‹ Archives de la ville de Bourges avant 1790 (volume 2)Chapitre 84 sur 86 · livres · texte numérisé non relu

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» dicte charge ainsy que dessus, et visiter tous ceulx dont » il sera requis et par nous ordonné.

» Et donnons advis au prévost de la santé de ceulx qui » seront atteints de la dicte maladye, afin d'y pourvoir.

» En tesmoing de quoy nous avons signé ces présentes » et faict signer au dict Guillemin et à Pierre Douart, » commis du greffier de la dicte Ville, les jour et an que » dessus.

» Le registre est signé :

» TuLLiER, Maire; Guenoys, Léveillé, Eschevins; » DouART, pour le Greffier.

» Guillemin n'a poinct signé, comme il est dit au corps » du procès-verbal. »

(F° 163, v°, 7 octobre 1628.) — Le chiffre des « pestes » devient si grand que l'on est obligé de choisir par quartier quatre habitants de bonne volonté pour aller par les rues faire séparer ceux qui sont infectés de la maladie contagieuse de ceux qui sont en bonne santé, et les contraindre à porter la baguette blanche.

(F° 164.) — Le nombre de religieuses envoyées paraît insuffisant, car, le 9 octobre suivant, la Municipalité écrit à nouveau à MM. les Administrateurs de l'Hôtel-Dieu de Paris pour avoir d'autres religieuses de l'hôpital St-Louis, afin de les établir dans l'Hôtel-Dieu de cette Ville pour la commodité du service des malades.

(F° 165.) — Le 13 du même mois, il était « advisé que » les curés des paroisses et les religieux des convents de

» cette Ville seraient advertys de faire prières le dimanche

» suivant 15 octobre, à chascune esglise pour les néces-

D sites de la France et le vœu que la Municipalité a faict

» le 8 du dit mesme mois en l'esglise des Pères Jésuistes,

» sur les occasions présentes de maladie contagieuse. »

(F* 165, V'). — Le 17, ordre était donné de faire nettoyer, blanchir, aérer et parfumer toutes les maisons qui avaient été ou qui étaient infectées de contagion, et de faire envoyer à St-Palais pour faire amener la chaux nécessaire.

« Et que ceulx qui ont eu la maladie et qui vendent » du vin à pots, feront mettre ung grand batton blanc » au-dessoubs de Vamouchau avant que le faire crier par » la Ville. »

(F°167.) — Le 22 octobre, un deuxième Eschevin, M. Girard, du quartier Bourbonnoux, mourait également de la peste. Il a été inhumé dans la chapelle de l'Hôtel-Dieu.

(F* 168.) — La peur de la contagion était devenue telle, qu'à l'occasion de la louée des vendangeurs, afin que chacun sût à quoy il pouvait s'exposer, il fut enjoint aux vendangeurs qui avaient été atteints de la maladie de se réunir sur la place Gordaine, et à ceux qui n'avaient pas été malades de tenir louée sur la place Bourbonnoux. Malgré la guérison, on tenait à empêcher toute communication. (23 octobre 1628.)

(F° 168.) — Dès le 24 octobre, on remarquait une diminution sensible dans le nombre des cas de peste ; le nombre des chirurgiens spéciaux fut donc réduit à deux.

Le mal cédait soit à l'abaissement de la température, soit aux précautions qui avaient été prises.

(F° 170, Il novembre 1628.) — L'Hôtel-Dieu fut chargé de pourvoir au logement, à l'entretien et à la nourriture de tous les petits enfants dont les parents étaient décédés de cette horrible maladie, ne leur laissant aucune ressource, et défense leur fut faite d'aller mendier par les rues de la Ville.

A partir de ce moment, la peste alla en diminuant et, pour éviter toute recrudescence, les précautions prises jusqu'alors furent ordonnées avec autant de sévérité que par le passé.

(F° 172, 13 décembre 1628.) — Suit un rapport officiel de la Municipalité sur les différentes phases de la contagion depuis son début. Il est plein d'intérêt et, résumant parfaitement cette triste époque, il vient corroborer entièrement l'analyse que nous en avons faite.

