‹ ARCHIVES DE L'ART FRANCAIS. TOME PREMIERChapitre 18 sur 84 · I. G. Drovais Pictori · texte numérisé non relu

I. G. Drovais Pictori

Domo, Lvtetiœ. Parisiorvm

qvi

in magna patriœ suorvm que spe

iîumatvrvs meritis

immatvra morte decessit

idibvs febrvarii mdcclxxxviii

annos natvs xxiv. menses ii. dies xvi

gain in regia vrbis academia sodales

doloris que monumentum

collegœ œmulo amico.

On voit, à Rome, dans Téglise de San Lorenzo in Lueina^ à droite, un pelit monument élevé à la mémoire de N. Poussin : c'est d'abord un assez beau buste du peintre, en marbre blanc, signé P. Lemoyne, 18â9, placé sous une arcade ; au-dessous, cette inscription :

F. A. de Chateaubriand

Nicolas Poussin

pour la gloire des arts

et r honneur de la France.

Nicolas Poussin

né aux Andelys en mdlxxxxiy

mort à Rome en mdclxy

et inhumé en cette église.

Au-dessous un bas-relief en marbre blanc, représentant le tableau de Poussin {les Bergers d'Arcadie). Enfin on lit au bas du bas-relief :

Parce piis lacrimiSj vivit Pussinu^ in urna

vivere qui dederat nesciits ipse mori.

Hic tamen ipse silet; si vis audire loquentem^

mirum est, in tabulis vivit et eloquitur.

Le petit monument est signé :

Léon Vaudoyer arch. MDCGCXXX.

Il est intéressant de rapprocher de ce dernier hommage rendu, dans Rome, par le grand poêle du Génie du Chiistianisme^ à la mémoire du plus illustre des peintres français, le souvenir d'un autre monument, par lequel un généreux cœur de notre nation, M. Seroux d'Agincourt, avait déjà réparé, avant M. de Chateaubriand, le honteux oubli dans lequel la France avait laissé, pendant plus d'un siècle, la sépulture de Nicolas Poussin. En 1782, M. Jean- Baptiste-Louis-George Seroux d'Agincourt, dont le gigantesque ouvrage de l'Histoire de L'Art par les monuments^ depuis sa décadence au

F« sUcle^ jwqu'à s(M ^iMûtièèllénïènt au XP siècle honorera à jamais le nom, fit élever, à ses frais, dans le Panthéon, à Rome, un buste à Nicolas Poussin, au-dessous duquel il ne trouva rien de plus noble à inscrire que ces mots Nie. Poussin, pictori gallo. Voici maintenant en quels térmeà il ra'éèntait, trente ans plus tard, Thistoire de ce petit monument, dans tme lettre qu'il adressait, quelques mois avant sa mort» ^son amiy M. Gastellan, Fauteur des Lettres sur la Morée^ ta Grèce et l'Italie^ et des Etudes sur Fontainebteau. A. L. Gasiellan avait écrit sûr N. Poussin une notice qui trouva place en tête de ToEititre du peintre gravé par Landon. Cette lettre, citée par M. Gence dans Tartiele du Poussin {Biograrphie universette)^ se trouve en copie à la bibliothèque dellnstitut, dans la liasse des papiers relatifs au Poussin, qui se trouvait jointe àii manuscrit de ses lettres publié par M. Quatremëre de Quincy. La copie de la lettre de M. Seroux d'Agincourt est mentionnée dans lé eaialogue de ht biblioûièque de M. Dufoùmy, è^ d41, à la suite de la copie manuscrite de la correspondanee du Poussin. Je ne sache point que la lettre de Seroux d'Agincourt ait été imprimée , et eilesera toujours bonne à rappeler ici, ne sërvtt-elïè qu'à rétablir le texte de Teitrait morluah^ ëhik Potissiif iâeHitètéiifîent transcrit par la Biographie universelte.

LETTRE DE M. D'AGINeoim'Ff ADRESSi» pE ROME À MONSIEUR GASTELLAN, LE DÉCEMBRE 1813.

