu la pratique du dessein extrêmement facile; insensiblement elle étoit devenue pour lui un objet de délassement. Mais autant se plaisoit-il à cet exercice, autant étoit-il indifférent pour tout ce qu'il avoit pro-

(1) Elle n^esl pas non plus indiquée par Bartsch. (S) Barisch, n? 134.

duit : si on ne lui avoit pas, pour ainsi dire, arraché des mains ses desseins, à peine en resleroil-il aujourd'hui quelques-uns. C'est-à-dire, qu'il manqueroit à la curiosité ce qu'elle a de plus précieux. (Cal. Crozal, p. 48.)

— La S*« Vierge, veue de profil, ayant sur ses genoux l'enfant Jésus, qui donne à boire dans une tasse à S^ Jean-Baptiste, en présence de S*« Elisabeth, en demy corps. Cette pièce, que les curieux désignent par le nom de la vierge à l'écuelle, est inventée et gravée à l'eau forte par Annibal Carrache, C'est une de celles de son œuvre, qui a le plus de réputation, et, en effet, il y en a peu qui soient aussy terminées, tant pour la graveure que pour le dessein, qui y est fort précis (1). — M. Crozat en a le dessein original, qui est bien plus beau que l'estampe, en blanc et noir, et fort patrouillé. L'estampe est d'un goût sec et roide en comparaison. Il faut pourtant avouer qu'il y a bien des indécisions dans le dessein de M. Crozat, et qu'il falloit estre un aussi grand homme qu' Annibal, pour graver d'après ce dessein une estampe aussi châtiée que celle-cy. — J'ai présentement ce beau dessein (2).

— Jésus-Christ nouveau né, couché dans une crèche, adoré par les anges et les bergers, gravé au burin par Charles Simonneau. — Lequel est un chef-d'œuvre. Le Carrache, en le faisant, avoit en veue la Nuit du Corrége ; et son tableau, qui produit un même effet, ne me paroît pas moins excellent. Il est aussi bien composé ; l'effet de clair obscur n'en est pas moins admirable, et il est mieux dessiné. Il ne le cède que parce qu'il est venu le second. — M. Coypel, le père, qui le lit graver, l'a recomposé pour en faire une planche, qui pût servir en thèse.

— La S*« Vierge, assisedansunpaysage,ayantàses pieds Ten-

(1) Bartsch (n<> 9), qui a copié lextueliemenl la dernière phrase.

(2) N« 302 du CaUlogue de la vente de Marîetle.

faot Jésus qui caresse un agneau ; gravé au burin par G. Bloemaert (1). — Le tableau est à Rome, dans le palais JusUnien.

— Le corps mort de Jésus-Christ, descendu de la croix et étendu sur les genoux de la S** Vierge, qui s'évanouit, gravé à Caprarole, en 1597, sur une planche d'argent, à ce que quelques-uns prétendent [2]. Je n'en crois rien ; elle est au contraire gravée sur un mauvais cuivre. Le Carrache a pris ridée de cette admirable composition dans le beau tableau du Çorrége, qui est dans l'église de S* J(*an à Parme *, mais il l'a prise au grand mattre, sans se rendre servile imitateur.

*-Les apostres regardant avec étonnement la Vierge monter aux cieux. Il y en a un autre tableau de ce mesme projet, qui est authentique d'Ânnibal, dans l'église de la madona del Popolo ; celuy du Roy de France n'en est, à ce que quelques^ uns prétendent, qu'une copie faite par le Dominiquin (3).

— S' Pierre et S^ Paul, tous deux dans une gloire. Ces deux tableaux sont dans le pabis Justiniani, àRome, et toute la suite des apostres y est aussi peinte par Ann. Carrache.

—S* Hyacinthe à genoux devant la Vierge, pièce gravée par un anonyme. On en a deux qualités d'épreuves. Les premières, et qui sontles plus rares, sont pures d'eau forte ; dans la suite, la planche, étant tombée entre les mains d'un marchand d'estampes de Venise, qui y a fait mettre son adresse, elle a été retouchée au burin, et je trouve que le travail, qu'on y a mis, n'est pas d'un ignorant, et c'est d'un habile homme. Et pourquoi neseroit-ce pas Annibaï? C'est son goût de dessein; c'edt sa pointe.

(1) Le Blanc, n« 15. Le tableau est de Louis.

(2) BarUch, n° 4.

