LEFERON KT TROIS QUAKERS, DON EMMANUEL D'AUX
Le même au même.
lO* Jour d'août IMS.
Le sieur de I» Barre, que tous m'avez envoyé extraordÎDairement, arriva ici le 16 de ce mois au malin, et me rendit votre ample dépêche du 5, et le sieur de Lionne avait repu le jour auparavant, la lettre que vous lui aviez écrite du S.
J'ai fort approuvé les raisons qui vous avaient obligé & dépêcher une personne expresse pour suivre et reconnaître à Paris le capitaine Dupré, et je vous sais fort hou gré du zèle qu'à votre accoutumée vous avez témoigné, en cette occasion, pour le bien de mon service ; mais il aurait été à souhaiter que ledit la Barre eût mieux exécuté vos ordres et n'eût pas cru pouvoir mieux faire que vous ne lui aviez ordonné; car je comprends, par votre dépêche, que votre pensée était qu'il ferait surprendre à Paris ledit Dupré, on dans les visites qu'il rendrait à l'ambassadeur d'Espagne, ou allant en quelques autres endroits que vous aurez indiqués, ce qui eût été fort bien et fort sûr ; mais la Barre, pour l'avoir voulu faire arrêter dans Bordeaux, a tout gftté et a donné lieu à cet hommelà de s'évader. Car lui ayant pris le devant pour aller avertir le sieur de Saint-Luc de son passage, dès que ledit capitiiine sut, par un l>ostillon, qu'un courrier l'avait devancé, quoiqu'on lui pût dire que c'était un habitant de Bayonne, comme la Barre le publiait en son chemin, l'autre, jugeant que ce pouvait être un de vos gens que vous auriez mis k ses trousses, en conçut une telle épouvante qu'abandonnant à son postillon la moitié de ce qui était dans sa valise, et ne prenant que ses papiers et quelque argent, il se jeta & pied dans une forêt de pins et gagna les petites Landes, pour se retirer vraisemblablement dans la Navarre, sans que toutes les diligences qu'a pu faire le sieur de Saint-Luc, par beaucoup de ses gardes qu'il avait mis en embuscade pour l'attendre, aient servi de rien; et il est à croire de la peur extraordinaire qu'il a fait paraître, qu'il ne se commettra plus à venir à Paris. Je n'ai pas laissé, comme il ne faut rien négliger en ces afiaires-Ià, de donner tous les ordres qu'il faut pour l'y surprendre, s'il y vient, sur les indices que vous en aurez donnés. Et pour cet effet, je retiendrai ici quelque temps ledit la Barre, qui sonnait son visage et sait les habitudes qu'il y peut avoir. Cependant toutes ces circonstances donnent u connaître évidemment qu'il avait un fort mauvais des-
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3«6 LEKEBON ET TROIS QUAKERS, DOS EMMANUEL D'AUX. seÎD, qui c'est pas ignoré des cninistres du Roi mon beau-père, s'ils n'en sont eux-mêmes les auteurs, comme il est bien plus vraisemblable de le croire par toutes les autres particularités qui sont si amplement déduites dans votre dépèche.
Ces menées entreprises en pleine paix pour jeter des cabales dans mon État et me donner, si on le pouvait, des embarras après un mariage qui devait unir les cceurs sincèremeut, me donneront lieu de songer à l'avenir i mes aOaires comme il me conviendra, et k ne me fier que de bonne sorte aux protestations qu'on me fait tous les jours de vouloir étreindre avec moi une étroite amitié et parfaite bonne correspondance, comme vous savez que de ma part j'y ai toujours été eniîèrement disposé.
L'affaire du cordelier français, à qui on a fait tant d'honneur à Madrid qu'il y a changé de demeure, pour sa plus grande commo* dite, à mesure que le Roi mon beau-père changeait son habitation, doit avoir, par toutes raisons, grand rapport à l'envoi de deçà du capitaine Dupré, puisque tous deux voyaient en même temps fort souvent le duc de Médina et ont eu assez de longues et secrètes conférences ensemble dans le couvent de Saint-JérAme.
