ARCE. DB MÉD. BZPÉR. — TOMB Y
234 J. SOFFIANTIM.
Ranvier (H), Balzer (12), Blasko (13), Robin et Retterer (15), Virchow (16), G. Martinotti (17) et tout dernièrement par Zenthofer (18) dans son travail sur la topographie du tissu élastique.
Des recherches de ces observateurs, dont la liste est bien loin d'être complète, il résulte que nos connaissances sur la topographie de ce tissu dans notre organisme ont beaucoup progressé depuis une vingtaine d'années. Malheureusement nous ne pouvons pas affirmer la même chose an sujet des altérations du tissu élastique; si nous trouvons dans la littérature de ces derniers temps quelques observations relatives à cette question, elles sont bien loin de nous donner des renseignements précis sur la pathologie de ce tissu. Nous devons chercher particulièrement la cause de cette lacune dans le fait que, pendant que la technique microscopique a fait de grands progrès pour ce qui a trait aux autres tissus, aux autres éléments histologiques, il n'en a pas été ainsi pour le tissu élastique jusque dans ces derniers temps. Néanmoins il serait injuste d'oublier que M. Balzer avec sa méthode (19) a efficacement contribué à la solution du problème, laquelle est maintenant entrée dans une nouvelle phase. Et nous verrons tout à l'heure combien la méthode employée par nous met bien en évidence les manchons élastiques des glandes sudoripares décrits par M. Balzer. Mais les solutions de potasse (méthode de Balzer) ont une action trop active et Unna (20), qui a proposé une méthode analogue fondée sur la digestion artificielle reconnaît que sa méthode, aussi bien que celle de Balzer, a le grand inconvénient que, par le gonflement et la destruction partielle du tissu coUagène, la position primitive des fibres élastiques est complètement changée.
Unna a recommandé encore une autre méthode (21) basée sur la propriété qu'aurait l'acide osmique de fixer certaines substances colorantes sur les fibres élastiques. Cette méthode a quelque analogie avec celle de Luàtgarten (33), à raison de l'acide osmique, qui entre dans le liquide de Flemming employé pour le durcissement des pièces. Une méthode qui s'éloigne quelque peu des précédentes a été proposée par Herxheimer (33), lequel colore les fibres élastiques en pro-
voquant la formation d'une laque d'hématoxyline avec un sel de fer. Dans ces derniers temps le D' C. Martinotti (24) proposa une méthode fondée sur la propriété spéciale qu'a Tacide «bromique de fixer fortement sur les fibres élastiques la safranine qui prend une couleur noirâtre. Une autre méthode encore basée sur l'emploi de la safranine a été proposée par Mibelli (25) en 1890 méthode à laquelle a renoncé dernièrement son auteur lui-même à cause de la difficulté d'avoir une safranine entièrement pure. A toutes ces méthodes le D' G. Martinotti (26) en a ajouté une autre, en se basant sur la propriété qu'a le tissu élastique de s'imprégner de sels d'argent, comme l'avait déjà observé Recklinghausen (27) et comme le rapporte KôUiker (28). Adler (29) a déjà utilisé celte propriété pour quelques études. Virchow (30) et Junge(31) ont aussi observé que dans l'argyrie généralisée, et dans celle de la conjonctive, il se forme un dépôt d'argent sur les fibres élastiques^ et Blasko (32) a profité de ce fait dans des cas d'argyrie locale delà main, pour faire une étude de ces fibres. Nous devons aussi mentionner une communication faite sur la même question par G. Lewin (33). Ce dernier, étant admise la possibilité de la formation d'un dépôt de sels d'argent sur les fibres élastiques, soutient, avec quelques ai^uments à l'appui, que le réticulum spécial que l'on observe dans les taches de la peau des ouvriers qui travaillent l'argent est dû au dépôt de celui-ci dans les voies lymphatiques. Mais la multiplicité même de ces méthodes, que nous venons d'indiquer très brièvement, démontre à elle seule leur insuffisance. Dans ses deux dernières années, Taenzer (34) a proposé une méthode de coloration des fibres élastiques qui semble l'emporter sur toutes les autres méthodes. La première mention que nous avons pu recueillir sur cette méthode se trouve dans une communication faite par Unna (35), et la formule donnée par cet auteur était la suivante (a) :
Orcéine OK',5
Alcool absolu 40 gr.
EaudisUllée 20 —
Acide chlorhydrique XX gouttes.
On devait laisser les coupes dans cette solution pendant douze
236 J. SOFFIANTIRI.
à vingt-quatre heures. Mais Torcéine fournie par le commerce n'est probablement pas toujours identique. Par conséquent on a observé (36), comme l'avait déjà fait M. Darier, que la coloration était souvent trop intense avec cette formule. Unna même a reconnu ce fait, lorsqu'il a apporté à la première formule la modification suivante (p) :
Orcéine 0,1 Acide chlorhydrique pur 0,1
Alcool à 930 20 Alcool à 950 20
Kau distillée 5 Eau distillée. 5
On devait faire de ces deux solutions des mélanges dans lesquels on laissait les coupes à colorer.
