‹ Archives de la ville de Bourges avant 1790 (volume 3)Chapitre 45 sur 97 · DISCOURS DE M^ REGNIER, PRÉSIDENT ET LIEUTENANT GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DISCOURS DE M^ REGNIER, PRÉSIDENT ET LIEUTENANT GÉNÉRAL

« Monseigneur, en quelqu'endroict que vostre personne » se transporte, la grandeur de vostre nom et origine » royalle anime chascun de désirer non-seulement voir, » mais aussy par tous humbles devoirs et démonstrations » d'affection et volonté enviable, recognoistre vostre Excel- » lence à quoy singulièrement sont invités ceux du pays et » duché de Berry, ausquels Dieu a faictceste grâce de vous » establir sur eux. Prince, Seigneur et Duc et ains que de » toustes principaultés, et dont la justice sera le seul soutien » et principal fondement. Toutesfoys la singulière splendeur » de vostre origine, accompaignée de toutes vertus, faict » que le corps de Justice de vostre Ville de Bourges, com- » posé de ceste compaiguie, est présenté en toute humihté » devant vous, comme s'approchant de son vray soleil pour » d'iceluy recepvoir accroissement de splendeur et par » vostre principalle aucthorité estre maintenu en sa dignité » et honneur. Et ainsy qu'un navire voyageant ayant esté » surpris d'un fort mal de tempeste, après avoir longue- » ment esté battu d'un vent contraire, reçoit singulier con- » tentement quand, eschappé du naufrage, il peut appro- » cher d'ung port, pour à couvert en iceluy reprendre ses » esprits et réparer ses adventures, ainsy l'aucthorité de » vostre justice ayant souffert les travaux, afQictions et » oppressions des armes que les troubles passés ont auc- » thorisées, tirée par vous. Monseigneur, des angoisses,

B tumultes et mesprises esquels les raisons guerrières l'ont » réduictes, se rend en vostre sein et met entre vos bras, et » a recours à vostre bonté et clémence et espère, Monsei- » gneur, que la force de vos rayons tirera toutes mauvaises » exalations et résouldra tous brouillards eslevés par les » tempestes passées, en sorte que le temps devienne beau » et calme. Vostre lumière fera luyre la justice et la resta- » blira en son ancienne splendeur.

» Les bons empereurs romains n'ont estimé la force de » leur empire, consistée tant en -structure de tours et » forteresses qui sont subjectes à ruynes et réparations, » qu'en ung bon establissement de justice, par laquelle l'emï pire naissant s'entretient heureusement. Il dure certai- » nement avec la prospérité du prince. Aussy la justice a » esté appelée fille du Ciel, pour vouloir dire n'y a rien plus » approchant de la divinité que la distribution d'icelle, qui » appartient par tiltre spécial aux Roys, princes et poten- » tats, qui sont l'image de Dieu vivant, et qui les faict » régner et rendre à leurs subjects sincère justice, qui est » bien le plus grand et plus spécieux ornement qui se » puisse trouver, non-seuUement pour illustrer vostre nom » pendant vostre vie, mais aussy pour le rendre recomman- » dable à la postérité. Relevez donc. Monseigneur, comme » de la poulssière, l'honneur de la justice opprimée et » foullée aux pieds. Et nous, qui avons cet honneur d'estre » placés sous vostre aucthorilé à la distribution d'icelle, » asseurez-nous vostre faveur de tel debvoir sous vostre j> obéyssance, que la grandeur de vostre aucthorité et di- » gnité sera suivie par vos offices, que Dieu, le Roy et vous, » iMonseigneur, en recepvrez ample satisfaction et conten- » tement. »

« Mon dict seigneur print en fort bonne part ceste » harangue et enchargea les juges et aydes y faire leur » debvoir, remonstrant sa volonté n'estre aussi que de la » voir rendre sincèrement, comme estant celle qui main- » tient l'aucthorité des roys et princes.

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