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CONTRIBUTION A L^ÉTUDE

DE L'INFLUENCE DE L'ACTIVITÉ CÉRÉBRALE SUR l'échange d'acide phosphorique ET d'azote

Par M. la D' A. 8TCHBRBAK (de Saint-Pétenbourg).

(travail fait AQ laboratoire DB m. LK PROPBSSKUR MIBRZBJBWSKt)

La question de riniluence de raclivité cérébrale sur la nutrition présente un intérêt non seulement théorique, mais encore pratique, et a depuis longtemps fait l'objet des recherches assez nombreuses. Ces travaux envisageaient surtout la transformation que subit dans l'organisme l'acide phosphorique, en tant que représentant des combinaisons chimiques les plus caractéristiques pour le cerveau. En effet, peu de temps après la découverte de phosphore dans la substance cérébrale par Heusing (en 1779), il a été établi, encore dans la première moitié de notre siècle, que la substance cérébrale était supérieure à tous les autres, h l'exception du tissu osseux, par sa richesse relative en phosphore (Vauquelin en 1812, John en 1813 et un grand nombre d'autres auteurs). Plus tard on est arrivé à démontrer (Bibra en 1884) que c'était surtout la substance grise, — centres nerveux, — comparée à la substance blanche, — voie de transmission des impulsions nerveuses, — qui était particulièrement riche en phosphore. Les travaux ultérieurs relatifs à la chimie du cerveau

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ont notablement élargi le cercle de nos connaissances sur les phosphatides du cerveau, et montré que ces corps, caractérises par un équilibre chimique très durable, intervenaient d'une façon en apparence spécifique, dans la structure et les processus intimes de la substance cérébrale (Thudichum). Les recherches sur Faction phj'siologique du phosphore ont abouti à la même conclusion. Ainsi le professeur Tarchanoff a trouvé que, sous l'influence de Fingestion de petites doses de phosphore, les lapins et les chiens nouveau-nés ouvrent plus tôt les yeux, présentent une exagération de Tirritabilité réflexe et de l'excitabilité des centres psychomoteurs et même un développement psychique plus précoce que les animaux témoins non soumis & l'action du; phosphore. En même temps, l'analyse du cerveau des premiers a montré une richesse plus grande en acide phosphorique ; d'où il résulte que la transformation du phosphore dans l'intimité du tissu cérébral s'efl'ectue chez ces animaux autrement que chez les animaux nouveau-nés non soumis à Faction du phosphore. Les observations de Thompson, auquel, autant que je sache, nous devons la monographie la plus complète sur les applications de phosphore en médecine, mettent également en lumière le rôle spécifique du phosphore dans le chimisme cérébral. Sous l'influence de petites doses de phosphore, cet auteur a noté, entre autres choses, l'augmentation de la capacité pour le travail intellectuel, la disparition du sentiment de fatigue, Faugraentation du penchant sexuel ; dans quelques cas encore, l'exagération de la sensibilité, le tremblement, de légères contractions cloniques des muscles. Thompson est tellement convaincu de Faction bienfaisante du phosphore sur le cerveau que « pour combler les pertes exagérées en phosphore » il conseille l'emploi de cette substance aux individus bien portants mais occupés à un travail intellectuel intense.

Les faits que nous venons de citer ont naturellement conduit àétudierexpérimentalement les relations entre Fintensité du chimisme cérébral et l'échange général de phosphore ou autrement dit, l'excrétion d'acide phosphorique dans l'urine. On a,dans ce but, analysé F urine au point de vue de sa richesse

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phosphorique (et presque toujours en même temps en azote) à Tétat de veille etdesommeil, danslescas de travail intellectuel exagéré, dans les processus pathologiques détruisant le tissu eérébral, dans Tidiotie et la démence, de même que chez les individus soumis à Taction de substances pharmaceutiques agissant d'une façon spéciale sur le système nerveux. Ne pouvant rapporter ici toute la littérature relative à la question, je me contenterai de quelques remarques générales.

Il est facile de montrer que la question dont nous allons nous occuper peut être élucidée le mieux par l'étude de l'influence du travail intellectuel exagéré chez des individus nor* maux d'un côté, et, de l'autre, par celle de l'échange phosphorique chez les idiots, en tant qu'individus à l'activité cérébrale réduite au minimum^

La comparaison de l'urine du jour à celle de la nuit au point de vue des proportions respectives d'acide phosphorique et d'azote ne peut donner de résultats précis pour plusieurs raisons, entre autres parce que nous ne savons pas exactement la rapidité avec laquelle sont éliminés les produits de la métamorphose régressive. Ainsi, il est impossible de savoir si Turinc de la nuit doit être rapportée à la période de repos (sommeil) ou à celle d'activité (état de veille), ou, ce qui parait le plus probable, aux deux à la fois. Les recherches expérimentales montrent, par exemple, qu'après l'ingestion de phosphate de soude, le surplus de phosphore n'est éliminé qu'au bout de plusieurs jours ; si la même substance est injectée dans une veine, son élimination ne demande pas moins de sept à dix helires (Sick, Hammond, Palck). Tout ceci nous explique pourquoi les résultats obtenus parles divers auteurs sont loin, comme nous allons le voir, d'être d'accord. Le*s uns, comme Hagthausen, Engelmann, Vogel, Mosler, et Beaunis, qui a fait les recherches les plus précises en examinant son urine pendant quarante-six jours consécutifs, ont trouvé une diminution dans l'excrétion d'acide phosphorique pendant la nuit ; d'autres, parmi lesquels on peut citer Kaupp, Mendel, parlent d'une augmentation de la proportion d'acide phosphorique dans les urines de la nuit ; enfin d'autres encore (Sick, Speck, Deerke, H. Laehr) ne signalent sous ce rapport

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aucune différence appréciable entre les urines du jour et celles de la nuit. C'est aussi la conclusion que j'ai tirée des expériences que j'ai faites sur moi*mème (pendant quatre jours d'un travail intellectuel intense). Pourtant parmi tous ces travaux les recherches de Beaunis se distinguent à tel point des autres par leur exactitude et leur durée que les résultais opposés aux siens, et fournis par des expériences moins précises, ne peuvent ébranler les conclusions de cet auteur. Ainsi doit-on admettre d'une façon générale que l'excrétion d'acide pbosphorique est diminuée pendant la nuit. Seulement une nouvelle question surgit alors devant nous : il s'agit notamment de savoir si cette diminution doit être attribuée à l'affaiblissement de l'activité cérébrale ou au repos musculaire pendant la nuit. Cette question est d'autant plus légitime que, comme on le voit, la proportion absolue de phosphore est plus grande dans les muscles que dans le cerveau, bien que la proportion relative soit plus élevée dans le second que dans les premiers.

