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Ornemens, n'es.1 pas moins utile à ceux qui commencent à s'appliquer au Dessein qu'à ceux que leur profession oblige journellement d'en faire usage. Inventé par J. B. Toro, et Mis au jour par les soins du sieur G. N. Le Pas du Buisson l'aîné, architecte du roy, Le quel donnera incessamment une suite considérable des Ouvrages du mesme auteur. Se vend à Paris, Chez le sieur du Buisson, rue de Guenegaud, du cc\é du Pont-Neuf. Avec Privilège du Roy. De Rochefort sculpait. C. P. R. »
Le titre est seul en hauteur; les cinq pièces qui le suivent sont en largeur et offrent deux consoles et trois tables longmes ; sur le côté droit de quelques-unes de ces pièces se voit un bras de bougie. Les tables sont du goût le plus fin ; les traverses qui relient les pieds de l'une, au lieu de s'y attacher, s'y suspendent plutôt, et la courbe qu'elles décrivent est de la plus charmante élégance.
De plus, ces mômes arlisies ont gravé d'autres suites d'après Toro, et pour leur compte et pour celui d'autres éditeurs que Dubuisson ; j'ai trouvé récemment une suite composée de neuf feuilles en hauteur, non numérotées, dont la première porte ce titre : Nouveau livre de vases; en haut un amour soutient l'écusson des d'Orléans, et au bas se lit celle adresse : A Paris, chez Gaulrot, sur le quay de la Mégisserie, à la ville de Rome. — Qualre de ces pièces sonl gravées par Cochin, deux par de Rochefort, trois sont anonymes, mais me paraissent ducs à ce deruier.
M. Bérard possède aussi uue suite de vases par Rocheforl et par Cochin; d'après M. de Monlaiglon, c'esl une copie de la suile de vases gravée par Pavillon, dont il sera question plus loin; le litre est copié de celui du livre de vaisselle, gravé d'après Toro par ce dernier graveur. Celte suile ne porle pas d'adresse, comme ou va voir : • Nouveau livre de vases. Avec privilège du roy. I. B. Toro inv. el del. De Rocheforl sculpsil. » Quanl à une suite de six cartouches, tous gravés par Cochin, qui se trouve ï l'Arsenal, et qui porle, comme le livre des vases, l'adresse de Gautrol, M. de Monlaiglon me fait remarquer que les deux lignes de l'adresse sont gravées d uo burin plus noir que les mots : Avec privilège du roy, qui la suivent. Peul-ôtre est ce seulement une adresse changée au lieu d'être une publication nouvelle, et l'état antérieur fai>ait
peut-être partie des pièces publiées chez Du buisson. De plus j'ai rencontré deux ou trois sujets de figures chimériques appartenant à une suite, également d'après Toro et aussi par Cochin, mais, le titre de la suite manquant, je n'ai pu savoir si elle était ou non éditée par Dubuisson ou par Gautrotf
En tous cas, si Cochin n'a pas été le seul graveur employé par Dubuisson, il a beaucoup gravé d'après Toro, et il faut que toutes ces suites soient devenues d'une bien grande rareté pour qu'aucun des calchographes qui ontéaumérè ses œuvres, Basan, Huber et Rost, Heineken et M. Charles le Blanc, n'ait cité un seul de ses livres d'ornements d'après Toro.
François de Poilly, le neveu du célèbre graveur d'Abbeville, a aussi publié des estampes d'après notre sculpteur. Je connais, et M. Bérard possède une suite de six feuilles en hauteur, non numérotées, dont voici le~ titre : Livre nouveau de cartouches, dédié à M. Louis de Lenfant, conseiller du roy, commisiaire de tes troupes en Provence et intendant de celles de Monaco ; inventé par son très-humble serviteur B. Toro. A Paris, chez F. de Poilly, rue Saint- Jacques, à Cimage Saint-Benoisl. C.P.R. Toutes les autres pièces portent au bas et à droite : F. Poilly, ou de Poilly excudit C. P. R. — Je possède une pièce en largeur, appartenant sans doute aussi à une suite, et représentant un enfant monté sur un aigle dont la queue se termine en rinceaux d'ornements, et qui, de la patte droite, accroche une guirlande suspendue à un mascaron vu de face, et posé à gauche sur un socle. Cette pièce, dont j'ai le dessin original de Toro à la sanguine, est marquée également au bas et à droite : F. Poilly, ex. C. P. R. Je n'ai pas assez présente à la mémoire la manière de graver de F. Poilly le neveu, pour décider si ces morceaux ont été exécutés ou seulement édités par lui; je pencherais toutefois pour la première supposition.