(3) Il est ainsi indiqué dans Tinven taire de Baiily : « Un tableau représentant rAssoniption de la Vierge ; figures de demi-nature , ayant de hauteur quatre pieds trois pouces sur trois pieds un pouce de large, dans sa bordure dorée. Versailles, grand aparttment du Roy. »

— Mercure apportant à Paris la pomme d'or. On m'a dit à Bologne que Ton croyoit cette pièce gravée par J. André Po« desta, et je trouve de mesme dans le catalogue de Rossi.

— Le dieu Silène, couché par terre au milieu d'un faune et d'un satyre, qui luy font boire le vin, dont est rempli une outre, que ce dernier porte sur son épaule. Des deux cAtés sont de jeunes faunes, montés sur deux ceps de vigne, cbar<gés de raisins, qui, prenant naissance dans un mesme endroit, et se recourbant pour aller rejoindre ensemble leurs branches par le haut, forment une espèce de guirlande de forme ronde, qui enferme le sujet qui est représenté au milieu. Cette estampe est la plus singulière qu'il y ait dans les œuvres des Carraches, et on la peut mesme regarder comme une pièce unique. C'est une épreuve de ce qu*Annibal Garracbe a gravé dans le fond d'une soucoupe d'argent, que l'on admire encore aujourd'huy parmi les autres curiosités du palais Farnèse. Il Qt ce travail, dans le temps qu'il étoit occupé à Rome à pdiH dre la galerie de ce mesme palais, c'est-à-dire pendant le temps de sa plus grande force. Aussy y trouve-t-on le dessin et les expressions poussés à leur dernière période (1).— Il fit cette graveure pour Don Juan de Castro, cx)nrident du cardinal Farnèse, qui l'en sçut si mal récompenser en persuadant au cardinal que 500 écus d'or sufTisoient pour tout le travail de sa belle galerie. M. Crozat en a le dessein original (2). — Cette soucoupe, qui étoit à Parme, est maintenant à Naples, chez le Roy des Deux-Siciles, et j'ay obtenu, par le moyen de M. le comte de Tessin, une épreuve de ce qu'Aunibal Garracbe a gravé. Xavois fourni un mémoire à M. de Tessin, qu'il a envoyé à la cour de Naples, et c'est en suivant la méthode,

(1) Bartsch, d° 18, a copie lextuellement cette note, en sautant

la phrase : Cette estampe est la plus singulière et en changeant

que Fon admire encore aujaurd^fwy en que l'on admirail a*Urefois,

(S) Cat. Grosat,n«441.

que j'avois tracée, qu'on a fait tirer deux épreuves qu'on a envoyées à M. de Tessin, et dont il m'a fait présent d une. Elles ont le défaut d'être neigeuses dans quelques parties; mais il n'est pas possible qu'elles soient autrement, vu la difficulté d'imprimer cette soucoupe d'argent.

— Hercules détachant Promethée de dessus le mont Caucase ; Mercure apportant la lyre à Apollon, qui garde les troup^ux du Roy Admète ; Silène couché par terre et appuyé sur un faune et un satyre ; deux jeunes gens accourant au secours d'une nymphe. Ces planches (1) sont encore dans la famille de Jabach, entre les mains de ses petits fils, qui n'en ont jamais fait tirer d'épreuves.

— Ànnibal Carrache s'est donné beaucoup de peine, pour trouver l'attitude de son Hercule, portant le globe céleste, qui est un des tableaux du cabinet Farnèse à Rome. J'ai plusieurs desseins pour cette admirable figure, qui (ont la preuve de ce que j'avance (2). Oserai-je cependant faire remarquer que l'attitude, dont il a fait choix; il l'a trouvée dans une des planches du livre d'emblèmes du Bocchi, livre qui ne devoit pas lui être inconnu, puisque c'est à Boulogne que l'édition s'en est faite, que c'est un livre qui paroit avoir été fait pour les peintres, et que son frère avoit été choisi autrefois pour en retoucher les planches, lorsqu'on en a donné une seconde édition en 1574. Je ne voudrois pas cependant qu'on s'imagine qu'en faisant cette remarque, j'eusse dessein de déprécier Annibal Carrache, en le taxant de plagiat. Je veux seulement faire voir que, dans les choses difficiles, il consultoit et ne s'en rapportoit pas entièrement à ses propres idées; mais, en adoptant celles des autres, il les sçavoit améliorer de manière qu'elles devenoient les siennes; c'est ainsi qu'un

(i) Elles sont seulement gravées d'après Augustin Carrache. (3) Ils sont compris dans le n* 311 de son catalogue.

habile homme doit tourner à son proiit tout ce qui se rencontre sous sa main.

