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CHAPITRE XI CÉRiMONIES m BAPTÊME DU DUC D'ENGHIEN

Liasse 16 (Suite)

ENTRÉE A BOURGES ET BAPTÊME DE MONSEIGNEUR LE DUC d'eNGHIEN (plus tard le GRAND GONDÉ)

(F** 511, 4 mai 1626.) — t Ce n'est point sans mistère que » les Romains, constituants un ordre certain à leurs déités » imaginaires, avaient dans leur Gapitole placé la foy la » plus proche et au costé droict de Jupiter. Il est bien vray » que ces républicquains, qui ne considéroient ce qui leur » estoict présenté que politicquement, ne vouloient, par » ceste situation, tesmoigner autre chose sinon que le gou- 9 vernement et l'empire que Jupiter avoit sur les hommes » luy seroit inutil s'il n'estoit assisté et accompagné de la » foy et fidélité, voulants dire que la foy ou entretien des » choses promises estoit et le fondement de la société » humaine et la conservation du gouvernement de leur » droit, et que sans icelle toutes choses s'en iroient boule- » versées. Mais nous qui, illuminez d'une plus saincte » lumière, vivant crestiennement, devons tirer de tout ce » qui nous est proposé des conséquences crestiennes, pou-

V0D8 dire avec plus de subiect que la foy a esté légitimement constituée la plus proche de Jupiter pour ce que c'est la vertu par laquelle nous aprochons le plus près de Dieu et pénétrons dans les secrets cabinets de sa puissance et grandeur; c'est la vertu par laquelle nous prenons cougnoissance de ses actions les plus impénétrables et laquelle brille et esclatte le plus en l'obscurité de ses saincts décrets, ne plus ne moings que cette herbe appelée Limaria par les médecins reluit et a plus de splendeur dans l'obscurité de la nuict, qu'elle perd très-sensiblement à la lumière du soleil, par lequel toutes choses sont mises à descouvert. C'est le rémore sacré qui establit asseurément les considérations naturelles et flottantes de nostre fragilité. Or, la première action de foy que nous exerceons et tesmoignons, soit par nous, soit par nos fidevisseurs (sic), c'est au sacrement du baptesme, par lequel nous sommes faicts enfants de Dieu et aprochons de sa divinité, comme estant la porte et l'entrée à tous les autres sacrements qui nous conduisent en fin à l'héritage céleste, baptesme qui change nostre nature fragile en constance, nostre pauvreté mondaine en richesse du ciel et nostre péché en sanctification, c Aqua ista elementum quidem est, dict sainct Ghrisostômc en la première homélie sur le psalme xxn, sed cum accepU Spiritum Sanctum, fU sacramentum. Et jam non erit aqm potatianis, sed sanctificationis; > et puis après : € Et ubi abundavU peccatum, facit divites in gratiam. » » Et c'est pourquoy sainct Grégoire, discourant de ce subiect, dit que c Sontruriix grœco eloquio dicitur quod kuinè tmctio, quia ibi hamo spiritu gratiœ in meliùs immutatur et Umgè aliud quam erat efficitur; primim enim fœdi eramus

ARCHIVES DE LA VIXXE DE BOtlRGSt ilh

» defonnitate peccatorum, in ipsâ tinctione reddimur pulr- » chri dealbatione virtututn. »

» Le baplesme enfin les causes duquel sont mille fois » plus médicinalles que celles de la fontaine Yiterbe» » lesquelles, au rapport de Pline, guérissent les mala- » dyes les plus incurables, ce qu'estant ainsy il ne se » fault estonner sy Monseigneur le Prince et Madame la » Princesse ont souhaité avec passion Taccomplissement » des cérémonies du baptesme de Monseigneur le duc » d'Anguieh leur fils, puisque c'estoient les cérémonies T> qui le professoient innocent, vuide et lavé de tout péché » et enfin enfant de r£sglise, pour imiter avec mérite les » actions louables de son autheur, vray et singulier pro- • tecteur de l'Esglise et ennemy juré de Thérésie, céré- » monies désirées et souhaitées par les provinces du Berry » et Bourbonnois avec une pareille affection, mais avec » envie de celle qui en recevoit l'honneur; doncques que » ceste cérémonye auroit esté résolue au quatriesme jour » de may mil six cent vingt-six, pour estre faicte en Tesglise j> Gathedralle de Bourges, esglise autant admirable en sa » structure que honnorable en son clergé, comme bon- » norée en ce poinct qu'elle avoit déjià autre fois resceu » au baptesme du roy Louis onzième, mais d'autant que » Sa Majesté et la Royne mère, lesquels debvoient estre les » cautions de la foy de ce jeune prince, occupez au sous- > tien et conservation de l'Estat, estoient privés du tesmoi- » gnage de leur bonne volonté, qu'ils eussent désiré rendre » en personne en une action sy louable, ils auroient escript » scavoir. Sa Majesté à Monsieur de Montmorency, et la » Royne mère à Madame la Princesse mère de Monseigneur » le Prince, pour, en leur lieu, représenter leurs personnes

