CHAPITRE XI CÉRÉMONIES DU BAPTÊME DU DUC D'ENGHIEN
Liasse 16 [Suite)
entrée a bourges et baptême de monseigneur le duc d'enghien (plus tard le grand CONDÉ)
(F° 511, 4 mai 1626.) — « Ce n'est point sans mistère que » les Romains, constituants un ordre certain à leurs déités » imaginaires, avaient dans leur Gapitole placé la foy la » plus proche et au costé droict de Jupiter. Il est bien vray » que ces républicquains, qui ne considéroient ce qui leur » estoict présenté que politicquement, ne vouloient, par » ceste situation, tesmoigner autre chose sinon que le gou- » vernement et l'empire que Jupiter avoit sur les hommes » luy seroit inutil s'il n'estoit assisté et accompagné de la » foy et fidélité, voulants dire que la foy ou entretien des » choses promises estoit et le fondement de la société » humaine et la conservation du gouvernement de leur » droit, et que sans icelle toutes choses s'en iroient boule- » versées. Mais nous qui, illuminez d'une plus saincte » lumière, vivant crestiennement, devons tirer de tout ce » qui nous est proposé des conséquences crestiennes, pou-
» vons dire avec plus de subiect que la foy a esté légiti- » mement constituée la plus proche de Jupiter pour ce que » c'est la vertu par laquelle nous aprochons le plus près » de Dieu et pénétrons dans les secrets cabinets de sa puis- » sance et grandeur; c'est la vertu par laquelle nous pre- » nous cougnoissance de ses actions les plus impénétrables » et laquelle brille et esclatte le plus en l'obscurité de ses » saincts décrets, ne plus ne moings que cette herbe appelée » Limaria par les médecins reluit et a plus de splendeur » dans l'obscurité de la nuict, qu'elle perd très-sensiblc- » ment à la lumière du soleil, par lequel toutes choses sont » mises à descouvert. C'est le rémore sacré qui establit » asseurément les considérations naturelles et flottantes de » nostre fragilité. Or, la première action de foy que nous » exerceons et tesmoignons, soit par nous, soit par nos » fidevisseurs (sic), c'est au sacrement du baptesme, par » lequel nous sommes faicts enfants de Dieu et aprochons » de sa divinité, comme estant la porte et l'entrée à tous » les autres sacrements qui nous conduisent en fin à l'hé- » ritage céleste, baptesme qui change nostre nature fragile » en constance, nostre pauvreté mondaine en richesse du » ciel et nostre péché en sanctification.
« Aqua ista elementum quidem est, dict sainct Ghrisostôme » en la première homélie sur le psalme xxii, sed ciim accepit s> Spiritum Sanctiim, fit sacramentum. Et jam non erit aqua » potationis, sed sanctificationis ; » et puis après : « Et ubi » abimdavit peccatum, facit divites in gratiam. »
0 Et c'est pourquoy sainct Grégoire, discourant de ce » subiect, dit que « Ëanxia^a. grœco eloquio dicitur quod latine » tinctio, quia ibi homo spiritu gratiœ in meliùs immutatur et » longé aliud quam erat efficitur; primùm enim fœdi eramiis
» defo'^mitate peccatorwn, in ipsâ îinctione reddimur pul- » chri dealbatione virtutum. »
» Le baptesme enfin les causes duquel sont mille fois » plus médicinalles que celles de la fontaine Yiterbe, » lesquelles, au rapport de Pline, guérissent les mala- » dyes les plus incurables, ce qu'estant ainsy il ne se » fault estonner sy Monseigneur le Prince et Madame la » Princesse ont souhaité avec passion l'accomplissement » des cérémonies du baptesme de Monseigneur le duc » d'Anguien leur fils, puisque c'estoient les cérémonies » qui le professoient innocent, vuide et lavé de tout péché » et enfin enfant de TEsglise, pour imiter avec mérite les » actions louables de son autheur, vray et singulier pro- » tecteur de l'Esglise et ennemy juré de l'hérésie, céré- » monies désirées et souhaitées par les provinces du Berry » et Bourbonnois avec une pareille affection, mais avec » envie de celle qui en recevoit l'honneur; doncques que » ceste cérémonye auroit esté résolue au quatriesme jour » de may mil six cent vingt-six, pour estre faicte en l'esglise » Cathedralle de Bourges, esglise autant admirable en sa » structure que honnorable en son clergé, comme hon- » norée en ce poinct qu'elle avoit déjià autre fois resceu » au baptesme du roy Louis onzième, mais d'autant que ») Sa Majesté et la Royne mère, lesquels debvoient estre les ») cautions de la foy de ce jeune prince, occupez au sous- ») tien et conservation de l'Estat, estoient privés du tesmoi- ') gnage de leur bonne volonté, qu'ils eussent désiré rendre ') en personne en une action sy louable, ils auroient escript » scavoir, Sa 31ajesté à Monsieur de Montmorency, et la > Royne mère à Madame la Princesse mère de Monseigneur •> le Prince, pour, en leur lieu, représenter leurs personnes
» en cette cérémonye, et bien que Madame la Princesse la » mère feust grandement indisposée, néantmoings la con- )i sidération de la personne qu'elle représentoit et Taffec- » tion qu'elle avoit pour Monseigneur son petit-fils, secondée » d'un milion de souhaicts pour son accroissement spirituel » et temporel, luy firent franchir tous les sentiments de ses » douleurs et indispositions pour se rendre en la ville de » Bourges, où Monsieur de Montmorency, non moings pas- » sionné pour son nepveu, se rendit aussy.