Les recherches relatives à l'intluence des produits pharmaceutiques sur l'excrétion d'acide pbosphorique n'ont pas bien élucidé la question qui nous occupe. En effet, les substances qui agissent sur le système nerveux possèdent en même temps une action générale (sur la circulation, la respiration, le système musculaire, etc.) qui peut masquer entièrement rinfluence qu'exerce sur l'excrétion d'acide pbosphorique tel ou tel état nerveux artificiellement provoqué. Les conditions sont encore plus complexes dans les cas où Ton fait l'analyse de l'urine des malades atteints d'affections organiques du cerveau, ou des animaux chez lesquels on produit une excitation expérimentale ou la destruction de la substance cérébrale. D'un côté, les lésions en foyer du cerveau provoquent des troubles de nutrition très accusés, comme la polyurie, l'albuminurie, la melliturie, etc., qui n'ont aucun rapport avec la métamorphose du cerveau même, et, de l'autre, les affections cérébrales graves s'accompagnent de phénomènes morbides tels que douleurs, immobilité du corps, insomnie, convulsions, élévation de la température, etc., qui ne peuvent pas ne pas retentir sur la marche des processus

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nutritifs. Aussi dans ces cas est-il très difficile de dégager rinfluence que <c la destruction de la substance cérébrale » exerce sur la proportion d'acide phosphorique et d'azote de l'uriae.

L'existence des phénomènes concomitants dans les psychoses fonctionnelles à activité psychique accrue ou diminuée (manie ou mélancolie) nous empêche également d'utiliser pour notre étude les recherches très intéressantes relatives à la nutrition générale dans ces états.

Passons maintenant aux recherches qui peuvent montrer le mieux l'influence de l'activité cérébrale sur la transforma* tion d'acide phosphorique et d'azote dans l'organisme. Les opinions des auteurs sur le r61e du travail intellectuel sont très variables. Pour les uns (Mosler, Byasson, Hammond), le travail intellectuel provoquerait une augmentation de la pro* portion d'acidephosphorique de l'urine ; pour d'autres (Gamgee et Paton, Wood), il existerait plutôt une diminution; pour d'autres encore (Cazenave et Speck), la proportion d'acide phosphorique ne serait pas influencée par le travail intellectuel. Mairety qui a étudié d'une façon plus précise les oscillations de l'acide phosphorique et de l'azote dans l'urine, a constaté, sous l'influence du travail intellectuel, une diminution portant principalement sur les phosphates unis aux alcalis, et marchant de pair avec une augmentation des phosphates unis aux terres. Pour lui, la quantité absolue d'acide phosphorique est diminuée ou reste sans changement; celle d'azote toujours diminuée.

Comment nous expliquer des résultats aussi variables et non moins contradictoires ? Doit-on admettre, avec certains auteurs, que les variations de la métamorphose phosphorique sous l'influence du travail intellectuel ont un caractère accidentel et ne dépendent nullement de ce travail ?

Je crois que cette conclusion ne s'impose pas. En effet, dans tous les travaux qui viennent d'être cités, on détermi* nait la quantité d'acide phosphorique de l'urine, et le plus souvent celle d'azote en même temps, sans étudier d'une façon plus ou moins systématique la quantité d'acide phosphorique des aliments et des matières fécales. Autrement dit, on n'a

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étudié ni V assimilation, ni l'échange d'acide phosphoriqne et d'azote. Sans ces données, l'analyse de Turine, comme Font montré un grand nombre de travaux, et en particulier les travaux russes, ont une importance très limitée'.

En effet, il n'est pas difficile de montrer que la même quantité d'acide phosphorique dans l'urine peut, avec un régime alimentaire identique mais une assimilation différente, indiquer aussi bien un échange normal qu'un échange accru ou diminué. Autrement dit, les variations même très accusées de l'échange phosphorique peuvent ne pas retentir sur l'excrétion de l'acide phosphorique par l'urine. Supposons, par exemple, que dans deux cas où les aliments renferment la même quantité d'acide phosphorique égale à 5 grammes, il est éliminé avec l'urine la même quantité d'acide phosphorique, égale à 4 grammes. Si dans ces conditions on ne prend en considération que les aliments et l'urine, on pourrait croire que l'échange d'acide phosphorique est le même dans les deux cas. Mais une autre supposition est également possible. Nous pouvons notamment supposer que dans un cas les 4 grammes d'acide phosphorique et l'urine correspondent aux 4 grammes d'acide phosphorique, assimilées et venant des aliments et que l'individu se trouve en état d'équilibre phosphorique, tandis que dans le second, il n'a été assimilé que 3 grammes d'acide phosphorique des aliments, mais que l'organisme, en ayant usé 4, en a perdu i qu'il avait pris à ses propres tissus. De cette façon, une modification très importante de l'échange phosphorique a passé inaperçue.

D'un autre côté, la variation de la quantité d'acide phosphorique de l'urine, indiquant en apparence une modifica-

1. Comme, dans notre travail, les termes cVassimilotion et d'échange reviendront souvent, nous croyons nécessaire de préciser le sens dans lequel nous emploierons ces deux mots. L'assimilation est déterminée par la soustraction de la valeur des éléments non assimilés, c'est-à-dire éliminés par l'intestin, do celle des éléments introduits avec les aliments dans le mémo espace de temps, ei s'exprime en p. iOO. Ainsi, si sur 100 gr. d'azote des aliments 10 gr. sont éliminés sans être assimilés, l'assimilation sera égale à 90 p. 100. Sous le nom d'échange, on comprend le rapport en pourcentage entre les éléments transformés par l'organisme, c'est-à-dire éliminés avec l'urine, et les éléments assimilés, bien entendu, ici encore pour le même espace de temps. Ainsi si, dans Texcmplc que nous avons choisi, sur 90 gr. d'azote assimilés, 81 ont été éliminés avec l'urine, l'échange sera de 90 p. 100 (d'après l'équation x: 81 :: 100 : 90)-

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lion de l'échange dans une certaine direction, peut en réalité dépendre de Taugmentation ou de la diminution de Tassimilation (qui elle peut osciller entre des limites très larges), tandis que Yéchange conserve son statu quo ou môme se modifie dans une direction opposée. Ainsi par exemple, sur 5 grammes d'acide phosphorique contenus [dans les aliments, il a été éliminé avec Turine 4 grammes dans un cas et 3 dans un antre. En même temps, il a été assimilé 4 grammes d'acide phosphorique dans le premier cas, et i seuleoient dans le second. Il est évident que, dans le premier cas, il existe un équilibre, et dans le second une augmentation considérMe de réchange phosphorique, augmentation à laquelle correspond pourtant une diminution de la quantité diacide phosphorique de l'urine. On pourrait citer un grand nombre d'exemples analogues basés sur des faits ^ et tous ils montrent d'une façon péremptoire que l'analyse seule de l'urine ne peut nous donner une idée exacte sur l'état des échanges nutritifs.

