‹ Archives de l'art français Documents recueil de documents inédits relatifs à l'histoire des arts en FranceChapitre 62 sur 243 · OFFERTS PAR LA VILLE DE PARIS A LA REINE ÉLÉONOR · texte numérisé non relu

OFFERTS PAR LA VILLE DE PARIS A LA REINE ÉLÉONOR

Il a déjà été question dans ce recueil (Documentt% V, 266-26 7) de cette œuvre élégante de l'orfèvrerie parisienne du seizième siècle, et j'avais décrit ces candélabres d'après une charmante gravure de Geoffroy Tory. Godetroy,dans son Cérémonial franç ois (éd. de 1649, in folio, t. I), a composé le récit de l'entrée de la reine avec des extraits des registres de l'hôtel de ville, auxquels je faisais appel sur ce point, et entre autres détails curieux il y est longuement question de ces candélabres; voici les passages qui s'y i apportent; ils compléteront notre première note, et surtout, ce qui vaut mieux, ils remplaceront notre description par uue autre qui, par sa qualité contemporaine, a tous les droits du monde a lui être substituée.

Dans la séance du 9 septembre 1530, une lettre écrite de Selles, le 21 août, aux echevins, par M. de la Barre, gouverneur de Paris, contenait ce passage : « J'envoye à monsieur Dacheres un mémoire louchant deux chandeliers qui me sembleroieot estre bien à propos pour ledit don. Vous y penserez et m'en manderez, s'il vous plaist, ce qu'il vous en semblera. » El voici le mémoire qu'il annonçait :

Il semble que deux chandeliers d'argent bien dorez, de la fi auteur de trois bons pieds, seroient bien à propos pour le don que Ton fera à la Reyne, estans faits comme il s ensuit ; car déjà par la ville de Bor-

deaux luy a esté donné un navire d'or (1), et serviront iceux chandeliers, ainsi grands, pour mettre aux deux bouts de la table, à terre. La conception desdits chandeliers est d'autant que c'est chose qui ne sert à autre affaire que pour la lumière, prenant en cet endroit ladite dame pour nostre lumière, pour estre la principale raison de la paix, bon accord et délivrance de Messieurs (2). En plusieurs endroits desdits chandeliers seront rouleaux, où seront decritz dirz et auctoritez servans à propos d'icelle lumière, et pourront servir iceux chandeliers à dragées, en faisant le bassin beau et honneste, parce que, au lieu de la bobèche à mettre le flambeau, Ton mettra, quand on voudra, un escusson aux armes de la ville. (Godefroy, I, 778.)

Puis on avait pensé aussi à un buffet de vaisselle d'argent vermeille. Une nouvelle lettre de M. de la Barre, écrite de Veretz le 47 septembre, et lue aux échevius le 18 octobre, revient sur ce point :

Messieurs, j'ay veu par vos lettres que à vostre dernière assemblée il a esté délibéré que le don de la reyne sera de six mille livres tournois, et que les aucuns sont d'opinion de les employer à un buffet entier ; les autres s'accordent aux deux chandeliers que vous ay écrit, en baillant quand et quand une déesse,

(1) Ce à quoi Ion se serait arrêté » Paris, comme étant les armes mêmes de la ville.

(2) Le Dauphin et son frère.

que Ton nommeroit Concorde. Et moy, pour vous en mander mon advis, messieurs, quant audit buffet, il me semble qu'il ne se doit faire, pensant que cela puisse servir de mémoire, d autant que devez croire et penser qu'elle en a, tant beaux que n'est possible de plus. De mettre une déesse, signifiant Concorde, avec lesdits deux chandeliers, ce ne seroit que re dite, comme il me semble, aux écriteaux et roulleaux qui seront à l'enlour d'iceulx chandeliers. Que toute la somme de six mille livres n'y peut estre toute employée; il me semble que si, et beaucoup davantage qui voudroit; car il faut qu'ils soient si grands que de terre ils servent sur la table, avec grandes pattes à l'antique, et deux grands bassins par le haut, le tout bien massif et bien doré, et serviront lesdits deux grands bassins, quand l'on voudra, à drageoirs, et, ostant les boubeches, qui ne tiendront que à vis, au lieu desquelles l'on mettra des écussons aux armes de la ville ; il faut que lesdiles boubeches soient grands pour mettre un flambeau et quatre grosses bougies et me semble, messieurs, que ne sçauriez faire chose mieux à propos du faict qui se offre que lesdits deux chandeliers, qui est tout ce que vous en puis escrire ny mander. P. 778.

