‹ Archives de l'art français Documents recueil de documents inédits relatifs à l'histoire des arts en FranceChapitre 29 sur 243 · JEAN-BAPTISTE LEMOYNE · texte numérisé non relu

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE

PIÈCES RELATIVES A l'exbcutiqn du monument blbvê dans la ville de rennes

AU EOI LOUIS XV PAR LES ÉTATS DE BRETAGNE Communiquée» et annotée» par IL Alfred Ramé.

Les Archives de fart français n'ont pas encore publié de documents relatifs & la vie et aux œuvres de Jean-Baptiste Lemoyne, né en 1704, mort le 23 mai 1778. 11 doit cependant, malgré tous ses défauts et peut-être à cause de ses défauts, qui expliquent la vogue dont il a joui, occuper une place dans l'histoire des arts an dix-huitième siècle. C'était le sculpteur officiel du règne de Louis XV. Après avoir exécuté en 1743 la statue équestre du roi

1770. Pigalle, écuyer, chevalier de l'ordre du rei, aux galeries du Louvre et a la barrière Blanche.

1771. Adjoint à recteur, à la barrière Blanche.

1779. A la barrière Blanche et aux galeries du Louvre. 1780 Recteur de l'Académie royale des sciences, belles-letlrea et arts de Rouen, rue Saint-Lazare, à la barrière Blanche.

pour la ville de Bordeaux (1), avec un saccès qui lui valut une pension de 1500 livres, il fut chargé par les États de Bretagne, en 1749, de l'exécution du monument élevé par la province en mé- * moire de la convalescence et des triomphes du roi. Un feu d'artifice manqué fut l'origine du projet, et il en coûta cher aux États d'avoir été privés des réjouissances publiques pour lesquelles ils avaient volé 30,000 livres. En octobre 1744 on décida que le meilleur emploi de cette somme serait d'élever au roi, restaurateur de la ville de Renues, une statue pédestre, dont les proportions restreintes ne devaient pas dépasser les limites du crédit alloué. Mais grâce à l'imagination de l'artiste et à la largesse des Etats, ce modeste projet aboutit à un groupe de trois figures colossales pour lesquelles, avec les accessoires, il fallut débourser près de 440,000 livres, ou plus exactement 439,254 livres, 6 sols, 1 denier, suivant le compte rendu, le 29 novembre 1754, par le trésorier Laboissière. Aussi était-ce une des plus grandes machines de sculpture qui aient été exécutées dans les temps modernes. L'auteur a fait lui-môme, dans un des mémoires qui suivent, le récit des difficultés de toute nature qu'il eut à vaincre pour parvenir à l'achèvement de son œuvre. 11 était loin de supposer que, moins de cinquante ans après son exécution, un monument, objet de tant de soucis et de dépenses et accueilli par une si immense acclamation, serait condamné à la destruction et irait rejoindre dans le creuset révolutionnaire la statue équestre de Louis XIV, œuvre de Coysevox, dont nous avons tracé l'histoire dans le dernier volume des Archives. Le monument de Louis XV se dressait à Rennes au centre de la façade de l'hôtel de ville, récemment bâti par Gabriel. Une vaste niche, restée béante, et un piédestal, où se reconnaissent les traces de l'iuscripiion Ludovieo XV régi

(1) M. Lacordaire a recueilli toutes les pièces relatives à celte statue de Bordeaux, et a bien voulu les promettre à notre recueil. Ainsi, dans un temps donné, la plus grande partie des statues royales élevées en France dans les dix-septième et dixhuitième siècles, aura eu dans les Archives son article spécial, toujours complètement nouveau et presque toujours dèûuitif.

(A. de M.)

lia

chris'iani.nimo — redivivo et triumphanti — hoc amorU pignut et sa lu lu pub'icœ — monumentum comiiia Aimonca posuere — Anno Vncr.XUV— œuvre de I académicien Du<l<h> (1), indiquent seuls la plane qu'il occupait. Mais, si lea statues ont disparu, leur fOUTenir a été conservé d'une façon durable par la gravure. On rencontre encore quelquefois le* belles estampes gravée* par Dupuis, et su tout les médailles, de différents métaux et de différents modules, fmp é a en commémoration de l'érection du monument. Les unes et les autr. s ont été exécutées >ur le désir exprès du roi, et se rauaehem iuiimem» nt à l'œuvre de Lemoyne. J'ai donc cru devoir joindre aux pièce* qui com ernent le monument de Rennes quelques documents relatifs aux différents travaux de gravure sur cuivre et de gravure en médailles, dont il a été l'occasion. Tous ces renseignements inédits sont tirés des Archives des États de Bretagne. Il existe à Renues deux représentations précieuses du monument détruit; l'une est une réduction en faïence du groupe de Lemoyne, qui lait pirtiedes riches co leciions de M. le docteur ânastllt, et qui p rie la signature Fu BourgoMn J7li4 ;î); l'autre est un graud dessin aux deux crayons qui appartient a l'auteur de cette notice, et qui doit avoir été fait, pour servir à l'exécution de la gravure, d'après le tableau de Vien mentionné dans la pièce n» I?.

Mémoire au sujet de la statue du Roy, présenté aux Etats par le sT Lemoyne.

Les Etats, dans leur assemblée de 1744, consacrèrent une statue de bronze à la convalescence et aux

m Patte, Monuments élevés à la gloire de Louis XK, p.

W Ce devait être une femme ; car je ne vois pas comment on

T. vi. 8

triomphes du roy ; et à cet effet, ils firent alors un fonds de 30,000 * qui existe encore entre les mains de leur trésorier.

Dans leur assemblée de 1746, les Etats, à la recommandation de M. Orry, contrôleur gend des finances, désignèrent le s. Lemoyne, l'un des sculpteurs de l'Académie de sculpture de Paris, pour exécuter cet ouvrage;

Led. s. Lemoyne, en ayant fait le devis, il fut lu dans rassemblée de 1746 ; mais, comme il en port oit la dépense à près de 80,000 les Etats, se trouvant alors dans l'impuissance d'en faire le fonds, en remij rent l'exécution à un teins plus heureux.

La circonstance de la paix ayant fait penser aud. s. Lemoyne que cette raison de retardement ne subsisteroit plus , il en parla au mois d'aoust dernier à S. A. S. Mgr le duc de Penthievre, qui l'honore de sa protection; et c'est par ses ordres qu'il a crû devoir mettre sous lés yeux de la présente assemblée une esquisse de l'idée de cet ouvrage.

