‹ Archives de l'art français Documents recueil de documents inédits relatifs à l'histoire des arts en FranceChapitre 56 sur 243 · ARCHITECTE DU CONNÉTABLE DE MONTMORENCY · texte numérisé non relu

ARCHITECTE DU CONNÉTABLE DE MONTMORENCY

ACTES EXTRAITS DBS REGISTRES Dl LA MAIRIE D'ECODEN. (1556-1578.)

Des importants édifices élevés par cet habile artiste» il n'en reste aujourd'hui qu'un seul. Il n'est rien demeuré de l'hôtel de Soissons, sauf la colonne encastrée dans le mur de la Halle au Blé; ce qu'il a fait aux Tuileries datait tout à fait de l'origine, et par suite s'est vile perdu presque entièrement sous les remaniements successifs. Seul, le château d'Ecouen, malgré toutes ses pertes, s'est assez conservé dans son ensemble pour témoigner complètement de la pureté de son style et de lu valeur de son génie. Aussi, de même que son titre par excellence était celui d'architecte du Connétable, de même l'idée et l'admiration de cette cour harmonieuse, de ces façades où la simplicité des lignes et la sobriété des détails ne servent qu'à augmenter la grâce et A la mettre dans tout sou jour, se présentent à l'esprit en môme temps que le nom de Jean Bullanl, dont elles demeurent inséparables. Non-seulement c'est son œuvre, non-seulement il a tout conçu, tout construit, tout dirigé, mais, après l'avoir terminée, personne n'y est venu mettre la main ; il est resté à côté d'elle, il y est mort après y avoir vécu, et ce fait, que les actes suivants établissent de la façon la plus péremptoire, est très-important, parce qu'il montre combien il faut, dans Ecouen, ne voir que son œuvre et rien que son œuvre, ce qu'on aurait déjà pu conclure de la parfaite unité de l'ensemble et des détails.

Depuis longtemps déjà M. Emile Regnard, de Montmorency, l'obligeant bibliographe, avait eu la borné de nous signaler l'existence à la maiiie d'Ecouen d'un leitament de notre artiste. La T. TL 30

chose élait curieuse et valait la peioe d'être relevée pour les Arehives; aussi avons-nous dernièrement, M. Regnard, mon ami M. Paul Cheron et moi, fait ensemble celte sorte de pèlerinage en souvenir de ce grand maître français. M. Jacquin, le secrétaire de la mairie, a bien voulu mettre les registres à notre disposition, et nous avons pu, en les dépouillant ensemble, y faire une moisson plus ample que nous ne le pensions d'abord.

Les quelques registres du dix-septième siècle qui ont été sauvés sont originaux; ils portent, à la suite de l'acte, les signatures du curé, des parties et des témoins. Les deux registres du seizième siècle, dont nous avions seuls à nous occuper, ne sont pas dans le môme cas; ce sont des transcriptions contemporaines qui ne reproduisent que le corps de l'acte, sans se préoccuper même de copier les signatures. L'absence de celle3-ci, la continuité de l'écriture, qui est le fait d'un copiste, transcrivant de suite et par pages à la fois, et la mention habituelle : comme il appert par le registre, montrent que celui-ci est perdu ; mais pour nous sa copie est aujourd'hui aussi précieuse et tout aussi authentique. En môme temps, il faut remarquer que ces deux copies d'un môme original ne sont pas identiques; elles oui été faites avec une idée de choix assez peu compréhensible, car, si la grande majorité des actes se retrouve dans les deux, il y en a qui ne se trouvent que dans l'une ou dans l'autre. Le testament est par malheur dans ce cas, et l'état de pourriture de la portion supérieure du volume qui le contient, — il est maintenant conservé avec soin, mais il a été autrefois oublié dans un endroit humide, — y a même créé quelques lacunes. J'ajouterai que ces volumes contiennent les actes de* naissance, ensuite ceux de fiançailles cl de mariages, et enfin, chose rare dans des registres curiaux, une série de testaments.

Le premier acte relatif à Bullanl est l'acte de naissance d'un de ses enfants. Il faut remarquer que nous ne savons s'il n'en avait pas eu d'aulres avanl, et que, s'il n'est pas venu à Ecoucn après son mariage, il ne paraît pas au moins s'ôtre marié à Ecouen môme, car le nom de sa femme n'est dans les registres porté par aucune autre personne. En même temps, et pour relier les différents renseignements qu'on possède sur Bullanl, il faut rappeler que M. Léon

de Laborde a publié des lettres du 25 octobre 1557, par lesquelles il est nommé contrôleur des dépenses des bâtiments du roi, indiqué des lettres de même nature, du 8 juin 1559, et établi que, de 1573 à 1575, il fut l'ordonnateur des travaux du tombeau de Henri II à Saint-Denis (1), commencé par le Primatice et terminé par Androuet du Cerceau. C'est à la fin de 1571 qu'il fut chargé des Tuileries (2), et M. Dusevel a révélé qu'il avait travaillé à Amiens en 1574.

Item, du vingt cinquième dudict moys et an que dessus (juin 1556) a esté baptisé ung enfens à Jehan Bullant et Françoise Richault, sa femme ; les parrains, Pierre Guibillon, concierge du chasteau, et

Jehan ; la marraine, Enremonde (3) Peton,

femme de Ârnoult de Gresnes, et a eu pour son nom Jehan, nommé par le dict Jehan, comme appert per registrum.

Item du dymanche XII II' jour dudict moys et an que dessus (mai 1558?) a esté babtisé ung enffans à Jehan Bullant et à Françoyse Richault, sa femme ; les marraines, la femme de Jehan Lemée, menuysier,

(1) Renaissance des arts, I, 453, 456, 462, 534, 535. Ci) Archivet, Documents, V, p. 11-13.

(3) Enremonde se trouve assez fréquemment dans ce registre, et M. Fillon en connaît quelques exemples anciens dans le Poitou, mais non pas de la forme masculine Enremond, qui a existé aussi à Ecoueu. Il est curieux de remarquer qu'originairement cette forme est purement catalane; le en signifiant seigneur, le nom revient à dire : le seigneur Raymond, la dameRaymonde. Nous avons en français quelque chose de tout à fait analogue dans le nom de famille du marécnal Damrémont. C'est aussi le seigneur Raymond, mais d'une autre manière, par l'addition du dam, forme différente de damp et de dom, venant tous trois de dominus*

demeurant à Chantilly (1), et la gouvernante de madame la Connestable; le parrain, le recepveur de Montmorancy, comme appert per registrura.

Le cincquieme du dict moys d'octobre (1561) a esté baptisé une fille à Jehan Bullant, Me maçon, et à Françoise Richo, sa femme ; le parrin, Jehan Dumantz l'aisné ; les marrines, Simonne Lebesgue et Ànthoinette Vacher, et a eu nom Anne.

Le XXIW jour du moys de jullet (1565) a esté baptisé ung fils à M* Jehan Bulan et à Françoise, sa femme ; les parrins, 1VT Reol et Jehan Collet ; la marrine, Claude Bruneau ; a esté nommé Reol (2).

Item du XXVIIe du dict moys (mai 1568) a esté babtisé ung fils à Jean Bullant et à Françoise Rilhault ; les parrains, Pierre Chambriche et Pierre GuMain(3); la marraine, Françoize Digot, et a esté nommé Pierre, comme appert par le registre.

Item du UI€ du dict moys que dessus (décembre

(1) 11 se trouvait sans doute à Ecouen pour des travaux de son état.

(2) De mfme qu'on disait, à Ecouen, Acceol pour Acceul, de même élait-il naturel dédire Reol pour Rieul, nom du patron de Senlis, — par la bien connu àCbaniilly,ei par Chantilly I Ecouen. Le nom de La Rcole, qui se traduit en latin Régula, doit venir de ce saint Rieul, en latin Regulus.

(3) Il est facile de reconnaître ici Pierre Chambiche; il était, comme on sait, architecte, et Pierre Guillain était l'un des maîtres de maçonnerie de la Ville. Faut-il conclure de la présence simultanée de ces deux architectes à Ecouen, qu'il se faisait à ce moment au château quelque travail auquel ils participaient.

1569) a été babtisé un g fiz à M* Jehan Bullant et à Francoyse, sa femme ; pour les parains, M* Jehan de

La Rue et David , beau frère du dict Bullant (1);

pour la marraine, Robinette, femme de Jehan Guibillon, fils du prevost, et a esté nommé David par le dict beau frère, comme appert par le registre.

Item du septième d'août VCLXXI a esté babtisé une fille à M* Jean Bulant et à Francoize Richault, sa femme; les marraines, mesdâmoyselles Magdaleine de Donon et Elisabeth Loyseau; le parrain, Guillaume Chaponnay, contrerolleur des bastimentz de mère royne (2), et a esté nommé Magdeleine, comme appert par le registre.

Item du XIÏII* jour du moys de juin VCLXXUI a été babtizé ung filz à Me Jehan Bullant et à Françoize Richault, sa femme; les parrains, un nommé Guy, monsieur de Mirevault, Me d'hostel de madame la Gonnestable, et Jehan Guibillon, du Mesnil Aulbry, fils du prevost ; la marraine, la femme de Nicolas Chardon, nommée Nicole, et a esté nommé Guy, comme appert par le registre.

Ce dict jour [de saint Matthieu, vingtiesme jour du dict mois de septembre 1575] a esté babptisée une

(t) Puisque le nom est laissé en blanc, il en devient probable que ce beau-frère de Bullant n'était pas un frère de sa femme, mais le mari d'une sœur de Bullant ou d'une sœur de sa femme.

