ENTRÉE A BOURGES DE LOUISE DE LORRAINE REINE DOUAIRIÈRE DE FRANCE
« BRIE F RECUEIL de ce qui a esté faict en la vilk de Bourges » pour la réception de la Royne douairière de France, Loyse de » Lorraine, veufve de dejfunct le roy Henry troisième, duchesse » de Berry, qui y fit son entrée le vendredy sixième jour de » décembre mil cinq cent quatre-vingt-seize, sur les deux à » troys heures après midy.
» Messieurs les Maire et Eschevius ayant eu advis, quel-
» que temps auparavant, que la dicte dame se préparoit
» pour venir en la dicte ville de Bourges, où elle voulloit
» faire sa demoure, et désirant luy faire paroistre la bonne
» vollunté et affection que les habitants de la dicte Ville ont
» à sou service et la réjouyssance que chascun d'eulx avoit
» de ce qu'il avoit pieu au Roy luy donner et accorder le
» dict duché de Berry, auroient, avec les Conseillers de la
» dicte Ville et principaulx habitants d'icelle, advisé et
» conclud de faire advertir Messieurs du Clergé, de l'Uni-
» versité et de la Justice et principaulx habitants de se
» préparer pour l'entrée et réception de Sa Majesté, et à
» l'esgard de ce qui dépendoit du Corps de Ville qu'ils
» feroient ung dest de damas noyr pour luy présenter et la
» recevoir soubsicelluy à l'entrée de la Ville, ainsi qu'il est
» accoustumé en telles entrées; que l'on feroit faire des
» armoyries du Roy et de la dicte Uoyne avec aulcuns de
» ses chiffres, et divisés pour mesire aux portaulx et
» advenues par où elle passeroit et entreroit en la dicte
» Ville, et que feroit aussy faire des armoyries de Monsei-
» gneur de la Ghastre, Mareschal de France, de Monsieur le
» baron son fils, goubverneur du dict Berry, et celles de la
•» Ville, pour en mestre aux endroicls que l'on cognoistroit
» estre à propos.
» Que l'on feroit tendre les rues par oii Sa Majesté pas-
» seroit de la plus belle tapisserye que l'on pourroit
» trouver, aussy que l'on feroit faire ung théaslre au faulx-
» bourg de Sainct-Sulpice, pour la mestre à couvert en
» attendant que les corps et communaultés, gens d'Esglise,
» ceulx de l'Université et aultres passeroient et qu'on feroit
» les harangues que l'on cognoistroit estre à propos de luy
» faire, et au surplus que l'on feroit tout ce qui seroit pos-
» sible pour honnorer la dicte Majesté et sa dicte entrée et
» réception, laquelle a esté faicte ainsi qu'il suict :
RÉCIT DE l'entrée DE SA MAJESTÉ
» En premier lieu Monseigneur de la Ghastre, Mareschal
» de France, goubverneur et lieutenant pour le Roy au pays
» et duché de Berry, s'estoit bien particulièrement informé
» et rendu certain du jour que la dicte dame devoit partir
> de Chenonceaux, où elle estoit de longtemps résidente,
» fust au-davant d'elle jusques à une lieue ou deux près de
» la ville de Romorantin, et l'ayant rencontrée par les che-
» mins, l'a accompagnée et conduicte jusques à Vierzon
» avec quelque petit nombre de sa compaignie d'hommes
» d'armes, et de la dicte ville de Vierzon vinst avec la dicte » dame jusques à Mehun, et de Mehun l'a conduicte jusques » en ceste Ville, où elle entra sur les deux ou troys heures » après midy, et peu auparavant vinst mon dict seigneur » le Mareschal pour faire préparer et mestre en ordre les » habitants, qui se debvoient trouver à la dicte entrée pour » honnorer Sa Majesté, laquelle il conduisit jusques dans le » théastre qui estoict préparé pour sa réception hors la » dicte Ville, et ne l'abandonna point que les cérémonyes » cy-après mentionnées ne fussent faictes et que la dicte »' dame ne fust en sa maison.