Il en a envoyé 4 différens modèles qu'il a adressés à M. de Laboissière, pour les présenter à l'assemblée, et qui sont actuellement chés luy.

pourrait remplir l'abréviation du prénom autrement qu'en y lisant : Fèiicuè. Lém ul est d'un blanc veniâuv, et ce groupe est sans doute >oni «l'une fabrique étrangère a U Bretagne, s*ns que je pui se «liie de laquelle , car dm laïeuceries de Keuiies ne fonctionnaient pas encore en 1764.

Il a paru aux connoisseurs qui les ont vus, que l'idée du 3e modèle, surtout ainsi qu'elle est rectifïiée dans le 4% est bien plus noble et plus digne du sujet que dans les deux premières ;

Le Roy s'y montre la main droite apuyée sur un faisceau, emblème de concorde et de paix; derrière luy sont les armes et drapeaux de ses conquêtes ;

kwx deux côtés du pied destal sont deux figures, aussy de bronze, Tune est la Bretagne, et l'autre est la déesse de la Santé ; prés de la déesse est un autel entouré de fruits précieux, image des vœux des peuples pour le rétablissement de la santé du Roy ; l'autel est entouré d'un serpent qui s'élance pour manger dans une patere que la déesse tient dans sa main ; et par cet emblème (lequel est consacré dans toutes les médailles antiques) elle annonce à la Bretagne, à qui elle tend la main, la certitude de la convalescence du Roy ; la Bretagne y paroit dans une attitude vive qui exprime sa joye et son admiration*.

Led. s. Lemoyne observe :

V Que dans le premier projet il n'avoit esté question que de la seule figure du Roy, sans accompagnement, et que daus celuy cy, il y en a trois, ce qui augmente nécessairement la dépense;

2° Que dans le premier projet, une figure seule eut été trop nue pour la place où on le destine, et n'eut été susceptible d'aucune expression relative à la circonstance, et que dans celuy cy, les trois figures

expriment complètement tous les sentiments du sujet ;

3° Qu'il estime que l'ouvrage ne peut pas se faire à moins de 120 ou 130 mille livres; mais que pour prouver aux États qu'il est plus jaloux de l'honneur que de l'intérêt d'être choisy pour l'exécuter, il désire et suplie les États de se charger du soin de luy en faire fournir les matériaux, aux offres qu'il leur fait de s'abandonner à discrétion à leur générosité pour le salaire de son travail ;

4° Que comme cet ouvrage demandera plus de trois ans pour être mis à sa perfection, les payements en peuvent être faits à différens termes, qui les rendront plus faciles et moins à e,harge; en sorte qu'en adjoulant 60 mille francs au 30 mille livres dont le fonds est dc|à fait, il y aura suffisamment de quoy, jusques à l'assemblée de 1750, dans laquelle les États feroient le fonds du surplus ;

5° Qu'à l'égard de l'exécution de l'ouvrage, il suplie les Etats de n'en pas juger par les modèles qu'il en présente, qui n'ont eû pour objet que d'en esquisser et d'en faire agréer l'idée; et qu'il ose se flatter que le désir de réussir dans un si noble sujet, animera si vivement son foible talent, qu'il espère que ce sera celuy de tous ses ouvrages qui luy fera le plus d'honneur;

6° Qu'au reste il recevra et suivra avec docilité et avec respect les conseils et les idées de ceux à qui les Etats en coufieront le soin.

Après la Inclure du mémoire précédent, qui fut faite à la séance do t9 iiov-mhre 1748, les États votèrent une somme de 60,i'00 Iiv. pour l'exécution du pr -jet n° 4, outre les 30,000 liv. déjà affectées à cet usage par la délibération du 5 novembre 1744 Ils chargèrent en même temps les députés et le procure ur général syndic à la cour de passer le marché a forfait avec Lemoyne. Le trésorier la Boissière et l'académicien Duclos Pinot, de Dinan, étaient priés de joindre leurs soins à ceux des députés pour surveiller l'exécution du monument.

1749.— 25 juin.

Marché passé entre les députés et le procureur général syndic en cour et le sieur Lemoyne, pour T exécution du monument du Roy.

Nous, députés et procureur général sindic des Étals de Bretagne à la cour, en exécution de la délibération desdits Ktats dont jopie est ey dessus, et le Sr Lemoyne de l'Académie royale de sculpture, sommes convenus de ce qui suit :

1° Que moy, dit S' Lemovne, m'engage et m'oblige de faire exécuter en bronze la statue du Roy en pied, d'environ dix à onze pieds de hauteur avec les attributs et emblèmes de ses conquestes; et deux autres figures d 'environ huit à neuf pieds, représentant la Bretagne et la dées>e de la Santé avec leurs attributs et trophées ; coinui' aussy le pied destal de lad* sta-

tue en marbre blanc veiné, le tout suivant les esquisses présentées par moy, et qui ont été agréées dans la dernière assemblée desd. États; qu'en conséquence je me charge et m'oblige a fournir et payer toutes les matières et matériaux nécessaires pour lesd. ouvrages, ainsy que toute main d'oeuvre ; de payer le fondeur et tous les autres ouvriers qui seront employés à la fabrique et autres opérations tant des modèles que de la fonte et reparage desd. figures et leurs accessoires, et aux marbres du pied destal jusques à l'entière perfection desd. ouvrages.

2° Que moy, dit S. Lcmoyne, promets et m'oblige de présenter lesd. ouvrages faits et parfaits dans mon attelier du Roule, dans le courant de l'année 1752, et de faire l'impossible pour que ce soit assés tôt dans lad. année 1752 pour que l'assemblée des États de lad6 année puisse voir lad0 statue en place, et qu'à cet effet, le transport et la pose en puissent être faits au mois d'octobre ou de novembre de lad* année, sans que cependant, au cas qu'il arrivât des accidens imprévus qui pourroient retarder l'exécution desd. ouvrages, soit lors delà fonte ou de quelque autre manière que ce soit étrangère à ma profession de sculpteur, on puisse les tirer à conséquence contre moy ny m'en rendre responsable; auquel cas me sera accordé un delay suffisant pour réparer lesd. accidens.

3° Qu'en conséquence et pour raison de ce, nous, dits sieurs députés et procureur général sindic desd.

Etats de Bretagne, nous obligeons et promettons au nom desd. Etats, et en vertu du pouvoir qu'ils nous en ont donné par leur dite délibération du 22 novembre 1748, de payer audit S. Lemoyne la somme de cent trente mille livres pour toutes les dépenses généralement quelconques de la confection et entière perfection desd. ouvrages, laquelle somme nous promettons faire payer aud. s. Lemoyne par M. de la Boissière, trésorier desd. Etats, dans le courant des quatre années 1749, 1750, 1751 et 1752, scavoir, trente mille livres dans le courant de la présente année 1749, pareille somme de trente mille livres dans le courant de Tannée prochaine 1 750, même somme de trente mille livres dans le courant de Tannée 1 1 51 ; lesd. trois sommes de trente mille livres chacune payables par moitié au premier juillet et dernier décembre de chacune desd. années; et à l'égard des quarante mille livres restantes, ils ne seront payés qu'après la réception desd. ouvrages, lesquels payements pourront néanmoins être raprochés et anticipés, au cas que par des circonstances et des motifs tendans à l'avancement plus prompt ou à la perfection desd. ouvrages, il paroisse à messieurs les députés et procureur général sindic utile ou nécessaire de le faire.