J'ai fort considéré toutes les réponses que ce moine a faites à vos questions, lorsqu'il a été vous rendre visite après un séjour de quatre mois, sans doute parce qu'il y a été envoyé par ledit duc, et j'ai aussi fort approuvé toutes les plaintes que vous en aviez foiles avec force k don Louis de Oyanguren et tout ce que vous lui avci dit sur celte matière, n'en pouvant parler au Roi mon beau-père, à cause de son indisposition. Je ne m'attends pas, quelque bonacs paroles que ledit Oyanguren vous ait dites, qu'il vous accorde l'ordre que vous lui avez demandé pour faire arrêter le coupable, ou il ne le donnerait que quand ils l'auront eux-mêmes fait évader. Si néanmoins, contre ma pensée, ils le faisaient arrêter, il en faudrait ensuite demander un second, pour me faire envoyer ce moine sous bonne et sûre garde. Cependant, s'il a désemparé, comme je n'en doute presque pas, ou qu'il se tienne caché dans Madrid, il faudra que vous fassiez toutes les diligences possibles pur le moyen des autres religieux français qui vous ont donné lel avis de ses démarches, pour découvrir ce qu'il sera devenu el quelle route il aura prise; car quand il ne serait pas revenu en France, comme il n'y a guère d'apparence de le croire après ce que nous savons de l'épouvante qu'a eue son correspondant le capi-
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LEFERON ET TROIS QUAKERS, DON EaUtANUEL D'AUX. 30T taine Dupré, pourva qu'il soit hors des États d'Espagoe, comaie ea Italie, o& il pourra s'fitre retiré, peul-6tre ne serait-il pas malaisé, en lui ptomettant impunité, voire récompense, de tirer de sa bouche l'aveu de tout ce qu'il a fait, ce qu'il me serait fort important de savoir. Enflo, je désire que vous suiviez cette atTaire autaol qu'il sera eu votre pouvoir, pour Ucher d'en pénétrer la vérité et tontes les circonstances, sans rien épargner k cela. (B. I.)
Le mime au même.
Da 13 aoflt idiia.
Mons l'archevCque d'Embrun, je vous adressai dimanche dernier, 20 du courant, une longue lettre qui répondait à l'ample dépêche que le sieur de la Barre m'avait apportée de votre part, quelques jours auparavant, où, entre autres articles qu'elle contenait, vous me rendiez un compte bien exact de toute l'affaire du cordelier français qui est k Madrid^ des justes soupçons que vous aviez qu'il n'y tramât, avec les ministres du Roi mon beau-père, quelque chose de bien important contre mon service, des conférences secrètes qu'il avait eues avec le capitaine Dupré, de la résolution prise par lesdits ministres d'envoyer en France ledit capîtaioe, de la visite que l'un et l'autre vous avaient rendue, à quoi ledit cordelier n'avait satisfait qu'après quatre mois de séjour sans vous voir, et enBn de ce qui s'était passé entre vous et don Louis de Oyanguren sur le sujet de ce moine, n'ayant pu jusque- Ik en parler au Roi même, k cause de la légère indisposition qui lui était survenue.
Le mAme jour que je répondis à cette dépêche, avant même que les lettres eussent été envoyées à la poste, on sut chez la Reine qu'il était arrivé un courrier extraordinaire au marquis de la Fuente, et comme d'abord la nouvelle se débita d'abord que le Roi mon beau-père avait pleinement recouvré sa santé, il ne me tomba autre chose dans la pensée sur le sujet de cette mission, si ce n'est que le Roi ayant su que vous m'aviez dépêché extraordinairement le sieur de la Barre dans le temps qu'il avait la fièvre, il voulait nous tirer, les Reines et moi, de l'inquiétude que cet avis nous aurait donnée, et foire savoir anssi le retour de sa santé en Flandre et en Allemagne, afin que ses afKiires ne souiTrissent point de préjudice de cette mauvaise nouvelle qui aurait pu s'y répandre, et je