en cette cérémonye, et bien que Madame la Princesse la mère feust grandement indisposée, néantmoings la considération de la personne qu'elle représentoit et l'affection qu'elle avoit pour Monseigneur son petit-fils, secondée d'un milion de souhaicts pour son accroissement spirituel et temporel, luy firent franchir tous les sentiments de ses douleurs et indispositions pour se rendre en la ville de Bourges, où Monsieur de Montmorency, non moings passionné pour son nepveu, se rendit aussy. » Monseigneur le Prince mit ordre à faire rendre en la ville de Bourges Monseigneur le duc d'Anguien, et de faict que le dernier jour d'avril, ce jeune Prince qui, en son principe, témoigne par ses fleurs l'espérance des Saincts à l'advenir, partit de Montrond, où il a esté eslevé et assisté du sieur de Mautour,. dépositaire fidelle d'un gage si prétieux à la France, considération seulle capable d'exprimer son mérite, et officiers de sa maison, accompagné de quantité des plus notables habitans de Sainct-Amand, feust conduict au lieu de la Grange- Sainct-Jehan, distant seulement d'une lieue de la ville de Bourges. On ne sauroit exprimer les souhaicts, les vœux et prières faicts par tout le clergé afin qu'il pleust à Dieu faire succéder ce voyage favorablement, prières autant passionnées comme la maladie que ce jeune Prince avoit eue et dont il n'estoict hors; car il n'y avoit que six jours elle leur avoit donné de l'appréhension et leur faisoit craindre le transport de sa personne ; il semblait que Dieu favorisast à dessein et voullust palpablement témoigner que l'action qui se debvoit faire luy estoit agréable, pour ce que la fatigue du chemin, qui estoit de neuf lieues, ne luy donna aucun travail en ung eage

» si tendre, ains sembloit luy avoir miraculeusement aug- » ménté les forces. Le lendemain, qui estoit le premier jour 9 de may, il séjourna en ce lieu pour donner quelque loisir

• à son reposi ce qui ne réussit pourtant, pour ce que il

• feust visité par Monseigneur le Prince son père, par t Madame sa mère, par Monsieur l'Ârchevesque de Bourges,

• par les Maire et Eschevins de la ville de Bourges, assistés » du grand nombre d'habitans et par quantité de damoi-

> selles. Le chemin estant proportionnellement garny » d'hommes à cheval et de caresses, leur importunité » ayant pour garend leur fidélité et affection. Cependant » les Maire et Eschevins et habitans de la Ville se prépa- » roient à recevoir ce Prince, non selon leur affection, » mais selon leur pouvoir, ayant esté prévenus en ce qu^ila » eussent désiré faire par la résolution précipitée et non 7> pourveuë de cette cérémonie de laquelle ils n'eurent » advis que trois jours devant, résolus néanmoingts de

> faire nuict et jour démonstration de leur affection, ex-

> cusés par cette précipitation.