Mais la préparation de ces mélanges, qui ont été dernièrement employés aussi 'par M. Mibelli (37), comme nous venons de le dire tout à l'heure, demande toujours un temps relativement long. C'est pour remédier à cet inconvénient que, après de nombreux essais par nous faits pour la coloration des coupes de tissus normaux et pathologiques, nous sommes parvenu à réduire la méthode de Taenzer à sa plus simple expression.
Dans un petit godet nous mettons de la formule ^ : neuf gouttes de la solution à l'orcéine, et douze gouttes de la solution à l'acide chlorhydrique, et en même temps les coupes à colorer. Dans l'espace d'un quart d'heure à une demi-heure au plus, la coloration est parfaitement réussie. On retire les coupes; on les décolore avec de l'alcool ordinaire si par hasard la coloration est trop intense ; ou bien on prolonge un peu leur séjour dans l'orcéine, si la coloration est insuffisante; ensuite on les déshydrate avec l'alcool ordinaire et l'alcool absolu ; on les éclaircit avec l'essence de girofle, qui est enlevée soit avec du papier à filtrer, soit avec du xylol, et enfin on les monte dans le baume du Canada au xylol.
Avec cette méthode les fibres élastiques et les faisceaux de ces fibres avec leurs bords nettement accusés, leur trajet plus ou moins onduleux, leur contour obscur et leur centre clair, prennent une coloration noir violacé, quelquefois noir tabac, celte dernière surtout, lorsqu'on les examine à la lumière artificielle (du gaz avec albo-carbone). Les faisceaux
NÉOPLASIES FIBBEUSES DE LA PEAU. 237
du tissu conjonctif prennent une teinte violacée. Avec une teinte plus faible se présente le corps papillaire, tandis que le corps muqueux de Malpighi se colore plus fortement pour la raison, peut-être, des granulations pigmentaires de ce stratum de la peau. Nous nous trouvons par conséquent en présence d'une substance qui a une affinité particulière pour le tissu élastique.
Mais nous ne nous en sommes pas tenu à cette méthode de coloration; pour Tétude aussi complète que possible de nos pièces, nous avons fait toujours parallèlement la coloration de quelques coupes avec le picro-carminate de Ranvier, avec le carmin à Talun, et avec Thématoxyline et Téosine. Il va sans dire que ces dernières colorations avaient pour effet de colorer les noyaux (carmin à l'alun), ou de donner une coloration d'ensemble (picro-carminate).
Nous avons dit plus haut que la pathologie du tissu élastique est toute à faire. En effet, si Ton exclut quelques mémoires parus dans ces dernières années, particulièrement ceux de Comil (38), de Schwenninger et Buzzi (39) (40), de Unna(41), de Mibelli (42), de Hoffa (43), de Méry (44), etc., nous voyons que dans presque tous les chapitres de la dermatologie en général, et dans les observations que nous avons étudiées en particulier, on parle des altérations de tous les autres tissus, à l'exception du tissu élastique.
Nous diviserons notre étude en quatre chapitres ; dans le premier nous étudierons la sclérodermie, dans le deuxième l'éléphantiasis, dans le troisième le molluscum, et enfin dans le quatrième la chéloïde. Nous ajouterons à la fin une bibliographie, qui, disons-le tout de suite, sera bien loin d'être complète, mais qui suffira à montrer que la plupart des auteurs n'ont pas étudié le point spécial qui nous occupe, ou bien l'ont seulement effleuré. De la bibliographie nous exclurons pour le moment toute la série des traités des maladies de la peau.
Quant h notre technique, les pièces de la chéloïde ont été fixées par le liquide de Muller, et ensuite incluses dans la celioîdine; pour toutes les autres pièces le durcissement a été obtenu avec Talcool, et Tinclusion a été faite daAs la gomme.
238 j. SOFPIANTINL
Les coupes ont toujours été faites avec le microtome de Roy, perfectionné parM. Maiassez (45). Leur épaisseur avarié de 5j à Ï55 de pL. Les dessins ont été faits par M. Karmanski; j'ai indiqué pour chacun d'eux à quelle échelle de grossissement ils ont été exécutés»
SGLÉRODERMIË
Les pièces proviennent de l'autopsie d'une femme âgée de 3S ans environ, chez laquelle la sclérodermie, ayant commencé par les doigts et les mains, avait plus tard gagné la face en même temps que les membres inférieurs. Cette femme a été soignée à l'hôpital Saint-Louis, et elle est morte d'une maladie intercurrente.