» Monseigneur le Prince mit ordre à faire rendre en la » ville de Bourges Monseigneur le duc d'Anguien, et de » faict que le dernier jour d'avril, ce jeune Prince qui, en » son principe, témoigne par ses fleurs l'espérance des » Saincts à l'advenir, partit de Montrond, où il a esté » eslevé et assisté du sieur de Mautour, dépositaire fidelle » d'un gage si prétieux à la France, considération seulle » capable d'exprimer son mérite, et officiers de sa maison, » accompagné de quantité des plus notables habitans de » Sainct-Amand, feust conduict au lieu de la Grange- » Sainct-Jehan, distant seulement d'une lieue de la ville » de Bourges. On ne sauroit exprimer les souhaicts, les » vœux et prières faicts par tout le clergé afin qu'il pleust » à Dieu faire succéder ce voyage favorablement, prières » autant passionnées comme la maladie que ce jeune Prince » avoit eue et dont il n'estoict hors ; car il' n'y avoit que » six jours elle leur avoit donné de l'appréhension et leur » faisoit craindre le transport de sa personne ; il semblait » que Dieu favorisast à dessein et voullust palpablement » témoigner que l'action qui se debvoit faire luy estoit » agréable, pour ce que la fatigue du chemin, qui estoit » de neuf lieues, ne luy donna aucun travail en ung eage
» si tendre, ains senibloit luy avoir miraculeusement aug-
> mente les forces. Le lendemain, qui estoit le premier jour
> de may, il séjourna en ce lieu pour donner quelque loisir ) à son repos, ce qui ne réussit pourtant, pour ce que il ) feust visité par Monseigneur le Prince son père, par r Madame sa mère, par Monsieur l'Archevesque de Bourges, ) par les Maire et Eschevins de la ville de Bourges, assistés » du grand nombre d'habitans et par quantité de damoi- » selles. Le chemin estant proportionnellement garny f> d'hommes à cheval et de carosses, leur importunité » ayant pour garend leur fidélité et affection. Cependant j) les Maire et Eschevins et habitans de la Ville se prépa- » roient à recevoir ce Prince, non selon leur affection, n mais selon leur pouvoir, ayant esté prévenus en ce qu'ils » eussent désiré faire par la résolution précipitée et non » pourveuë de cette cérémonie de laquelle ils n'eurent » advis que trois jours devant, résolus néanmoingts de f faire nuict et jour démonstration de leur affection, exj> cusés par cette précipitation.
