Louis de Bourbon
» lettre pour vous mander et ordonner, comme Nous » faisons expressément par icelle, de faire garde en Nostre » ville de Bourges et n'y laisser entrer personne qui y soict » le plus fort ny qui vous puisse empescher de vous main- /) tenir en la fidellité et obéyssance que vous Nous » debvez, à quoy vous ne ferez faulte, car tel est Nostre » plaisir.
» Donné à Paris, le i^' jour de juillet 1620.
» Signé : LOUIS.
» Et plus bas : de Loménie.
» Suscript :
» A mes très-chers et bien-amés les Maire, Escliemns et habi- » tants de Nostre ville de Bourges, »
2» lettre du roi au prince de condé, gouverneur du berrt
« Mon Cousin,
» A peyne mon cousin le comte de Soissons et ma cou- » sine sa mère estoient partis de ceste ville (Paris), que » j'en fus adverty. Je n'en suis poinct demouré surprins, » mais bien estonné, ne me pouvant imaginer qu'ils se )) voullussent faire ce tort. Jusques à présent j'ay subiect » d'attribuer cette action à mauvais conseils plustost que à » toute aultre chose, bien qu'elle ne soict sans faulte et » qu'elle me donne lieu d'apréhender quelque sinistre » suicte.
)) Il est du debvoir d'ung bon Roy de les prévenir, et » ainsy prenant sur luy le mal que les aultres pourroient » susciter, se charger de peyne et la leur faire esviter, vous » serez donc adverty par la présente de ce qui est survenu, » et que tout ce qui est à craindre seroit la prinse de quel- » ques places dont l'assiecte et l'importance pourroient trou- )) hier le repos dont mes subiects jouyssent. A quoy il est )> nécessaire de prendre soigneusement garde, et pour ce » vous donnerez ordres qu'en l'estendue de vostre charge, » conformément à ce que j'escrips aux gouverneurs des » villes et maisons communes d'icelles, les gardes y soient » eslablies avec telles polices qu'en leur seureté ils ne » trouvent nulles incommodités. Me remettant de ce seing )) à vous, il ne se peulx que tout n'aille bien et qu'en ceste » occasion je ne sois servy comme en toutes celles qui » dépendent de vous.
» Asseuré que j'en suis, il ne me reste qu'à vous exhorter » à la persévérance et à prier Dyeu qu'il vous ayt, mon » Cousin, en sa saincte garde.
» Escript à Paris, le l'^'" jour de juillet 1620.
)) Ainsy signé : LOUIS.
» Et plus bas : de Loménie.
w Suscript : » A mon Cousin, le prince de Condé. »
3* LETTRE d'hENRI DE BOURBON, PRINCE DE CONDÉ, GOUVERNEUR
du berry, a mm. les maire et échevins de bourges
« Messieurs,
» Ayant resceu commandement du Roy sur les occurrences » présentes, mesme sur le despart de Monsieur le comte de » Soissons et de Madame la comtesse sa mère, de vous faire » ceste lettre pour accompaigner celle que Sa Majesté vous » escript, j'envoie le sieur Moissac, qui est à moy, pour )) vous rendre l'une et l'aultre de ma part, afin que vous » ayez aussitost à faire bonne et seure garde aux portes de » vostre Ville, tant de jour que de nuict, en sorte que vous » en puissiez tousiours demeurer les maistres, soubs l'auc- » torité de Sa Majesté et la mienne. Ayez aussy seing de ne » laisser passer aulcunes gens de guerre, tant de cheval » que de pied, s'ils n'ont commission et département de » Sa Majesté ou de moy, et en cas qu'il en passe retenez- » les et au plus tost m'en donnez advis. Je vous manderay )^ la descision que vous aurez à faire comme sur toute » mesme chose qui regardera le service de Sa Majesté et » vostre conservation particulière, que j'auray aussy chère » que la mienne propre. Je vous prie de n'en point doubler » et je vous asseure que je suis. Messieurs, vostre bien » aftectionné amy à vous servir.
» Henry de Bourbon.
» A Paris, le 2« jour de juillet 1620. »
ordres du prince gouverneur
« Messieurs les Maire et Eschevins,
(F* 113, v°.) — » J'envoye le S'^ de Mautour en vostre » Ville, non poinct pour vous commander, mais pour vous » conseiller en ce qui regarde vos gardes, que je désire » estre exactement faictes et que vous n'obmettiez rien » du tout de ce qui est nécessaire. Croyez-le donc comme » moy-même et l'appelez en vos délibérations pour une » garde. J'ay deffendu à toutes mes levées d'approcher » cinq lieues à la ronde de vostre Ville et ordonné au » S"^ de Mautour les en empescher de ma part. J'entends » qu'il loge au logis du Roy.
» Je suis. Messieurs, vostre très-affectionné amy.
» Henry de Bourbon.
» De Rouen, le 12 juillet 1620. »
Ensuite, 18 juillet 1620 :
« Messieurs les Maire et Eschevins,
j> Sur ce que vous désirez scavoir mon intention pour » le passage des courriers en vostre Ville, je désire que » vous les arrestiez tous, que vous vous informiez où ils » vont et d'où ils viennent, s'ils ont passeport du Roy ou » d'un Gouverneur de Province, que vous sachiez qui
» soict ouvertement desclairé pour son service, et, en cas » que cela ne soict poinct, je vous donne pouvoir d'ouvrir » leurs pacquets, de veoir les lettres qui y seront et de » retenir prisonniers et les conserver jusqu'à ce que vous » m'ayiez envoyé les dictes lettres et sur ma volonté, » c'est-à-dire sy vous jugiez que la chose soict assez de » conséquence pour m'en donner advis.
» Conservez-vous bien, du reste, et vous asseurez que » je serai tousiours, Messieurs, vostre bien affectionné et » meilleur amy.
» Henry de Bourbon. »
Au reçu de ces lettres, la Municipalité, ainsi qu'il résulte d'une ordonnance inscrite au folio 115, commanda un service de garde très-strict, duquel n'étaient dispensés ni fils de veuves, ni hommes mariés, de quelque condition qu'ils fussent. « N'en seront même pas exempts le prévost » des mareschaulx et le lieutenant des archers, lorsque » seront en la Ville. Chascun devra s'armer, hormis les » escholliers. > (18 juillet 1620.)
Les craintes qu'avait excitées le départ du comte de Soissons ne durèrent pas longtemps, car je trouve folio 117, et à la date du 1" septembre 1620, une lettre du Roi ordonnant la cessation des mesures ci-dessus, en raison de la cessation des occasions qui les avaient motivées, et une autre lettre du Prince de Gondé faisant exécuter ces ordres.