« Messieurs les Maire et Eschevins de la ville de Bourges, » estant en charge durant l'affliction de la maladie conta- » gieuse advenue en la ditte Ville, voyant que dès le moys )) d'aoust quelle avoit commancé, tous les principaulx » habitants, tant du Clergé, de la Justice, Trésoriers » généraux de France, Université, Médecins, Eslection, Gappilaines, Conseillers de Ville, que autres notables bourgeois et marchands, avoient quitté et abandonné la Ville et s'estoient retirés aux champs en nombre de » plus de six mille, et serait seulement demeuré pour le ï gouvernement des affaires, police et soulagement du » grand nombre des malades de contagion et conservation » de la Ville, Messieurs Tuilier, Seigneur du Petit-Mazières,

» Conseiller du Roy, Prévost et Maire d'icelle ; Girard, » Leveillé, Sieur de la Grigossaine, Guenoys et De la Garde, » Eschevins ; assistés de M® Josef Alabat, Procureur des » affaires communes; et du Clergé que MM. Debrielle et » de Roulin, Chanoines en l'esglise de Sainct-Estienne ; » du Corps du Présidial, Monsieur Gibieuf, Conseiller, seul; » Monsieur le général Millet, aussy seul ; de MM. les » Trésoriers généraulx de France, Messieurs Tandégné et » Mercier, Esleus du corps de l'Eslection; Monsieur Lebloy, » D^ en médecine, aussy seul, du corps de l'Université et » Médecins; et des dicts Cappitaines et trente-deux Conseil- » 1er?, que le dict sieur Mercier, Esleu, Pellisson et Renon.

» Et les dicts sieurs Maire et Eschevins, ainsy délaissés » de ceulx qui leur pouvaient ayder en la dite affliction, » qui augmentoit de jour à autre, mesme que en maisons » des pestiférés y avoit de sept à huict cents malades et » en décédoit ung grand nombre chacun jour en iceile et » dans la Ville, auraient eu recours en Dieu par prières ») et dévotions et faict ce qui cstoit possible pour le soula- » gement des dicts malades, et avoit des religieuses et » personnes dévotes pour leurs consolations spirituelles, » les confesser et administrer les sacrements, et de bons » et expérimentés cirurgiens pour les panser et médica- » menter et toutes sortes d'officiers de la santé; et pendant » cette extrémité, les dicts sieur Girard et De la Garde, » Eschevins, estant décédés de contagion, le sieur De la » Garde le 14 septembre et le sieur Girard le 22 octobre, » et plusieurs officiers, concierges de l'IIostel-de-Ville, » sergents, messagers et dixainiers, et sergents de bande.

» Les dicts sieurs Maire et Eschevins auroient esté con- » traincts de sortir du dict llostel do Ville et se retirer,

» pour traicter de leurs affaires, dans une chambre du con- » vent des Carmes, où ayant demeuré jusqu'au jour de » SaincL-Michel, que plusieurs religieux du dict convent » estant décédés de la dicte maladie, les dicts sieurs se » seraient retirés en la chambre de l'Eslection et chacun » jour assemblés en icelle; et maistre Paul Lelarge advo- » cat, et Charles Depardieu greffier de la Ville, se seroient » retirés hors d'i celle au mois d'aoust, à cause de la dicte » maladie, et les dicts sieurs Tuilier, Maire, de la Grigos- » saine, Eschevin, et Alabat, Procureur, estant demeurés seuls » du Corps de Ville, auraient prié MM. Mercier Esleu, » cappitaine, l'un des 32 conseillers du quartier de Bour- )) bonnoux, et Renon, bourgeois, aussy des 32 conseil- V 1ers de Ville au quartier St-Privé, de s'emploier, ainsi » qu'ils avaient desià fait, aux affaires de la Ville, et faire » les charges d'Eschevins des dicts quartiers, au lieu des » dicLs défuncts, sieurs Girard et De la Garde, Eschevins, » soubs le bon plaisir de Monseigneur le Prince, ainsy qu'il » est contenu par les actes qui en ont esté faicts les 5 oc- » tobre et 3 novembre dernier, n'ayant eu les dicts sieurs » Maire et Eschevins, aucune assistance et soulagement j) pendant cette affliction, depuis le mois d'aoust jusques à » celluy de décembre 1628, que des Révérends Pères Jé- » suistes et Capucins, qui ont faict ce qui a esté en leur » possible en ceste occasion de maladie contagieuse, pen- » daut lequel temps seroient décédés environ cinq mille per- » sonnes en la Ville et faulxbourgs et maisons de pestiférés » de St-Lazare.

» S/(//ï(^ : TuLLiER, Maire ; Léveillé, Mercier, 7) Renon et DouART, Greffier. »

(F" 174, v°). — Suit : a L'estat des officiers que Messieurs » les Maire et Eschevins ont receu et faict emploie à servir » et soulager les malades de contagion depuis le 2* aoust » 1628. »

Je crois devoir reproduire ce tableau. Ce sera un hommage rendu au dévouement de ceux qui, dans ces tristes circonstances, ont consenti à exposer leur vie pour soigner leurs semblables.