— Les cérémonies des festes lupercales, où de jeunes gens couroient après des femmes et cherchoient à les frapper d'une lanière, croyant par là les rendre fécondes. Ce sujet est représenté dans ce tableau, qui est au-dessus de laditte salle (1). ^ Ces quinze estampes ont été gravées, sur les desseins de François Tortebat, en partie par Jean Lepautre, et en partie par Louis Chatillon, àl'eau forte. Celles du premier sont gravées avec plus do fierté, au lieu que celle du second sont traittées d'une manière plus moelleuse; les unes et les autres ont élé terminées au burin par J. Boulanger, qui y a mis un grand fini.

— La galerie Farnèse est l'ouvrage pour lequel le Carrache semble avoir fait un plus grand nombre d'études. C'est aussi celui qui lui a mérité une plus grande réputation. L'Angeloni avoit rassemblé jusqu'à six cents de ces desseins. Ceux-ci faisoient partie de son recueil. M. Pierre Mignard les apporta en France, et il en composa plusieurs volumes, qui tous, à l'exception d'un seul, sont passés dans le cabinet de M. Crozat (2). Les desseins sont faits sçavamment, et avec encore plus de fermeté que tout ce qu'\nnibal avoit fait précédemment, lorsqu'il n'avoit pas encore vu les statues antiques et les peintures de Raphaël et de Michel-Ânge. (Cal. Crozaf, p. 61.)

— Ces belles académies, ces tètes et ces autres études des Carraches, sont dessinées avec tant de justesse, qu'elles seroient capables de rétablir la peinture dans sa pureté, s'il étoit possible qu'elle tombât; il est donc à désirer qu'on continue

(1) Probablement au palais Farnèse.

(2) Mariette en a eu ensuite un grand nombre, qui sont, pour la plupart, arrivés au Louvre. Uoe partie des plus beaux a été exposée dans le nouvel arrangement des salles de dessins.

de les conserver avec toute l'attention qu'elles méritent. (Gat. Crozat, p. 52.)

— Iris coupant le cheveu fatal, qui retardoit la mort de Didon. Ce tableau est sur une cheminée, dans le palais des marquis Zambeccari, autrefois le palais Angeletti.

— Roland délivrant Oljmpie, qui étoit exposée à un monstre marin, gravé par Fr. Bartolozzi (1). Je crois que Kent et Bojdell, ayant acheté la planche, Ta insérée dans son premier volume. Le tableau, diaprés lequel elle a été gravée, appartient au lord Scarsdale, et c'est une assez bonne estampe.

— Les cris de la ville de Bologne, au nombre de quatrevingts, gravés à l'eau forte à Rome, en 1646, par Simon Guillain, parisien. Ce Simon Guillain, mort jeune, Iravailloit pour lors à Rome, sous l'Algarde ; il estoit fils de Simon Guillain, sculpteur, mort recteur de l'Académie de peinture et sculpture à Paris.

— Les cris de la ville de Bologne, ou les représentations de tous les gens de métiers qui vont par les rues de cette ville, en quarante pièces, gravées à Veau forte, en 1660, par Joseph Marie Mitelli. — L'on m'a assuré, à Bologne, que cette suite n'avoit pas été gravée sur les desseins de Carrache, et que c'étoil Mitelli qui en étoit l'inventeur aussy bien que le graveur. Il les fit dans l'idée de celles des Carraches, dont il avoil veu les desseins, qui ont été giavés par Guillain, et Rossi, à qui les planches tombèrent, y mit le nom d'Ant. Carrache à la teste, pour leur donner plus de crédit.

— MarieHe donne la description suivante de raUégorie, au milieu de laquelle se trouve le portrait d^Ànnibal, — Cette pièce représente Annibal Carrache, qui aide à la peinture à se relever. 11 est suivy de son génie, qui porte un flambeau

(1) Le Blanc, ii«312.

allumé, et l'on voit sur le devant deux fleuves qui expriment le Tibre et le Reïn. Au haut celte ioscriplion : Jacenlem pioturam Annibal Carraccius h tenebris suo lumine restituit et ad Apollinis et Palladis œdem perduxit, dessiné par Carlo Maratti, ou plus tost les ornements qui l'accompagnent (1).