Il me reste à citer, pour en finir avec ce que je connais des estampes gravées à Paris d'après Toro, une pièce en hauteur représentant un mascaron de Neptune vu de face, jetant de l'eau dans une vasque de fontaine ; on lit au bas les noms que voici : à gauche : J. B. Toro, inv. et del., et à droite : Joullain, sculps. Chex M. Bérard, une seconde pièce porte les mêmes inscriptions ; c'est
une console en largeur, reproduite d'une pointe assez lourde, quoique très-claire de travail. Une troisième pièce, au Cabinet des estampes, représente, comme motif principal, une téle de Méduse avec la légende : Latificando petrificat, et au bas, è gauche : Taureau inv., et à droite : Gueroult, sculp.
M. Bérard possède aussi une suite de cinq vases, en hauteur, sans nom, à laquelle manque sans doute le titre. On la reconnaîtra à ce que chaque pièce offre en bas un vase accompagné de trophées et d'ornements, et au-dessus un oraement en frise. L'un des vases offre le soleil de Louis XIV, et un autre une vue de mer avec tour. Cette suite est plutôt parisienne qu'allemande.
La plupart de ces estampes, ou, pour être plus juste, à peu près toutes, sont d'une bonne exécution, mais il leur manque ce qui fait si souvent défaut aux pièces d'après un maître autre que le graveur lui-même, et ce qui leur donne tant de charme quand on l'y trouve, je veux dire l'esprit et le goût propres de ce maître. Faites loin des yeux de Toro et de sa direction, elles ne sont en aucune manière empreintes de son génie et de sou caractère, et c'est cette condition si précieuse que je retrouve tout entière dans les estampes gravées à Aix par des artistes qui furent sans doute les amis et les camarades de Toro, et qui purent, en le voyant à l'œuvre et en s'inspirant de ses admirables travaux sur bois, se pénétrer intimement de son style et de sa pensée.
Trois graveurs d'Aix ont travaillé d'après notre sculpteur, ce sont Jacquet Coelemans, Honoré Blanc et Ballhaiar Pavillon,
Tout le monde connaît le premier, ce vaillant buriniste du Cabinet d'Eguilles. Je n'ai pu jusqu'à ce jour trouver qu'une seule pièce gravée par lui d'après Toro ; elle est en largeur et représente à gauche un trophée d'armes posé sur un piédestal, et de ce trophée s'élancent de riches enroulements au milieu desquels jouent des animaux chimériques et un petit faune. On lit dans la marge du bas, à gauche : JB. Toro invenil et delineavit, et à droite : J. Coelemans sculpcil.
Celle estampe, sans numéro, faisait probablement partie d'une suite; son dessin savant, son burin brillant, facile et coloré, me font regretter beaucoup de n'en avoir trouvé encore que celle
seule pièce, qui rappelle parfaitement les dessins à la sanguine de Toro, où l'allure de ce maître est plus éuergique et plus fière que dans ceux au lavis.
Honoré Blanc fut le graveur par excellence de Bernard Toro\ il était orfèvre et gravait avec une rare dextérité. Dans ses estampes l'eau-forle et le burin se mêlent avec une parfaite harmonie; d'autres fois le burin pur y fait seul tous les travaux avec la môme finesse et la même liberté que la pointe; quel que soil du reste le procédé qu'il mette en œuvre, son faire est toujours élégant, el sa touche, tantôt forte, tantôt légère, est toujours pleine de goût et d'esprit. Ses estampes, gravées d'après des sculptures en bois ou d'après des dessins qui devaient être sculptés en bois, expriment en outre merveilleusement bien, par des travaux simples el peu nombreux, les reliefs plus ou moins vifs et saillants des mille détails de l'ornemeotalion ; on ne peut vraiment qu'admirer ces fidèles reproductions des ouvrages de Toro, et l'on a peine à comprendre que Blanc ail pu se pénétrer à ce point de loules les qualités de son modèle; >ï ses gravures n'étaient point signées, on les attribuerait sans hésiter à Toro lui-même, tant elles sont un miroir exael de ses dessins et de ses sculptures.
