V. — GUÉRISON DE LA SEPTICÉMIE PNEUMONIQUE EXPÉRIMENTALE
Dès leurs premières recherches sur la vaccination du lapin contre la septicémie pneumoniqueetsurles propriétés dçs humeurs des animaux vaccinés, MM. Foà et Bonome (7) injectèrent du sérum de lapin vacciné dans les veines de lapins qui avaient reçu sous la peau une inoculation virulentesoitsimultanée,soit vingt-quatre heures avant. Il est vrai que la plupart de leurs lapins succombèrent, parfois un peu plus tard que les témoins; mais quelques animaux résistèrent, guérirent, et se montrèrent désormais réfractaires aux inoculations de pneumocoques viru* lents.
Ces premiers essais de MM. Foà et Bonome ne furent repris que trois ans après par MM. G. et F. Klemperer, Enimerich et Fowitzky, puis par Mosny, Foà, Carbone, Scabia, Arkharow et Janson.
Ces divers auteurs se sont efforcés de guérir les lapins préalablement infectés en leur injectant, plus ou moins longtemps après l'infection, soit du sérum sanguin, soit une macération de hachis d'organes et de tissus de lapins vaccinés, soit la solution aqueuse du précipité obtenu par l'action du sulfate d'ammoniaque ou de l'alcool absolu sur ce sérum ou cette macération, soit enfin, et plus récemment, des cultures du pneumocoque chauffées, concentrées et stérilisées.
I. — Le sérum des lapins vaccinés peut être recueilli par une saignée incomplète des carotides ou des artères fémorales, qui, d'après MM. Klemperer (17), pourrait donner 15 à 20 ce. de sérum sans faire périr l'animal. Je n'ai trouvé aucun avantage à ces saignées incomplètes, qui jamais ne m'ont fourni une telle quantité de sérum, et qui, sans tuer l'animal sur le coup, ne l'ont guère laissé survivre que quinze jours à trois semaines au plus. Je préfère saigner complètement le lapin par section du cou, après avoir coupé les poils et désinfecté au sublimé la région cervicale antérieure. Le sang est reçu dans un entonnoir stérilisé, qui
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le déverse dans un ballon également stérile : ce ballon est déposé, incliné, dans un endroit frais, à Tabri de la lumière, à la température extérieure en hiver ou dans une glacière en été. Le lendemain, le ballon est replacé dans une position verticale, et quarante-huit heures après la saignée, on peut recueillir, pour un lapin de 2 kilos, de 25 à 35 ce. de sérum.
M. Janson (16) préfère à juste titre à ce procédé un peu long la centrifugation du sang obtenue par la saignée : en quelques minutes ce procédé donne en moyenne 40 ce. de sérum par animal.
II. — La faible quantité de liquide immunisant obtenu par ce procédé, lui a fait généralement préférer l'emploi d'une macération de hachis d'organes et de tissus de lapins vaccinés. Cette macération doit être faite et filtrée comme celle dont j'ai parlé pour la vaccination des lapins.
m. — MM. Klemperer (17) ont obtenu par l'action de l'alcool ou du sulfate d'ammoniaque sur cette macération une antipneumotoxine analogue à ÏBipneumotoxmeqne les mêmes procédés d'extraction leur avaient permis de retirer de la macération des organes et tissus hachés de lapins morts de septicémie pneumonique. Gomme la toxine, cette antitoxine est une substance qui donne les réactions des matières albuminoîdes : précipitée par l'alcool absolu ou par le sulfate d'ammoniaque, elle se montre sous l'aspect d'une poudre faiblement brunâtre dont la solution aqueuse injectée à la dose de 8 ce. dans les veines du lapin a pu le guérir quatre heures après l'infection, mais jamais après douze heures.
IV. — Quel que soit le liquide employé dans ces essais de guérison, qu'on s'adresse au sérum, à la macération filtrée ou à la solution aqueuse du précipité alcoolique ou ammoniacal de cette macération, on doit en tout cas ne jamais utiliser qu'un liquide provenant de lapins dûment vaccinés, ayant déjà résisté à plusieurs inoculations très virulentes, et pris, comme l'a indiqué M. Foà, environ cinq jours après la dernière inoculation virulente, au moraent-où les humeurs de l'animal vacciné semblent posséder le maximum de leurs propriétés vaccinantes et thérapeutiques.
