‹ Archives de l'art français Documents recueil de documents inédits relatifs à l'histoire des arts en FranceChapitre 49 sur 243 · DE NICOLAS POUSSIN · texte numérisé non relu

DE NICOLAS POUSSIN

pm* M. Léopold DelUle.

Les Archives ont commencé par des pièces relatives au Poussin ; en en donnant aujourd'hui une nouvelle, il se trouve qu'elle se rapporte à ces premières et les éclaircit d'une façon bien précieuse. Ce document, qui nous a été indiqué et communiqué par ^POld Delisle, que nous ne saurions trop en remercier, se trouve aux manuscrits de la bibliothèque impériale, dans le portefeuille, c'est-à-dire aujourd'hui dans le volume LXI A, Belles-Lettres (ff. M7-8) de la collection de M. de Pontette, au milieu de catalogues de livres et de manuscrits.

La première question que ce document soulève est de savoir quel est le Joanni, cousin et héritier du Poussin, qui possède les objets compris dans cette sorte de feuille d'annonce. La réponse sera facile. Il est question de trois Jean dans l'extrait du testament du Poussin donné par M. Bouchitté (i); mais il ne peut s'agir ici, ni de Jean Letellier, son légataire universel, puisqu'il n'était pas son cousin mais son neveu, ni de Jean Retrou, banquier, l'un de ses exécuteurs testamentaires, puisqu'il n'était pas son parent.

(1) Éd. in-lî, note P, p. 393-i.

T. VI

Reste donc son aulre exécuteur testamentaire, c'est-à-dire Jean Dughet ; si celui-ci était son beau-frère et non son cousin, celte contradiction doit être considérée comme plus apparente que réelle ; en effet, quoique celte annonce soit faite en vue de la France, on en verra d'autres preuves, cette destination n'a pas empêché d'employer malien, et par là il est certain que son en- tôle français a été originairement italien, soit en fait, si sa rédaction française est du fait du copiste, soit seulement dans l'esprit de son rédacteur; si donc cet en-tète a éléou traduit en français ou pensé en italien, ce qui revient au môme, la traduction ou plutôt la transcription française donnée par le mot cousin peut être inexacte et introduire un semblant d'erreur. Elle disparaît si l'on restitue par la pensée le mot italien cognato au lieu de eugino; cognaio, c'esl un beau-frère ou un parent par les femmes, et Jean Dughet,qui réunit les deux conditions, s'est ainsi désigné lui-môme dans la lettre à l'abbé Nieaise(t), auquel il dit : « Io dunque Giovanni Dughet, il cognato di monsieur Poussin. » Il faut aussi remarquer que cette bizarre forme de Joanni, qui n'est pas italienne, se rapporte bien plus à Giovanni qu'elle ne ferait au français Jean, qui était le nom de Letellier et de Retrou.

( D'ailleurs le doute n'est plus possible quand on se reporte à la date et au texte de la lettre déjà citée. Ce que Jean Dughet y proposait à l'abbé Nicaise, c'était, avec des manuscrits de Poussin, des dessins de lui, des estampes de Marc-Antoine, d'Augustin Vénitien, des Carrache, d'Albert, de Jules Romain, de Polydore, de Titien, des statues et des bustes de marbre antique. Ce que nous trouvons dans la pièce qui va suivre, ce sont des dessins, des statues, des bustes et ces mômes estampes. La lettre est datée do 26 avril 1678; l'annonce est de la môme année. Les manuscrits n'y figurent plus; mais, puisque le mois n'y est pas indiqué, l'annonce peut être postérieure à la lettre de six ou de huit mois, et peut-ôire dans l'intervalle l'essai de traité de perspective du Pons-

(1) Documents, I, p. 6.

fin avait-il trouvé acquéreur, à moins qu'il ne fût en fait assez mai en ordre pour que Jean Dughet, qui trouvait bon d'en parle dans une lettre, ne l'ait pas jugé assez digne d'être annoncé tout à fait publiquement.