(2) C'est-à-dire de la reine mère.

fille à M9 Jehan Bullant, conirosleur des bastimens du roy nostresire, et Françoise, sa femme; le parrin, M« Pierre Symon, apothiquaire-espicier, demeurant à Paris; les marraines, Claude Marissau, femme de Mathurin Le Bon (1), Me serrurier du roy, et Anne de Haucourt, femme , escuyer de cuisine de monseigneur de Montmorancy, et a esté Claude

par la dicte Claude.

Maintenant, en dehors de ces actes, personnels et plus importants, on trouve plusieurs fois le nom de Jean Bullant comme parrain. Voici le premier acte où il figure en celte qualité :

Le vin g lies me jour du dicl mois de novembre (1561) a esté babptizé ung enfans à Jehan Dumans le jeune, et Anthonelte Vacher, sa femme. Les parrins, Jehan Bullan et Guillaume Verger, cuisinier du roy ; la marrine, Susanne Dumans, et a nom Jehan.

11 suffira pour les autres des dates seulement. Ainsi Bullant est encore parrain le 2 décembre 1567, puis le i6 novembre 1568, de deux fils de Léon Le Brun, le i3 août 1570 d'un fils de Pierre Prévost, et le 29 août 1570 d'un fils de Claude Gauthier.

Les autres Bullant qui figurent dans les mêmes registres sont sans doute de sa famille, et c'est pour cela que nous avons de môme relevé leurs noms. Ainsi Charlotte Bullant est marraine le 3 novembre 1561), et le- 16 septembre 1573; Charles (2) et Marie

(1) Bon est une correction du copiste qui avait d'abord écrit Belin.

(2) Sans doute le Charles Bullant cité une fois par M. de La-

Ballant sont parrain et marraine d'une fille de Malhurin Popelin; Jacques Bullant est parrain le 23 mai 1571 d'un fils d'Antoine Brochet, et dans le mois de décembre d'un fils de L<*on Le Brun. Un acte du 24 novembre 1572 est plus curieux; c'est, mais sans prénom, le fils « de M* Jean Bullant, » qui est parrain « d'une fille & la fille d'un nommé M* Jehan Flammengtz, tailleur de pierre ; » il est à peine besoin de dire qu'il faut comprendre Flamand de nation. Dans les marraines se trouve « la femme d'un nommé Malhurin, aussi tailleur de pierre,» peut-être le Mathurin Popelin dont il vient d'être question. Enfin, le 12 janvier 1575, Pierre Bullant, celui, sans doute, des fils de Jean Bullant, qui était né le 27 mai 1568, fut parrain d'un fils « à M* Jehan de Lhorme, tailleur de pierre (1). »

Ces tailleurs de pierre étaient-ils sculpteurs? Nous n'oserions l'affirmer absolument (2), et l'on s'étonne au premier abord de ne pas trouver ces registres remplis de noms d'artistes. Les noms de familles locales, des Guibillon, des Anthiaume, des Symosie, des Porlier, des Goujon, qui n'ont rien de commun avec le grand sculpteur leur homonyme, y abondent, mais on n'y trouve rien sur les Montmorency eux-mêmes, ce qui est tout simple, à cause de la

borde, Renaissance det arts, I, 535,comme entrepreneur de maçonnerie ; cela est d'autant plus probable que cette mention se rencontre dans les comptes du tombeau de Henri II, dont Jean Bullant était alors l'ordonnateur, cl se rapporte à l'année 1575.

(1) Ne doit pas être le Jean de Lorme, écuyer, sieur de Saint- Germain, frère de Philibert et maître général* des œuvres de maçonnerie de France.

(2) M. Blavignac a traité en particuliercettequestion.il a prouvé d'une façon peremptoire que dans tout le moyen âge un tailleur de pierre était toujours un sculpteur. Au seizième siècle, où le mot de sculpteur est employé concurremment avec celui d'imagier, il est difficile d'être aussi affirmalif. Le tailleur de pierre peut encore être un vrai sculpteur, mais, sans jamais comme aujourd'hui ne signifier pju'un ouvrier, il peut aussi se restreindre à un sculpteur du dernier ordre, ne touchant qu'aux parties les plus communes de la décoration, et par conséquent ne pas avoir été vraiment un artiste.

continuité de leur séjour à Chantilly, rien sur tous les artistes qui ont dû à un moment vivre à Ecouen comme une colonie.

L'absence du nom de Palissy est toute simple, puisqu'il était protestant, et les sculpteurs chargés des parties les plus importantes de la décoration sculpturale, c'est-à-dire des statues, ont bien pu faire ailleurs et envoyer ensuite leurs ouvrages; mais tous ceux dont les travaux ont dû se faire sur place, les oroementisles, les sculpteurs en bois, les peintres, n'ont pas laissé de traces dans ces registres, daus lesquels, en dehors du nom de Jean Bullant, on ne peut relever que les noms de quelques maîtres tailleurs de pierre qui peuvent bien ne pas être des arlbtes, et celui de c Matin, brodeur, demeurant à Chantilly, » qui figure comme parrain dans un acte du 6 mai 1556. Mais il faut remarquer que nous n'avons pas les registres correspondants aux années pendant lesquelles on élevait, ou même on terminait le château.

Les uns le font construire avant, les autres pendant l'exil du Connétable, c'est-à-dire avant ou après 1541, mais aucun n'a donné de preuves. Il vaut mieux s'en tenir à la date que M. Riocreux a vue sur des carreaux de l'ancien pavage, conservés par M. Lejeune, architecte actuel du château, et qui par suite a eu à travailler à des aménagements d'Ecouen. L'un de ces carreaux porte la date de 1542. Les vitraux de V Histoire de Psyché, qui se trouvaient à la galerie d'Ecouen, s'ajoutent à ces carreaux, car M. Lenoir (Peinture sur verre, 1803 et 1856, in-8°, p. 99) nous apprend qu'on y lit les dates 1541 et 1542 (1). Le carrelage, utile seulement à l'habitation, se fait presque en dernier lieu ; les vitraux, plus exposés encore, ne se mettent en place qu'au dernier moment, quand sont terminés tous les travaux extérieurs et intérieurs; ils ne se font môme que quand on approche de la lin ; le château s'est donc terminé vers 1542 ou 1543(2). Les registres ne commencent que quelques années

(1) A un autre endroit, p. 32, il dit ces vitraux exécutés en 1545.

(2) Il faut remarquer cependant que la frise du portique de la façade droite de la cour est chargée de croissants mêlés de branches. La planche de du Cerceau en donne sept, celle de Baltard,

après; c'est ce qui explique l'absence de noms d'ouvriers occupés a la construction du château.

J'arrive au testament. Et d'abord ce n'est pas un testament proprement dit, ou, pour être plus juste, ce n'est pas un testament complet. Le curé, en ouvrant dans ses registres une série d'actes de ce genre, ne prétendait, ne pouvait pas faire concurrence aux notaires, et ne visait à rien de civil. Ce qu'il enregistre, ce sont uniquement les legs à l'église et les dispositions religieuses. Tel a ici un testament qui, pour le reste de sa fortune, a laissé la loi disposer de son héritage et n'a testé que pour une libéralité à l'église, reçue par le prêtre qui l'avait assisté ; pour d'autres, ce qui se voit ici n'est qu'une portion, qu'une sorte d'extrait do leur testament, et c'est le cas pour Bullant. Il y est parlé de sommes laissées, quant au chiffre, à la discrétion de ses exéculeurs testamentaires. Il en avait donc nommé, et par suite il avait fait antérieurement, ou dicté à son lit de mort, un testament en règle, que nous n'avons plus, et ce qu'on va lire ne le remplace en aucune façon. La date précise du jour a été détruite; on verra qu'elle devait être comprise entre le premier et le neuf.

jour d octobre mil VCLXXVI1I fut présent [honorable homme] Mc Jehan Bullant, architecteur du

plus exacte, en donne cinq. De plus, la grande table de pierre qui se trouve réunir en un seul corps les deux fenêtres centrales du toit, et où M* Gampan avait placé l'horloge, offre, dans la planche de du Cerceau, un semis de croissants et de fleurs de lys alternés, au nombre de vingt et un, et disposas sur sept rangées en hauteur et trois en largeur. Ces emblèmes nous reporteraient au règne de Henri II, monté sur le trône en 1347 ; mais, outre que ces emblèmes, surtout le semis de fleurs de lys et de croissants, peuvent avoir été ajoutés après coup, il faut surtout remarquer que depuis 1541 le connétable, ami du dauphin et du parti de Diane de Poitiers, fut exilé de la cour par le crédit de sa rivale, la duchesse d'Estampes. N'ayant plus d'espoir que dans l'amitié du roi futur, il a très-bien pu, pour braver sou ennemie et s'attacher de plus en plus le jeune princo, mettre sa devise, alors qu'il n'était encore que dauphin.

bastiment du roy , nostre sire, et de la roync mcre, demourant à Escoucn, estant en son licl, malade et indispos de son corps, mais sain de son entendement, lequel de bonne volunté a faict son testament en la manyere qui ensuict :

Et premyerement a recommandé son ame à Dieu et à la glorieuse vierge Marie, monseigneur sainct Michel l'Ange et à Mr sainct Accéol (1), son patron, et toulte la court céleste de paradis, et a ordonné son corps estre inhumé en terre saincte, en l'église du dict Escouen, devant le crucifix de la dicte église.

Item veult et ordonne ses services estre faictez suyvant la coutume du dict Escouen, et à la volunté de ces exécuteurs.

Item a donné, pour estre aulx prières des gentz de bien, cinq solz tournoys pour une foys payés.

Item aulx églises circonvoisines a donné à la volunté des exécuteire.

