UORIN ET SA FEMME, ETC
lesles. Vous «ivet le contraire, et qae je vous ai répété deux ou trois fois que je ne croyais pas qu'on me permit de tous en rien dire, pour ce que je ne le croyais pas nécessaire.
Puis il ajoute : Ma femme même n'y consent point; car, depuis )es Petites-Maisons, je n'écris et ne. produis rien que je ne lui eu donne avis et n'en lire son aveu, noD-seuIemcnt comme m'étant aide en l'œuvre présente de Dieu, mais pour ce aussi que le temps prédit du Fils aux noces de Cana est venu , savoir : qu'il aurait égard h ce que lui dirait sa mère , et non pour lors.
Par ces dernières paroles, Morin veut dire qu'il est Jésus-Christ, et que sa femme est la mère de Jésus-Christ incorporée en elle, et que Christ accomplit en lui ce qu'il avait dit, qu'il viendrait l'heure qu'il ferait ce que sa mère lui ordonnerait.
Avant que Morin m'eût déclaré cette soumission qu'il rendait à sa femme, laquelle [lui se disant Christ) il appelle sa mère , la Malherbe m'avait découvert el avoué que , depuis plusieurs jours, la femme de Horin était tourmentée nuit et jour par l'esprit qui est en elle, qui ne cessait de lui dire : N'aie point de commerce avec cet homme-là; did à ton mari qu'il rompe tout commerce avec lui, qu'il ne lui parle plus, qu'il ne lui écrive plus; cet homme vous fera périr; que ton mari n'aille plus chez lui, et qu'il ne vienne plus chez toi. Mais Morin résista toujours à ce que disait sa femme contre moi et pour me quitter. Elle lui disait rnSme, en présence de la Malherbe, qu'elle était tourmentée de l'argent qu'ils avaient reçu de moi en trois diverses fois, et iiu'elle voulait que son mari me le rapportai en mêmes espèces ; et la Malherbe leur disait : Gomment, vous êtes gueux, et pourquoi parlez-vous de lui renvoyer cet argent? La Malherbe m'avait rapporté conQdemment tout cela , disant que Dieu voulait que nous eussions ensemble alliance, elle et moi, et qu'elle me dit tout ce qu'elle saurait pour moi. Elle me disait vrai en cela; maisd'aulre chose, je ne la croyais pas, et j'en fus assuré par une lettre expresse- qu'il m'écrivit le 10* de février, comme en réponse de la mienne du même jour, OBtre ce qu'il m'avait écrit à la Sa de son Bouclier de la foi, y ayant apparence qu'après l'avoir porté chez mademoiselle de la Chapelle pour me le donner, sa femme, à son retour chez lui, étant tourmentée de plus en plus par son esprit sur mon sujet, le tourmenta encore tellement que, pour lui adhérer et lui
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arc MOR]N ET S\ FEMME, KTC.
complaire en partie , mais dod encore en tout, il m'jêcrint celte
lettre :
Ce 10 t£fnw icei. Il me semble, ami, vous sToir déjà assez fait connaître que je ne désirais tous engager à quoi que ce soit qui regarde mes affaires, soit au regard du Roi, soit au regard des ecclésiastiques, altrndu même que je vous ai témoigné qu'à cet égard je me reposais de tout sur Dieu et sur sa justice , au temps que le Père seul connaît, et que je n'avais à tirer ma gloire d'aucun homme. Partant, tous Cles dispensé de toute sollicitude à mon sujet, Toire mCniede lout don et charilé pour ma famille, non-seulement pour ce que tous avez des enfanls auxquels vous êtes obligé de droit naturel, outre le chrétien, mais pour ce aussi que la charité de Dieu ne se faiteo vue d'aucun engagement à ceci ou cela, ainsi que j'ai \u deux on trois fois par les vôtres , que vous promettez votre charité après que je vous aurai fait réponse ou donné ce qui est de Dieu. Pour cela, ami, je vous prie que dorénavant vos douces chantés soient pour vous, ou pour autre qu'il vous plaira. Cela n'empSchera pas que, quand Dieu me donnera quelque chose pour vous, je ne vous en fasse trës-Hdële part, et Dieu sait que je dis la vérité; si même je ne croyais que vous estimeriez quelque dédain vers vous de vous renvoyer vos dons passés, je le ferais en union de ma femme, qui y consent, et qui même vous les a voulii renvoyer et m'obliger à vous les rapporter, jusque-là qu'elle m'a dit qu'elle se départirait d'avec moi si je ne le faisais et si je vous écrivais davantage,mais elle s'est un peu modérée , lui ayant dit que je le gardais en votre faveur, pour représenter à Dieu votre fidélité touchant vos trois états passés, au dernier desquels vous fites : le premier dou, en témoignage de voire bonne nature; le second , de votre fidéliti en la loi écrite , et le troisième, de votre bon mouvement en la loi de grâce; mais quant au quatrième, qui regarde la gloire de Dieu, jusqu'ici je ne vous en ai point vu capable, attendu qu'il part d'une action pure de Dieu en l'homme, à quoi je doute fort que vous arriviez (si y devez avenir} , qu'après avoir passé de ce monde en l'autre et y avoir été [luriBé, au jugement de Dieu, de ce qu'il y a en vous de l'homme , connaissant péché et en puissance de péché, pour être fait comme un petit enfant et rendu apte des choses de la gloire, dont je n'ai rien h vous dire pour cause de votre iodisposilicn.