En effet je serais, avec M. Delisle, disposé à croire que la pièce de ia collection Fontette, qui n'est pas un autographe de Dughet, mais, à ce qu'il m'apprend, une copie de la main même du savant conseiller Philibert de la Mare, auteur du Traité de polioe, et Dijonnais comme Fontette et l'abbé Nicaise, serait transcrite d'après un feuillet imprimé. Plusieurs raisons viennent à l'appui de cette supposition. Outre l'intérêt qu'avait Dughet à en répandre les exemplaires, la correction générale de l'orthographe en est déjà une preuve; car l'orthographe, qui n'a été en réalité créée que par les nécessités uniformes de l'imprimerie, ne se trouva pendant longtemps avec une sûreté constante que sous la main des imprimeurs. Quelques fautes en seraient one preuve encore plus forte; ainsi, dans ce texte très-correct, Gallicula pour Caligula sent bien son erreur typographique, et celle-ci est encore plus probable dans un sarebbe, qui est évidemment pour farebbe; on employait albrs des * longues, et, comme elles ne se différenciaient de Vf que par l'absence du trait médial, les deux lettres se confondaient incessamment.

Une question plus importante serait de savoir comment Jean Dughet était en possession de celte partie de la succession du Poussin. L'analyse du testament du Poussin, donnée par M. Bouchitté, déjà plus explicite que celle de Felibien, et à laquelle nous sommes forcé de nous tenir jusqu'à la publication du texte môme qui doit paraître dans l'édition si désirable et si désirée des lettres du grand maître que prépare M. de Chenuenères, ne nous apprend rien sur ce point, et peut-être le testament ne nous apprendrait-il pas davantage, car-fer Poussin ue parait avoir disposé nommément que de sa fortune matérielle. Ces dessins, ces estampes et ces marbres, était-ce bien tout ce que Dughet avait eu dans l'héritage artistique du Poussin? Poussin a nécessairement laissé des études de peinture, des esquisses, des maquctles modelées, des tableaux même, au moins commencés, et à coup sûr des dessins

en dIus grand nombre ; il devait avoir des tableaux et des dessins d'autres mains que de la sienne; certainement il n'était pas sans quelques toiles du Dominiquin et du Stella, et possédait, avec sa Fortune en bronze de Jean de Bologne, quelques terres de 1 Aigarde, avec lequel il a mesuré l\4ni»nouf,etde son ami François Duquesnov. En 1678, douze ans, il est vrai, après la mort du Pouss.n, Dughet n'avait rien de semblable; mais ce qu'il avait alors, Poussin le lui avait-il donné de son vivant? Dughet l'avait-il gardé comme se trouvant chez lui? A cause de la dif6cultè des transports et de l'ignorance où étaient de ces choses les héritiers de Normandie, les avait-il acquises d'eux en leur offrant une somme ronde a sa propre estimation? Les avait-il prises au moyen de l'abandon com plet ou en déduction de la somme qui lui était léguée ? Notre pièce ne nous donne pas môme le moyen de faire de suppositions sur ce point, et nous n'y pouvons trouver qu'une chose, la constatation de ce que Dughet possédait en 1678, et aussi du prix qu'on pouvait en demander.

Ce prix est évalué en doppie, et par là évidemment élevé, puisque la doppia est à Rome la plus forte unité monétaire. Ce n'est guère aujourd'hui qu'une monnaie de compte, et cela depuis longtemps, puisqu'en 1704 un cambiste de cette époque la range déjà dans cette catégorie; mais la doppia a été une monnaie effective, et, dans leurs Monele antiche et moderne d'italia, Zanetti, II, 451, et'carli, IV, 278, nous apprennent que ce lut dans le courant du seizième siècle qu'on commença à frapper des monnaies de la valeur de deux écus d'or, auxquelles, par cette raison, on donna le nom dedopp»>,c'est-a-dife de doubles. En 1704 la doppia ou pistole valait trente jules, le jules dix baïoques, et le baïoque cinq quatrini ; enfin en 1844 elle valait trois écus d'or et vingt et un banques, c'est-à-dire en chiffres ronds notre pièce de vingt francs. A ce compte, les 200 doppie - prix de chacun des deux volumes de pessins du Poussin, compreiant 160 feuillets, dont quelques-uns dessinés des deux côtés, le papier était alors plus rare et plus cher qu'aujourd'hui - équivalaientà 4,000 livres, qui en vaudraientbien douze d'aujourd'hui. Sans être excessif, car ils produiraient aujourd'hui bien plus, ce prix était énorme pour le temps, surtout à

propos de dessins, et montre une fois de plus en quelle estime ses contemporains tenaient les productions de notre artiste.

