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Archives de la Bastille

Nous avons peu de choses à dire sur ce volume; il contient des affaires très-simples et que l'on comprend à première vue. Quelques courtes explications suffiront.

Le volume précédent était rempli par la procédure instruite contre le surintendant des finances et ses complices ; nous donnons, au commencement de celui-ci, des pièces renfermant des détails, nouveaux peut-être, sur les derniers actes de la Chambre de justice, sur le séjour de Foucquet à Pignerol et sur le second emprisonnement de Lauzun. Quant à la correspondance où H. de Saint-Mars rend compte à l'administration de la conduite des deux prisonniers confiés à sa garde, la célébrité attachée h leurs personnes fera peut-être trouver quelque intérêt dans les renseignements qu'elle nous fournit. La série de ces pièces finit & ta mort de Foucquet et à la mise en liberté du mari Mademoiselle. Nous avons déjà et assez longuement donné l'exposition de cette grande affaire; cela était utile pour faire voir l'état des esprits à cette époque et l'impression produite par les mesures de la Chambre; mais aussi ce travail nous dispense de noua étendre davantage sur ce procès. Disons seulement que

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nous avons dû laisser de côté une masse de documents aussi considérable eu moins que celle que nous venons de publier. Ils nous ont paru d'un intérêt moindre; la nécessité de renfermer notre travail dans des limites raisonnables, et la crainte de fatiguer le lecteur, nous ont engagé h faire ce sacrifice.

Les affaires qui remplissent le surplus du volume sont loin d'avoir eu le mfime retentissement que l'affaire de Foucquet, et 'nous les avons fort abrégées. Cependant la publication de ces pièces ne sera peut-être pas tout à fait inutile pour éclairer plusieurs points restés obscurs ou ignorés dans les habitudes de la vie au dix-septième siècle ; elles serviront à Taire comprendre certains détails que les historiens ont laissés dans l'ombre, parce qu'ils étaient contraints de résumer en quelques pages l'histoire de tout un siècle. Au reste, la lecture de ces affaires est moins monotone que l'exposition unique d'un procès, si fameux qu'il ait été, et le spectacle est plus varié pour le lecteur. Ainsi, d'abord on assistera à la résistance opposée par les habitants de Calais aux exactions du gouverneur, et on verra le ministère donner satisfaction aux intérêts compromis, tout en emprisonnant les députés venus à la cour pour réclamer. Ce sont ensuite des officiers punis pour avoir refusé de recevoir en naturw le pain de munition des soldats. Cette fourniture, remise jusqu'alors à leurs soins, procurait aux cbe& de corps des profits considérables aux dépens de la troupe : on aura ainsi la preuve que cette idée de Louvoi;^, si heureuse et si universellement adoptée depuis, ne fut pas reçue irans résistance. Plus loin, on remarquera un reste de l'esprit d'indiscipline ordinaire dans l'ancienne armée : un simple capitaine est mis à la Bastille pour s'être révolté contre tin officier général, le gouverneur de Pignero!.

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Nous dunnons plusieurs pièces sur un malheureux halluciné, Morin, qui prétendait âtre l'incaruation du Christ, et que sa femme était l'incarnation de la Vierge. La lecture de ces documents rectiûera quelques erreurs de détail commises par plusieurs historiens qui, en attribuant à ce personnage une importance qu'il De méritait pas, nous ont obligé h donner plus de développement à cette affaire que nous n'eussions fait sans cela.

Nous n'avons pas cru devoir passer sous silence des fils de famille et des gazetiers enfermés par mesure de police, un conseiller de Dijon qui triche au jeu, un magistrat de Metz qui s'empare d'un chftteau oîi il est militairement assiégé par un autre propriétaire réel ou supposé : ces révélations de mœurs nous ont paru bonnes h signaler. Quelques documents d'un intérêt plus élevé sur àes individus soupçonnés de vouloir attenter à la vie de Louis XIV, et la correspondance échangée à ce sujet entre les cours de France et d'E:pagne, nous ont semblé dignes de trouver place dans ce recueil. Quant aux affaires de ■ religion, nous n'avons h signaler que celle de pauvres libraires rais à la BasUlle pour des publications jansénistes.