4° Que dans la somme de cent trente mille livres il est convenu entre nous et bien entendu que n'est point comprise la dépense des frais de transport, chas-

no

sis et caisses nécessaires à ce sujet, n y de la pose desd. figures, accessoires et pied destal, dont led. s. Lemoyne ne sera aucunement tenu, et de laquelle les Etats demeurent entièrement chargés; que cependant led. s. Lemoyne promet et s'oblige de donner tous ses soins, conjointement et de concert avec mes d. s. les députés et procureur général sindic, pour toutes les mesures à prendre à l'occasion desd. frais, et même de venir luy même à Rennes pour faire mettre en place lad. statue, ses accessoires, circonstances et dépendances.

5° Qu'il est et demeure convenu entre nous que conformément à l'intention des Etats, exprimée dans leur dite délibération du 22 novembre dernier, le présent marché est tait à forfait, et qu'au moyen du payement de ladite somme de cent trente mille livres, led. Sr Lemoyne ne pourra demander ny être reçu à compter de clerc à maitre des dépenses desd. ouvrages.

Fait et passé triple, entre nous, à Paris, le 25 juin mille sept cent quarante-neuf.

J. L. évêque de Léon, Bédée, Ddclos, J. B. Lemoyne fis.

Ce mircl>é fut présenté à 'a séance du 6 décembre 1750 par la Bni»siére et approuve par le* Éials. Un nouveau vo'e de 4o,000 1., nécessaire p< ur porter à 13 >,000 livras, suivant les termes du contrai, tes tonds de»' in s a l'érection du mouuineul de Rcun s, ne souleva aucuue opposition.

À la tenue suivante, celle de 1753, le 9 décembre, la Boistière faisait connaître en ces termes aux Étals, le poim auquel les travaux se trouvaieol conduits :

« Le S* Lemoyne a travaillé à son ouvrage sans relAche et sans faire autre chose depuis le mois d'aoust 1748. Dès le mois de may de l'année dernière, 4751, tous les modèles étaient achevés et réparés, et ils furent exposés dans ce tems-h a la curiosité, et Ton peut dire à l'admiration publique. Sa Majesté daigna elle-même les honorer de sa présence, et elle y donna lea marques de satisfaction les plus distinguées tant pour la province que pour l'artiste et l'ouvrier. •

Le Mercure de France a tout un article sur cette visite (numéro de juin, p 182); « Le 3 mai, le roi, accompagné de monseigneur le Dauphin et de Mesdames de France, — sans doute eu venant de la revue de la plaine des Sablons (p. 181), — se rendit chez le sieur Lemoioe, sculpteur d« Sa Majesté, pour y voir le modèle du monument que les Étals de la Bretagne font faire en mémoire delà convalescence de S» v|ajesié en 1741, ei de ses conquêtes. Le roi a été reçu par le duc de Penlliièv.e, gouverneur de Bretagne, le duc de Chaulnes, commandant eu cnef dans cette province, le duc de Rohm, président de la noblesse; le vicomte de Rohan, député du même corps; M. Duclos. historiographe de Fiance, ancieu député do tiers état, et M. de la Boi sier.% trésorier des États. MM. Duclos et de la Boissière *onl particulier* ment chargés de la conduite de cet ouvrage. Sa Majesté a témoigné uue extrême salisfacion aux représentants de la province ainsi qu'au sieur Lemoyue, et, par un tra<t de bonté qui fait honneur aux arts, elle a promis de nommer l'enfant dont l'épouse de ce sculpteur est enceinte. »

CVst alors au»si que le roi exprima le d sir 1 e voir r produire par la gravur» la création du sculpteur et que par suue une nouvelle œuvre d art vint s'ajouter à l'œuvre déjà entreprise :

14 mai MM.

Lettre écrite à M. de la Boissiere par Mess. les Commissaires des Etats.

Monsieur,

Nous avons apris que le Roy a témoigné publiquement sa satisfaction de l'ouvrage du sieur Lemoyne, et que M. le comte de S1 Florentin vous a dit que Sa Majesté desiroit que cet ouvrage fut gravé. Nous vous prions, Monsieur, de vouloir bien vous charger de ce soin et d'y employer ce qu'il y a de plus habile dans Paris ; cette commission ne peut être en meilleures mains, vous réunissés l'intelligence et le zèle ; nous sommes certains du succès.

Nous sommes avec un sincère attachement et respect, Monsieur,

Vos très humbles et très obéissants serviteurs, L'Ev. de Rennes; Meneuf ; Bâillon,

18 juin 175!.

Marché passé entre les députés et le Procureur général syndic en Cour et le sieurVien, pour le talleau qu'il a fait de la statue du Roy.

En conséquence des ordres de la commission intermédiaire, adressés à M. de Laboissiere, trésorier des

Etats de Bretagne, pour faire les dépenses nécessaires à la gravure du monument de la statue du Rrn , dont le Sr Lemoyne, sculpteur, a actuellement achevé le modèle en grand, nous, députez et procureur général sindic desd. Etats, et commissaire nommé par eux, sommes convenus avec le Sr Vien, peintre, de luy payer la somme de quatre cent quatre vingt livres pour le tableau quil a fait dud. modèle, et a condition qu'il se charge et s'oblige par le présent de retoucher les épreuves de la planche du graveur, et en conséquence nous prions M. de Laboissiere de payer aud. S. Vien lade somme de quatre cent quatre vingt livres.

Fait à Paris, le dix huit juin mil sept cent cinquante un.

Ch. Guy, Ev. C. de Treguier; Quelen.

Jai receu de monsieur de Laboissiere, trésorier des Etats de Bretagne, la somme de quatre cent quatre vingt livres, en exécution de Tordre et des conventions de l'autre part, auxquelles je m'oblige.

A Paris, le 18 juin 1751.

Vien.