D'autres articles monteraient bien plus : ainsi l'œuvre de Raphaël en 270 pièces, de Marc Antoine et des autres, de belle impression, bien conservée et sans souillures, valait alors 2,000 livres ; celui d'Albert Durer, en 357 pièces de bois et de cuivre, curieux d'ailleurs à trouver si nombreux entre les mains de Poussin, valait 1,400 livres. Les prix des bustes sont aussi trèscurieux. Pas un de mes lecteurs ne croira plus que moi que Poussin possédât un portrait de Numa, second roi des Romains, mais un buste antique, ou passant pour tel, et deux fois grand comme nature, valait 2,000 livres. Un Lucius Verus, — pour celui-là et les autres empereurs, le dix-septième siècle et surtout Poussin, qui connaissait les médailles, ne s'y pouvaient pas tromper, — plus grand que nalure, quelque chose peut-ôlre comme les admirables bustes que le Louvre possède de ce môme Lucius, ne valait que 300 livres.

Mais, au lieu de poursuivre dans le détail celte comparaison, que chacun d'ailleurs peut facilement continuer, je me contenterai de dire que le total des estimations monte à 1,208 doppie, c'est-àdire à 24,160 livres, et je préfère attirer l'attention sur un détail plus important, c'est-à-dire la remarque finale, que je vais essayer de traduire ou plutôt d'interpréter fidèlement : « Si celui qui aura la pensée d'acquérir les susdites œuvres voulait faire graver les éludes de M. Poussin, il rendrait d'abord un grand service au public, et ensuite il ferait un gain ou, comme nous dirions aujourd'hui, une affaire de 3,000 doppie, c'est-à-dire de 60,000 livres; car on pourrait vendre l'exemplaire une doppia,ou 20 livres, et comme l'exemplaire de la reproduction contiendrait 160 feuillets, de même que l'original, il serait à un prix minime et par conséquent facile à placer, d'où il résulte, l'exémplaire étant à 20 livres et la totalité des exemplaires devant produire 60,000 livres, que Dughet pensait à un tirage et à une vente de 3,000. Celte publication, continue-t-il, aurait pour elle cet avantage, et par là cette chance de succès, qu'elle éviterait aux étudiants français les dépenses d'un voyage lointain ; car, l'ayant entre les mains, ils n'au-

raient plus besoin de quitter Paris pour aller à Rome, et enfin, pour ouvrir, par manière de surérogation, une nouvelle perspective de vente profitable encore, quoique moins importante, elle serait aussi d'une grande utilité aux étudiants de la Hollande et de la Flandre, qui auraient les mêmes raisons de Tacheter. »

J'ai dit plus haut que celte annonce était faite uniquement en vue de la France, la preuve est ici tellement surabondante qu'il serait inutile d'y insister; l'Italie n'a rien à faire de cette publication, puisque ses étudiants sont à Rome ou peuvent y aller facilement, et d'ailleurs où pourra-t-on avoir l'idée de graver une telle suite d'études du Poussin, si ce n'est dans son pays? Mais" il se présente une autre question. Dans les catalogues de manuscrits, où l'on indique, avec le nombre de pages, les premiers mots du second feuillet, — le commencement du premier devient inutile toutes les fois qu'il s'agit du même ouvrage, — l'identification est facile. Ici elle fait question; il ne s'agit de graver qu'un des deux volumes de dessins du Poussin ; la collection gravée aurait 160 planches, parce que l'original a 160 feuillets; mais les deux volumes de dessins en ont le même nombre; il faut donc se décider par d'autres motifs. Il est vrai qu'en se reportant aux idées du temps à la fois et à la destination annoncée par Dughet, le doute cesse bien vite, et c'est résoudre la question que la poser.