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308 LEPERON EH' TROIS QUAKERS, D0^ EHIUNUEL D'AUX, n'y fis point alors d'autre plus grasde réilexioD. Le marquis de la Fuente m'ayant donc envoyé demander audience, je la lui accordai pour le jour suivant, qui était le 21 du mois; mus dès les premières paroles qu'il me dit, j'eus lieu de reconnaître que c'était autre chose que ce que j'avais pensé, car il déliula par une expression de la douleur qu'il avait d'être obligé de m'aborder cette fois-là pour des affaires fâcheuses, qui me donneraient beaucoup de déplaisir, comme elles avaient déjà, disait-il, percé le cœur du Roi son maître. Et après tout ce préambule, il me dit que je pouvais savoir tout ce qui s'était passé à Madrid en l'afiaire d'un cordelier français, jusqu'au 7 du courant, mais qu'on lui avait dépéché un courrier exprès afin qu'il pût mlinformer de ce qui y était depuis arrivé jusqu'au 10. Il ne laissa pas de reprendre sa narration de plus haut, par l'arrivée du moine à Madrid, et du sujet de son voyage, du cas que le Roi son mattre avait été obligé d'en faire pour l'avantage de son service en Portugal, des soupçons que vous en aviez conçus et avec beaucoup de raison par son propre aveu, de la visite que vous aviiit rendue ce religieux, du mauvais traitement que vous lui aviez fait et de l'entretien que vous aviez eu le 5 sur son sujet, avec don Louis de Oyangiireo, qui était tout ce que vous pouviez m'avoir mandé jusqu'au sept, touchaut cette matière. II me raconta ensuite tout ce qui était anivé depuis en celte affaire, ce que j'estime superflu de vous redire an long, parce que vous le savez mieux que moi et que lui, qui consistait en l'ordre que le Roi avait donné au duc de Mediua, de déclarer la vérité de cette négociation, en ce qui s'était passé lorsque TOUS aviez parié au Roi et que ne voulant pas croire, disaît-tl, i sa parole, vous l'oblige&tes de jurer, et au soin qu'avait pris S. H. que les ambassadeurs fussent informés de toute l'alTaire, exagérant à la fin, autant qu'il fut en son pouvoir, la douleur inexplicable que vous aviez causée au Roi par votre discours k Oyangaren, auquel vous aviez dit, ou au moins insinué, que les menées de ce moine pourraient même aller contre ma vie, et que m'aimanl avec autant de tendresse que si j'étais son propre Sis, et étant père du Dauphin comme moi, frère de la Reine ma mère et père de la Reine mon épouse, il ne lui était arrivé d'accident en sa vie qui lui eût si vivement touché le cœur et causé un si grand déplaisir que ce soupçon-là.
Je vous duis dire, avant que de passer outi'e, ce que dans sa rela-
I.EFERON ET TROIS QUAKERS, DON RMMAMJEI, D'AFX. 309 tion jusqn'aa 7 je oe trouvai pas conforme à ce que vous m'eo aviez mandé, qui consiste principalement en deux choses, l'une que dès que le moine vous aborda, vous lui dites que c'était le plus méchant homme qui Mt au monde, qu'il était venu pour rompre la paix, qu'il mériUit une potence, et que sans quelques considérations, vous me l'en verrici pieds et mains liés, ou le feriez metire dans un cachot. Cependant je vois par votre dépêche qu'avant que vous expliquer à lui de vos sentiments sur sa mission, vous lui fîtes avec douceur beaucoup de questions, qu'il n'y satisfit qu'avec de mauvaises excuses et une si grande confustou qu'elles portaient la marque du crime, et que néanmoins, sans lui rien dire de plus iScheux, vous vous confenlAtes de lui ordonner de ma part de sortir de Madrid dans quatre jours, de s'en retour ner à Toulouse dans son couvent et que vous lui donneriez un homme, un cheval et de l'argent pour le conduire avec une letlre à ses supérieurs, afin qu'ils me rendissent compte de son voyage, et qu'enfin, après plusieurs contestations, il vous déclara qu'il acceptait le parti que vous lui offriez et qu'il vous reverrail dans quatre jours pour son départ.
I^ seconde chose qui est plus importante, en quoi je n'ai pas' trouvé de rapport entre la relation dudit marquis et votre dépêche du 7, c'est sur l'entretien que vous avez eu avec Oyanguren le 5, oii iU prétendent que vous lui aviez sinon dit en termes formels, du moins clairement insinué que les machinations de ce moine allaient ou pouvaient aller même contre ma vie, dont je ne trouvai rten dans votre lettre, mais seulement que vous lui aviez représenté fortement la grièveté de l'affaire, ménageant toujours la personne du Roi, et que vous l'aviez prié de demander au Roi un ordre pour foire arrêter le coupable, sur quoi ledit Oyanguren vous avait donné toute raison, le cas lui semblant comme à vous fort atroce, et qu'il élait assuré que le Roi son maître n'en avait jamais eu aucune connaissance.