Je possède, sans pouvoir lui donner de nom d'auteur, une réduction aux deux rrayons du tableau de Vieil mention né ci-dessus, dans lequel je serai* tenté de voir l'œuvre de Vien lui-même si le texte n'était aussi précis pour désiguer uo tableau, c'est-à-dire une œuvre de peinture. Ce dessin d'une remarquable exécution, haut de (V",70 et large de 0m,50, pete la signature de J. B. Lemnyne, et a été veudu aux enchères comme étant de la main du sculp-

leur. Mais, eo comparant cette prétendue signature à celles que possèdent les Archives des Étais de Bretagne, j'ai été conduit à en suspecter l'authenticité ei à y voir une addition moderne, comme il sVn pratique si souvent aux dessins qui t< a versent l'hôtel des ▼entes mobilières, on pourrait peut-être attribuer ce dessin à Dupuis, si l'expression des têtes n'avait été mo linée et assez mal rendue par la gravure, et s'il n'était par suite difficile d'attribuer une origine commune à deux œuvres, dont l'une n'est que la reproduction imparfaite de l'autre.

20 juin 1751.

Marché passé entre les députés et le Procureur général sindic en cour, et le sieur Du puis, pour la gravure de la planche représentant le monument du Roy.

En exécution des ordres de la commission intermédiaire, adressés à M. de Laboissiere , pour (aire les dépenses nécessaires de La gravure du monument de la statue du Roy, dont le S. Lemoyne, sculpteur, a actuellement fait le modèle en grand, nous, députez en cour et procureur général sindic des Etals de Bretagne, et commissaire par eux nommé, avons entretenu à cet effet le Sr Dupuis, graveur, que led. sieur Lemoyne nous a présenté, sur quoy led. S. Dupuis nous a fait les représentai ions suivantes :

1° Qu'il ne pouvoit point se charger de faire lad gravure à moins de cinq mille cinq cent livres, payables eu qualre paiements égaux : le premier en com-

mençant la planche, le dernier en la livrant, et les deux autres dans l'intervalle, à proportion de l'avancement de l'ouvrage ;

2° Qu'il ne pouvoit pas s'obliger de livrer lad* planche gravée à sa perfection avant le premier de septembre de Tannée prochaine, mil sept cent cinquante deux ;

3° Que lad6 planche ne pourra fournir au plus que mille estampes, même avee les réparations qu'il sera indispensable et qu'il s'oblige d'y faire ;

4° Que l'impression desd. estampes et les réparations à faire à la planche, demanderont près de six moi* , en sorte qu'on ne peut pas compter que les mille estampes puissent être fournies avant le mois de février ou de janvier de l'année mil sept cinquante trois, et qu'il sera même nécessaire alors de les garder encore deux ou trois mois pour les bien sécher ;

5° Que l'impression desJittes estampes coûtera soixante dix livres par cent, scavoir cinquante livres pour l'imprimeur et vingt livres pour le papier, desquelles dépenses led. S. Dupuisne sera point chargé et qui seront pavées audelà des cinq mille cinq cent livres cy dessus ;

6° Qu'il s'oblige seulement à veiller et donner ses soins pour la perfection de l'impression desd. mille estampes et de les faire tirer devant luy, avec promesse et assurance qu'il n'en sera détourné aucune ; qu'il demande seulement que, suivant l'usage, il luy

soit donné deux douzaines, et autant au S. Lemoyne,

sculpteur;

7° Qu'après l'impression desdittes mille estampes, la planche sera remise et appartiendra aux Etals ; et que si, dans leur assemblée de l'année prochaine, ils jugent à propos de la faire retoucher pour en tirer un plus grand nombre d'estampes, il s'en chargera pour le prix de deux mille livres, et à rendre lade planche dans l'espace de huit mois en état d'en tirer encore mille autres estampes.

Sur lesquelles représentations, et ayant pris les éclaircissements et les instructions nécessaires qui nous ont confirmé l'impossibilité de taire autrement et de faire mieux, nous avons accepté les conditions cy dessus proposées par ledit sieur Dupuis, en exécution desquelles uous avons fait avec luy le présent marché ; lequel sera signé triple, de nous et de luy, dont un luy demeurera, un à nous pour le représenter aux Etats prochains, et un à M. de La Boissiere, trésorier desd. Etats, pour s'y conformer.

Fait à Paris, le vingt juin mil sept cent cinquante un.

Ch. Guy, Eu. C. de Treguier, Qdelen ; Boyer de La Boissière; N. Dupuis.

in

Tout semblait aller au mieux jusqu'aux derniers mois de cette année 1751. « Mais » continue la BoiRsière, dans son rapport aux États de 175Î a un succès si heureux fut bientôt troublé par les représentations fâcheuses que le sieur Lemoyne fit à MM. les députés. Il leur présenia un mémoire le 30 déc» mbre 17îS1 , où il leur exposait l'impossibilité où il étoit de tenir son marché, et la nèce sité prisante et inriUp nsable, ou d'abandonner l'ouvrage dans l'état où il étoit, ou de ui fournir de qi>oi l'achever.

« Cependant il avoit reçu alors les 90,000 Ivres des trois premiers termes de son marché, et il ne rtsloil plus a lui payer que les 40.000 livres qu'il ne devoit toucher qu'après l'entière perfection et livraison de son ouvrage, et il demandoit a MM. les députés, de lu y en faire avancer le payement ; il leur remit même à cet effet un état, extrait de son journal et certifié par luy, de l'employ qu'il avoit fait des 1)0,1)1 u livres qu'il avoit déjà reçues, et de celui qu'il avoit à faire des 40,000 livres qu'il demandoit à recevoir.

« MM. les députés se trouvèrent extrêmement embarrassés. Il falloit abandonner l'ouvrage, qui, dans l étal qu'il étoit, ne cornportoii point de retardement, et par conséquent les un, 000 livres qui y avoieut déj-i été employées, ou prendre sur cox dVdonuer, sans pouvoirs et contre :a clause expresse du marché, le payement de ces 40.000 livres. La circonstance étoit critique et passante, et pour les en tirer, le sieur de la Boissière, trésorier des États, crut devoir leur proposer un expédient qu'ils adoptèrent; c'étoit le même dont la ville de Bordeaux s'étoit servie en pareille occasion avec led. S. Lemo«ne, pour l'ouvrage de la statue équestre du roy qu'il faisoit pour elle; ce fut de lui faire, non le payement de ces 40,000 francs, mais de lui en faire l'avance en forme de prefct, en prenant un engagement de luy et de sa femme de les rendre, en cas que dans la présente assemblée, les États ne

donnassent pas l<»ur approbation an «rest qui luy en anrait Hè fait; ce qui fut exécuté, aprè q ,e MM L s depuis eurent au oti.és le trésorier a le faire.

