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CAUSÉE PAR UNE LEVURE ET GLÎNIQUEMENT SEMBLABLE AU MUGUET

Par MM. K. TROISIBR et P. AGHALMB

Nous avons observé une angine crémeuse qui présentait tous les caractères cliniques du muguet, et qui cependant n'était pas causée par Yoïdium albicans. Dans ce cas, une levure banale, semblable à la levure de bière, avait joué le râle de parasite.

Si le champignon du muguet n'est pas encore classé S il est cependant bien établi depuis les recherches de M. Laurent* et celles de MM. G. Roux et Linossier ', que ce n'est pas un saccharomyces *. Mais il existe de grandes analogies entre cette mucédinée et les levures et comme tous ces microorganismes se développent dans les mêmes milieux de culture, on comprend qu'un saccharomyces ensemencé sur un terrain préparé pour le champignon habituel du muguet (acidité de la cavité buccale, affaiblissement de l'organisme, etc.) ait pu déterminer une affection similaire.

1. Il a été rangé tour à tour parmi les Oïdium j les Saccharomyces , les Mùnilia^ les Dcmatium, etc.

2. Laurent, Bull, de la Société belge de microacopie, t. XVI, 1890.

3. Gabriel Roox et Linossibr, Rechei*ches morphologiques et biologiques sur le champignon du muguet (Àrch* de méd, expérimentale » 1890, p. 62 et 222).

4. Il en diffère surtout par l'absence d'ascospores dans les cultures.

30 E. TROISIER ET P. ACHALME.

C'est, croyons-nous, la seule manière d'interpréter le fait curieux et certainement exceptionnel que nous allons rapporter.

Octave P..., âgé de 35 ans» entre à la Pitié, salle Rostan, n* 11, le 18 juillet 1890, atteint de lièvre typhoïde.

Il est malade depuis huit jours. Les principaux symptômes que Ton relève sont : la prostration, la céphalalgie, Tinsomnie, — Tinappëtence et la sécheresse de la langue, la diarrhée ocreuse et fétide, — la tuméfaction et la rongeur des amygdales qui sont douloureuses depuis le début de la maladie, — l'hypertrophie de la rate, — Tindican et l'albumine dansTurine; — enfin on constate sur Tabdomendes taches rosées lenticulaires. La température rectale est de 40**.

La dothiéuentérie suivit un cours régulier et resta dans le type des cas de moyenne intensité.

Le 30 juillet, c'est-à-dire à la fin du troisième septénaire, la température étant encore élevée, le malade se plaint de nouveau de dysphagie et d'une sensation de brûlure au fond de la gorge. Le pharynx, les deux amygdales ainsi que les piliers du voile du palais et la luette sont recouverts d'un enduit blanchâtre, assez épais, d'une consistance molle et un peu visqueuse, au-dessous duquel la muqueuse apparaît congestionnée. Traitement : nettoyages répétés avec la solution de borax au vingtième.

Le lendemain, 31 juillet, l'enduit crémeux a un peu empiété sur la face interne des joues.

Le i^^ et le 2 août, l'état est stationnaire; l'exsudat est resté limité à l'arrière-bouche, il n'a point envahi la langue.

Le 3, la gorge est en partie détergée, et le 4, il ne reste plus trace de l'exsudat. Les amygdales restèrent rouges et tuméfiées pendant quelques jours.

En même temps la défervescence se faisait d'une façon régulière.

A peine entré en convalescence, le malade eut une rechute de moyenne intensité, qui dura une quinzaine de jours.

Il quitta l'hôpital dans le courant de septembre, tout à fait rétabli.

Au point de vue clinique, cette angine crémeuse appartenait au type désigné sous le nom de muguet primitif de ta gorge par Damaschino* et par M. Duguet* qui en ont donné une excellente description.

L'aspect si caractéristique de T exsudât imposait d'ailleurs le diagnostic de muguet et, lorsque nous en fîmes Texamen

1. Damaschino. Muguet primitif du pharynx. Soc, méd, des hâp. (1880).

2. DuouffT. Du muguet de la gorge dans la fièvre typhoïde, — Soc, méd, des hâp,, 1882 et 1883).

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