MESURES POUR ARRETER LE DÉPEUPLEMENT DES CAMPAGNES
» HENRY, par la grâce de Dieu, etc.,
» A nostre amé et féal goubverneur de Berry, salut.
» Nous recevons tous les jours tant de plainctes des » volleries et brigandaiges, rançonnements, violences et » extorsions que font nos gens de guerre, tant de cheval » que de pied, sur les pauvres laboureurs et habitants f> des petites villes, bourgs, villaiges et plat pays, soit » en venant en nos armées ou s'en retournant, ou dressant » et rassemblant leurs compaignies et trouppes, qu'il est » impossible que Dieu ne se courouce justement contre » nous et contre ceulx qui nous assistent en nostre conseil, » si nous ne taschons d'apporter quelque remède à tant » de misères et calamités que souffre nostre pauvre peuple » par ceste licence et desbordement, et, d'ailleurs, nous » recognoissons assez que si telles pilleries continuent, » elles rendront toutes les petites villes, bourgs et vil- » laiges abandonnés et déserts et les terres sans labeur » et culture, de sorte qu'il ne sera plus possible que nos » aides, subcides et tailles ordinaires n'y aultres impo- » sitions nous soient payées pour entretenir les forces T) qu'il nous convient avoir sur les frontières pour résister
» à nostre ennemy qui nous assault par divers endroicts » de notre royaulme, ny mesme fournir à la despense » de nostre maison et entretènement de nostre estât royal, » si les dicts laboureurs ne sont soulagés et conservés; et » combien que l'institution et vocation première de vos » estais soit principallement pour contenir les gens de » guerre en leur devoir sans fouler et opprimer nostre » peuple et que deussiez vacquer entièrement, toutes » aides et fonctions laissées, attendu les gaiges qui vous « sont ordonnés, pour cest eftect, nous voyons toutes foys » qu'en faictes peu d'estat, vous excusant que n'estes » accompaignés et assistés d'assez de forces pour exécuter » nos descrets et attacquer les dicts gens de guerre quand » ils ont mal faicts, ou bien que les gaiges qui vous ont » esté attribués cy-davant ne sont suffisants pour entre- » tenir vous et vos archers, allant par les champs et à » la campaigne, attendu que la cherté des vivres qui sont )' maintenant trois foys à plus hault prix qu'ils n'estoient » du temps qu'ils vous furent ordonnés, et qui mérite à la » vérité quelque considération, et à quoy nous espérons » bientost donner ordre par ung règlement général qu'es- » tablirons pour le bien de nostre royaulme. iMais, cepen- » dant, par ce qu'il est besoing remédier au mal plus » urgent qui nous presse et touche le plus de pitié et » commisération envers les dicts pauvres paisans et » laboureurs qui cultivent la terre, dont Nous, nostre » Noblesse et nos amés subjects habitants, aux villes » closes, vivons et sommes substantés.
» Nous voulions, et vous mandons et très-expressément » enjoignons qu'incontinent les présentes estant publiées » à son de trompe et en publicq par les carrefours et
» lieux accoustumés, vous ayez à monter à cheval avec » le plus grand nombre de vos archers et avec gens » fidelles et affectionnés à nostre service et au bien de » nostre peuple, lesquels vous sommerez vous accom- » paigner et assister et chascun de vous en son destroit » et province où il est estably, vous enquerrez s'il y a » des gens de guerre à pied et à cheval qui y tiennent » les champs et vivent à discrétion par les villaiges, et » incontinent les aller trouver et sommer les chefs et » conducteurs d'iceulx de vous représenter les commis- » sions et mandements qu'ils ont de Nous, ensemble les » attaches de nos lieutenants-généraux qu'ils doivent » avoir de leurs passaiges, et logis et par mesmes moyens » vous informiez de leurs comportements et façons de » visvre en chascun lieu et villaiges où ils auront passé, » passeront et, en cas que vous trouviez qu'ils ayent pillé » ou rançonné leurs hostes, branqueté ^ les villageois, exigé » et extorqué argent pour ny loger ou commis aultres )) viollences indignes de gens de guerre; si trouvez les » noms et qualités de ceulx qui auront commis les dicts » actes repréhensibles, en cas vous sommiez les chefs et » conducteurs des compagnies de les vous livrer et mettre » entre mains, à quoy s'ils refusent obéir ou que par » enqueste que vous ferez, il vous apparoisse que les » dicts chefs ou conducteurs prestent consentement à la » mauvaise vie de leurs soldats ou qu'eulx mesmes ou » leurs maréchaux des logis et fourriers exigent et j) prennent argent des villaiges et de leurs hostes, ou en w pugnissent leurs dicts soldats quand on leur en faict