« Cet e acrame mil effectivement le S. Lemoyne en état de former le-* creux de se» figures e de co nmenc-r ses préparerons pour parvenir à eu Cure la »rau»rormati(io en foule; mais un conirelem* fâcheux en relarda encore l'exécution, e', qui plu* est, y occasionna une augmentation de dépense li es-considérable. Ost ce dont led. S. Lemoyne rend compte luy mê ne dana un nouveau memoi e qu'il a prié led. a. trésorier de pré*eufc r de aa pari h l'assemblée. »

Voici ce mémoire, qui fut d^pos* à la séance du 9 novembre, et qui reuferme de cni-ux détails aussi bien sur la vie de l'artiste, que sur le - iueidenla du grand ouvrage qu'il avait entrepris.

Mémoire du sieur Lemoyne pour Fouvrage à faire pour la statue pédestre montant à 139,250 *, outre la somme portée dans son premier marche, montant à 130.000 *.

Par un mémoire que le sr Lemoyne présenta à M* les députés des Etats, au mois de décembre 1751, il leur exposa sa situation et celle de l'ouvrage qu'il a entrepris pour leur service, avec un état de l'employ qu'il avoil fait alors des 90 mille livres qu'il avoit reçues en exécution de son marché ; il leur représenta l'impossibilité où il étoit d'en exécuter les conditions, et la nécessité indispensable, ou d'abandonner l'ouvrage dans l'état où il se trouvoit alors, qui ne comportoit pas de retardement, ou de luy fournir les sommes nécessaires pour le continuer, dont il avoit un besoin pressant ; sur quoy M™ les députés se por-

tèrenl à luy ordonner, en forme de prest, l'avance de 40 mille livres qui luy rcstoient à recevoir de son marché, et qu'il n'auroit dû toucher qu'après l'entière perfection et livraison de tout l'ouvrage.

Celle somme se trouve encore entièrement consommée par les dépenses qui ont été faites dans le courant de la présente année, en sorte que, pour achever l'ouvrage, le 1. Sr Lemoyne a encore besoin de nouveaux secours ; mais, avant d'en présenter l'objet, il croit devoir remettre sous les yeux des Etals les raisons d'où procède la consommation des fonds et la nécessité d'en faire de nouveaux.

Il est de notoriété publique que les gran.Is ouvrages de l'espèce dont il s'agit, n'ont jamais été faits par entreprise, et qu'ils sont de nature à ne pouvoir être faits que par économie ; la raison en est qu'étant de si longue durée, et la mécanique en étant si diiïï ile, si compliquée et si hasardeuse, ils sont susceptibles d'une infinité d'accidents qui en augmentent les dépenses souvent de moitié, ou qui en retaident l'exécutiou de plusieurs années. Ces ouvrages, d'ailleurs, sont si rares qu'à peine un siècle en fournit-il un ou deux, et rarement d'un même artiste, et celte raison, jointe à la différence des tems, ne permet pas de pouvoir jamais estimer ny prévoir la dépense de ceux qui sont à faire sur celles de ceux qui ont été faits si longtems auparavant.

Ces raisons ue sont malheureusement pas faites t. vi. 9

pour justifier ny excuser l'imprudence du s* Lemoyue, d'avoir consenti de faire à forfait le marché dont il s'agit, puisqu'ayant fait la même faute, il y a vingt ans, pour la statue équestre de Bordeaux, et en ayant éprouvé le malheureux succès, il est encore moins excusable de s'y être exposé une seconde fois ; il avoue même de bonne foy, car il ne cherche pas à s'excuser, qu'en signant son marché il étoit bien persuadé qu'il n'étoit pas possible qu'il n'y perdit pas, mais, emporté par un attrait auquel les artistes de quelque reputtation ne résistent jamais, par l'espérance d'acquérir de la gloire dans l'exécution de l'ouvrage qu'il eutreprenoit, il s'abandonna avec confiance au bonheur des événeniens, et il se persuada que, s'il réussissoit à remplir dignement la sublime idée de l'objet des Etals, ils ne luy refuseroient pas au moins les secours qui luy seroient nécessaires pour conduire l'ouvrage à sa perfection.

Heureusement le succès le plus flatteur a surpassé ses espérances ; son ouvrage, après avoir attiré longtems la curiosité publique, et reçu des éloges que sa modestie ne luy permet pas de redire, a mérité d'être honnoré de la présence de Sa Majesté qui, au milieu de toute sa cour, daigna lui donner les marques les plus distinguées de sa satisfaction et de sa bonté. Ce fut même dans ce moment de satisfac-' lion que Sa Majesté désira que l'ouvrage fut gravé, afin d'en conserver sous ses yeux la représentation,

)gle

ce qui a été exécuté depuis par les ordres de M" les

commissaires des Etats, mais l'ouvrage n'en est pas encore en état d'être représenté à l'assemblée (i).

Il est donc vrai de dire que, même dans l'état pré. sent où est l'ouvrage, le sr Leinoyne, s'il ne considéroit que sa gloire et sa réputation personnelle, n'y auroit plus rien à désirer. L'ouvrage a été achevé de sa part dès qu'il a été mis en état de recevoir les préparations de la fonte ; ce qui en reste à faire n'est plus, pour ainsi dire, de son métier, c'est uniquement celui du fondeur; mais, quoiqu'il ne soit certainement pas moins vrai qu'il ne forme aucun désir, ny aucune espérance d'intérêt dans ce qui reste à faire, cependant trois motifs, également puissans surluy, ne luy permettent pas de voir, sans une extrême douleur, son ouvrage imparfait. Le premier, la crainte de voir périr dans ses mains un monument qui a été jugé digne de passer à la postérité ; le deuxième, le reproche qu'il auroit à se faire d'en avoir été cause par l'imprudence de son marché, et le troisième, plus intéressant encore, de se justifier aux yeux des Etats du soupçon d'avoir traité de mauvaise foy avec eux. C'est ce point là principalement sur lequel il se propose de mettre son procédé au net, et de démontrer que l'inexécution de son marché tient à des circonstances

(1) L'estampe représentent le monument ne fut a la disposition des Ëtats que U 7 novembre 1754.

et à des causes qui n'ont pas dépendu de luy ou qu'il n'avoit pas dû prévoir.

Par le marché qu'il a signé avec MK les députés des Etats, Ie25juin 749, il s'est engagé : 1° de fournir à ses frais à toutes les dépenses généralement quelconques de matériaux, façon et mains d'œuvres de tout l'ouvrage, excellé à celles de transport et de pose, et des choses qui en dépendront, moyennant la somme de 130 mille livres ; 2° de présenler l'ouvrage fait et parf-iit dan* son attelier du Roule, dans le courant de l'année 1752, sans que cependant, au cas qu'il arriva des accidents imprévus, qui pourroient retarder l'exécution desd. ouvrages, soit lors de la fonte ou de quelque autre manière que ce soit, étrangère à sa profession de sculpteur, on pût les tirer à conséquence contre luy, ny ten rendre responsable : ce sont les propres termes de son marché.

