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RÉUNION AU COLLÈGE DES JÉSUITES DE LA MALADRBRIB DE SAINT-LAZARE

(Assemblée de Ville du 7 décembre 1608)

(F* 163.) — € Assemblée a esté faicte et teuûe en la Mai- » son et Chambre commune de la ville de Bourges, cejour- » d'huy dimanche, 7 décembre 1608, par noble homme » Daniel Millet, conseiller du Roy et trésorier général de » France en la charge et générallité de Languedoûye, esta- » blie avec Bourges, maire de la dicte Ville, qui y prési- » doit;

» Nobles hommes Gabriel Manceron, conseiller au siège » présidial de Bourges; Pierre Paulin, advocat en la Cour » du Parlement; Auger Guenois, marchand et bourgeois, » eschevins;

» MM. Claude Bourdaloûe; Claude Desnoix, advocat et » procureur de ceste Ville; nobles et honnorables personnes » Claude Debeaux, de Sigoigne, François Godard, Estienne » Lemareschal, doyen, chancelier officiai de rEsglise de

» Bourges; nobles hommes et saiges MM. Loûys Foucault, » conseiller de Sa Majesté et président présidial au bail- » liaige; Claude Fradet, aussy conseiller de Sa Majesté, » juge et magistrat criminel au bailliaige et siège présidial » de Bourges; Guillaume Doulé, conservateur des privil- » léges royaulx de l'Université de ceste Ville ; Jacques Bigot, t conseiller de Sa Majesté et procureur au bailliaige et siège » présidial ; François Régnier et Gabriel Picault, conseillers » en iceluy siège; Estienne Bigot, sieur d'Osmoy; de » Sauzay, sieur de Contremoret; Ysambert le Jeune, de la » prévosté de Bourges; Pierre Seurat, Martin Tandigué, » François de Sainct-Père, S'^ du May; Guillaume Galicourt, » advocat; Louys Texier, aussy conseiller de Sa Majesté; » Jean Hémeré et Pierre Foucault, bourgeois et marchands; » Charles Mazelin, sieur de Chenevières; M* Pierre Gayault, » aussy advocat; M* Antoine Lesueur, procureur; Philibert » Foucher, cappitaine-enseigne au quartier Sainct-Sulpice; » François Sollier, bourgeois et marchand; M* André Depar- » dieu, greffier de la dicte Ville, présents et assistants, et » tous faisant représentants la grande et saine partye, tant » des trente-deux Conseillers de la dicte Ville que des » aultres plus notables d'icelle;

» En laquelle assemblée le S' Millet, maire, a proposé » selon et ainsy qu'il s'en suict :

» Messieurs,

» Messieurs les Eschevins et moy avons faict prier et con- » vier ceste notable compagnie de se trouver icy, pour luy » proposer de faire tomber le revenu de la malladrerye de » Sainct-Lazare en la disposition des Pères Jésuites, avec » condition bonne et avantageuse pour eulx.

» Vous scavez tous ou la plupart que^ dès lors de leur premier establissement en ceste Ville, qui fust en Tan 1573, il leur fust accordé (pour leur donner plus de moyen de tenir et desservir le collège) la somme de 550 livres tournois par an sur nos divers revenus, par forme de pension ou auitrement, dont il fust passé contract. Despuis, en l'année 1604, à leur restablissement, ceste provision leur fust augmentée par mesme délibération, pour justes considérations, de 450 livres tournois sur les mesmes deniers, puis fust monté à 1,800 livres par an, dont aussy il fust passé contract, par lequel il est dict que touttesfoys et quantes que Ton leur trouveroit des revenus d'ailleurs et bénéfices ou auitrement, jusques à la concurrence dé ceste augmen|.ation, ils seroient tenus de la prandre à la descharge d'icelles. » L'occasion s'en présente maintenant. Messieurs, estant contents les dicts Pères d'accepter le goubvernement de la dicte malladrerye avec la jouissance de son revenu, en quittant et délaissant la dicte nouvelle augmentation de 450 livres lournois et deschargeant les 550 livres des 50, affin que nos deniers n'en soyent plus chargés que de 500 livres tournois, qui est la moitié de la dicte pension à eulx accordée et contractée à deux fois. » Oultre, en délaissait de moitié, ils se chargeront de la nourriture des mallades recogneus vrais lépreux et natifs de la Ville et faulxbourgs, et d'entretenir gens pour les servir et secourir, tout ainsi qu'ont tousjours faict les maistres et administrateurs de la malladrerye et mieulx s'il est possible, s'asseurant néansmoings que si Dieu nous vouUoit tant affliger qu'il y en survinst un grand nombre et que cela fust de durée et partant eulx engagés à de grands