CARÂCCI (ANNiBALE ET AUGUSTiNo). La S*« Vierge, assise par terre, donnant à téter à l'enfant Jésus; derrière elle est saint Joseph, appuyé sur un morceau de rocher, gravé par Massé. La S*« Vierge et S* Joseph se reposant au bord d'une rivière, dans laquelle un ange abreuve l'asne, qui leur sert de monture. — Ces deux paysages, et tous ceux qui suivent, jusques à la fin de ce volume, sont gravés à l'eau forte, d'après des desseins d' Annibal et d'Augustin Carrache, et de quelques paysagistes de leur école, comme le Gobbo, le Viole, le Francisque Bolognèse, etc., dont il est fort difficile de faire la distinction, parce qu'il n'y a guère que la touche, qui puisse aider à distinguer les différentes manières dans le paysage, et qu'elle n'est pas toujours rendue exactement dans la graveure. Ce fut M. Jabach, célèbre curieux de France, qui fit faire toutes ces planches vers l'an 1666, d'après les desseins originaux qu'il possédoit, et qui sont passés depuis dans le cabinet de M. Crozat et dans le cabinet du Roy de France, et il employa à ce travail plusieurs peintres et dessinateurs de France, entre autres les deux frères, Michel et Jean-Baptiste Corneille, qui en ont gravé une grande partie, Pesne le peintre. Massé, et Rousseau le paysagiste, qui a peint des perspectives. Comme l'on ignore à présent ce que sont devenues

(1) Ce dessin, qui fait partie du n« 312 de la vente Crozat, a été gravé par Pietro Aquila pour être mis en tôte de la galerie Farnèse. 11 appartient mainlenant à M. le comte de Bark, qui Ta trouve dans le volume du comte de Tessin, dont nous avons déjà eu occasion de parler.

toutes ces planches, et qu'il n'y en a jamais eu qu'un très petit nombre d'épreuves d'imprimées, elles sont devenues d'une si grande rareté, qu'il seroit presque impossible d'en retrouver un second recueil, aussi complet que celuy-cy, d'autant plus que c'est celuy mesme que les sieurs Corneille avoient rassemblé pour eui (1). Les planches sont encore dans la famille de Jabach.

— Les paysages des Carraches, qui sont ici en grand nombre, sont fort agréables; ils sont facilement faits, et quoiqu'on n'y trouve pas la même vérité que dans ceux du Titien, leur belle touche et la richesse des sites leur donnent une autre espèce de mérite, et ne les font pas moins rechercher. Ceux d'Ânnibal approchent plus de la manière du Titien ; Augustin est un peu plus maniéré dans les siens, mais sa plume est d'un beau coulant et d'une légèreté merveilleuse; quant à Louis, il a un faire particulier, qui est infiniment spirituel, et qui va plus au vrai que celui de ses deux cousins. Ses desseins de paysages sont aussi beaucoup plus rares que les leurs; ce qui vient de ce qu'il en a moins fait. (Cat. Crozat, p. 53.)

CÂBRAGCI (antonio). Antonio Carracci sarà da noi frà quindeci o vinti giorni. Ora è in Siena per ricuperarsi bene per quel suo maie pericoloso, ed io lo a^petlo in casa mia. Extrait d'une lettre de Louis Carrache, datée de Boulogne, le 19 juillet 1617. Elle se trouve imprimée dans le recueil des lettres écrites par les plus célèbres peintres (2).

— Si ce jeune peintre eût vécu plus longtemps, il est cer-

(1) M. Robert Dumesnil a catalogué les pièces de J.-B. Goroeille (YI, n»« 52 à 06), de Michel Corneille (YI, n» 38 à 102), de Jean Pesne (III, n«»« 98 à 151), de Jacques Rousseau (lY, n" 9 à 19) et de Charles Massé iVI, n<» 7 à 1 H). Le cabinet des estampes eu possède un très-bel exemplaire.

(2) Ed. de Ticozzi. Tome I, o. 287. ^ Yoyez aussi, sur Antoine Carracci, Malvasia, Felsina PiUrice, éd. de 1678, 1, 517 et 599.

tain qu'il auroit relevé le nom desCarraches. L'on voit ici de ses desseins de paysages qui vont de pair avec ce qu'Ânnibal et Augustin ont fait de plus beau. (Gat. Grozat, p. 54.)