Il va de soi que l'insuffisance de l'analyse de l'urine seule existe encore quand on détermine, non pas la quantité absolue diacide phosphorique, mais sa quantité relative en p. 100, par rapport au résidu solide (Mendel) ou à l'azote de l'urine (Zuelzer).

Parmi les travaux basés exclusivement sur l'analyse de Furine pendant le travail intellectuel, nous devons mentionner à part celui de Mairet, qui a déterminé la quantité d'acide phosphorique et d'azote de l'urine, non pas par périodes de vingt-quatre heures, mais par celles de 4 à 8 jours (périodes alimentaires). Cet auteur a trouvé que, si Ton prenait la valeur moyenne de l'élimination de l'azote et de l'acide phosphorique pendant les périodes indiquées, les oscillations journalières s'effaçaient et on obtenait des chiffres plus constants. Si dans une de ces périodes on changeait les conditions de la vie de l'individu, en le faisant par exemple travailler intellectuellement, on pouvait facilement étudier les modifications de l'élimination de l'azote et de l'acide phosphorique, sous rinfluence de nouvelles conditions. C'est un procédé qui permet certainement de déterminer avec plus de précision la quantité d'éléments éliminés par l'urine.

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Mais il n'en reste pas moins vrai que toutes les objections soulevées contre l'analyse de Turine comme procédé exclusif pour Tétude de la métamorphose phosphorique s'appliquent aussi au travail de Mairet, où l'analyse même quantitative des aliments et des matières fécales est complètement négligée. Aussi, quand, en se basant sur 4 expériences, Mairet arrivée conclure que « le cerveau, en fonctionnant, absorbe de Tacide phosphorique uni aux alcalis, et rend de l'acide phosphorique uni aux terres », m'est-il impossible de ne pas considérer cette conclusion comme par trop catégorique. On sait que ridée de Timportance de l'analyse des aliments et des matières fécales pour l'étude de la métamorphose est loin d'être neuve, et il y a déjà longtemps qu'elle a été formulée, par exemple, par Yogel. Seulement la nécessité de cette analyse paraissait à certains auteurs constituer une exigence par trop rigoureuse, et Mairet, que nous venons de citer, écrit même que réclamer de semblables conditions n'est-ce pas évidemment, comme nous le disions, rendre impossibles toutes recherches pathologiques et même physiologiques ?

Cette remarque pourtant a été démentie par une série de travaux, et principalement de travaux russes, qui ont étudié d'une façon précise l'assimilation et l'échange de divers éléments des aliments dans les conditions les plus variées. Du reste, peu de temps après le livre de Mairet, parut le travail de RaspopofT sur l'assimilation et l'échange d'acide phosphorique et d'azote sous l'influence du travail intellectuel. Les expériences de Raspopoff ont été faites sur quatre étudiants et un élève de l'École de guerre, et ont duré six jours dans trois cas et quatre jours dans deux. Chaque expérience était divisée en deux périodes (de trois ou deux jours) : tandis que, pendant Tune, les individus en expérience évitaient tout travail intellectuel, ils travaillaient pendant l'autre environ dix heures par jour soit à des problèmes mathématiques, soit à la théorie des accouchements (un étudiant). Pendant toute la durée de l'expérience, l'analyse de l'acide phosphorique et de lazote des aliments, des matières fécales et de l'urine a été faite d'une façon rigoureuse. Certains détails de l'expérience nous sont restés inconnus, car l'auteur, mort peu de temps après, n'a

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publié qu'une communication préalable très courte^ — fait d'autant plus regrettable que les résultats étaient loin d'être identiques dans tous les cas. Ainsi, sur cinq cas, l'échange -azoté pendant la période de travail intellectuel a été abaissé (diminution de la quantité d'azote de Turine, comparée à celle d'azote assimilée) quatre fois et augmenté une fois. Quant à l'échange phosphorique, il fut trouvé deux fois abaissé, deux fois augmenté et une fois sans modifications.

Tels sont les résultats incertains, peu encourageants à la vérité, obtenus par les premières tentatives pour déterminer d'une façon plus précise que cela n'a été fait jusqu'à présent les rapports entre l'échange phosphorique et le travail intellectuel. Ce qui rend encore plus difficile la critique raisonnée de ces résultats, c'est Tabsence d'une description détaillée des expériences, où chaque détail a une importance capitale. Ainsi nous ne savons pas comment les individus en question ont été préparés à l'expérience, c'est-à-dire si le passage entre les conditions habituelles de leur vie et celles de Texpérience n'a pas été effectué d'une façon trop brusque. Nous ne savons non plus ni quelle était la période qui précédait celle du repos ou celle du travail, ni quels étaient les individus auxquels se rapportaient les expériences de courte durée et par conséquent moi^s exactes. De plus, nous ne possédons aucune indication sur ïiniensité du travail. On peut, sans une fatigue particulière, étudier non seulement la théorie des accouchements, mais aussi faire des problèmes mathématiques, surtout quand pour ceux-ci on a recours aux formules toutes faites. Nous ferons enfin observer que chez deux sujets de RaspopofF, les chiffres relatifs à l'assimilation et l'échange phosphorique précédant la période de repos diffèrent notablement de ceux qu'on trouve à l'état normal. Ainsi en compulsant la littérature de la question, j'ai pu réunir dix-neuf cas où l'échange et l'assimilation phosphoriques ont été déterminés chez des individus bien portants, chez lesquels on a trouvé en moyenne 75 p. 100 pour l'assimilation, et 81 p. 100 pour l'échange phosphorique ; or chez un sujet de Raspopoff, Téchange phosphorique était de 38,4 p. 100, et chez un autre, on trouve une assimilation de 5&,1 p. 100 et un échange de

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48,8 p. 100. Aucun auteur ne donne des chiffres aussi peu élevés que ceux de Raspopoff, et pourtant les expériences de cet auteur ne diffèrent de celles des autres ni par Tàgo et les conditions des individus soumis à l'observation, ni par Tobservation, ni par la composition et la quantité des aliments.

Ainsi de tous les faits que nous venons de rapporter, le travail de Raspopoff y compris, il est impossible de tirer une conclusion précise ferme. Du reste, Raspopoff lui-même est obligé de l'avouer en dernier lieu, bien qu'il soit porté à considérer ses expériences comme confirmant dans une certaine mesure les résultats de Mairet, principalement pour ce qui se rapporte à l'échange azoté. Mais il n'a pas pu constater dans Turine la diminution des phosphates unis aux alcalis marchant de pair avec l'augmentation des phosphates unis ^ux terres signalée par Mairet dans les cas de travail inteltectuel.

