‹ Archives de la BastilleChapitre 44 sur 98 · M. DOLU A COLBERT · texte numérisé non relu

M. DOLU A COLBERT

A Bordeani, ce S Juin 1M3.

Monsieur, puisque je ne puis ignorer que notre monarque vous a commis le soin de l'informer particulièrement de ce qui peut concerner le bien de son service, j'ai cru que je devais prendre la liberté de m'adresser directement à vous, pour vous instruire d'un avis que vous jugerez peut-être nécessaire de communiquer à S. H. La bonté que vous avez eue, Monsieur, de m'accorder, par l'ordre souverain, la griLce d'une conversation assez longue, un peu devant Noël, touchant quelques affaires qui s'étaient passées à Belle-Isie, dans le temps de la détention de M. Foucquct, m'ayant donné lieu de vous informer aussi de ce qui s'était passé dans l'Ile de la Martinique, sur le fait d'une habitation que le sieur Foucquet avait commencé d'y établir, sans les ordres du Roi, dans la pensée qu'il avait de faire l'acquisition particulière de cette lie; je vous rendis compte pour lors de l'exécution de quelques ordres que S. M. avait jugé nécessaire d'envoyer sur les lieux, et dont elle avait eu la bonté de me confier le soin. Mon absence de Paris, et le voyage que j'ai été obligé de faire en cette ville à la poursuite d'un procès que j'ai dans ce parlement, qui m'est-de la dernière conséquence, m'a Até le moyen. Monsieur, de pouvoir moi-même vous informer de l'événement de cette affaire; néanmoins, ayant fait rencontre ici du sieur Bouin, qui s'en retournait à Paria vous rendre compte d'une commission que vous lui aviez donnée en Guyenne, je l'ai prié de vous donner avis, de ma part, que j'avais reçu quelques procédures qui avaient été faites sur les lieux, en exécution des ordres que j'y avais envoyés de la part de S. M-, et mSme il avait pris le nom et la demeure d'un nommé d'Aigremont, ingénieur du Roi, à qui j'avais commis le soin de ces papiers, & cause de mon éloignement, pour agir suivant les ordres que je lui prescrivais. Je ne sais, Monsieur, si ledit sieur Bouin s'est acquitté

de la prière que je lui arais faite, mais comme il est à Paris à présent, TOUS pouvez TOUS faire instruire du contenu dans ces procédures, et peut-être ; tronverez-Toas quelque chose qui peut regarder les intérêts de S. M. J'en ai écrit audit d'Aigrcmont, et lui ai donné chaire de voir le sieur Bouin, afin que, suivant vos ordres, il communique les papiers qui m'oat été adressés. Depuis ce temps, Monsieur, j'ai reçu par le dernier ordinaire de Paris une lettre qui m'est écrite de la Martinique, par la personne que le Roi avait commise, par ses ordres, pour la conduite de l'babitation du sieur Foucquet; et parce que cette lettre contient un avis que je crois nécessaire pour le service de S. M., je suis persuadé que vous n'aurez pas désagréable que je vous en informe, et qu'il est assez de conséquence pour n'être pas négligé. Je vous envoie donc. Monsieur, ci-inclos la lettre originale de cet officier de la Martinique, qui vous apprendra le détail de l'avis que l'on me donne, et, s'il m'était permis d'j ajouter mon raisonnement particulier, j'oserais TOUS dire que je crois que le vaisseau est le même qui s'est échappé de Belle-lslc, que l'on aura peut-ëtre déguisé, et qu'il n'est pas hors d'apparence que le nommé Jamier, par l'ordre duquel et de la dame de Beaujeu la charge du vaisseau fut faite & Belle-Isle, après l'arrêt de la personne du sieur Foucquet à Nantes, soit dans l'équipage de ce navire, qui est à présent en l'Ile de la Martinique; et ce qui me confirme ce soupçon, c'est que le fils de cette dame de Beaujeu, qui commandait sous le sieur Foucquet dans cette hahitatioD de la Martinique, appelée les Trois-Rivières, a méprisé les ordres du Roi, et s'est retiré avec tout le butin principal de cette habitation dans une Ile proche de Saint-Christophe, ob peutêtre il attendrie vaisseau pour faire retraite en quelque lieu de sûreté. La facilité que vous pouTez avoir, Monsieur, d'être instruit de Benjamin DuTal, du Hâvre-dc-GrAce, du contenu dans cette lettre, vous doit sans doute exciter d'en tirer l'éclaircissement, et j'ajouterai encore à cet avis deux autres qui pourront peut-être vous faciliter quelque connaissance plus particulière du premier, c'est que j'ai été informé en ces quartiers qu'un capitaine, nommé Mayeux, de Rayonne, qui commandait un des vaisseaux du sieur Foucquet, à Belle-Isle, quand S. M. y envoya de Nantes ses ordres et un gouverneur, et dans lequel on eut pour lors avis qu'on avait sauvé tout le précieux de la citadelle, est présentement & Paris, et que vous pouvez en avoir des nouvelles de H. Matharel, de l'hfttel