On se décida au parti indiqué par M. de la Barre, car voici ce qu'on trouve plus loin :

La pesée faite des deux chandeliers vermeilz do*

rez, pour faire présent à la reyne Eleonor, nostre très souveraine dame, ès présences de messieurs les prévost des marchands et eschevins de la ville de Paris, Harlay, Budé, Dudra, Charmoluë, de Thou, Montmiral , Barthélémy , tous conseillers de ladite ville, Jean Barthélémy et Rigollet, quarteniers d'icelle ville, suivant les mandemens à eux envoyez ce jour d'hier, ès présences aussi de François Perdrier, prévost de la Monnoye, Thibault Haultement, Simon Cresse, l'esné, marchands appeliez pour voir peser lesdits chandeliers, et pour iceux visiter s'ils sont bien et deuement faits et dorez ainsi qu'il appartient , lesquels ont dit et rapporté qu'ils sont bien dorez et bien faits, et qu'ils pèsent le poids contenu ès articles qui ensuivent. Auquel pesé estaient aussi plusieurs personnes et notables bourgeois de cette dite ville de Paris.

Premièrement le pied garny de feuilles portans griffes et pommes rondes, au dessus une fleur goderonnée et un pot d'antique, au dessus un pot rond, revestu de rouleaux et de feuilles, pesant ensemble soixante deux marcs une once.

Plus un vase couvert de testes de peupliers, triomphes (i), et nœuds d'antiques, portans frize et écritures, sur laquelle frize y avoient deux sereines, avec

(l)$aos douie des ibyrses eldes.propbées

longues queues tortillées, revestues de feuillages, portans chacune un vase en forme de bassin pour servir de drageoirs avec un chandelier, et portans deux tar guettes (1), èsquels estoientles armes de ladite dame, couronnées « l'une couronne impériale ; au dessus dudit chandelier une grande frize en laquelle y avoît des batailles et triomphes, le tout pesant ensemble quarante huit marcs deux onces et demie.

Plus, au dessus, un grand collet en forme ronde, garny de feuilles d'antique, sur lequel y a dix huit satyres et femmes en forme de danse, au dessus une assiette ronde, et carré, garnis d'une comice et arquitrave (2), portant rondeur, carrure et frize, en laquelle y a une écriture, sur laquelle sont assis deux satyres sous (sur?) un siège d'antique, portans un cornet partant de leur bouche, duquel il sort une fleur servant à porter des flambeaux; au milieu d'iceux est un balustre, revestu de feuilles, servant de pyramide, auquel est attachée la devise de ladite dame, et sur la teste d'iceluy y a une terrasse portant flambes, en forme de bois, et triomphes pendans, et, sur icelle terrasse, un grand phœnix, lequel demonstre par ses aisles vouloir faire du feu. Tout ce que dessus pesant ensemble cinquante marcs cinq onces et demie.

(1) Tartre est un des synouymes de bouclier el d'écu.

', 2) Godefroy ou sod imprimeur a mis à tort arc qui iraine.

T. vi. -24

Plus du deuxième chandelier, suivant le premier article de la pesée du premier chandelier, pèse soixante deux marcs cinq onces et demie. La deuxième, suivant l'autre, pèse quarante neuf marcs trois onces.

La troisième pesée dudit chandelier pèse cinquante et un marcs deux onces et demie.

Le marché fait pour lesdits chandeliers est ès mains de Philippe Macé, receveur de la Ville, pour rendre ses comptes. (P 800-801.)

Ce serait maintenant ce marché qu'il faudrait rencontrer pour avoir le nom de l'orfèvre qui a exécuté ce beau travail, ci, s'il D'en a pas inventé lui-même, le dessin, le nom de l'artiste qui lui a donné ses patrons. A. de M.

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