(1) Saini Acceol étant le patron de réélise paroissiale d'Ecouen; il est probable que c'est pour cela seulement que Huilant Ta pu considérer comme son patron, quoiqu'il ne portât pas ce nom. Peu de saints ont vu leur nom avoir des formes aussi différentes. Hagiologiqnement saint Acius et saint Acheolus passent pour avoir été martyrisés à Amiens, et leur fêle, qui est en môme temps celle d'Ecouen, est célébrée le 4" mai. Mais philologiquement Acheolus a produit des traductions bien différentes. Dans la Picardie, il est devenu saint Achcul, et le fameux collège des jésuites, près d'Amiens, était sous son patronage; à Ecouen, on l'a appelé Acceol, Acceul, et même Axele, bien que la première forme soit plus fréquente. Le 10 août serait la daie de la translation d'une partie de ses reliques. Cf. les Bollandistes, 1" volume de Mai, p. 44, et Lebœuf, Util, du diocèse de Paris, t. IY, p. 288.

Item a donné et délaisse à l'église du dict Escouen, perpétuellement, une pièce de terre labourable, contenant envyron un terreau en une pièce, comme elle

se comporte, assise au dict terroir d'Escouen, au

tenant d'une part à Laurens Porlier, d'autre part à

» d'un boult à , et d'aultre bout à , pour

luy estre dict et célébré à tousjours, perpétuellement en la dicte église, une messe haulte de requiem, vigiles à trois leçons, et libéra sur la fosse, pour le salut aseuré de son ame, leurs parentz et amys, ung an aprèz et à tel jour qu'il decera (décédera) et yra de vie à trespas de se ciècle en l'aultre , et, pour faire et accomplir le contenu en son dict testament,

a ordonné et

Françoise Richau

il donne plain pouvoir

à sa volunté et

l'an et jour co

de Pierres Prévost, greffier

le Brun et aultres tesmoingtz à ce appel[és]

Passé au dict Escouen, par devant moy

presbtre viccaire du dict lieu, tesmoing mon seing. . merc (1) cy mis

Tallebot.

(i) Par les autres actes, on voit qu'il y avait ici : « tesmoing mon seing manuel, ou merc (c'est-à-dire marque;, cy mis. »

Le registre des décès manquant, nous ne saurions, comme le copiste du premier registre n'a pas mis en marge, ce qu'a fait celui du second, la date de la mort, si Bullant, malgré son âge déjà avancé, ne s'était pas remis de sa maladie, mais nous apprenoni d'ailleurs qu'il mourut le 10 octobre 1578. C'est Le Laboureur — suivi sur ce point par le Mercure de France, juillet 1740, p. 1542, et l'abbé Lebœuf, Hitt. du diocèse de Paris, tome 111, p. 381 — qui nous a donné celte date dans ses Mémoires de Castelnau, à l'endroit où il parle (Bruxelles, 1731, 1.0, p. 510) du mausolée du connétable Anne. Après une description, très-inférieure à celle de l'article du Mercure, p. 1541-7, il continue : o Ce mausolée est demeuré imparfait en quelque chose par la mort du célèbre Jean Bullant, qui l'avoit entrepris, arrivée le 10 d'octobre 1578, et qui mérita celte épitaphe, qui ne peut estre dignement appenduequ'à son ouvrage, selon la pensée de son auteur, et j'ay cru la devoir à sa réputation pour imiter en sa faveur ce que Phidias fit pour éterniser sa mémoire à cette belle image de Pallas,où il ne se jugea pas indigne de tailler sa figure :

Joannes jacet hoc BuUanlius ille sepulchro,

Quo non fabrili major in arte fuit.

Régi et Reginse palalia regia Matri,

Mausolo et dignos struxerat hic tumulos. Cur non et tumulo digno jacet ipse? Viator,

Quaeris. — Non habuit qui struat arte parem. »

C'est, comme on voit, une épitaphe fictive et poétique, et non pas réelle ; elle pouvait même induire en erreur, car, le tombeau du connélable Anne étant dans l'église de Montmorency, il y avait presque lieu de penser que Bullant pouvait être mort à Montmorency. On a remarqué dans les dernières lignes de l'acte, malheureusement eu partie détruites, le nom de Françoise Richau ; si elle fût morte alors, et qu'elle figurât pour élre recommandée aux prières des saints et des fidèles, son nom serait prononcé dans le préambule. U semble iei que ce soit une disposition, d'où il s'ensuivrail qu'elle survécût à son mari, et peut-être lui laissaii-il la totalité de sa succession et la tutelle de leurs enfants.

D'un autre cô lé, il y a lieu de se demander à quel âge Bullant a pu mourir, pour voir quand il a pu naître. A notre connaissance, il a été marié au moins pendant vingt ans, puisqu'il a eu un enfant en 1536 et un autre en 1575, et, s'il est admis que sa femme vécut encore en 1578, il faudrait aller jusqu'à vingt-trois ans. D'un autre coté, puisqu'il a été père en 1575, il n'était pas d'une extrême vieillesse, et, en combinant cette supposition avec une date certaine pour la construction d'Ecouen, c'est-à-dire celle de 1542, il n'y aurait pas, je crois, lieu de reculer sa naissance au delà de 1510, et de lui donner à sa mort plus de soixante-huit ans.

Ce qui résulte d'incontestable de tout ceci, c'est son séjour, ou, pour mieux dire, son établissement stable et continu à Ecouen (1), qu'il quittait seulement momentanément pour les travaux de la reine. Ainsi les dédicaces de Bullant, qui, de môme que Delorme et

(1) En dehors même du château, il reste des traces de lui dans le pays. L'église d'Ecouen est accompagnée d'une base de clocher d'autant plus lourde, que la construction est restée en toute et n'a peut-être pas la moitié de la hauteur projetée; mais une certaine ressemblance avec les lanternons employés par Bullant au pavillon des Tuileries me ferait croire que le dessin en a pu être donné par lui. J'ajouterai qu'à l'église plus importante du village voisin do Villiers le Bel, deux contre-forts, reconstruits dans la seconde moitié du siècle et oui jurent avec tout le reste, portent la marque de son goût dune manière qui me paraît saisissante. Leur culée, dont les côtés ont une largeur quatre à cinq fois plu? grande que les faces antérieure et postérieure, est décorée comme un pilastre ; les grandes feuilles du chapiteau qui surmonte les cannelures, la hauteur de la frise, l'importance et la saillie de l'entablement, la richesse des moulures, en font comme un morceau d'école et une œuvre de détail, dans laquelle l'auteur du traité des ordres aura voulu montrer toute sa science classique. Il est aussi mal à sa place que possible et ne lient à rien e dee qui l'entoure, mais eu soi c'est une œuvre achevée, et il serait bien désirable de le voir relevé en détail et gravé avec ses mesures dans un recueil de planches d'architecture. Il y a aujourd'hui plus d'une Revue de ce genre; c'est une planche nouvelle qu'il était bon de leur indiquer. Le portail de l'église de Sarcelles, un autre village voisin, est du milieu du seizième nècle, mais il n'a que les caractères généraux de la renaissance à celle époque, sans avoir rien d'assez personnel à Bullant pour pouvoir lui être attribué sans preuves.

Jean Cousin, a écrit sur son art, sont toujours datées d'Ecouen. Voici, au reste, quelques détails sur les deux ouvrages qu'il a laissés; ils ajouteront quelque chose à ce qu'on a dit de Bullant.

L'un se rapporte à la manière d'établir toutes sortes de cadrans •olaires. La première édition est intitulée : « Recueil d'horlogiographie contenant la description, fabrication et usage des horloges solaires, par Jehan Bullant, architecte de haut et puissant seigneur monseigneur le duc de Montmorancy, pair et connesuble de France, » c'est-à-dire le connétable Anne, comme le porte l'en-tûte de la dédicace, datée d Escouen, l'an de grâce 1581. « Je laisse, dit-il, à cercher les grands secrets desdits quadrans à ceux qui sont plus curieux, pour ce que je n'ai la théorique, mais seulement ay curieusement cerché par la pratique du compas plusieurs diverses

sortes et manières d'horloges qui se font et autres manières,

que je laisse à la discrétion des ouvriers, pour ausquels donner commencement, entrée et intelligence, ay assemblé ce petit traité et recueil, tiré, par la pratique du compas, des autheurs qui par cy devant en ont écrit, comme Sébastien Munster et le très excellent et très docte mathématicien Oronce Finé.Et, après avoir de longtemps fait les espreuves d'iceux quadrans et horloges, ay bien osé metire et réduire en notre vulgaire ce petit traicté pour le proffit et commodité des arlizans et gens de compas..., parce que nuls par cy devant n'en ont escrit en nostre vulgaire. Auquel, monseigneur, je vous prie que, si trouvez quelque faute à la lettre et langage, vouloir excuser la rudesse et mal ornement de mon dit langage, parce que je ne suis latin (i). » Le privilège, obtenu « à la requeste faite en faveur demaistre Jehan Bullant, par nostre cousin le duc de Montmorency, » est daté du 13 janvier 1560(1561),

(1) On croirait presque entendre Palissy : « Peut-eslre lu diras qu'il ne se faut arrester à mon dire, veu que je ne suis ne Grec, ne Latin. Ed. Cap, p. 56. — Aucuns se moqueront en disant qu'il est impossible qu'un homme destitué de la langue latine puisse avoir intelligence des choses naturelles, p. 130. — Et comment sçais-lu ces choses, veu que tu n'es ny Grec, ny Latin, ny guères bon François, p. 205. »

et le volume, qui porte la date de 1561 et se compose de 143 pages in-4», fut imprimé, nous dit la mention finale, par Jean Bridier pour Vincent Sertenas. Il venait d'être terminé par l'auteur, puisqu'en indiquant des exemples (p. 137-41), il choisit ses jours dans les années 1560 et 1561 .