» Les dicts sieurs Maire et Eschevins, accompagnés des » Advocats, Procureur, Receveur, Greffier et Concierge » de la Ville, ayant les robbes consulaires, suyvis des » trente-deux Conseillers et aulcuns des notables habi- » tants d'icelle, sont le dict jour partys de la Maison de » Ville à cheval, ayant devant eux les dixainiers avec » leurs armes et cazaiques de cuivre, et les six sergents » de la Ville vestus de leurs robbes des coulleurs de la » Ville, à cheval devant les Maire et Eschevins,
» Sont allés au-davant de la Reyne jusques dans le » faulbourg Sainct-Sulpice, ungpeu au-dessus du théastre » qu'ils avaient faict faire et préparer, où elle s'arrêta » pour entendre les harangues qui luy seraient faictes, » et Messieurs de la Justice y sont aussy allés à cheval, » ayant au-davant d'eulx les sergents royaulx et après » les Advocats, Procureurs, Notaires et auparavant es- » toient Messieurs du Clergé et tous les corps. Collèges et » Paroisses en procession et aussy Messieurs les Rec- » leurs et Docteurs de l'Université avec leurs chappes » d'escarlate rouge et chapperons fourrés, ayant devant
id8 ARCHIVES DE LA VILLE DE BOURGES
» eulx leurs Bedeaux et Officiers avec leurs masses et » bastons accoustumés ;
» Aussy esloient les cappitaines des quartiers qui con- » duisaient chascun de cent à six vingts arquebuziers de » chascun quartier en bonne couche et bien arnnés, et » tout cela ayant esté veu par la Royne qui estoit retirée » dans le théastre, le sieur Dumerlier, prieur de Sainct- » Ursin, pour le clergé de la Ville, se présenta à Sa » Majesté et lui fist une harangue.
{Cette harangue n'est pas dans le manuscrit.)
» Après, se présenta Monsieur Estienne Mercier, docteur » régent en la Faculté de médecine, recteur de la dicte » Université, qui fist aussy un discours » qui n'est point davantage rapporté au manuscrit.
» Après, se présentèrent le Maire et les Eschevins, » accompaigncs comme dessus, lesquels ayant mis ung » genou en terre, feust par M. Claude Bourdaloue, leur » advocat, faict à la dicte dame la harangue pour toute la » Ville en ces termes :
» Madame,
» 11 estoict impossible de souhaiter davantaige pour ce » pays, quand il vous est entré en volonté de l'avou' et » qu'il a pieu au Roy le vous accorder, soit pour l'asseu- » rance que nous avons que vostre saincte vie nous appor- » tera une propitiation et réconciliation envers la toute » puissance de Dieu, soit que vostre auctorité nous servira » de protection à l'encontrc de ceulx qui vouldraient » nous offenser et particulièrement à l'endroict des gens )> de guerre, lesquels depuis deux ou troys ans font estât » de ruyner ceste province par leurs allées et venues
» ordinaires, car pour le premier quiconque se représente » les vertus qui reluysent en vous, il en entre en admi- » ration, et quant luy en prend l'envye de s'y conformer » et les imiter, tant est Vostre Majesté accompaignée de » la saincteté de Dieu, assidue en prière et oraison, hantant » et fréquentant sans cesse les esglises et lieux de dévo- » tion , pour l'aultre l'antiquité de vostre maison, la y> grandeur de vos ancestres, les ungs roys, les aultres » ducs, les aultres comtes et enfin tous princes généreux » et magnanimes, et le tiltre de Royne de France que » portez, vous rendent si louable et recommandable qu'il » n'y a personne qui ne vous respecte et honore, ne qui » voullust entreprandre sur ce qui est vostre, sur ces » asseurances (Madame), vos très-humbles et très-affec- » tiennes sujects, les Maire et Eschevins et habitants de » ceste vostre Ville de Bourges vous saluent par moy en » toute humilité, avec aultant d'allégresse et congratu- » lation qu'il se peut, vous jurant fidélité et loyaulté, » vous promettant toute révérance et obeyssance et pro- » testation, n'avoir jamais plus grande ambition que de » recebvoir vos commandements et pour les exécuter de » tout leur pouvoir au contentement de Vostre Majesté, » à laquelle ils en supplyent Nostre Seigneur vouloir im- » partir ses saiuctes grâces en très-bonne santé, très- » heureuse et longue vie. »
» Ce faict, les dicts sieurs de la Justice, par la voix de » M' Hyérosme Bauflais, lieutenant, firent une harangue, » dont le texte n'est point conservé.