Une autre méthode qui permet d'élucider les rapports entre l'activité cérébrale et la nutrition est l'étude de l'échange phosphorique chez les idiots. Contrairement à ce que nous avons vu pour les cas de travail intellectuel, l'analyse donne ici des résultats plus constants. S'il est vrai que Selinen'a pas trouvé une différence très marquée entre l'uriné des déments (il n'a pas examiné les idiots) et celle des individus normaux, Addisson, par contre, a constaté dans Furine des idiots et des imbéciles comparée à celle des individus normaux une augmentation, par unité de poids, de la quantité d'urée et de sulfates, et une diminution de celle d'acide phosphorique. Erlenmeyer, Bechtereff, Mendel, Deecke, Mairet ont également trouvé cet abaissement de la quantité d'acide phosphorique dans l'urine des idiots. Il est donc probable que chez les idiots il existe soit un ralentissement de réchange phosphorique, soit un abaissement de l'assimilation des aliments. On trouve dans la littérature un certain nombre de faits en faveur de l'une et de l'autre hypothèse. Ainsi, Bechtereff, pai* exemple, a trouvé chez la plupart des déments une diminution de la calorification qu'il explique par le ralentissement des échanges dans les tissus des idiots, et ce ralentissement, il le met en rapport avec l'abaissement

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général de la température que Ton observe ordinairement dans ridiotie très accusée. D'un autre côté, Erlenmeyer, qui a principalement étudié les crétins, a constaté chez eux une augmentation de la quantité d'acide phosphorique des matières fécales, ce qui indiquerait plutôt une insuffisance de l'absorption des aliments.

Quant à l'étude complète de l'assimilation et de l'échange d'acide phosphorique et d'azote chez les idiots, il n'existe, autant que je sache, aucun travail de ce genre.

Ce que nous venons de dire montre suffisamment, croyonsnous, tout l'intérêt que peut présenter une nouvelle tentative d'examiner avec une méthode plus précise les rapports entre l'activité cérébrale et la métamorphose phosphorique et azotée. Sur la proposition de mon vénéré maître M. le professeur Mierzejewski, j'ai commencé mes expériences en 1888. Mais avant de passer à l'exposé de ces expériences, je crois nécessaire de.signaler brièvement le côté négatif du procédé dont je me servais pour l'analyse des aliments, des matières fécales et de l'urine. Comparé à l'analyse seule de l'urine, ce procédé pouvait certainement passer pour exact, et pourtant il renfermait une source d'erreurs que voici; Il est notamment très difficile de séparer parfois les matières fécales d'une période de celles d'une autre*; ensuite on est obligé de considérer comme non assimilé tout l'acide phosphorique et Tazote des matières fécales. Mais, en réalité, une certaine partie impossible à déterminer provient des sucs digestifs, c'est-à-dire des éléments transformés déjà par l'organisme, et devrait par conséquent être ajoutée à l'acide phosphorique et à l'azote de Vurine, La troisième source d'erreur est la perte de l'organisme en acide phosphorique et en azote par des voies autres que l'intestin et les reins, mais elle est minime, et peut par conséquent être négligée. (Voir Ë. Bischoff, SamochvalofF.) Dans tous les cas, il est évident qu'il faut n'accepter qu'avec une certaine réserve les don-

l. Pendant le cours de mes recherches, il m'arriyait bien des fois de renoncer à une expérience à moitié terminée, justement pour la raison que la limite entre les matières fécales d'une période et celles d'une autre était, malgré toutes les précautions (voir plus loin), difficile à tracer, peu nette.

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nées fournies par le procédé en question et n'attribuer une importance qu'aux variations accusées et constantes des chiffres relatifs à Tassimilation et l'échange.

Mes recherches se divisent en trois parties : la première comprend les recherches sur l'homme normal, dans le but d'étudier Tinfluence qu'un travail intellectuel d'intensité et de durée variables exerce sur l'échange phosphorique et azoté; la seconde a trait à l'échange phosphorique et azoté chez les idiots. Enfin la troisième se rapporte à l'échange phosphorique dans le tissu cérébral même (analyse de l'acide phosphorique du sang veineux et artériel du cerveau) chez des chiens sous l'influence d'une dépression profonde de l'activité cérébrale (narcose morphinique). Les expériences sur les chiens devaient nous fournir un critérium des résultats obtenus dans mes expériences sur l'homme.

Pour avoir une idée plus exacte sur la marche de la nutrition générale et de la métamorphose phosphorique, les échanges azoté et phosphorique ont été étudiés aux points de vue quantitatif et qualitatif. A cet effet, les substances azotées de l'urine étaient analysées de façon à déterminer séparément l'azote de l'urée, celui de l'acide urique et enfin celui des matières extractives ; d'un autre côté, dans les phosphates on a également déterminé séparément la quantité d'acide phosphorique uni à des alcalis ou à des terres.

Quant aux pi^océdés d'analyse chimique, l'azote des aliments, de Turine et des matières fécales était déterminé par le procédé gazomé trique classique de Kjeldahl-Borodine (combustion avec de Tacide sulfurique et décomposition consécutive par l'hypobromite de sodium), avec celte différence que Toxydation complémentaire était faite, non pas avec du permanganate, mais avec du perchlorate de potasse. J'ai fait cette substi> iution après qu'une série d'analyses de contrôle m'eût montré que, très avantageuse au point de vue technique, elle n'influait en rien sur la précision des résultats ^

1. Les analyses en question ont été décrites en détail dans le Vralch, 1888, no» 42 et 43.

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. A côté de l'azote total de l'urme, on faisait encore Tévaluatioa de l'urée et de l'acide urique. L'acide urique était déterminé d*après] le procédé de Haykraft ; l'urée, d'après celui de Borodine, après avoir précipité les matières extractives par le bi-iodure de gerçure. La différence entre l'azote total de Turine et celai de l'urée, après séparation des matières extractives, nous donnait ainsi la quantité d'azote de ces dernières.