Même en se plaçant dans des conditions en apparence identiques, les résultats obtenus par les différents auteurs sont des plus variables.
MM. Emmerich et Fowitzky (4) ont fait inhaler à des lapins des cultures virulentes, et l'injection quatre heures après de 28 ce., puis de 12 ce, sous la peau, de macération filtrée, ont guéri le lapin, tandis que le témoin mourut en trois jours.
MM. G. et F. Klemperer (17) ont injecté 8 ce. de sérum de lapin vacciné dans le sang de lapins infectés depuis vingt-quatre heures : la fièvre de 40«,5 à 41» tombait en vingt-quatre heures : douze expériences ont toutes donné des résultats positifs. L'injection de la même dose de sérum de lapin vacciné, sous la peau de lapins infectés depuis six à douze
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heures, n'a donné qne des résultats fort inconstants. Si Ton attendait Tingt-qoatre heures après J'infection, le lapin saccomhait le plus souvent. Avaut de faire leur injection thérapeutique, MM. Klemperer mettaient hors de contestation l'infection des lapins qu'ils inoculaient» en prélevant quelques gouttes 'de leur sang, qui se montrait au microscope chargé de pneumocoques, et tuait les lapins auxquels on l'inoculait.
MM. Klemperer ont obtenu des résultats identiques en inoculant aux mêmes doses que le sérum, en même temps que la culture virulente, ou dix heures après une dose semblable du filtrat d'une macération de tissus hachés de lapins vaccinés.
Enfin, l'inoculation de S ce. d'une solution aqueuse de leur onttpnetanotoitine dans les veines du lapin a pu le guérir quatre heures après l'infection, mais jamais douze heures après.
M. Janson (16) a obtenu des résultats également favorables. Les résultats que j'ai obtenus (19) sont malheureusement loin d'être aussi heureux que ceux de ces auteurs : sur onze expériences, je n'ai pu qu'une seule fois guérir le lapin : dans ce seul cas, le liquide infectant était une culture virulente qui, à la dose del/4cc.,fit succomber le témoin en deux jours; le sérum curateur avait été inoculé dans le sang, au même point que la culture virulente, à la dose de 10 ce. et six heures et demie après.
MM. Foà et Carbone (6 et 12) eurent également des résultats peu favorables : en injectant le sérum de lapins vaccinés en même temps que des pneumocoques virulents (sang de lapin mort de septicémie pneumonique) ou peu de temps après, ils virent tous leurs animaux succomber : on ne retrouvait le pneumocoque qu'au point d'inoculation; mais il n'y en avait ni dans le sang, ni dans les organes. MM. Foà et Carbone n'eurent de succès que lorsqu'ils infectaient leurs animaux avec des cultures dans le bouillon. Ils attribuent très judicieusement ces résultats heureux àMa virulence relativement plus faible de leur inoculation infectante.
D'ailleurs, M. Arkharow (1) n'aurait pu guérir ses lapins que lorsqu'il injectait le sérum curateur immédiatement après l'inoculation virulente, au même point qu'elle, sous la peau, ou bien alors dans le sang si l'inoculation infectante avait été faite sous la peau. Quatorze heures après l'inoculation virulente, le sérum des lapins vaccinés n'est plus curateur que si on l'injecte dans le sang. Il est fort difficile de discuter les expériences de M. Arkharow, car il s'est servi, dans ses inoculations infectantes, de cultures de pneumocoques âgées de dix à quarante-cinq jours, àjla dose de 1/4 à i/2 ce. Cette longue persistance de la virulence et même de la vitalité du pneumocoque est tellement extraordinaire qu'on a le droit d'en être surpris. Pour d'autres raisons analogues je m'abstiendrai de discuter plus longuement les expériences de M. Arkharow.