Il n'a satisfait ny à l'une ny à l'autre de ces conditions, et ce sont les raisons qui l'en ont empêché qu'il va tâcher d'expliquer avec la bonne foy et la vérité de son caractère ; il traitera d'abord la première, parce qu'elle influe nécessairement sur la seconde.

Il ne tarda pas, dès le commencement de son entreprise, à s'aperçevoir combien éloit fautive l'estimation qu'il avoit faite il y a 20 ans, pour la statue équestre de Bordeaux.

t° L'aitrher qu'il avoit fait construire au Roule dans ce teins là, subsistant encore, quoiqu'un très-

mauvais état, il avoit espéré qu'un millier d'écusluy suftîroient pour le réparer, et il es! arrivé qu'il luy en a coûté plus pour le réparer qu'il ne luy en avoit coulé alors pour le construire; celte dépense seule luy coûte 15,2-29 », c'est-à-dire plus de 12,000*qu'il n'avoit compté.

2° Un autre article de dépense sur lequel il n'avoit pas compté, mais qui luy a paru indispensable pour bien disposer son ouvrage, c'est le voyage qu'il fit à Bennes en 1749, pour y voir par luy même l'emplacement et l'aspect du lieu où doit estre placé le monument, et la représentation qu'il en a fait construire dans son atelier; cette dépense luy a coûté près de 4,000 liv.

3° La différence du salaire et des journées d'ouvriers luy fera une perle réelle de plus de 10 mille francs; les plus hautes payes des ouvriers de son atclierdeBordeaux n'avoientélé qu'à 6 liT par jour et celles de son atelier de Rennes ont toujours été et sont encore à '0 liv. (1).

4° Il en est de même de l'augmentation excessive

(1) Il iTv a qu'un s*»ul ouvrier, le mouleur LftVA$*enr, dont le salaire a'ieigmt le chiffre articulé dais le mémoire. Aux termee d'un mareh* u 2 «où' 1751 Lpnmyue s engageait à le payer 10 livres p<r jour, les dem» el doubles jou-n*es à proportions pendant tout le temps qu'il serait «'m l«»vé à c.el ouvrage. E 1 outre, il pr0 » eiUnl de lui donner une première gr<tifi«alion de HO») livres lorsque lei moules des trois figures auraient été faits en p'âtre et d^ ouiU' S. ei 'es ores pr*par»4es rompl^t'inent. et une seconde gr lift'-aiioo de 2,. .uU livres quand l'opération de la fon.e serait terminée.

du prix des matières de toute espèce comme bronze, mitraille, rozettes, cires, etc., non-seulement à raison de la différence des teins, mais principalement par la concurrence de l'ouvrage de la statue équestre du Roy à Paris, et par les besoins respectifs de ces deux ateliers qui se sont pourvus de ces matières, et qui les ont accaparées à l'envie et à l'enchère l'un de l'autre, ce qui les a porté à un prix excessif, et à une augmentation de dépense imprévue de plus de 1 5,000 liv.

5° Un article qui tient encore à U différence des tems, et qui est augmenté de plus d'un tiers, c'est la dépense du ménage. Il en coûte au Sr Lemoyne 6,000 liv. par an pour entretenir le sien; il est juste, comme de raison, que son travail l'en défraye, et, depuis quatre ans qu'il est continuellement occupé de l'ouvrage de Rennes, il n'a fait ny n'a pu faire aucune autre chose ; mais, quoique sa manière de vivre soit connue pour être la plus commune et que la différence des tems n y dût pas faire un objet d'augmentation de dépense bien considérable, cependant c'en est un pour luy de plus de 2000 liv. par an, qui luy en feront un de plus de 10 ou 12 mille francs à la fin de son ouvrage.

6° Mais tous les articles d'augmentation de dépense cy dessus, sur lesquels il n'avait pas du compter, ne sont rien en comparaison de ceux qu'a occasionné un contre tems auquel il ne devoir pas s'attendre et qu'il n'a pu ny prévoir, ny empêcher; comme c'est

là la principalle source du retardement do l'ouvrage et de la consommation des fonds, il est nécessaire d'en expliquer les circonstances.

Avant de signer son marché avec les États, le Sr Lemoyne s'étoit arrangé avec le Sr Varin, fondeur expérimenté, et le seul qu'il y eût à Paris; il avoit fondue sa statue de Bordeaux et il comptoit sur luy pour celle de Rennes. Il fut fort étonné lorsque, ses modèles étant en état de recevoir les préparations de la fonte, il luy déclara que non-seulement il ne travajlleroit pas pour luy, mais qu'il luy étoit même deffendu de l'aider d'aucuns de ses conseils, à quoi il avoit été forcé par l'engagement que la ville de Paris luy en avoit fait prendre par le traité qu'il venoit de signer aveo elle pour la statue équestre du roy ; quoique ce fut un coup de foudre pour le Sr Lemoyne, parce qu'il en prévit dès lors toutes les suites funestes , il ne s'en effraya cependant pas, persuadé que les représentations qu'il avoit à faire à M. le prévôt des marchands sur la situation pressante de la statue de Rennes, qui ne comportait pas de retardement, et sur l'inutilité des soins du S. Varin pour l'ouvrage de la statue de Paris avant trois ou quatre ans au moins, puisque les modèles n'en étoient pas encore commencés, le trouveroient disposé à permettre au S. Varin de travailler pour luy, et effectivement tout étoit à gagner pour la ville de Paris, et rien à perdre à permettre aud. Sr Varin de fondre la statue de Rennes ;

c etoit une expérience de plus dans son métier où les succès ne donnent jamais as>és de certitude ; le S. Yarin l'avoit éprouvé luy même dans la foule de la statue de Bordeaux qn'il avoit manqué? deux fois, et la ville de Paris devoit désirer de luy voir faire encore cette nouvelle épreuve de son talent dans la fonte de la st itue de Kennes pour s'assurer du succès de celle de Paris.

Cependant toutes ses représentations échouèrent, et celles de M" HugIos et de la Boissière n'eunnt pas un meilleur sort. M. le comte de S1- Florentin leur déclara définitivement qu'il f«lloit renoncer au S. Varin. Le S. Lemoyne se trouva alors dan* une perplexité affreuse, réduit à la nécessité ou d'abandonner son ouvrage ou de chercher des ressources en luy même pour former un nouveau fondeur, chose qui luy paraissait impossible, el que certainement aucun autre sculpteur que luy n'eût osé entreprendre. Son courage et la nécessité le déterminèrent à ce dernier parti. C etoit vraisemblablement celui où la rigueur du magistral de I* ville de Paris avoit voulu politiquement le réduire. Le S. Varin a 7a ans, il étoii le seul fondeur dans Paris et en France, et peut- être en r urope, qui eût l'exj érience de tels ouvrages; il pouvoit manquer sans être remplacé; il falloit mettre le S. Lemoyne dans la nécessite d'en former un nouveau; si ce lut là le dessein de M. le prévôt des marchands, il n'a, malheureusement pour le S. Lemoyne, que

trop bien réussi, car il court risque d'v perdre à la fois son honneur, son bien et peut être la vie.

