MYÉLITE DIFFUSE AIGUE EXPÉRIMENTALE
PRODUITE PAR l'ÉRYSIPÉLOGOQUE Par M. H. BOUROB8
(travail ou LABORATOIRR DR M. LB PROPI8SBUR STRAUS)
L'étude des maladies nerveuses, provoquées par les bactéries ou leurs poisons, est entrée depuis quelque temps dans la voix expérimentale. Les paralysies diphtériques obtenues chez le chien \ les myélites causées par le bacterium coli commune ', les amyotrophies déterminées par le streptocoque' chez le lapin, sont autant de résultats qui encouragent à persévérer dans cet ordre de recherches et à compléter par des faits nouveaux les notions déjà acquises.
Nous avons obtenu une myélite diffuse aiguë par inoculation au lapin d'un érysipélocoque à virulence très atténuée ; et les constatations cliniques et anatomiques que nous avons faites ont suffisamment différé des résultats antérieurs pour nous autoriser à rapporter ce cas dans tous ses détails.
Au commencement du mois d'avril 1892, nous avions à notre disposition des cultures d'un érysipélocoque qui, après
1. Roux et Ykrsin. Contribution à Vétude de la diphtérie (2« mémoire) : Annales de l'Institut Pasteur, n» 6, juin 1889, p. 213.
2. OiLBBRT et Lion. Des paralysies produites par le bacille d'Escherich : Comptes rendus de la Soc, de biologie, 13 féTrier 1892.
3. H. RooBR. Atrophie musculaire progressive expérimentale* — Comptes rendus de V Académie des Sciences , 26 octobre 1891, et Annales de l'Institut Pasteur^ n* 6, juin 1892, p. 436.
avoir perdu sa virulence, était, par ensemencements successifs dans du sérum de lapin, de nouveau devenu virulent au point de tuer un lapin en quatre jours par inoculation dans le tissu cellulaire sous-cutané. Deux mois après, sa virulence avait encore considérablement diminué ; il ne produisait plus, en injection dans le sang aux doses de 2 à 3 ce, qu'un amaigrissement passager des animaux en expérience et ne donnait lieu, en injection sous-cutanée à la dose d'I ce, qu'à une rougeur très circonscrite qui durait à peine vingt -quatre heures. Parmi les animaux ainsi inoculés dans l'espoir de rendre à nouveau sa virulence à ce streptocoque, il se trouva un lapin qui fut atteint de myélite aiguë. Il avait reçu le 4 avril 3 ce. de cette culture dans le tissu cellulaire, et
1 ce. dans la veine marginale de Toreille. La réaction locale fut à peine sensible, mais deux jours après l'animal commença à traîner le train postérieur, et le 9 avril (5 jours après Tinociilation) il était atteint d'une paraplégie complète, accompagnée de diarrhée, avec paralysie des sphincters de la vessie et du rectum. L'animal maigrit rapidement, mais ce furent surtout les muscles du train postérieur qui furent particulièrement émaciés. Le lapin mourut le 19 avril (1 S jours après l'inoculation); la paraplégie resta complète jusqu'à la fin; dans les derniers jours il se fit à la fesse droite une eschare qui atteignit rapidement les dimensions d'une pièce de
2 francs.
. A l'autopsie, le foie, les reins étaient de couleur rouge sombre, fortement congestionnés. La rate au contraire était petite; les poumons paraissaient sains. La moelle ne présentait d'anomal qu'une friabilité plus grande qu'à l'ordinaire au niveau du renûement lombaire; elle fut conservée, ainsi que le cerveau, dans le liquide de Millier. Les nerfs, qui paraissaient sains, furent examinés aux quatre membres; quelques-uns furent placés dans l'acide osmique. Les muscles du train postérieur étaient d'une teinte jaune pâle, particulièrement atrophiés : des fragments musculaires furent conservés dans le liquide de Millier. Le sang du cœur ensemencé dans du bouillon ne donna pas de culture de streptocoque.