» Le samedy matin, Monseigneur partit de la Grange- D Sainct-Jehan et arriva sur les neuf heures aux faulx- » bourgs de la Ville, en ung lieu apellé le Grand-CredOy où » son disner luy estoit préparé, Dieu l'ayant peult-être r> ainsy promis, puisqu'il s'en alloit faire son entrée pour 9 rendre les preuves de sa créance, et bien que cette céré- » monie n'eust été sceuë que par bruit, néanmoingts, sur » l'opinion, la noblesse ne laissa de s'y trouver recevoir )> par le chemin ce prince et l'assister; estant à la conduite » le sieur de Brécy, Capitaine des gardes de Monseigneur )' le Prince, assisté des sieurs Tury, son lieutenant, et » Rapère, enseigne, en bon ordre, suivis de leurs compa-
» gnons, au nombre de soixante, tous avec leurs cazacques » et armes, bien montés, marchant avec de l'ordre et de » la retenue. Le premier qui arriva en ce lieu du Grand- » Credo feust le sieur Bigot, prévost provincial de Berry, » assisté de ses deux lieutenans, de longue et courte » robbes, suivis de trente archers, montés et équipés à » l'advantage, lesdits archers revestus de leurs cazacques » de velours rouge cramoisy, chargés de l'espée portée » par une main en broderie d'or et de soye, portant cette » devise :
Per saxa, per ignés.
» Après estre descendus de cheval et avoir donné l'hum- » ble salut, il luv dit :
a Monseigneur,
» Les armes que nous portons peuvent faire cougnoistre
» à votre tendre jeunesse la qualité de nos charges; l'espée
» tranchant de deux costés est le signe de la justice armée
» et ordonnée de Dieu, instituée du Roy en ce pays et sous-
» tenue de Monseigneur vostre père, la terreur des mes-
» chants et le soulagement des bons; que s'il ne paroist
» qu'une de nos main3 tenant ce glaive luisant, l'autre
» pourtant n'est point veuve ny dépourveuë de la balance
» juste qui rend égallement à chascun son droict. La force
» de cette justice, en l'exercice de laquelle nous sommes
» constitués, appelée extraordinaire, est véritablement
» grande, ayant le pouvoir de la vie et de la mort, pouvoir
» qui apporte une réjouissance extrême à ceux qui vivent
» sans crime, mais qui présente tousiours devant les yeux de
» ceux qui ont failli la peine deuë à leur forfaict. Or, cesle
» puissance, que nous tenons des supériorités divines et
» humaines, nous la venons très-humblement offrir à Vostre
» Excellence, afin que dès à présent et par y après,
» croissant d'eage et de vertu, vous en soyez à jamais,
» avec Monseigneur vostre père , le vray protecteur,
» comme nous sommes vos très-humbles et très-obéissants
» serviteurs. »
» La tendresse de ce Prince ne luy peust fournir pour » response autre chose sinon qu'il les remercioit et s'en » souviendroit.
» Incontinent après, Monseigneur le Duc partit pour s'en » aller en la Ville accompagné d'une grande quantité de » noblesse, et par le chemin rencontra une tribune qui luy » estoit préparée. L'on se pourroit estonner pourquoy les » habitants n'ont faict parade de leur infanterie en cette » action, qui semble ne debvoir estre signallée que par )> cette remarque; mais le commandement de Monseigneur » le Prince, qui apréhendoit que l'indiscrétion de quelque » soldat qui, pensant tesmoigner son zelle, ne pourroit s'empescher » de tirer contre sa volonté, donnât quelque frayeur et émotion à » celuy qui, par la violence de sa maladye, n'estoit encore bien » restahly, servira en cest endroict d'excuse et aux cappitaines et » aux soldats, aymant mieulx, par une violence respectueuse, » obéir aux volontés de leur Prince que tesmoigner leur zelle par » une désobéissante indiscrétion, Touttefoys, pour suppléer à ce » deffault, ils levèrent un régiment de petits enfants au nombre de y> huict ou neuf cents, tous de mesme parure, armés de petites » picques ou espées seullement, portant en leurs rubans les livrées » de leur Prince, conduicts par cappitaines, lieutenants et en-
» seignes de mesme cage, avec quantité de tambours, le tout en bon » ordre, ayant apris action pour une partye de la faction, en sorte » qu'il n'y eust aucun désordre.
» La tribune cy-dessus avoit six toises de long et quatre » (oises de large, ouverte seulement du costé de l'entrée, à » coulonnes et pillastres garnyes de leurs frizes et chapi- » teaux, le tout peinct et orné de gentillesses. Pour y entrer t il falloit monter un perron à trois faces, auquel il y avoit » six marches et un poulier (palier) d'une toise et demye » de large. Elle estoit tapissée dedans, dessus et dessoubs » de tapisseries de fleurs de lys d'or en fond bleu. Elle » estoit accompagnée d'une grande antichambre parée de » mesme. Sur la frize de la porte estoit cette inscription » anagrammn tique :
Liidovicus Borbonius Divus in orbe oculus.
ft El au-dessus les armoyries en ceste disposition, scavoir :
» celles du lioy et de la Royne mère, celles du Roy à costé
» droict et les autres au gauche, comme estant les parrain
» et marraine futurs, avec celles de Monsieur de Montmo-
» rency au-dessoubs de celles du Roy, et celles de Madame
» la Princesse la mère au-dessoubs de celles de la Royne.