» Le samedy matin. Monseigneur partit de la Grange-

> Sainct-Jehan et arriva sur les neuf heures aux faulx- » bourgs de la Ville, en ung lieu apellé le Grand^Credo, où » son disner luy estoit préparé. Dieu l'ayant peult-être » ainsy promis, puisqu'il s'en alloit faire son entrée pour » rendre les preuves de sa créance, et bien que cette céré- » monie n'eust été sceuô que par bruit, néanmoingts, sur » l'opinion, la noblesse ne laissa de s'y trouver recevoir » par le chemin ce prince et l'assister; estant à la conduite » le sieur de Brécy, Capitaine des gardes de Monseigneur » le Prince, assisté des sieurs Tury, son lieutenant, et » Rapère, enseigne, en bon ordre, suivis de leurs compa-

> gnonsy au nombre de soixante, tous avec leurs cazacques » et armes» bien montés, marchant avec de Tordre et de » la retenue. Le premier qui arriva en ce lieu du Grand- » Credo feust le sieur Bigot, prévost provincial de Berry,

> assisté de ses deux lieutenans, de longue et courte » robbes, suivis de trente archers, montés et équipés à

> Tadvantage, lesdits archers revestus de leurs cazacques

> de velours rouge cramoisy, chargés de Tespée portée f par une main en broderie d'or et de soye, portant cette

devise :

Per saxa, per ignés.

> Après estrc descendus de cheval et avoir donné Thum- • ble salut, il luy dit :

« Monseigneur,

» Les armes que nous portons peuvent faire cougnoistre

» à votre tendre jeunesse la qualité de nos charges; l'espée

» tranchant de deux coslés est le signe de la justice armée

f et ordonnée de Dieu, instituée du Roy en ce pays et sous-

9 tenue de Monseigneur vostre père, la terreur des mes-

» chants et le soulagement des bons; que s'il ne paroist

» qu'une de nos mains tenant ce glaive luisant, l'autre

» pourtant n'est point veuve ny dépourveuê de la balance

» juste qui rend égallement à chascun son droict. La force

» de cette justice, en Texercice de laquelle nous sommes

» constitués, appelée extraordinaire, est véritablement

» grande, ayant le pouvoir de la vie et de la mort, pouvoir

» qui apporte une réjouissance extrême à ceux qui vivent

» sans crime, mais qui présente tousiours devant les yeux de

» ceux qui ont ftulli la peine deuë à leur forfaict. Or» eeste » paissancei que nous tenons des supériorités divines et » humaines, nous la venons très-humblement offrir à Yostre » Excellence^ afin que dès à présent et par y après, » croissant d'eage et de vertu, vous en soyez à jamais, » avec Monseigneur vostre père, le vray protecteur, » comme nous sommes vos très-humbles et très-obéissants » serviteurs. »

> La tendresse de ce Prince ne luy peust fournir pour response autre chose sinon qu'il les remercioit et s'en souviendroit.

1 Incontinent après. Monseigneur le Duc partit pour s'en aller en la Ville accompagné d'une grande quantité de noblesse, et par le chemin rencontra une tribune qui luy estoit préparée. L'on se pourroit estomier pourquoy les habitants n'ont foicl parade de leur infanterie en cetto action « qui semble ne debvoir estre signal lée que par cette remarque; mais le commandement de Monseigneur le Prince, qui apréhendoit quQ l'indiscrétion de quelque soldat qui, pensant tesmoignersan zelle, ne pourroit s'empescher de tirer contre sa wlonté, donnât quelque frayeur et émotion à celny qui, par la violence de sa maladye, vf estoit encore bien restably, servira en cest endroict d'excuse et nux cappitaines et auiP soldats, aymant mieulx, par une violence respectueuse, obéir aux volontés de leur Prince que tesmoigner leur zellepar une désobéissante indiscrétion. Touttefoys, pour suppléer à ce deffauU, ils levèrent un régiment de petits enfants au nombre de huict ou neuf cents, tous ie mesme parure, armés de petites picques ou espées seullement, portant en leurs rubans les livrées de leur Prince, conduicts par cappitaines, lieutenants et en^

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» seignes de mesme eage, avec quarUUéde tambours, le um m ban » ordre, anant apris action pour me partye de la faction, en sorte

> qu'U n'y eust aucun désordre.

» La tribune cy-dessus avoit six toises de long et quatre 1» loises de large, ouTerte seulement du costé de rentrée, à

> coulonnes et pillastres garnyes de leurs firizes et chapi- » teaux, le tout peinct et orné de gentillesses. Pour y entrer » il falloil monter un perron à trois faces, auquel il y avoit i six marches et un poulier (palier) d'une toise et demye i de large. Elle estoit tapissée dedans, dessus et dessoubs

> de tapisseries de fleurs de lys d'or en fond bleu. Elle » estoit accompagnée d'une grande antichambre parée de » mesme. Sur la frize de la porte estoit cette inscription » anagrammatique :

Ludovicw Borbonius Divus in orbe oculus.