deVendAme; le capitune de mariae, ayant depuis servi près de H. defieanfort, dans l'armée navale, il peut sans doute voas donner des lumières trës-Téritables de ce qui s'est passé à Belle-lsle.

Je sois encore instruit, Monsieur, par une personne digne de créance, qu'il y a deux personnes, proche d'ici, qui ont toutes les connaissances de plusieurs particularités des afTaires du sieur Foucquet, ayant négocié pour lui pendant plus de deux ans toutes les chaînes et déchaînes de marchandises et denrées que le sieur Foucquet a fait faire en ces quartiers, qui sont en grand nombre, ayant Tait plusieurs voyages à BelIe-Isle; el même depuis la détention du sieur Foucquet, l'un d'iceux a enlevé quelques deniers de cette province et a fait quelques voyages à Belle-lsle et à Limoges, dans le temps que madame Foucquet y a fait son séjour. Leurs noms sont : Lacave, qui a acquis une maison depuis peu, et s'est marié proche Contras, qui a été officier à filaye, et Delage, qui demeure à présent chez un sien frère, nommé Lavergne, à Pre- ▼oUe, dans le Bourget. J'estime, Monsieur, que ces deux personnes s'expliqueront mieux à Paris que sur les lieux, et qu'il serait nécessaire de leur envoyer un ordre pour cela; l'on ne croit pas qu'ils osent y contrevenir, et pour lors l'on vous informera plus amplement de tontes leurs négociations, et vous trouverez que sous l'autorité de M. Foucquet, dans ce temps, ils ont impunément chargé toutes sortes de marchandises de contrebande. M. Lejay, intendant de cette province, sur vos ordres, pourra être informé de ce détail. C'est à vous. Monsieur, que j'ai cru que je devais m'adresser pour vous informer de lout cela, et c'est de vous que j'attends les ordres que vous désirerez prescrire, n'ayant point d'autre dessein que celui de donner à mon prince des marques de mon zèle, et à vous du profond respect, etc. (B. l.)

H, LAPAVBB i H. DOLU.

A Ift Hutinlqae, ce u min lees.

Monsieur, je me suis donné l'honneur de vous écrire ces jours passés, par la voie des révérends pères Jacobins, par laquelle je vous donnais avis qu'il était arrivé en cette Ile un navire nommé l'Aigle noir, du port de 400 tonneaux, armé de 36 pièces de canon et de 120 hommes d'équipage, commandé par le capitaine Laurent David, natif d'Ort, en Hollande, mais pour avoir la commis-

81011 il s'est dit de Calais, et comme j'avais plusieurs avis que ce navire appartenait k M. Foucquet, par ses geus mêmes et plusieurs de ses ofQciers, j'ai demandé communication de sa commission et de ses affréteurs; ce que j'ai va, qui me fait voir que tout cet armement est fait par an nommé M. Benjamin Duval, officier de l'amirauté du Hâvre-de-Grflce, qui n'a pas pu faire la dépense de 90,000 livres, k quoi a monté cet armement, ce qui fait voir qu'il D'y a seulement que son nom de prêté, et de plus, ces prenoiers officiers m'ont dit que, s'ils étaient forcés par serment en justice, ils diraient bien des choses qu'ils ne peuvent pas dire en discours familier. La chose vaut bien la peine d'y penser, car j'ai été encore certifié dcpuiîi hier qu'il y a dedans plus de dix millions de bien; la quantité fait peur, mais l'apparence est véritable. (B. I.)

M. DB LA GUETTE A COLBEâT.

A Toulon, le 16 juin 1663.

Je mande & M. de Louvois la conduite extérieure que lient ici H. l'abbé Foucquet, suivant l'ordre qu'il m'en a donné. (A. H.)

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