CÀRRAGCI (lodovigoj. Si la manière de Louis Garracbe n'a pas la fierté de celle d'Ânnibal, l'aimable simplicité qui y règne, et les grâces naïves, dont elle est ornée, ne la rendent pas moins admirable. Ses compositions sont même d'un style plus neuf et plus sublime que celles de son cousin, et ce style approche davantage de celui du Gorrége. Il ne manque à ce grand peintre que d'être plus connu. Gomme il n'a travaillé, presque toute sa vie; que dans des lieux publics à Boulogne, sa gloire est, pour ainsi dire, renfermée dans l'intérieur de cette ville ; et c'est cela même qui donne un grand prix à ses desseins, puisque ce n'est guères que par leur moyen que l'on peut avoir une idée du mérite de ce grand homme. Geux qui sont ici, ont été pour la plus grande partie, rassemblés à Boulogne même par le Malvasia, le Pasinelli et le sieur Boscbi ; ainsi, l'on ne doit rien craindre sur leur authenticité. (Gat. Grozat, p. 46.)

— La S** Vierge, assise près d'une table, ayant entre les mains un livre ouvert» et à ses pieds l'enfant Jésus assis, qui tient d'une main un des pans de son manteau, et de Tautre une poire. Lud. Caraocio fsce, 1604. Mais je ne crois pas que cette date soit celle de la graveure. Je crois plustost que c'est celle de l'année, que P. Stepbanoni a mis la planche au jour. La copie qui est icy est fort semblable, et comme elle porte le mesme nom du Garracbe et de P. Stepbanoni, il est assez facile de s'y méprendre, à moins que l'on ne sache que, dans l'original, l'enfant Jésus tient la poire de la main gauche, ce qui est le contraire dans la copie (1).

(!) Barlsch, n^* 3; il n'indique pas de copie.

— Jésus à l'agonie dans le jardin des Oliviers, à la yeue des instrumens de la passion, consolé par un ange, qui desœnd du ciel, gravé par Jean Moyreau, d'Orléans, en 1731. D'après un très beau tableau de Louis Carrache, qui est à Paris chez un particulier, et dont la pensée est fort belle. — J'ai retrouvé ce tableau chez M. Pasquier, et j'ai été tout étonné de voir un ouvrage qui, pour le faire, le goût de dessein, et j'ose dire, la composition, n'a jamais appartenu au maître auquel on le donne, et est d'un pinceau lourd. Fiet-vous après cela au témoignage des graveurs.

— S* Hyacinthe, de l'ordre des frères prêcheurs, priant à genoux, les mains croisées sur la poitrine, et intercédant pour le salut du genre humain auprès de la S^ Vierge, qui parott dans le ciel, accompagnée de l'enfant Jésus. Au-dessous de ce groupe, sur un des cAtés, est un petit ange, montrant une table, chargée d'une inscription en lettres, qui explique ce sujet. Ce tableau, qui est à l'autel de la chapelle Turrini, dans l'église de S^ Dominique, est une des plus étonnantes peintures de Louis Carrache. Il y en a une estampe, gravée à l'eau forte, fort scavamment, et que je ne trouve point indigne d'Ânnibal; c'est assez sa pointe et son goût de dessein. Les tailles en sont un peu grossières, et, comme c'étoit peut-être la seule chose qu'on y peut trouver à redire, quelqu'un, dont la main m'est inconnue, a entrepris, dans la suite, de terminer la planche, et d'y mettre plus d'accord, en la travaillant au burin d'un bout à l'autre, et y ajoutant des points, qui y mettent plus d'empâtement. Celui, qui a fait ce travail, ne l'a pas fait en ignorant; mais je préfère cependant les premières épreuves, qui ont en outre ce mérite d'être fort rares. On n'y trouve aucuns noms d'artistes, non plus qu'aux épreuves de la 2« édition ; mais à ces dernières, on lit le nom du marchand, établi à Venise, qui les débitait : Slefano Scolari forma, in Venezia, a S. Zulian.

— S* Pétrone, évesque et patron de la ville de Bologne,

adorant le saint suaire de Jésus-Christ, qui est soutenu en Tair par trois anges. Cette pièce, que Malvasia attribue improprement à Annibal Carrache, est gravée au burin, par François Bricci, d'après Louis Carrache (1). Cette pièce se trouve dans le livre dont le frontispice est cy-après : Esplicazione del sacro Lenzuolo, etc.

