‹ Archives de l'art français Documents recueil de documents inédits relatifs à l'histoire des arts en FranceChapitre 61 sur 243 · CLAUDE RÉVÉREND · texte numérisé non relu

CLAUDE RÉVÉREND

LETTRES PATENTES DE LOUIS XIV POUB L'ÉTABLISSEMENT D'UNE FABBIQUE DE POBCELAINE DE CHINE AUPRES DE PARIS.

(21 avril 1664.)

On sait quel intérêt Colbert prenait à rétablissement de manufactures qui permissent à la France de n'être pas tributaire de l'étranger; canons, tapisseries, velours, soieries, draps, tu; les, dentelles, cuirs dorés, glaces, or filé, toutes les branches de l'industrie sont plus ou moins encouragées, quand même elles ne sont pas fondées et soutenues par lui. Ce qui a élé publié ici même sur les Gobelins (VI, 15 et 235-69), et la section Industrie de la Correspondance administrative sous Louis JT/F, publiée p: r M. Depping (III, 663-888 , le démontrent surabondamment. On n'avait, jusqu'à présent, trouvé qu'une seule pièce de ce genre jui touchât à Tari de terre. La suivante (elle nous est aimablement communiquée par M. Riocreux, le savant conservateur du inu.s^c céramique de» Sèvres, qui la tient de M. Jacquemard) vient aidtr à combler celte lacune L'original s'en trouve à la Bibliothèque Impériale dans la collection Lamoignon.

Louis, par la grâce de Dieu, etc. Notre bien aimé Claude Révérend, marchand grossier, bourgeois de notre bonne ville de Paris, nous a très-humblement fait remontrer qu'il a, par ses peines el travaux, dans les voyages qu'il a faits en divers pays étrangers, trouvé un secret admirable et curieux, qui est de faire la faïence et contrefaire la porcelaine, aussi belle, et plus, que celle qui vient des Indes orientales,

lequel secret il a mis dans sa perfection en Hollande, où il en a fait quantité dont la plupart y est encore. Mais, comme il ne peut continuer à faire ladite porcelaine sans en donner connaissance aux étrangers, de quoi ils pourroient à l'avenir se prévaloir au détriment dudit exposant, ayant jugé qu'il seroit plus à propos de communiquer son secret et en donner la parfaite connoissance aux François qui l'ont jusqu'à présent ingnoré, ce qui leur seroit un grand avantage le sachant, à cause qu'il ne se trouve personne dans notre royaume qui puisse faire tels ouvrages que l'exposant, lesquels nos sujets sont obligés d'aller chercher chez les étrangers, ce qui fait que l'achat d'iceux cause que les deniers sortent de la France, aussi il ne seroit pas juste ni raisonnable qu'après que ledit exposant aura mis son secret au jour, où il lui convient faire de grandes dépenses pour l'établissement de la fabrique desdits ouvrages, il lût privé de ses travaux si quelqu'un avoit la même faculté que lui d'en faire et d'en tirer de Hollande, ce qui causeroit sa ruine totale, c'est à quoi il est nécessaire de pourvoir.

A ces causes savoir faisons, voulant faire connoîlre à chacun l'estime particulière que nous avons de la personne dudit Révérend, à cause de ses rares qualités et secret admirable, et désirant le favorablement traiter en considération de l'avantage que le public peut tirer de l'établissement de ladite fabrique en notre royaume sans avoir recours aux étrangers,

nous lui avons, de notre grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale, permis, accordé et octroyé, permettons, accordons et octroyons par ces présentes, signées de notre main, la faculté de fabriquer ladite faïence et contrefaire la porcelaine à la façon des Indes, dans notre ville de Paris ou aux environs, ès lieux les plus commodes qu'il jugera à propos, comme aussi de faire venir en notre royaume celle qu'il a faite et fabriquée en Hollande, pour être distribuée et vendue au public, en payant toutefois nos droits par ce dûs, et faisons très-expresses inb bitions et défenses à toutes sortes de personnes, de quelque qualité et condition qu'elles soient, d'en faire fabriquer trente lieues à la ronde de Paris, ni en faire venir d'aucuns pays étrangers pour en vendre ni débiter autre que ledit exposant, ou ceux qui auront droit de lui pendant cinquante années, à peine de confiscation desdites faïences et porcelaines, dix mille livres d'amende, moitié applicable à l'Hôpital général, et l'aut-e moitié audit exposant pour son dédommagement, à laquelle ils seront contraints en vertu des présentes, nonobstant oppositionsouappellations quelconques, et, s'il en intervient aucunes, nous en réservons et à notre conseil la connoissance et icclle interdisons à tous autres cours et juges. Si donnons en mandement au prévôt de Paris, etc., car tel est notre plaisir, en témoin de quoi nous avons fait mettre notre scel à cesdites [lettres] patentes, données à