J'ai eu l'honneur de vous marquer, par une lettre c(u 22 septembre dernier, que je pourrais peùi-étre quelque jour, vous eavoyer diverses pièces relatives à rMi^<Hre et aux mônum^eRs du Poussin ; je les jotns iei ; quoique tôtrtes ne* s^oîetit pas fort ïtttéres^^ntes, èHes m'ont paru pouvoir plaire à qui s'est occupé d une manière qui r^st infiniment^ de la vie et des ouvrages de de gWtrtd peiïttté ; f y parier satj» dotrte tfdp dte mes

pl^ôpféâ récbël^chëS sûr tes fîièteës' ôlijëts; m^à die p^ fèflÀ a^tâiU àmi i^iitàbtiii&hiëi, ^u^nd deâ amis â'etitf^ëtièiinetit }ùlibiéme6t d^tlii ami commun i Motisîeti^ Wufottniy thMië bien êtfe de ce ïiotoWè, pufequll â rèéhei*clié atéë enîjpl*essemient les ouvrages du Poùs-^ sin, et qu'il a eu le bonheur d*eti trouver (|uî lui fôût hôdhëdi*. Votîs voudfei bien vous entretenir avec lui deà tnétnés objets.

En vous rendant eomfptè de Tusage que j^ën ai feiît, éî en reAiëltant ces docuîriens entre vos mains, c'est îes déposer dans tes arcbîves de Fart, dont vous formez un recueil imposant à tant d^égards ; je remplirai en partie cette intention en vous envoyant l'extrait deà observations qu'avec une lettre du 28 février lîSi, f écrivis à M. d'Angivîllers , alors directeur général des bâtimens, arts, etc. , etc. ; je le priais de les communiquer à rAcadétoîe de peinture de Paris.

Bellorî, côntemporaiti, ami du Poussin et le premier bîstoriendé Sa vie, dît que son corps fut pforté à régtîsé de St-Laurent ih Litcim sa paroisse, et tâcaio in parte fin chë gli sia dato condégno monumenio.

Il a ajouté qu^îl a mis sur la pierre qui couvrait le tombeau du Poussin, une inscription qui rappelle ses rares talens :

Parce piis lacrymis, vivit Pussinus in urna, Vivere qui dederat nescius ipse mori ; Hi<s tamen ipse silei, si vis àudire loqueotem, Miruni est, m tabiiH» Tirit et eloquittr.

Dans une description de Rome moâèfnë faftë

vers 1690 et imprimée la 2* fois à Leyde, 1713,3 volumes in-8^, fig., Deseine, libraire français, qui en est Tauteur, nous apprend que cette épitaphe s'y voyait. Je viens de lire dans une des lettres sur Tïtalie par le président de Brosses, nouvellement imprimées, que vers 1740, il avait copié cette même épitaphe.

Je savais bien que ce monument considérable, con^ degnOj annoncé parBelIori, n'avait jamais été exécuté, mais je ne croyais pas Foubli porté encore plus loin ; à mon arrivée à Rome, en 1781 (1), m'étant empressé d*aller rendre hommage à la mémoire de notre illustre compatriote, je ne trouvai dans cette église, ni une pierre, ni une muraille sur laquelle on aperçût son nom ; on ignore absolument Fendroit de l'église où le corps du Poussin a été déposé, et quand je voulus même reconnaître par les registres mortuaires, comment il y était fait mention de sa sépulture, ce ne fut que par des recherches multipliées que j'y découvris son article ; j'en envoie l'extrait authentique parce que l'Académie peut croire qu'il est à propos de le déposer dans ses archives ; il est fautif pour le nom, mais exact et conforme au récit de l'historien pour la date ; l'erreur sur le nom a été réparée dans l'article mortuaire de sa femme rappelé dans le sien.