ARCH. DB MBD. BXPiR. — TOME V, 19
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La discordance des conclasions auxquelles arment les expérimentateurs que je viens de mentionner peut tenir à diverses causes :
La plus importante est la virulence de l'injection infectante : on peut presque toi]ù<>^^ arrêter pendant les vingt-qnatre premières heures une infection qui ne tue le témoin qu'en plus de trois jours; on ne peut jamais empêcher le lapin de succomber à une septicémie mortelle en moins de vingt-quatre heures •
On peut dans ce dernier cas, parfois empêcher la mort, si l'inoculation de sérum ou de macération est faite &la dose de 10 ce. en même temps que l'ii^jection virulente, ou presque aussitôt après (six heures au plus), et au même point qu'elle, dans le sang. Une inoculation de sérum dans le sang, faite dans ces conditions, ne guérit même pas, d'habitude, un lapin infecté par la voie sous «-cutanée. Et cela mérite d'être noté, car le sérum parait, dans ces conditions, agir plus comme agent bactéricide que comme substance antitoxique.
L'insuffisance de l'immunité des lapins vacci nés qui ont fourni le liquide thérapeutique, le plus léger degré de putréfaction de ce liquide, sont des conditions suffisantes à empêcher toute action curative ou même vaccinante de ce liquide, comme l'ont montré MM. Klemperer, Emmerich et Fowitzky.
On devra enfin toujours recueillir ce liquide chez les lapins vaccinés lorsque la fièvre qui a suivi leur dernière inoculation virulente a complètement cessé. Pourtant, MM. Emmerich et Fowitzky se seraient serris avec succès de macération d'organes de lapins vaccinés dans lesquels ils auraient trouvé quelques pneumocoques végétables au moment oiï ils les avaient sacrifiés.
V. — Dans ces expériences de guéri son de la septicémie pneumonique, on a pu mettre en évidence un fait dont l'importance est extrême pour l'application à l'homme de cette thérapeutique de la pneumonie.
Cette propriété curative du sérum et des extraits organiques des lapins vaccinés ne s'exerce pas seulement sur les animaux de même espèce, mais aussi sur des animaux d'espèces différentes, doués d'une réceptivité pour le pneumocoque au moins aussi grande que celle du lapin.
C'est ainsi que MM. Emmerich et Fowitzky (4) ont pu guérir les souris en leur ii\jectant 1"',5 de macérations d'organes de lapins vaccinés, immédiatement, ou même cinq heures après leur avoir inoculé 0**,3 d'une culture virulente étendue d'un volume égal d'e au : les souris témoins succombaient en deux jours. MM. Foà et Carbone (12) ont obtenu le même succès en inoculant des souris préalablement infectées du sérum de lapins vaccinés. Us ont montré (11) que 2 à 4 gouttes de ce sérum prélevé au vingt-quatrième jour de la vaccination préservaient souvent les souris contre le virus pneumonique le plus fort.
MM. G. et F. Klemperer (17) avaient d'autre part déjà constaté cette action curative du sérum des pneumoniques (sérum sanguin ou sérosité
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de vésicatoires), après la crise, sur la septicémie pneumonique du lapin.
VI. — MM. Foà et Scabia (14), ont fait une autre constatation également fort importante au point de vue de la spécificité de Taction curative des humeurs des lapins vaccinés sur l'infection pneumonique. Ces auteurs ont observé que le sérum des animaux naturellement réfractaires au pneumocoque ne pouvait vacciner les auimaux réceptifs (lapins ou souris), môme si on renforçait cette immunité naturelle par rinoculation préalable de pneumocoques très virulents. Ainsi, du sérum de chien pris trente-deux jours après une inoculation de pneumocoques très virulents n'a pu ni vacciner ni guérir les lapins contre la septicémie pneumonique quelles que soient la dose et la voie de l'injection , bien plus, l'injection de ce sérum les faisait succomber plus rapidement que les témoins, et avec des lésions plus accentuées.
Ce fait est d'autant plus intéressant, que j'ai pu constater par des expériences in vitro que le sérum du chien possède à l'égard du pneumocoque des propriétés bactéricides en apparence identiques à celles du sérum des lapins vaccinés.
VII. — Tout récemment, M. F. Klemperer (18) a démontré que la séro-thérapie ou immunisation médiate, pouvait être remplacée par rimmunisation [immédiate, c'est-à-dire par l'inoculation directe de la toxine du pneumocoque, à la condition d'en inoculer de grandes quantités.
Il a donc réduit des bouillons de culture du pneumocoque au 1/10 de leur volume en les faisant évaporer dans le vide à 60^.