Paris, le vingt-un avril, Tan de grâce mil six cent soixanle-quatre, et de notre règne le vingt et unième, signé LOUIS, et sur le repli : par le Roi : De Guénégaud, et au dos est écrit : Par sentence rendue par M. le lieutenant civil, sur les conclusions de M. le procureur du roi, ce jourd'hui les présentes lettres ont été enregistrées au greffe civil du Châtelet de Paris, par moi greffier soussigné, le 19 mai 1664.

Signé: Sagot.

Ainsi il ressort de ce qui précède que Claude Révérend avait appris son métier en Hollande, et qu'il y avait fondé, ou toutauraoini exploité, une fabrique , qu'il voulait rendre plus florissante en la transportant en France, où elle ne devait pas avoir la concurrence des vraies porcelaines de Chine, et dont il obtenait de faire entrer les produits antérieurs. Un admirable plat, bleu sur fond blanc, que me montrait M. Riocreux, est certainement une œuvre de Révérend, et il faut avec lui la tenir pour incontestable. Dans l'ornement du fond, une couleuvre s'enlace en S dans deux C adossés comme ceux de Charles de Lorraine. Ce sont là les armes et les initiales de Colbert. Cette œuvre de Révérend est-elle sortie de la fabrique qu'il a pu établir en France, et a-l-elle été faite pour être offerte en remerciement de la bienveillance du minisire? Est-ce, au contraire, une œuvre faite en Hollande et envoyée pour se concilier les bonnes grâcej. de Colbert, en lui mettant sous les yeux un spécimen de son savoir-faire? La pièce n'ayant point de da e, il ser.ut difficile de le décider, mais l'absence de marque ne permet pas de n'y pas reconnaître, une fois les lettres patente» connues, une œuvre de Révérend. Elle est de fabrique hollandaise, si facile à distinguer de celle de Rouen ou de Nevers; elle est à l'imitation de Chine; elle a été faite pour être donnée à Colberl ; ce font troj» de raisons réunies de l'attribuer à Révérend pour qin cette conclusion puisse être fausse.

Il y a peut-être plus de doute sur des assiettes du même musée, égayées de couplets grivois en langue française, ou ornées de per-

tonnages corn m celui-ci : Le capitaine français. D'un côté, la langue de ces inscriptions ne permet pas de croire qu'elles n'ont pu été faites en France, car c'est pour elle seule qu'elles se pouvaient fabriquer, et, si plies étaient venues du dehors, l'entrée leur aurait été défendue; de l'autre, elles ont, comme le grand plat en camafea bleu, dont elles sont contemporaines, tous les caractères de la fabrique hollandaise. Elles portent comme marque les lettres AH en monogramme ; ce ne serait pas la marque même de Révérend, qui, s'il pouvait avoir d'autres noms que celui de Claude, devait, quand il n'en mettait qu'un, ne mettre que celui-là, puisque c'est le seal employé dans les lettrée patentes; mais, sans chercher à y voir les raota : A PARIS, à cause de l'absence de PS, il serait peut-être plui naturel de conclure de ces pièces l'existence d'un Antoine Bévérend fils, frère ou associé de Claude, et faisant à coté de lui la partie plus commune de sa fabrication. Quoi qu'il eu soit, et jusqu'à ce qui cette marque soit expliquée d'une façon définitive, il était bon de rapprocher cm assiettes du grand plat en camaïeu bleu offert à Colbert; car, si l'exphcation des lettres AR peut se trouver différente, l'analogie de temps et de fabrique entre oes pièces n'en reste pas moins incontestable. Elles sont de la fabrique de Révérend, ou de celle que, bieu j.eu d'années après, Louis Poterat, Sr de Saint- Etienne, établit à Saint-Sever, près de Rouen, en suite des lettres patentes qui lui furent données en 1673 par Louis XIV. Celles-ci, qui ont été indiquées par M. Marryal, Potlery and Vorcelain, . London, 1850, p. 31, portent qu'il fabriquait aussi de la porcelaine à l'imitation de Chine et de Delfi, ce qui le rauge, comme Révérend, dans la fabrique franco hollandaise. Les lettres A R voudraient-elles dire : A R(ouen)f Cela est peu probable, car elles ont bien plutôt Pair d être les initiales d'un nom propre.

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