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et longs entretenements excessifs et insupportables qui excédassent ce qui leur resteroil du revenu de la dicte malladrerye, les dicts 500 livres de descharges privées et quelques charges qui sont sur icelle maliadrerye seroient payées, comme il est bien raisonnable; la Ville aura esgard à les en soulager de quelques choses en y contribuanty mais ce sera sans s'obliger à ceste condescendance. > Ceste maliadrerye, Messieurs, peut valloir, en revenus de toutes sortes, la somme de 1,000 livres tournois, à les bien estimer. Sur iceluy (pour venir à quelque compte) il en fault deffalquer 500 livres de descharges sur nos despenses publiques, 25 sols deubs aux relligieux de Sainct-Sulpice pour un droict de laùde qu'elle auroit ou prétendroit avoir le jour de la foire de Sainct-Ladre, H boisseaux 1/4 de froment, 11 boisseaux 1/4 de marsèche, et 11 aultres boisseaux 1/4 d'avoine deubs au chappitre de Nostre-Dame de Salles; pour réparations qu'il conviendra faire amiciallement aux bastiments de la maliadrerye et à ceulx de la mestairie qui en despend ; quelques aultres frais qu'il faudra que l'on fasse; item la nourriture des maliades dont l'on ne scauroit faire estât certain, et l'entretenement d'une femme lépreuse qui y est despuys plusieurs moys, et quels qu'uns droicts des deux administrateurs s'ils y en prennent; de sorte que. Messieurs, desduictes et ostées ces charges spécifiBées, de la somme de 1,000 livres, il restera assez peu de net aux Pères, et ce peu leur aidera beaucoup à avoir plus d'hommes qu'ils n'en ont eu jusqu'icy, dont ils ont besoing pour pouvoir mieulx s'acquitter à l'utillité publicque, de ce quoy ils sont obligés. 9 Mais à nous. Messieurs, il nous en reviendra tousjours

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cela, que nos deniers seront deschargés de ces 50 livres tournois de diminution, que nous serons asseurés que le goubvernement de la malladrerye sera tombé en bonne et équitable main, et avec asseurance aussy que les mal* lades seront bien traictés de ces bons et pieux Pères. » Il semble. Messieurs, y avoir quelque obstacle à ce desseing, en ce que despuys troys ans le Roy a vouUu former une chambre de la charité chrestienne et y faire tomber les revenus de plusieurs hospitaux et malladreryes. ISntre aultres, les nostres ont esté attaqués, mais nostre Hostel-Dieu s'en est eschappé; la malladrerye y eschappe encore ; à ceste occasion les dicts Pères entendent que, pour surmonter ceste difficulté, à Paris, soict au Conseil, soict avec Messieurs les commissaires dont la dicte Chambre est composée, la *Ville (comme chose plus facile à elle qu'à eulx) despartira et fera les frais d'un voyage à l'esffect duquel son depputé sera assisté du crédit des dicts Pères.