— Les peintures de Louis Carrache, dans le dôme de l'église cathédrale de Plaisance, dessinées et gravées, en 1750, par Antoine Bresciani, et se vendent chez lui à Plaisance; en six morceaux. Dans un, les anciens patriarches dans le ciel; un ange leur annonce la S*« Vierge. Cette pièce est dédiée par Ant. Bresciani au marquis Gaetaoo Malvicino Fontana di Nibbiario, ch*' de Malthe, et l'auteur y reconnoit que c'est ce seigneur qui Ta lait instruire dans le dessein, l'ayant pour cela envoyé à Boulogne dans l'école du ch®'^ Donalo Creti, di lelice memoria. — Deux morceaux en travers; des concerts d'anges, jouant de divers instruments. Un morceau en travers, un ange tenant une palme et une couronne. Ces deux autres en hauteur, où des anges lient des couronnes, et sont accompagnés, dans un morceau, d'anges qui portent des vases remplis de lys, et, dans l'autre, d'anges qui tiennent des livres ouverts. Ces trois morceaux paroissent faits pour être joints ensemble et paroissent être peints sur quelque arc doubleau. Le tout est composé dans le plus grand style, et tout à fait dans la manière du Corrége; la graveure, toute mauvaise qu'elle est, rend assez la manière de Louis Carrache; elle est cependant par trop sèche. Tout cela se trouve peint dans la voûte, où le Procaccini a peint aussi, conjointement avec Louis Carrache.

— Le portrait de Louis Carrache, gravé à l'eau forte, par D.-M. Canuti. Mais, je crois, pour moi, que la gravure est

(1) Bartscb, d« 6 du Bricci. Dans le même volume XVIII.

effectivement de Santi , el Tinvention du Ganuti. — Je le crois, quoyque j'y lise au bas : Can" S. Car ce portrait est gravé dans la mesme manière, que celuy du Pesarèse, au bas duquel il y a le nom de Dominique Santi. Peut-être est-ce du Canuti, et on rassure à Bologne.

— Il y a certainement trois suites de livres de principes de dessein des Carraches, l'une mise au jour par P. Stephanoni

où Ton voit au bas de chaque planche cette marque P

S F., une autre suite, où l'on voit à chaque planche, qui

sont cottées, L. G., qui est la marque de Luc Giamberlan, et enfin la 3« suite en travers. Personne n'a ce semble encore fait cette distinction, et on les a attribuées indifféremment à Aug. Garrache ; de ce nombre est Malvasia, quoy qu'il n'y ait pourtant aucune apparence qu'il y ait travaillé, j'entends du côté de la gravure; car, pour celuy du dessein, l'on ne doute pas que luy, son frère ^t Louis Garrache n'y ayent contribué. Pour moy, je serois assez du sentiment de croire que cet ouvrage a été fait sous les yeux de Louis Garrache, plus lost que d'aucun autre, pour l'usage de l'Académie de peinture de Bologne, d'après différents morceaux de son invention et de ses cousins, et que les graveurs, qui y ont été employés, sont le Bricci, et Luc Giamberlan ; l'on en verra une feuille dans la suite de L. Giamberlan, c'est la 7«, où il y a la teste de S» Jérosme d'Aug. Garrache, celuy qui a été rachevé par le Bricci, ce qui pourroit faire croire que cette suite n'a été gravée qu'après la mort d'Aug. Garrache. Quoy qu'il en soit, voicy ce qui est représenté dans chaque feuille. Suit la description de toutes les pièces de cette suite (1).

CARRENO (don jean), peintre de chambre de Charles 11,

(!) Bartsch les a cataloguées comme appendice à Tœnvre d*Aagiistin, p. 158-70.

Roy d'Espagne, cité avec éloge par D. Joseph Garcia, dans la préface, au devant de son livre des principes du dessein. Son témoignage m'est cependant suspect; il parle d'un peintre, dont il se dit le disciple, et il est lui-même un peintre bien médiocre, à en juger par l'ouvrage qu'il donna au public, et qu'il lui présente comme des modèles qui; peuvent servir de guide à ceux qui veulent s'instruire des règles de l'art du (1).

GARRIERA (rosalba) — Zanetti m'a écrit presqu'au moment de la mort de la Rosalba, arrivée le 13 avril 1757, qu'elle étoit alors âgée de 84 ans et quelques mois; par conséquent sa naissance doit être de l'année 1673. Gependant il m'est venu un mémoire, qui a été dressé à Venise par la femme de Pellegrini, sœur de Rosalba, et suivant lequel il paroit que cette habile fille est née en janvier 1670 (1671), ce qui lui donne, à sa mort, 86 ans et quelques mois, et je suis tenté de m'en tenir à ces dernières dattes.