L'année suivante, Bullant publia, pour servir d'introduction à son traité des horloges solaires, un traité de géomélrie. Il était au reste déjà compris dans le privilège de 1561 ; ce volume, de 28 pages, se met devant le précédent, et le litre : « Petit traiclé de géométrie et d'horologiographie pratique, à Paris, chez Guillaume Cavellat, » sert de litre à tous les deux; mais il esl poslérieur, car non-seulement il porte la date de 1562, mais l'avis de Bullant est daté « d'Escouen, l'an de grâce mil cinq cens soixante et deux. » Malgré cela, il faut la réunion de ces deux parties pour rendre complet l'ouvrage de notre artiste. J'ajouterai que le bois qui encadre le titre est le môme que celui du traité latin d'Oronce Finé, publié chez le môme Cavellat, avec une préface de Jean Finé, fils d'Oronce, datée du mois de mai 1560.

La seconde édition, aussi publiée chez Guillaume Cavellat, est exactement la môme que la première. Le litre du second traité porte de môme la dale de 1561, et il n'y a de changement qu'au titre du premier traité qui porte celle de 1564.

La troisième édition est une véritable réimpression page pour page, faite par Léon Cavellat pour la veuve Guillaume Cavellat. Le premier traité porte la date de 1599, le second, celle de septembre 1598 (1).

(1) C'est précisément l'année indiquée par M. Callet comme celle de la mort de Bullant dans sa Vie des archiiecUi, qui, malgré quelques recherches, n'est en somme qu'un tissu d'erreurs. C'est peut-être la connaissance de celte troisième édition qui lui a fait conclure qu'elle avait été donnée par Bullant lui-même; mais dans ce cas môme ce n'aurait été qu'une induction ; au lieu de la donner comme telle, — c'est-à-dire de lui laisser l'Iionneur de pouvoir être confirmée et la possibilité d'être détruite sans honte par la découverte d'ntt^toutheniique, — il affirme, avec d'autant plus de légèreté qu^^conclusion sérail fausse dans son propre sens, la

La quatrième, in-4# de 28 et 187 pages, parut chei Denise Cavellat en 1608. Elle est augmentée d'un abrégé des ouvrages d'Oronce Finé et de Pierre Appian (1) sur la matière, « le tout exposé facilement par Claude de Boissière, Dauphinois. » Le livre de Bullant s'arrête à la page 142 de la seconde partie. Je n'ai pas besoin d'ajouter que ce sont toujours les mômes bois qui ont servi. Une dernière remarque sur ce livre ajoutera quelque chose à la description de l'ancien jardin des Tuileries. J'avais remarqué depuis longtemps dans l'élégie de Guillaume du Peyral (2) ces vers :

Admirable quadran où, soit jour ou soit nuit, La lune ou le soleil de toutes parts reluit, Marquant quelle heure il est, et dont la forme ronde Fait voir en un quadran mille quadrans au monde.

Ils ne pouvaient se rapporter à une horloge à aiguilles, qui 4'ailleurs n'entrait guère alors dans la décoration des façades, parce qu'il n'y aurait eu là rien a remarquer. Mais, quand on voit dans le livre de Bullant, p. 118-24, la description d'une « horloge par laquelle, avec les rays de la lune, on pourra congnoislre les heures de la nuict, » suivie de celle d'une horloge, c'est-à-dire d'un cadran, à la fois solaire et lunaire, il n'est pas douteux que

vie de quelqu'un ne prouvant rien pour la date de sa mort. D'uilleurs on ne peut pas plaider en faveur de M. Callet la possibilité d'une faute d'impression; il a malheureusement pris soin de nous assurer du contraire, en remarquant que Bullant ne put terminer au Louvre la galerie du bord de l'eau, odont Henri IV lui avait confn» l'achèvement! » Ceci est plus grave que se tromper, c'est inventer sans le dire, ce qui est impardonnable en histoire et enlève tout crédit à ce qui peut entourer des assertions aussi formelles que gratuites, et qui dépassent a ce point le hasardeux qu'elles atteignent à la fois l'imaginaire cl l'impossible.

(1) Petrus Apianus, astronome allemaud, Biographie Didot, II, 882-3.

(2) Cf. V, 10. — Je l'ai réimprimée depuis, avec l'acte d'acquisition d'une portion du jardin des Tuileries par Catherine, et des

f)ièccs de vers du dix-septième siècle sur les Tuileries et le Cours a Heine à la suite de 1 Annuaire du deparkmèMt dt la Seine, de M. Louis Lacour, Paris, 18G0, colonnes 783-820.

do Peyrat n'ait fait allusion à quelque chose de semblable, d*où il résulte que Bullant avait éiabli dans le jardin des Tuileries un cadran de ce genre, où il avait appliqué tous ses talents de mathématicien astronome et qui existait encore en 1593, date du volume de du Peyrat.

Son autre livre est technique aussi, mais au moins se rapporte aux choses de l'art. 11 est intitulé : « Règle générale d'architeclure des cinq manières de colonnes, à sçavoir : tuscane, dorique, ionique, corinthe et composite, et enrichi de plusieurs autres à l'exemple de l'antique : veu, recorrigé et augmenté par l'auteur de cinq autres ordres de colonnes, suivant les règles et doctrine de Vilruve. Au proffilde tous ouvriers besongnans au compas et à l'esquierre. A Escouen, par Jehan Bullant. A Paris, de l'imprimerie de Hierosmede Marnef et Guillaume Cavellat, au mont St Hilaire, à l'enseigne du Pélican. 1568. » Peut-être est-ce seulement un renouvellement de titre, car le livre a certainement paru pour la première fois en 1564. En effet, outre la date du privilège, demandé, comme le précédent, par le connétable de Montmorency, et donné pour dix ans le 9 décembre 1563, on trouve la mention que ce privilège fut transféré par Bullant à Marnef et à Cavellat le 31 décembre 1563, et que le livre fut achevé d'imprimer le 27 mai 1564. Il se termine par ces mots : « Fin des cinq manières de colonnes... Faicl par Jean Bullant, à Escouen » et parla belle devise, saine et laborieuse : Dr jour en jour en apprenant mourant. Enfin, au verso du dernier feuillet, on lit, dans un cadre, formé de cadrans et d'instruments de mathématiques) ce quadrain élogieux :

L'aage et le temps mettront en ouverture Tout ce qui est en la terre caché, Et mus8eront soubs noire couverture Ce qu'on a veu, tenu, passé, marché,

suivi de ce sonnet Aux architectes françois :

Gentilz ouvriers, qui, d'un soing curieux, Allez cherchant ès plus vieilles reliques Les vrays portraietz des bastimentz antiques Elabourez d'un art industrieux,

T. YI. 21

Sans autre part les esprits soucieux Vous travailler, pour en voir les practiques Venez icy, et aux proffitz publiques Imitez en les plus laborieux.

Si qu'or'avant on voye, en-my la France, Mainlz beaux pallais d'orgueilleuse apparence Ne céder point aux Babyloniens,

Comme or' Bullant en diverse manière Vous en prescrit la forme singulière Sur le patron des ouvriers anciens.

La première des deux éditions données après la mort de Bullant, le fut par un de ses plus illustres successeurs, Salomon de Brosse, l'auteur du Luxembourg. Il en publia une réimpression, Paris, 1619, in-folio (signatures A-F), a en la boutique de Hierosme de Marncf, cbez André Siltart, au mont Sainct Hilaire, à l'enseigne du Pélican, M.DC.XIX. Avec privilège du roy. » C'est bien réellement une édition nouvelle, comme on le peut voir par cette citation de la dédicace faite à monseigneur de Sceaux, conseiller du roi, par un certain Nicolas Pillousl (I) : « Amy lecteur, cette rci-

glc generalle d'architecture mise en lumière par le feu sieur

Bullant, architecte grandement estimé, étant maintenant plus recherchée que lorsque son aulheur la fist mettre pour la première fois sous la presse monsieur Siltart, marchand libraire, héritier de ses ayeux , ayant fait faire les figures... désirant

n'en frustrer le public, a voulu luy donner cette seconde édition. Mais auparavant, comme l'un de ses inthimes amis, il m'a prié d'en revoir le discours, le corriger et le pollir mieux qu'il n'estoit auparavant... Mais après, jugeant que le mérite de cet œuvre n'estoit seulement en la fluidité du discours, ains pluslost en la dispo-

(1) M. Paul Lacroix a récemment écrit dans le Bulletin du bibliophile, 14« série, p. ii43, une note sur un autre ouvrage du sieur Pillousl.

sition et agencement des figures qui n'estoient nullement selon

leur ordre, aucunes étant mêlées j'ay prié monsieur de Brosse,

architecte du roy, et l'un des plus beaux esprits qui se meslent à présent de 1'architcclure, de vouloir prendre la peine de revoir et corriger le deffaul qui y pouvoit estre et le rendre en eslat digne de l'être offert, ce que sa courtoisie m'ayant accordé, je puis dire que maintenant je te l'offre en sa perfection, d Celte dédicace, doni la suite est une creuse amplification en l'honneur de l'architecture, est suivie d'un sonnet acrostiche à la louange du sieur Pilloust, par un de ses amis qui signe M.D. Quant à l'ouvrage, Tordre des figures y est en effet remanié, de sorte que le titre : a Reveu et corrigé par monsieur de Brosse, » est une réalité. Mais il y a erreur dans cette autre ligne du titre : « Seconde et dernière édition. » La première indication était fausse, puisque l'édition de 1568 a été précédée de celle de 1564; la seconde devait cesser d'être vraie, car il s'en fit encore une quatrième, qui cette fois resta la dernière.

