RÉCEPTION DU S' RAGUEAU, DOCTEUR RÉGENT EN DROIT
Je crois devoir rapporter également, du ^8 juin 1584, la réception d'un Docteur Régent en la Faculté de droit civil à l'Université de Bourges. Il est bon de connaître avec quel cérémonial il était procédé à cette solennité. A cette époque
si florissante de nos écoles, comme toujours, la Municipalité joue un grand rôle dans les fêtes publiques.
Voici cette cérémonie :
« Aujourd'huy lundy, dix-huictième jour de jung mil » cinq cent quatre-vingt-quatre, honorable homme maistre » François Ragueau, conseiller du Roy et lieutenant générai » au bailliage et siège royal de Mehun-sur-Yèvre, a esté » reçu docteur régent en la Faculté de droict civil en l'Uni- » versité de ceste ville de Bourges, estant assisté, à sa » réception, de noble homme Robert Damours, sieur de » Ghabry, maire, Claude Debourdieu, sieur de Poisieux, » Jehan Foucauld, sieur de Boisrogneux, et Estienne Gou- » gnon, sieur des Gloix,' eschevins d'icelle ville de Bourges, » messires Claude Bourdaloiie, advocat, Claude Perron, » procureur général, Seurrat, sieur de Lissay, receveur, et » André Depardieu, greffier de la dicte Ville, accompagnés » des concierge, sergents, et des trois messagers de la dicte » Ville, ayant, les dicts sergents et messagers, leurs robbes » des couleurs de la dicte Ville, et le dict sieur Ragueau est » venu en maison de Ville, assisté de MM. Cujas, Mercier, > docteurs régents, et de messire Mercier, docteur en » médecine, recteur d'icelle Université, ensemble des advo- » cats, procureurs, scribes, et aultres officiers d'icelle Uni- » versité, au-davant desquels docteurs marchoient les » bedeaux avec leurs masses.
DÉPART POUR LES GRANDES ESCHOLLES — RÉCEPTION ET INVESTITURE DES INSIGNES
» Alors MM. les Maire et Eschevins et Officiers de la Ville » sortirent avec eulx, marchant à chascun costé, asscavoir
» l'Université à la main dextre et la Ville à la senestre, et » sont allés en procession aux grandes escholles, où le dict » sieur Ragueau a faict sa proposition estant dans une » chaise, joignant comme au-davant de la chaise du rec- » teur des dictes escholles, et a faict le dict sieur Mercier, » docteur régent, pour le compte du dict sieur Cujas, doyen » de la dicte Université, la harangue pour la réception » d'iceluy Ragueau, et le reçeut et installa en la dicte di- » gnité de docteur régent es la faculté de droict civil en » l'Université de Bourges, au lieu et place de deffunct mes- » sire Nicolas Bouguyer, et lui a ceinct une ceinture d'or, » mis ung anneau dans le doig médical (sic), vestu la robbe » doctoralle et prins de luy le serment en tel cas requis, » et, selon qu'il est escript dans le livre dé l'Université qui » luy a esté apporté par le scribe d'icelle, qui luy a faict » lecture en mot à mot du dict serment, et, ce faict, a esté » conduict par sa compaignie en l'esglise de Saint-Estienne, » où tous sont entrés dans le cœur et rendu grâces à Dieu, » et de là sont allés jusqu'au logis du S"" Ragueau.
» A esté ensuite, par le dict Maire et Eschevins, faict » donner distribution aux assistants, par François Vignaul- » don, concierge de la maison de Ville, des sommes ordi- » naires, ainsy qu'il est accoustumé à la réception des doc- » teurs régents et selon l'usaige. »
SERVICE A l'occasion DE LA MORT DU DUC DE BERRY
Suit un document faisant rapport d'une cérémonie funèbre : un service à l'occasion de la mort du duc de Berry,
frère du Roi, survenue le 10 juin 1585. Cette cérémonie est due à l'initiative de la Municipalité, qui, en cette circonstance, déploya un zèle témoignant d'un grand regret pour la perte du prince.
