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DE L*INFLUENCE DE L'ACTLVITÉ CÉRÉBRALE

Les modifications de la métamorphose phosphorique du cerveau ressortent encore avec plus d'évidence dans la troisième catégorie de nos expériences, se rapportant à l'analyse comparée de la richesse en acide phosphorique du sang veineux et artériel du cerveau du chien pendant le sommeil morpfainique. Il va de soi que l'analyse chimique seule du sang a une importance très limitée et que pour l'étude de la métamorphose il est nécessaire d'avoir en même temps des données exactes sur la quantiié du sang qui arrive au cerveau et sur celle qui en sort. Quant à la littérature relative aux modifications de la circulation cérébrale sous Tinfluence du sommeil morphinique, elle est pleine de contradictions tenant principalement à Tétat imparfait des méthodes employées par les auteurs ; ainsi pour les uns il existerait dans ces conditions uneanémie cérébrale, pour d'autres une hyperémie ; quelquesuns admettent une anémie au début et une hyperémie plus tard, tandis que pour d'autres auteurs c'est T hyperémie qui précéderait l'anémie ; enfin, certains auteurs n'ont pu trouver aucune modification de la circulation cérébrale sousTinQuence du sommeil morphinique. Ces faits m'ont conduit à étudier expérimentalement à mon retour Tafflux et le reflux du sang du cerveau pendant la narcose morphinique*. Pour cette étude, j'ai adopté la méthode qui consiste à déterminer parallèlement la vitesse du sang et la pression latérale.

La vitesse du sang, ou, pour dire d'une façon plus précise, la quantité de sang qui passe dans une unité de temps, était déterminée au moyen d'un procédé photographique, à l'aide du photohémotachomètre, appareil iînaginé au laboratoire du professeur TarchanoA" par le professeur Zyboulski, et qui, comme précision, est supérieur à tous les autres '. La pres-

1. Ces expériences ont été faites au laboratoire de M. le professeur Tarchanoff.

2. Cet appareil se compose de trois parties principales : d'une canule spé- -ciale (A fig. l)yd'un manomètre différentiel à airB, et d'une chambre obscure (photographique). La canule étant introduite dans le vaisseau, coupé dans le bout central par son extrémité x, et dans le bout périphérique par son extrémité y, le sang qui passe dans la canule suit la direction indiquée sur le dessin par des flèches. La canule possède deux prolongements a et b^ qui tous les deux communiquent avec le manomètre B à l'aide des deux tubes c et d. Le manomètre se compose de deux tubes en yerrc (e et f)^ qui en hat^t communi-

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sion était déterminée par le proeédé ordinaire , dans les bouts central et périphérique de la carotide primitive, après la ligature préalable de la carotide externe. La vitesse était examinée sous rinfluence de la morphine seule ou après la curarisation ou la section des pneumogastriques^etc. Ne pouvant entrer ici dans les détails de ces expériences (au nombre de 24), je me contenterai de rapporter brièvement les résultats. Gomme le montrent les fig. 2 et 3, au premier moment [de l'action de la morphine, on constate, dans Tartëre comme dans la veine, un accroissement du courant du sang ; plus tard, après Téta* blissement de la narcose, la quantité du sang qui afflue au cerveau et celle qui en sort diminuent d*une façon très accusée, mais bien plus accusée pour le sang veineux que pour le sang artériel. On observe aussi des modifications analogues de la circulation dans les vaisseaux fémoraux ; mais dans cette région elles sont moins prononcées (fig. 4). Les conditions do la pression latérale, de même que la curarisation des animaux et la section des pneumogastriques, permettent d'expliquer le phénomène en question de la façon suivante : L'accroissement