En injectant ce liquide concentré au lapin, il a obtenu, en trois jours, une vaccination complète et dix fois plus solide que celle obtenue avec la même dose de culture non concentrée.
En outre, il a pu guérir les lapins d'une infection pneumonique subaiguë mortelle en quatre à six jours pour les témoins, en leur inoculant pendant trois jours, deux fois par jour, 5 ce. de culture concentrée an 10«, et en commençant ces inoculations vingt-quatre heures après l'infection.
YI. — THÉORIES DE L'iNFEGTION PNEUMONIQUE ET DE l'immunité
L'ensemble des faits que je viens d'exposer montre à l'évidence qu'on peut rendre le lapin réfractaire à l'infection pneumonique expérimentale et même que dans certaines conditions plus restreintes, moins bien déterminées, on peut arrêter chez cet animal l'évolution de la septicémie pneumonique.
En même temps que de divers côtés, différents expérimentateurs TériOaient ces faits et les mettaient, dans leurs grandes lignes au moins,
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à l'abri de toute contestation, chacun voulut interpréter à sa façon les résultats de ses expériences» expliquer l'action des toxines pneumoniques, révéler le mécanisme de l'immunité.
Mais dans cette partie toxicologique et pathogénique de l'immunité pneumonique, tout est hypothèse, tout repose sur une inconnue qui est la toxine elle-même; aussi n'insisterai-je guère sur ces théories pathogéniques variahles à l'infini, et ne reposant sur aucun fait précis qui les mette hors de contestation.
Il semble actuellement démontré que dans l'infection pneumonique, qu'il s'agisse de la pneumonie franche de l'homme, ou de la septicémie pneumonique expérimentale du lapin, une grande part revient à l'intoxication dans la pathogénie des manifestations morbides.
Chez l'homme, qui peut être considéré comme réfractaire dans une assez large mesure à l'infection pneumonique, les phénomènes gênéraux ne peuvent guère être mis sur le compte de la lésion pulmonaire. Et pourtant Tinfection reste presque toujours localisée aux poumons ; ce n*est qu'exceptionnellement que le pneumocoque franchit les limites de cet organe pour se répandre dans la circulation générale; hormis les cas très rares de septicémie pneumonique chez l'homme, de méningite aiguë cérébro-spinale épidémique (Foà et Bordoni-UiTreduzzi (8 et 9) on ne retrouve que très rarement le pneumocoque dans le sang des pneumoniques ; Pernice et Alessi, Orthenberger ne l'y ont décelé que dans les cas très graves; MM. G. et F. Klemperer (17) ne l'y ont jamais trouvé. Il faut remarquer d'ailleurs que l'on ne doit tenir compte que des recherches faites dans le sang pendant la vie, les examens du sang après la mort n'ayant dans l'espèce aucune valeur.
C'est donc avec beaucoup de vraisemblance que MM. Klemperer (17) attribuent à la résorption des toxines dans les poumons la fièvre et la plupart des phénomènes généraux de la pneumonie franche, par action de cette toxine sur les centres respiratoires et cardiaques.
Dans l'infection pneumonique expérimentale du lapin qui est un type de septicémie, MM. Klemperer (17) ont mis en évidence d'une façon très démonstrative le rôle prépondérant de l'intoxication.
L'inoculation sous-cutanée au lapin de 0<»,3 à 0^,5, d'une culture virulente âgée de deux jours, donne en six à dix heures une température de 40<» & 41»; et cependant, le sang de l'artère fémorale de ce lapin n'est virulent pour un autre lapin que vingt-quatre heures après l'inoculation virulente. La toxine formée au point d'inoculation pénètre donc dans la circulation générale plus rapidement que le pneumocoque : c'est elle qui détermine la fièvre et les phénomènes généraux tels que la diarrhée avant que le pneumocoque ait envahi l'organisme.
Si l'inoculation virulente a été faite dans le sang, le pneumocoque s'y retrouve naturellement toujours dès l'injection, et pourtant dans ce cas encore les pneumocoques s'y montrent en petit nombre même peu
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d'heures avant la mort et n'y pullulent qu'après que l'animal a succombé.