Pour pouvoir juger de tous les eflfits eflfraians de cette circonstance, il faudroit connoilre tous les détails de la mécanique de la fonte des figures, et personne n'en a l'idée; ils ne sont pas même connus des plus fameux sculpteurs. M™ de la Boissiere et Duclos qui en ont assiduement suivis toutes les différentes opérations successives, sont peut être les seuls dans tout Paris qui en ayent quelque connoissante. Quoiqu'il en soit, le S. Lemojne entreprit de former un nouveau fondeur et d'en conduire luy même l'ouvrage, et ses soins ont eu le bonheur de réussir. Dieu veuille que ce ne soit qu'aux dépens de sa fortune et non pas de sa vie; il a eu du moins dans son malheur le bonheur de trouver dans la personne du Sr Gor, fondeur de l'artillerie du Roy à l'Arsenal, un sujet docile et intelligent (1), expérimenté dans son métier de fondeur; il n'avoit pas la moindre pratique n y les premières notions des fontes de tigures, que l'on sçait qui n'ont presque rien de commun avec les autre* foules, mais

(I) Aux termes d'un marché du 30 septembre 1 751 , Lemoyne s'* tait engagé a p y-T a Gor I,i0o livr. s par au, a raison de 100 livres par mois, pe<id «ni toute la tinté* do, I ouvrage pour ses p< ines et soins seul Otent, ei sans que ce demie" fû Irnu a a cens frais ni nourri' ure. Il devait en ouïr»? lerpvou, après» IV u itère perfection de fourrage, un«« yrauhc<won pr>>p •'tio»nèf a ses l-avai«x et a sps sure- s, qu* i eni- vne, dau& ieui estimatif qu\l présente aux Etats, fixe a 10,000 livres.

l'un ctl'autre s'instruisant réciproquement, s'essayant sur de pelits objets et prenant conseil de leurs fautes, sont enfin parvenus, à force de soins, de peines et d'un travail continuel et inexprimable depuis près d'un an, sans disconlinuation, à pouvoir avec confiance espérer un heureux succès de leur ouvrage, et ils viennent d'en constater la preuve par la fonte heureuse de la statue de la Santé, par laquelle ils ont commencé, après avoir fait leurs essays sur cinq ou six autres petites fontes successives, de tous les accessoires du monument, tels que les fruits, simboles des vœux et des offrandes des peuples au pied de l'autel de la Santé, les palmes, les massues, l'ancre et l'écusson, attributs de gloire, de valeur et de commerce qui accompagnent la ligure de la Bretagne.

Mais de dire et de persuader de quel excès de dépense ce contretems imprévu a été la source, c'est ce qui n'est pas possible; on n'en peut juger que par trois effets bien sensibles.

Le premier est le retardement qui en résulte de près de deux années pour la livraison de l'ouvrage et la dépense de toute espèce que ce retardement opérera. Sans ce contretems, le S. Lemoyne auroit exactement remply son engagement de présenter l'ouvrage fait et parfait dans son attelier du Roule dans le courant de la présente année. Tous ses modèles ont été achevés et réparés dès le mois de tnay de l'année dernière; ils ont été exposés dans ce tems là à la curiosité pu-

blique, et Sa Majesté les a vus dans le mois do juin. Ainsi, suivant le projet qu'il avait fait, et dont il étoit convenu avec le S. Varin, de les fondre tous en même tems, et peut-être dans une même fonte, il est démontré qu'il y eût employé moins de tems qu'il n'en a fallu pour la fonte qu'il vient de faire do la seule figure de la Santé, et tout l'ouvrage seroit actuellement fondu.

Le deuxième est l'obligation où s'est trouvé le Sr Lemoyne de former à l'Arsenal, où demeure le nouveau fondeur, l'établissement d'un nouvel attelier qui luy a coûté plus de 8000 liv.

Le troisième est la différence énorme, quant à la dépense , qui resuite de la nécessité indispensable où ils ont été forcés de faire cinq ou six fontes au lieu d'une ou deux au plus ; c'est une perte au moins de plus de 20 mille livres sur l'achat et la consommation des matières seulement, indépendamment de la consommation du bois et du charbon, et des journées d'ouvriers et des risques qui quadruplent au moins dans ces fontes et refontes multipliées, et, pour en donner seulement une idée, il faut seavoir que, pour la fonte de ces sortes d'ouvrages, il faut mettre en fusion au moins un tiers de matières au delà de ce qui en doit servir à rendre l'objet, c'est à dire que, si une figure doit consommer 50 milliers de bronze, il faut charger le fourneau et y mettre en fusion au moins 70 milliers d'étoffe, afin que cet ex-

cèdent de matière fasse charge dans l'érhéno, et, y forçant les jets à se remplir par le poids de ce surplus de matière, la fasse garnir toutes les parties du moule et assure le succès de la fonte.

Si les trois figures qui composent le monument avoient tté fondues par un seul jet, comme ç'avoit été le projet, la charge du fourneau, après ces trois figures fondues, auroil été employée à tondre les attributs et orneinens accessoires de l'ouvrage, et par cette économie louie la bronze se Irouvoil employée, sans qu'il en resta d'inutile, et l'ouvrage ne couroit aucun risque par le délaut de charge, au lieu qu'ayant fallu commencer, au contraire, par fondre les attributs et orneinens, ensuite fondre chacune des trois figures séparément et successivement, ces fontes successives exigeront au moins quatre chargea de fourneau différentes, qui quadruplent l'achat et la consommation de la matière, sans parler des risques.

De tout ce que dessus, il résulte que le Sr Lemoyne se trouve hors d'etal d'exécuter le marché qu'il a fait avec les Etats; ce désordre a deux causes : Tune qui luy est absolument étrangère et dont il n'est pas responsable aux termes même de son marché , laquelle fait une augmentation réelle de dépense à l'ouvrage de plus de 50 mille francs, l'autre, qui luy est personnelle, regarde des objets d'augmentation de dépenses qu'il n'avoit pas prévues, et qui luy font une perte réelle de 40 mille francs au moins.