qucnt entre eux et ayec Tair extérieur (tube g pourvu d'un robinet h). Pendant Texpérience, le robinet h doit être ferme, tandis que la canule, les tubes de communication et le manomètre lui-même doivent être remplis jusqu*à une certaine hauteur par une solution de sel de coisine à 1 p. 100. Connaissant maintenant cette disposition, figurons-nous que le sang passe à travers la canule dans la direction indiquée par les flèches. L'expérience montre qu*à ce moment la pression est plus élevée dans le prolongement a de la canule que dans le' prolongement 6. Aussi nous voyons le liquide monter plus haut dans le coude e (jusqu'à la division t) du manomètre que dans le coude f (où le liquide ne monte que jusqu'à la division k). Avec la même canule et le même liquide, la différence entre les niveaux i et k est en rapport direct avec la quantité de liquide {de 9ang) qui passe en une unité de temps à travers la canule. Cette différence est facile à déterminer par la photographie du niveau du liquide dans les deux coudes du manomètre. Les pho> togrammes rapportés plus loin présentent justement les oscillations des niveaux. La ligne supérieure dentelée correspond au niveau t, la ligne inférieure au niveau A, et la distance entre les deux à la quantité du sang qui passe à travers le vaisseau dans une unité de temps. Cette quantité peut être évaluée en chiffres à Taide d*une table faite par M. le professeur Zabanlosky pour des canules de diamètre différent.

Fig. 1.

DB l'influence DE l'ACnVITÉ CÉRÉBRALE. 333

Fig. 2.

Vites»c du sang dans la carotide primitive du chien, la carotide externe liée préalablement. — 1. Avant l'injection de morphine. — 2. Immédiatement après l'injection de 0,012 do morphine par kilog. de poids dans la veine fémorale. — 3. Au bout de 30 minutes pendant le sommeil morphinique.

Fig. 3.

Vitesse du sang dans la veine jugulaire externe du chien, la branche superticieUe de cotte veine étant liée préalablement. — 1. Avant l'injection de morphine. — 2. Immédiatement après l'injection de 0,012 de morphine par kilog. de poids dans la veine fémorale. — 3. Au bout de 30 minutes pendant le sommeil»

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primitif de la vitesse dépend de raffaiblissement de Tappareil d'arrêt du cœur; la diminution ultérieure est provoquée d'un côté par le rétrécissement des vaisseaux du cerveau, et de l'autre par raffaiblissement de l'action du cœur; enfin, si la vitesse du sang veineux diminue d'une façon plus marquée que celle du sang artériel, cela tient au rétrécissement des ar^ térioles du cerveau.

Ce fait étant établi, passons maintenant à l'analyse chimique du sang artériel et veineux du cerveau. Les échantillons de sang étaient pris dans les mêmes vaisseaux, et l'animal avait

Fig. 4.

Vitesse du sang dans la veine fémorale du chien. — 1. Avant Tinjection. — 2. 30 minutes après Tinjection de 0,012 de morphine, pendant le sommeil.

reçu la même dose de morphine (par unité de poids) que dans les expériences précédentes relatives aux modifications de la circulation. Pour recevoir les échantillons je me servais d'une canule en T qu'on plaçait dans le vaisseau et qui le remplaçait ainsi sur une certaine étendue : grâce à cela on pouvait prendre dans le prolongement latéral de la canule la quantité nécessaire de sang en circulation. Le sang était pris simultanément dans la veine et l'artère, deux fois pendant chaque expérience : une fois avant l'injection de morphine et une fois pendant le sommeil (au bout de 30 à 40 minutes). Ces expériences au nombre de 5 ont toutes donné les mêmes résultats. A l'état normal le sang veineux était toujours moins riche en acide phosphorique que le sang artériel, a\ec une