— Vleughels, ami de Rosalba, m'a dit qu'avant de se mettre à peindre, cette savante fille n'avoit d'autre occupation que de faire des desseins pour les dentelles appelées Points de Venise, et que, la mode s'en étant passée, elle se trouva assez embarrassée, car il falloit subsister, et ni elle, ni ses parents n'en avoient le moyen. Dans celte détresse, un peintre françois, nommé Jean Steve, et à Venise, M. Jean, qui peignoit des tabatières, dont la mode s'établissoit, lui persuada d*en faire autant, et, comme elle a voit déjà des principes de dessein et de couleur, elle suivit son avis et s'en trouva bien. C'est ainsi que les grandes choses sont amenées par les plus

(1) Voyez son article dans Bermudez, Diccionario historico de las mas illustres professores de las bellaa artes in Espana. Madrid, 1800, in-12, 1,261-71.

sao

petites. Zanetti contredit pourtant cette anecdotOi mais je ne scais s*il a raison.

— Rosalba Carriera est venue en France en 1720 (1) et a élé reçue à l'Académie Royale de Peinture et Sculpture, le 26 octobre de cette année. Elle avoit été reçue à l'Académie de S^ Luc de Rome, le 27 septembre 1705, et à celle de Bologne, le 14 jaiH vier 1720. Je trouve que dans ses airs de tètes (celles des femmes) M"« Rosalba a beaucoup mis de la manière de Ketro Liberi ; ce sont souvent les mêmes caractères, les mêmes formes de bouche surtout, avec cette différence, que les têtes de la Rosalba sont beaucoup mieux coloriées que celles de Liberi, qu'elles ont plus de fraîcheur et plus de vérité. Leur belle couleur fait oublier leurs incorrections, car, il faut l'avouer, la Rosalba est fort incorrecte ; mais il en est d'elle comme du Correge, ses incorrections visent au grand, et lui sont, ce semble, permises. Ceux qui lui mirent le crayon à la main étoient ou des disciples, ou des amateurs de Liberi, dont les ouvrages jouissoient de la plus grande réputation ; lorsque M"« Rosalba entra dans la carrière de la peinture, ils durent lui proposer, pour modèles, les tableaux de ce maître, et, comme on ne se défait pas aisément de la première manière qu'on a contractée, il n'est pas surprenant que M^^ Rosalba s'en soit ressentie toute sa vie. En tout cas, elle ne risquoit rien à la conserver; la manière étoit agréable. Elle fit le voyage de Vienne en 1735, y fut très accueillie et eut l'honneur de donner des leçons de pastel à l'Impératrice régnante; cela se met volontiers dans une vie d'artiste et sert à la re-

^1) Son voyage, écrit par elle, a été publié à la fin du dernier siècle sous ce titre : Diario degli anni 1720-1721 scritto da propria mano in Parigi da Rosalba Carriera, dipintricefamosa; posseduto, illustrato e publicato dal sig. D. Giovanni de Viannelii, canonico, Venezia, Goletti, 1793, in-<4<>. C'est un livre aussi rare qu'il est curiem.

lever, quoy qu'apprécié à sa juste valeur, ce ne soit pas grande chose.

Sa sœur cadette Giovannina, qui peignoit comme elle en miniature et qui lui aidoit à préparer des fonds, des drapperies, etc., est morte le 9 may 1737. C'étoit la meilleure fille du monde, qui étoit la meilleure amie de la Rosalba, et qu'elle n'a pas encore oubliée. Elle même est morte h Venise, le 15 avril 1757, et elle a été enterrée dans TEglise de S^ Yitto, sa paroisse. Elle avoit pour amie la Signora Luisa Bergalli, qui s'est distinguée dans la Poésie. M. Âpostolo Zeno, excellent juge en celte matière, fait, en plusieurs endroits de ses lettres, l'éloge des pièces de poésie Italienne de celte savante fille. Apparemment que M"' Rosalba lui avoit appris à peindre, car M. Apostolo Zeno, lui demandant son portrait au nom du Comte Collalto, lui dit qu'il le souhaiteroit peint par la Rosalba ou par le vieux Bellucci, mais au cas, aioute-t-il, que vous le vouliez faire vous même, il le recevra avec encore plus de plaisir. Lelt. del Zeno, t. 2, n® 168.

Rosalba avoit été appelée en 1723 à Modène, pour y faire le portrait des princesses. Elle les fit, autant que je puis m'en souvenir, à la sollicitation de Mad. d'Hanovre, leur grand mère, que M"' Rosalba avoit connue à Paris, et qui avoit en cela ses veûes ; elle leur vouloit chercher des maris.