L'analyse de l'acide phosphorique des aliments était faite d'après les procédés classiques ^ Les substances, convenablement desséchées étaient brûlées dans une capsule de platine avec un excès d'un mélange de 3 parties de soude pour 1 partie de salpôlre ; la niasse qu'on obtenait était dissoute dans de l'eau distillée, qu'on additionnait de petites quantités d'acide acétique pendant qu'elle chauffait dans un bain-marie. La masse, d*une réaction acide, était réduite à un certain volume; on en prenait alors une certaine quantité dans laquelle, après addition de mélange acétique, on déterminait l'acide phosphorique par titrage avec de l'acétate d'urane. Dans les matières fécales on déterminait séparément Tacide phosphorique uni à des alcalis et uni a des terres. A cet effet, les cendres dissoutes dans l'eau étaient traitées par l'ammoniaque; le résidu filtré était lavé ensuite avec de l'ammoniaque diluée au tiers et dissoute dans l'acide acétique. La quantité d'acide phosphorique contenue dans le précipité (phosphates unis aux terres), et dans les parties passées avec l'eau de lavage (phosphates unis aux alcalis) était alors facile à déterminer par titrage avec la solution d'urane. Dans l'urine aussi, on déterminait isolément l'acide phosphorique des phosphates terreux unis aux terres et des phosphates unis aux alcalis. L'acide phosphorique des premiers était dosé directement ; quant à celui des seconds, on l'obtenait par la soustraction de la première valeur de la somme totale d'acide phosphorique.

L'analyse du sang au point de vue de la quantité d'acide phosphorique était faite par voie de pesées. La masse obtenue après chauffage des cendres avec le mélange de salpêtre et de soude était dissoute dans Teau distillée chaude; la solution filtrée était ensuite traitée avec toutes les précautions usitées par, le mélange magnésien. L'acide phosphorique était déterminé sous forme de pyrophosphate de magnésie, dont le poids était obtenu par voie de doubles pesées. C'était le procédé dont je me suis servi dans les deux premières expériences. Dans les autres, pour plus d'exactitude, la solution (dans de l'acide chlorhydrique à 20 p. 100.) de la masse fusionnée était précipitée par le liquide de molibden et le précipité dissous dans l'ammoniaque. En additionnant

1. V. Menchoutkinb, Chimie analytique^ 1888. — Hoppe-Sbylbr, Traité d'analyse chimique physiologique et pathologique, 1876, trad. russe. — Frésb- Kius, Analyse quantitative des minéraux^ 1875, trad. russe. — Salkowski et Lkubb, Étude de l'urine, 1874, trad. russe. — Kochlakoff, Analyse de l'urine,

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cette solution dWe certaine quantité de mélange magnésien, on obtenait un précipité phosphato-ammoniaco-magnésien qui, desséché et chauffé à une très haute température, permettait enfin de peser le pyrophosphate de magnésie et de déterminer ensuite, par simple calcul, la quantité correspondante d'acide phosphorique.

D'un grand nombre d'expériences relatives à Tinfluence du travail intellectuel, expériences que, pour plus d'exactitude, je faisais sur moi-même, je n'en ai pu terminer d'une façon plus ou moins satisfaisante que trois, dont voici la description détaillée :

1" Expérience (du 4 au 11 octobre 1888). — Déjà plusieurs mois avant de commencer l'expérience, j*ai adopté un genre de vie qui différait peu de celui que je menais pendant l'expérience même. Je restais la plus grande partie de la journée au laboratoire, à faire des analyses ; le soir, que je passais chez moi, était consacré à des travaux intellectuels. J'ai ensuite progressivement simplifié mon régime alimentaire, de façon à l'approcher de celui que je devais suivre pendant les expériences ; de sorte que j'avais déjà suivi ce dernier pendant les dix jours qui ont précédé l'expérience.

L'expérience, qui a duré huit jours, était divisée en deux périodes de quatre jours chacune. Pendant les deux périodes, je travaillais au laboratoire, de 9 h. du matin à 8 h., 8 h. et demie du soir, à peser et à analyser les aliments et les excrétions; mais tandis que les soirs de la première période étaient consacrés à un repos intellectuel et physique aussi complet que possible, je m'astreignais pendant les soirs de la seconde à un travail intellectuel de quatre à cinq heures (de 9 heures du soir à 1 heure et demie ou 2 heures du matin). Je pas-* sais notamment tout ce temps à des problèmes d'arithmétique aussi compliqués et difficiles que possible. Pour tenir pendant ce temps continuellement mon attention en éveil, j'évitais les grands calculs et n'avais recours ni aux ressources de l'algèbre ni aux formules toutes prêtes. Je n'ai pu régler mon sommeil, de sorte que, par le fait de l'excitation consécutive au travail intellectuel, la durée moyenne du sommeil était de sept heures douze minutes pendant la période de repos et de cinq heures quarante-huit minutes pendant celle de

travail intellectuel, plus grande par conséquent pendant la première période que pendant la seconde.

Pour toutes les autres conditions, je m'efforçais d'obtenir une égalité aussi parfaite que possible. De cette façon la première période comprenait une certaine somme de travail physique (le temps que je passais au laboratoire, je restais debout, sauf deux ou trois heures) ; une certaine somme de travail intellectuel (faire simultanément plusieurs analyses, de façon à les terminer à temps, ce qui exige une attention soutenue) ; le temps que je consacrais ensuite au repos et au sommeil était tout à fait suffisant. Pendant la seconde période, le travail physique et intellectuel de la journée restait à peu près le même que dans la période précédente, mais il y avait en plus les occupations du soir, exigeant à leur tour beaucoup d'attention.

Le travail intellectuel du soir prenait donc une partie du temps consacré au sommeil, et privait ainsi l'organisme du repos dont il avait besoin après dix-huit à dix-neuf heures de travail intellectuel.

Mon régime alimentaire comprenait du bouillon (environ six cents grammes dans les vingt-quatre heures), des côtelettes (trois cents grammes), du pain blanc (trois cents grammes), du lait(quinze cents grammes), et du thé (douze cents grammes) .

Les aliments comme les excrétions étaient tous les jours pesés et analysés; en plus, l'urine était examinée au point de vue de ses caractères physiques, et analysée au point de vue de la présence d'albumine et de sucre. La différentiation des matières fécales appartenant à chaque période était obtenue par l'ingestion de la gelée de tchernika (petite baie de couleur noire dont le jus teint les matières fécales en noir), que toujours le soir je prenais trois fois pendant l'expérience, la veille du premier jour de l'expérience, le dernier jour de la première période et le dernier jour de la seconde. Dix à onze heures après l'ingestion de cette gelée, je prenais du lait avec un peu de pain. Dans ces conditions, il m'était presque toujours facile de séparer les matières fécales d'une période, de celles d'une autre.

Tous les jours je me pesais et prenais ma température.

