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LE ROI D'ESPAGNE AU KARQUIS DE LA FUENTE

UMlriii, 8 Mfit leaa. Un soi-disant cordelier du couvent de Toulouse, en France, vint & ma cour, il y a trois mois. S'étant présenté h mon audience ordinaire, il me dit qu'il avait des intelligences assurées avec plusieurs Portugais qui désiraient me servir, et qu'il apportait des lettres de leur main ; il me pria de l'adresser à un ministre pour les fjûre voir et s'expliquer plus en détail ; je Ini indiquai le secrétaire don Feman del Campo. Après avoir examiné les lettres et avoir causé avec ce religieux, F. del Campo q'en tira que des paroles

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300 LEPERON ET TROIS QUAKERS, DON EHVANUEL D'AUX, générales, avec les démoQstratioos d'uoe indinatioD et d'une alleclîon très-grandes pour mon service.

Ce moine m'était envoyé par une personne qui entretient en France commerce avec ceux qui sont en Portugal ; 11 avait une obédience délivrée par le père Zambucca, ministre général de l'ordre de Saint-François à Rome, lors de son passage par la France, l'année dernière, pour se rendre de Madrid à Hpme. Cependant, pour éclaircir de cette affaire, reconnaître quel fondement oo y pouvait faire et vérifier s'il était vrai ce que disait ce moioe, qu'il était envoyé par celui qu'il nommait, et quels services pouvaient rendre ceux qui sont en Portugal, comme le donnent à entendre les lettres autographes qu'il a présentées, j'ai résolu d'expédier quelqu'un pour prendre langue, et tirer une idée plus claire et plus détaillée de leurs projets. J'ai gardé ici ce religieux jusqn'i ce que j'aie reçu une réponse, et elle n'a pas encore eu te temps d'arriver.

Ce religieux est, à ce qu'il dit, connu des gens de l'archevèqne d'Embrun, et principalement d'un de ses secrétaires; ils l'ont fait épier, et ont su que pendant mon séjour à Buen-Retiro il logeait à Sao-Oeronimo, et ensuite à Saint-Gilles, lorsque je suis revenn au palais.

Le secrétaire lui dit qu'il était étonnant qu'en' sa qualité de Français il n'eût point été voir l'ambassadeur, pour lui présenter ses respects et rendre compte de sa présence h ma cour. D ; a quatre jours, lors de la fête de saint Dominique, ils se rencontrèrent par hasard dans une rue proche de l'bAtel de l'ambassadeur; le secrétaire lui répéta le même discours. Le moine, qui parait un homme vrai et sincère, répondit qu'il allait à l'instant parler à l'ambassadeur et lui présenter ses hommages; ce qull fit en effet. Cependant il fut accablé de reproches injurieux sans mesure et sans raison. L'archevêque lui dit qu'il méritait la potence, qu'il restait dans ma cour afin de troubler la paix et de machiner contre la couronne de France, qu'il- était un méchant homme et un criminel, qu'on le ferait mettre au cachot, pieds el mains liés, s'il ne révélait sa commission dont on avait informé le Roi très-chrétien; qu'il eût à quitter immédiatement Madrid pour se rendre en France, et qu'on lui donnerait de l'argent pour faire le voyage.

Ce religieux nous a raconté lui-même l'emportement de l'ani-

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LEFEROiS ET TROIS QUaKEKS, DON EUUANUEL D'AUX. 301 bassftdear et ses injares ; toute sa maison avait entendu les éclats de sa Toix el la chaleur avec laquelle il partait.