Par ces mêmes motifs, Honoré Blanc excelle dans toutes les parlies où Toro est lui même supérieur, je veux dire dans lous les ornemenls, dans leurs accessoires, mascarons, figures fantastiques, grotesques, etc., el il faiblit comme son maiire dans le dessin des figures entières, et surtout des extrémités.
Je n'ai pu trouver, malgré mes recherches, Pacte de naissance de Blanc, mais il est probable qu'Aix, où il demeurait place des Prêcheurs, cl où il a fait tous ses travaux, était sa ville natale, el je pense qu'il élail à peu près du même âge que Toro. Il vivail encore en 1734.
Je me propose de donner le catalogue détaillé et raisonné de toutes les pièces de cet artiste, qu'il m'a été possible de découvrir (i).
{i) Leur nombre s'élève jusqu'à présenté cent cinquante et une ;
A l'occasion des estampes de Blanc, j'ajoute qu'il ne faut pas ranger dans son œuvre, ainsi que l'ont fait Brulliot (1) et M. Ch. le Blanc, quatre estampes éditées en Allemagne par J. G. Hertd, et peut-être gravées par lui, représentant des mascarons et des têtes grotesques ; ces quatre pièces sont copiées de quatre estampes d'H. Blanc, appartenant à une suite de six dédiée à François Ricard, suite qui est une des plus belles productions de notre artiste. Quoique les planches à'Hertel ne soient pas sans mérite, on ne prendrait cependant pas en les voyant une haute idée du graveur provençal. Brulliot et M. Ch. le Blanc n'ayant certainement pas vu les pièces originales, le monogramme d'Honoré Blanc, que Hertel a placé sur ses estampes, a achevé de les tromper.
J'ignore si d'autres pièces de Blanc ont été copiées par Hertel ou par quelque autre graveur allemand ; mais je me souviens d'avoir vu dans le temps à Paris une ou deux suites d'ornements d'après Toro, gravées et publiées en Allemagne, qui reproduisaient sans doute quelqu'une des suites gravées à Paris. La suite sans nom et portant pour titre : « Cartouches nouvellement inventés par J. B. Toro, • est une copie allemande qui est certainement dans ce cas.
Les estampes de Balthaxar Pavillon, qui, comme H. Blanc, était orfèvre, diffèrent beaucoup entre elles, suivant qu'elles sont gravées d'après Toro ou d'après les grands maîtres qu'il eut la prétention de vouloir reproduire; en effet, la plupart de ses morceaux d'après Raphaël et le Poussin sont d'une exécution détestable à tous égards ; c'est avec très-juste raison que Mariette, parlant du tableau de Raphaël, la bataille de Constantin, dit : « Très-mau-
dans ce chiffre sont comprises les cent planches de plantes et de fleurs qu'Honoré Blanc grava d'après nature, avec infiniment de goût, pour l'ouviage dont suit le titre : Histoire des plantes qui naissent aux environs d'Aix et dans plusieurs autres endroits de la Provence, par M. Garidel, docteur en médecine et professeur royal d'analomie. Aix, Joseph David, 17*13, in-folio. Dans la première planche, YAbies tenuiore folio s'élève d'un motif d'ornement a mascaron emprunté à Toro.
(1) Brulliot, Dictionnaire des monogrammes, iT* partie, n«> 977.
▼aise copie en petit de ce beau tableau, faite à Aix par un nommé Balthazar Pavillon, qui ne fait ni graver ni dessiner. » Et il ajoute : « L'assemblée des dieux et les nopces de Psyché, de la loge Chigi, par le même Pavillon, et dans un aussi mauvais goût que la pièce précédente (1). »
Mais il en est tout autrement des pièces gravées également au burin par Pavillon, d'après Toro. Je n'avais pu jusqu'à ce jour que supposer l'existence de trois suites, l'une de votes, l'autre de car- - touchés, et la troisième de frises d'ornements à deux rangs superposés, n'ayant pu depuis plusieurs années trouver que deux pièces de la première, une de la seconde et deux de la troisième.