» Et au-dessus les armoyries en ceste disposition, scavoir :

> celles du Roy et de la Royne mère, celles du Roy à costé i droict et les autres au gauche, comme estant les parrain » et marraine futurs, avec celles de Monsieur de Montmo- » rency au-dessoubî5 de colles du Roy, et celles de Madame » la Princesse la mère au-dessoubs de celles de la Royne. » Au-dessoubs, à costé droict, celles de Monseigneur, et de » l'autre costé celles de Madame la Princesse. Plus bas, par » le milieu, celles de Monseigneur le Duc seulles, et au- 1 dessoubs celles de la Ville. Toutes les dictes armes en » grands pannonceaux de deux pieds de hauU chascune et

> ung pied et demy de large, richement élabourées. Au » fond de la tribune estoit une grande chaize eslevée de

> trois pieds, et au pied d'icelle un grand carreau, au-dessus

» un grand daiz, et aux deux costés plus bas deux autres

> chaizes, le tout de mesme parure de damas bleu, garny

> de grandes franges crespines et houppes de soye bleues » et d'or fin. Là» Monseigneur le Duc se reposa en attendant

> les ordres de la Ville, appuyé et souslenu d'un costé par » le sieur de JUaulour, et de l'autre par la demoiselle Luisible.

» Cependant dans la Ville toutes choses avoient été » tellement préparées à cette réception, que les corps qui » s'estoient assemblés en la grande esglise estant partis a selon leur ordre, arrivèrent au mesme instant. Les Pères

> Minimes passoient les premiers, les Capucins, les quatre » antiens Ordres des mendiants, les paroisses avec leurs

> croix, leurs bannières, au nombre de dix-sept, les col-

> léges réguliers et séculiers, ensuite les recteur, docteurs- » régents de l'Université de chascune Faculté, revestus de

> leurs robbes d'escarlate et chaperons, précédés, scavoir : » le recteur par les bedeaux des nations et au milieu par • le bedeau général, avec leurs robbes longues, bonnets » carrés et masses, et à chasque Faculté estant en chascung 1 du costé de la rue par le bedeau de sa Faculté, suivi de » leur advocat et procureur, nation germanicque, et de tous f leurs officiers en bon ordre, ainsy qu'ils avoient autrefois » marché à l'entrée de Monseigneur le duc d'Anjou et à » celle de Monseigneur le Prince; sui voient puis après, du » costé droict. Messieurs de la Justice, et en teste d'iceulx » Messieurs les Président, Lieutenants civil et criminel, Gon- » seillers, précédés par quantité de sergents et huissiers

> cheminant deux à deux avec leurs greffiers, assistés et

> suivis par quantité d'advocats et procureurs du siège, » tous avec leurs robbes et bonnets, et à costé gaulobe les 9 Maire et Eschcvins, assistés de leurs advocat et procu-

» reur, receveur, greffier et concierge, tous revestus de » leurs habits de livrée, précédés par leurs trompettes, » messagers, portiers et sergents, aussy parés de leurs » habits de Ville, et suivis par les antiens Maires et Trente-

> Deux conseillers de la Ville en pareil ordre, deux à deux. » Geste compagnie estant en cest ordre, respectueusement » entretenue, seroit arrivée hors de la Ville, et pendant que » l'on donnait loisir à ceulx qui debvoient porter la parolle » d'approcher, il fust chanté ung motet animé par Taffec- » tion, et auquel il y avoit à doubter qui emporteroU le prix » entre la passion de celluy qui Vavoit composé et faict ou de 1 ceulx qui le chantoient. Le motet finy, le sieur Labbe, » prieur de St-Ursin, revestu de la chappe prétieusement

