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L. David, par M^^ Recamier

Quelques arrangemens, Monsieur, m'ont donné la possibilité de m'occuper de mon portrait avec les conditions dont vous m'avez parlé. J'espère que vous ne mettrez pas en doute le prix que j'attacherai à un ouvrage fait par vous. Je serai à vos ordres pour la

séance; veuillez me faire savoir quand il vous conviendra de commencer, et gardez le secret sur ce dont nous sommes convenus. Recevez mes complimens empressés.

S. Regamier.

Au do s : à monsieur

David.

David regrelta, dit-on, de n'avoir point achevé ce portrait. A sa vente, en 1826, il fut acquis 6,180 fr. par M. Pérignon, non pour M*"" Recamier, comme Ta écrit M. Miette de Villars, mais pour le ministère de la maison du Roi, c'est-à-dire pour le Louvre, qui par convenance ne Ta exposé qu'après 1848.

J'avais cru d'abord que le billet suivant où David en 1805 remercie l'architecte du Louvre de la latitude que celui-ci lui a laissée pour quitter ce palais, ne pouvait faire allusion qu'à la longue exposition du tableau des Sabines dans la salle du Louvre, aujourd'hui consacrée aux pastels. On sait en effet que l'exhibition de David, commencée au mois de nivôse de l'an VIII, et qui lui rapporta 65,627 fr., après avoir donné naissance à un vaudeville des citoyens Jouy, Lonchamp et Dieulafoy, dura plus de cinq ans, ce qui s'accorde parfaitement avec la date de prairial an XIII. Cependant, comme ce fut vers le même temps que David, suivant la règle générale qui relirait aux artistes, pour les besoins du musée national, les logements qu'ils occupaient au Louvre, dut en sortir lui-môme (voir mon introduction aux brevets de loge" ments nom la grande galerie du Louvre^ p. 193 et suiv.), on pourrait penser aussi bien qu'il ne s'agit que d'un déménagement. Notre première hypothèse est cependant plus naturelle, et la mention du tableau de M. Apparicio, pensionnaire du roi d'Espagne et élève de David, se trouvant en dépôt chez Lui, dans U lieu d'exposition des Sabines, le confirme presque nettement.

David souhaite bien le Bonjour à monsieur Bernier,

et lui représente qu'il a oublié de lui parler d'un tableau de M. Âpparicio Espagnol qui est dans le lieu de l'exposition du tableau des Sabines et qui représente Âthalie et le jeune Joas. il lui appartient, il m'avoit prié de le mettre en dépôt ebez moi. ainsi quand il se présentera pour le reprendre, vous pourrez le lui rendre comme lui appartenant.

Vous voyés que je vous ai tenu parole ; j'ç^i quitté le louvre avant l'époque même que je vous avais fixée. Je ne devois pas abuser de la délicatesse que vous avez mise dans vos procédés avec moi, et c'est ce que j'ai fait. Recevés les témoignages de ma reconnoissancc.

David.

mes amitiés a nos amis Fontaine et Percier.

Ce 2 prairial an XHI.

a Monsieur ^ Monsieur Bernier

architecte du Louvre.

Paris.

L'histoire des qualre tableaux commandés par Tempereur à son premier peintre à Toccasion des cérémonies de son sacre, et dont les deux seuls exécutés, le Couronnement eilsi Distribution des aigles^ figurent aujourd'hui au musée de Versailles, l'histoire particulièrement de l'admirable chef-d'œuvre du Couronnement, et de la visite dont l'empereur à ce propos honora l'atelier de David, a été racontée assez au long dans toutes les notices sur la vie et les ouvrages de David (lisez notamment celle anonyme publiée de son vivant, en 1821, chez Dondey-Dupré, qui a tant servi à toutes celles qui l'ont suivie). Les cinq pièces que nous donnons ici ne relèvent point le

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caractère de David du côté du désintéressement, mais ne seron t point inutiles sans doute pour bien rappeler par quelles immensCg rémunérations Tempereur dora la vie du grand peintre son courtisan, ci-devant courtisan de Marat.

Paris ce 15 avril 1806.

Monsieur

La crainte d'abuser de vos momens précieux m'a fait jusqu'à présent différer la demande d'un modèle de proposition pour la somme des cinq mille francs que je dois toucher par mois afin subvenir aux frais immenses indispensables pour l'exécution des grands tableaux dont m'a chargé Sa Majesté l'Empereur.

Je sens tout le prix, Monsieur, d'un pareil acte de complaisance qui me confirme dans l'opinion cette vérité bien reconnue, que les hommes de mérite sont toujours les meilleurs et les plus complaisants.