(i) Ce n'est pas en 1781 que d'Agincourt arriva à Rome, mais au mois de novembre 1779, el ainsi se trouve expliquée la contradiction de la date 1781 qu'on donne ici, avec celle de 1780, où

1 extrait mortuaire du Poussin.

lui sera délivré plus bas

L*incurie des prêtres de cette paroisse, le peu d'importance de réglise, me décidèrent à ne pas y fixer le monument que je lui destinais» d'autant plus que la première fois que je fus au Panthéon, j'y reconnus une place plus digne de le recevoir ; c'est l'édifice de l'architecture romaine le plus parfait et le mieux conservé qui soit à Rome ; il parait construit pour une durée sans fin, et c'est probablement sous ce point de vue que Raphaël et Ânnibal Garrache désirèrent d'y être placés ; personne ne sera étonné de rencontrer le buste du Poussin à côté de ceux de ces grands artistes ; je chargeai de l'exécution du buste M. Segla (1), l'un des élèves de la pension académique de France à Rome ; ce jeune sculpteur promettait des talens dont une mort prématurée nous a privés.

J'avais remarqué parmi les tableaux du palais Rospigliosi un portrait du Poussin que j'ai lieu de croire ressemblant , parce que dans sa vie Passeri observe que le cardinal Rospigliosi, depuis pape sous le nom de Clément IK, était un des admirateurs de ses compositions ; en effet ce portrait nous offre ce que Bellori dit de ses traits : il naso affilatOf la fronte spaziosa^ rendevano nobile il stio volto^ con aspetto modesto.

(1) André Segla, né à Marseille en 1748, élève de Vassé, avait obtenu en 1772 le second prix de sculpture, sur le sujet du repas deBalthazar. Le jugement des ouvrages avait eu lieu le 29 août 1772; mais la distribution des prix n'eut lieu que le 28 septembre 1776. G^est cette tardive distribution qui fit sans doute que Segla se trouvait encore à Rome en 1782.

lié

f entendais âirë fHquëiiimeiit pài^ihi lëè îailîVés; et lés anâàteiirs t-ônlattià, que le Poiiâstti dlp^àrtëîisÂl S l'école Romaihë; je leur l^présetitâîs en tàin ii^'ùé, é^ii§ ttièr iittll dût ihfiriittiëtit àiix cohhàissàtibëâ t{k'H âVail acquiâeâ eh se pénétrant à Rdihe dés bëatitès dié TalliiqUité et de celles des bùvrisl^ës de Râtihàël, le Pmisifi avait Mt sëà prétHièl>ëà ëtddëâ ëh Frkiiëe; et déjS dès thivau^i dignes d'éldgë ; il n'Htàit arrive I Rbtttë qu'à 30 ans, âgé dails lequel; §'ils ile èbnt phs ëlàifëitient indiqués; m hoihnië ne dbtihë ^èi^ë \\%pàW ie talené distingtiéâ ; je résdluâ de feit-e de âioti tnl^i pbilr dëtrtîire utie dpitiidh atiàèi niai fdhdéë; j'éh ap^ [ier#â Tocëdâiioti diihs FinéëHjitidd îi (ilabël^àd-âëksôns du buste ; et je tHôiivai Uàtui^elleniënt diHg les 6ù#àges du Poussin et datià l'histoire dé l'iirt, doiit je ihe pet^iiadë qu'il tië Mt diài'quët' les dlfférëilteis pëi-ibdm; que d'api>ëâ le àtjflè dëâ ài>tisteâ qiii rohl ^ëHëbtionnë dans chàl^uë âgé, de quel ^eîtaplir ce dësir sôbâ tous ces rapporta ihtpôt-tâùs;