Celle-ci, également in-folio, porte à la suite de son litre : « Rouen, de l'imprimerie de David Ferrand, et se vendent en sa boutique, près le Palais. M.D.C.XLV1I; » elle suil page pour page les éditions originales, et offre de môme les signatures A — G, par cahiers de six feuillets, sans pagination numérale. David Ferrand a mis au litre le bois qui représente un homme sortant d'une caverne pour aller à on palmier, et forcé de marcher entre des chevaux de frise pendant qu'un serpent s'enroule autour d'un grand compas, qu'il pose à terre. Autour se lit ce distique :

Dum celer ad palmam quaerit ab ar te viam, Artificem doctum discrimina mille morantur.

On a reconnu le bois des litres de Philibert Delorme, et, dans l'avis de l'imprimeur au lecteur, il dit avoir entre les mains les figures des œuvres du Delorme et du Vitruve aussi bien que celles du Bullanl, dont il dit avoir découvert à Paris et vouloir remettre au jour le petit trésor caché depuis quatre-vingts années, ce qui nous donne 1567 et nous reporte ainsi à la seconde édition

donnée en 1568, d'où il suit que David Ferrand ne connaissait pas l'édition de 1619. Il n'avait plus le bois final, et, en supprimant le quatrain, il a mis le sonnet, d'ailleurs modifié, dans un beaucoup plus riche entourage. Ce n'est pas, au reste, la seule différence qu'il y ait entre les deux éditions. Dans celle de Rouen, les pièces liminaires sont précédées d'un bois aux armes de France et de Navarre. Dans l'édition originale, le bois est différent et l'écusson offre un chevron accompagné de trois étoiles. Comme ce ne sont pas les armes des Montmorency, il s'ensuit forcément — les armoiries ne constituant pas plus la noblesse que la présence de la particule — qu'elles doivent être rapportées à Jean Bullant.

Une autre différence est bien plus importante à noter. Bullant parle des bois de son livre et s'excuse de leur grossièreté. Alors qu'on lit dans l'édition de Ferrand : « Et quant aux chapiteaux des colonnes, do ceux qui sont réduictz en grand, ils ont les fueilles assez mal refendues et contournées pour estre suivies selon l'antique. On Le peut pas donner le garbe à la taille du bois comme à la taille du cuivre qu'on peut faire plus nettement, » on lit cette fin d'une façon tout autre dans l'édition originale : « Par quoy vous aurez recours à ceux que j'en ay kaict en cuivrb, estampés non trop nettement, mais à la manière seulement. »

M. Rober-Dumesnil, qui, dans son Peintre-graveur français, a décrit (tome VI, p. 39-41), d'après une épreuve de l'Arsenal (collection Accart, volume XI), deux chapiteaux gravés par Bullant, qui les a signés et datés de 1566 (1), avait bien relevé ce passage; il lui en a échappé un autre plus important encore; ce sont les lignes mômes qui terminent l'ouvrage. Elles indiquent, non pas tout ce que Bullant peut avoir gravé, mais au moins tout ce à quoi il renvoie ici, tout ce qu'il a fait «de cuivre » pour accompagner son traité des cinq ordres, a Tay, dit-il, enrichy les quatre manières de chapiteaux, demonslrant leur mesure, et pareillement un cha-

(1) M. Emile Regnard, Biographie Didot, VII, 764-7, en indique un second exemplaire dans le cabinet de H. Achille Le Clère, de l'Académie des beaux-arts.

piteau ionicque, et au dessus est un chapiteau corinthien, varié d'enrichissement, et un chapiteau composite que j'ay fait, le tout à estamper, pour aider au deffaut des autres taillés en bois, pour leur donner le garbe des fueilles et enrichissement, comme vous verrez par les figures que vous ne trouverez taillées si délicatement que je le des i roi s bien. Par quoy je supplie les ouvriers de bon jugement, et tous autres qui se délectent en cet art, avoir égard à la manière tant seulement quand viendra à mettre en œuvre, car l'œuvre fait autrement que les desseins. Aussi j'ay fait huict figures de colonnes enrichies, variées de leurs membres et enrichissemons, pour s'en servir, si besoin est, à quelque œuvre croteste, comme pour cloaisons de menuiserie servans dans les églises ou temples en lieu à couvert, et non estre mises dehors à l'injure du temps, car telles inventions je ne veux maintenir estre louables pour servir à quelque grand édifice, pour autant qu'il ne s'y trouve aucune majesté de beauté de membre et consonance de mesure. »

En dégageant l'idée de sa forme un peu embarrassée, il me paraît nécessaire de conclure à l'existence de quatre planches donnant les mesures de quatre sortes de chapiteaux; d'une autre offrant un chapiteau ionique et au-detsus un chapiteau corinthien — ce doit ôlre celle môme qu'a retrouvée M. Robert-Dumesnil,qui se trouve exactement dans cette disposition — d'une autre représentanlle chapiteau composite, et, sur un nombre de planches inconnu, mais qui peut s'élever à huit, huit colonnes de fantaisie, qui pour nous seraient le plus précieux, parce qu'elles nous montreraient ce qu'était le génie de Bullant quand il s'abandonnait au caprice. Quand retrouvera-t-on ces merveilles égarées? On peut les rencontrer reliées à la suite d'un exemplaire de l'édition de 1564, et, dans tous les cas, leur recherche sera maintenant plus sûre, car, si on les retrouve sans nom, la comparaison avec la pièce de l'Arsenal, qu'il a signée deux et même trois fois, — on lit en haut : A Ecoucn, p. (par) Jehan Bullanl, et en bas : IE 6. FE — P IEAJi BVL — permettra de les reconnaître et d'en affirmer l'authenticité.

Les pièces liminaires soulèvent aussi une autre question. La première est une dédicace à François de Montmorency, maréchal de France, gouverneur de Paris, et fils du connétable. Elle com-

mencc ainsi : t Monseigneur, après si peu de solicitude requise aux ouvrages à moy commandez par monseigneur le conneslable, votre très cher el honoré père..., lequel m'a toujours ocupé et entretenu aux œuvres de son chasteau d'Escouen, afin de ne me consommer en oysiveté, d'autant que la pluspart du temps me restoit sans autre occupation, je me suis employé à réduire... cinq manières de colonnes, selon la doctrine deVitruve , accompagnées

d'autres... que j'ay mesurées à l'antique dedans Rome. » Dans ce qui suit, et qui est adressé aux studieux d'architecture, après avoir dit qu'il suit le livre de bien baitir de messire Léon-Baptiste Albert, a traduit par Jean Martin, Parisien (i), auquel est deue grande louange pour avoir esclarcy et mis en nostre langage un si excellent livre et plusieurs autres, » Bullant revient sur ce point : « Pour accompagner lesdicts cinq ordres, il m'a semblé convenable de réduire à mon pouvoir les ordres les plus louez qui se voyent à Rome à l'antique, suyvant et ainsi que moy mesme les ay mesurez (2) et practiquez. »

Voici, au reste, le relevé des portions de monuments qu'il a fait figurer dans son ouvrage : une colonne dorique d'un arc triom-

(i) Cette traduction ne fut publiée qu'en 1553 chez Kcrver, et après la mort de Jean Martin, par son ami Denis Sauvage, sieur du Parc (Voir la Croix du Maine, éd. Rigoley de Juvigny, 1,539). Bullant ne cite ni Serlio ni le Yilruve traduits par Jean Martin, et voici la seule autre indication d'un nom d'auteur que l'on trouve dans tout son livre : « J'ay puisé cette volute ionique au Vitruve,

3u'a traduit Daniel Barbaro, gentilhomme vénitien, pour ne frauer personne de sa deue louante. J'ose bien dire qu'aucun autheur ne l a jamais tournée si parfaitement selon la pensée de Vitruve que cette cy, dont il mérite grande louange par les studieux d'architecture.» — Daniele Barbaro fit paraître la première édition de sa traduction italienne à Venise en 1556, chez Francesco Marcolini, in-folio. Le marquis Giovanni Foleni a parlé en détail de celte édition et des suivantes dans ses ExercUationes Vitruvianœ primœ, p. 73, 91, 93. (Fontanini, Eloquenxa mlgare, II, 404.)

(•2) Il a môme, en fait de mesures, des précautions particulières, comme on le voit par ce passage : « Je prie ceux qui imprimeront cet ouvrage qu'ils mettent le nombre tout au long et ne veuillent rien abréger par chiffres ny autre manière. »

phal, « qui se voilà 27 milles de Rome, ■ une colonne dorique ei un entablement ionique du théâtre de Marcellus, l'entablement dorique, un chapiteau et une colonne ioniques du temple de la Fortune virile, qui est « maintenant l'église de S* Marie l'Egyptienne, » une des trois colonnes qu'on rencontre « en allant du Capitole au Colisée, » c'est-à-dire le reste du temple de Jupiter Stator sur le Forum, la porte du temple corinthien de la Sibylle à Tivoli, et une colonne composite de l'arc de Titus.