A l'égard de celle cy, il sent bien ce que les Etats peuvent avoir à luy répondre, s'ils veulent le traiter rigoureusement ; son marché fait la loy entre eux et luy; quelques imprévues qu'ayent pu être les augmentations de dépenses que les circonstances luy ont occasionnées , c'est un malheur pour luy et une imprudence d'en avoir pris le risque sur son compte ; il n'en est pas moins tenu, suivant les conditions de son marché; aussy ne forme t'il, dans son malheur, d'autres prétentions à cet égard que celles qu'il espère de la bonté, de la justice et de la générosité des Etats; car, si, malgré l'extrême disproportion qui se trouvera entre le prix de son marché et la dépense de l'ouvrage, lorsqu'il sera mis à sa perfection, il étoit en ét il d'y supléer par luy même, sans leur secours, il ose leur protester avec sincérité qu'il consentiroil à en suporter la perte, quelque ruineuse quVIle fût pour luy, et qu'il préviendroit, à cet égard, les droits que les Etats auroient de l'y contraindre. Mais il est obligé de leur avouer de bonne foy qu'il est sans bien, ny de patrimoine, ni aquis; toute sa fortune est dans son talent , et sa vie est déjà trop avancée pour espérer d'en lirer meilleur partuqu'il n'a faitjusques à présent Fils d'un père qu'il a le bonheur de conserver à l'âge de 90 ans (1), et à qui il ne reste du

(1) Lemnync le p6re (Jean-Louis), n'avait Pii'ore qu** quatrevingt-sept âus, au moment où s.m fils adressait ce mémoire aux

travail de toute sa vie dans le même métier que la flateuse mais stérile récompense de la réputation qu'il y a acquise et la consolation d'y avoir formé son fils et de lui avoir inspiré le même désintéressement» il sera assés heureux s'il laisse le même héritage à ses enfants.

Il reste encore au Sr Lemoyne, après avoir exposé sa situation et cello de son ouvrage, de mettre sous les yeux de l'assemblée :

1° Un état fidèle de l'employ qu'il a fait jusques à présent des 130 mille livres qu'il a reçues, et il est prest et se soumet d'en juslilfier par quittances et par son journal ;

2° Un état estimatif des dépenses qui restent à faire pour conduire l'ouvrage à sa perfection. Ces deux états seront mis à la fin du présent.

Qu'il luy soit permis d'ajouter que la circonstance est violente et ne souffre ny retardement ny tempérament. Il faut nécessairement de deux choses lune : ou achever l'ouvrage, ou l'abandonner ; il ne peut pas rester plus longtems dans l'état où il est ; i) reste encore deux figures à fondre, celle du Roy et celle de la Bretagne* Ces deux figures, qui n'existent plus que dans leur creux, vont être perdues sans res-

États. Mais il atteignit en effet sa quatre-vingt-dixième année; il était né en 10U5, cl mouml le À mai 1753. 11 avait été nommé membre de l'Académie le 30 juin 1703.

source et sans remède, si dès à présent on ne leur fait pas toutes les préparations successives et nécessaires pour les mettre en état d'être fondues dans le courant de Tannée prochaine; c'est donc une nécessité pressante et indispensable de pourvoir aux fonds qui restent à faire, ou de regarder comme perdus ceux qui ont été consommés.

Dans celte situation, et si des malheurs, trop ordinaires dans l'entreprise de ces sortes d'ouvrages, ne paroissent pas à l'assemblée une raison suffisante pour laisser périr un ouvrage si digne de ses soins et dont l'objet luy est cher, le Sr Lemoyne ose luy représenter que le moyen le plus convenable d'y pourvoir est qu'il luy plaise autoriser M" les députés des Etats, ou telle autre personne qu'il leur plaira, à suivre l'employ des nouveaux fonds et en ordonner les payemens directement à leur destination, led. Sr Lemoyne s'obligeant et se soumettant de n'en toucher aucune somme par ses mains; ce qu'à Dieu plût qu'il eût fait dès le commencement de l'ouvrage, comme comme il en avoit suplié les Etats.

Etat des dépenses faites pour la statue du Roy pour Rennes, depuis le 18 août jusques et y compris le dernier décembre 1751.

Il sera observé, 1° que pour parvenir à former l'objet du modèle de la statue du Roy, le colossal de

cet ouvrage demandant un lieu construit en proportion à sa grandeur, le S. Lernoyne s'y est servi de son altelier au Roule, où il avoil fait la statue équestre de Bordeaux; mais cet altelier, que déjà il avoit fallu él.iyer pour achever l'ouvrage de Bordeaux , éloit tombé en ruine après vingt ans de construction; il a donc f illu, pour y rétablir sûrement l'ouvrage de Rennes, le faire reconstruire presqu'à neuf, ce qui a occasionné le premier article de dépense de l'état qui suit;

2° Qu'il a fallu ensuite disposer led. attelier pour y former l'aspect et la représentation de l'emplacement où doit èlrc posée, à Rennes, la statue du Roy. Le S. Lernoyne avoit fait un voiage à Rennes pour en prendre et en considérer la position; c'est le second article dud. état;

3° Que le contre tems qui a obligé le S. Lernoyne a se servir du fondeur de l'Arsenal l'a aussy mis dans la nécessité de s'y servir de son altelier, et par conséquent d'y faire les réparations et augmentations nécessaires dont la dépense forme le 8e article dud. état;

4° Que les autres articles dud. état concernent les différentes dépenses ordinaires et indispensables à ces sortes d'ouvrages ;

5° Que toutes lesd. dépenses, qui ne sont employées qu'en gros aud1 état, sont employées en détail daus le journal que le S. Lernoyne en a tenu, et

dont il sera en état de justiffier toutes fois et quantes.

Premier article. — Pour la réparation et reconstruction du grand attelier du Roule, en charpente, pierres, moelons, thuiles, plomb laminé des goutieres, menuiserie des fermetures, échafaudage, vitrage, toile de banne, et tout ce qui est nécessaire pour mettre led. attelier en état d'y travailler, suivant les articles qui en sont détaillés au journal, la somme de 1 5,229*

2e article. — Pour la construction de l'aspect de l'architecture de la niche, voiage et retour de Paris à Rennes, et voitures dans Paris , relativement à l'ouvrage, suiv* id., la somme de 4,126

3* article. — Pour matériaux employés au grand modèle de tout l'ouvrage et au moule des figures, tant en plâtre et fer pour les armatures et soutien du grand modèle, qu'outils, ustenciles, charbon de terre pour forger tout le soutien de l'ouvrage et trente voyes de bois pour la garantie de l'ouvrage pendant deux hivers, etc., suivant id., la somme de 6,107

4e article. — Pour achat de trente-cinq mille cinq cent qua-

T. VI. io

rante livres de cuivre étant actuellement à l'attelier, au Roule, au prix de 24 s. et 26 s. la livre, la somme de 34,156 *, de laquelle il est encore due celle de 11,678 n'en ayant été payé que celle de

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