> estoffée, estant monté, après avoir humblement et res- » pectueusement salué Monseigneur le Duc, parlant pour » le Clergé, luy dit :

c Monseigneur,

1 Le corps du Clergé de Bourges n'a pas sitost ouy » les premières nouvelles de l'abord de Vostre Excellence » en ce lieu, avec elle tout bonheur en cette Ville, que » tous ravis d'aise d'avoir l'honneur de veoir ung Prince 1 tant désiré, nous avons à ce mesme temps quitté nos » esglises pour nous venir abaisser à vos pieds, vous » rendre la plus humble révérence que vous puisse tes- » moigner la sincérité de nos cœurs, et vous pronnoncer » quant et quant l'obiect de tous les vœux que nous avons » jamais faicts pour le bien et salut de ceste province. » Nous les croyons aujourd'huy, Monseigneur, asseurément » exaucés et estimons que tant de merveilles que Dieu

avoit commancé d'ouvrir par la conservation de vostrc personne sont parfaictement accomplies, puisque nous debvons jouir du favorable et souhaicté bonheur de la saincte et sy célèbre action de vostre baptesme ; après Dieu, le Roy nous a donné pour gouverneur le premier prince de son sang (Monseigneur vostre père), recommandable en vertu et en piété, admirable en valleur, qui par son travail nous a mis en repos, par ses hazards en asscurance et par ses trophées en splendeur et autorité, et pour ce, nous pouvons dire : nostre fortune qui sembloit auparavant chancelante estre maintenant assise sur un second pied et solide fondement, et d'aultant plus qu'à la sérénité de vostre visage ravissant et par les pourfils (profils) de vostre divine face, marques asseurées de vostre bon naturel et généreux courage, nous pouvons véritablement préjuger que vous ne vous dégénérez, ains plustost adiouxtez aux vertus héroïcques de ce grand Prince. Aussy, nous paroist-ii qu*elles vous sont toutes acquises et que désià les possédez par droict d'hérédité* Puissiez-vous donc, ô Prince très-cher et fortuné, jouir à longues années du bien que vous donnez à un chascun, que vostre vie soit à jamais aussy heureuse que Monseigneur vostre père rend la sienne admirable et Dieu vous remplisse d'autant de contentement et de gloire que, par la candeur de sa rare bonté, il oblige tous les peuples qui sont en ces gouvernements de vous bénir et servir. Ce sont. Monseigneur, les souhaits que nous faisons pour vostre Excellence, attendant que par l'honneur de vos commandements nous vous puissions rendre quelque meilleur service au prix de nos prières et à la perte de nos vies, ainsy que la nature

» et la volonté nous y obligent, et le tiltre qu'en tout » respect et profonde humilité nous osons prendre» Mon- » seigneur, de vos très-humbles, très-fidelïes et très- 9 obéissants serviteurs. »

» Geste harangue finie, il se retira, et aussitôt entra l'Université, pour laquelle porta la paroUe Hessire

• François Gibieuf, docteur régent en médecine, recteur

• d'icelle, en ces mots :

« Monseigneur,

» Entre plusieurs célèbres Universités qu'il a pieu à nos Roys fonder en ce royaume pour l'enrichir davantage, celle de cette antienne ville et cité de Bourges tient un des premiers rangs, tant à cause des rares et doctes personnages qui y ont ci-davant fleury et de ceulx qui y sont encore à présent, exerçant heureusement leurs chaires, que pour ce que Monseigneur le Prince vostre père est le protecteur d'icelle et le conservateur des privilléges qui luy ont esté octroies par nos roys, de très4)onne mémoire et confirmés par Sa Majesté, que Dieu conserve. 9 C'est ceste Université qui vous vient aujourd'hui au-davant, Monseigneur, pour avoir Thonaeur de vous saluer en son rang, vous offrir son présent, d'ung prix inestimable et d'ung contentement sans pareil, qui n'est poinct matériel ny corruptible, présent lequel vous ne pouvez jamais perdre et duquel vous pourrez vous servir tant en guerre qu'en paix et partant qui est le plus riche, le plus beau et le plus parfaict que l'on puisse offrir à Vostre Grandeur, présent que nous espérons qui trouvera place dans le cabinet des plus secrètes pensées