Daignez, monsieur, vous en souvenir dans un moment de loisir, je vous en aurai la plus grande obligation, ne mesurés pas tous les hommes sur vous, je suis bien loin de parler finances comme vous parlés arts

Je suis avec la plus haute considération monsieur votre très humble et très obéissant serviteur.

David

1®»^ Peintre de Sa Majesté l'Empereur rue de Seine n» 10.

p. s. J'aurai fini cette semaine le portrait de rEm-* pereur pour la ville de Gènes. J'aurai llioDneur aussitôt de me transporter chez H'ilntendant général pour lui demander ses ordres à ce sujet. Déjà et depuis longtems les portraits du pape sont achevés.

Etat pour servir au payement des cinq mille francs accordés par Sa Majesté l'empereur et roi pour les tableaux du sacre et de la suite des cérémonies du couronnement exécutés par M. David son premier peintre.

Mois de juin mil huit cent six cinq mille francs cy

Mois de juillet id. id.

Mois d'août id. id.

Mois de septembre id. id.

Mois d*oclobre id. id.

Mois de novembre id. id.

Mois de décembre id. id.

Total trente cinq mille francs cy

Je certifie le présent état véritable s'élevant à la somme de trente cinq mille francs dont je prie monsieur l'intendant gênera! de délivrer l'ordonnance en

mon nom.

David.

Ce 15 septembre 1807.

Vu, Ordonné et approuvé le présent Etat à la somme de Trente cinq mille francs pour l'exécution des Ta-

bleaiix du Couronnement pendant les sept derniers mois de Tan i 806. A prendre surle fonds de 60,000 fr. que le budget de Tan 1806 met à notre disposition. Berlin le 8 octobre mil huit cent sept.

l'Intendant gênerai de la maison de l'Empereur»

Daru.

Vu le Budget arrêté par Sa Majesté le 12 mars 1806 qui met à notre disposition un fonds de 60,000 fr. pour l'exécution de quatre tableaux du Couronnement de Sa Majesté sur lequel fonds il a déjà été ordonnancé la somme de 25,000 fr. Ainsi il reste disponible 35,000 fr.

Vu le présent Etat arrêté par M' David premier peintre de Sa Majesté et approuvé par nous à la somme de trente cinq mille francs qui est due à M. David pour l'exécution de quatre tableaux du Couronnement, pendant les sept derniers mois 1806.

Le Trésorier Général de la couronne fera payer à M^ David ladite somme de Trente cinq mille francs, conformément au présent Etat.

Berlin le 8 octobre mil huit cent sept.

L'Intendant Général de la Maison de l'Empereur,

Daru.

A Monsieur Vintendant général de la maison de

r Empereur j etc.

David l^^ Peintre de Sa Majesté.

Monsieur Tin tendant général

Présumant que le moyen le plus efficace de faire lever l'obstacle qui s'opposoit à mon payement, étoil de m'adresser directement à Sa Majesté, j'ai pris la liberté de lui présenter la pétition dont je vous joins ici copie : l'Empereur a daigné m'acceuillir avec bonté, lire ma pétition, et me promettre une prompte justice. Je ne doute même pas que déjà S. M. n'ait autorisé le payement de l'arriéré des cinq mille francs par mois qui m'avoit été précédemment accordé, et dont les fonds ont été régulièrement faits pour les années 1806, 1807, et même 1808.

J'ai fait connoitre à Sa Majeslé le prix auquel je vous avois proposé de porter chacun des quatre tableaux, ce prix lui a paru raisonnable, et modéré; j'ignore si l'Empereur en a adopté la fixation définitive, maïs cette fixation étant indépendante de moi et de ma volonté, ce ne pourroitêtre un motif de suspendre plus longtems un payement qui m'est bien légitimement acquis par ce que j'ai déjà fait.

Je me flate donc, monsieur l'intendant gênerai, que vous ordonnancerés le payement des sept derniers*

mois de 1806, Tannée entière de 1807, et successivement de mois en mois.

J'ai l'honneur d'être avec respect Monsieur l'intendant général Votre très humble et très obéissant serviteur

DAvm.

Paris, ce 25 février 1808.

Copie de la pétition remise à Sa Majesté l'Empereur.

Sire

Depuis que Votre Majesté m'a fait l'honneur de me choisir pour peindre les cérémonies de son couronnement, j'ai eu l'intention de consacrer entièrement mou pinceau au service de Votre Majesté, et de rendre ma famille heureuse par le produit de mon travail.

