CHAPITRE XIII LA PESTE, A BOURGES, EN
Liasse 17 [Suite)
(F° 89.) — Toutes communications sont interdites avec les villes de Mehun, Nevers et Sancerre, dans lesquelles la peste sévit avec une extrême rigueur. (17 mars 1628.)
(• Quartier Bourbonnoux :
» MM. Manceron conseiller, Mercier Esleu, Deschaises, » Ramier, de Champ, Lefer, Levoyer, Robelin.
» Quartier d'Auron :
» MM. Mercier, le Lieutenant criminel, Bouffers, Delissay, » du Vreuille, d'Aubilly, Augier advocat, Corbin.
» Quartier St-Sulpice :
» MM. Fauvre conseiller, d'Ivov, Bienvenu conseiller, B de Boismartin, Bruère capitaine, Boju capitaine, Alange » et Barbier procureur.
» Quartier St-Privé :
» MM. Debrielle, Foucauld, Pelisson, Paulin, Bourges, » Refatin capitaine, Refatin avocat, Hodeau notaire royal. »
A partir du f'' 102 de cette liasse, je trouve une foule de documents relatifs à l'horrible peste qui, pendant la fin de 1628, désola la ville de Bourges et lui enleva plus de 5,000 habitants.
Les pièces que je vais reproduire retraceront les terribles péripéties de cette affreuse contagion.
OBDONNANCE DE SALUBRITE PORTANT DEFENSE D ELEVER EN VILLE TOUTES ESPÈCES d' ANIMAUX
(P 103.) — Depuis quelques mois, les villes et villages environnants avaient été frappés par la contagion, et tout avait été mis en œuvre pour éviter que la Ville n'en fût atteinte.
Ce fut en vain. Le 25 juillet 1628, deux femmes décédèrent rue Neuve-des-Bouchers (quartier Saint-Privé) ; c'est là le point de départ du fléau. « Etienne Vignauldon, maître » cirurgien, envoyé par la Municipalité, constata le pourpre » et les accidents de la peste. Après avoir pris l'advis du » docteur Prat, il fust décidé que les deux femmes seraient » promptement inhumées au cimetierre Saint-Bonnet, cha- » cune en une fosse profonde et chacune en un cercueil, » et qu'attendu leur pauvreté, le tout serait fait aux des- » pens de la Ville. Le S*^ Delagarde, Eschevin, fut chargé » spécialement d'y tenir la main. »
222 AnciiivEs de la ville de bourges
Continuons à analyser.
(F° 104, 30 juillet 1628.) — « Quelques cas se produi- '> sirent successivement, soupçonnés d'être la maladie con- » tagieuse; la Municipalité réunit immédiatement les maîtres » cirurgiens de la Ville, Jehan Denis, Hubert Billot, Jacques » Barnyer, Jehan Porcher, Yves Brunet, François Merlin et » Etienne Yignauldon. M'' Eustache Duchamp, lieutenant du » S' barbier du Roy en cette province estant absent , ceuxy> ci décidèrent que le S'" Yignauldon serait spécialement y> chargé de traiter les cas qui se présenteraient. II prêta » serment de bien s'acquitter de sa charge, moyennant » salaire compétant. Il fut décidé que toute personne )) atteinte de contagion resterait renfermée et sous clef dans » sa maison, et que nourriture lui serait tendue à travers » les huis. Personne ne devra plus aller soit aux Aix, à San- » cerre, à Mehun ou tous autres lieux infectés. »
(F" 106, v°, 5 août 1638.) — Un marchand, le S^ xVssade, ayant, le 11 août, perdu deux enfants et sa domestique, sa boutique fut fermée.
(F° 108.) — Il en fut de même le lendemain pour la boutique du S'' Paulin, marchand, place Gordaine, dont la femme était décédée. Les portes et volets furent cadenatés.
(F° 109, 13 août 1628.) ■— « Ordre au prévost de la santé >> de pourvoir à tous les besoins des malades enfermés dans » la maison de la santé. Un corps d'individus appelés Mou- » tlionniers est créé. Ils sont appelés à inhumer les pesti- » férés, à communiquer avec eux, et à marquer d'une croix » blanche toutes les maisons infectées de la contagion. »
Ce corps compta de nombreuses victimes et fit preuve, tout le temps de la contagion, d'une énergie extrême. Les moulhonniers se livrèrent à la fin cependant à quelques exactions, qui furent réprimées.
Suit un « Etat des officiers nécessaires pour traicter les » malades, tant en la Ville qu'en la maison publicque à ce » destinée hors le faulbourg Sainct-Privé :
» Ung ou deux confesseurs ;
» Deux cirurgiens ;
» Ung appotiquaire ;
» Ung boucher ;
» Ung boulanger ;
y> Ung vivandier;
» Le prévost de la santé ;
» Quatre mou thonniers;
» Deux femmes;
» Le concierge de la maison des pestiférés. »
LE FLEAU s ACCENTUE DAVANTAGE
(F° 110, v«.) — Le 14 août 1628, nouvelle réunion de chirurgiens à l'Hôtel-de-VilIe. ïl en résulte les mesures suivantes :
« Défense à tous bouchers, vendeurs de chairs, et demeu- » rant en la rue Neufvc-des-Bouchers et Poissonnerie, de » tuer ny vendre aucunes chairs qu'ils n'ayent été séques- » très de ces rues pendant ung moys.
» Défense à tous autres bouchers de soufiler les chairs » avec la bouche.