» Sur ceste proposition, vous opinerez s'il vous plaist. Messieurs, Messires les Eschevins mes collègues et moy, ensemble les officiers de la Ville estant d'advis, soubs le bon plaisir du Roy, que les choses passent ainsy que j'ay dict. Touttesfoys, ils le confirmeront s'il leur plaist. »

Suit la discussion, fort longue, et le vote par individu. Et enfin la décision, proclamée par le Maire en ces termes :

c Suivant lesquels advis et opinions a esté conclud et » arresté, soubs le bon plaisir de Sa Majesté, qu'il seroit » consenty et accordé, à la pluralité des voix, que le revenu 9 de la malladrerye de Sainct-Lazare de ceste ville de

» Bourges sera mis et délaissé en la main el disposition des » Pères Jésuites, pour estre par eulx régi, goubverné, » administré en bons pères de famille tant qu'ils exer- » ceront le collège Saincte-Marye, au revenu duquel celuy

> d'icelle malladrerye demeurera joinct, uny et annexé,

» Aux conditions et charges que les dicts Pères entre- » tiendront et nourriront les mallades recogneus et tenus

> vrays lépreux et natifs de la Ville et faulxbourgs, comme

> aussy gens pour les secourir et servir, tout ainsy qu'il a

> tousjours esté faict par Messires les administrateurs de la » malladrerye, et mieulx s'il est possible;

» Payerons et acquiterons toutes les charges qui sont sur » la dicte malladrerye aux termes qu'elles sont deues;

> Entretiendront bien et duement de toutes réparations » les basliments d'icelie malladrerye et de la mestairie qui

> en despend ;

» Souffriront la tenue et assiette de la foire dicte de

> Sainct-Ladre, qui est chascun an au moys d'octobre, » ainsy qu'il est accoustumé, tant au dedans de l'enclos de » la dicte malladrerye qu'en entour d'icelie,

> Sans pour ce prétandre avoir ny prandre aulcun droict » de laude ny aultre quelconque, soict sur les marchands

> de la dicte ville de Bourges, soict sur les forains y sur- » venant pour estaller marchandises au dict lieu,

» Et que ce sera la portion de 1,000 livres tournois, con»

> tractée à deux fois par la Ville avec les Pères Jésuites » pour l'exercice du collège, réduicte à la moictié, demou- » rant l'aultre moictié esteincte et amortie à la descharges » des despenses de la Ville,

» Sur lesquelles ne sera, par ce moyen, plus payé à » l'advenir aux Pères, de la pension de 1,000 livres, que la

somme de 500 livres tournois par an, dont encore les dicts deniers demoureront deschargés louttefoys et quanles que par la dicte Ville leur sera offert du revenu d'ailleurs et bénéfices ou aultrement, pour les en rendre paisibles possesseurs,

» Jouissant jusques à la valleur de ceste somme de 500 livres tournois, auquel cas les Pères seront tenus de les prandre et accepter, à la dicte descharge des despenses de la Ville;

» A la charge aussy que les dicts Pères Jésuites continueront à faire bien et mieulx l'exercice du collège en toutes ses fonctions, selon qu'ils y sont tenus et obligés par les deux contracts passés avec eulx pour cest esffet; » Les clauses et conditions desquels seront particulièrement et expressément répétées et déclarées par celuy qui sera par nouveau pour regard encore passé avec eulx, par lequel aussy sera dict, conformément au précédent contract, ce que pourroit estre omis ici par absence ou négligeance des Pères.

» Messieurs les Maire et Eschevins, avec Monsieur le Révérendissime Archevesque ou Messires ses grands Vicaires en son absence pourront pourvoir en disposant des revenus d'icelle malladrerye, qui seront ainsy unys à l'aultre revenu du dict collège, qui sera exercé par le régent et les Pères, comme il a esté faict convenance entre les deux establissements.

» Seront tenus les Pères d'entretenir les arrentements.

» Signé : Millet, Manceron, etc. »

(F® lj86 de cette liasse 13.) — Assemblée tenue à l'occasion de la mort du roi Henri IVt assassiné le 14 mai 1610.

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