Je repartis à tout ce que l'ambassadeur m'avait dit, bien plus au long que je ne fous le puis dire, car l'audience que je lui donnai dura plus d'une heure. En voici pourtant la substance : Premièrement, que pour tout ce qui s'était passé jusqu'au 7, je croyais bien plus à ce que vous m'en aviez écrit qu'à tout ce qu'en avaient dit depuis, et ce moine auquel je n'ajoutais nulle foi, et don Louis d'Oyanguren qui pouvait s'être trompé lui-même sur
,310 LëFERON ItT TROIS QUARGBS, DON EMMANUEF. D'AUX. l'iatelligeDce de tos paroles, ou pour n'enteodre pas assez bien le ft^nçais, ou pour ce que tous ne vous seriez pasassez bieu upliqué en espagnol ; qu'aussi faisais-je eu infime temps toute la différeoce que je devais entre les rapports de'ces deux personnes qui se koavaient contraires à votre relation et ce que le Roi mon beau-père vous avait dit lui-même, jusqu'à en avoir voulu jurer pour m'asso' rer que la négociation du moine ne regardait mes afTaires en aucune manière et n'était que pour le bien des siennes en Portugal, que je me tenais même très-sensiblement obligé de cette circonstance qu'il eût voulu que tous les ambassadeurs eussent un témoignage public de la vérité de la cbose; que du reste j'ëlùs assuré de la sincérité de son affection et de La tendresse qu'il a pour ma personne, autant que si j'étais son propre Sis, par conséquent bien éloigné d'être capable d'avoir le moindre soupçon de ce que don Louis de Oyanguren s'était imaginé et lui avait redit sur la mauvaise intelligence de vos paroles.
J'ai oublié de vous marquer que ledit marquis m'avait fait une plainte fort vive, de la part de son maître, que lorsque vous lui aviez parlé, ç'avùt été, dit-il, con voz ttitonadissima, et avec grande hauteur, exagérant, sans qu'il en fût besoin, la grandeur de votre représentation; à quoi le Roi s'était contenté de répondre, cor Jmplandon, qu'il savait fort bien quelle personne vous représentiez, et qu'il vous en avait donné des marques en toutes occasions parles traitements qu'il vous avait faits, que ledit marquis ajouta n'avoir jamais été accordés à personne, non pas même à aucun ambassideur de l'Empereur qui est de sa 'famille. Je repartis à cela qu'il me déplaisait fort que vous eussiez donné le moindre dégoût an Roi, mais que vous n'aviez peuMtre pas le ton et l'expression qu'il serait à désirer en parlant espagnol pour sa commodité, que cela méritait bien qu'il eût la bonté de l'excuser; et, prenant de U occasion de jusUfier le reste de votre conduite en toute ceUe affaire, je lui dis qu'il se mit en votre place, et qu'il jugeitlnimême ce que peut faire un ambassadeur qui ne veut pas nuaquer h son devoir et qui voit, dans la cour où il est, un moine sujet deson maître, lequel ne l'a point vu pendant quatre mois de séjour, qui y est traité en personne de grande importance, qui change d'habitation aussi souvent que le Roi même pour être plus près de toi, . qui va' tous les jours à la secrétairerie d'État, qui laisse entendre lui-même qu'il est là pour de grandes affaires, qu'il ne va pu
LEFEnON LT TROIS QUAKERS, DON EUHaNUEI: D'AUX. iii chez l'ambassadeur de son Roi parce qu'il ne les lui peot confier, à qui on a donné souvent de l'argent, un valet pour le servir, qui voit à toutfi heure le due de Médina, qui ne pratique avec aucun des Français qui entrent dans la maison de l'ambassadeur, et qui a seulement de longues et secrètes conférences avec un capitaine Dapré, réfugié à Madrid comme coupable d'avoir voulu autrefois lirùler mes vaisseaux à Marseille et d'avoir donné les avis aux Espagnols pour introduire un secours dans Lerida au premier siège de celle place, et si, tout cela étant, comme il est constamment vrai, vous auriez pu moins faire, à moins que de vous rendre criminel auprès de moi, que de vous en plaindre en termes un peu forts à don Louis de ûyanguren et d'en parler aussi au Roi, pourvu que vous n'eussiez pas manqué au respect qui lui était dû, et que je voulais que vous lui rendissiez toujours autant et plus qu'à moi-même qui suis votre souverain.
