‹ Archives de l'art français Documents recueil de documents inédits relatifs à l'histoire des arts en FranceChapitre 48 sur 243 · A ONZE ANS · texte numérisé non relu

A ONZE ANS

En soi, cette note est déjà curieuse; elle Test bien davantage quand on en rapproche ce que dit de la suite tout entière une élève de Greuze, madame de Valori, dans la notice qu'elle lui a consacrée, notice trop peu connue, la seule même qui ait la valeur duo témoignage et qui donne de vrais détails biographiques. Celte notice, qui mériterait d'être réimprimée, se trouve quelquefois, car elle n'a pas été jointe à tous les exemplaires, en te te de : Grenu ou Uc-

cordée de village, comédie-Yaudeville en un acte, par madame de Valori, représentée pour la première fois à Paris, sur le théâtre du Vaudeville, le 31 mai 1813. Paris, 1813, in-8« de trente-neuf pages. La notice, qui est paginée séparément, en a vingt nuit, et un exemplaire complet doit contenir de plus un portrait de Greuze de profil, du reste assez mauvais. Or il y est question de la suite, pour laquelle Greuze avait certainement écrit une série de légendes dans le goût de celle conservée par il. Laperlier : * On lui doit plusieurs jolies fables, que le duc de Nivernois a mises en vers (1), et dans ses papier* se trouve une espèce de roman moral, dont il voulait faire une suite de tableaux, et qu'il nommait Basile et Thibaul ou les Deux éducation. Plusieurs des dessins de ce roman sont dans la collection que possède mademoiselle Greuze. » Par là quelqu'un qui connaîtrait bien les dessins de Greuze, épars dans les collections privées, pourrait essayer de reconstituer celte suite.

On se souvient, dans le pre mier volume des A rchives, du singulier et triste mémoire de Greuze contre sa femme, qui était chargée de la vente de ses estampes. Voici un billet d'elle, sans intérêt en lui- môme, mais curieux par la fantaisie exagérés de son orthographe :

Vous mavei fet eseperé que dens un moy ou plus seseret Le poque de mon numéros

Jei L'oneure de vous prevenire que Lanné ete chus seteune reson pour demendé oumoin lesimoy je vous prie de fere La plus grand diligenc vous savé que nous somme dens un momen oustoulemond a besoin daregen.

(l)Dans l'édition des œuvres de M. de Nivernois, publiée en 1796, able des Deux poules, la dix-neuvième du livre IX, t. II, p. 83, est la seule qui ait cette note : « L'idée de celte fable m'a été donnée par M. Greuze, peintre célèbre. »

En voiei la traduction : «r Vous m'avez fait espérer que dans un

mois au plus, ce serait l'époque de mon numéro; j'ai l'honneur de vous prévenir que l'année est échue ; c'est une raison pour demander au moins les siî mois. Je vous prie de faire la plus grande diligence; vous savez que nous sommes dans un moment où tout le monde a besoin d'argent.»

Je ne transcris pas une autre lettre, du 0 janvier 1782, relative à une vente d'estampes parce qu'elle est sans intérêt, ei qu'étant écrite sous la dictée de madame Greuze, par une autre main, «lit n'a pas la même gaieté; mais j'ajouterai pour finir une lettre de mademoiselle Ledoux, qui a trait à une question intéressante.

Mr Muller, artiste peintre, boulevard Saint-Denis, 19,

Paris.

Monsieur,

En réponse aux informations que vous me demandez avec confiance sur les productions de M. Greuze, pastels et miniatures, que Ton présente sous son nom, je puis affirmer que cet habile homme a fait seulement quatre ou cinq pastels, notamment la petite fille qui tient la bourse, dans le tableau de la dame de charité.

Ces pastels étaient très finis, et le talent de Greuze s'y reconnaît facilement; aucun n'a été dans le commerce de curiosité, n'étant jamais sortis des cabinets des possesseurs.

Quant à la miniature, ce genre lui était tout à fait étranger. Mademoiselle Gabriel Greuze s'était livrée à ce genre, aidée des conseils de son père ; il est probable que Ton aura attribué au père l'ouvrage de la fille, mais assurément il n'en a jamais fait.

Vous pouvez affirmer en toute sûreté, à la personne qui vous consulte sur ces productions, sans doute fort bonnes, puisqu'on les présente sous le nom de ce grand maître, qu'elles ne sont et ne peuvent être de lui.

J'ai l'honneur de vous saluer avec la considération la plus distinguée.

Pu. Ledoux,

Belleville, 9 janvier 1840. Seule élève de Greuie.

Je n'ai rien à changer à l'affirma lion très-importante qui fait le fond de celte lettre, et j'accorde complètement que Greuie n'a jamais fait de miniatures terminées ; mais je remarquerai qu'il s'y est au moins essayé, et celle conviction résulte pour moi, non d'une assertion de catalogue ou de vendeur, mais de celle, bien autrement légitime, de la petile-Olle de Ducreux, qui possède à Vendôme, avec beaucoup de pastels de son grand-père, une admirable ébauche en miniature, représentant une tôle de vieillard en longs cheveux blancs, qui avail été faite par Greuze et donnée par luimême à son ami Ducreux; et celui-ci l'avait d'aulant plus précieusement conservée que c'était un fait plus rare dans l'œuvre de Greuze. C'esl une ébauche très-large et traitée loliement comme une ébauche à l'huile qu'elle n'aurait pu être terminée en miniature ; Greuze l'a laissée là, et il a bien fait; il n'aurait pu que la détruire en la voulant terminer par un procédé minutieux qui ne lui était pas familier, de sorte que ce morceau môme ajoute indirectemtni une preuve de plus à l'affirmalion de mademoiselle Ledou», qu'il faut tenir pour fausses des miniatures mises sur le compte de Greuze, qui ne s'y est essayé que irès-excepUonnellement, et peul-ôlre môme que celle fois-là seulement. A. db M.

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