Heureusement je dois à M. de Montaiglon de connaître à l'état complet ces trois suites, et d'en pouvoir donner le détail; toutes trois sont conservées à la bibliothèque de l'Arsenal. Voici le titre de la première : « Livre de vases inventé de Bernard Tarot, sculpteur du roy. Se vend chez Balthazard Pauillon, rue des Derniers- Baigniers. A Aix en Prouence. Avec privilège du roy. » Ce litre représente un vase plat à large soubassement, en baut une cassolette fumante entre deux petits génies assis, et au bas de petits tritons jouant avec des chevaux marins. Les autres pièces, sans numéro, comme toutes les suites de Pavillon, et portant, comme elles tontes, au bas les mentions : Be. Taro in. ou invenlor — C. P. B — JL Pavillon sculpsil, nous offrent cinq autres vases; L'an est en torme d'aiguière, avec un médaillon de femme et un y*til génie capripède assis sur le bord du col et tenant l'anse dans ses bras; l'ailic, dont M. Bérard possède le dessin lavé sur crayon, est entouré d'un bas relief de Mutius Scevola se brûlant la main devant Porsenna, et fermé d'un couvercle à anneau chargé de deux génies pleurant; l'autre est une aiguière ouverte et sans couvercle, sur la panse de laquelle se voit une troupe de petits tritons, et dont le pied est enlacé de dauphins; l'autre est un vase sans couvercle, chargé d'enfants bachiques auprès d'un terme ;
(1) Âbecedario de P. J. Mariette, t. IV, p. 335.
l'autre, un vase plat avec un médaillon de femme accosté de trophées, et au- dessous deux chimères des deux côtés d'une colonnette surmontée d'un panier de fruits ; deux amours, assis des deux côtés du bouton, tiennent les anses comme les écuyers font des cerceaux de papier; sur la panse d'un autre, un enfant offre à boire à un vieux faune demi-couché, pendant que deux autres mettent une guirlande autour d'un terme ; le dernier est une aiguière tournée à droite; une chimère s'enroule avec fureur sur l'anse, et une autre chimère accroupie défend le devant du col.
o Le livre de cartouches, inventé de Bernard Tarot, sculpteur du roy, » porte la même adresse de Pavillon. Après cette feuille de titre qui constitue- le premier cartouche, un second est accompagné d'enfants et d'aigles; au-dessous la moitié d'une frise distincte offre un sphinx à gorge et à tête de femme, se retournant coquettement vers un grand échassier, portant une sonnette au cou et perché sur un rinceau. Un troisième, porté sur une console, est accosté de deux sphinx à tête et a poitrine d'homme et de femme; en bas, dans une frise, un petit génie terminé en rinceaux se renverse sur un ornement. Le quatrième se caractérise par un génie qui monte sur un des côtés du socle, et par une femme ailée, assise, qui lient une couronne. Le cinquième est un cartouche penché, accosté d'une palme, supportant une couronne; à gauche un trophée et un génie, à droite un autre génie assis, tenant un médaillon de femme ; dans le bas, une moitié de frise avec un vase et une chimère xssise. Le sixième est en forme de table funéraire; deux génies volants écartent un rideau qui sert de fond, et un troisième élève au-dessus de sa tète une couronne.
M. Bérard possède un « Livre de cartouches inventé par Bernard Torro, * suite de six pièces numérotées en hauteur, d'une exécution lourde et qui sont évidemment des copies réduites; plusieurs, sinon même tous, sont pris à cette suite de cartouches de Pavillon.