De là, je descendis à l'afi'aire pariiculiëre du capitaine Dupré, pour lui faire connaître que vous aviez encore eu plus de sujet qu'il ne croyait, ou qu'il ne savait, de prendre de grands soupçons; et je lui dis que comme vous aviez pénétré que ce bon Français, . qui 9vait eu de si longs entretiens avec le moine, devait faire bientôt un voyage en ces quartiers pour venir prendre, disait-ii, possession ea Flandre, d'une compagnie qu'on lui a donnée au régiment de Marsin, ayant considéré que ce pouvait être un prétexte pour couvrir sa venue dans mon royaume, puisque vous savez qu'on réforme plutôt les troupes aux Pays-Bas qu'on ne les y augmente, vous aviez voulu vérifier s'il s'embarquerait à Saint-Sébastien, comme il vous l'avait dit lui-môme, ou s'il entrerait en France, et l'aviez fait suivre par un gentilhomme, afin que s'il prenait ce dernier parti vous pussiez, selon votre devoir, avertir à temps de son passage, et qu'il rn était arrivé que ce gentilhomme lui ayant gagné le devant auprès de Bordeaux, dès que ledit capitaine Dupré . sut qu'un courrier l'avait devancé, quoique ledit gentilhomme dit dans toutes les postes de la route qu'il était de Bayoone et courait pour ses affaires, ledit Dupré, sur un simple soupçon que ce pouvait être un courrier que vous m'eussiez dépêché, dit à son postillon qu'il était perdu, qu'indubitablement l'archevêque d'Embrun l'avait fait suivre, et en conçut d'abord une si grande épouvante qu'après avoir pris ses papiers et quelque argent dans sa valise il ofirit le reste qu'il en avait et ses autres bardes audit pos-
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31!> LEFERON ET TROIS QUAKERS, DON EUMANUBL D'AUX. tilloD pour l'obliger à ne le pas déceler, et celui-ci ayant refnsé de les recevoir, de crainte qa'on ne pût croire qu'il l'eût tué, il laisu ladite valise k la campagae et se jeta h pied dans un bois avec des frayeurs qui ne sont pas concevables^ ainsi que le postillOD l'est venu attester à Bordeaux môme, au marquis de Saint-Luc, commandant dans la province, qui me l'a mandé; que tout cela néanmoins, quoique digne de grande réflexion, ne me faisait point révoquer en doute les assurances que m'avait données le Roi mon benu-përe, qu'il n'y a rien eu en la mission et négociation du religieux Où le bien de mon service soit intéressé, et que je ne lui apprenais ces particularités que pour lui faire voir que si vous aviez eu des soupçons contraires, on en avait donné de grandes causes.
Le marquis l'avoua de la sorte, et ne sachant pas bien que me répondre sur celte dernière afl'aire du capitaine Duprë, il me repartit en rebattant de nouveau jusqu'où vous aviez poussé les choses, et ia manière désobligeante dont vous aviez parlé au Roi, qu'il y avait des moyens de se plaindre sans ofl'enser les personnes sacrées à.qui on doit tant de respect, qu'on en était encore moins eicnsable quand ou ne parle que sur des soupçons, et qu'il faut attendre d'avoir des preuves; qu'il n'en avait pas usé de même ici en un fait de très-grande considération, qu'il avait tout prouvé depuis deux mois, dont m6me il n'avait pas ouvert la bouche, et qu'il me pouvait alors dire de science certaine que don Emmanuel d'Auch. Catalan, et maintenant mon sujet du comté de Ronssilloo, qui est présentement dans ma cour, avait traité pour surprendre la placede Cadaquès sur le Roi son maître, & la faveur de quelques miquelels qui sont à sa disposition et de huit- vaisseaux qu'on lui devait fon^ nir, me faisant entendre que c'étaient les Portugais ou les Anglais, qu'il ne me disait cela que par occasion, et comme une simple narration d'un fait fort véritable et justifié tel, sans me (aire aucune instance ïà-dessus.
Je lui repartis queje n'avais jamais en aucune connaissance d'une pareille menée, dont il ne douta pas, et me dit même d'en être aussi certain que de toutes les autres circonstances qu'il m'avait dites de l'afTaire; mais j'y ajoutai qu'encore qu'il ne me fit aucune instance, c'était assez qu'il me l'eût apprise, et que je témoignerais au Roi mon beau-père que je n'attends pas ses demandes pour faire paraître mon ressentiment et mon indignation à ceux
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LEFERON ET TROIS QUAKEHS, DON EMMANUEL D'ACX. 313 qui le veulent desservir; et en effet j'ai fait donner ordre le m6me jour audit don Emmanuel d'Aucb de vider de ma cour et de Paris.
Ledit ambassadeur, après cela, se retira apparemment fort satisfait de moi, comme il avait raison de l'être, et j'attendrai à cette heure vos premières dépêches, pour voir en quoi elles varieront tie ce que ledit ambassadeur m'a dit en la relation de ce qui s'était passé du 7 jusqu'au 10, et J'ai déjà compris par sou discours que TOUS ne serez pas conformes en tout, car i! m'a appris lui-même que vooâ ne demeuriez pas d'accord d'avoir parié h don Louis de OyaogureD en termes qu'il pût dire que les menées du moine allaient contre ma rie. (B. L)