Malgré sou trouble, le moine assura l'arcbevèque qu'il n'était Tenu ici pour aucune affaire qui concern&t ou qui put entraver le service du Roi trëfl-ch rétien; 11 ajouta que son général, lors de son déport de France pour Rome, l'avait envoyé à Toulouse et l'avait chaîné d'un paquet de lettres pour moi, avec un passe-port de sa main, portant expressément qu'il venait pour des affaires connues seulement du général. II demanda à l'ambassadeur quatre jours de répit avant de venir lui parler, et sous cette condition il put sortir de l'bfttel. Il vint, encore ému et tout tremblant, me rendre compte de ce qui s'était passé ; j'avais d'abord trouvé étrange qu'il eût été au palais de l'ambassadeur sans avoir prévenu mes ministres, mais j'ai reconnu depuis son innocence de ce cAté-Ià.

Hais j'»i à vous entretenir d'une chose encore plus grave. Don Louis de Oyanguren était venu au palais avant-hier dès le matin, parce que j'avais été légèrement indisposé cette nuit-là. Sans s'en mettre en peine , l'ambassadeur me demanda audience ; mais apprenant que je ^rdais la chambre ce jour-là, ii s'adressa à don Louis, et, faisant un étalage confus de doléances et de soupçons, il lui dit avec colère qu'il savait que ce moine restait ici pour machiner contre la France et pour troubler la paix, donnant à entendre qu'il s'agissait de la personne et de la vie du Roi trèsrhrétien; ce sont ses paroles mêmes, rapportées par don Louis. Quoique celui-ci ignorât la venue du moine, parce qu'une indisposition ne lui avait permis de sortir que la surveille, il lui répondit de manière à le détromper.

Je TOUS assure que j'appris tout cela non-seulement avec colère, mais avec l'horreur et l'indignation que doivent causer de pareilles imaginations; car, quand elles ne me toucheraient pas au fond de r&me, parce que j'aime le Roi comme le fils et comme l'époux d'une sœur et d'une fille qui tiennent tant de place au plus intime de mon cœur, c'est une chose tonte opposée & mon esprit royal, on doit bien le penser, de songer à rien de semblable contre qui que ce soit; aussi m'est-il impossible de tolérer ni de dissimuler une imagination pareille, surtout après ce que l'ambassadeur a dit à don Louis qu'il en rendrait compte au Roi trèschrétien et que le moine le lui avait presque avoué. J'ai résolu donc que le duc de Médina de las Terres, un jour à ma sortie de

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302 LEFBRON ET TIlOIS QUAKERS, DON EMUANUEL D'AUX. la inesse, en présence du nonce et de l'ambassadeur de Veaiie, s'en plaindrait de ma part à l'archevëqne d'Embrun, en demaodant au moine, car cette scène aura lieu devant eux tous, comment il a pu dire ou confesser rien de pareil, pnisqae Palbire qui l'avait amené ici ne concernait pas la France) mais des intelligences avec le Portugal ; et pour mieux étabKr ma sincérité, le duc aura soin de s'en expliquer d'avance avec le nonce et l^unbassadeur.

C'est ce qu'il fera demain ; j'espère qu'one calomnie si étrai^ si téméraire et si éloignée de toute raison divine et bumaîoe, s'évanouira bientôt dans l'opinion dn public. Néanmoins comme les dépêches de cet ambassadeur ont pu faire quelque impression h la cour de France, j'ai résolu de vous envoyer par un courrier tout ce détail, afin que vous fassiez au Roi très-cbrélien, à ma sœur, à ma fille et aux ministres, vos plaintes des procédés injurieux de l'archevêque, qui a tout fait pour rompre les liens d'honneur et d'amitié qui m'attachent au Roi, et a manqué si gravement aux égards nécessaires pour la paix et la bonne intelligence, impossibles h maintenir avec un intermédiaire pareil; son caractère sacré le rend plus coupable encore, surtout après toutes les distinctions dont j'aitAchéà l'bonorer depuis qu'il est entré dans l'exercice de son ambassade. Il v avait d'abord assez bien répondu, mais par la suite il a montré dans les affaires une violence excessive et a toujours fait preuve de mauvais vouloir.