Cette substance toxique, cette pneumotoxine, qu'on trouve dans les cultures du pneumocoque et que la flltration peut isoler du microbe est peu active, ou du moins ne détermine chez l'animal d'effets toxiques qu'à très hautes doses : MM. Klemperer (17) ont montré qu'elle ne tuait les lapins que lorsqu'on leur en injectait 30 à 50 ce. dans la %'eine de l'oreille ; l'animal succombe en vingt-quatre à quarante-huit heures avec une fièvre de 40 à 41® et une diarrhée considérable. — Si les cultures vivantes tuent plus rapidement l'animal, c'est qu'il se' forme constamment des toxines au point d'inoculation, et que, d'autre part, la flltration retient une grande quantité des toxines qui existent dans les bouillons de culture. — Aussi, l'inoculation de 10 à 20 ce. de sérum de lapin infecté prélevé peu de temps avant sa mort suffît-elle à tuer les petits lapins.
Cette pneumoêoxine est une matière albuminoîde, comme en témoignent ses réactions et sa précipitation par l'alcool et le sulfate d'ammoniaque; elle est selon toute vraisemblance sécrétée par le microbe; très instable, elle est détruite dans les cultures par le chaufTage à 60» ; . elle présente donc tous les caractères des poisons microbiens de nature albuminoîde décrits par Brieger et Frœnkel sous le nom de toxalbamiues.
L'inoculation des cultures filtrées, à hautes doses, peut tuer les lapins; à la dose de 10 ce, elle les rend malades, mais ne les vaccine pas, et même, comme nous l'avons vu, peut les prédisposer, les rendre plus sensibles à l'inoculation d'une culture vivante. — Au contraire, on vaccine les lapins en leur inoculant les cultures chauffées, ou la macération d'organes broyés de lapins morts de septicémie pneumonique ; il se peut, dans ce dernier cas, comme le pensent MM. Klemperer, que la toxine ait été détruite dans Torganisme des lapins infectés par la fièvre qui remplacerait ainsi le chaufTage artiflciel des cultures; à cette aetion physique peuvent aussi se joindre des actions chimiques, physiologiques extrêmement complexes et qui pour le moment nous échappent complètement.
De cet ensemble de faits semble néanmoins résulter que la substance vaccinante diffère de la toxine, et des expériences même de MM. Klemperer on ne peut guère conclure avec eux (17) que c'est la toxine qui vaccine.
La substance vaccinante ne serait-elle que la toxine modifiée (par la chaleur, par exemple)? On ne peut guère actuellement résoudre cette question.
Cette question de la nature et de l'origine de la substance vaccinante nous amène à parler de ce qu'on a appelé Vantipneumotoxine, de cette substance également albuminoîde qui se trouverait dans les humeurs, les tissus et les organes des animaux vaccinés et jouirait de
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propriétés vaccinantes et curatives. Cette substance, comme Klemperer (17) Ta montré, est antitoxiqae, et, comme je l'ai soutenu, est également bactéricide.
On ne peut guère séparer l'étude de la substance vaccinante de celle de l'antitoxine, car ces deux substances ont entre elles les rapports les plus étroits, et pourraient même bien être identiques.— Tel n'est pourtant pas l'avis de tous les expérimentateurs.
«« Pour MM. Foà et Scabia (14), Huppe (18), l'antitoxine n'aurait avec la toxine que des rapports très éloignés. Elle serait en effet produite par les cellules de l'organisme dont l'action serait stimulée pendant l'infection. Toutes les cellules de l'organisme concourraient à la formation de l'antitoxine qu'on retroaverait dans tous les organes et, en particulier, dans le sang. Tous les organes concourent au même titre à la formation de cette antitoxine, car MM. Foà et Scabia ont montré, par exemple, que l'ablation de la rate avant la vaccination n'empêche nullement l'immunité de se manifester; la splénectomie pratiquée huit k dix jours après la vaccination ne détruirait pas davantage l'immunité des lapins vaccinés; pas plus, d'ailleurs, qu'une saignée de 2 p. 100 du poids de l'animal.