Votre Majesté, Sire, avoit tout fait pour réahser cet espoir de bonheur : Elle avoit ordonné qu'il meseroit payé une somme de cinq mille francs par mois. J'étois loin de prévoir que M. l'intendant général de votre maison mettroit des obstacles à l'exécution de vos ordres. Au mois de mai 1806, il a suspendu les payements sur le prétexte que je n'avois point fixé le prix de chacun de mes tableaux. J'avois cru que l'intention de votre majesté eloit que la somme de cinq mille francs par mois, représentât non seulement le payement de mes tableaux, mais encore mes honoraires de premier Peintre. Forcé par M. l'intendant gênerai à

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mettre un prix particulier à mes ouvrages, j'ai évalué chacun des quatre tableaux à cent mille francs^ somme proportionnellement fort inférieure suivant Topinion de M^ l'intendant lui même, à celles que Ton paye, tous les jours, aux divers artistes qui travaillent pour le service de Votre Majesté.

Monsieur Tlntendant élève des difficultés nouvelles ; il prétend n'avoir point d'ordres quoique Votre Majesté ail fait porter le payement de mes ouvrages pour soixante mille francs par an, dans les budgets de 1806, de 1807 et de 1808.

Je supplie Votre Majesté de donner des ordres positifs, à l'effet que je n'essuyé pas de plus longs retards, et que je puisse me livrer, sans reserve, a des travaux qui en offrant votre image au peuple français lui donnent une occasion nouvelle de manifester l'admiration et l'enthousiasme que vous lui inspirés.

Je suis avec le plus profond respect Sire de Votre Majesté impériale et Royale le très etc.

Ce mercredi 24 février 1808.

Finissons par le Léonidas ; aussi bien est-ce le dernier tableau que David ait exécuté en France. La peinture n'a plus ici la môme légèreté de main ni la même fraîcheur de pinceau que dans les Sabincs ; mais la force et la noblesse de la conception ont survécu. Dans les autres écoles où Texéculion est partie principale de Fart, la jeunesse est une part du génie; il n'y a que TEcole française, dont le caractère est Taustérité et Télévation de la pensée, où les peintres grandissent en vieillissant : Poussin, David et M. Ingres.

A Monsieur le marquis de Bruslard , au château de Daigny, à Sedan (Ardennes).

Paris, ce 21 novembre 1814

Mon cher marquis, mon cher élève,

Des marques d'attention de votre part ne me sur^ prennent pas, vous êtes d'une délicatesse extrême ; vous déviés être étonné que je n'y aie pas répondu aussitôt , je serois vraiment digne de reproches si la paresse à écrire y entroit pour quelque chose. Mon motif éloit que je voulois, avant de répondre à votre charmante lettre , être bien assuré de l'opinion pubUque sur mon nouveau tableau, elle se manifeste sur tous les points, et je puis, sans amour propre, vous répéter ce qui est dans toutes les bouches , que cest mon meilleur ouvrage.

Partagés, mon cher marquis , la portion de gloire qui vous en revient, c'est vous qui m'avez pressé de ne pas entièrement abandonner ce tableau, de m'y remettre à la première occasion, donc vous apperceviés mieux que moi à cette époque-là, ce qu'il pouvait devenir. Il y en a encore deux autres qui partagent avec vous la part que vous avez justement méritée ; c'est M. Lemercier, l'auteur d'Agamemnon etc., mon élève aussi, et puis un sculpteur, M. Expercieux. Ils jouissent, ainsi que vous, de mon triomphe; ah ! mon cher Monsieur Bruslard, l'intérêt que vous y avés pris ne me sortira jamais de la tête, et quand, avec quelques an-

nées de plus , je raconterai à mes élèves lliistoire de mes tableaux et de leurs différentes circonstances, celleci ne sera pas oubliée et votre nom sera répété. Il y a encore une chère dame qui pourrait bien revendiquer sa part , c'est Madame de Lascour ; elle a aussi, avec le talent, le sentiment de Tart, deux choses qui ne vont pas toujours ensemble, il ne seroit pas difBcile d'en donner des preuves , il suffit, vous m'entendez. Et vous, enfin, quand nous ferez vous voir quelque chose du vôtre, que risqués vous, vous êtes amateur, vous avés du talent, peignés, morbleu , produises , produises toujours , il y aura du bon , il y aura le sentiment de Tart, c'est beaucoup, et il se trouvent toujours des personnes qui savent le reconnaître. Il faudroit que vous eussiés été un peu forcé d'en faire ressource, nous aurions actuellement quelque bonne chose de vous ; mais sans ce moyen , vous êtes raisonnable , vous me surprendrés quelques jours.

Présentés , je vous prie, mes respects à vos chers parens, dites leur combien je vous ai toujours aimé et que c'est un sentiment que je garderai tant que je vivrai.

Adieu, mon cher marquis, portés vous bien et pei« gnés beaucoup. Votre éternellement dévoué,

Davu).

Je ne relis pas ma lettre, ma main aura pu se tromper, mais jamais mon cœur.

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