Raphaël et soii ébblë àyaht ed^elgilë ebbUiëht il faut tîlire Uèagë à-M \eh compositions [iitl6rësl]uë^, Ûk tobtëk lés richesse^ de l'dUiiiJiiitë, de U %ttiblo^ë éi de rhiètôiré; lé Pbïiàsiii bbèérVd tJU'U iiè MM filùfe qu'à les enrichir des idées sublimes de la morale et de la philosophie ; il y donna toute son attention ; on ne peut T^is ie rappeler les bùvràgés dé cet excellent miâitrè, àans être convaiUéU de bbttë vérité; è'étàil Uil {t^iâ de plus, et un pas bien intéressant à faire foire à l'wt

dé là peinture; c'est une époque très remarquable dabs son histoire, le Poussin Ta fixée ; c'est là qu'il aurait Tâllu ^rëndte Ife mot propre ëtVéHtableriieill caractéristique de son génie, et donner à son buste jpour \v[^^i\pû6nPicimphilosophù. Mon étônnetnént et inon chagrih ont été extrêmes quand je vis qu'on l'avait tout técëmméht employé en faveur de Mëngs ; ce peintre en ëtaitdi^ne à beaucoup d'égards, mais il était as^ sûrement bieiiloin d'y avoir des titres aussi bien établis que ceux du nôtre ; on a bien appelé le Poussin le peintre des gens d^ esprit 9 parce que de son temps le mot philosophe, par lequel de nos jours on veut dire autant et plus que par celui d'homme d'esprit, n'était pas en usage sous cette acception ; lui donner ce titre, c'aurait été le mettre au dessous de son voisin ; il fallut donc l'abandonner ; entre plusieurs inscriptions présentées à l'Académie de peinture, je crus devoir m'en tenir à celle-ci Pictori Gallo. Ce peu de mots sans aucun détail de qualités morales du Poussin, ni de son savoir profond dans son art, trop connus pour être rappelés, me parait satisfaire aux deux motifs qui me portèrent à l'érection du monument, pour vetiger l'oubli des deux nations que la naissance-, le séjour et les travaux du Poussin ont honorées ; et en même temps cette inscription très simple termine avec évidence et précision la question entre ces deux mêmes nations, dont l'une a la prétention et l'autre le droit de compter le Poussin parmi les maîtres de son école.

D'après la communication que M. d'Àngivillers avait

fait de ces observations à TÂcadémie de peinture de Paris, il écrivit de sa part et de la sienne en ces termes à M. Vien, directeur de TÂcadémie de France à Rome :

(( Le projet de M. d'Agincourt est véritablement patriotique» et en même tems qu'il fait honneur à celui qui Ta conçu » il tend à honorer un artiste français d'une manière trop éclatante pour ne pas avoir l'approbation et l'applaudissement de tous les Français qui aiment les arts et leur patrie, etc.

L'érection du monument fut annoncée dans VAnthobgie romaine, juillet 1782, tome IX, n® IV., avec des remarques sur la vie et l'excellence des ouvrages du Poussin, telles que delà part même des Romains^ elles justifient ce que mon intention était de constater, sur l'origine de ce grand maître et sur l'école à laquelle il appartient. Je ne sais où, ni dans quel tems, le même esprit dicta à Rome ces trois vers latins :

Picturam Ausoniis exquo deduxil ab oris Et Roma ereplas, tibi Gallia, tradidit artes Pussinius, nihil est Italis cur œmula telis lovideas.

Le Journal de Paris, du 10 septembre 1782, fit mention du monument dans une lettre écrite par un homme d'esprit, amateur des arts.

Vous savez. Monsieur, que d'après Bellori, on peut croire que le Poussin demeurait près du mont Pincio sur lequel est le monastère français et l'église de la

Trinité. Ce biographe ajoute que le Poussin dans ce lieu passegiando, quasi sempre . . tratteneva si con gli amici in curiosi e dotti discorsi. C'est là en effet quMiabitant aussi moi-même, j'aurais volontiers placé un second buste, si la crainte de le voir maltraiter à coups de pierres par des enfans mal disciplinés, comme il n'arrive que trop souvent ici, ne m'en eût empêché; une vue extérieure du site que vous connaissez. Monsieur^ vous le rappellera ; n'aurait-on pas pu y mettre sous le buste ces lignes :

Nicolas Poussin, peintre français.

De Fart chez les Français voilà le plus f^and maître, Romains, vous nous enviez Theur de Tavoir vu naître.

Mais, si du jour il nous dut la clarté, C*est à Rome qu*il doit son immortalité.

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