En effet, un des volumes se compose de diverti pemieri de l'invention de Poussin; ce sont par conséquent des croquis, des essais, des premières pensées, des variantes de compositions, les unes arrêtées, les autres incomplètes, indécises, surchargées môme. Pour nous, c'est ce qu'il y aurait de plus précieux, l'élude du chemin de sa pensée et de son inspiration pour les tableaux que nous connaissons, l'apparition de pensées nouvelles pour ceux qu'il a seulement projetés, la révélation, en un mot, de tout son génie et de sa fougue d'invention. Mais au dix-septième siècle cela était impossible à graver ; il y aurait eu trop de répétitions, trop de choses à ajouter, trop de choses à retrancher, tout un travail absolument nécessaire de mise en état et de traduction qui aurait été énorme. D'un côté, l'idée relativement moderne du foc swnle n'était pas née, et d'un autre, celui qui se serait chargé des chan-

gements aurait eu et aurait fait nattre un sentiment, sinon d'impiété, au moins d'infériorité si grande qu'il eût été difficile de trouver quelqu'un pour vouloir courir un pareil risque. D'ailleurs ce n'est pas une suite de morceaux aussi personnels qui enseignent le métier; il n'y a que du génie à y trouver, et le génie ne s'apprend pas. Ce qui est utile, ce qui se pouvait acheter par des élèves, ce sont des figures, ce sont des études. Par là ce que Dugbet propose de graver, c'est, sans conteste, l'autre volume, celui des dessins faits par M. Poussin, pour son étude, d'après l'antique, d'après Raphaël, d'après Jules Romain et d'après d'autres. Ces autres, on en peut nommer quelques-uns : le Titien dans ses bacchanales, Michel Ange peut-être, le Dominiquin certainement, les Carrache aussi, et de moins grands avec eux, ainsi le Polydore, et M. His de la Salle conserve dans sa belle collection un dessin qui en donne la preuve pour le dernier. 11 possède en effet une feuille venant peut-être de ce livre même, car tous deux ont certainement été dépecés, et où Poussin a copié une Vénus avec l'Amour, d'après Raphaël, et une figure drapée, de Polydore. La Yénus est plutôt épaisse; les lignes sveltes et pures du maître romain sont poussées au delà de sa plénitude ; elles se sont empâtées, allourdies et comme tassées; ce n'est plus Raphaël, et quand, dans sa jeunesse surtout, Poussin faisait des femmes pour son compte, il les faisait mieux ; mais la figure de Polydore est d'une ampleur, d'une tournure magistrale, d'une simplicité antique, dont le caractère tient bien moins de Polydore que de la main qui a cru le copier. Quel malheur que la pensée de Dughet ne se soit pas réalisée ; ses contemporains y auraient cherché des motifs d'étude, et aujourd'hui nous n'y chercherions, nous n'y trouverions plus que le Poussin.

En môme temps il y a peut-être encore autre chose à tirer de la proposition de Dughet. Aurait-on pu penser à la publication de celte suite d'études, si elle se fût composée de dessins de toutes grandeurs, de toute nature, et rassemblés seulement, sans offrir aucune unité de dessin ou d'exécution ? Cela serait difficile à croire, et il serait plus naturel de supposer que leur ensemble présentait nne convenance et un enchaînement assez grands pour n'avoir pas l'air d'un recueil formé au hasard. De même que Stella avait,

à Rome aussi el sous les yeux de Poussin, dessiné des séries de détails architecturaux, que gravèrent ensuite ses nièces pour faire profiler les artistes des études faites par leur oncle, de même Poussin, surtout dans son âge mûr, — et le dessin de M. de la Salle, qui nous donne peut-être l'idée de ce volume de figures, n'est pas de sa jeunesse, — a bien pu avoir l'idée de faire servir ses propres études à former un livre d'enseignement. Les figures qu'il a dessinées pour le traité de Léonard, sa lettre à H. de Chambras- sur la peinture, rendent d'ailleurs cette pensée très-admissible, et, si celte supposition ne parait pas excessive, le plus grand intérêt de cette annonce de Dughel serait de nous apprendre, ou pour mieux dire de nous mettre à même de conclure que Poussin s'était, plus qu'on n'aurait pu le croire, occupé de préparer un ouvrage de théorie.