II est bon que vous obteniez son rappel, qui sera sans difficulté, car on ne peut plus s'attendre qu'il regagne jamais ma confiance ni celle de mes ministres, après l'avoir perdue par une conduite désagréable à tous égards. Vous me rendrez ctHQpte du succès de vos démarches, et je vous aviserai de ce qui se sera passé dans l'entretien que je voua dis que le duc de Médina doit avoir en présence des ambassadeurs. (A. I.)

(rrwfin'f lie CtipagMi.)

Le mime au même.

Madrid, « ufii IM!.

Je VOUS avais écrit la lettre qui est partie par le courrier d'hier,

lorsque l'ambassadeur de France est venu me voir, et, bien qu'il ne

m'ait pas parlé des prétendues machinations f«tes par le corde*

lier et par mes ministres rentre la personne et la vie du Roi très-

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LEFERON ET.TROIS QUAKERS, DON EMMANUEL D'AUX. .102 cUrétien, il s'esl fort éteodu 8ur le séjour qne ce moine ^isaitici contre les inlérfita de la couronne de France et ie maintien de la paix, me représentant ses plaintes et ses inquiétudes i ce si^et et sur la longoeuf du séjour de ce moine & ma cour. Je lui répondis que l'affaire qui l'avait amené ici, n'intéressait eu rien la France et qu'il ne s'agissait que de quelques intelligences dans le Portugal ; et pour montrer davantage la sincérité de mon esprit royal, j'ajoutai qu'il ne s'élonnSt pas si on retenait ce religieux, parce que, a&n de vériQer ta réalité des correspondances, j'avais ordonné d'expédier quelqu'un pour examiner le fondement qu'on y pouvait faire, et que l'on gardait le moine jusqu'à son retour afin qu'il pût savoir ma résolution.

Tout cela ne le satisfit pas encore et il continua ses remon- Irances exagérées ; je crus devoir lui afïlrmer sur ma parole de roi qne ce religieux n'était venu ici pour rien de préjudiciable au Boi Irès-chrétien. Cela embarrassa fort l'ambassadeur, qui fut obligé de se rendre à la force de cette déclaration, et se tut. J'ajoutai que j'avais ordonné de lui faire rendre compte, en mon nom, de ce qu'il y avait déplus particulier sur ce moine; cela s'exécula le soir même par le duc de San-Lucar et de Blasco de Loyola, mon secrétaire d'État, en présence du nonce et de l'ambassadeur de Venise.

Voici ce qui se passa dans cette séance : le duc lut l'ordre que j'avais commandé de mettre par écrit et qui était conforme à ma réponse du matin. L'arcbevfique commença par rappeler les motifs de ses soupçons, en disant qu'il était du devoir d'un ambassadeur d'en concevoir sur le plus petit sujet, et à plus forle raison contre un moine qui~ avait tardé si longtemps à le visiter et qui était en liaison avec des français suspects. Le duc lui répondit que j'avais commandé de lui dire que la conduite de ce moine était conforme à mes ordres,

L'arcbevéque s'excusa fort et dénia d'avoir dit à don Lonis de Oyanguren ce quf a trait à mes tentatives pour semer des inquiétudes en France, et à la conspiration dont il avait parlé; mais cela ne suffit pas pour changer rien aux démarches que je vous ai commandé de faire, par mes dernières dépêches. Si mon esprit tranquille et sincère n'a pu empêcher ces discours dénués de fondement, je ne puis pas cesser de montrer un ressentiment égal à l'affront; le ferme établissement de la paix ne veut pas

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304 LEFERON bT TROIS QUAKERS, DON EMHAfiURI. D'AUX. 6tre négocié p&r an intermédiaire de telle qualité qu'il cherche querelle et les occasions d'exercer le naturel emporté qu'il a bit éclater. Vous remplirez votre devoir en la manière qne je Tom ai écrite. ' (A. I.)

{Traduil de ttipagttol.)

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