Ainsi le voyage, le séjour même de Bullant à Rome est constant. Mais une question intéressante serait de savoir précisément à quelle époque il a été fait, autrement dit s'il est antérieur ou postérieur à la construction d'Ecouen. A voir la simplicité et la qualité française de calme et de sobriété qui caractérisent l'inspiration d'Ecouen, l'on croirait au premier abord que Bullant n'a fait son voyage qu'après avoir terminé son œuvre. En effet, un voyage d'Italie était à cette époque pour un artiste chose plus vivace et plus dangereuse, et, autant il y en a de traces dans la mauvaise demi-coupole qui surmontait les colonnes du mausolée du connétable Anne, dernier ouvrage de notre artiste, autant il y en a peu dans la cour d'Ecouen. La conclusion négative semblait donc sortir plus naturellement de ce que nous avons encore sous les yeux; mais un détail s'y oppose, c'est, dans les chapiteaux du grand portique d'un des côtés intérieurs, l'imitation flagrante de ceux des colonnes du temple de Jupiter Stator à Rome. M. Baltard le père, dans son bel ouvrage : Paris et ses environs, — ses planches avec celles de du Cerceau sont tout ce qui a été gravé d'intéressant sur Ecouen, — l'a reconnu à juste titre, sans remarquer ce fait que c'est un des chapiteaux antiques dont Bullant donne la mesure comme prise par lui-môme. Celle coïncidence, qui dans le dix-septième siècle n'aurait aucune portée, est bien autrement frappante quand il s'agit de la première moitié du seizième, époque à laquelle les livres d'architecture sur Rome ne donnaient comme gravure rien d'assez précis pour pouvoir servir à la construction, et à laquelle aussi il y avait encore trop peu d'artistes, ayant fait levoyage d'Italie, pour que des dessins semblables avec les détails et les mesures fussent communs. Ce doit donc être à ses propres renseignements que

Bullant dot de pouvoir imiter ce beau chapiteau. Par suite il a été en Italie avant de construire Ecouen, mais sans qu'on sache à quelle époque (1). Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il mit à profit ce voyage, et plus tard Rolland Freart de Chambray faisant, dans son Parallèle des cinq ordres, publié en 1650(2), intervenir les livres de Bullant et de Philibert Delorme à côté de ceux des Italiens qui avaient travaillé sur Vitruve, fait hautement cas de Jean Bullant, et le place non-seulement au-dessus de Delorme, qu'il critique presque toujours, mais presque au-dessus de tous les autres, lorsqu'il dit que Bullant est « le seul de tous les sectateurs de Vitruve qui soit demeuré dans les termes réguliers du maître, touchant les profils et les justes proportions des ordres. » Beaucoup plus tard, à la fin du dix-huitième siècle, M.Quatremère de Quincy, dans l'article Bullant du Dictionnaire d'architecture, qu'il publia en 1788 dans Y Encyclopédie méthodique (in-4°, tome I, p. 346-9), a apprécié Bullant avec une justesse qui lui fait peut-être encore plus d'honneur qu'elle n'en fait à l'artiste même. Son article, qui, à cette époque, ne pouvait rien avoir d'historique, est, comme apprécialion du goût et du style de Bullant, ce qui a jamais été écrit de

(1) Lorsque Rabelais était à Rome en 1534 à la suite du cardinal du Bellay, il avait eu l'idée de publier un livre sur la Rome antique, et pour cela il avait commencé à en relever les monuments. L'annonce de la publication du livre de Marliani sur le même sujet lui fil interrompre sou travail. Il serait agréable de penser que Bullant avait été l'un des jeunes gens qui l'avaient aidé; les dates étaient possibles à concilier, car, si Bullant est né vers 1510, il aurait eu a!ors vingt quatre ans; à cause aussi de la date de 1534, il serait naturel de penser à Philibert Delorme, qui a travaillé ensuite et de bonne heure pour le cardinal du Bellay ; mais Rabelais, qui nous a révélé cette circonstance dans la réimpression du Marliani. qu'il fit paraître à son retour à Lyon, et dont la dédicace est du 15 août 1534, nous apprend à la fois et l'aide que lui avaient prêtée deux jeunes pens de la maison du cardinal, et leurs deux noms. C'étaient Claude Chappuis et Louis Leroy, qu'on connaît bien d'ailleurs; ainsi il faut renoncer à ce que ce fait nous mette à même de rien supposer sur l'époque du séjour de Bullant à Rome.

(2) La préface nous apprend que le peintre Charles Errard l'aida dans la composition de cet ouvrage.

plus remarquable et de plus juste sur Ecouen. Ainsi l'œuvre de notre artiste a partagé avec la fontaine des Innocents, qui est de la môme époque et presque du même goût, celte fortune si rare de n'avoir pas souffert des caprices de la mode et de s'être tonjours vue non-seulement appréciée, mais admirée.

Cependant l'estime dans laquelle il faut tenir Bullant ne doit pas lui faire donner ce qui ne peut pas être de lui. Lenoir lui a attribué l'admirable autel de la chapelle d'Ecouen, qui, après avoir passé parle musée des monuments français, se voit aujouid'hui à Chantilly; Ballard a suivi celte attribution dans ses planches d'Ecouen, el M. Emeric David lui-même, dans son article huilant de la Biographie universelle de Michaud (1), a insisté sur son talent de sculpteur, d'après le témoignage que cet autel en donnait. Malgré toute l'estime dans laquelle il faut tenir l'esprit d'Emeric David — qui a d'ailleurs moins erré dans ses jugementsqu'il ne s'est trompé sur les faits, parce qu'il n'avait pas encore ce qu'on a trouvé, et l'on pourrait même dire ce qu'il a fait trouver depuis — la sûreté de sa critique me parait ici en défaut. Il y a en effet une attribution à faire de cet autel, mais elle est autre, car il doit être de Jean Goujon, ou alors les nymphes de la fontaine des Innocents ne seraient pas de lui, et les bas-reliefs du jubé de Saint-Germain l'Auxerrois, maintenant conservés au Louvre, el qui sont d'autant plus authentiques qu'on en sait la date et le prix, n'en seraient pas davantage. L'identité de style et de goût, le même emploi et le même bonheur du relief bas, la ressemblance du ciseau, l'analogie entre la décoration architecturale de l'autel et celle de la fontaine — et Goujon était architecte — la conformité entre la tournure des évangélistes de Saint-Germain l'Auxerrois et des prophètes d'Ecouen, sont telles qu'il ne me parait pas pouvoir rester sur ce point le moindre doute.

D'ailleurs nous savons positivement que Goujon a travaillé à Ecouen, et nous le savons même d'une façon telle qu'il faudrait peut-

(1) Réimprimé dans le volume de la collection Charpentier. Via des artistes anciens et modernes, 1853, p. 179-81.

être aller plus loin, et se demander quelle part il aurait eue aussi oien que dans la construction elle-même dans la décoration. Voici en effet ce dont il s'agit. Et d'abord le Vitruve de Jean Martin donne la preuve la plus complète non pas seulement de la compétence de Jean Goujon en architecture, mais de la pratique qu'il en avait. Les figures dessinées par lui le diraient déjà, mais ce qui le dit encore plus, c'est la postface que, sous le titre de: a Jean Goujon, studieux d'architecture, aux lecteurs, » il mit lui-môme à la Gn pour expliquer les motifs qu'il avait eus de prendre dans ses dessins tel ou tel parti; c'est le fait d'un architecte consommé. Un passage en est particulièrement curieux, celui où Goujon nous apprend par quel côté, différent de celui de Bullant, il avait connu l'antiquité : « Et encore pour ce jourdhuy avons nous dans ce royaume de France un messire Sébastian Serlio (i), lequel a assez diligemment escrit et figuré beaucoup de choses selon les règles de Vitruve, et a esté le commencement de mètre leles doctrines en lumière au royaume. Toulesfois j'en congnois plusieurs autres qui sont capables de ce faire, néantmoins ils ne s'en sont encores mis en peine, et pourtant ne sont dignes de petite louenge. Entre ceux-là se peult compter le seigneur de Clagny, Parisien; ai fait aussi maistre Philibert de l'Orme, lequel assez suffisamment a conduict un édifice que monseigneur le cardinal du Bellay a faict faire en son lieu de Sainct Mor des Fossez lèz Paris. Et, combien que pour le présent je ne m'amuse à en nommer davantage, si est-ce que je le pourroys bien faire. »

Il n'est pas ici question de ce qui uous occupe, mais il y est fait allusion dans la dédicace que Jean Martin, qui était secrétaire du cardinal de Lcnoncourl, fait de sa traduction (2) au roi Henri II :

(1) Trois des cinq livres de Serlio ont été écrits et publiés pour la première fois en France, accompagnés, à la suite de chaque paragraphe, d'une traduction faite par Jean Martin. Toute leur bibliographie, des plus bizaires et des plus enchevêtrées, a été au reste très-bien éclaircie et exposée dans les savantes notes d'Apostolo Zenosur le livre de Fonlanini : VEloquen%a vulgarey qu'elles constituent à vrai dire. Edition de 1753, in-4°, tome II, p. 399-402.

(2) Dans un avertissement au lecteur, il dit qu'il n'aurait pu la

«Il ma semblé que je De sauroy prendre meilleur conseil que vous dédier cesle architecture de Vitruve, faicte par moy de latine Françoyse, et enrichye de figures nouvelles concernantes l'art de massonnerie par maislre Jehan Goujon, n'agueres architecte de monseigneur le Connestable, et maintenant l'un des vostres, le tout à la sollicitation de Jehan Barbé, bourgeois de Paris, tant affectionné à ceste science que, pour la faire fleurir entre voz subjeclz, il n'y espargnoit ses biens ni sa personne. » Ainsi dans ce passage, Jean Goujon n'est pas un sculpteur, il n'est qualifié que d'architecte ; il l'est du roi, il n'est plus, mais il y a quelque temps il l'était du connétable; c'est en 1547 que Jean Martin publie son livre, et le Connétable, qui a fait de tout temps peu de chose à Chantilly (1), vient à ce moment même, la coïncidence est tout à fait considérable, de créer Ecouen de toutes pièces et de l'avoir terminé. Au premier abord, cela allait presque, non pas à déposséder Bullant, mais à lui adjoindre Jean Goujon. Heureusement la question n'est pas à discuter, parce que les faits matériels s'y opposent.

On a vu que le pavage et les vitraux de Psyché portaient des dates, et que ces dates se rapportaient aux années 1541 et 1542. Il s'ensuit, comme je l'ai dit, que la grosse construction du château, la sculpture des façades et l'appropriation d'une grande partie au moins de l'intérieur devaient être terminées en 1543. Or nous savons à quelle époque Goujon a quitté Rouen pour venir à Paris. Le 6 avril 1541, il faisait encore, dans la première ville, un marché pour faire une nouvelle (été à la figure du frère de Georges d'Amboise, la sculptait et en recevait le prix (2); puis, le 18 mai 1542, il recevait un à-compte sur les sculptures qu'il exécutait pour la

faire, « si monseigneur le cardinal de Lenoncourt, mon maître, ne m'eustdoné toutïoysir et moyen de mettre la main à l'œuvre. »

(1) L'église de Montmorency est surtout de son père, le baron Guillaume. J'ai donné le marché de son tombeau, avec quelques notes sur l'église, dans la Bibliothèque de V école des Charles, troisième série, tome II, p. 264-78.