» Défense aux boulangers de vendre pain en place pu- » blicque de la porte Gordaine, et à tous herbiers et fruicj> tiers de vendre aucunes herbes ou fruicts à la porte )) Gordaine ou à la porte Neufve. »
(F° 111, v^, 14 août 1628.) — Deux marchands spéciaux pour la fourniture de la viande et du pain des pestiférés sont choisis, ce sont : André Laharpe, boucher, et Jehan Taupier, boulanger. Eux seuls devront fournir les gens frappés de contagion. Toutes autres relations sont interdites aux pestiférés.
Le gage du prévost de la santé, nommé François Dautry, est porté à 24 livres par mois ; et le salaire des mouthonniers est élevé à 15 livres. Les hommes choisis le 24 août sont tous hommes de bonne volonté. Je reproduis leurs noms comme étant ceux d'hommes courageux. Ce sont : Henry Maillard, Jehan Julien, de la paroisse Saint-Ambroix; Léonard Louis et Michel Delhomme, vigneron, de la paroisse de Saint- Fulgent. Ils ne devaient pas marcher par la Ville sans être munis d'une baguette blanche, qu'ils tenaient devant eux; ce signe les faisait reconnaître comme étant journellement en contact avec les pestiférés, et indiquait qu'ils pouvaient communiquer la maladie.
(F° 113, du même jour 14 août 1628.) — a Défense de » vendre concombres, melons, cernaulx, de brûler de la » paille dans les rues tant de jour que de nuict, et de ven- » dre ou acheter bardes ou meubles soupçonnés d'avoir » appartenus aux pestiférés. »
(F« 113, v«, du 16 août 1628.) — « Etat des médicaments
» prescrits par le conseil des cirurgiens pour constituer uue » appothicairerie permanente pour soigner les malades. »
Cette nomenclature présente un certain intérêt. La voici :
Cordiaux et sudorifiques.
« Vieille thériaque ;
» Mithridatte;
» Confection d'hyacinthe;
» Diamargaritum frigidum;
» Diardhum abbatis;
» Trocisque de camphre;
» Eaûe d'ozeille;
» Eaûe de roze;
» Eaûe de chardon bénist;
» Eaûe de scabieuse;
» Eaûe de reyne des prés;
» Eaûe de scordium;
» Eaûe-de-vie;
» Bon vin blanc;
» Vinaigre;
» Syrop acateux;
» Syrop de lymons.
Sommifères.
D Syrop de pavot blanc; » Thériaque récente.
Cure particulière du charbon,
» Huylle de lis; » Huylle rosat;
» Iluyilc de camomille; h Onguant de Belo; « Nulritum cum succis; )^ Rcfrigerans de Galien.
» Le suyvant cataplasme qui apaisera la douleur, cédera » l'inflammation et supurera. »
Suit une formule médicale latine si abrégée, qu'il est impossible de la traduire.
Cataplasmes, cautères.
» Basilicum, humidificatis do opio, emplastrum diacal- » citheos, poudre de mercure, calcaullium, alun bruslé.
Pour la cure du bubon.
» Onguent de allhara, huille de scorpion, diachylum, » basilicum chiruro-icum ou di\inum.
Paste pour les vesicatoires.
» Composée de cantharides, euphorbe, poivre et mou- » tarde.
Purgatifs.
» Agaric, sirop de roses pâlies, catholicon pour les » clistères, liyèrc, huylle violai, miel commun, follicul 0 senna, diaprurium laxatif.
(F° 116, le 17 août 1628.) — « Les moulhonniers auront f> pour mission supplémentaire d'apréhender toute per- » sonne soupçonnée d'avoir ou d'avoir eu la peste et qui
» ne sera pas porteur d'une baguette blanche, et de la » renfermer dans la maison des pestiférés. »
MARCHÉ POUR CONSTRUCTION d'uN AUTEL PORTATIF
(F° 118, v% 18 août 1628.)— <•< Le dict jour 18 août 1628, » les Maire et Eschevins ont fait marché avec Jehan » Limosin, M® menuisier, pour faire ung autel portatif de » boys de menuiserie pour cellébrer sur y celluy le sainct » sacrifice de la messe devant les maisons des pestes. Tant » officiers de la santé que pauvres mallades de con- » tagion qui y seront pourront y assister. Ce marché est » faict moyennant la somme de 24 livres, qui sera payée » au dict Limosin des deniers commungs, lequel autel il » a promis faire en 3 jours sur le dessin et modèle par p luy dressé. »
(F° 119, v°, 19 août 1628.) — La Ville s'entend avec MM. Billot, Hubert père et son fils Jean, tous deux « cirurgiens », pour les soins à donner aux pestiférés. Ils toucheront chacun 600 livres pour 2 mois et, après la fin de la contagion, il leur sera baillé à chacun tin habit. Le 31 août, le fils mourait de la peste. Ces deux a cirurgiens », qui ne devaient avoir de communication qu'avec les pestes, furent logés dans la chambre dite du Goullombier, proche le Pré-Fichaux ; ils furent meublés aux frais de la Ville et reçurent un poinçon de vin.
(F° 120, v^) — Le 21 août 1628, il est décidé, en raison du grand nombre de morts, que les « mouthonniers » ne les porteront plus au cimetière^ mais ils auront la mission
de conduire le chariot pour charger et conduire les cadavres provenant de la contagion.
EMPRUNTS COiNTRACTES POUR FAIRE FACE AUX FRAIS DE LA