Ce fut en 1746 qu'elle perdit la veùe. Peu de temps auparavant, elle avoit peint au pastel cette belle tête d'un jeune homme, dont elle m'a fait présent, qui est digne du Correge, et que la circonstance du tems, où elle a été faite, rend encore plus intéressante (1). En 1749, elle se résolut à souffrir l'opération des cataractes. Elle se fit au mois de may, et au mois d'aoust suivant, je reçus une lettre de sa main où elle m'annonçoit elle-même le succès; elle retomba bientost

(1) N. 6 du eat. de Mariette ; vendue 350 liv.

dans son premier état d'aveuglement et n'en sortit plus. — Deux pastels, la Paix et la Justice, la poésie religieuse et la poésie enjouée, vendus chez M. de Tallard, 2,800 liv. inspirent cette note à Mariette : 11 y a bien du beau, mais on voudroit que la Rosalba y eut employé davantage de ses teintes brillantes, qui rendent si piquants ses autres pastels, d'ailleurs les compositions ne sont pas heureuses ; elle se reposoil sur le Pellegrini, son beau-frère. Avec un peu moins de modestie, elle auroit pu faire quelque chose de plus agréable. (Cat. Tallard.)

CARRO (francesco del). S^ Charles Boromée donnant la communion au Bienheureux S^ Louis de Gonzague, &gé seulement de 13 ans. Ce S^ cardinal est à l'autel; ce jeune eniant, en habit du temps, se présente à genoux, et est accompagné de son père et de sa mère, aussi à genoux, et de son frère Rodolphe, qui tient un flambeau allumé. Cette estampe, assez mal gravée, par Henry Causée, à Anvers, en 1695, vient d'après un tableau du chevalier François del Carro, qui est à Milan dans l'Eglise du collège des Jésuites sur l'autel consacré au Bienheureux Saint. Elle est plus dans le goût flamand que dans le goût italien.

CARS (LAVRErrr), l'un de nos meilleurs graveurs, est né à Paris, au mois de mai 1699. 11 est mort le 14 avril iTîi.

CASANOVA (francesco), peintre de batailles, né à Londres, d'où, n'ayant encore que six ans, il a passé à Venise, et comme c'est de là qu'il est parti le pinceau à la main, cela a fait croire qu'il étoit né à Venise. Il est venu à Paris, et, après avoir été ignoré pendant des temps, il a fait parottre quelques tableaux, qui ont fait jelter les yeux sur lui ; on a trouvé qu'ils étoient vigoureusement peints et composés avec feu, qu'ils pouvoient figurer avec ce qu'on connoitde mieux danser genre. On n'a

pas autant applaudi à son goût de dessein, et peut-être au* roit-on pu étendre la critique sur sa touche qui est pesante, et sur sa couleur qui est outrée. Tost ou tard ses tableaux noirciront et ne se verront plus. Cela n'empêche pas qu'il n'en ait eu un prompt débit, et qu'ils ne lui ayent été payés très cher. Ses desseins n'ont pas été moins courus. Il a été reçu dans l'Académie en 1763. Il a beaucoup couru et vécu, de façon à pouvoir faire craindre que la On de sa vie ne soit pas heureuse, car il aime furieusement la dépense. Je doute que le même empressement pour avoir de ses ouvrages se soulienne encore longtems. — Il continue, malgré ma prophétie, à travailler et à se faire considérer, quoy que dans la dernière exposition qui s'est faite au Sallon du Louvre, en 1769, il ait éprouvé des critiques, mais il a sçu les repousser vivement, et ne paroît pas s'en être forlallarmé. C'est auprès de Simonini, dans le lems que ce dernier éloit à Venise, qu'il a pris les premières leçons de la peinture, et, qu'à son exemple, il s'est adonné à peindre des paysages et principalement des batailles, où il ne pouvoit guère manquer de réussir, car ce genre demande un feu de génie prodigieux, et de ce côté là personne n'en peut montrer autant que lui ; il est tel qu'il n'a jamais pu se captiver à copier l'ouvrage d'autrui, et luimême lorsqu'il peint un tableau, il en arrange du premier coup l'ordonnance sur la toile, et, sans trop faire d'études, il la retourne et la change à mesure qu'il avance et que son goût le lui dicte. On voit par là qu'il doit tomber nécessairement dans la pratique. Aussi est-ce un défaut qu'on lui reproche, et dont il ne se corrigera jamais. En sortant de Venise, il passa en Allemagne, et vint à Dresde, où le Roi l'occupa pendant quelque temps, et où il fit une étude particulière de la manière de peindre de Dielerich. Son inconstance naturelle lui fit quitter cette cour, et je pense qu'avant de venir s'étabhr à Paris, il vil l'Angleterre, où il ne lut pas apparemment autant accueilli qu'il se l'étoit promis. Il a été

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