<2) De ville, Tombeaux de la cathédrale de Rouen, p. 97.

décoration du jubéde Saint-Germain l'Auxerrois(l). Si donc, comme il est probable, il était à Paris à la fin de 1541, il n'en est pas moins vrai qu'il n'a pu être pour rien dans la construction de l'ensem; ble du château d'Ecouen, très-avancée, sinon même terminée, à cette époque, et dont les façades donnent d'ailleurs trop peu de place à la statuaire pour pouvoir être d'un architecte-sculpteur.

Nous pouvons déjà dire que Goujon a fait l'autel de la chapelle, postérieur, malgré ses analogies, aux bas-reliefs du jubé de Paria, parce que si les mômes qualités se rencontrent dans les deux, les bas- reliefs d'Ecouen ont bien plus de force et de maestria. Mais jusqu'à présent nous ne savons rien de plus. En face des niches, où s'admiraient dans la cour les deux captifs de Michel Ange (2), il y en avait encore deux autres, dans chacune desquelles la gravure dedu Cerceau nous montre une statue de femme, nue et marchant, de la tournure la plus élégante et la plus digne de Goujon; elles peuvent avoir été de lui, mais, l'ensemble du château élant nécessairement mis en dehors, ces statues et l'autel lui-même, malgré sa décoration architecturale, ne suffisent pas à justifier ce mot énigmalique « n'a guère» architecte du connétable. » Peut-être se rapporte-t-il à de moindres édifices élevés dans le parc et maintenant disparus, ou plutôt encore à des ensembles de décorations intérieures; mais, dût-on ne le savoir jamais maintenant que nous n'avons plus les archives de Chantilly, qui nous auraient certainement donné la solution de cette difficulté, il n'en était pas moins utile de signaler cette question, comme aussi l'existence de gra-

(1) Léon de Laborde, article des Débats du 12 mars 1850.

*2) Cf. Sur leur histoire, une note de VAbeccdario de Mariette, I, 219-221, et la Revue universelle des arts, Bruxelles, octobre 1858, VIII, 44. — Les Archives. Documents, t. IV, p. 69-71, ont publié une piècQ relative à des bustes antiques, offerts au connétable, de 1554 à 1556, par le cardinal Scrmonetta, les évêques de Pavie et de Montdenis, et le sieur Jean Bianguet, Bolonais. Si ce n'est pas Chantilly qui les a eus, ils n'oul dû décorer à Ecouen que les appartements; car, a celte époque, les rares niches à bustes des façades intérieures devaient être garnies depuis longtemps.

vures de Bullant, aux recherches, ou, pour être plus juste, aux rencontres des curieux.

Enfin, avant de quitter ce sujet d'Ecouen,qui attend encore une monographie descriptive, je terminerai par quelques observations sur ce qu'y peut avoir fait Palissy. J'ai déjà prononcé son nom; il a travaillé pour le connétable, et l'un de ses livres est dédié au fils du connétable, comme un de ceux de Builanl. Ce sont des points d'analogie qui permettent de s'occuper d'eux en même temps.

J'ai donné à l'absence du nom de Palissy sur les registres d'Ecouen une raison tirée de ce qu'il était protestant. C'est la plus naturelle et celle qui vient la première. Mais, eût-il été catholique, il n'y figurerait pas davantage, car est certain que Palissy ne vint pas s'établir à Ecouen. Il le dit lui-même au Connétable en tête de la Receple véritable (éd. Cap., p. 8), en parlant de ses ennemis : « Je me fusse donné garde de tomber entre leurs mains, n'eust été que j'avois espérance qu'ils auroyent esgard à votre œuvre, et, à l'incitation de monseigneur le duc de Montpensier, lequel me donna une sauvegarde, leur interdisant de non congnoislre ny entreprendre sur moy ni sur ma maison, sachant bien quo nul homme ne pourrait achever vostre œuvre que moy. » Ceux qui l'ont délivré l'ont fait « aGn que vostre œuvre fut parachevée, » et quelques lignes avant : a Je croy que vous ne trouverez mauvais de ce que ne vous ay esté remercier lorsqu'il vous pleut d'employer la Reine Mère pour me tirer des mains de mes ennemis. Vous savez que l'occasion de votre œuvre, ensemble mon indigence, ne l'a voulu permettre ; je cuide que n'eussiez trouvé bon que j'eusse laissé vostre œuvre pour vous apporter un grand merci. »

J'ajouterai qu'en 1503, date de la publication de la Recepte, la grotte n'était pas achevée. En faisant la dédicace de cet ouvrage au fils du connétable, « puisqu'il a pieu à monseigneur le connestable, vostre père, me faire l'honneur de m'employer à son service à l'édification d'une admirable grotte rustique, de nouvelle invention, » il ajoute : * L'œuvre que foi commencée. » Et il ne veut pas dire l'œuvre que je suis le premier a faire, dont j'ai inventé le genre, car, dans le seul passage où il en donne indirectement une sorte de description, il dit, en parlant du projet d'un dea cabinets de son jar-

dm délectable : « Ce rocher iera fait de terre cuite, insculpée et émaillée, en façon d'un rocher tortu, bossu, et de diverses couleurs étranges, ainsi que je fay la grotte de monseigneur le connestable, non pas proprement d'une telle ordonnance, parce que ce n'est pas aussi une œuvre semblable, etc. » Bd. Cap., p. 63-4. Les vers de Pierre Sanxay (p. 125) mettent de même la chose au futur :

Le rocher haut et espais Ne distille l'eau tant claire Que celuy là que tu fait Je tira l'eau de sa rivière.

En même temps, comme sur le lit* même du livre, Palissy fait suivre son nom de la mention « demeurant en la ville de Xaintes, * il n'est pas douteux qu'il n'eût là son atelier, dont il dit même an connétable : « Lequel a été érigé en partie à vos dépens. » C'est donc certainement à Saintes que Palissy fit sa grotte, facile à transporter et à monter ensuite en place, puisqu'elle était faite par morceaux.

Fut-elle terminée et posée? Cela est probable, et Catherine a pu ne commander la grotte des Tuileries que sur la recommandation du connétable, et après avoir vu la première terminée. Elles étaient, au reste, bien différentes l'une de l'autre, puisque celle des Tuileries était creusée, et, d'après ce que nous venons de voir, l'autre était extérieurement une sorte de meta tudante couverte de plantes et d'animaux aquatiques. Pour justifier son litre de grotte, elle devait avoir à l'intérieur une chambre qui , d'après les descriptions faites par Palissy de cabinets analogues, devait être disposée pour y banqueter, avec des buffets pour les verres, des trous dans le rocher pour y faire rafraîchir le vin, sans parler des sièges et de la table rustiques qui devaient occuper le milieu de la grotte du connétable.

J'ai dit seulement la grotte du connétable, et ce n'est pas sans raison, car, malgré l'assurance avec laquelle, à propos de cet ouvrage, tout le monde parle de la grotte d'Ecouen avec autant de certitude que si elle existait encore, il est bon de se souvenir qu'en réalité nous ne savons rien de positif sur sa destination. Nous ne

possédons rien sur elle; nous n'avons ni dessin, ni description, n mention aucune, de quelque époque ou de quelque brièveté que ce soit. Tout se borne à ce qu'en a dit Palissy, et il ne prononce aucun nom de localité. Comme le connétable alla en 1548 réprimer en Saintonge la terrible révolte du populaire contre \esgabeloux(i hem a voulu rapporter a cette époque sa connaissance de Palissy; cela est peu probable, car à ce moment Palissy ne pouvait encore en être qu'à sa période d'essais, et n'avait, par suite, rien qui le désignât au choix du connétable ; mais en tous cas Palissy lui-même pouvait ne pas savoir à quel château son œuvre était destinée. Sans parler des autres terres du connétable, sans parler de son hôtel à Paris, il avait Chantilly aussi bien qu'Ecouen. Je pencherais pour le second; Chantilly était le vieux château, et il était naturel de donner au jeune toutes les recherches de la nouveauté; c'est bien une conclusion, uue supposition, légitimes et plausibles, mais aucun fait ne les change en certitude, et par suite, elles ne doivent et ne peuvent pas être données comme une vérité établie. Si, du reste, le rocher de Palissy a été à Ecouen, il serait probable, le château étant sur le bord d'un plateau, qu'il aura construit sa grotte dans la partie du parc qui s'étend au pied de la colline; celte disposition naturelle lui permettait de tirer parti de la différence de niveau pour créer artificiellement une source, qui se sera perdue lorsque la grotte, passée de mode, aura été abandonnée.