Quoi qu'il en soit de cette question, la pièce reste toujours importante, et je n'aurais qu'a lui laisser enfin la parole, si je ne tenais à indiquer l'article curieux et bien pensé que M. Gandar, un professeur à la faculté de Caen, vient de faire paraître dans la (Jazetie des beaux-arts (1) sur la jeunesse du Poussin. Sa description de nouveaux tableaux de Quinlin Varin, son attribution, au moins plausible, et c'est déjà beaucoup quand on ne peut que supposer, d'un paysage plein de hardiesse qui aurait été peint par le Poussin, et avant son voyage d'Italie, pour décorer la cheminée d'une maison de sa ville natale, ne se peuvent qu'indiquer ici; mais je relèverai, pour compléter les pièces publiées à l'origine des Archives, l'indication de quelques autres documents de même nature. Ainsi M. M este il a signalé dans le registre de la paroisse du Pelit-Andely le nom de Janne Pouchin, comme marraine, dans un acte du Ier février 1604; II. de Hu ville a retrouvé l'acte d'une vente de deux acres de terre, faite le 2 mars 1635 par Marie Delaisemcnt, a veuve de dèfuut Jehan Poussin, » et H. Lelailleur a constaté, sur la liste des cinquante sœurs dont se composait en 1643 le personnel de l'abbaye de Saint-Jean au Grand- Andely,

(1) Numéro du 15 janvier 1860, tome V, p. 65-83.

l'existence de trois religieuses portant le nom de Poussin, comme cette Antoinette dont les Archives ont publié la profession de foi (IV, 60), et à propos de laquelle M. Gandar fait justement remarquer que, si elle est de la famille du Poussin, elle serait plutôt sa nièce ou sa petite-nièce que sa sœur, puisqu'en 1659 il avait déjà soixante-cinq ans.

En môme temps, et puisque l'occasion s'en présente, je demanderai la permission de faire deux remarques relatives à des faits de la jeunesse de Poussin.

Fèlibien n'a pas dit le nom du jeune gentilhomme poitevin qui l'emmena dans sa province, et qui se mêlait de peinture. M. Arnauldet Ta peut être trouvé; en effet, un certain chevalier H. Avice, amateur plutôt qu'artiste, a gravé d'après Poussin une Adoration des rois, en largeur, et des enfants jouant avec des cigales. Sa pointe maladroitement fine , mais surtout grise et comme emmêlée, n'a rien de bien remarquable; mais ses planches ont ceci de curieux qu'elles peuvent étr« antérieures à celles qu'ont faites en France, Pesne, Audran et les demoiselles Stella. En effet, la première date qu'on connaisse à propos d'Avice est celle de 1642, année dans laquelle il inventa et grava le titre du livre de le Laboureur, Tombeaux des personnes illustres, el la dernière est celle de 1654, année dans laquelle il dessina par ordre du roi la cérémonie du sacre, que le P autre grava en trois planches et fit paraître à Paris en 1655. Ainsi Avice a gravé Poussin l'un des premiers; il tenait à la noblesse, puisqu'il portait le titre de chevalier, et, ce qui est plus, son nom peut le faire croire Poitevin, puisque ce nom est encore fréquent dans le pays et dans les provinces limitrophes; ainsi à Tours, Avisseau, l'habile potier. Malgré tout, celte opinion, tirée de la présence en Poitou du nom d'Avice, que mon ami M. Arnauldet a remarquée et m'a signalée depuis longtemps, n'a rien de certain. Ce n'est qu'une supposition, qui ne sera probablement jamais prouvée ; mais elle est, jusqu'à nouvel ordre, assez acceptable pour pouvoir être produite et mise en avant pour ce qu'elle vaut.