» Au-dessoubs, à costé droict, celles de Monseigneur, et de
» l'autre costé celles de Madame la Princesse. Plus bas^ par
» le milieu, celles de Monseigneur le Duc seulles, et au-
» dessoubs celles de la Ville. Toutes les dictes armes en
» grands pannonceaux de deux pieds de hault chascune et
» ung pied et dcmy de large, richement élabourées. Au
» fond de la tribune estoit une grande chaize eslevée de
» trois pieds, et au pied d'icelle un grand carreau, au-dessus
» un grand daiz, et aux deux costés plus bas deux autres » chaizes, le tout de mesme parure de damas bleu, garny » de grandes franges crespines et houppes de soye bleues » et d'or fin. Là, Monseigneur le Duc se reposa en attendant » les ordres de la Ville, appuyé et soustenu d'un costé par » le sieur de Maiitour, et de l'autre par la demoiselle Luisible. » Cependant dans la Ville toutes choses avoient été » tellement préparées à cette réception, que les corps qui f> s'estoient assemblés en la grande esglise estant partis » selon leur ordre, arrivèrent au mesme instant. Les Pères » Minimes passoient les premiers, les Capucins, les quatre » antiens Ordres des mendiants, les paroisses avec leurs » croix, leurs bannières, au nombre de dix-sept, les col- » léges réguliers et séculiers, ensuite les recteur, docteurs- » régents de l'Université de chascune Faculté, revestus de » leurs robbes d'escarlate et chaperons, précédés, scavoir : » le recteur par les bedeaux des nations et au milieu par » le bedeau général, avec leurs robbes longues, bonnets » carrés et masses, et à chasque Faculté estant en chascung » du costé de la rue par le bedeau de sa Faculté, suivi de » leur advocat et procureur, nation germanicque, et de tous » leurs officiers en bon ordre, ainsy qu'ils avoient autrefois » marché à l'entrée de Monseigneur le duc d'Anjou et à » celle de Monseigneur le Prince; suivoient puis après, du » costé droict. Messieurs de la Justice, et en teste d'iceulx » Messieurs les Président, Lieutenants civil et criminel, Con- » seillers, précédés par quantité de sergents et huissiers » cheminant deux à deux avec leurs greffiers, assistés et » suivis par quantité d'advocats et procureurs du siège, » tous avec leurs robbes et bonnets, et à costé gaulche les » Maire et Eschevins, assistés de leurs advocat et procu-
» reur, receveur, greffier et concierge, tous revestus de » leurs habits de livrée, précédés par leurs trompettes, » messagers, portiers et sergents, aussy parés de leurs » habits de Ville, et suivis par les antiens Maires et Trente- » Deux conseillers de la Ville en pareil ordre, deux à deux. » Geste compagnie estant en cest ordre, respectueusement » entretenue, seroit arrivée hors de la Ville, et pendant que » Ton donnait loisir à ceulx qui debvoient porter la parolle » d'approcher, il fust chanté ung motet animé par l'affec- » lion, et auquel il y avoit à doubter qui emporteroit le prix » entre la passion de celluy qui l'avoit composé et faict ou de » ceulx qui le chantoicnt. Le motet fin y, le sieur Labbe, » prieur de St-Ursin, revestu de la chappe prétieusement » estoffée, estant monté, après avoir humblement et res- » pectueusement salué Monseigneur le Duc, parlant pour » le Clergé, luy dit :
« Monseigneur,