324 A. STCBERBAK.

Les résultats que j'ai obtenus se résument en ceci :

Avec la même quantité d'azote et d'acide phosphorique des aliments (environ vingt-sept grammes d'azote et cinq d'acide phosphorique), on a constaté, pendant la seconde période, à côté d'un abaissement de l'assimilation, une aug^ mentation de l'échange. Cette modification était plus accusée pour l'acide phosphorique que pour l'azote. Ainsi, malgré l'accroissement notable de rechange, la quantité d'azote éliminée avec l'urine est restée au-dessous de celle qui était assi* milée (échange de 98,5 p. 100) ; par contre, la quantité d'acide phosphorique éliminée dépassait celle qui était assimilée, ce qui veut dire que l'organisme avait subi une certaine perte en acide phosphorique (échange de 142,8 p. 100).

En somme, malgré la présence de la même quantité d'azote et de phosphore dans les aliments, l'organisme assimilait moins d'éléments à la période de travail intellectuel intense qu'à la période de repos. On pourrait donc croire que l'accroissement de Yéchange^ c'est-à-dire l'augmentation du rapport (en pourcentage) entre les éléments transformés et les éléments assimilés ne serait qu'apparent. Ce qui parle pourtant contre cette hypothèse, c'est que pendant la seconde période la quantité absolue d'azote et d'acide phosphorique de l'urine s'est accrue, de sorte qu'on est amené à admettre que les besoins de l'organisme en azote et acide phosphorique, malgré leurapport insuffisant avec les aliments, se sont trouvés augmentés, et qu'un véritable accroissement de la métamorphose a eu lieu.

Passons maintenant à l'étude des modifications qualitatives de l'échange. L'échange azoté présente sous ce rapport un intérêt tout particulier pour la raison que voici : Si l'on compare notamment la quantité d'azote de l'urée, produit de l'oxydation complète, à celle de l'azote de l'acide urique et des substances extractives, produits d'une oxydation incomplète, on obtient une sorte de critérium qui permet de juger de l'intensité des processus d'oxydation de l'organisme. Les chiffres que nous avons obtenus nous ont permis de constater une diminution de l'intensité des processus 4'oxydation pendant la seconde période, [diminution qui était démontrée par l'aug-

DE L*INFLUBNGE DE l'ACTIYITÉ CÉRÉBRALE. 385

mentation plus considérable des produits incomplètement oxydés de l'urine. Quant à l'échange phosphorique, la pro* portion relative des phosphates unis aux alcalis a été légèrement augmentée pendant la seconde période. •

Le poids du corps est resté le même pendant la première période ; pendant la seconde, on trouvait une diminution légère, il est vrai, mais progressive. La température n'a pas présenté de modifications. Les chiffres relatifs aux données principales qui se rapportent à l'expérience en question sont résumés dans le tableau suivant :

PRBMnU PBRI^Di;. . , . DBUXIBMK PBRIODIL.

Acide Aoide

Azote. phosphorique. Asote. phosphor.

Aliments 109,3 22,7 109,7 22,1

Éliminé sans être assimilé. .6 7 7,6 10,6

Assimilation en 0/0 94,5 68,8 93,1 51,8

Urine 86,4 15,7 100,6 16,3

Échange en 0/0 83,7 100,4 98,5 142,8

Rapport entre Tazotede l'urée

et l'azote des substances

extractives 15,1 : 1 » 11>9 : 1 »

Rapport entre 1* urée et l'acide

nrique (en poids) 37,4 : 1 » 26,6 : 1 »

Rapport entre les phosphates

desalcalis et les phosphates

alcalino-terrenx 4,6 : 1 » 4,1 : P » :

Pendant la seconde expérience (du 39 septembre au 6 octobre 1890), la modification des conditions consistait principalement en ce que la période de travail intense (4 jours) précédait la période de repos relatif (tandis que dans la première expérience elle la suivait) . Aussi des modifications de rechange identiques à celles qui viennent d'être décrites, furent-elles constatées pendant la première période comme le montre le tableau suivant :

PRRMIBRB PÉRIODE. DBUXIEMB PBRIODB.

Acido Acide

Asote. phosphorique. Aioto. phosphor.

Aliments 122,2 22,1 123,3 21,4

Éliminé sans être assimilé. . 9,7 8,8 8,6 6,5

1. Les chifires qui 90 rapportent à la première période ne différent pas de cent de Tétat normal.

AftCB. DB MBD. RXPKR. — TOMBY. 22

DEU&IBMB

PfolOOB.

yVcide

AMOte,

pbosphor.

326 A. STGHERBAR.

PRBMIÈRB PÉSIODK.

Acide Asote. phosphorique.

Assimilation ea 0/0 92 60

Urine 100,7 lo,3

Échange en 0/0 89,5 lio

Rapport entre l'azote de l'urée

et l'azote des matières ex-

^ tractives 10,1 : 1 » 15 : 1 »

Rapport entre l'urée et l'acide

urique (eu poids) 23,7 : 1 » 24,81 »

Rapport entre les phosphates

des alcalis et les phosphates

alcalino-terrenx » 3,4 : 1 ;> 4,1 : 1

Les modifications de la métamorphose ne dépendent donc pas des oscillations accidentelles, mais se trouvent en relation manifeste avec les conditions de la vie de Tune ou de l'autre période.

La troisième expérience qui malheureusement n'a pu être continuée que pendant 2 jours, avait pour but d'étudier l'influence du travail intellectuel modéré associé à un travail physique supérieur à celui qui fut exécuté dans les deux expériences précédentes. A cet eflfet, en consacrant 5 heures (avec des intervalles) aux mathématiques et 2 à 3 heures aux analyses de laboratoire, je passais le reste du temps à me promener ou à marcher dans ma chambre. Dans ces conditions les chiffres relatifs à l'assimilation et à l'échange d'azote et d'acide phosphorique ne di /feraient pas des chiffres moyens donnés par d'autres auteurs pour les conditions ordinaires de la vie. Il s'ensuit, entre autres choses, que dans les deux premières expériences la cause des modifications de la métamorphose n'était pas le travail physique, qui du reste était à peu près le même pendant les deux périodes. Tous ces faits montrent, je crois, très nettement que la cause des modifications de l'échange doit justement être attribuée au travail intellectuel. La caractéristique de cette modification consiste, comme cela résulte de ce qui vient d'être dit plus haut, en une transformation plus intense des sabstances contenant de l'azote et du phosphore, transformation qui marche parallè-

DE L'iRFLUBNCE DE l'aCTITITÉ CÉRÉBRALE. 32T

lement avec une diminution de leur assimilation et un affai-blissement des processus d'oxydation de l'organisme.

En absence d'un repos suffisant, le travail intellectuel intense retentit donc d'une façon très appréciable sur la nutrition générale, en créant des conditions très défavorables à l'organisme, pouvant à la longue avoir pour lui des conséquences très graves. Une durée relativement peu considérable de Texpérience suffit déjà pour faire naître un élément pathologique, le trouble de rharmonie des fonctions : malgré l'augmentation du besoin de substances contenant de l'azote et du phosphore, l'organisme n'utilise pas convenablement les aliments et use ses propres tissus. Quant au travail intellectuel modéré, il ne parait pas provoquer de modifications sensibles de la métamorphose.