Mais, et il faut le répéter, comme nous ne le savons pas, nous ne pouvons pas affirmer que la grotte de Palissy ait jamais été à Ecouen. Si môme, à bien prendre, ce point reste douteux et se peut décider en faveur d'Ecouen, parce qu'elle peut aussi bien y avoir été que n'y avoir pas été, il y a moins de doute à avoir sur les attributions qu'on lui a faites des vitraux de ['Histoire de Ptyché et des pavages en faïence peinte. Dans le premier cas, il est plus que probable, dans le second il est certain que Palissy n'y est

(1) Massiou, Histoire de ta Saintonge et de ÏAunis, 3e période, tome 1er, p. 7-18. Où a-t-il pris que, sur la fin de sa vie, Bernard de Palissy ait été pourvu de lettres d'anoblissement (p. 5U)Î

pour rien. Ce sont les deux points qui me restent à examiner, et je commencerai par les vitraux, suite en grisaille de sujets librement copiés des estampes de Y Histoire de Ptyché, inventée non par Raphaël, mais par Michel Coxcie (i), et qui, enlevés de la galerie antérieure de la cour d'Ecouen au moment de sa destruction, c'est-à-dire au commencement de ce siècle, entrèrent au musée des Petils-Augustins; après sa dispersion désastreuse, ils furent rendus en 1818 au duc de Bourbon, et, après avoir été à Chantilly, devenu à la mort du dernier Condé la possession du duc d'Aumale, ils sont, dit-on, passés aujourd'hui en Angleterre.

11 est certain que Palbsy a peint. Son propre témoignage nous l'assure à plusieurs reprises : « Je n'avois pas beaucoup de biens, dit-il à un endroit, p. 309, mais j'avais la pourtrailure, » et, quand il se représente touché à la fois par la belle vue de la prairie de Saintes et par le chant inattendu d'un psaume, il ajoute : « Et dès lors je pensai de figurer en quelque grand tableau les beaux paysages que le Prophète décrit au pseaume susdit (p. 14). » Nous savons aussi, et toujours par lui-môme, qu'il était verrier : « J'ay entretenu longtemps la vitrerie jusques à ce que j'aye esté asseuré de vivre de l'art de terre. » Et un peu plus loin, quand il se représente épuisé d'argent par ses essais : « Je pris relâche quelque temps, m'occupant à mon art de peinture et de vitrerie. »

Mais de là à lui attribuer telle ou telle oeuvre^ il y a loin. Levieil, que cite Palissy comme ayant peint sur verre, ne lui donne rien. M. Lenoir y va plus délibérément, et, avec VUistoire de PtyeMt il lui donne encore d'autres vitraux de la chapelle d'Ecouen, qui sont des sujets de sainteté (p. 83) et des portraits d'Anne et de ses enfants (p. 85). Cela lui était permis après avoir dit (p. 99-100) :

(ij Abfcedario, tome IV, page 319, à la note. — M. Passavant, Raphaël, édition française, tome II, 582-3, qui insiste, comme il convient, sur la vérité de l'attribution de cette suite à Michel Coxcie a tort de s'en rapporter à une assertion gratuite de M. le baron Desnoyers, quand il fait, dans la mention des vitraux d'Ecouen, intervenir des cartons de Rosso, qui n'a rien à voir la dedans.

« Nous n'osons pas affirmer que les vitraux dont nous parlons (ceux

du Psyché) soient sortis de son pinceau ; mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'il dit lui-môme dans ses ouvrages qu'il a peint des Titres sur les dessins de Rapbaêl pour le château d'Ecouen. » Malheureusement pour une affirmation aussi positive, Palissy n'a, de près ou de loin, rien dit de semblable. Il n'a pas prononcé une fois ie nom de Raphaël, il n'a paa une fois Prononcé le nom du château d'Ecouen j ainsi la preuve, loin d'être fournie par son ouvrage, resterait tout entière à faire en dehors de lui.

De plus, à bien prendre, les passages où il parle de sa peinture et de sa vitrerie me paraissent plutôt devoir faire naître le sentiment qu'il n'y a réussi que médiocrement. 11 y a en effet plusieurs raisons de croire que de ce côté il a été loin d'être remarquable. C'est d'abord qu'il a abandonné cette voie sans regrets, et complètement, ce que ne pourrait pas faire un homme qui y aurait une véritable valeur, et c'est aussi la manière dont il en parle. Après avuir annonce son désir de faire « quelque grand tableau avec ces beaux paysages, » il ajoute : a mais, bien tost après, mon courage fui changé, veu que les peintures sont de peu de durée. » Voilà un bcnlimenl qui sent bien peu son peintre. Un autre passage est plus important : « En remémorant plusieurs propos qu'aucuns m'.ivoient tenus en se moquant de moy lorsque je peindois les images, or, voyant que l'on commençoit a les délaisser au pays de mon habitation, aussi que la vitrerie n'avoit pas grande requeste, je vay penser que si j'avois trouvé l'invention de faire des esmaux, je pourroit faire des vaisseaux de terre et autre chose de belle ordonnance. » L'expression a quand je peindois les images » est énigmatique. Veut-il dire qu'il s'occupât, ce qui était encore en usage, a colorier des sculptures? Quant à la moquerie qu'on faisait de ses images, Le vieil, p. 62, a remarqué que « ces propos pouvaient être une suite des progrès que le protestantisme faisoit alors dans le Poitou. » Cela est possible, mais comme, pour être protestants, Androu et du Cerceau u a pas c« -.»e de bâtir des églises, et Bunel de peindre des sujets très-catholiques, il se pourrait bien aussi que cette moquerie portât aussi bien et en même temps sur la valeur même des œuvres de Palissy. Je le croirais d'autant plus qu'il confesse ailleurs, et i. vi. 22

très-simplement, que sur ce point il n'était pa» un bien grand clerc : « L'on pensoit en notre pays que je fusse plus sçavant en l'art de peinture que je a'estois, qui estoit cause que j'estois souvent appellé pour faire des figures pour les procès. Or, quand j'estois en telles combinaisons, j'estois très bien payé, p. 309-10. » Pour moi, jusqu'à ce qu'une preuve contraire soit solidement établie et le soit pour chaque ouvrage en particulier, je ne croirai pas facilement à lautbenticité d'une belle œuvre de Palissy en fait de peinture on de vitrerie, et je penserai de ceux qui lui en attribueront qu'ils le font en l'art de peinture « plus savant qu'il ne l'étoit. »

Quant aux pavages en faïence énonillée, ce n'est plus seulement un doute, c'est une certitude négative. Les carreaux, que j'en connais au musée de Sèvres, sont de deux sortes. Les uns sont faits pour être placés en losange, et représentent des bustes de femm* s sommairement dessinés et vus de profil ; les autres , — le de>sio n'est pas entier, mais se répartit sur plusieurs par l'assemblage desquels il se produit, — présentent des enroulements de baudriersbleus à fleurs de lys, ou des parties «le fourreaux également bleus et fleurdelisés, c'est-à-dire l'épée de connétable qui devait être répétée à satiété dans tous les motifs de la décoration. Depuis longtemps M. Riocreux, ne se rendant pas à l'opinion commune, les attribuait à la fabrique de Rouen. La date de 15'i2,que j'ai rappelée, suffirait à écarter Palissy. En effet, il nous apprend d'une façon précise à quelle époque il s'est mis à Tari de terre. « 11 y a vingtcinq ans passez qu'il me fust monstré une coupe de terre, tournée et émaillée, d'une telle beauté que dès lors j'entray en dispute avec ma propre pensée. » C'est cette coupe qui est pour lui l'apparition sur le chemin de Damas, c'est elle qui le jette dans l'art de terre. A quelle époque l'a-t-il vue? La réponse est facile; le passage que je viens de citer est dans ses Discours admirables, publiés en 1580. Vingt-cinq ans en partant de ce chiffre nous donneraient 1555. Un passage doit faire modifier ce calcul; 1580 est la date de l'impression, non de la composition du livre, écrit ou du moins commencé en 1576, si l'on se rapporte à cette phrase, p. 265 : « Moy estant à Paris, l'année passée, 1575. » Alors nous remontons jusqu'en 1550; C'est donc en 1550 qu'il a vu cette merveilleuse coupe qui lui a ré-

vélé sa voie, et, comme il a été seize ans à son propre compte à se débattre en essais infructueux, ce serait vers 1565 à peu près qu'il faudrait admettre Palissy comme en possession de ce nouvel art. Ce n'est pourtant pas tout à fait vrai, puisqu'en 1563, date de la necepte véritable , il était occupé à la grotte du connétable; mais, malgré cette incertitude, la date de 1542 nous met trop loin de compte, et ce raisonnement suffirait à donner un nouvel appui au jugement de M. Riocreux en le débarrassant de Palissy. Mais un des carreaux de M. Lejeuue est venu lui apporter la preuve, je ne dirai pas décisive, mais matérielle, c'est-à-dire la seule à laquelle se rendent certaines gens. L'un de ces carreaux porte en eftet cette inscription : FAIT A ROVEN, contre laquelle il n'y a rien à dire, et il serait bien heureux que ces deux carreaux qui constatent la date et l'origine fussent dans une collection publique pour ne pas être exposés à se perdre en demeurant inconnus, et pouvoir témoigner dans cette question contre une opinion fausse qui ne manquera pas de se répéter.

Ainsi, pour nous résumer, Palissy, qui a fait, qui a du moins commencé une grotte rustique pour le connétable, ne Ta peut-être pas finie et ne l a peut-être pas faite pour Ecouen; il ne doit pas avoir peint les vitraux de l'Histoire de Psyché, et il n'a certainement rien fait aux pavages en faïence d'Ëcouen, qui sont antérieurs à l'époque où il s'est occupé de poterie, et sont d'ailleurs de fabrique roueunaise. J'ajouterai de plus que ses rapports avec le connétable ne paraissent pas avoir duré; rattachement de Palissy au protestantisme, alors que le connétable était tout à fait à l'opposé, en a peut-être été la cause, mais ce qui est sûr, c'est qu'en tête de la Hecepï. véritable, Palissy s'intitule « ouvrier de terre et inventeur des rustiques figulines du roy et de monseigneur le duc de Montmorency, pair et connestable de France, demeurant en la ville de Xaintes, » et que, dix-sept ans plus tard, en 1580, sur le titre de ses Discours admirables, il ^'intitule seulement « inventeur des rustique» figulines du roy et de la reyne mère. »

A. di il.

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