» Le corps du Clergé de Bourges n'a pas sitost ouy » les premières nouvelles de l'abord de Vostre Excellence » en ce lieu, avec elle tout bonheur en cette Ville, que » tous ravis d'aise d'avoir l'honneur de veoir ung Prince V) tant désiré, nous avons à ce mesme temps quitté nos s esglises pour nous venir abaisser à vos pieds, vous y> rendre la plus humble révérence que vous puisse tes- » moigner la sincérité de nos cœurs, et vous pronnoncer » quant et quant l'obiect de tous les vœux que nous avons » jamais faicts pour le bien et salut de ceste province. y> Nous les croyons aujourd'huy, Monseigneur, asseurément » exaucés et estimons que tant de merveilles que Dieu
» avoit commancé d'ouvrir par la conservation de voslro » personne sont parfaictement accomplies, puisque nous » debvons jouir du favorable et souhaicté bonheur de la » saincte et sy célèbre action de vostre baptesme; après y> Dieu, le Roy nous a donné pour gouverneur le premier » prince de son sang (Monseigneur vostre père), recom- » mandable en vertu et en piété, admirable en vallcur, qui » par son travail nous a mis en repos, par ses hazards en » asseurance et par ses trophées en splendeur et autorité, » et pour ce, nous pouvons dire : nostre fortune qui sembloit » auparavant chancelante estre maintenant assise sur un » second pied et solide fondement, et d'aultant plus qu'à » la sérénité de vostre visage ravissant et par les pourfils » (profils) de vostre divine face, marques asseurées de » vostre bon naturel et généreux courage, nous pouvons » véritablement préjuger que vous ne vous dégénérez, » ains plustost adiouxtez aux vertus héroïcques de ce » grand Prince. Aussy, nous paroist-il qu'elles vous sont » toutes acquises et que désià les possédez par droict » d'hérédité. Puissiez-vous donc, ô Prince très-cher et » fortuné, jouir à longues années du bien que vous donnez » à un chascun, que vostre vie soit à jamais aussy heu- » reuse que Monseigneur vostre père rend la sienne adini- » rable et Dieu vous remplisse d'autant do contentement ï et de gloire que, par la candeur de sa rare bonté, il » oblige tous les peuples qui sont en ces gouvernements » de vous bénir et servir. Ce sont. Monseigneur, les » souhaits que nous faisons pour vostre Excellence, attcny> dantque par l'honneur de vos commandements nous vous » puissions rendre quelque meilleur service au prix de » nos prières et à la perte de nos vies, ainsy que la nature
» et la volonté nous y obligent, et le tiltre qu'en tout » respect et profonde humilité nous osons prendre, Mon- » seigneur, de vos très-humbles, très-fidelles et très- » obéissants serviteurs. »
» Geste harangue finie, il se retira, et aussitôt entra » l'Université, pour laquelle porta la parolle Messire » François Gibieuf, docteur régent en médecine, recteur » d'icelle, en ces mots :
« Monseigneur,
» Entre plusieurs célèbres Universités qu'il a pieu à nos » Roys fonder en ce royaume pour l'enrichir davantage, celle » de cette antienne ville et cité de Bourges tient un des » premiers rangs, tant à cause des rares et doctes personp nages qui y ont ci-davant fleury et de ceulx qui y sont » encore à présent, exerçant heureusement leurs charges, » que pour ce que Monseigneur le Prince vostre père est le p protecteur d'icelle et le conservateur des privilléges qui » luy ont esté octroies par nos roys, de très-bonne mémoire » et confirmés par Sa Majesté, que Dieu conserve.
