MESURES PRISES CONTRE LES VAGABONDS
La position centrale de Bourges explique comment, à toutes les époques, elle a toujours servi de refuge à ceux que la guerre, la misère et le pillage si ordinaire de nos campagnes par les armées, chassaient de chez eux. Tous ces gens y tombaient comme des bandes de sauterelles et contribuaient constamment à l'épuisement de l'approvisionnement de la population.
C'est tellement vrai, qu'en 1596 la Municipalité dut prendre des mesures sérieuses et rendit l'ordonnance suivante, qui peint exactement ces temps désolés et la situation précaire de ces populations, sans cesse en lutte avec la
peste, la guerre et la famine, ces trois fléaux dévastateurs de notre belle France.
c L'on a veu ceste année si grande multitude de pauvres, tant de ceste Ville que d'estrangers, mandiants vallides et aultres pauvres mallades abordant de toutes parts en ceste Ville, qu'il n'a esté possible d'y establir ung bon ordre et poUice, ny faire observer les règlements et ordonnances qui ont esté cy-davant faictes pour cet esffet, ayant toutes les villes de ce royaulme esté presque foullées et chargées de mesme façon par la multitude des pauvres personnes venant des pays où ont esté et sont les armées, et des lieux où les gens de guerre ont passé, séjourné, qui, oultre le mal qui y estoit, par une pénurye et disette de bleds, ont ruyné, mangé, pillé tout ce qui estoit à la campaigne, de sorte qu'on a receu les pauvres estrangers vallides en ceste Ville et soufifert aller mandier leur vie hostiairement ^ et faict loger et norrir à l'hospital d'icelle les pauvres mallades au mieulx qu'il a esté possible jusques à présent, que l'on cognoist que plusieurs, abusant de la mendicité, s'y habituent et acquaguardent ^ne voullant point aller chercher de la besoigne pour travailler, maintenant que les moissons et semailles sont commencées, et que les pauvres laboureurs ne chôment que de gens pour leur ayder à recueillir les fruicts qu'il a pieu à Dieu nous donner ceste année en assez grande abondance, dont chascun doibt rendre grâces, louanges à sa divine bonté, et de s'efforcer d'en faire la récolte soigneusement et dilligemment.
i. Déporte en porte.