Livrer leur nom à la publicité doit être un exemple et un encouragement pour les générations à venir :

Confesseurs.

(.( Le Père Barace et son coadjuteur, Jésuistes, qui sont » décédés de la maladie contagieuse et ont esté inhumés » dans la chapelle de St-Lazare ;

» Messire Gilbert Servin, Prebstre séculier ;

» Le Père Thomas, Capucin ;

» Le Père Michel, Capucin, qui est décédé de contagion, » et dont le corps a esté inhumé dans la chapelle des Pères » de Saint-Paul ;

» Le Père Cornevieux, Jésuiste ;

» Le Père Crussot, Jésuiste ;

» Le Père Fortuné, Capucin ;

» Le Père Julian, Capucin.

Cirurgiens.

« Estienne Vignauldon, Cirurgien, resceu le 22 aoust, et » est décédé de contagion et inhumé son corps au cymetière » des maisons des pestiférés;

» Hubert Billot, maistre Cirurgien ;

)) Jehan Billot, son fils, rcsccu le 19® aoust; celui-ci mort o de contagion ;

)■> Malhurin Hardy, Girurgien, resceu le 23 aoust ;

» René Boussac, maistre Girurgien, de Vierzon, resceu le » 7 septembre ;

» Jacques Rabouyn, Girurgien, des Ays, resceu le 9 sep-

» tembre;

)) Allexandre Guillemin, maistre Girurgien de la ville de » Paris, resceu le 28 septembre;

» M® Descrosses, Apoticquaire ;

» Symon Berthelot, Goncierge de la maison des pestiférés ;

» Jacques Ghevereau, Goncierge des maisons de St-Lazare;

» François Regnault, Prévost de la santé, décédé ;

)> François Tassin, Prévost de la santé;

» Jacques Ghapon, resceu pour assister les confesseurs » des malades dans la Ville ;

» Henry de Ghanteloup, resceu pour escrire les noms des » malades de la maison de la santé et ceux qui y décé- » doient;

» Abram Gottin, serviteur des cirurgiens, décédé ;

» Germain Berger, serviteur de Messire Servyn, confes- » seur des malades, décédé ;

y> Jehan Poisson, serviteur du dit Servyn ;

» Jehan Neufville, serviteur de Mathurin Hardy, cirur- » gien;

» René Bizeau, serviteur de Pierre Boussac, cirurgien ;

y NicoUas Lauverjat, serviteur de Jacques Rabouyn, cirurgien ;

» Estienne Danger, serviteur du dit Rabouyn ;

« Denis Thabouct, serviteur de Jacques Ghevereau, con- » cierge de la maison de St-Lazare ;

» Pierre Audry, serviteur de Symon Berthelot, concierge « de la maison des pestiférés ;

» Estienne Refatin, pour escrire les noms des malades » de la maison des pestiférés et ceux qui estoient décédés ;

» Julian Beauchamps et Louis Pacault, assistant les » Pères Capucins, confesseurs, et Louis Le Cœur, remplis- » sant les mesmes fonctions.

Mouthonniers.

f> Jehan Julian, décédé ;

» Léonard Louis ;

» Michel Delhomme ;

0 Claude Lebret ;

» Claude Chalmeau ;

» Jehan Bart ;

» Louis Bouttaire ;

» Gabriel Lucques ;

» Jehan Creuzilles ;

» Martial Bault ;

» Jehan Pilhet ;

;) Mathieu Dubuisson ;

» Estienne Louysay ;

» Benoist Durand ;

» Philibert Larcques ;

» Guillaume Lagogué, décédé ;

» Gilles Barbattes ;

» Charles Ruine ;

» Guillaume Denys, fossoyeur;

» Pierre Jehan, fossoyeur ;

» Estienne Daugy ;

» Robert Content ;

» Jehan Delacroix ;

» Jehan Martin ;

» Sulpice Legrand ;

» Pierre Bauldon ;

» Jacques Duval, serviteur ;

» Nicollas Delestang ;

» Jacques Desieur, serviteur ;

Femmes resceues pour servir les malades.

» Marie Ghartier ;

» Marie Brossard ;

» Françoise Mynois ;

» Catherine Lescuyer ;

» Pasquette Gauvyn ;

» Pierrette Tygneau ;

» Margueritte Sevestre ;

» Pierrette Ollivier ;

» Ragonde Barau ;

» Magdalaine Chabouret ;

» Chalote Moreau ;

» Gilberte Chastelier ;

» Et troys religieuses de l'hospitalSt-Louys, de Paris. »

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