Quant au « Livre de frise, inventé de Bernard Tarot, sculpteur du roy, » le titre, qui offre toujours la même adresse, n'a qu'un seul motif; les autres feuilles ont chacune deux frises superposées. En voici le détail : sur l'une, en haut le triomphe d'Ampliitrite,eo bas un bas-relief d'Apollon et Daphné.Sur une autre, en haut une chi-
mère, montée sur le dos d'un enfant qui se traîne sur ses bras et sur ses genoux, rend hommage à un sphinx femelle , pendantqu'k droite un enfant s'appuie sur un masque comme sur un bouclier; en bas un vase, placé au milieu, sépare un petit faune assis, taquinant une chimère, d'une autre chimère à ionuelte qui va flairer une tôle grotesque derrière laquelle se cache un enfant. Sur une autre planche, en haut, moitié gauche d'une frise avec médaillon d'homme coupé par la moitié, et à gauche médaillon complet avec la chimère d'un seul de ses côtés; en bas, moitié gauche d'une frise qui aurait pour centre un vase cannelé; le reste du motif est un médaillon de femme soutenu par un génie, et un enfant assis admirant avec frayeur la barbe d'une chimère. Sur une autre planche, en haut, moitié de frise, à droite un écusson coupé, à gauche un enfant qui se renverse sur un ornement; en bas, à gauche, bas -relief rustique, à demi coupé et accosté d'un enfant jouant avec une chimère; plus loin, deux génies soutiennent un écusson couronné. Sur un autre, en haut à gauche, espèce de centaure assis, jouant avec une chimère, et à droite petit faune à pieds de chèvre, tirant avec malice la barbe d'un mascaron railleur ; en bas ornements avec, à gauche, sphinx femelle assis, et à droite enfant à moitié à cheval sur un écusson contourné.
De plus la bibliothèque de l'Arsenal possède une quatrième suite. Le titre, qui présente une sorte de construction à pilastres, décorée d'un vase et relevée par deux enfants assis sur le fronton, par un autre qui vole en soutenant un rideau, et par un autre assis qui dessine le vase, offre cette inscription : a Livre pour vaisselle d'église, inventé de Bernard Toro, sculpteur du roy. » On lit plus bas : « Se vend chez Balthazard Pavillon, etc. Be.Taro in. B. Pavillon, sculp. » Voici le détail des planches qui suivent le litre : — Un lustre d'église, en forme de console ou de cartel ; le bas est orné de six mascarons, de la tôle de quatre desquels s'élance la branche d'une bougie; à quatre des angles du haut se courbe au dehors une figure soutenant une autre bougie ; sur le corps du lustre est assise uue renommée. — Un ciboire avec un bas-relief du repas à Emmails ; a gauche une burette, à droite une croix posée sur une console. — Une lampe perpétuelle; le godet où brûle l'huile est sus-
pendu au-dessus du récipient inférieur par une double ehuîne, et ce sont deux anges sortant des anses de ce récipient, qui se suspendent à la chaîne et établissent l'union entre les deux parties de la lampe avec une nouveauté de parti et une grâce de mouvement tout à fait charmante. — Un bas-relief en hauteur pour un pilastre ou pour une clôture de chœur; c'est un trophée d'attributs religieux où se croisent la mitre, la tiare, les croix processionnelles, etc. On remarquera que celte suite, n'ayant que cinq pièces, est peut-élrc incomplète d'une sixième.
Pour ne rien oublier de ce qui a été gravé par Pavillon d'après Toro, je citerai une pièce en largeur, où l'on lit sur un socle entouré de trophées : « Les plus belles actions d'Alexandre, dédiées aux héros du temps. Hujus aevi heroibus prœclariora Allxandri {sic) magni bello gesta. DD.D. » Et au-dessous : « Bernard Toro inventor, B. Pavillon sculpsit. » Cette pièce sert de titre à la suite des cinq sujets des batailles d'Alexandre que Pavillon copia d'après les magnifiques estampes de G. Audran et de G. Edelinck. Ces cinq morceaux sont, du reste, aussi mauvais que ceux d'après Raphaël cités par Mariette.
Autant il y a à critiquer et à blâmer dans les gravures historiques de Pavillon, autant il y a à louer dans ses pièces d'ornementation; le dessin en est précis et sûr, le burin à la fuis ferme et moelleux, et, comme dans les estampes d'Honoré Blanc, le sentiment et l'esprit sont parfaitement conformes à ceux du modèle. J ajouterai que les suites de Pavillon ont eu certainement un grand débit, car la Bibliothèque impériale possède de l'une d'elles trois épreuves fatiguées et usées de manière â prouver un tirage énorme.
