‹ Archives de l'art français Documents recueil de documents inédits relatifs à l'histoire des arts en FranceChapitre 57 sur 243 · PRO|JET DE COLONNE MONUMENTALE A LA GLOIRE DES ARMÉES FRANÇAISES · texte numérisé non relu

PRO|JET DE COLONNE MONUMENTALE A LA GLOIRE DES ARMÉES FRANÇAISES

La colonne de la place Vendôme est consacrée à l'honneur de la seule campagne d'Austerlilz ; mais l'idée d'élever une colonne monumentale à la gluire de nos armées est bien antérieure, et c'est la transformation de cette idée qui a produit le monument que nous admirons aujourd'hui. Quant au dessin de Prud'hon, objet de cette note, il fut fait en vue du concours ouvert sur le premier projet. Il ne sera donc pas sans a-prupos ni sans intérêt de résumer, d'après les documents ofûciels épars dans le Moniteur, toute la suite de celle affaire.

La première pièce, en date du 29 ventôse an vm (20 mars 1800, n° 180, p. 722), est un rapport de Lucien Bonaparte, alors ministre de l'intérieur; il rappelle que les difficultés des temps ont seuls empêché d'élever des monuments au souvenir des guerriers morts pour la pairie, et, pour acquitter celle dette, il soumet aux Consuls, qui l'adoptent, un projet dont voici les principales dispo si Lions : tt La plus grande place de chaque chef-lieu de déparlement recevra une colonne portant les noms des militaires morts sur le champ de bataille, et les noms de ceux vivants qui auraieut reçu des sabres, fusils, grenades et bigueltes d'honneur. A Paris, outie la colonne du département de la Semé, qui sera élevée sur la place Vendôme, il sera érigé une grande colonne nationale au milieu de la place de la Concorde. Les frais des colonnes des dépattements seront pris sur les centimes additionnels; le ministre de l'intérieur

réglera le maximum; les frais de la colonne nationale seront pris sur le trésor public. Les formes et les dimensions des colonnes seront arrêtées par un jury d'artistes (1). »

Par une lettre aux préfets, en date du 3 germinal (24 mars; n° 190, p. 768), Lucien fixait le maximum en les prévenant qu'il leur ouvrait à cet effet un crédit de 10,000 fr. sur les centimes additionnels de Tan vin. Le 28 floréal (18 mai, n° 242, p. 978) une lettre aux architectes de Paris et des départements ouvrait un concours, dont le délai était de trois mois; la plus grande latitude était laissée aux concurrents; ils devaient seulement indiquer les villes qu'ils avaient en vue et tenir compte de leur situation, du genre d'architecture qui leur convient, de leur climat, de l'étendue de leurs places, du choix des matériaux indiqués par les facilités locales, toutes recommandations empreintes du plus excellent esprit ; les dessins devaient être à l'échelle de 5 millimètres pour mètre, être accompagnés de plans, coupes, profils, détails, et d'un devis approximatif (2).

Peu de temps après, le 25 messidor, c'est-à-dire l'anniversaire du 14 juillet 1789, on fit la cérémonie de la fôte de la Concorde, et, bien que les trois mois ne fussent pas encore écoulés, puisque le délai ne courait que du 18 mai, le ministre, en présence des trois consuls, posa la première pierre de la colonne nationale qui devait être en granit de France (3). Sous cette première pierre furent déposées dans une botte d'acajou des médailles, des pièces de monnaie (4) et une planche de cuivre, avec une inscription com-

(1) Cet arrêté se trouve au Bulletin des Lois, 30 série, lw vol., n° 93, cahier 13, p. 15-16, et dans le Journal des Ârls du 5 germinal an vm, p. 9.

(2) Un autre arrêté du f> messidor (14 juin), moins important pour noir» sujet, porte que le nom de Desaix sera inscrit sur la colonne nationale (Moniteur, n°276, p. 1112).

(3) Journal des Arts, 20 messidor an vm p. il.

(4) L'article de la p'ace de la Concorde, dans le livre de Legrand et Landon, Description de Paris et de ses édifices, II, 26, donne le détail de ces médailles.

tuemorauve de cette pose. Ce travail, en ce qui concernait l'architecture, fat dirigé par M. Peyre (1).

Le malin du môme jour le préfet de la Seine avait posé la première pierre de la colonne départementale à la place Vendôme (2), et le ministre, dans son discours, rappelait qu'en môme temps que loi les préfets posaient dans tous les chefs-lieux les premières pierres des colonnes départementales. Comme, les projets n'étant pas encore adoptés, les emplacements ne pouvaient pas être bien définitifs, l'on aurait pu prendre l'affirmation du minisire pour une phrase qui faisait bien, mais, le Journal des Arts (3) disant qu'on le fit partout, il est à croire qu'on le fit au moins dans le plus grand nombre des localités.

Bientôt après, le 4 fructidor (4), le ministre Lucien annonçait qu'en vendémiaire an ix les projets de colonnes départementales seraient exposés dans une salle et que l'exposition durerait quatre décades. Enfin, et c'est la dernière pièce officielle du Moniteur sur cette affaire (5), on peut lire dans le n° du 17 nivôse an îx, p. 435-436, le rapport présenté à Chaptal, ministre de l'intérieur, par le jury d'architectes (fi) chargés de décider entre les quatre centi projets exposés dans la salle des séances publiques de l'Institut (7). La commission ne devait choisir que dix projets; le mérite qu'elle reconnut dans beaucoup de dessins présentés lui en fit signaler un plus grand nombre et en accepter même d'une forme en dehofs du programme. Pour la colonne nationale elle désigna

1] Ibidem, p. 27.