On peut se demander maintenant s'il faut attribuer aux modifications de la métamorphose phosphorique pendant le travail intellectuel intense, une signification autonome, indépendante, ou ne les considérer que comme T expression du trouble de la nutrition générale ? Gomme on sait, dans l'organisme, la plus grande partie de phosphore est combinée à des substances albuminoïdes et se décompose avec elles aussi à un moment, on admettait même que la proportion de l'acide phosphorique, de même que celle de l'acide sulfurique de l'urine, pouvait servir de critérium pour l'intensité de la décomposition des substances azotées (Bidder et Schmidt, E. Bischoff). Les travaux ultérieurs (Weiske, Engelmann, Kroutezki, Raspopoff) n'ont pourtant pas confirmé cette hypothèse, en montrant que l'échange phosphorique ne marche pas toujours parallèlement avec l'échange azoté.

Si nous nous rapportons à nos expériences personnelles, nous voyons que l'échange phosphorique avait subi des modifications bien plus accusées que l'échange azoté ; aussi est-on en droit de penser que, dans une certaine partie du moins, les modifications du premier sont indépendantes de celles du second. Ce fait ressort encore avec plus d'évidence lorsqu'on compare « l'intensité relative » de l'échange phosphorique à celle de la métamorphose azotée aux diverses périodes des deux premières expériences.

328 A. STGUERBAK.

L'évaluation de l'intensité relative ou « de rechange spécifique » de Tacide phosphorique proposée par le D* Lewine consiste à déterminer le rapport (en p. 100) entre la métamorphose phosphorique et la métamorphose azotée. Ainsi, si 1 échange azoté est exprimé par le chiflfre 90, et l'échange phosphorique par celui de 72, l'échange spécifique de Tacide phosphorique seradeSO, en vertu de Téquation x : 100 =72 : 90. Pendant la première période de la première expérience (repos relatif) rechange spécifique de Tacide phosphorique était égal à 120, et à 142 pendant la seconde période (travail intellectuel intense). Dans la seconde expérience où la succession des périodes était renversée, nous trouvons une modification de réchange spécifique de l'acide phosphorique en rapport avec les nouvelles conditions : il est notamment plus élevé pendant la première période (129) que pendant la seconde (119). Ces chiffres viennent donc à l'appui de l'hypothèse formulée plus haut, à savoir qu'à côté d'un trouble de nutrition générale, il existait dans nos expériences une modification autonome ou, pour nous exprimer d'une façon plus précise, un accroissement autonome de la métamorphose phosphorique, témoignant à son tour d'une transformation plus intense des substances contenant du phosphore. Mais nos expériences ne peuvent pourtant indiquer d'une façon plus précise * la nature des combinaisons phosphoriques soumises à la destruction plus intense, ni nous dire si c'étaient par exemple les phosphates du cerveau ou bien simplement les phosphates des aliments. Ces questions trouvent leur réponse plutôt dans une autre série d'expériences auxquelles nous allons passer maintenant.

Commençons par l'étude de la métamorphose dans les cas de l'activité cérébrale diminuée. Pour ces expériences les meil-

i. On sait qu'on fondait de grandes espérances sur Tacide glycéro-phosphorique comme indicateur spécial des échanges phosphoriques du cerveau. Plus tard on trouva que cet acide pouvait provenir des aliments comme produit de décomposition de la lécithine (Hasebrock) ou se former dans l'intestin aux dépens des phosphates (Beneoke). Enfin Massé et Banal sont arrivés à la conclusion que la proportion d'acide glycéro-phosphoriquc dans Turinc dépend plutôt de l'énergie dos processus d'oxjdation do l'organisme avec rafiaiblissement desquels elle augmente dans l'urine, et inversement elle diminue quand ces processus sont intenses.

DE l'influence DE L'ACTIVITÉ CÉRÉBRALE. 32d

leurs sujets sont les idiots ^ h la condition qu'il n'existe pas chez eux de processus pathologique incomplètement terminé et que leur santé physique se trouve dans un état satisfaisant. Mes expériences avec étude complète de l'échange phosphorique et azoté conduites de la même façon que dans les expériences précédentes, ont été faites simultanément sur deux sujets : une microcéphale, K..., âgée de 16 ans (circonférence -du crâne de 40 centim. avec une taille de 133,5), et une imbécile, W..., de 17 ans ^ La seconde a été prise plutôt comme terme de comparaison, car par son développement intellectuel et sa vie psychique, elle différait peu de la moyenne, tandis que la première présentait l'exemple d'une idiotie arrivée au dernier degré, avec parole très peu développée, perception très incomplète des sensations les plus simples, etc. En même temps les deux sujets étaient presque du même âge et ont pendant 5 ans vécu dans les mêmes conditions. L'état physique de ces deux sujets était tout à fait satisfaisant.

Comme l'étude complète de la métamorphose n'est possible qu'avec une alimentation simple et que, d'un autre côté, le changement brusque du régime alimentaire ne peut pas se faire sans retentir sur les échanges nutritifs, on a eu la précaution, dans cette expérience, comme dans les précédentes, de simplifier progressivement l'alimentation de ces malades pendant les deux mois qui ont précédé l'expérience proprement dite. Pendant tout le temps qu'a duré l'expérience, du 3 au 9 août 1890, les deux idiotes ne recevaient qu'une quantité bien pesée de viande (sous forme de hachis), de pain et de lait. Le train de leur vie ne fut en rien changé ; mais grâce à l'obligeance de feu M. le Directeur de l'hospice, le D' Nikiforoff, les deux sujets furent soumis à une surveillance très étroite, et des mesures spéciales prises pour recueillir toute leur urine et toutes leurs matières fécales des vingt-quatre heures. Toutes les deux étaient réglées vers la même époque, environ vers le 20, et l'expérience a été faite dans l'intervalle, entre deux époques menstruelles. L'étude complète de l'échange a pu

i. Ces expériences ont été faites à l'hospice de TEmpcreur, à Oudiclnaïa, près de Saint-Pctcrsbourg.

330 A. STCHERBAR.

être faite pendant cinq jours pour la microcéphale K..., et pendant quatre jours pour Timbécile W...

Ne pouvant donner ici la description détaillée de nos sujets, je passe directement aux résultats fournis par ces expériences.