Je dois faire remarquer ici que sur toutes ces pièces de Pavillon, à l'exception du seul titre de la vaisselle d'église, le nom du dessinateur est écrit : lier. Taro, et celte altération du nom de notre sculpteur m'a fait le reconnaître dans le nom d'un artiste cité comme orfèvre â la page 142 de V Histoire de VorfévrerUjoaillerie, par MM. Paul Lacroix et Ferdinand Séré. In-8°, Paris, 1850. Ce nom est celui de J. M. Bernard Tarot, qui, au dire du livre, se serait fait d'orfèvre, sculpteur ornemaniste. Il est en effet bien é\ident que ce nom est celui de Toro mal orlhogra-
phié et pris sur une inscription fautive, comme celles que je viens d'indiquer sur les planches de PaviUon. Les nombreux dessins qu'avait faits Toro pour des motifs d'orfèvrerie (nous avons vu que la grande suite éditée par Dubuisson en renfermait plusieurs) oni pu très-facilement faire croire qu'il avait été orfèvre.
Quant à Balthazar PaviUon, qui demeurait à Aix, rue des Derniers-Bagniers, il naquit dans celte ville en 1649, et y mourut au mois d'août 1729. Il était fils d'un sculpteur, Pierre Pavillon, qui fut chargé en 1659 des ornements de la façade de l'hôtel de ville d'Aix, conjointement avec deux autres artistes, Jean-Claude Rombaud et Jacquet Foné, le beau père de Louis Vanloo. Pierre Pavillon fil pour cette façade : les statues en pied de Charles 111 d'Anjou, comte de Provence, et de Louis XI, qui fut son héritier en 1481; un boste colossal de Louis XIV, et un écusson,aux armes de France, soutenu par des anges. Tous ces travaux périrent en 1792. C'est ce même Pavillon qui fit en 1650 la statue de la Madeliine, dont il est question dans une note de VAbecedario de Mariette (IV, 338).
J'ajouterai que Balthazar Pavillon eut un fils qui fut comme lui orfèvre, et un petit-fils, du nom de Charles, qui fut peintre. Celui-ci, né à Aix le 26 mars 1726, se doit môme ajouter aux artistes français travaillant à l'étranger que le livre de M. Dussieux a mis en lumière, car il est mort directeur de l'Académie royale de peinture d'Edimbourg, le 14 juin 1772 (I).
Enfin M. de Montaiglon a vu chez M. Bérard deux pièces anonymes, qu'il serait tenté d attribuer à la série provençale plutôt qu'à la lèr'ie parisienne, à cause de leur souple et complète intelligence du génie du maître. Chacune d'elles contient, au-dessus les uns des autres, deux claveaux et deux consoles. Sur l'une de ces pièces on voit en haut une tôle marine, et à côté, à droite, une console formée d'une tôle de faune frondescent; en bas, le cla-
(1) Voir le livre de M. Roux-Alphéran , les Rue» d\A\x, ou Recherches historiques sur l'ancienne capitale de la Provence, 2 vol. in-8% Aix, Aubin, 1846, tome I, p. 36 et 85.
veau est une téte d'Hercule avec sa massue, et la console renversée est formée d'une tôle de faune qui s'épanouit en feuillages de sculpture à la façon des feuilles de chapiteaux. Sur la seconde pièce on voit en haut un claveau à téte de femme coiffée de plumes, avec coffret de bijoux, colombe, carquois et torches, accompagnée à gauche d'une console qui se contourne en arrière pour reprendre un effet droit par la ligne du buste qu'elle porte et qui, lui, ne supporte rien ; c'est une téte de fe.nme, le front esl fuyant, l'effet aisé, plein d'élégance, de liberté, avec un sentiment de méplats de la plus heureuse tournure. Au-dessous le claveau est une téte de faune cornu avec pipeaux et pedum; à gauche la console, très-ren versée, offre une tôle de faune à oreilles pointues.
Que Toro soit l'inventeur de ces ornements, il n'y a pas là-dessus à avoir le moindre doute, et son goût est tellement personnel qu'on ne saurait s'y tromper. Mais quel est le graveur? Ce n'est ui Blanc, ni Pavillon. Serait-ce Toro lui-même? Malheureusement, si Toro a gravé, on se figurerait plutôt sa pointe matériellement fine et aussi légère et précise que l'est son crayon. Ici elle est aiiée et décèle bien le dessinateur, mais elle e*t grasse et sent les hasards d'une main habile, tandis que la sûreté de celle de Toro n'évita la sécheresse qu'à force d'élégantes délicatesses et de soins harmonieux.
Dr Pons.
Aix, 1859.