L'autre point sur lequel je veux appeler l'attention est un tableau des premières manières de Poussin, qu'il serait bien curieux

de retrouver. Je ne veux pas citer tous les anciens guides de Paris qui cataloguent de lui une Mort de la Vierge, à Notre-Dame ; ce pourrait n'être qu'une erreur; le témoignage formel de Félibien est à la fois plus précis et irrécusable. C'est au moment où il va parler du départ définitif de Poussin pour l'Italie en 1624 : « Le Marin ne fut pas longtemps sans retourner en Italie, et quand il partit d'ici il voulut mener avec lui le Poussin ; mais il n'était pas en état de quitter Paris, où il fit quelques tableaux, entre autres celui qui est dans une chapelle de l'église Notre-Dame, où il représenta le trépas de la Vierge (1).* (Le chanoine Moulinot, sous les initiales du libraire C. P.) Gueffier, dans son livre des Curiotités de icglite de Paris, 1763, p. 59, complète Félibien de la façon la plus heureuse : « La chapelle de S. Geraud, baron d'An ri Mac, a été rétablie en 1761... Le tableau de l'autel représente le trépas de la sainte Vierge; on voit à côté un prélat, qui est François de Gondi, premier archevêque de Paris, qui a fait faire ce tableau en 1623 par le Poussin, avant son dernier voyage en Italie ; il est très-eslimé des connaisseurs, quoiqu'il ne soit pas de la première force de cet habile peintre fraoçois, et a toujours été regardé comme un beau prélude de sa manière de peindre, ce qui l'a fait distinguer des habiles peintres de son temps. » J'ajouterai que ce tableau est resté à sa place jusqu'à la révolution, et fut recueilli par Lenoir; en effet, son curieux inventaire, qui a été publié dans le Bulletin des comités, tome III, 1844-5, le catalogue, p. 200, sous le numéro 103, avec d'autres tableaux de Poussin : a De Notre-Dame. La Mort de la Vierge. Première manière de ce peintre. •

Il résulte de tout ceci plusieurs choses : de Félibien, que l'authenticité du tableau ne peut être contestée; — de Gueffier, qu'étant au-dessus de l'autel, il était de grande dimension et en hauteur, qu'il offrait un portrait de donataire comme en faisaient les Pourbus et ce Georges Lallemant, de Nancy , un instant mattre du Poussin, dont Brebiette a gravé le premier mai donné en 1630 à

(I) Ed. de Trévoux, IV, 10.

Notre-Dame par les orfèvres, et dont Businck a taillé en camaïeu des sujets antiques d'une certaine tournure ; — et enfin de le Noir, que le tableau a été à la disposition de l'administration impériale. Où est-il maintenant? A quelle église, à quel musée de province a-t- il été envoyé ? Bst-il relégué dans un grenier, ou bien, dans l'ignorance de son histoire et par là de son authenticité, l'attribution à Poussin a-t-elle été remplacée par un autre nom, ou ne figure- t-il plus que dans les limbes des anonymes? Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il peut, c'est qu'il doit exister et qu'il le faut remettre en lumière. Bon ou mauvais, il n'importe. Si même, ce qui est probable, il est fort différent de ce que Poussin a fait ensuite, il y aurait plutôt lieu de s'en féliciter, car son intérêt serait de nous montrer les influences premières et les premières tendances du Poussin. Pour être précieux en eîfet, il n'a pas besoin d'être un chef-d'œuvre; il lui suffit d'être un point de départ qui nous permette de restituer les origines du maître et de constater ce que, dans une période pour nous inconnue, ont été, comme invention et comme couleur, les premiers essais du Poussin.

A. de M.

Mémoire des pièces qui se sont trouvées à Rome dans le cabinet de monsieur Nicolas Poussin, et qui sont présentement à vendre entre les mains du sieur Joanni, son cousin et son héritier, en 1678.