Cette hypothèse de la formation de l'antitoxine par les cellules de l'organisme ne repose sur aucun fait indiscutable ; bien plus, elle est fortement ébranlée par ce fait observé par MM. Foà et Scabia euxmêmes que les inoculations virulentes trop rapprochées, au lieu de renforcer l'immunité des lapins vaccinés, comme cela devrait se passer, peuvent les faire succomber plutôt par intoxication que par infection, car on ne retrouve que peu ou pas de pneumocoques dans le sang.
2<^ MM. Emmerich et Tsuboi (3) invoquent la présence dans le sang d'une substance albuminoîde, Vimmunprotéine, qui donnerait, en se combinant avec les toxines sécrétées par les microbes, et qui sont également des albumoses, une autre matière albuminoîde Vimmuntoxin" protéine. Celle-ci pénétrerait difficilement dans les cellules animales et resterait longtemps dans le sang et les humeurs. Elle pénétrerait dans les microbes au moment de l'infection et s'y redécomposerait en ses deux composants : la toxine, peut-être aidée de Vimmunprotéine^ détruirait alors les microbes.
3° A ces hypothèses, qui ne sont en somme que des vues de l'esprit, ne reposent sur aucun fait précis, et souvent même sont contredites par les faits, il faut, je pense, préférer l'hypothèse de la substance vaccinante inhérente au microbe lui-même : hypothèse pour hypothèse, celle-ci vaut mieux, car aucun fait ne la contredit.
DifTérente de la toxine, comme nous l'avons vu précédemment, elle se rapproche des nucléines par sa stabilité, sa résistance au chauffage. 11 se pourrait qu'elle provienne d'une décomposition de la toxine» ou bien qu'elle en diffère essentiellement et que, coexistant avec elle dans les cultures, elle en soit séparée par le chauffage à 60-65<». Nous ne
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poQYons ici discuter cette question des toxines microbiennes et des ▼accins, la communauté ou la diversité de leur origine ; nous renvoyons pour l'étude de cette question à Touvrage de M. Gamalela sur les poisons microbiens.
Une expérience récente de MM. Foà et Scabia (13) démontre que la substance vaccinante provient du corps même des microbes : ils filtrent à travers la bougie Ghamberland une culture de pneumocoques dans le bouillon âgée de trois Jours, puis font passer à travers la bougie filtrante une grande quantité de solution stérilisée de chlorure de sodium pour laver les pneumocoques sans dissoudre les nucléines. La bougie était alors enduite d'un vernis mince très adhérent, transparent, incolore, formé par les pneumocoques. Cet enduit est enlevé et dissous dans une solution aqueuse de glycérine & 5 p. 100; on le chauffe alors à 55" pendant trois heures, et on le conserve dans une éprouve tte scellée.
Au bout de vingt-quatre heures, MM. Foà et Scabia injectaient ce liquide à doses progressivement croissantes pendant cinq jours consécutifs dans les veines du lapin, et, au bout de quatre jours, une inoculation virulente d'épreuve répétée tous les huit jours leur démontra qu'ils avaient obtenu par ce procédé une immunité remarquablement constante et solide.
Cette substance vaccinante, cette pneumùprotéinej comme l'appellent MM. Foà et Scabia, parait donc bien résider dans le corps même des microbes et s'identifier absolument avec la substance curative, puisque nous avons vu M. F. Klemperer (18) obtenir l'immunité et la guérison des lapins en leur inoculant ses cultures concentrées dans le vide à 60<*.
Il se peut alors, comme le pense M. Lubarsch (3), que cette substance immunisante possède une affinité particulière pour les noyaux des cellules qui l'assimilent et la conservent dans l'organisme.
A peine contre cette hypothèse peut-on invoquer le laps de temps qui s'écoule entre l'injection vaccinante et la détermination de l'immunité, fait qui semblerait venir à l'appui de l'hypothèse de la production de la substance immunisante par les cellules de l'organisme. Mais les récentes recherches de M. F. Klemperer (18) montrent que si la dose de vaccin est suffisante, l'immunité est immédiate; on pourrait alors invoquer, pour la production de l'immunité, la nécessité d'une incubation en tous points comparable à l'incubation qui précède l'action des toxines des microbes du tétanos, de la diphtérie : le temps d'ineubation d'une intoxication ou d'une vaccination diminue à mesure qu'on augmente les doses de la toxine ou du vaccin.