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MOItlN KT SA FEMME, ETC. 277
Après qu'il eut écrit et fermé cette lettre, croyant, comme il y est écrit, avoir apaisé sa femme sur mon sujet , et qu'elle eut consenti qu'il gardAl l'argent que je lui avais donné , elle se trouva de nouveau tourmentée par le mauvais esprit qui est en elle, et elle recommença à tourmenter son mari de telle sorte , pour rompre entièrement avec moi et me renvoyer l'argent , qu'il fut contraint d'ajouter, outre sa lettre fermée, le billet qui suit, et de le fermer dans UQ paquet avec l'argent que je lui avais donné, en mêmes espèces, montant à 28 livres 8 s.; et il vint me rapporter Iui-m6me le tout dans le paquet cacheté ; mais, ne me trouvant pas au logis, il donna le paquet à mon frère. Le billet est ainsi :
Depuis la fermeture de la présente, ma femme a voulu qu'absolument vos charités vous fussent rendues, et que je vous mandasse que vous n'aviez que faire chez nous davantage, ni d'y envoyer, et que, hors les occasions que la Providence susciterait, je n'avais point k vous voir ni vous aller chercher davantage. Cela n'empêche point, ami, que je ne vous regarde toujours pour mon frère selon la chair, et que je ne vous honore comme tel.
Depuis que j'ai reçu ce paquet, par lequel je vis que Dieu me vou lait soulager d'un commerce si contraire à mes sentiments, et que j'avais suffisamment de quoi les convaincre et les abattre par la justice du Roi, je ne laissai pas d'aller chez mademoiselle de la Chapelle pour lui témoigner que je souffrais ce refroidissement et celte rupture de M. Morin en esprit de simplicité, comme étant de la volonté de Dieu, duquel j'attendais les ordres avec patience. Elle me pria de ne laisser pas de la voir chez elle, et m'assura que j'y serais toujours le bien-venu. La Malherbe me vint voir un jour après, peut-être étant envoyée par Morin pour voir si, sur celle rupture, je ne m'emporterais point contre eux, et si je ne témoignerais point par quelque parole que j'eusse dessein de les accuser. Mais je témoignai une grande indifférence et patience à tout ce qui m'arrivait^ comme étant ordonné de Dieu. Sur cela elle me dit qu'il y avait longtemps que son démon lui avait dit: Mûrie, t<iis-toi; Morin et Desmare ts ne seront pas longtemps unis ensemble, et Dieu veut que tu succèdes en la place de Morin et que tu sois unie pour toujours A Desmarets, pour faire ce que Dieu veut de vous, car il faut que son ceuvre soit accomplie. Elle me dit aussi qu'il y avait eu
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ils HORIN ET SA FEMME, ETC.
de graodes actions de grâces et de réjouissance entre madame Morin et son esprit, de ce qu'elle avait eu la force et le courage de ce que son mari rompit avec moi et me renvoyât l'argent. Ce qui a été entre eux une grande victoire, et un graod triomphe sur l'intërei humain, malgré leur nécessilé.
La Malherbe, quoique apparemment liée avec eux de tout temps, ne laisse pas de me découvrir ainsi plusieurs choses, et elle m'a^ sure qu'elle me dira tout ce qu'elle saura. Dieu voulant que le règne des démons se détruise les uns par les autres, eu les divisant et faisant que les uns sentent le mal qui doit arriver à leurs supports, et aveuglant les autres ou les faisant taire, et tout règne divisé sera détruit.
Outre [ouïes ces convictions par ses écrits et par ses lettres toi^ chant sa damnable doctrine. Dieu a permis que j'aie trouvé l'original. Écrit et signé de sa main, de l'abjuralion de ses erreurs pour sortir des Petites -Maisons, faite le %6 mars 1656, par laquelle il se soumet à tous châtiments, s'il est jamais si impie et si sacrilège que d'enseigner DU soutenir les erreurs qu'il condamne par sa déclaration, au préjudice de qui il ne cesse encore de vouloir enseigner les mêmes choses et de pervertir les &mes comme il serait parlout ce que dessus.
Outre cela, j'ai encore les informations ou attestations contre lui et Thomé, qui est à l'offlcialité, où le sieur Somals m'a dit que sont déj^ toutes les informations contre tous ceux de cette cabale. Mademoiselle de la Chapelle, en me donnant le cahier du Bouclier de la foi, me prSla aussi une pièce de Morin qu'elle me dil être excellente et qui a pour titre : Lettre du Filt de l'homme louchant les testaments. Elle est écrite à une Marie. Cette lettre est toute digne d'étonnement, si l'on considère combien l'esprit de Satan est subtil et malicieux, de donner à goûler tant de choses si belles, si excellentes et si chrétiennes, pour y mêler adroitement son venin. Cette seule pièce peut bien faire connaître qne cel homme n'est point fou, mais très-instruit par l'esprit de Satan, qai lai a fait écrire des choses si apparemment bonnes, avec tant de suite et deforce, pourymSIersa damnable doctrine, pour autoriser l'impureté et sou impiété contre la sainte humanité du Fils de Dieu, à laquelle l'enfer veut en ce siècle Ater tout honneur et culte par diverses hérésies, et particulièrement par celle-ci qui vent qm l'on quitte entièrement Jésus-Christ chair, selon, dit Mono, qu'il