2) Journal des Arts, 30 messidor an vin , p. 9.

(5) Les deux articles sur la colonne nationale contenus dans le n° du -27 thermidor an ix, p. 1349, et dans celui du 16 brumaire an x, p. 183-184, ne sonl que des critiques privées. Voyez Journal des Arts, 25 messidor an vin, p. 1-2.

(6) Le Journal des Arts, n° du 10 brumaire an ix, p. 409, a imprimé une pétition du concurrents sur la composition de ce jury.

(7) Le Journal des* Arts a deux articles sur celle exposition, 15 nivôse an ix, p. 37 et 42-43.

seulement quatre projeta, dont le premier était dû au citoyen Moreau, et pour les départements, vingt colonnes, deux Hermès, neuf monuments et cinq obélisques (1).

La Description de Paris, de Legrand, nous donnera la suite de ce qui fut fait sur la place de la Concorde : « On fit élever le modèle eu charpente et en toile peinte de la colonne nationale et de la grandeur projetée, pour l'exécution. Le modèle du projet de M. Moreau resta quelque temps exposé à l'examen et à la critique du public; mais, soit que l'effet de cette décoration ait paru peu favorable à l'emplacement, soit que le gouvernement ait conçu depuis d'autres projets, ce modèle a été détruit (2), et son exécution vraisemblablement abandonnée. Les médailles, les monnaies, les planches gravées qui ont été déposées dernièrement dans les

(1) On trouve les noms de tous les artistes couronnés dans le Journal des Arts, n° du 5 floréal, an ix, p. 97-99, et, dans le n° du 20 germinal, une gravure de la colonne départementale du citoyen Détournelle,aui avait obtenu dans le concours le troisième rang. Il est au reste dans ce recueil très-souvent question de cette affaire, et ceux qui voudront avoir plus de détails pourront voir : an ix, 20 floréal, 246-218; 25 floréal, 257-265; 30 floréal, 176-182; ri prairial, 193-200; 10 prairial, 210-205; 10 messidor, 27-30; 20 messidor, 77-80; 25 messidor, 97-91); 30 messidor, 123-127; 10 thermidor, 188-189; 15 fructidor, 347-352; 20 fructidor, 373- 378; 23 fructidor, 395-400; an x, 5 vendémiaire, 9-15; 40 vendémiaire, 27-31.

(2) Le Journal des Arts, 15 nivôse an ix, p. 43, promettait sur celle colonne de l'architecte Moreau un article spécial qui ne parait pas avoir été publié; mais « l'ensemble et plusieurs détails de ce projet ont été gravés et insérés dans les Annales du Musée et de l'École moderne des Beaux-Arts^ tome I, p. 39, 43, 47 et 54 (Legrand II, 27). » Le livre de l'architecte Gnulct, Embeliissemênis de Paris, 1808, in-8, conlient, p. 195-209, la réimpression d'un article sur ce modèle de la colonne nationale. H est plein de critiques sensées, notamment sur l'inconvénient, présenté nar l'Obélisque,

• ' îlne colonne vouant couper pur une ligne perpendiculaire les horions de tous les points de vue, et par là sur la réc'le nécessité de laisser libre le milieu d'une grande place pour l'orner seulement

• lacs celles de ses parties latérales qui ne sont pas des passages. Le môme volume contient, p. 186-194, un autre article sur les colonnes départementales.

fondations, n'ont pas été enlevées avec le modèle, mais il n'est pas douteux que, lorsqu'il sera question de substituer à la colonne un monument plus convenable, on supprimera ces faux témoignages de l'existence d'un monument qui n'aurait point eu son exécution. » La Restauration n'eut pas à le faire, puisque le monument expiatoire qu'elle voulait faire élever sur cet emplacement n'eut pas, au moins sur le lieu même, de commencement d'exécution; mais, lorsque sous Louis-Philippe on fit les fouilles nécessaires pour établir les fondations de l'Obélisque, on a dû trouver ces témoignages du commencement de l'érection de la colonne nationale, comme en 1800 Ton avait trouvé la botte de cèdre avec les médailles et l'inscription sur une planche de cuivre qui avait été mise lors de l'érection, en 1754, du piédestal de la statue équestre de Louis XV (1).

Ces préliminaires indiqués, j'arrive au beau dessin de colonne que M. Bérard possède de Prud'hon. Il est, comme toujours, sur papier bleu, et dessiné au crayon noir, lavé d'encre de Chine et rehaussé de blanc ; seulement, comme il était destiné à être montré, Prud'hon l'a fait d'un crayon moins gras et l'a terminé avec plus de finesse et de soin que si ce n'eût été qu'une esquisse à son usage. Mais de plus il offre au verso une longue notice autographe qui explique les intentions du projet et détaille le seos de ses diverses parties. Elle porte tout entière la marque des idées du temps et n'en est pour cela que plus curieuse ; c'est elle qui donne à ce dessin le droit de figuier ici à l'état de document écrit, et je la transcris fidèlement :

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