Dise mu diversi di monsieur Poussin.

Un libro di disegni fattida monsieur Poussin, cioe dal antico, da Raflaelle, et da Giulio Romano et d'altri, per suo studio, che contiene nel numéro di fogli 160, alcuni disegnati da tutti due le bande : 200 doppie.

Un altro Hbro del sudetto, di diversi pensieri disegnati délia sua inventione, che contiene fogli 160, alcuni disegnati dalle due bande : 200 doppie.

Àlcuni disegni di paesi, numéro 50, di animali, numéro 20, con alcune teste, numéro 70 : 50 doppie.

Stampe di varii pittori.

Stampe di Raffaelle, intagliate da Marco Antonio, da Agostino Veneziano, et da altri buoni autori, conservate et bene impresse, e senza macchie, nel numéro di 270 : 100 doppie.

Libro délie opère di Alberto Durero, intagliate in legno et al bulino, numéro 357 : 70 doppie.

Libro délie opère de' Caracci al bulino et ail' aqua forte, con la vita dell* istesso, numéro di 242 ; 40 dopie.

Libro di Polidoro Caravaggio, nel numéro di 70 : 15 doppie.

Libro di Titiano, paesi et altre opère, numéro 52 : 35 doppie.

Libro di Andréa Mantegna, numéro 32 : 12 doppie. Libro di Giulio Romano, numéro 150 : 15 doppie. Libro d'arcbilectura del Vignola ; libro d'architectura del Labaco ; originali (1) : 3 doppie.

(1) C'est-à-dire que ce n'étaient pas les livres imprimés, mais ou les dessins originaux du Vignole et du Labacco, ou plutôt encore des copies manuscrites.

Memorie di alcune statue e busti

Numa Pompilio, II re de' Romani, busto e (esta tica, due vol te al naturale : 100 doppie.

Lucio Vero, imperatore, piu grande al naturale : 15 doppie.

Cleopatra, regina d'Egitto, testa e busto, antica, tutta di un pezzo : 25 doppie.

Augusto, testa antica, col busto di diaspro di Sicilia : 36 doppie.

Gallicula, testa antica, col busto di diaspro di Sicilia : 36 doppie.

Faustina vecchia, testa e busto antico : 36 doppie.

Drusilla, testa e busto antico : 25 doppie.

Britannico giovanetto, testa antica, il busto d'alabastro : 25 doppie.

Nerone giovanetto, testa antica, il busto d'alabastro orientale : 25 doppie.

Antinoo antico : 12 doppie.

Fauno, testa e busto, antico : 10 doppie.

Mercurio, testa antica, con poco busto moderno : 10 doppie.

Statue di marmo antiche.

Flora, alta palmi cinque j ^ ^ • Cupido, alto palmi cinque j Hercole, alto palmi sei : 40 doppie.

Statue piccole per cabinetto.

Venere

Bacco 20 doppie.

Lucio Vero

Statue di bronzo.

Una Fortuna di palmi due, di Giovanni Bologna, conservatissima, per cabinetto : 15 doppie.

Un busto di Galba, con la testa, cioe busto [di marmore], e la testa di bronzo, alto mezzo piede di altezza, di métallo Corintio : 12 doppie.

Vasu

Due vasi di alabastro di Sicilia, eon il loro copercbio, ciascuno alto di palmi uno e mezzo : 10 doppie.

Un vaso, di alabastro orientale transparente, alto palmi uno e mezzo, col suo coperchio : 8 doppie.

Quello, il quale vorra attendere alla compra délie sudette opère di Mons. Poussin, se volesse fare intagliare li studi che ha fattoMons. Poussin, oltrail bene publico, sarebbe un guadagno di 3,000 doppie, et a vendere un libro sarebbe pagar lo poco una doppia, mentre il libro contiene 160 fogli; ne occorrerebbe che gli giovani Francesi si partisse™ di Parigi per venire a studiare in Roma; servirebbe ancora a tutti gli studiosi Olandesi e Fiamenghi.

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