« Gejourd'huy, nous, Robert Damours, sieur de Chabry, » varlet de chambre du Roy, maire; Claude Debourdieu, » sieur de Poizieux, Jehan Foucauld, sieur de Boisrogneux, » et Estienne Gougnon, sieur des Cloix, eschevins de la » ville de Bourges, estant advertis du décès et trépas de » Monseigneur, frère du Roy, duc d'Anjou, Berry, Tour- » rayne, AUançon, qui décéda le 10* du présent mois en » son chasteau de Chasteau-Thierry, et, ayant prins l'advis » d'aulcuns notables habitants de la Ville et mesmement de » noble homme François Le Maréchal, S' de Corbeil, con- » seiller du Roy, trésorier de France et directeur des » finances, estant avec nous en la dicte maison de Ville, sur » les solennités et cérémonies requises et obligées de Mon- » seigneur, pour la mémoire que nous debvons à Son » Altesse, avons advisé et consilié que messires de l'esglise
> de Sainct-Estienne de Bourges seront priés de vouloir » bien dire vigilles, demain, jeudy, pour l'âme de Son » Altesse, de troys à quatre heures après midy, en la » dicte esglise, et le lendemain, jour de vendredy, faire » l'obsèque à heure de huict à neuf heures du matin, et » auxquelles cérémonies du jeudy nous assisterons, accom-
> paignés des Officiers de la Ville et des trente-deux Con- » seillers d'icelle, ayant seulement nos habits ordinaires, » sauf les sergents, qui auront leurs robbes des couleurs » de la Ville, et le dict jour de vendredy nous assisterons » aussi aux obsèques, accompagnés des advocats, procu- » reurs, receveur, greffier et concierge de la Ville, avec les
» robbes consulaires, et seront mandés les trente-deux
» Conseillers pour y assister pareillement.
» Sera cryé par les carfours de la Ville et en les lieux
» accoustumés, par Guillaume Villepellet, préconiseur
» juré, qui sera près le crieur de patenostres, après les
» sons des clochettes, et qui yra par la Ville, dès demain
» jeudy, pour admonester et advertir les habitants du ser-
» vice qui se faict aux jours et heures susdicts, pour l'àme
» de iMonseigneur, et dira tout hault en ces termes :
a On faict asscavoir à tous les habitants de ceste Ville qu'il » se dira des vigilles ce jourd'huy, à troys heures après > midy, en l'esglise de Sainct-Estienne, et demain vendredy » se fera le service pour l'obsèque de deffunct très-hault, » très-puissant et très-magnanime prince Monseigneur » François, fils et frère de Roy, duc de Berry, lequel dé- » céda dans son chasteau de Ghasteau-Thierry, le dimanche » dixième du présent mois de jung. Priez Dieu pour son » âme. »
» Sera faict six torches de chascune deux livres, aux » despens de la Ville, et à chascune des six torches seront » mises les armoyries eu deuil de Monseigneur et lesarmoy- » ries de la Ville au-dessoubs, lesquelles torches seront » portées aux obsèques par les six sergents de la Ville, » avec leurs robbes des couleurs de la Ville.
» Seront advertys les cappitaines de la dixaine et les » dixainiers de nous venir trouver le dict jour de vendredy » matin, pour, avec les six sergents de la Ville, nous- » accompagner aux obsèques avec leurs robbes des cou- » leurs de la Ville.
> Les sergents yront chascun en leur quartier demain
» matin avec leurs dictes robbes des couleurs de la Ville, » semondre ^ et advertir les dicts trente-deux Conseillers » de se trouver en maison de Ville, pour aller avec nous » aux services et obsèques susdicts.
» Seront advertys. Messieurs de la Justice et de l'Univer- » site de ceste Ville, de ce que dessus, afin qu'ils assistent » aux services et obsèques cy-dessus.
» Sera prié Monsieur Picteaune, du collège de la Société » du Nom de Jésus de ceste ville de Bourges, de faire aux » obsèques l'oraison funèbre de Monseigneur, pour la mé- » moire d'iceluy.
» Les dictes cérémonies ont esté faictes et exécutées ainsi » qu'il a esté cy-dessus contenu, sauf qu'au lieu des dictes » six torches a esté faict cent cierges pesant chascun ung » quarteron, qui ont esté portés en l'esglise Sainct-Estienne, » pour une chappelle ardante.
» Le jeudy 21 jung, à vigilles, il y a eu une dispute entre » Messieurs de la Justice et de l'Université, pour ce que les » dicts sieurs de l'Université ont prins les premiers lieux » dans les sièges du cœur de Sainct-Estienne, à main » droicte, et d'autant que les dicts sieurs de la Justice pré- » tendent devoir tenir le dict premier lieu et que les dicts » sieurs de l'Université, de ce sommés et interpellés, ne » leur ont voullu cedder, et s'en sont allés sans vouloir » assister aux cérémonies.
» Messieurs de la Saincte-Ghapelle du palais royal de » Bourges ont faict un pareil service le vendredy. »
Comme on le voit, chaque document nous livre quelques
1 . Inviter. Cette expression subsiste encore dans nos campagnes ; on y appelle c smoneux » ceux qui vont inviter aux fêtes de famille.
traits de mœurs de l'époque; le préconiseur juré, accompagné du crieur de patenôtres et de ses clochettes, n'a-t-il pas son véritable cachet?
Et cette querelle de préséance entre Messieurs de la Justice et de l'Université, n'est-ce point là l'histoire de l'humanité? Il fallait être cependant bien esclave des préséances, pour risquer ainsi un scandale, surtout au milieu d'une cérémonie funèbre.