Ia fureur des duels était h son comble dans les premières années du régne de Louis XIV ; on a dû lui réserver une place dans ce recueil. L'affaire de MM. de La Frette, de Flamarens et de Termes, acteurs dans plusieurs duels qui firent grand bruit alors, éclaire d'un jour nouveau l'histoire morale de la noblesse à cette époque. Celle de MM. de Crussol et de Sault, qui se disputent la main de mademoiselle de Montausier, nous a semblé assez curieuse. L'assassinat de M. de Vigean, commis en plein jour par des gentilshommes du Poitou, montre quelles étaient encore les habitudes sanguinaires des hautes classes k cette

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époque. En même temps c'est un baron, seigneur de province, qui, après avoir fait fustiger deyant lui le porteur de contraintes chargé de lever l'impdt sur ses vassaux, fait condamner et exécuter à mort des soldats qui avaient prêté main-forte aux agents de la ferme. Quant à la bourgeoisie, ses mœurs étaient plus douces; nous voyons les angoisses résignées des rentiers parisiens iiu sujet d'un remboursement forcé : cependant, comme on était au milieu du procès de Foucquet, l'administration craignit une émeute et finit par transiger. Puis c'est un pauvre fou qui jette des pierres k la statue de Louis XUI; un autre insensé qui menace et injurie Louis XJV et Charles II, et enfin une troupe de faussaires enfermés pour avoir falsifié des arrêts du Conseil et des lettres de noblesse.

De ces affaires intérieures nous arrivons aux relations avec les étrangers; c'est d'abord le duc de Savoie qui fait donner un avertissement h la Gazette de France et l'oblige à rétractation, pour avoir annoncé qu'un exilé savoislen avait été bien accueilli à la cour de France; en même temps l'ambassiideuf du duc fait mettre à la Bastille un insolent qui, malgré les privilèges diplomatiques, avait osé assigner Son Excellence devant le Parlement. Il ne sort de prison que pour demander pardon à l'ambassadeur offensé.

Quelque temps après, c'est un commis des affaires étrangères qui est pendu pour avoir livré aux ambassadeurs les dépêches de M. de Lionne. Puis c'est un agent suédois renvoyé de Paris pour avoir donné à jouer chez lui, malgré les défenses du Roi. Nous signalons à l'attention du lecteur l'histoire d'Ulfcld, beaufrère du roi de Danemark, poursuivi comme auteur de conspiration. Ces pièces, qui donnent quelques renijeignemenls nou-

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veaux sur ]es affaires du Nord, ne paraîtront pas entièrement dénuées d'intérêt; elles se rattachent d'ailleurs & l'histoire de France. On y voit la punition infligée à un académicien français, Sorbière, coupable d'avoir montré trop de pitié pour les malheurs d'Ulfeld , et qui avait joint à cette faute celie, plus grande, de railler l'Angleterre et ses ministres. Enfin, et ce n'est peut-être pas l'aflaire la moins curieuse, l'ambassadeur Hollis fait enfermer un orfèvre français qui avait acheté une partie des joyaui de la couronne d'Angleterre à la mort de Charles I" ; la résistance des acquéreurs de tous les rangs à restituer ce qu'ils avaient eu à bon compte, nous montre que les mœurs des amateurs étaient dès lors ce qu'elles sont encore aujourd'hui, et nous nous trompons fort si la correspondance de l'ambassadeur ne fait voir que le caractère anglais n'a pas subi de profondes modifications.

D'après ce rapide aperçu, le lecteur est en état déjuger si notre troisième volume mérite quelque attention, et si le soin que nous avons apporté & collectionner ces matériaui peut dous donner des droits à son indulgence; il ne reste plus qu'à l'avertir que les dates mises en tète du volume indiquent l'année dans laquelle les affaires ont commencé, soit qu'elles aient duré plusieurs années, soit qu'elles aient été terminées en quelques semaines. Nous donnons cet éclaircissement pour satisfaire h des critiques, très-bienveillantes d'ailleurs, où l'on a signalé ce point comme obscur.

Nous donnerons dans le quatrième volume les documents relatifs à l'affaire de madame de Brîavilliers et à celle de la Chambre ardente.

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