» C'est ceste Université qui vous vient aujourd'hui » au-davant, Monseigneur, pour avoir l'honneur de vous » saluer en son rang, vous offrir son présent, d'ung prix » inestimable et d'ung contentement sans pareil, qui n'est » poinct matériel ny corruptible, présent lequel vous ne » pouvez jamais perdre et duquel vous pourrez vous servir » tant en guerre qu'en paix et partant qui est le plus » riche, le plus beau et le plus parfaict que l'on puisse » offrir à Vostre Grandeur, présent que nous espérons qui » trouvera place dans le cabinet des plus secrètes pensées
» de Monseigneur le Prince vostre père, et qui luy sera
* agréable et servira à ses généreuses et héroïcques » actions. Car, puisque ce grand Prince, duquel vous avez » l'honneur d'estre isseu, est recogneu tant en la France 5 qu'autres royaumes et républicques pour l'estre non- » seullement très-valleureux, mais encore (ce qui est rare B en personne de cette qualité) très-docte et grandement » scavant, voire mesme j'oseray dire et sans flatteries, le » plus scavant Prince de la chrestienté, l'Université de » Bourges ne contreviendra poinct à l'intention de ce » grand Prince (lequel vous désire égallement et vaillant » et scavant) sy elle s'efforce de vous faire parvenir à cette » perfection paternelle, vous en ouvrir les moïens et vous » offrir tout ce qui despend de ces diverses professions. » Commençant donc la distribution de ses dons et pré- » sents sy exquis par le commancement et suitte de voir » ains, Monseigneur, cette célèbre Université de Bourges » vous offre les docteurs et professeurs des sept arts libé- » raulx, desquels vous aprendrez mille perfections qui » vous serviront et -seront utilles tant en paix que en » guerre. Elle vous offre les docteurs et professeurs en > médecine, lesquels promettent de vous conserver en ^ santé, veoire mesme de prolonger vos jours au-delà des
* limites ordonnées par la nature, restablissant et répa- » rant par leurs divers remèdes et régimes la déperdition » qui se fait journellement de l'humidité radicalle. Les » docteurs et professeurs de l'ung et de l'aultre droict » s'offrent de vous bailler la cougnoissance de la juris- » prudence et vous faire capable de rendre la justice en » propre personne, à l'imitation de ce grand Prince Mou- » seigneur vostre père et de plusieurs de nos Roys et
» autres Monarques. Bref, pour couronnement de ce préx> sent, les docteurs et professeurs en théologie s'offrent » de vous instruire et informer des plus secrettes prières » de la vraye théologie pour vous conduire au séjour de 5 Dieu quy, par sa grande miséricorde, vous donnera et » rendra la couronne de gloire et au royaume duquel la » moindre parcelle vault sans comparaison beaucoup plus p que tous les empires du monde. Voilà, Monseigneur, le pré- » sent que vous faict cette célèbre Université de Bourges, » duquel vous pouvez vous servir tant et si longuement » qu'il plaira à sa divine Majesté de vous donner la jouis- » sance de cette vie. Voilà le lesmoignage très-certain du » service et fidélité que vous offrent vos très-humbles y> serviteurs les recteur, doyen, docteurs et supost de » l'Université de Bourges. »
» Après succéda le S' Sarrazin, président en l'Eslection » et Maire de la ditte ville de Bourges, lequel ayant salué » Monseigneur au nom de la Ville, luy dict :
« Monseigneur,
» Les Maire et Eschevins de cette ville de Bourges
» viennent icy pour honnorer le premier pas que faictes
» en ce lieu et jetter dedans vos tendres années la semence
» des offres de leur très-humble service, pour moissonner
» quelque jour l'abondance de vos affections, soubs les
» auspices desquelles cette Ville demeurera en seuretc
» comme elle faict maintenant soubs celles de Monseigneur
y> le Prince. Le souvenir de ce doux et paternel gouver-
» nement vous sera un fort aiguillon pour aymer cette
* Ville, jugeant à Tadvenir qu'elle ne pouvoit cstre aymée
» par ung sy grand Prince sans qualités aymables, et à
» nos descendants une puyssante raison pour recevoir
» Vostre Grandeur qui, vous voyant renouveller environ
» cette Ville les bienfaicts paternels, nous acuseroit d'avoir
» mescogneu la valleur d'iceux, lesquels pouvons juger
» par le contre-coup des afflictions des peuples voisins.
» Vos affections antées sur celles de Monseigneur vostre
» Père, rendront des fruits admirables de bienveillance,
» et le zelle qu'avons à vostre service provigné ^ à nostre
î postérité par le récit de ses continuelles obligations, la
y> portera au poinct vertical des désirs qui se peuvent
» avoir d'une juste recougnoissance ; elle se tiendra bien
» heureuse de pouvoir enrichir d'une agréable émulation
» la qualité, Monseigneur, que prenons aujourd'huy avec
» ce tacite consentement de nos concitoyens, de vos très-
» humbles et très-obéyssants serviteurs. »
» Ce faicl, il se retira pour aller attendre Monseigneur le » Duc à l'entrée de la Ville.
» Incontinent après entra Monsieur Philippe Lebègue, » conseiller du Roy en ses conseils d'estat et privé, prési- » dent au siège présidial, assisté de tous les corps de la » justice, lequel après avoir salué Monsieur le Duc avec » une révérence humblement relevée, luy dict ces parolles » d'une fasson naturellement respectueuse et resDectueu- » sèment grave :
« Monseigneur,
» Soubs le voile d'ung fabuleux discours, les poètes » nous représentent qu'ung jeune adolescent en la pri-