Chez la microcéphale, l'étude détaillée de rechange et de l'assimilation a permis de mettre en évidence certaines particularités fort intéressantes. Au point de vue quantitatif, réchange azoté s'effectuait chez elle normalement et l'assimilation d'azote était très énergique (échange azoté de 73,7 assimilation de 91 p. 100); mais en même temps une trop petite quantité d'azote assimilé était éliminée sous forme d'acide urique bien que, d'une façon générale, la proportion relative des matières azotées, incomplètement oxydées, ne fût pas diminuée (le rapport entre l'azote de l'urée et l'azote des matières extractives était comme 14,2 à 1 , proportion presque normale (Baftalovski), tandis que le rapport entre l'acide urique et l'urée était comme 1 à 89,4, au lieu du rapport normal qui est de 1 à 42^). Quant à l'échange phosphorique, il ne différait pas en apparence de la normale, ni quantitativement ni qualitativement (échange de 90 p. 100; le rapport entre les phosphates unis aux alcalis, et les phosphates unis aux terreux oscillait entre 1,8 : 1 et 3,4 : 1); mais l'assimilation de l'acide phosphorique était diminuée (S6 p. 100 au lieu de 74 p. 100) et de plus, malgré les oscillations journalières très accusées dans la quantité d'aliments qui étaient toujours donnés à discrétion, il existait une constance dans Texcrétion

1. La trop petite quantité absolue et relative, comparée à [celle de rurée» d'acide urique trouvée chez notre microcéphale , présentait un certain intérêt» surtout quand on prend en considération l'augmentation de l'acide urique constatée dans les cas de travail intellectuel intense dans les expériences précédentes et dans tes observations faites sur soi-même par M. le professeur Micrzejowski (communication orale). Comme chez K..., la diminution de la quantité d'acide urique existait avec un rapport normal entre la somme totale de produits azotés incomplètement oxydés, on est amené à penser que l'excrétion d'acide urique a un rapport spécial avec l'état du système nerveux central. Depuis quelque temps on trouve sur ce sujet des indications dans la littérature. Ainsi Haig signale la rétention d'acide urique dans certaines formes de céphalalgie et avant le début des accès épileptiques. D'autres (Dana) trouvent un rapport entre certaines neurasthénies et l'augmentation de roxcrétion de l'acide urique.

DE l'influence DE L' ACTIVITÉ GÉBÉBBALE. 331

d'acide phôsphorique dans Farine des vingt-quatre heures, ce qui est loin, comme on le sait, d'être propre à l'homme normal. De cette façon, les caractères de la modification de la métamorphose phôsphorique chez notre microcéphale consistait en ce que, chez elle, le besoifi en phosphore était : {""peu accusé et i'' plus constant que chez l'individu normal. Quant à la transformation de l'acide phôsphorique assimilé, elle s'effectuait chez elle d'une façon suffisamment énergique.

Pour ce qui est du second sujet, l'imbécile W..., chez elle, les chiffres relatifs à l'échange azoté, comme ceux de l'échange phôsphorique, ont été les mêmes que chez un individu normal.

La différence dans la marche de la nutrition chez ces deux sujets ressort le mieux, quand on compare chez l'une et l'autre les quantités d'éléments assimilées et transformées, en les évaluant par intervalles de vingt-quatre heures et par unité de poids. Cette comparaison montre alors que la quantité d'azote assimilée par 1 kilogramme de poids et par vingtquatre heures, est presque la même chez les deux (0,36 chez K..., et 0,41 chez W...); même chose pour l'élimination de l'azote par l'urine (0,28 chez K..., et 0,32 chez W...). Pour racide phôsphorique, la différence est déjà plus accusée. K... assimilait et transformait l'acide phôsphorique bien moins que W... Ainsi, par 1 kilogramme de poids, K... assimilait 0,044 d'acide phôsphorique, et en éliminait avec l'urine seulement 0,40, tandis que W... assimilait 0,075 et éliminait avec l'urine 0,067 d'acide phôsphorique. Chez la microcéphale, la métamorphose phôsphorique s'effectuait donc d'une façon tout à fait particulière.

Il me reste à signaler encore une 'particularité qu'a présentée la métamorphose chez les deux sujets, à savoir : « l'intensité relative » de] l'échange phôsphorique (v. plus haut) qui était abaissée chez K... comme chez W... D'après Le wine (/. c. ) dans les conditions normales, la valeur moyenne de cette donnée est de 100 p. 100. Dans mes expériences sur moimême, à l'état de repos relatif, j'ai trouvé des chiffres oscillant autour de 120, tandis que cette intensité relative était de 87 p. 100 chez K..., et de 86 p. 100 chez W...

332 A. STGHERBAK.

D'une façoo générale, les résultats qui viennent d'être notés confirment pleinement le rapport entre rechange phosphorique et l'activité cérébrale ; dans les cas de travail intellectuel intense, on trouve un accroissement du besoin de Torganisme en phosphore ; par contre, dans le cas de processus psychique peu intense, comme chez la microcéphale K..., le besoin de l'organisme en phosphore se trouve abaissé.

Il est vrai que dans les deux cas il existe une diminution flans l'assimilation d'acide phosphorique; mais ce phénomène a évidemment une signification différente dans le travail intellectuel intense et dans l'idiotie. En effet, dans le premier cas, il est dû à un trouble général (assimilation azotée diminuée) des fonctions de l'organisme qui ne retire pas des aliments assez d'acide phosphorique et use ses propres tissus ; tandis que dans le second cas, chez K..., comme nous l'avons vu, l'azote est très bien assimilé, mais l'acide phosphorique est absorbé par l'organisme et est transformé par lui en quantité plus petite qu'à l'état normal, comme le montre le calcul par 1 kilogramme de poids fait pour K../et W..,

Ce qui parle encore en faveur des rapports entre l'échange phosphorique de l'activité cérébrale, ce sont les oscillations journalières minimes dans l'élimination d'acide phosphorique chez la microcéphale K..., malgré les grandes différences dans la quantité d'aliments. On est ainsi amené à penser que l'organisme de K..., accommodé dès sa naissance à l'absence Ae travail intellectuel, a pour ainsi dire établi un quantum faible et constant d'acide phosphorique, et que cette constance est justement due à l'absence d'un facteur très variable, — l'intensité des processus chimiques du cerveau — facteur qui chez l'homme normal est soumis à des oscillations très larges Bt provoque des oscillations correspondantes dans la transformation de phosphore. On peut donc penser que les modifications de l'activité cérébrale provoquent non seulement un trouble général de la métamorphose phosphorique, mais encore un trouble local, cérébral, car Tabsence dans l'urine de notre microcéphale d'une certaine quantité d'acide phosphorique soumise à des oscillations journalières est difficile à mettre sur le compte d'un tissu autre que le tissu cérébral.

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