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différence de 0,086 p. 100 en moyenne. Pendant le sommeil morphinique, la proportion relative du sang veineux en acide phosphorique diminuait encore (la différence entre le sang veineux et le sang artériel était alors de 0,110 p. 100 en moyenne] . Cette diminution est pourtant tellement insignifiante qu'en se basant là-dessus il serait impossible de faire môme quelques suppositions sur la métamorphose phosphorique du cerveau pendant la narcose. Il n'est pas de même si on prend en considération Tétat de la circulation cérébrale pendant le sommeil morphinique. En effet, nous avons vu plus haut que par le fait du rétrécissement des artérioles du cerveau, la vitesse de son sang veineux est pendant le sommeil morphinique plus ralentie que celle de son sarig artériel. Par conséquent« si Ton admet que la métamorphose phosphorique qui s'effectue dans le cerveau est aussi énergique pendant le sommeil qu'à l'état de veille, la proportion d'acide phosphorique dans le sang veineux eût dû augmenter d'une façon notable, puisque dans ces conditions un volume bien moins grand de sang veineux devrait renfermer une quantité d'acide phosphorique égale à celle qui aurait passé avec le sang dans la même unité de temps avant l'injection de la morphine. Or nous avons vu que la proportion d'acide phosphorique dans le sang de la veine jugulaire, loin d'augmenter pendant le sommeil morphinique, tend même à diminuer. Il s'ensuit donc que réchange phosphorique qui s'effectue dans l'intimité du tissu cérébral pendant la période de dépression fonctionnelle du cerveau subit certaines modifications. Ces modifications se manifestent par une diminution de la quantité absolue d'acide phosphorique qui avec le sang veineux sort du cerveau dans une unité de temps, et consistent soit en une rétention plus énei^ique de phosphore par le tissu cérébral, soit en une élimination affaiblie de combinaisons phosphoriques transformées. Nos expériences ne nous disent pas lequel des deux a lieu, bien qu'a priori on admettrait plutôt la première hypothèse.

On peut se demander maintenant si les résultats fournis par l'analyse du sang s'expliquent par l'action de la morphine sur le cerveau j et non pas par d'autres conditions, telles

A. STCUERBAK.

que 1« la perte de sang (dans chaque expérience je prenais préalablement des échantillons de sang normal, dont le poids allait quelquefois jusqu'à i/140* du poids total du coi*ps), et 2^ les modifications dans la distribution des globules rouges et du plasma sanguin.

Les expériences de contrôle faites dans cette direction ne m*ont donné que des résultats négatifs. Ainsi, l'expérience ayant été conduite d'une façon identique aux précédentes, et l'animal saigné de façon à perdre la même quantité de ssuig (par rapport à son poids), je n'ai pu au bout de 30 à 40 minutes constater, quand l'injection de morphine n'était pas faite, ni des modifications dans la vitesse du sang ni des modifications dans la composition du sang artériel et veineux du cerveau. D'un autre côté, en faisant d'après le procédé de Malassez la numération des globules rouges du sang pris dans l'artère carotide et dans la veine jugulaire, avant l'injection de morphine et après 30 à 40 minutes, j'ai trouvé que dans les deux cas le sang veineux contenait bien plus de globules rouges que le sang artériel. On voit donc que la distribution du plasma et des globules rouges, qui par elle-même peut déjà influer sur les résultats de l'analyse du sang, surtout quand il s'agit de déterminer la proportion d'acide phosphorique, n'est pas modifiée par certaines doses de morphine (0^,012 par kil. de poids).

Les résultats fournis par les trois séries d'expériences aboutissent ainsi à la conclusion que la transformation du phosphore dans l'organisme dépend dans une certaine mesure de l'activité cérébrale dont les oscillations retentissent aussi bien sur l'échange phosphorique du cerveau en particulier que sur l'échange phosphorique général. Les modifications de ce dernier montrent nettement l'existence d'un accroissement du besoin de l'organisme en phosphore dans les cas de travail intellectuel intense, et, inversement, d'un affaiblissement de ce besoin, dans les cas de diminution de l'activité cérébrale. En nous basant sur les faits rapportés plus haut, nous avons le droit de supposer que chez Thomme le tissu nerveux lui-môme intervient aussi dans les modifications de l'échange phosphorique général. Dans les cas de

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surmenage iotellectuel, l'échange azoté se modifie à son tour d'une façon très accusée en créant des conditions très défavorables à la nutrition générale de l'organisme. L'action nocive du surmenage intellectuel parait, en plus, dépendre plutôt de sa durée et de l'insuffisance du repos que de l'intensité du travail intellectuel lui-même . Enfin nos expériences montrent très nettement qu'il est difficile d'éviter les conséquences fâcheuses du surmenage intellectuel par l'apport augmenté de matériaux nutritifs en général et de phosphore en particulier, pour cette raison que dans ces conditions Vas^ simiUUion des aliments est considérablement diminuée.

En terminant, je saisis avec plaisir l'occasion de remercier de tout mon cœur M. le professeur Mierzejewski pour ses conseils et son aide prodigués sans réserve pendant tout le temps qu'a duré mon travail.

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