» Alors estoient sur le portail du dict Sainct-Sulpice les » chantres de Sainct-Estienne et de la Saincte-Chapelle qui
» chantoient ung motet en musique en l'honneur et » louange de la dicte dame, lequel nioLét a esté transcript » en ces quatre vers :
Grata venit sperata, venit Regina triumplians, Gaudeamus, cives, nobis manet alla quies. Vivat, et in longos valeat féliciter annos ! Vivere sic nobis atque valere dabit !
» Lesquels quatre vers ont esté cy-mys en français, » comme il s'ensuict :
Royne très-agréable, espérée, attendue.
Comme une duchesse este la bienvenue.
Réjouissons-nous donc, car elle apporte à tous 0 loyaulx citoyens, ung asseuré repos, Souhaitons qu'elle vive longuement en santé, Car sa vie et son heur est nostre seureté.
» Il y avoit aussy sur le grand portai de Sainct-Sulpice » bon nombre de joueurs d'instruments, violions, hault- » boys, cornets à boucquin, sonnant mélodieusement en » réjouissance de la venue et entrée d'icelle dame.
» Peu après feurent tirées des arquebuses à crocq qui » estoient sur le portail, et sept ou liuict pièces d'artil- » lerye, que les dicts Maire et Eschcvins avoient faict » mener sur la platte-forme qui est le long des murs de » la Ville, près le cymetière des pauvres.
» Et à l'instant, les Maire et Eschcvins, accompaignés » comme dessus, se retirèrent dans la ville, à l'entrée de » laquelle ils attendirent Sa Majesté et luy offrirent les » clefs de la Ville qu'elle ne voullut prandre et dist qu'elles » estoient fort bien en la garde des dicts sieurs Maire et » Eschcvins, et estant soubs le portai d'icelle Ville, luy
« présentèrent un desi (dais) de damas noyr porté par les » quatre Eschevins, qui la conduisirent soubs le dict dest » jusques en l'esglise Sainct-Estienne, où Sa Majesté fust » receue par les doyens, chanoines et chappitre de ceste » église, et luy fust par le sieur de Sigongne, doyen » d'icelle, faict une harangue » dont les termes ne sont pas transcrits au manuscrit.
» Et de là entra dans le chœur d'icelle esglise, où il fust » chanté ung Te Deum et après furent dictes vespres du » dict jour qu'estoit la teste Sainct-Nicolas, lesquelles » vespres elle oyt entièrement et après s'en alla en son » hostel, où elle fust conduicte par la Municipalité, accom- » pagnée comme dessus avec les dictes robbes et sans le » dest, d'aultant qu'il fust pris à l'entrée de Vesglise Sainct- » Estienne par les varkts de pied de la Royne, disant leur appav" » tenir. ^
)> Le lendemain matin, septyème du dict moys de » décembre, les Maire et Eschevins, accompaignés de » leurs sergents, lesquels avoient leurs robbes de livrée, » feurent veoyr la dicte dame en son logis et luy offrir » tout service et obeyssance, à quoy elle déclara qu'elle » avoit receu très-grand contantemant de leurs bonnes V volontés et de la démonstration qu'ils luy en avoient » faictes à sa réception. »