de Monseigneur le Prince voslre père, et qui luy sera agréable et servira à ses généreuses et héroïcques actions. Car, puisque ce grand Prince, duquel vous avez l'honneur d'estre isseu, est recogneu tant en la France qu'autres royaumes et républicques pour Teslre nonseullement très-valleureux, mais encore (ce qui est rare en personne de cette qualité) trôs-docte et grandement scavant, voire mesme j'oseray dire et sans flatteries, le plus scavant Prince de la chrestîenté, TUniversité de Bourges ne contreviendra poinct à l'intention de ce grand Prince (lequel vous désire égallement et vaillant et scavant) sy elle s'efforce de vous faire parvenir à cette perfection paternelle, vous en ouvrir les moïens et vous offrir tout ce qui despend de ces diverses professions. Commençant donc la distribution de ses dons et présents sy exquis par le commancement et suitte de voir ains. Monseigneur, cette célèbre Université de Bourges vous offire les docteurs et professeurs des sept arts libéraulx, desquels vous aprendrez mille perfections qui vous serviront et seront utilles tant en paix que en guerre. Elle vous offre les docteurs et professeurs en médecine, lesquels promettent de vous conserver en santéj veoire mesme de prolonger vos jours au-delà des limites ordonnées par la nature, restablissant et réparant par leurs divers remèdes et régimes la déperdition qui se fait journellement de l'humidité radicalle. Les docteurs et professeurs de l'ung et de l'aultre droict s'offrent de vous bailler la cougnoissance de la jurisprudence et vous faire capable de rendre la justice en propre personne, i l'imitation de ce grand Prince Monseigneur vostre père et de plusieurs de nos Boys et

» autres Monarques. Bref, pour couronnement de ce pré- » sent, les docteurs et professeurs en théologie s'offrent » de vous instruire et informer des plus secrettes prières 1 de la vraye théologie pour vous conduire au séjour de > Dieu quy, par sa grande miséricorde, vous donnera et » rendra la couronne de gloire et au royaume duquel la » moindre parcelle vault sans comparaison beaucoup plus » que tous les empires du monde* Voilà, Monseigneur, le pré- » sent que vous faict cette célèbre Université de Bourges, » duquel vous pouvez vous servir tant et si longuement

qu'il plaira à sa divine Majesté de vous donner la jouis- 1 sance de cette vie. Voilà le tesmoignage très-certain du » service et fidélité que vous offrent vos très-humbles » serviteurs les recteur, doyen, docteurs et supost de

rUniversité de Bourges. »

• Après succéda le S' Sarrazin, président en TEslection et Maire de la ditte ville de Bourges, lequel ayant salué 9 Monseigneur au nom de la Ville, luy dict :

c Monseigneur,

» Les Maire et Eschevins de cette ville de Bourges 9 viennent icy pour honnorer le premier pas que faictes » en ce lieu et jetter dedans vos tendres années la semence 9 des offres de leur très-humble service, pour moissonner » quelque jour l'abondance de vos affections, soubs les » auspices desquelles cette Ville demeurera en seureté » comme elle faict maintenant soubs celles de Monseigneur » le Prince. Le souvenir de ce doux et paternel gouver- » nement vous sera un fort aiguillon pour aymer cette » Ville, jugeant à l'advenir qu'elle ne pouvoit estre aymée

par ung sy grand Prince sans qualités aymables, et à nos descendants une puyssante raison pour recevoir Vostre Grandeur qui, vous voyant renouveller environ cette Ville les bienfaicts paternels, nous acuseroit d'avoir mescogneu la valleur d'iceux, lesquels pouvons juger par le contre-coup des afflictions des peuples voisins. Vos affections anlées sur celles de Monseigneur vostre Père, rendront des fruits admirables» de bienveillance, et le zelle qu'avons à vostre service provigné * à nostre postérité par le récit de ses continuelles obligations, la portera au poinct vertical des désirs qui se peuvent avoir d'une juste recougnoissance ; elle se tiendra bien heureuse de pouvoir enrichir d'une agréable émulation la qualité^ Monseigneur, que prenons aujourd'huy avec ce tacite consentement de nos concitoyens, de vos trèshumbles et très-obéyssants serviteurs. »

» Ce faicl, il se retira pour aller attendre Monseigneur le Duc à l'entrée de la Ville.

> Incontinent après entra Monsieur Philippe Lebègue, conseiller du Roy en ses conseils d'estat et privé, président au siège présidial, assisté de tous les corps de la justice, lequel après avoir salué Monsieur le Duc avec une révérence humblement relevée, luy dict ces parolles d'une fasson naturellement respectueuse et respectueusement grave :

c Monseigneur,

» Soubs le voile d'ung fabuleux discours, les poètes » nous représentent qu'ung jeune adolescent en la pri-

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