Avant d'étudier les préparations provenant de ce cas, nous avons fait l'examen de coupes de peau normale de la même région d'un autre sujet, c'est-à-dire de la paume de la main, éminence thénar. Nous avons vu que le tissu élastique, qui forme dans les papilles et dans le corps papillaire un réseau serré à fibrilles très fines, se dispose dans le derme proprement dit en faisceaux de fibres un peu plus grosses, circonscrivant des aréoles, dans lesquelles sont les faisceaux fibreux. Le squelette élastique de cette peau normale est en somme constitué par un réseau assez lâche, dont les mailles ont à peu près les mêmes dimensions en tout sens.
A la limite de l'hypoderme on voit entre les glomérules des glandes sudoripares et les lobules adipeux, les cônes fibreux de la peau munis de fibres élastiques abondantes et assez fortes ayant la direction générale des faisceaux conjono. tifs de ces cônes, c'est-à-dire plus ou moins obliquement ascendantes. L'hypoderme dans cette région (éminence thénar) contient peu de graisse et l'on voit au-dessous un tissu conjonctif lâche avec des fibres élastiques grosses et relativement peu abondantes, tissu qui relie la peau à l'aponévrose sous-jacente.
NÉOPLASIES PIBRBUSES DE LA PEAU. 239
La figure A, pi. lY représente une coupe perpendiculaire à la surface de la peau sclérodermique prise exactement dans la même région; on trouve, en allant de haut en bas, la couche épidermique, puis le derme.
Uépiderme a sa couche la plus superficielle (couche cornée) peut-être un peu épaissie, étant donné que le malade ne pouvait guère mouvoir ses mains pour travailler. Au-dessous le corps muqueux, séparé de la couche cornée par le stratum lucidum de Oehl, qu*on voit très bien en certains points, est à peu près normal. Cependant les papilles étant moins allongées que normalement dans cette région, les bourgeons inlerpapillaires sont un peu plus massifs.
Derme. — Il n'y a pas de différence apparente entre la couche superficielle ou corps papillaire, et le derme proprement dit. L'épaisseur du derme dans son ensemble, mesurée depuis la base des papilles jusqu'aux glomérules et au tissu adipeux, est certainement un peu diminuée, ce qui tient à un tassement, à une condensation du tissu du chorion. A première vue on dirait que celui-ci est formé uniquement de fibres élastiques, lesquelles, très abondantes dans les couches inférieures du derme, sont tellement augmentées en nombre dans les couches supérieures, que dans cet endroit la structure essentiellement conjonctive du derme ne peut pas être saisie, (fig. A, 3). Ce n'est que dans quelques petits espaces laissés très rarement par l'écartement des fibres élastiques, qu'on voit les faisceaux du tissu conjonctif. Dans les couches plus superficielles du derme, les fibres élastiques sont encore très nombreuses, mais un peu plus fines, et pénètrent dans les papilles. La disposition et la conformation des fibres élastiques dans les différentes couches du derme sont tout à fait particulières. On les voit former dans les couches supérieures du derme, ainsi que dans les couches inférieures, de vrais faisceaux comme des rubans ondulés très larges et tous dirigés presque parallèlement à la surface. De ces faisceaux se détachent d'un côté et de l'autre des faisceaux plus petits, qui s'anastomosent de manière très différente avec d'autres fais-ceaux qu'ils rencontrent sur leur chemin.
La limite du derme et de Vhypoderme est moins nette que
240 J. SOFFIANTINI.
normalement. Le tissu élastique se retrouve en effet au dessous des glomérules et des lobules adipeux avec une apparence à peu près analogue à celle qu'il a au-dessus. Les faisceaux élastiques sont moins serrés que dans le derme. Ils sont entrelacés entre eux, et avec les faisceaux du tissu conjonctif, et on voit les surfaces de leurs sections obliques ou transversales sous forme de figures très bizarres, et rappelant quelquefois les figures des corpuscules osseux .
Les gros vaisseaux de Thypoderme (fig. A, 9) ont leur paroi adventice épaissie et munie de nombreuses fibres élastiques qui leur forment une couronne; il y a également un épaississement marqué de Tendartère.
Les nerfs de cette région (fig. A, 8) sont également entourés de fibres élastiques tassées.
Tout récemment le D' HofTa aurait trouvé les fibres élastiques du chorion normales dans un cas de sclérodermie (47) tandis que l'observation de Méry (48) vient, au contraire, à l'appui de notre thèse.
En résumé l'étude de la peau sclérodermique nous montre dans toutes ses couches un tissu élastique d*une abondance extrême, surtout dans le derme proprement dit; il est composé de faisceaux épais, ondulés, et de bandes principalement parallèles à la surface, si abondantes [qu'elles masquent le tissu fibreux. Nous ne pouvons dire s'il y a simple tassement par une condensation consécutive à l'atrophie du tissu non élastique, ou bien néoformation du tissu élastique. La richesse de la couche hypodermique en faisceaux élastiques nous parait cependant plaider en faveur d'une néoformation.